- Speaker #0
Créer, c'est toujours échouer, mais en un peu pire. La création pue le cadavre. Celui des projets avortés, des brouillons jetés, des doutes maquillés, des vices refoulés. Les artistes n'accouchent pas d'une œuvre en recevant d'un trait une inspiration tombée du ciel. Avec leurs obsessions, leurs lacunes, leurs limites, ils se feraient un chemin. Ils hésitent, piétinent, trébuchent, ils s'avancent. Fébrile, à tâton. Peut-on tâtonner à deux ? C'est la question qui m'habite depuis que je suis tombé sur une page Instagram, Armand et Clément, deux cinéastes de 22 ans, qui racontent, avec pédagogie et humour, les coulisses de la fabrication de leur premier long-métrage, Un Grand Raccourci, qui sortira en salle le 12 août prochain. Ils ont choisi de montrer ce que le cinéma laisse généralement hors champ. Tous les doutes, les imprévus, les bricolages, pour parvenir jusqu'au film. Pour ce sixième épisode, nous sommes à l'hôtel Jules et Jim. Je reçois, pour la première fois, deux invités, Armand Foex et Clément Devilliers. Alors, Armand, Clément, la dernière fois que vous avez tâtonné. Alors d'abord, peut-être Clément.
- Speaker #1
La dernière fois, franchement, c'était il y a peut-être un quatrième.
- Speaker #0
Et du dessus, moins tâtonné !
- Speaker #1
Moins tâtonné ! Non, mais je pense que c'était ce matin. Ce matin, on a fait la matinale de France 2 et c'était stressant.
- Speaker #0
C'était les matins,
- Speaker #1
ouais. Donc, plus on avait les visages gonflés de sommeil et tout, je pense qu'on n'était pas ça.
- Speaker #2
Oui, moi, ce matin, sur le vélo, j'étais en train de me masser les yeux pour ne pas avoir l'air trop fatigué.
- Speaker #1
Il y a qui conduisait sans les mains.
- Speaker #0
Et toi aussi, c'est le tâtonnement le dernier, c'est celui de Télématin.
- Speaker #2
Ouais, franchement, on tâtonne beaucoup depuis le début de ce film. Et justement, c'est aussi ce qu'on aime, c'est qu'à chaque fois, on découvre plein de choses. Et donc forcément, il y a de l'apprentissage sur toutes les étapes. Là, en ce moment, c'est la promotion. Mais c'est ce qui est chouette. C'est justement, nous, on aime ça, découvrir, ne pas trop savoir dans quoi on s'embarque. C'est un exercice qu'on aime bien. Et justement, te dire, tu donnes tout et à la fin, tu repenseras à toi d'il y a deux mois qui ne connaissait pas encore ce que tu es en train de vivre. Vous réalisez votre premier long métrage, Un grand raccourci, qui sort le 12 août en salle de cinéma.
- Speaker #0
Et j'ai l'impression que ce titre, Un grand raccourci, c'est un peu le principe du tâtonnement justement. Puisque un raccourci, c'est finalement prendre le chemin le plus court, mais finalement se retrouver sur le chemin le plus long.
- Speaker #2
Complètement, c'est l'idée de ce film. Est-ce que c'est du tâtonnement ? Je pense que c'est d'abord, avant tout, nous ce qu'on voulait mettre en avant dans ce titre. c'est justement un peu Les chemins efficaces que prennent nos personnages, c'est ça d'abord un grand raccourci. C'est comment parvenir plus vite à ses fins quand on a 22 ans, comment on magouille, comment on trouve des moyens d'intégrer la vie adulte et ici beaucoup avec le rapport au travail. Mais c'est aussi justement par ironie et petit à petit dans le film commence ce grand raccourci. Justement, ce n'est plus un raccourci une fois que c'est grand et ça longe parce qu'on se confronte aux problèmes humains. Et quand t'es jeune, que t'as 22 ans, t'as l'impression que tout se passe maintenant, mais en réalité, le chemin est beaucoup plus long qu'il n'y paraît. Et c'est ça qui est chouette.
- Speaker #0
Mais d'ailleurs, c'était pas le premier titre que vous avez retenu ? Il me semble que c'était « À bientôt quelque part » . Ouais. Le premier titre. À quel moment vous vous êtes dit « On change de titre, puisque finalement, ce titre-là ne raconte plus le bon film, et il faut le changer ? »
- Speaker #1
Quand on s'est rendu compte que personne ne retenait ce titre. En fait, c'était un double indéfini de lieu et de temps.
- Speaker #0
Au revoir. Ouais,
- Speaker #1
c'était un peu... Et c'est tout que nous, on l'imaginait... En plus, les gens me disaient, putain, ça fait tellement hauteur et tout. Puis à un moment, on l'a montré dans Training Pot Adam, qui suivait l'aventure du film depuis assez longtemps. On lui montre le film. En plus, deux fois dans le film, il y a le titre qui s'affiche. Et il nous fait, ouais, c'est vraiment sympa, l'ombre de ton regard. Ah ouais, OK. Donc là, il faut vraiment qu'on change le titre. Et donc voilà, du coup, on a changé. Mais d'ailleurs, on a bien fait, puisqu'on a vu qu'en fait, là, il y avait un film de Eric Judor, qui a un nom un peu similaire.
- Speaker #2
Oui, c'est vrai. Je ne sais plus ce que c'est, mais c'est « À bientôt quelque chose » ou « Quelque part, ça se ressemble vraiment » . Et en plus,
- Speaker #0
c'était le titre d'un spectacle d'une fille,
- Speaker #2
je crois qu'elle s'appelle Laurie Perez, je ne sais pas ça.
