Speaker #0Il est minuit à Bali, l'heure de notre rendez-vous avec l'évolution naturelle. Un moment rien que pour vous, une pause, pour découvrir d'autres philosophies de vie, des modes de pensée différents. Minuit à Bali vous offre la possibilité d'explorer ce que nous sommes vraiment, de mieux comprendre ce qui nous anime, ce qui nous fait vibrer, aimer et avancer. Ce qui peut nous permettre d'être plus en équilibre, plus heureux. Je m'appelle David Mott, je suis accompagnateur en évolution naturelle, Master Coach certifié, mais je me définis plutôt comme un explorateur du vivant. Ce qui m'intéresse tout particulièrement, c'est le changement. Celui qui nous prépare ou celui qui nous surprend. Ensemble, nous allons dépasser nos limites, réinventer notre vie ou la vivre autrement. Parce qu'il n'est jamais trop tard de devenir la personne que vous avez toujours voulu être. Et c'est maintenant, quand il est minuit. Quand je vivais encore à Paris, je prenais le métro régulièrement pour traverser une partie de la capitale et me rendre à mon agence près d'Opéra. Il y avait un changement et je me mêlais à la foule des voyageurs pour rejoindre ma correspondance. Et quasiment à chaque fois dans le métro, je passais dans un petit tunnel carrelé de blancs. ou un homme d'environ 60 ans, se trouvait à l'intersection avec un autre passage, et tous les jours, il jouait du saxophone. On l'entendait bien sûr de loin, on savait qu'il était là avant de le voir, il était toujours habillé de noir avec une sorte de borsalino élimé, il portait des Doc Martins rouges, je me souviens quand je m'étais fait la réflexion quant à la couleur de ses chaussures, pourquoi des Doc Martins rouges ? Bizarre. Les hommes d'affaires, les jeunes sur leur portable, les femmes pressées, les étudiants, toutes les catégories sociales passaient devant lui en lui jetant parfois un petit coup d'œil, mais personne ne s'arrêtait. Dans le métro, chaque souterrain croise d'autres souterrains, qui amènent eux-mêmes à des tunnels connectés à d'autres tunnels, pour tous finir sur des plages de béton qui nous amèneront vers d'autres souterrains et d'autres tunnels, pour rejoindre ensuite la surface. Cette traversée sous terre, nous la faisions en apnée, sur nos gardes. en regardant suspicieux tout ce qui sort du décor métropolitain, en entendant parfois des cris, des voix plus fortes que les autres, des rires, des bousculades. Les affiches en 4x3 vendaient des produits inutiles, des vacances au rabais et annonçaient des spectacles que personne ne verrait. Pas le temps, pas l'envie. Dans ses veines et ses artères de béton circulait le sang de la ville, celui qui lui permet d'exister, qui donne un sens à tout ça, qui donne vie à la mégapole. Dans cet univers souterrain, il y a des hommes et des femmes qui jouent de la musique, qui chantent pour appeler à tous que ce monde n'est pas sérieux. Et au milieu de tout ça, il y avait ce saxophoniste. Assez rapidement, pour ne pas dire la première fois que je l'ai vu, je lui ai imaginé une vie. Il devait être un ancien musicien de jazz, membre d'un orchestre ou d'un groupe qui avait tout perdu, qui n'avait plus de contrat, plus de contact, et qui était réduit à jouer dans le métro pour gagner sa maigre pitance. Il devait sans doute habiter en banlieue, vu les prix de Paris, c'était cher. S'il était là, c'est qu'il n'avait pas d'aide, donc pas de famille, sans doute pas ou peu d'amis, sauf peut-être dans le logement social où il devait habiter. Comme il jouait vraiment bien, je me suis dit qu'avant, il devait être connu, peut-être une référence dans le métier. Il avait sans doute joué à l'étranger, à New York ou à la Nouvelle-Orléans. Et que là-bas, justement, il avait acheté une paire de Doc Martins rouges. et qu'il est gardé maintenant au pied pour lui rappeler qu'un jour sa musique avait résonné dans les plus grands clubs de jazz du monde. Chaque fois que je passais devant lui, je lui laissais une petite pièce, un billet avec un petit air