Speaker #0Et si, et si certaines réalités n'existaient que parce que suffisamment de personnes avaient fini par y croire ? Et si une banque pouvait faire faillite alors qu'à la base tout allait bien et elle était parfaitement saine ? Et si le regard d'un professeur pouvait modifier les résultats d'un élève ? En fait, si certaines de nos peurs contribuaient parfois à fabriquer exactement ce qu'elles redoutent ? Eh bien aujourd'hui, j'aimerais vous raconter l'histoire d'un cheval qui savait compter. Enfin, c'est ce que tout le monde croyait. Et vous allez voir que ça pourrait bien changer votre façon de comprendre le monde. Il est minuit à Bali, l'heure de notre rendez-vous avec l'évolution naturelle. Un moment rien que pour vous, une pause pour découvrir d'autres philosophies de vie, des modes de pensée différents. Minua Bali nous offre la possibilité d'explorer ce que nous sommes vraiment, de mieux comprendre ce qui nous anime, ce qui nous fait vibrer, aimer et avancer. Ce qui peut nous permettre d'être plus en équilibre, plus heureux. Je m'appelle David Mott, je suis accompagnateur en évolution naturelle, Master Coach certifié, mais je me définis plutôt comme un explorateur du vivant. Ce qui m'intéresse tout particulièrement, c'est le changement, celui que nous préparons ou celui qui nous surprend. Ensemble, nous allons dépasser nos limites, Réinventer notre vie ou la vivre autrement. parce qu'il n'est jamais trop tard pour devenir la personne que vous avez toujours voulu être. Et c'est maintenant, quand il est minuit, à Bali. Nous sommes à Berlin, au début du XXe siècle. C'est une histoire vraie. L'Allemagne entière parle d'un cheval extraordinaire. Son nom, Hans. Hans le cheval. On le surnomme aussi Hans le Malin. Son propriétaire affirme que ce cheval sait compter, additionner, soustraire, lire l'heure, résoudre des problèmes mathématiques et les journalistes affluent. Les foules se pressent pour découvrir ce cheval magique. Et on pose des questions à Hans le cheval. Combien font 3 plus 2 ? Le cheval tape alors du sabot une fois, deux fois, trois fois, quatre fois, cinq fois, et il s'arrête. Et c'est la bonne réponse. Le public est fasciné. Peu à peu, les scientifiques eux-mêmes sont intrigués. Un cheval capable de raisonner, on n'avait jamais vu ça, c'est une révolution. Une commission est carrément créée pour étudier ce cheval. Elles observent Hans, elles le regardent, elles l'expertisent. Elles vérifient qu'aucune fraude n'existe, mais rien. Le cheval semble réellement répondre correctement. Jusqu'à ce qu'un jeune psychologue, Oscar Pumphungs, ait une intuition. Il décide de modifier les conditions pour poser les questions. Quand la personne qui pose la question ignore elle-même la réponse, Hans échoue. quand entre le le cheval ne peut plus voir celui qui l'interroge, Hans échoue. La découverte est stupéfiante. Hans ne sait pas compter. En fait, il lit les humains, il les observe, il les regarde, il les lit, et il repère inconsciemment leurs micro-expressions, leurs tensions. Il le léger relâchement lorsqu'il approche de la bonne réponse, et c'est à ce moment-là qu'il délivre sa réponse. Et sans le vouloir, les humains indiquaient au cheval quand s'arrêter. Hans répondait aux attentes. Ausha chiffres. Et c'est peut-être que là commence notre histoire. Parce qu'une question surgit immédiatement, je ne sais pas pour vous, mais combien de réalités fabriquons-nous sans le savoir parce que nous croyons déjà connaître la réponse ? En 1948, un sociologue américain nommé Robert K. Merton met des mots sur ce phénomène. Il appelle ça la prophétie autoréalisatrice. Sa définition est très courte. C'est une croyance initialement fausse qui provoque des comportements qui finissent par la rendre vraie. C'est une idée qui est même profondément dérangeante, parce qu'elle brouille la frontière entre ce que nous observons et ce que nous contribuons parfois à produire. Il donne un exemple qu'il a choisi, quelque part, spectaculaire. avec une banque, une banque qui va très bien, une banque américaine, solide, les actifs sont sains, elles fonctionnent normalement, et puis, une rumeur apparaît, bon, il n'y a pas encore des influenceurs, mais une rumeur apparaît, la banque serait en... en difficulté. Donc quelques clients commencent à retirer leur argent, par prudence. Et puis d'autres voient la file d'attente de ces personnes qui vont retirer leur argent, s'inquiètent, retirent