- Speaker #0
Tu parlais rarement du tâtonnement pendant toute la fabrication du film et jusqu'à la promotion. Quel a été pour vous, l'un après l'autre, quel a été le votre plus grand tâtonnement au cours de toute cette aventure qu'a été ce film ? Franchement,
- Speaker #2
le film est un grand atonement, donc c'est difficile de choisir. Et nous, la particularité aussi, c'est que vraiment, tout s'est fait petit à petit. En fait, au départ, on ne se rendait pas du tout compte que l'aventure allait prendre une telle ampleur et surtout qu'on allait avoir autant de galères à gérer. Et donc, c'est difficile d'en choisir une tellement il y a eu de nouveautés et d'inconnues. Et d'ailleurs, je ne sais pas si on se regardait aujourd'hui et à l'époque, on disait vous allez devoir vivre tout ça pour sortir votre film au cinéma. Humainement, c'était incroyable. mais aussi tu t'affrontes plein d'épreuves et tu te rends pas compte dans quoi tu t'embarques, je sais pas si on se serait lancé ou si on aurait eu la confiance de dire de se dire c'est possible, on comprend aussi pourquoi on nous a dit faites attention c'est un peu compliqué de sortir un film au cinéma mais je pense que l'épreuve dont on est la plus fière c'est quand même le tournage, enfin je dis l'épreuve parce que c'est très intense, c'est un moment qui est incroyable mais c'est d'une intensité folle surtout que là on a tourné sur 3 semaines le film le film il dure 1h20 il y a beaucoup beaucoup de décors et donc c'était vraiment très très intense et quand on a fini Le tournage, on s'est dit, ça y est, on l'a fait. Et surtout, on l'a fait comme on l'imaginait. Et ça, c'est le plus important quand tu es réalisateur, de réussir à faire le film que tu imagines.
- Speaker #0
Et après ce tournage, il y a 8 ou 9 mois de post-production. Et en novembre, vous décidez de créer un compte Instagram qui s'appelle Armand et Clément pour justement exposer finalement les imprévus qu'il y a eu, les galères, les réussites aussi quand même, les épreuves. Qu'est-ce qui s'est passé à ce moment-là où vous vous êtes dit qu'il faut communiquer différemment dans ce milieu du cinéma qui est quand même assez opaque sur la communication et des coulisses d'un film ?
- Speaker #1
Moi, je dirais que c'était ça le plus gros tâtonnement. Il y a eu toute la dimension de structuration financière et juridique du film qui a été aussi un gros espace d'incertitude, mais qui a essentiellement été piloté par Hector, le producteur du film. C'était la plus grosse inconnue sur la fabrication de ce film, parce que le reste des éléments, on les connaissait à peu près sur le court-métrage. Donc c'est d'amplitude et d'intensité qui sont beaucoup plus élevées, mais on savait à quoi ça ressemblait un découpage, la direction de comédien, etc. Mais du coup, ensuite, sur la partie de la communication, le moment où on a fini le film, ou en tout cas, on commençait à trouver une version de montage qui nous satisfaisait, c'est Armand qui monte tous nos films.
- Speaker #0
C'est ça. Pardon, Clément, tu es plus du côté de l'écriture, la studio dramatique, les dialogues avec François Lebrie.
- Speaker #1
Tout à fait, oui.
- Speaker #0
Dans le film également. Et il y a plutôt le côté, le cadre et le montage du côté d'Ermand. C'est bien ça.
- Speaker #1
Exactement, oui. On a une co-réalisation un peu spécialisée. Mais c'est comme ça qu'on s'est construit. On se connaît depuis la quatrième et on a appris ce métier à le faire ensemble. Parfois, on nous demande si c'est pas un peu compliqué d'être deux. Nous, c'est le mode naturel de travail. mais Au moment où on a trouvé notre version de montage qui nous plaisait, où on se disait qu'il va falloir la défendre, on sait que le film peut être aussi un peu fragile à certains égards, pas artistiquement où il est de béton, mais sur le casting, la manière dont il est financé, etc. Les perspectives de distribution étaient incertaines. On s'est dit qu'il va falloir qu'on réussisse à défendre le film avec les leviers qu'on a. Et puis nous, avec Armand, on a toujours énormément consommé du contenu réseau d'artistes ou de personnalités qu'on apprécie. Par exemple, Big Feu Holy, depuis qu'on est tout petit, même davantage que leur musique, tout ce qu'ils font autour, ce qu'ils racontent, ce qu'ils partagent, l'humanité qui transparaît dans tout ce qu'ils fabriquent. Nous, ça nous a vraiment inspirés. Il y a beaucoup plus d'exemples dans la musique que dans le cinéma, pour beaucoup de facteurs. Effectivement, comme tu le mentionnais, la confidentialité du milieu en est une. Je pense qu'aussi, le temps long qui est propre à la réalisation, au fait de faire un film, peut-être que ça prend 3 à 4 ans. Et je pense que c'est aussi ça qui peut priver un peu de contenu. Parce que quand tu écris un scénario pendant un an, deux ans, tu n'as pas du contenu tous les jours. Ce n'est pas super marrant. Donc, on a pensé aux réseaux sociaux. En plus de ça, on a rencontré ce qui est devenu un copain, un gars qui s'appelle Enzo Conan. Lui, son métier, c'est un gars qui a notre âge. Et son métier, c'est qu'il conseille des stratégies réseaux sociaux digitales à des startups. qu'on levait des fonds. Et du coup, nous, on l'a contacté un peu comme ça sur l'initiative d'Hector. Et il a fait, ah mais oui, c'est sympa de vendre un film, ça change de boîte, de start-up, d'appli et tout. Et donc du coup, on a réfléchi avec lui sur la manière dont on pourrait organiser ça. Puisqu'en plus, et là c'était vraiment du tâtonnement, les réseaux sociaux, ça repose tellement sur des codes spécifiques, des logiques, des trucs de rythme, de machin, qu'il faut y aller avec du test, essayer des trucs. Et donc du coup, c'est un peu comme ça qu'on s'est lancé, en se disant que pour ne pas perdre notre boussole dans cette grosse incertitude qui allait venir des résultats du statistique et tout, de toujours partir du contenu qui nous faisait plaisir à faire, et celui qu'on aurait aimé voir. quand on était plus jeune, et on y a repensé, on s'est dit que ça serait du contenu quand même un peu pédagogique,
- Speaker #0
ou ça serait peut-être plus des retours d'expérience que des conseils, et juste de dire comment on a fabriqué le film, les aventures, les galères, et tout, et c'est comme ça qu'on s'est lancé. Très bien, et vous n'aviez pas peur de désacraliser un peu le cinéma ? Parce qu'on peut, il peut y avoir un peu l'idée un peu traditionnelle, c'est vrai que le cinéma, ça se montre seulement à travers un film en salle, et on ne doit pas savoir finalement grand-chose. Est-ce que vous n'avez pas peur de... priver le cinéma d'une part de sa magie ?