complice, genre « Hey brother, je suis pas dupe, je connais ta vie, ta galère, je sais que ça doit pas être facile, tu peux compter sur moi » . Il m'a fallu au moins un ou deux mois avant de m'arrêter vraiment et de l'écouter. Je pensais toujours le faire, mais à chaque fois je passais devant sans même y penser. C'est dire combien était ancrée en moi cette idée d'un homme déchiré par les circonstances, victime sans doute de mauvais choix ou plus certainement d'une escroquerie, de trahison de deux amis musiciens ou de son impresario qui l'avait amené à devoir mendier son art pour un quignon de parassis. Son regard, sa musique, ses chaussures, sa présence régulière dans le métro, Ses pièces de monnaie en son étui de saxo, sa façon de remercier quand on lui faisait l'aumône, l'ambiance même du métro, il était aux portes de l'enfer. Et j'avais mis trop longtemps pour lui adresser la parole. Alors après l'avoir écouté jouer, je l'ai salué d'un mouvement de tête qui se voulait complice. Nous avons souri et commencé à parler, et bien entendu, je voulais savoir pourquoi il jouait dans le métro, à cette place, tous les jours, ou presque. Je ne l'ai pas fait subir à l'interrogateur, je lui ai juste demandé si c'était un bon emplacement. Et voici sa réponse. Ouais, ouais, ouais, c'est pas mal. Il y a mieux. Mais j'aime bien être ici, ça me rappelle New York. Bon sang, j'avais raison. Quoi que j'en avais jamais douté. Il continue en disant, tout naturellement, il dit, je joue là parce que, en fait, j'ai des voisins qui sont saoulés par le saxo. Sans doute des SDF du foyer où il habite, me dis-je. Il continue en disant, j'habite à l'offre d'artiste près de la Bastille. Enfin, je devrais dire, on habite avec ma famille, mais les murs sont trop fins. Du coup, je voulais jouer ici. C'est une excellente reverb. Vous comprenez qu'il y avait un écho naturel. Et continuant en disant, moi, j'aime bien l'ambiance. En plus, ça a un côté, tu vois, sympa, un côté jazz. En plus, c'est à côté des clubs où je joue. On ne va pas loin, donc c'est très pratique. Attends, attends, attends. Un loft au centre de Paris. Une famille, du travail, mais quel imposteur ! Je lui ai donc fait remarquer que c'est une deux-têtes qui gagnait tout de même de l'argent, que les gens lui donnaient, moi le premier, car ils supposaient tous qu'ils étaient dans une situation de pauvreté extrême. Ce à quoi elle répondit orientée, c'est fou non ? Je m'entraîne pour mes sessions, je me fais plaisir en jouant, l'ambiance est sympa, les gens me lancent des pièces comme un troubadour, j'ai rien demandé. Et la première fois, ça fait bizarre, mais bon, si ça en fait plaisir, tu sais quoi. Je me demande juste pourquoi ils font ça, mais c'est sympa. J'ai pas osé demander pour les chaussures et j'ai préféré arrêter de supposer. J'ai continué de le croiser et à chaque fois, il me faisait un petit clin d'œil. Je savais maintenant que les autres supposaient et que si j'avais pris le temps de lui parler, plutôt, je n'aurais pas eu, moi, des suppositions, fruit de mon imagination nourrie par Victor Hugo et les drames shakespeariens qui en finalité se sont montrés tous faux, ces suppositions. Et tant mieux pour lui. Shame on me. Pour avoir un avis objectif, demande de prendre de la distance, de prendre en compte toutes les informations et ne pas juger immédiatement sans avoir pris en compte le contexte, les protagonistes, leur histoire, l'environnement, et éviter d'aller directement à la conclusion sans être certain d'avoir cerné les enjeux, la chronologie, les faits concrets et bien sûr la part d'inconnus. Dans un monde où tout est devenu très rapide, où la moindre rumeur enfle pour devenir un fait de société, nous devons rester quand même prudents sur notre faculté à réagir à chaud, de juger sans savoir la finalité de l'histoire. Nous le retrouvons aussi dans notre quotidien, avec les ragots à côté de la machine à café, ou les gossips que nous pouvons colporter qui ne sont que des parcelles de faits