- Speaker #0
« Certains voient l'activité physique comme un investissement pour leur santé et leur bien-être. Vous voulez en faire partie ? » Bienvenue chez Mouvementale. Je m'appelle Magali Dubois et je m'adresse particulièrement aux non-sportifs et à tous ceux qui aimeraient enfin réussir à adopter un mode de vie actif dans la durée. C'est en vous partageant des connaissances, des expériences et des points de vue différents que j'ai l'intention de vous aider à bâtir l'état d'esprit et la motivation nécessaire pour le faire. Alors j'espère que ça vous aidera et que vous aurez envie d'en parler autour de vous. Souvent, on se met au sport pour se vider la tête. Et parfois, ce n'est pas si simple, ce n'est pas si évident que ça, justement, d'enlever tout ce bruit mental qu'il y a à l'intérieur de notre tête. Et l'apnée, justement, vient pousser cette quête à l'extrême, c'est-à-dire que sous l'eau... On n'a plus d'autre choix que de faire taire ce bruit mental. Et justement, dans ce nouvel épisode, ce qui est assez intéressant, c'est qu'il y a quelques épisodes en arrière. J'ai fait un épisode avec Emery Callard sur la respiration. Donc Emery Callard, c'est l'ancien kiné de l'équipe de France d'apnée. Et aujourd'hui, on va parler de comment ne pas respirer en quelque sorte. Alors, ce n'est pas tout à fait ça, mais je trouve ça intéressant d'aborder les deux sujets. Alors, qu'est-ce que l'apnée peut nous apprendre ? et qu'on peut réutiliser sur notre prochaine sortie. C'est vraiment ça que j'ai envie qu'on trouve à travers cet épisode-là. Et avec moi, j'ai Zoé Dufour, qui est apnéiste, qui est une grande amoureuse de l'eau, et qui va justement pouvoir partager son expérience à travers l'apnée, son parcours d'apnée entre autres. Et puis, pour la petite anecdote, puisque j'aime bien commencer comme ça mes épisodes, nous on s'est rencontrés il y a quelques mois en arrière, alors pas du tout dans l'eau. parce que moi à la base je suis quand même une terrienne. On s'est rencontré à la danse au Foro, qui est une danse brésilienne. Et puis quelques mois après, tu m'embarques sur ce premier baptême d'apnée. Donc c'était il y a quelques semaines maintenant. Et je suis trop contente qu'on se retrouve pour échanger sur le sujet. Donc merci d'avoir accepté mon invitation.
- Speaker #1
Merci de m'avoir invitée.
- Speaker #0
Et bienvenue à toi dans le podcast mouvemental. Donc Zoé, j'aimerais bien que tu me dises d'abord qu'est-ce qui t'a amenée à l'apnée ? pourquoi l'apnée ? Tu aurais pu faire 50 000 autres trucs dans ta vie pourquoi tu as fait de l'apnée ?
- Speaker #1
J'ai toujours depuis toute petite j'ai toujours aimé aller dans l'eau j'habitais dans la Drôme donc c'était limité aux rivières et aux piscines ce qui était déjà pas mal et donc j'ai toujours fait de la natation en club et quand je suis arrivée à Toulouse j'avais envie de changer un peu de la natation je me suis inscrite à un club de nage en monopalme la grande palme de sirène mais là je nageais en surface avec un tuba frontal et le but c'était de faire la plus longue distance possible de s'entraîner pour faire la plus longue distance possible en mer ou en lac, toujours en surface. Et à côté, il y avait une petite ligne d'eau qui était sous l'eau. Ils faisaient de l'apnée en piscine. Et puis un jour, ils m'ont dit « viens rejoindre nous » . En fait, moi, ça faisait longtemps que j'avais vu les vidéos de Guillaume Neri et Julie Gauthier et que j'étais un peu émerveillée par l'apnée, mais sans me dire que moi aussi, j'avais le droit et je pouvais en faire. Et voilà, je me suis retrouvée sous l'eau ce jour-là dans cette ligne d'apnéiste. Et à partir de ce jour-là, chaque fois que je venais à l'entraînement, je me disais tiens, est-ce que je vais dans la ligne monopalme ou dans la ligne apnée ?