- Speaker #2
C'était tout l'enjeu au départ et justement je pense que c'est pour ça aussi qu'on nous disait faites attention quand vous lancez un compte Instagram, ça fera amateur parce que justement t'as toute la notion du désir surtout avec les comédiens et c'est pour ça qu'on a aussi fait très attention à ça on a pris 4 mois avant de raconter le pitch, donner le titre, on a fait 3 mois de vidéo où les gens ne savaient rien du film à part qu'on était deux copains qui avaient fait le film différemment avec leur producteur et je trouve que c'est ce qui est intéressant, c'est justement de réfléchir comment peut embarquer des gens sur une histoire et que ce ne soit pas... En réalité, aujourd'hui, il y a tellement de moyens, il y a tellement de promotions partout pour accéder à un film que c'est intéressant de réfléchir aussi un peu autour. On savait qu'il y aurait les outils de promotion traditionnels, qu'il y aurait des critiques de cinéma, la bande-annonce, l'affiche, défendre les intentions de notre histoire. Mais justement, on a aussi beaucoup réfléchi le contenu réseau-sociaux sur l'autour de ça parce que, justement, nous, on trouve ça triste que ce soit aussi confidentiel. évidemment qu'il y a une part de désir à avoir sur les comédiens et sur l'histoire, et ça c'est important de la garder parce que c'est ton histoire, c'est ce que tu défends et d'ailleurs on fait toujours très attention à ça dans la stratégie de notre compte, mais ensuite tout le tour, la personnalité, comment s'est fait le projet je trouve que c'est comme ça que tu t'attaches à une histoire et que t'as très hâte de la voir une fois qu'elle sort au cinéma
- Speaker #0
Oui, et puis le cinéma c'est faire écran,
- Speaker #2
c'est montrer aussi pour mieux cacher aussi certaines choses, vous jouez dessus je pense à travers votre communication Et en regardant vos vidéos, il y a un parti pris, on en parlait,
- Speaker #0
des galères, des imprévus, où finalement vous exposez ce qui peut faire honte à un réalisateur ou à une réalisatrice, qui fait qu'on peut tâtonner, on peut ne pas tout savoir, tout maîtriser, tout réussir. Et même vous, vous dites qu'au début, toutes les réglementations d'un tournage, vous n'aviez aucune idée et que vous avez appris un peu en marchant aussi.
- Speaker #2
Ça, on a quand même eu beaucoup de chance, et je pense la rencontre avec un certain nombre de producteurs. Nous, avant, sur Noir, c'est ça, Hector Velgodersen-Ria, qui est le producteur du film et qui en a fondé Andromaque, et qui nous a vraiment apporté ça parce que nous, avant, on était beaucoup dans un jeu de séduction dès qu'on croisait des producteurs ou des réalisateurs, dans le sens, on essayait de prouver qu'on connaissait. On est des réalisateurs, on sait ce qu'on fait, regardez, et on ne va pas trop poser les questions parce que justement, ça fait amateur. Hector, lui, il n'a pas cette peur-là, il y va, il pose vraiment les questions, ce qui fait que tu progresses beaucoup plus vite. Et donc, on a réactivé un deuxième mode où ce n'était pas juste essayer de montrer qu'on connaisse. Enfin, qu'on sait ce qu'on fait, c'est juste essayer d'apprendre et on avancera plus vite comme ça. Parce que si on ne demandait pas trop de services aux gens, on voulait juste comprendre, on ne demandait pas avoir des partenaires, ce qui est deux choses très différentes. Parce que quand tu demandes des conseils, tu t'en fiches d'avoir l'air un peu nul. Alors que quand tu essaies de travailler avec la personne, il faut mieux avoir l'air très pro et très carré. Et je pense que ça a été le gros avantage de ce projet.
- Speaker #0
Mais alors, producteur, Hector qui a largement... contribué, qui a vraiment créé une structure de financement totalement atypique. Il y a même un pré-étudiant apparemment qui passait dans le financement du film si j'ai bien lu. C'est pas aussi à risque que ce que ça a l'air.
- Speaker #1
Effectivement, on a contracté un pré-étudiant, mais pas comme ça en s'exposant frontalement. En fait, c'est juste qu'une fois que tu rentres dans le circuit du cinéma, tu peux récupérer sous... la condition d'obtenir l'agrément des investissements du crédit d'impôt. Et donc, du coup, nous, ça nous a permis d'avancer ce crédit d'impôt à une temporalité où on en avait besoin. Donc, c'était plutôt une question de flux, de besoin de fonds de roulement. Oui, très très oré. Mais du coup, c'est ça, on est allé. En fait, Hector a fait le tour des banques professionnelles. Mais comme le projet était un peu bizarroïde, tout le monde lui a dit non. Et donc, du coup, la seule option qui nous restait pour avoir accès à cette trésorerie-là, c'était d'aller voir des banques de détail et de demander un prêt étudiant. Du coup, c'est ce qu'on a fait. Ensuite, on se l'est emprunté et on l'a apporté au capital de la société en proportion égale.
- Speaker #0
Il y a ce trio avec Hector. Il y a aussi ce duo, vous en parliez, vous deux, Armand et Clément. Dans le film, un grand raccourci, l'idée du duo est le moteur même du récit. C'est vraiment la pièce centrale. Qu'est-ce que ça change de découvrir, de tâtonner, d'hésiter à deux ? parce que souvent le tâtonnement dans la création, moi c'est la première fois que j'interview deux personnes à la fois dans ce podcast et c'est vrai que le tâtonnement c'est quelque chose de très personnel, donc comment vous arrivez à tâtonner à deux ? Qu'est-ce que ça change ?