supposés être arrivés. Si je veux parler d'histoire, je vais vous en raconter une peut-être que vous ne la connaissez jamais. Je vais vous raconter une qui va peut-être vous permettre d'avancer sur cette notion de perception. Alors, nous sommes au paradis. Saint Pierre, qui s'occupe des entrées au paradis, doit s'absenter. Il doit partir et il y a une situation délicate qu'il a à gérer, à l'autre bout des nuages. Il demande à ses confrères, mais personne ne veut le remplacer. Saint Paul, toi, personne. Alors il demande donc à Jésus, en personne, de prendre sa place, le temps pour lui, de régler ce problème. Jésus est ravi de pouvoir aider, il prend donc la place de Saint Pierre et il se place aux portes du paradis avec sa grande toge blanche, ses sandalettes en cuir, il est très concentré. Il accueille les nouveaux arrivants avec une petite phrase de bienvenue et prend le temps de s'intéresser bien sûr à leur vie antérieure. Au bout de quelque temps se présente à lui un vieillard qui semble sans âge, il a une grande barbe blanche, il est presque aveugle et ses jambes semblent à peine le porter. Jésus va bien sûr au devant de lui, toute à la bienveillance et la bonté. « Bonjour, bienvenue, d'où venez-vous mon ami ? » Et le vieil homme répond « Je viens du bord de la Méditerranée. » « Ah bon ? Et que faisiez-vous là-bas ? » « Je travaillais le bois, j'étais charpentier. » « Ah bon ? Et où allez-vous ainsi ? » « C'est très compliqué, explique le vieillard, je cherche mon fils. » « C'est pas tout à fait mon fils, mais c'est tout comme. » « Je vous l'ai dit, c'est difficile à expliquer. » Il était avec moi à l'atelier et il a décidé de partir mener sa vie depuis que je ne l'ai jamais revu. Puis, regardant autour de lui, il demanda à Jésus « Mais où suis-je ? Vous êtes aux portes du paradis. » « Mais c'est le bout du monde, ça ? » « Oui, précisément. » « Alors, j'aurais cherché en vain mon fils jusqu'au bout du monde ! » Ému, Jésus Ausha heureusement le vieil homme fatigué dans ses bras en lui murmurant « Mon père ! » « Enfin ! » Et le vieillard bouleversé s'éclame « Pinocchio ! » En partant du principe que, comme moi, vous ne connaissiez pas déjà cette petite blagounette, elle fait appel à notre inconscient en nous mettant dans un contexte où nous connaissons le paradis, avec des personnages qui nous sont familiers, Saint-Pierre, Jésus, et nous en déduisons tout naturellement qu'avec des informations qui nous sont données par le vieillard, nous connaissons aussi celui-ci, ce vieillard, c'est logique. Tous les signaux sont ouverts pour que nous puissions avoir un avis éclairé sur la compréhension de cette petite histoire, et même la terminée d'ailleurs. avant de connaître la phrase finale, et pourtant, la fin n'est pas celle attendue. « L'univers n'est que transformation, la vie n'est qu'une opinion » , disait Marc Aurel. Quant à Bouddha, il disait « Ce que nous vivons aujourd'hui vient de ce que nous pensions hier, et ce que nous pensons aujourd'hui construit notre vie de demain. Notre vie est donc une création de notre mental. » Ces deux citations nous rappellent que les événements extérieurs n'ont d'influence sur nous que par l'importance que nous leur donnons. Notre perception du chemin vient de ce que nous avons appris, de ce que nous considérons comme des priorités, de l'influence de nos interactions. Notre perception d'une situation qui provient également des sources d'informations qui sont à notre disposition, les médias, les réseaux sociaux et les personnes qui nous entourent, qui elles-mêmes sont le relais sur des sujets qu'elles pensent, bien sûr, maîtriser. Nous l'avons vu, notre inconscient réagit au quart de tour, suivant des préjugés des associations, parfois malheureuses. Il faut bien le dire, avec un certain penchant à la fainéantise. Alors, pourquoi réfléchir, remettre en perspective quand d'autres l'ont fait à notre place, et défendre leur point de vue avec tant de conviction ? Crise migratoire, dérèglement climatique, décision