- Speaker #0
Tu as fini par franchir.
- Speaker #1
Au bout de quelques mois, je n'ai fini que dans la ligne apnée.
- Speaker #0
Et c'est quoi qui, à la base, t'émerveillait dans l'apnée ? Tu vois, quand tu regardais les eaux de fer, qu'est-ce qui te passait par la tête ?
- Speaker #1
Il y avait l'élément l'eau, je pense, qui m'a toujours attirée, dans lequel je me suis toujours sentie bien, à l'aise, tranquille. Et après, il y a eu les vidéos que je voyais sur YouTube ou les films que j'ai pu voir, Le Grand Bleu, forcément, qui me donnait un côté un peu mystique, un peu fascinant, qui m'attirait aussi. Mais sans que je me dise que moi aussi, je pouvais faire ça, accéder à ces sensations-là.
- Speaker #0
Oui, c'est assez fou quand je t'écoute parce que je me dis, moi, à la base, que je ne suis pas du tout fan de l'eau. Tu vois, un peu aquaphobes, c'est un peu exagéré. qui n'aient pas cette appétence-là parce qu'ils ont un peu peur de l'eau. Alors maintenant, ça va beaucoup mieux. Mais je me dis, mais à quel moment ? À quel moment on peut avoir envie d'aller dans les profondeurs ? Et en plus de ça, sans bouteille d'oxygène et vraiment juste soi-même, tu vois ? Et en fait, l'autre jour, tu m'as fait tester. Et d'ailleurs, je ne sais pas si tu te rappelles, mais je suis arrivée, j'étais hyper activée, j'étais hyper stressée.
- Speaker #1
Oui, tu venais d'avoir un appel, un rendez-vous. Il y avait plein de choses dans ta journée. Pourtant, la journée venait.
- Speaker #0
A peine de commencer.
- Speaker #1
Mais il y avait déjà plein de choses. C'est ça. Le trajet en vélo aussi.
- Speaker #0
Oui, le trajet en vélo et ce n'était pas à côté. Et du coup, forcément, moi, j'arrive au lieu de rendez-vous et je me dis, bon, déjà, de base, voilà, ça va être quand même quelque chose pour moi. Ça va être un peu un challenge, une épreuve. J'arrive, je suis méga stressée. Je sais que pour... vivre ce genre de challenge, il faut quand même être dans un certain état mental. Et c'est ça qui était génial, c'est que tu nous as amenés progressivement à trouver cet état pour se sentir bien au moment où on allait descendre. Mais ce que je veux dire par là, c'est que... Je vais venir sur la conclusion, puis après on reparlera du début. Mais oui, j'ai réussi à descendre en profondeur avec ce que je pouvais, etc. Mais surtout de me sentir complètement calme intérieurement. Alors que j'arrive à la base et je suis dans un état pas possible, hyper stressée. Et c'est ça que je trouve fascinant avec cette expérience d'apnée. C'est le côté un peu comme moi, je peux le faire avec le froid ou alors dans un effort sportif, un effort physique qui est parfois très intense où en fait, tu n'as plus le choix. C'est-à-dire que ton cerveau, il ne peut que se focaliser sur comment faire pour survivre. C'est peut-être un grand mot, mais en tout cas pour vivre le mieux possible ce qui va se passer. tu vois et l'apnée de par les conditions, ça te ramène là. Et j'imagine que je ne suis pas la seule à être arrivée dans cet état.
- Speaker #1
Oui, c'est vrai, c'est la vie de tous les jours. C'est le quotidien qui nous amène dans ce toujours plus vite. Et forcément, on a toujours plein de choses à faire. Donc, on ne peut pas arriver tout détendu.
- Speaker #0
Et comment tu fais quand il y a des gens qui arrivent comme ça et qui ne connaissent pas l'apnée ? Donc, ils ne savent pas forcément l'état. Ils ne savent pas forcément ce qu'ils vont y trouver. Est-ce que ces gens-là arrivent tous à couper le mental et à laisser place à une forme de lâcher prise ?