- Speaker #2
Justement, je pense que ça facilite beaucoup de choses parce qu'être réalisateur, c'est deux choses. C'est en même temps être très sûr de ses idées et les porter jusqu'au bout et en même temps être capable de se remettre vite en question. Et l'avantage des deux, c'est que tu discutes de toutes les idées. Il y a un consensus que tu dois trouver constamment. Et en fait, on discute de tout et à chaque fois qu'on n'est pas d'accord, il faut réussir à convaincre l'autre. Et donc, ça permet d'avoir toujours... C'est plus simple en fait parce que pour exprimer tes idées à tout le monde, avant, tu en as déjà débattu avec quelqu'un. Donc, tu es plus sûr de tes idées. Je pense que ça facile beaucoup de choses d'être deux.
- Speaker #1
Et puis, il y a une question de compétence, c'est sûr, du fait qu'il y a à la fois des tâtonnements réels et puis aussi, il y a des tâtonnements qui sont plutôt personnels sur la place qu'on souhaite occuper dans le monde, le métier qu'on veut faire, de désir en fait. Et puis aussi, de barrières qu'on peut se mettre sur... Est-ce qu'on veut se montrer ? On ne veut pas se montrer ? Est-ce qu'on a peur de ça ? On n'a pas peur de ça ? Donc le fait d'être deux, ça permet de résoudre ça, parce que parfois il y a des problèmes que tu n'as même pas besoin de traiter parce que l'autre s'en charge. Donc ça, c'est quand même cool. Et puis en plus de ça, c'est aussi des questions d'énergie. On parle de deux, mais même à trois avec Hector, le fait d'avoir toujours quelqu'un qui est sur le pont, qui peut te rassurer lorsque tu es inquiet, qui peut mettre un petit coup d'énergie quand on a besoin. Et tout ça, c'est des éléments qui sont... qui sont vraiment importants et qu'on a retranscrit dans le film puisque c'est l'histoire de deux duos. Et nous, d'un point de vue de la narration, on trouve que le fait d'être deux, c'est plus intéressant parce que ça permet de jouer sur des effets de contraste, de différences de points de vue, soit dans une perspective comique parce qu'ils ne se comprennent pas, soit dans une perspective tragique parce qu'ils ne se comprennent pas.
- Speaker #0
Et du coup, nous, c'est un motif qui nous anime, qui est important dans notre expérience de vie. mais aussi dans ce qu'on souhaitait filmer et mettre en scène. Dans Un grand raccourci, il y a deux duos qui se croisent, qui se rencontrent de personnels, un duo de garçons et un duo de filles. C'est un peu des magouilleurs qui s'est un peu bricolé pour s'arranger avec la réalité, pour se donner un peu une chance. En fait, c'est vous. Parce que finalement, le cinéma,
- Speaker #2
est-ce que ce n'est pas ça un peu aussi ? C'est un peu l'art du faux pour essayer de faire croire à quelque chose. C'est sûr que c'est venu un peu dans un second temps. C'est quand on a commencé à raconter notre histoire qu'on s'est rendu compte que c'était intimement lié. Mais d'abord, je pense que c'est surtout des envies, justement, de montrer cette jeunesse, le fait qu'elle ait des projets, qu'elle ait un plan, qu'elle avance, qu'elle donne tout pour réussir, pour intégrer le monde professionnel et comment tu dois te débrouiller avec les règles aussi. ça c'est plus des choses qui intérieurement sont importantes pour nous et ensuite on a commencé à raconter l'histoire on a fait notre première interview et le journaliste nous a dit je pense que je vais appeler l'interview un grand raccourci On a commencé à réaliser, quand on faisait les vidéos sur Instagram, quand on a discuté du titre, que oui, les deux étaient liés. Mais je pense que c'est un peu inconscient. Ce n'était pas se dire, on est en train de faire un film comme ça, il faut que les personnages fassent la même chose. C'est plus que tu fais toujours des choses qui t'inspirent et tu t'inspires quand même d'éléments que tu vis. Et d'ailleurs, ce n'est pas une histoire de dératiseur et de concours de Miss qui sont deux choses qu'on n'a pas du tout vécues.
- Speaker #0
Alors voilà, petit rappel Miss, j'imagine. Oui, alors je précise pour les auditeurs et auditrices, pour le contexte, avoir raccourci l'histoire. D'un côté, c'est dans le centre de la Bretagne. D'un côté, il y a deux cousins, Corentin et Grégoire, très différents, qui fomentent une invasion d'Ottawa pour s'improviser des ratiseurs et pour sauver le restaurant familial. Et de l'autre, il y a Maëva, l'intrépide, et Louise, qui trie l'intrépide. Avec sa puff, je peux vous voir quand elle assène des saillies avec sa puff, c'est magique. Et Mayra et Louise qui trichent un concours de Miss Côte d'Armor pour pouvoir vendre leurs bijoux plus ou moins faits, on ne sait où. Donc ça, c'est le pitch. Mais c'est vrai que quand on voit des films, il y a un peu la métaphore du cinéma finalement. C'est toujours plus ou moins de briques et de brocs, il faut un peu faire croire, mais ce n'est pas vraiment vrai. C'est un peu fake it until you make it. je trouvais que ce film était mais qui était aussi métaphore du cinéma.
- Speaker #1
C'est vrai que cette question-là, de faire semblant jusqu'à ce que ça fonctionne, c'est un des motifs qui apparaît dans le film, mais aussi dans nos courts-métrages. Nous, c'est aussi un des thèmes qui nous intéresse. Mais je pense que ça vient vraiment d'un désir de spectateur qu'on partage davantage que quelque chose qui serait lié à nous, surtout quand on écrit des personnages. Je trouve que tu pars souvent du relief des qualités et des défauts qui t'inspirent le plus de tendresse. Et c'est quand même rarement les tiens, je trouve. Donc, c'est plus en transparence ensuite.
- Speaker #0
Tu parles, Clément, de courts-métrages. Je vais parler de fragments d'un Antoine amoureux. où il y a quand même la thématique de la supercherie dedans. Alors, pour éclairer l'auditeur, c'est Antoine qui joue un personnage de fiction pour un film étudiant, pour un court-métrage étudiant, et qui continue de jouer ce personnage de fiction hors caméra pour séduire son ami qu'il retrouve, qui s'appelle Zoé. Donc, il y a vraiment l'idée, par rapport à la supercherie, ou par rapport au fait de créer quelque chose un petit peu défactice au début, avant que ça devienne réel. Il y a cette question qui revient de film en film chez vous, je trouve, dans vos courts-métrages. Mais surtout, dans un grand raccourci, c'est un peu le dilemme. Faut-il réussir selon les règles ou en les contournant ?