alors tout leur économie. Les journaux commencent à parler de cette file de clients qui retirent leur argent de la banque, la peur se propage, et finalement, la banque s'effondre. Après tout, et après coup, tout le monde dira, vous voyez, Elle allait mal la banque, on le savait, mais au départ cette banque allait très bien. Elle est devenue fragile parce que tout le monde s'est comporté comme si elle était déjà moribonde. Une croyance fausse est devenue vraie. Non parce qu'elle était juste, mais parce qu'elle a modifié les comportements. Merton comprend alors quelque chose d'important. Nous ne sommes pas toujours de simples observateurs du réel. Parfois nous participons à sa fabrication. Quelques années plus tard, Deux chercheurs, Robert Rosenthal et Leonard Jackson, réalisent une expérience dans une école. Ils font passer des tests à des élèves, puis annoncent aux enseignants qu'un petit groupe d'enfants possède un potentiel exceptionnel. En réalité, ces élèves ont été choisis au hasard. Ils ne sont ni plus brillants ni moins brillants que les autres. Mais ça, les professeurs ne le savent pas. Et quelques mois plus tard, les résultats tombent. Les élèves prétendument prometteurs ont davantage progressé. Pourquoi ? Parce qu'on les avait traités différemment, avec plus d'encouragement, plus de patience, plus d'attention, peut-être davantage d'opportunités. Et les enseignants n'avaient pas menti, ils avaient simplement agi en cohérence avec leur croyance. Et cette croyance avait modifié la trajectoire des élèves. C'est ce qu'on appellera ensuite l'effet Pygmalion. Et honnêtement, je trouve cette idée tout à fait intéressante parce qu'elle pose une question quelque part inconfortable. Combien de fois traitons-nous les autres, non pas comme ils sont, mais comme nous pensons qu'ils sont ? On va faire un saut dans le temps, arrivé en 2008. Crise financière. Pour les plus anciens, peut-être que vous en souvenez, une des plus importantes depuis 1929. La faillite de Lena Browser. Lenman Browser, pardon, qui déclenche une onde de choc mondiale. Les investisseurs paniquent, les banques cessent de se prêter de l'argent, les entreprises suspendent le recrutement, les consommateurs reportent leur achat. Chacun cherche à se protéger individuellement, rationnellement, et pourtant... Plus chacun tente d'éviter la catastrophe, plus il contribue à la rendre probable. Les entreprises solides deviennent fragiles. La consommation ralentit, l'économie se contracte, la peur accélère ce qu'elle redoutait, et encore une fois, les croyances ne créent pas la réalité. à elle seule, mais elle modifie suffisamment les comportements pour parfois en changer l'issue. Et soudain, la prophétie autoréalisatrice cesse d'être une curiosité sociologique et elle devient une force capable d'influencer le destin de millions de personnes. Évidemment, il faut rester prudent. Ce phénomène n'explique pas tout. Il ne suffit pas de croire très fort pour réussir. On ne guérit pas une maladie par l'optimisme. Même si ce côté positif, les pensées sont importantes, bien sûr. On ne construit pas une entreprise prospère uniquement grâce à la confiance. Le talent, ça existe. Le hasard aussi, ça existe. Les contraintes existent. Les inégalités existent. Les compétences, ça compte. Mais transformer cette théorie en pensée positive serait une erreur. Parce que ce n'est pas ce que disait Merton. Son problème est plus subtil, et peut-être qu'il nous dérangera un petit peu plus. Il nous rappelle simplement que nos croyances ne sont jamais totalement neutres. Ça, ça nous concerne, ça. Ça oriente notre comportement, ça influence nos choix, nos renoncements, nos prises de risques aussi. Nos relations aussi. Et parfois, ça finit par produire exactement ce qu'elle anticipait. Peut-être que la question n'est pas quelles sont mes croyances limitantes. Cette expression est devenue tellement courante qu'elle finit parfois par perdre son sens. Les croyances limitantes. La vraie question, elle est plus concrète, plus honnête. Quelle prédiction suis-je en train d'imprégner ? d'incarner. Parce qu'il existe une différence immense entre je ne suis probablement pas fait pour ce poste et agir comme quelqu'un qui pense qu'il n'est pas fait pour ce poste. Vous voyez ce que je veux dire ? Entre cette relation ne peut plus fonctionner et commencer à se comporter comme s'il était déjà condamné. Ce n'est pas la même chose. Entre... Qu'est-ce