- Speaker #1
Non, ce n'est pas donné à tout le monde. Ça peut prendre du temps, ça peut prendre plusieurs séances. Comme toi, ça peut s'installer sur une séance. Je pense qu'accepter et lâcher prise, vraiment, c'est ces mots-là. Parce qu'on peut être très à l'aise dans l'eau, avoir des capacités même d'apnée à sec, et face à la profondeur, se retrouver complètement bloquée. Donc il y a quand même une démarche d'humilité, de ne pas essayer d'atteindre un objectif, un chiffre, une profondeur, et ne pas essayer d'être dans la lutte, parce que sinon ça ne marche pas du tout.
- Speaker #0
Et quand tu dis que ça ne marche pas du tout, il peut se passer quoi en fait ? Toi, tu as déjà observé quoi ?
- Speaker #1
C'est intéressant parce que ça arrive qu'on ait des profils de nageurs, par exemple, ou de personnes qui font du trail ou qui sont habituées à souffrir dans leur discipline sportive, qui sont habituées à être dans la lutte. Et donc, forcément, il faut retrouver ça dans l'apnée. Il faut y aller, il faut s'envoyer et on va y arriver. Si on veut, on va y arriver. Sauf que ça ne marche pas du tout, l'apnée, ça ne marche pas du tout comme ça. Donc, ce qu'on retrouve en premier, ce qui bloque, c'est la compensation des oreilles qui est étroitement liée à la détente que nous, on recherche. La détente qui est physique et mentale, forcément.
- Speaker #0
Tu peux expliquer ce que c'est pour ceux qui ne connaissent pas du tout ? Qu'est-ce que tu veux dire par compensation ?
- Speaker #1
Très rapidement, quand on descend sous l'eau, la pression augmente. La pression affecte les volumes de gaz, d'air en l'occurrence, donc fait diminuer les volumes d'air. Nous, derrière notre tympan, on a un volume d'air qui est l'oreille moyenne, qui fait que ce volume d'air dans l'oreille moyenne diminue. Donc, il faut compenser, il faut envoyer un petit peu d'air dans cette oreille moyenne pour qu'elle garde le même volume. Sinon, on peut avoir une gêne, une douleur et on peut se faire mal aux oreilles. Donc, on doit compenser au fur et à mesure de la descente, compenser ce volume d'air qui diminue. Donc, rajouter un peu d'air. On a différentes méthodes de compensation. Mais le problème, c'est que si on est tout crispé, les muscles autour de la mâchoire, les muscles autour des trompes de sache vont aussi se crisper et vont sûrement empêcher l'air de passer comme il faut jusqu'à l'oreille moyenne.
- Speaker #0
Ok. Moi, dans ma tête, le lâcher-pris, je le voyais pour ne pas paniquer.
- Speaker #1
Moi aussi, complètement. Mais tu vois,
- Speaker #0
je n'avais pas forcément ce repère-là au niveau physiologique qui est hyper important, si tu veux pouvoir descendre un peu. Et du coup, par rapport à ces personnes que tu as déjà observées qui peuvent faire du sport un peu extrême, trail et tout, donc eux, ils sont un peu en mode bourrin. Je force. Et d'ailleurs, j'aime bien faire des parallèles, simple. les gens qui se remettent au sport, parfois c'est vraiment, allez, il faut que j'y arrive, il faut que ça marche, il faut que, tu vois. Et du coup, souvent, il y a cette approche de, il faut que je fasse mes deux séances par semaine, il faut absolument. Et ça donne un truc qui ne fonctionne pas du tout, c'est-à-dire, au bout d'un moment, tu te décourages parce que, en fait, tu le subis, c'est une contrainte, c'est pas agréable, et quand t'es dans la lutte, c'est ce qui se passe. Et toi, t'amènes les gens à quoi, justement ? Quand tu les sens comme ça, c'est quoi un peu le...
- Speaker #1
Déjà à respirer, parce que souvent c'est la base en apnée, on apprend à respirer, c'est un peu paradoxal.