- Speaker #2
C'est sûr qu'on a la sensation qu'il y a certaines règles qui doivent être questionnées. Il y a quand même des règles qui semblent absurdes. Ça ne veut pas dire qu'on ne fait pas l'éloge de la triche et du fait de défendre les règles. Mais justement, c'est plus se poser la question sur certaines choses qui existent. quand on est tombé sur la règle du 1m70 pour les concours de Miss et surtout la justification très floue c'est des choses qui nous semblent aujourd'hui absurdes et justement où tu te dis que ça a évolué quand même mal avec son temps et c'est questionner ça et c'est d'ailleurs pour ça qu'on a 4 personnages qui sont un peu magouilleurs mais que c'était important de le raconter avec un récit doux et que ce soit vraiment des personnages gentils qu'on ait une compréhension de ce qu'ils font et qu'on ne soit pas un peu loin d'eux et qu'il y ait quand même une empathie C'est très important, nous, qu'on ait des personnages qu'on aime. Nous, quand on défend l'histoire, on a envie d'aimer nos personnages. On a envie que le spectateur les aime et trouve de la justification là-dedans. Et qu'aussi, il se pose des questions, justement, et c'est un peu trouver cet équilibre-là.
- Speaker #0
Et alors, autre fascination, vous semblez avoir une fascination pour les scènes de voiture. Ceux-là, quand même pas mal, dans un grand raccourci. Elles sont pourtant parmi les plus difficiles à monter. Vous le montrez sur Instagram. Elles sont les plus difficiles à monter, à tourner. Alors, pourquoi s'infliger une telle complexité dès le premier ? long métrage, qu'est-ce que la voiture, la scène de la voiture, permet de raconter ce que d'autres scènes ne racontent pas ?
- Speaker #1
Déjà, je pense qu'on sous-estimait le défi technique que ça allait représenter. Nous, on se protait les mains. Vous étiez après coup,
- Speaker #0
c'est ça ?
- Speaker #1
Ouais, ça, c'est... Quand on regardait le scénario, on listait les décors. Et encore de la voiture, ça va être trop simple. C'est trop bien. On l'a, on l'a. Sauf que la voiture dans le film, c'est la voiture du comédien Jules Poirier.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
C'est la sienne, c'est pour ça qu'il était super à l'aise. Ouais. et qui pouvait du coup, c'est d'habitude la voiture tu la mets sur une remorque oui, c'est comme ça le comédien il peut se concentrer que sur le jeu et Jules lui devait jouer et en même temps conduire et en plus souvent il avait une armature autour donc c'était un vrai défi donc c'était non seulement un défi technique mais aussi un défi pour lui quoi, physique oui ouais, vraiment, enfin il était hyper impressionnant là dessus mais il conduit vraiment bien ensuite il y a plusieurs raisons qui expliquent pourquoi la voiture elle est aussi présente déjà je pense qu'il y a un principe de réalisme où en ayant fait le choix de situer le film dans ce décor là Merci. Oui, forcément, dès que tu te déplaces, tout est à 5, 10, 15 bornes. Donc, tout le monde a une voiture. Enfin, tu ne peux pas habiter cet espace-là si tu n'as pas de voiture. Donc, ça fait partie du quotidien. Et puis ensuite, l'habitacle, c'est un espace qu'on voit beaucoup au cinéma, même parce qu'il a plein de vertus, parce que c'est aussi un lieu qui est personnel déjà. Donc, il peut révéler l'intériorité du personnage. C'est un peu comme une chambre, de voir si la voiture est cabossée, est-ce qu'elle est vieille. ça renseigne visuellement beaucoup d'éléments Ensuite, tu peux faire l'économie dans tes dialogues. Et puis aussi, d'un point de vue narratif, dramaturgique, c'est des espaces qui sont chouettes parce qu'ils sont confinés, parce que tu peux avoir des rapports de force selon que tu es devant ou derrière, que tu as le volant ou que tu n'as pas le volant, que tu regardes la route, que tu regardes par la fenêtre. Et puis aussi, c'est un espace qui est quand même, encore une fois, assez petit. Et donc, du coup, tu dois partager cet espace-là. Et parfois, ce n'est pas évident. C'est-à-dire que quand tu es dans une conversation qui est désagréable, Donc quand t'es chez toi, t'en as marre, tu peux partir, mais quand t'es dans une voiture qui roule, il faut prendre sur toi. Donc ça, ça crée des temps de conflit ou d'intimité qui nous intéressent.
- Speaker #2
En plus, le film, c'est un gros travail de la pudeur, de justement ce qui se dit, ce qui se dit pas, ce qu'on montre à l'autre. Et ce qui est intéressant, c'est qu'en voiture, le cinéma, c'est beaucoup un jeu de regard. Là, le jeu de regard, il n'est pas entre les deux personnages. Donc c'est plus l'écoute et un jeu de sensation. Et ça, c'est intéressant à filmer aussi. Les personnages, ils se regardent très peu en voiture. Et quand tu regardes l'autre, ça veut dire vraiment quelque chose quand tu es dans une scène de voiture.
- Speaker #0
Mais d'ailleurs, la scène la plus importante du film, c'est une scène de voiture. C'est un long plan séquence de cinq minutes. Il y a beaucoup de plans séquences aussi dans votre film. Et c'est quand même un format où personne n'a droit à l'erreur. Parce que tout le monde doit être sur le pont, être prêt au même moment, au même endroit. c'est quand même une vraie discipline.