politique, dernière polémique médiatique, drame quotidien, autant de sujets où nous écoutons, où nous faisons une première opinion, suivant l'intervenant. ou le, la spécialiste, et puis nous percevons quelque chose qui fait sens avec nos peurs, nos croyances. Et nous allons ensuite donner notre opinion qui en finalité reste... peu objective, qui correspond à celle ou celui qui a crié le plus fort, qui semblait le ou la plus convaincu, qui faisait sens avec notre inconscient. Si on reprend les paroles de Bouddha, nous pouvons comprendre que ce que nous pensons maintenant va influencer notre futur, que notre vie est le résultat de nos pensées, la création de notre mental. Ajoutons à cela Marc Aurel et nous avons une idée plus précise de ce que se représente en finalité notre vie. Tout. C'est impermanence. Rien ne dure. Ah si, vous pouvez vérifier, rien ne dure. Toutes ces transformations et la compréhension de notre propre vie passent par le prisme d'opinions, de ressentis, de perceptions qui ne sont en rien des vérités. Juste une création mentale à un moment donné. Pour revenir à la perception, nous nous focalisons souvent sur notre première sensation. Ce qui est normal, notre inconscient calcule les risques pour nous-mêmes, pour notre entourage, notre famille, les bénéfices comme les risques et va nous transmettre l'émotion correspondante et nous allons ensuite la verbaliser parfois c'est vrai malroitement, parfois, mais même souvent je l'espère en tout cas pour vous avec brio, influençant par la même la perception des autres. La peur de l'autre revient souvent sur le tapis. Depuis notre enfance, on nous place en compétition avec les autres, en forme des groupes homogènes, dont les valeurs sont communes pour un même résultat, la productivité. Ce qui va nous permettre de bénéficier des droits, de santé, à la sécurité, à l'accès au logement. Et en fait, on s'est battu pour ça, il n'est pas question de les partager. Nous nous sommes battus pour avoir des droits et concédés du terrain, du temps, de l'argent, à d'autres qui ne feront pas partie de notre groupe, de notre société, de notre nation. Et ça, ce n'est pas acceptable. Ces droits, ils n'y ont pas droit, justement. On n'a pas à concéder du terrain, ils n'ont pas à venir s'installer chez nous, en tout cas, ce que certains pensent. C'est alors la peur qui parle, l'inconscient, qui fait appel à notre survie, à l'idée de tribu, de protection. Notre perception dresse le drapeau. Danger ! tendons l'oreille à des propos nauséeux qui iront dans notre sens, faute d'avoir nos propres arguments, à grand renfort d'études sociologiques, de respect des frontières, qui, rappelons-le, ne sont que des traits sur une carte, ou au nom, bien sûr, de la protection de nos valeurs. Quand je suis arrivé à Bali, je suis arrivé en tant que migrant. Pas en tant qu'expatrié, rappelons que la situation d'un expatrié est temporaire, et donc il n'a pas quitté son pays comme la France pour de bon, et compte bien revenir vivre dans son pays d'origine un jour ou l'autre. Tandis que l'immigration, l'immigré, désigne l'entrée d'une personne dans un pays étranger, tant qu'à faire pour s'y installer. Je n'avais pas l'intention de revenir en France pour y travailler de nouveau, pour y vivre. Ce n'était pas, encore une fois, parce que je n'aimais pas la France, attention, mais que j'avais tout simplement envie d'autre chose, de couper les amarres. Bref. me voici migrant. Et si j'ose dire, de l'autre côté de la barrière. Dans un nouveau pays, avec de nouvelles règles. Je ne vais pas rêver ici, dans une situation confortable, avec un PQ, me permettant de m'installer confortablement et de vivre tranquillement. Il a fallu que je commence par survivre. Ma perception de ce que j'avais à vivre a été faussée. En effet, j'avais lu que ce serait facile et que tout était moins cher qu'en France, que le monde... locaux étaient gentils, que c'était un peu un paradis, que tout était possible. À ce moment-là, je ne pouvais pas