- Speaker #0
Comment ça s'envoie ? Coupé ! Donc à respirer avant de ne pas respirer ?
- Speaker #1
Oui, en apnée on apprend à respirer. Vraiment, avant d'apprendre à s'arrêter de respirer. C'est le premier paramètre qu'on peut contrôler pour se détendre. Nous, en apnée, on cherche à activer notre système nerveux parasympathique, à se détendre. Plus on met détendu, moins on va avoir de muscles contractés. Le cerveau, c'est un énorme muscle, donc la détente, elle est physique, mais aussi mentale. Et donc, en respirant, respirer, ça permet d'activer le système nerveux parasympathique, celui responsable du plaisir, de la détente, et de ralentir le rythme cardiaque. C'est tout ce qu'on recherche, nous, en apnée. Donc, on apprend à respirer. Tiens, comment on respire ? Est-ce qu'on respire par le nez, par la bouche ? Est-ce qu'on met des restrictions ? Où est-ce qu'on met notre air ? Quel timing on met dans nos cycles respiratoires ? Est-ce qu'on expire plus longtemps qu'on inspire ? Oui, non, pourquoi ? Et voilà, on essaie de répondre à toutes ces questions en gardant l'objectif final de se détendre. Donc, finalement, c'est un peu le premier paramètre. C'est la première chose qu'on apprend. Et pour un élève qui est comme ça dans la lutte, souvent, il prend. pas forcément le temps de se détendre, puisqu'il n'y a pas trop l'habitude de ça.
- Speaker #0
Oui, c'est clair. Est-ce que tu dirais que l'apnée apprend ça ? Apprend à trouver ce calme intérieur ?
- Speaker #1
Complètement. L'apnée a une place de plus en plus importante chez des sportifs de haut niveau ou pas, mais dans des disciplines où on exige... cette performance comme le trail ou même plus des triathlons où l'apnée gagne de plus en plus sa place dans d'autres sports et donc croiser les sports ajouter de l'apnée dans d'autres sports je pense que c'est
- Speaker #0
hyper bénéfique pour ça apprendre à respirer et à se détendre et finalement quand tu descends en apnée tu descends dans l'eau à un moment t'as quand même ton mental qui crie Laisse-moi respirer ! Comment tu fais pour lâcher prise ? Et là, j'ai vraiment envie d'avoir ta réponse en tant qu'apnéiste. Toi, comment tu fais pour lâcher prise sur ce cri intérieur qui te pousse ? Parce que c'est un sein de survie.
- Speaker #1
C'est une super question et tu vas pouvoir y répondre après. Et toi, qu'est-ce que tu as fait ? C'est une bonne question. C'est vrai que l'injonction au lâcher-prise, détends-toi, c'est beau, mais ça ne marche pas. Donc, déjà, savoir. Je pense connaître, savoir ce qui se passe et savoir que tout va bien. Savoir que non, il nous reste assez de dioxygène, il nous reste assez de carburant et qu'on a largement le temps. Donc, pour ça, il y a besoin d'un petit apport théorique, d'être en confiance avec le fait qu'il me reste plein de dioxygène et je suis capable de remonter. Donc... en tout cas, j'ai le temps pour remonter, j'ai même le temps pour faire une petite pause à l'endroit où je suis. Donc, il y a la connaissance technique physiologique de son propre corps et de la physiologie de l'apnée. Et là, ça permet de se rassurer un peu rationnellement. Et ensuite aussi, savoir que cette alerte de son cerveau, c'est le système nerveux sympathique, celui responsable de l'instinct de survie, qui envoie le signal de « Eh oh, qu'est-ce que tu fais là ? T'es sous l'eau, t'es en apnée, remonte ! » Ou en tout cas, va chercher de l'air. savoir, je pense que c'est important, pour pouvoir se rassurer soi-même. Et ensuite, pour moi, le dernier paramètre, c'est d'y aller petit à petit, d'y aller progressivement. Ce n'est pas d'aller d'un coup à une profondeur sans savoir. Et donc, c'est comme ça qu'on progresse et c'est comme ça qu'on vient envoyer un message à son cerveau de cette profondeur-là, cette distance, cet endroit, je le connais, je le maîtrise, j'ai déjà été bien dans cet endroit-là. Donc, puisque j'ai déjà été bien dans cet endroit-là, peut-être qu'à un ou deux mètres de plus, je vais être bien aussi. Donc, c'est vraiment l'idée d'y aller en douceur. Et l'apnée, pour moi, c'est de la douceur. C'est toujours de la douceur.