- Speaker #2
C'est sûr que c'était un gros enjeu technique, cette scène, surtout qu'elle est très importante dans l'histoire, donc il n'y avait pas le droit à l'erreur. À la base, on avait commencé à la découper en plusieurs plans, et en fait, on trouvait ça plus intéressant d'avoir un plan où tout le monde est à son max en termes de jeu, qui est cette sensation-là d'avoir vécu la scène, et justement, dans cette idée aussi de confinement, où justement, ce qui est marrant dans cette scène, c'est le fait qu'ils se retrouvent tous les quatre à ce moment-là dans cette voiture. Et donc, on a pris beaucoup de temps sur la journée. On avait commencé sur la matinée, mais on a en gros entre 8h et 14h, on a tourné cette scène parce qu'elle dure 5 minutes et qu'à chaque fois, tu fais l'aller-retour et tu vas au point de départ. Donc, c'était important pour nous de vraiment avoir la prise parfaite. Et on est content parce que grâce aux comédiens, c'est une des scènes qu'on avait aussi beaucoup répétées parce qu'on savait qu'elle avait un fort enjeu. On a réussi à la trouver, mais c'est sûr que nous, c'est une des scènes où on avait un enjeu, donc forcément un peu d'inquiétude. Et on était soulagés et vraiment heureux d'avoir réussi à la rentrer comme on l'imaginait.
- Speaker #0
Avant nos deux questionnaires dynamiques et rituels, je voudrais aborder avec vous les références. Tu parlais rarement de ce qui pouvait inspirer. Vous dites que vous mettez sur la table tous les deux vos références, vous les confrontez, vous les disséquez. Et ça peut être, il n'y a pas d'hierarchie. Il n'y a pas d'hierarchie, ça peut être un film indé, une vidéo YouTube, un réel Instagram, un classique de cinéma. Comment ça se passe ?
- Speaker #2
Ce qui est intéressant, c'est qu'il y a un peu de tout. Par exemple, en termes de cinéma, au départ, il y avait beaucoup les films d'Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacry, les premières comédies de Céloïd Clapiche comme un air de famille, les films de Sean Baker. Et à côté, il y a aussi des références qui sont des vidéos YouTube. Par exemple, le fait que Corentin soit dératiseur. En fait, il y a beaucoup de vidéos sur l'extermination de nuisibles, justement sur la dératisation, qui est vraiment un métier de la bricole où tu vois des gars qui montrent comment ils trouent un seau en mettant des graines et que si tu le disposes à cet endroit-là... parce que tu vois que le rat est passé par là, on se disait que ce serait intéressant et que le personnage aurait pu apprendre le métier comme ça. Ça, c'est en tombant sur des vidéos YouTube. Ou par exemple, il y a des scènes du film qui sont inspirées de vidéos qu'on a découvertes sur YouTube sur les concours de Miss. On a beaucoup regardé de vidéos de concours de Miss. Et par exemple, il y a une scène où il y a une sélection où toutes les Miss sont alignées avec des numéros. Ça, on l'a découvert sur une vidéo YouTube des années 2010 filmée au caméscope. Et on trouvait ça tellement cinématographique. Nous, on était trop dans la vidéo, alors que c'est vraiment une vidéo filmée de loin. avec la qualité HD 360p. Et on trouvait ça tellement fort en enjeu, le fait qu'au début, tu vois toutes les miss qui applaudissent, puis petit à petit, tu sens qu'il y a moins de place et tu vois que les sourires tombent un petit peu et que les applaudissements sont plus timides. Et on s'est dit que ça ferait une super scène de cinéma. Et ça qui est chouette avec YouTube, c'est que tu peux tomber sur des moments de vérité qui sont incroyables, qui en réalité sont des scènes de cinéma incroyables.
- Speaker #0
Et c'est comme ça donc que vous passez d'une référence qui est un modèle à un outil concret de travail. C'est passé d'une inspiration, je dirais, abstraite, où concrètement, on vous dit, ça, ça va me servir à nourrir le film.
- Speaker #1
C'est des terrains de dialogue, parce qu'en fait, je pense que c'est différent quand tu crées un personnage tout seul, et qu'ensuite, tu défends sa vérité avec un comédien ou une comédienne. Là, nous, souvent, même au départ, on a des conversations qui se fondent sur pas grand-chose. Quand on parle de comédien, de comment il est, comment il agit, est-ce qu'il est sûr de lui, comment il est sapé ? Tous ces éléments-là, en plus, ça se déplace, ça se recale par rapport aux autres personnages. Et donc, tous ces éléments-là sont très flous. Et donc, pour qu'on puisse évoluer dans le même environnement et qu'on soit d'accord, qu'on comprenne la même chose du personnage, du coup, on doit forcément le comparer, donner des exemples, dire, mais tu vois, cette personne-là du lycée qui était comme ça, ah, OK, oui, je vois cette caractéristique-là chez elle. Ouais, c'est ça. Et en même temps, tu vois, dans ce film-là, ce personnage-là, il a ça qui est quand même intéressant. Donc, tu vois, si tu mets les deux... intuitivement on n'y pense pas mais en fait il pourrait y avoir un espace pour quelqu'un qui est à la fois comme ça et comme ça ah ouais c'est vrai et du coup c'est surtout pour ancrer sur quelque chose de concret un dialogue sur la fabrication d'un personnage qui est très abstrait c'est le moment de nos questionnaires rituels avant la fin,
- Speaker #0
c'est le questionnaire en dedans qui vise à se rapprocher de ce qui vous hante de ce qui vous traverse, de ce qui vous habite à deux et l'un et l'autre, question courte et réponse immédiate alors d'abord Clément Puisque tu écrivais des pièces de théâtre avant même de rencontrer Armand IV, la pièce de théâtre qui t'a donné envie de raconter des histoires ?
- Speaker #1
C'est la pièce de théâtre, mais moi quand j'avais vu Edmond en 2018, pièce d'Alexis Michalik, moi j'allais assez peu au théâtre, je n'y vais pas non plus beaucoup d'ailleurs. Mais c'est vraiment voir ce que ça peut faire, la liberté que ça peut avoir. L'imagination qui est convoquée chez le spectateur, moi, ça m'a vraiment marqué. Et d'ailleurs, je pense davantage même que le cinéma, les expériences les plus fortes que j'ai eues en tant que spectateur, c'était du théâtre.
- Speaker #0
Et Armand, le film qui t'a donné envie de prendre ta caméra ?
- Speaker #2
Ma tante, je regardais très peu de films et je me suis dit, il faut que je fasse du cinéma, il faut que je regarde des films. Et ma tante m'a fait une liste de dix films. Et le premier sur la liste, c'était Tell My Louise. Et ensuite, il y avait Pulp Fiction, Shining, Fight Club. Elle m'avait vraiment mis des films qui m'ont donné un bon accès au cinéma. Et tout de suite, je me suis mis dedans et j'ai adoré.