reprocher à d'autres ma propre perception. J'étais déjà allé à Bali plusieurs fois. Je m'étais projeté et sans aller chercher plus loin, je me suis conforté dans ce que je pensais être une forme de vérité découlant de ma propre. perception de mes expériences à Bali, lors de mes différents voyages, et de la perception de ceux qui vivaient déjà à Bali, des expatriés, des amis qui étaient là et qui m'avaient quelque part initié à la vie balinaise. Ce que je pensais aller de soi, ce n'était pas si évident. J'avais deux solutions. Soit aller à contre-courant, me braquer, aller à contresens pour essayer de faire correspondre ma perception avec une réalité qui me corresponde à mes attentes. Et je pense, pour être honnête, que c'est un petit peu ce que j'ai commencé par faire. M'impatienter, résister. Je faisais tout pour paraître. J'allais à des cérémonies balinèses pour me faire accepter. Mais en réalité, ça n'avait pas de sens pour moi. Je ne comprenais même pas ce qui se passait. Cependant, cette peur de l'autre dont nous parlions tout à l'heure, je ne l'ai pas ressentie dans le regard des autres. C'est peut-être un peu la différence avec les pays européens. Et peu à peu, j'ai lâché prise. Ma perception est devenue plus primaire, plus dans l'instant. Il n'y avait plus de préjugés, mais des sensations, des émotions, bonnes ou mauvaises, mais qui étaient dissociées d'un résultat final ou d'un jugement global. Comprenez ? J'ai alors compris que ma perception n'était pas une vérité, et que ce que je pensais être logique ne l'était pas vis-à-vis de ce que je me permettais de juger. Je regardais une partie du tableau et je donnais mon avis sur l'ensemble d'une œuvre, avec en plus, bien sûr, mon regard occidental. Est-ce que je connaissais vraiment la vie balinaise ? Est-ce que je connaissais vraiment les balinais que je rencontrais ? Leurs rêves, leurs angoisses, leurs obligations ? Non. Est-ce que je connaissais le sens profond des cérémonies auxquelles j'assistais ? dont d'ailleurs beaucoup de Bagnés ignoraient eux-mêmes l'origine, il ne faut pas impréciser. Non, je ne le connaissais pas vraiment. Et même maintenant, après 12 ans, je ne connais toujours pas forcément la signification profonde des cérémonies, parce qu'elles changent d'un village à un autre, par exemple. Est-ce que je connaissais vraiment la vie des habitants de l'île, sachant que dans chaque village, il y a des traditions différentes Ce que je percevais était juste une opinion, et je créais ma vie en fonction de celle-ci. J'ai parfois été choqué par certaines pratiques religieuses, déçu par les amitiés que je pensais profondes, et tant chez les locaux que chez les expatriés, surpris par la dureté de certaines relations. Mais en regardant un bloc de glace, on a du mal à imaginer qu'avant c'était de l'eau, et qu'il devait y avoir une raison qui m'échappait pour que ces personnes deviennent glaciales et insensibles. Peu à peu, on perçoit ce qui nous entoure différemment, avec plus d'empathie, sans doute moins d'implication émotionnelle. Peu à peu, on pardonne, et puis on se pardonne aussi. On arrive à se poser les bonnes questions. Pourquoi ça résonne en moi comme ça ? Pourquoi je réagis de cette façon ? Pourquoi est-ce que je ressens un écho à ma sensibilité ? Pourquoi cette situation m'est tellement insupportable ? Et reprenons-le sur l'exemple que je vous ai donné au tout début, en parlant d'immigration, qui cette fois-ci se passe en Europe, peut-être dans ma ville, peut-être dans mon village. Pourquoi ça résonne en moi comme ça ? Pourquoi je réagis de cette façon ? Pourquoi ce que je ressens fait écho à ma sensibilité ? Pourquoi cette situation est tellement insupportable pour moi ? Il est aussi important de se questionner sur notre facilité à partager des points de vue qui en fait en réalité ne font pas partie de nos valeurs profondes et qui nous font dire « ça c'est pas moi » . Non, en fidélité, je ne me reconnais pas. Il ne s'agit pas ici de tout accepter, mais plutôt