- Speaker #0
Step by step.
- Speaker #1
Vraiment step by step. C'est la base.
- Speaker #0
Ça, c'est le parallèle vraiment avec la reprise sportive. C'est pareil, quoi. En fait, tout à l'heure, j'avais cette réflexion. Je me disais, quand tu es débutant dans un truc... En fait, mets-toi dans la peau du débutant. Gris pas les étapes tout de suite. Cherche pas à être l'expert du truc alors que tu viens de démarrer. Et ça, ça illustre ce que tu viens de dire. Déjà, tu testes. OK, un mètre. Ah, j'y arrive, ça marche. Je check. Ça veut dire que je peux arriver à faire un mètre. Dès, je descends un peu plus loin. Et c'est cette notion de progressivité qui est cool.
- Speaker #1
Oui, et moi, je préfère voir un élève aller à 3 mètres, mais tellement détendu et relâché que quelqu'un qui va forcer pour aller à 6 ou 7 mètres. Juste pour atteindre un chiffre, de toute façon ça ne marche pas parce qu'il va se retrouver bloqué certainement un petit peu plus tard. Donc c'est cette idée d'y aller en douceur progressivement et en détente. La clé à n'importe quel niveau de débutant à champion du monde, c'est toujours la détente.
- Speaker #0
Chercher la détente, mais qui est dure à trouver quand tu n'es pas détendue dans ta vie.
- Speaker #1
Vraiment, encore une fois, l'injonction à la détente, elle est compliquée. C'est pour ça qu'en une séance, souvent on attend beaucoup de la première séance. Il faut que j'y arrive. Mais non, c'est comme tout sport, c'est petit à petit. Il y a petit à petit dans une séance, il y a... Petit à petit, plusieurs séances. Une séance après l'autre.
- Speaker #0
Et toi, personnellement, au moment où tu descends, j'imagine les fois où tu vas peut-être encore plus loin, parce que tu te connais maintenant, tu sais ce dont tu es capable, et peut-être les fois où tu ne sais pas encore parce que tu vas peut-être un chouï plus loin, qu'est-ce que tu te dis dans ta tête quand tu sens que tu as ce besoin-là de respirer ?
- Speaker #1
Il y a toujours des moments qui sont durs parce qu'il n'y a pas que la profondeur en elle-même, il y a tout le contexte, les facteurs autour. de la vie en elle-même, de tout ce qui peut se passer et qui fait qu'essayer de ne pas avoir de pensées parasites ou de pensées qui vont arriver à les rejeter. Et moi, j'aime bien avoir un mantra, me répéter des phrases ou me répéter une musique pour essayer de défocaliser mon cerveau sur l'éloigné de ces pensées-là, qui poppent comme ça, elles arrivent ou pas, et surtout me faire confiance. Après, en apnée, on a la possibilité de, même s'il y a une profondeur sur la ligne, on a la possibilité de faire demi-tour et de ne pas aller jusqu'au bout.
- Speaker #0
Mais c'est quand même, tu vois, ça me ramène à mon expérience de, oui, tu as cette possibilité-là, mais quand ton mental, il crie fort, respire ! Même si tu sais que tu peux remonter, en fait, tu ne sais pas comment tu vas remonter, est-ce que tu vas remonter avec plein d'eau dans ta bouche, tu vois ?
- Speaker #1
Non.