- Speaker #0
Tell My Louise, on n'est pas loin de Maëva et Louise.
- Speaker #2
Oui, en plus, je ne l'ai pas revu depuis. Mais j'en garde des très très bons souvenirs.
- Speaker #0
Le film que vous prétendez connaître et que vous n'avez jamais regardé ? Il y en a un, vous êtes trop honnête. Non, je pensais plus. Il y a des films qu'on a vus très jeunes, dont on a un vague souvenir, et qui pourtant comptent parmi... Enfin, on en parle en mode, c'est nos films préférés, tu vois. Par exemple, moi, Certain Lame Show, c'est un film que j'ai pas vu depuis 12 ans, je pense.
- Speaker #1
Lee Wilder.
- Speaker #0
Ouais. Et c'est le film préféré de ma mère, et toute ma famille, on m'a dit, ah, ce film, et tout. Et moi, je suis là, ah, putain, il est en roi. Et j'ai plus de... J'ai quelques souvenirs de scènes, mais comme ça.
- Speaker #1
et le classique du cinéma sur lequel vous ne serez jamais d'accord. Il y a un film qui fait débat entre vous. Ce qui est dur, c'est que dès qu'il y a un film qu'on adore et que l'autre n'aime pas du tout, on l'aime un peu moins. Ce qui est assez frustrant parfois. Ah, j'ai adoré ce film. Ah, moi, pas du tout. Ah, mince. Et l'autre te donne des arguments. Vu qu'on est quand même souvent d'accord, les arguments nous font dire Ah, mince, j'avais pas vu ce côté-là. Ça fait chier. Tu me saoules. Je l'aimais trop, ce film.
- Speaker #0
Ici, récemment, le film où on n'est pas du tout d'accord, c'est Sirat. Ouais. où Armand a adoré et moi, je suis passé à côté de ce film.
- Speaker #1
Film Clément, enfin, qui a clivé la critique. Clément, le tic de réalisateur d'Armand que tu traques le plus ?
- Speaker #0
Dès qu'il n'est pas sûr. C'est bizarre,
- Speaker #1
mais ça, il faut vraiment le connaître. Là, il y a un tic qui se trouve, je l'ai fait pendant le...
- Speaker #0
Non, mais après, aussi, on a des... C'est plus, on a des types de langages, on dit tout le temps à quel point, mais pour des questions où la tournure d'à quel point n'a pas de sens. genre des questions où la réponse c'est une variable qui est pas continue,
- Speaker #1
qui est discrète et sinon à quel point tu sens la différence entre le TGV et le Ouigo toi ?
- Speaker #0
ça on est dans le train mais sinon même des trucs où on dit tout le temps c'est mis ça on dit on a un langage commun sur plein de trucs
- Speaker #1
Et le court-métrage que vous n'arriverez plus aujourd'hui à regarder ? L'un de vos courts-métrages, que vous avez réalisé sept courts-métrages, que vous n'arrivez pas à regarder aujourd'hui ?
- Speaker #0
On fabrique un hand-spinner qu'on n'a toujours pas retrouvé.
- Speaker #1
Ce qui est cool, c'est que soit on aime bien les courts-métrages, soit ils nous font rire parce qu'on les aime moyen. Il y a quand même toujours une attache à ce que tu as fait. C'est rare. Je trouve que soit ça te fait rire, comment on a pu faire ça.
- Speaker #0
On ne fait pas partie des gens qui arrivent... pas à regarder leurs films ou qui ont des reproches. Non, toujours, on a de la tendresse pour tous nos filles. Dampé.
- Speaker #1
Après ce passage en dedans, j'aimerais inverser les rôles. Le deuxième questionnaire, c'est à l'envers. Alors, je me repose. Je ne pose plus les questions. C'est à vous de les trouver. Attention. Une question qu'on vous pose toujours et que vous supportez le moins. Il y a dû y en avoir beaucoup pendant cette promotion.
- Speaker #0
Si, vous êtes les prochains tous les deux dans la cache.
- Speaker #1
celle-ci elle est dure surtout qu'on l'a eu à notre tout premier plateau télévisé et du coup on s'est vu méga surprendre parce que c'est dur en même temps tu les aimes bien mais c'est chelou on adore
- Speaker #0
Mingus se retrouve à faire le faux modeste dans un truc un peu bizarre on n'a toujours pas trouvé la réponse à une question une question sur votre jeune âge qui vous hérisse la barbe c'est que j'ai très barbu Non,
- Speaker #1
je ne sais pas. En fait, ça code des trucs où on s'est habitué. On savait que ça allait être l'exercice depuis le départ, tout ça. Et donc, on s'est mis dans un mode où c'est cool. En fait, ça nous fait marrer.
- Speaker #0
Très bien. Une question qui pourrait vous faire vous disputer devant moi.
- Speaker #1
Sirat. Sirat. Décidément.
- Speaker #0
Il faut qu'on me donne un truc plus personnel quand même. Je pense que les quelques... C'est vraiment du conflit, mais des accords qu'on peut avoir avec Armand, c'est le fait que comme on est spécialisé dans des tâches qui n'ont pas la même temporalité, parfois nos agendas ne coïncident pas. Et ça, ça ne peut pas être évident. Donc je ne sais pas, c'est un peu abstrait, mais je dirais que ça pourrait être des questions de rythme, peut-être.
- Speaker #1
Oui, c'est ça, c'est qu'on n'est pas sur la même temporalité. Du coup, on ne vit pas la même chose au même moment. Et une question sur votre duo que vous laissez justement sans réponse. Est-ce qu'il y a une énigme dans votre duo que vous voulez garder intacte ? Franchement, je pense qu'on est les gars les moins mystérieux là-dessus. On fait une vidéo par jour depuis six mois pour dire comment on travaille à deux et comment on fait. Il y a des mystères qui restent, je ne sais pas. Est-ce qu'on laisse du mystère ? À ce moment-là, on l'a oublié.
- Speaker #0
Ouais, franchement, je... Après, il y a des choses où on est très public, mais même l'un envers l'autre. En fait, les choses dont on ne parle pas, c'est les choses dont on ne parle pas entre nous.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Il y a plein de sujets dont on ne parle pas entre nous.