de comprendre et d'aller plus loin que notre première perception, d'être juste dans ce que nous exprimons, de ne pas nous arrêter à notre première impression pour paraître au lieu d'être. Bien sûr, la perception peut être aussi une sage conseillère, quand lors de nos premières rencontres, nous ressentons quelque chose qui ne va pas, ou au contraire une émotion forte qui nous met les poils au garde-à-vous, un élan d'amour. d'amour ou de compassion, ça peut nous permettre de ressentir l'esprit feng shui, où tout est aligné, où nous nous sentons bien, sans même savoir pourquoi. Alors oui, Bali m'a beaucoup apporté, autant sur ma façon de voir le monde qui m'entoure que sur mes certitudes, qui sont transformées au fil du temps en questionnements. Essayez de devenir migrant, vous allez voir, on ne pense pas tout à fait la même chose. Et j'ai appris à être plus curieux, autant envers les autres qu'avec moi-même. Je m'amuse avec ma perception, je l'apprivoise, je lui donne à réfléchir, je me trompe parfois. Je ne cherche pas à être cohérent, ce qui impliquerait une ligne directrice, mais à être juste, ou à tout simplement éviter de porter un jugement, de faire des suppositions qui me semblent séduisantes, qui me rassurent peut-être, mais plutôt à poser directement les bonnes questions, à m'intéresser et à m'impliquer. « M'impliquer, oui. Comme dit Serge Lemiteau, à force de jouer sa vie, on finit par en être spectateur. Ne supposons pas la vie des autres en collant des impressions, des preuves que nous pensons avoir ou savoir. Ne donnons pas aux autres des intentions. » Des paroles qu'ils auraient pu dire, des actions qu'ils auraient pu faire, des positions qu'ils auraient pu prendre. N'écrivons pas l'histoire de ceux qui nous entourent avec des raccourcis, des bouts de phrases qu'ils ont prononcées, notre regard imparfait qu'ils regardent, ou ceux qui pensent les connaître et qui ont un avis basé sur du vent, qui parlent de ceux qui nous entourent avec des non-dits ou de la jalousie. Voulons-nous convaincre que leur récit est impartial ? Non, non, ce que je te dis là... Attention, c'est à prendre avec des pincettes, mais on le dit quand même, et que donc ces suppositions sont des vérités. Reprenons notre pouvoir intérieur, celui de nous fier à notre intelligence du cœur, de tempérer notre première impression, de percevoir toutes les possibilités avec indulgence, d'accorder des circonstances atténuantes, et elles sont nombreuses pour celui ou celle qui sait regarder au-delà des apparences et des Doc Martens rouges. Nous sommes à la fin de cet épisode. Je vais parler un petit peu vite, me semble-t-il, ça vous vérifierait, mais que j'ai trouvé assez passionnant. Ça parle effectivement de mes propres perceptions, mais aussi des vôtres. Ça parle aussi, bien sûr, de tout ce que nous pouvons anticiper en voyant quelqu'un, de nos suppositions qui ne sont pas forcément de franches réussites. Donc, fin de cet épisode. Et donc, si vous avez autour de vous une personne, fan de gossip peut-être, qui le lundi matin vous raconte le potin de la semaine dernière, quelqu'un qui... pose ou réinvente la vie des autres, qui adore les histoires de famille, en comblant les trous avec de fines déductions, et bien vous savez quoi ? N'hésitez pas à partager avec elle cet épisode. Vous avez qu'à lui dire que c'est de ma part. Allez, c'est pas grave. Facebook, bien sûr. N'hésitez pas à laisser un petit message sur Facebook, un petit commentaire pour me dire ce que vous avez pensé de cet épisode. Peut-être que vous avez aussi, vous, une anecdote, justement, sur les suppositions. Laissez les étoiles, que ce soit sur ... Toutes les plateformes, des étoiles ou des commentaires, bien sûr, des avis positifs, tant qu'à faire, c'est mieux. Des commentaires sur Apple Podcasts, Spotify et les autres plateformes d'écoute. Et bien sûr, abonnez-vous. Je sais que c'est la fin de l'épisode et à chaque fois, je vous le rappelle. 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