- Speaker #0
Moi, c'était un peu stopper, mais au final, comme tu dis, Par la connaissance, déjà, tu comprends et tu arrives à savoir qu'effectivement, il te reste de l'air, du dioxygène. Et moi, il y a un truc que je dis souvent, et c'est là-dessus que je me suis concentrée quand on a fait l'expérience, quand tu m'as amenée à faire l'expérience, c'est que tu as toujours plus de ressources que ce que tu penses. Et ton mental te dit toujours d'arrêter plutôt que tes ressources, en fait. Donc, ton corps, il sait, il a les capacités. Ton mental, il pense autre chose. Et c'est un peu ce décalage entre la perception et la réalité. Et du coup, moi, quand je descendais et que j'étais dans la phase descendante, mais qu'il fallait que je remonte, je me disais, non, mais si, en fait, tu as la capacité. Tu vois, je me rebranchais sur ce truc. Donc, tu as la capacité. Et c'est pareil, vraiment, dans le sport, j'invite toujours les gens à se dire ça. Parce que des fois, il y a des gens qui me disent, je ne sais pas, ça me fait peur. Je ne sais pas ce qui va se passer si je suis trop essoufflée, etc. Et moi, je les amène toujours à se dire, mais OK, imagine que... tu as plus de capacité que ce que tu pensais, en fait, ce truc-là, oui, tu vas peut-être avoir de l'essoufflement et être dans un inconfort, mais en fait, tu vas pouvoir surmonter ce truc pour amener les gens à ne pas s'arrêter direct. Parce qu'en fait, sinon, tu ne sais jamais réellement de quoi tu es capable et tu ne te pousses jamais un petit peu pour savoir aussi comment ton corps réagit, sans chercher encore une fois, forcément, je ne sais plus, faire de grosses perfs, mais à un moment donné, tu es obligé de savoir un petit peu et tu es obligé de... tester aussi un petit peu pour voir si ça passe. Et en apnée, chose que là, t'as pas forcément précisé, mais en l'occurrence, dans un baptême d'apnée, tu fais pas ça tout seul. Non. Mon Dieu, jamais je t'ai descendu. Première règle de l'apnée. Ouais, ça, ça rassure vachement quand même.
- Speaker #1
Ouais, carrément. On me le dit souvent, savoir que t'es là et que tu descends avec moi du début à la fin, qu'il y a le contact visuel si besoin et en tout cas, il y a cette présence sous l'eau. Même si c'est silencieux, on ne peut pas communiquer. On peut communiquer par un contact visuel, mais on ne peut pas parler. Et ça suffit à être là. Oui,
- Speaker #0
c'est clair. Et ça fait la diff, et moi je me dis, mais pourquoi on ne fait pas ça dans tout ? Dans les trucs où on n'est pas à l'aise ou pas bien, pourquoi en fait on ne se fait pas entourer par quelqu'un pour justement se sentir plus en confiance ? Parce qu'au début, on n'a pas forcément la confiance nous-mêmes, mais on sait que si la personne en face... considère entre guillemets que c'est OK. J'ai une personne l'autre fois en séance qui me dit « Mais en fait, je ne sais pas de quoi je suis capable de me sortir un truc comme ça. » Et je lui dis « OK, je l'invite à peut-être t'expérimenter, tester. » Je lui dis « Non, mais moi, j'aimerais bien qu'on me donne des chiffres et qu'on me dise « OK, si t'es dans ces chiffres, c'est bon. » Elle voulait des repères très chiffrés. Et du coup, je lui dis « Mais si moi, je te dis que t'es capable ? Ou si je te dis que t'es pas capable ? »
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Et du coup, elle dépendait vraiment de ce truc extérieur, de cette personne extérieure. Et au début, je pense que c'est pas mal. Ça peut pousser un peu et ça peut te faciliter la tâche quand tu n'as encore pas confiance d'être accompagnée parce que tu sais que, par exemple, si je descends avec toi, si tu me vois descendre hyper bas du premier coup, je pense que tu me fais peut-être remonter si vraiment tu sens que ça devient un peu compliqué.
- Speaker #1
Surtout, je ne te mettrais pas la ligne hyper bas.
- Speaker #0
Voilà, tu as anticipé de cette manière-là, mais imaginons que ta ligne soit immense. certainement que tu ferais autrement, tu vois, pour ne pas prendre de risques, parce qu'il faut aussi cette progressivité.