- Speaker #1
Une question que vous aimeriez me poser.
- Speaker #0
Est-ce qu'il y a des questions que tu n'oses pas poser ?
- Speaker #1
Ah non, non, non, je ne pense pas. Je ne pense pas que j'ose pas... Non, non, non, mais c'est forcément quelque chose que je me pose, mais non, non, je vais juste à la question de la pertinence. Mais parfois, non. Peut-être que je suis trop sage et donc du coup, je n'ose même pas y penser. Peut-être donc du coup, je n'arrive pas à l'écrire, mais voilà. Et une question que vous aimeriez qu'on vous pose et qu'on ne vous pose jamais. Vous avez fait un nombre de plateaux d'interviews. C'est une question, vous avez dit, mais on ne m'a jamais posé celle-là.
- Speaker #0
Je dirais que peut-être des questions sur des... Mais du coup, ça n'avait pas trop... Enfin, ça n'aurait aucun sens, mais des questions sur des centres d'intérêt qu'on a, dont on ne parle pas.
- Speaker #1
Être l'ératiseur,
- Speaker #0
c'était... Ouais, c'est ça, exact.
- Speaker #1
On va partir de votre hobby. Non, mais c'est vrai que les questions sur le tour, justement, on parle beaucoup. Par exemple, on adore parler de statistiques. On aime trop les statistiques de tout. Et c'est pour ça que c'est super pour nous, les réseaux sociaux. On sait, mais ça... Ouais, on aime trop les statistiques dès qu'il y a des choses. Dès que, par exemple, quelqu'un nous pose... La question, je pense que je vais faire une soirée chez moi samedi. Ah ouais, c'est quoi la probabilité que tu fasses une soirée chez toi ? Genre, on aime trop tout savoir et avoir un ordre d'idées sur les choses. Il y a trop de... Genre, sur France Inter, ils nous ont demandé quel est votre super pouvoir que vous aimeriez avoir. Nous, on a dit statistique, parce qu'on aimerait... C'est vraiment un super pouvoir. Oui, d'ailleurs. Mais pour nous, ce serait un super pouvoir. On aime, je ne sais pas, parler de centres d'intérêt comme ça un peu.
- Speaker #0
Genre, en mode, toutes les questions de genre... Je ne sais pas, Arnaud, il donnait un exemple. Combien de fois dans... La rue, il y a quelqu'un qui était en mode beau gosse ou mignon. Sur combien de lits tu as dormi ? Quelle quantité de ça, je ne sais pas, tu as bu ou tu as mangé ? Avant que tu te mettes en couple avec la personne avec qui tu vis, à combien de kilomètres minimum tu as été ? Tu vois, plein de trucs comme ça.
- Speaker #1
D'accord. On sait que ce serait marrant. Ce serait marrant. N'abîme pas un abonnement cher si quelqu'un crée ça.
- Speaker #0
Ouais, de ouf. Un abonnement, stat, plus. Voilà, life. Et la dernière question virtuelle avant de nous quitter,
- Speaker #1
Armand et Clément, une œuvre qui évoque le mieux pour vous le processus de création. D'abord, Armand, à fait Clément. Dans ce que l'œuvre raconte ? Oui, l'œuvre évoque le mieux, traduit le mieux le processus de création d'une œuvre en train de se faire. J'en prie parce qu'on pense parfois à l'année américaine de Truffaut et comme dans l'hôtel, je l'égime, je fais le clin d'œil. Justement, moi, je l'ai vue, mais ça ne m'a pas touché comme... « Ah, c'est à ça que ça ressemble un film de cinéma. » J'étais plus en mode « Ah, trop marrant, cette ambiance un peu particulière où c'est tellement une autre manière de faire du cinéma, une autre époque. » Je l'ai plus vu comme quelque chose d'amusant, un peu inad. « Ah, trop drôle, ça ressemblait à ça à cette époque. » Et aujourd'hui, des films... Franchement, la scène dans « L'être aimé » de Soro Goyen, elle est folle, la scène au milieu du film, sans spoiler. Moi, c'est une scène qui était impressionnante, j'étais tellement dedans. Et aussi, ça te tend un petit peu parce que... Il y a des plateaux, tu sais que ça ressemble à ça. Le gars, il est détestable, mais tu sais qu'il y a des moments de cinéma qui peuvent ressembler à ça sur les tournages. Et moi, j'ai trouvé ça très juste, très bien fait, justement sur la personnalité de chacun et sur la tension qui peut monter aussi dans ce que tu n'oses pas dire. Oui, le film, petit rappel, le film, il est question d'un père réalisateur avec sa fille actrice, si j'ai bien suivi. Et Clément, aussi l'être aimé ou autre chose ?
- Speaker #0
Je ne sais pas tellement. Moi, les films qui parlent de cinéma ou de création artistique, ce n'est pas forcément ceux qui me touchent le plus en tant que spectateur. Mais je dirais que c'est des films qui parlent pour moi de ce qui est le plus important dans la création, qui est le fait qu'avant tout, c'est un outil pour aller vers les autres, pour essayer de construire des réalités communes. Et du coup, moi, je dirais que je pense, je prendrais peut-être un film de comédie. Peut-être, on parlait de Toledo et Nakache, Le sens de la fête, où les personnages ne sont pas embarqués dans une création artistique, mais en tout cas, qui organise quelque chose, qui partage des choses, qui ont des points de vue et des caractères qui sont très différents, que c'est explosif, qui tâtonne, voilà, c'est ça. Et moi, c'est ça que je retiens de la création. Moi, c'est ce qui m'intéresse le plus, la dimension très solitaire de la création. Je la trouve finalement assez triste.
- Speaker #1
Donc tâtonner à deux, on tâtonne quand même.
- Speaker #0
Le plus longtemps possible.
- Speaker #1
Le plus longtemps possible. On espère pour vous deux. Merci Armand. Merci Clément. Merci d'avoir marché à tâtons avec moi. Si cette traversée vous habite, abonnez-vous à Michel à tâtons et partagez l'épisode. D'autres artistes viendront chercher avec nous dans le noir encore.