que je pourrais donner comme autre exemple ? Entre commencer à se... Alors, voilà, je n'arriverai plus jamais à lancer ce projet. Je n'arriverai jamais à lancer ce projet. Et puis renoncer avant même d'avoir essayé réellement. Le problème n'est pas d'avoir des peurs. On en a tous, hein. Moi, le premier. Mais le problème... Le problème commence lorsque ces peurs cessent d'être des hypothèses pour devenir des modes d'emploi. On y est là. Parce qu'à ce moment-là, elles ne décrivent plus seulement l'avenir. Elles commencent aussi, ces peurs, parfois, à le fabriquer, cet avenir. Robert Merton écrivait une définition fausse d'une situation... On peut provoquer un comportement nouveau qui rend cette définition initialement fausse vraie. A la base, la définition est fausse, et puis peu à peu, comme nous réagissons par rapport à cette définition, La définition fausse et que nous commençons à agir en conséquence et par rapport à cette définition fausse, eh bien cette définition initialement fausse devient vraie. Et je trouve ça... Fascinant, mais inquiétant aussi, parce qu'elle nous rappelle à quel point nous sommes influençables. Mais ça nous rappelle aussi que certaines trajectoires ne sont pas entièrement écrites. Elles se construisent, se renforcent, se corrigent au fil des attentes que nous entretenons. La prochaine fois que vous entendrez quelqu'un dire avec certitude « ça ne marchera pas » , « il est comme ça » , « les gens ne changent pas » , « c'est écrit d'avance » . Souvenez-vous du cheval, ce cheval qui ne savait pas compter. mais qui révélait quelque chose d'extraordinaire sur les humains. Nous donnons parfois au monde les réponses que nous croyons déjà connaître. Et posez-vous simplement cette question. Sommes-nous en train de prédire l'avenir ou de participer discrètement à sa création ? sa fabrication. Aujourd'hui, c'est un épisode un peu méditatif, quelque part, qui nous pose une question sur nous-mêmes et sur nos croyances. Encore une fois, ce qu'on appelle maintenant dans le jargon courant du nom personnel nos croyances limitantes, mais à force de croire qu'on ne va pas y réussir, On met tout en place pour ne pas réussir. Vous voyez ? C'est important de comprendre ça. Je ne vais pas réussir à obtenir ce poste. Donc on se met en situation de ne pas réussir à avoir ce poste, voire même avec nos enfants. Quand les enfants sont adolescents, « Oh là là, il est nul, il ne voit pas son bac, c'est nul, il n'arrivera jamais » . Bien sûr qu'on le pousse, bien sûr qu'on le... Mais quand on est parti du principe que cette croyance qu'il n'est pas assez bon pour passer son bac, qu'au bout d'un moment, Inconsciemment, on met en place des choses qui vont faire qu'effectivement, il risque de ne pas réussir à passer son bac. On prévoit un plan B, on prévoit un plan C. Et nous-mêmes, on arrive à s'enfumer en croyant que nos croyances, qui étaient des fausses croyances, eh bien c'était ça qu'il fallait écouter. Et nous mettons tout en place. pour les rendre réels et pour les rendre vrais. Voilà, petit épisode qui me semblait tout à fait intéressant. N'hésitez pas à le partager, par rapport à des personnes qui, justement, vous disent « ça ne marchera pas, ça ne marchera pas, on va faire un projet, mais ça ne marchera pas, je n'y crois pas » , ou quelqu'un qui vous dit dans la relation « non, non, mais cette relation ne marchera pas, au lieu de penser différemment, cette relation ne marchera pas » . Ben oui, évidemment, si tu pars du principe, ça ne marchera pas. C'est ce qu'on dit d'ailleurs. Si tu pars du principe, ça ne marchera pas, ça ne marchera pas. Cette phrase, vous voyez, en écoutant cet épisode, est encore plus profonde qu'elle ne paraît. Donc si vous avez peut-être autour de vous qu'il y a cette réflexion un petit peu pessimiste, de dire « C'est écrit d'avance ! » Tu sais, les gens ne changent jamais. Eh bien justement, faites-leur l'écouter cet épisode, il est important, me semble-t-il. Et puis n'hésitez pas à laisser, bien sûr, bien sûr, des étoiles sur un peu de podcast, sur Spotify. Et puis on va continuer dans cet esprit d'épisode en ce moment. C'est l'été, si vous écoutez ça en été. Et puis si c'est l'hiver, ça marche très bien aussi. C'est une bonne marche-planction tout le temps. Tiens, je n'aurai pas de quoi donner au Noël. Fausse croyance. Je plaisante. Je vous laisse sur cet épisode. Et on se retrouve très vite quand il sera minuit à Bali.