- Speaker #1
Complètement.
- Speaker #0
J'ai lu sur ton site l'autre jour, j'immerge et j'émerge différentes, plus apaisées. Et j'ai adoré lire ça, tu vois. Ces deux versants, j'immerge et en même temps j'émerge. Qu'est-ce que tu entends par ça, toi ?
- Speaker #1
Je trouve qu'on parle souvent de l'immersion. C'est le mot qui revient, qu'est-ce qu'une immersion ? Donc, entrer dans l'eau, et physiologiquement, il se passe plein de choses. Quand on est dans l'eau, on a un réflexe d'immersion, plein de capteurs qui sont situés sur notre corps, surtout sur notre visage, qui vont déclencher un ralentissement du rythme cardiaque, donc une bradycardie, une vasoconstriction périphérique, donc un influx sanguin plus important vers le cœur et les poumons. Et c'est trop génial, c'est le cerveau qui dit, « Ouh là, t'es dans l'eau, on va favoriser les organes vitaux, c'est ce qui est le plus important. » Et... Et tout ça, ça conduit à l'immersion. Donc cet état-là qu'on peut ressentir aussi, qu'on peut conscientiser. Donc neurologiquement aussi, il y a très peu d'études. Parce que malheureusement, mettre des capteurs et faire des études sur des apnéistes, c'est compliqué. Donc il y a quand même, on parle beaucoup de l'immersion, mais je trouve assez peu de l'immersion. Le fait de sortir de l'eau, donc de passer de l'eau à l'air. finalement, moi, je trouve que c'est cet état-là qui me transporte le plus parce que il s'est passé quelque chose dans l'eau qui est encore plus différent de ce que je peux vivre en allant de l'air à l'eau. En passant de... C'est dur de mettre des mots là-dessus, mais à chaque fois, je rentre dans un état et je ressors dans un autre. Il y a vraiment une idée de ressortir. Parce qu'on n'y reste pas indéfiniment dans l'eau. On est des terriens, on vit dans l'air. Mais l'immersion, on n'en parle pas assez alors qu'elle est tout le temps là. C'est cet état-là, en plus, qu'on vient chercher. C'est comment on est après une séance. Comment on sort de l'eau ? Exactement. Dans quel état ? Qu'est-ce que ça nous procure ? Pas seulement dans l'instant T, quand on est dans l'eau, mais après. Et là, ce n'est pas seulement l'apnée, c'est juste être dans l'eau, de manière générale. Donc, oui, j'ai envie de parler de l'immersion.
- Speaker #0
Oui, mais c'est fort, en fait. Du coup, c'est prolonger un peu le... les bienfaits de l'activité au-delà de j'ai fait l'activité, stop, ça s'arrête, il ne se passe plus rien. C'est finalement, j'emporte avec moi ce que j'ai vécu dans l'activité et je trouve ça cool. Ça donne un peu plus de profondeur à l'expérience. L'activité, ce que tu as vécu. Je trouve ça trop bien.
- Speaker #1
À chaque fois, je pense qu'on rentre dans un mood et on ressort dans un autre. C'est inévitable.
- Speaker #0
C'est vrai que c'est... Il y a quand même... Cette particularité où dans l'eau, comme tu dis, t'es pas sur terre, machin, donc on a moins cette habitude-là d'être sous l'eau. Et moi, ce qui m'a bluffée l'autre fois, c'est qu'il n'y a pas de bruit. Sauf si t'as un gros bateau qui passe, mais sinon, c'est assez dingue. Et on a rarement l'occasion d'être dans un environnement où on n'entend pas. Où c'est calme, c'est... Je sais même pas comment décrire le truc, ouais.
- Speaker #1
Ouais, c'est silencieux, on est un peu à l'intérieur de soi.
- Speaker #0
Ça peut faire flipper d'ailleurs.
- Speaker #1
De rien entendre ?
- Speaker #0
Mais non, de se retrouver à l'intérieur de soi.
- Speaker #1
C'est ce qu'on vient chercher. Et c'est ça, en fait, ça peut faire flipper et ça peut faire ressortir des émotions assez fortes. On a des élèves qui ressortent en pleurant et qui ne savent pas ce qui se passe, mais ça fait l'eau, l'apnée. Le fait d'être sous l'eau, de se retrouver tout seul, de se passer à ces sensations-là qu'on ne connaît pas, ça peut faire ressortir pas mal de choses différentes. Alors, on n'est pas psy, donc je ne vais pas aller plus loin, mais c'est possible de venir chercher plus profond que des sensations physiques.
- Speaker #0
De repartir avec autre chose que ce que tu pensais au départ.
- Speaker #1
Complètement.
- Speaker #0
Et toi, qu'est-ce que tu adores dans l'apnée et que tu ne retrouves nulle part ailleurs ?
- Speaker #1
On en a déjà un petit peu parlé, je pense que c'est ce silence, ce calme, le fait d'être dans l'eau. Mais aussi le fait de ne pas avoir beaucoup d'efforts à faire. J'aime bien. Tout est doux, tranquille. J'aime bien l'aspect collectif aussi, parce qu'on n'en fait jamais seul. On est toujours au moins à deux et c'est chouette de partager ces sensations-là. L'apnée en milieu naturel, ça rajoute une dimension assez folle. Le milieu de la mer, on le connaît un peu, mais finalement pas tant. Et juste d'être là dans l'eau, partager un moment et s'apaiser.
- Speaker #0
Tu sais qu'il y a un truc, en même temps que je t'écoute parler, je me dis qu'il y a un truc chez tous les apnéistes. C'est qu'ils sont zen et détendus. C'est un truc de fou.
- Speaker #1
Pourtant, pas tous.
- Speaker #0
Oui, je fais une généralité parce que je n'en connais pas 50 par rapport à toi. Mais le peu que je connais, c'est vraiment cette image de tes zens. Tes zens, et là, quand tu parles, tes zens, et ça calme, et ça fait trop du bien. Tu transportes ce que tu vis dans l'eau, tu le transportes un peu dans ton mode de vie, je pense. Oui, carrément.
- Speaker #1
C'est vrai qu'on voit pas mal de personnes qui sont anxieuses ou qui ont des troubles de l'attention et qui se retrouvent vraiment dans la pénique parce que d'un coup, ça canalise, ça calme, ça apaise. Ça régule les émotions, en fait. Complètement. Donc, des personnes qui, sur Terre, ont du mal à dépenser cette énergie, à trouver où la mettre, à la mener d'un coup, comme tu le disais tout à l'heure. T'es obligée d'être là dans l'instant présent. Tu peux pas faire autrement.
- Speaker #0
Tu peux pas avancer à tes courses quand t'es sous l'eau comme ça. Mais justement, je trouve que ça te focus. C'est un truc de fou à quel point... Du coup, tu disais... Moi, ce que j'aime bien, c'est qu'il n'y a pas forcément d'effort. Et moi, je me dis, mais il y a un effort de malade en termes de concentration.
- Speaker #1
Mentalement, oui. Mentalement.
- Speaker #0
C'est mentalement... Peut-être qu'à la longue, c'est plus facile aussi de se... Mais pour quelqu'un comme moi qui, parfois, a du mal à se concentrer, en fait, là, ça me demande un effort de concentration. Mais en fait, c'est juste génial. Parce qu'à partir du moment où tu arrives à bien te concentrer sur un truc, tu oublies tous tes problèmes, tu oublies tout ce qui se passe autour. Moi, je trouve que c'est ça. Si je devais dire peut-être la chose que je ne retrouve pas ailleurs aussi facilement, je dirais. C'est ça. Ou alors, je vais le retrouver un peu quand je fais des immersions dans l'eau froide. Sauf que dans l'eau froide, tu as quand même ce choc un peu thermique. C'est plus agressif, entre guillemets. C'est ce qui crée aussi un gros switch derrière. Et quand tu arrives à focus ton cerveau sur ce que tu es en train de faire, etc., ça change vraiment tout. Et tu fais un peu de sport ou pas à côté ?
- Speaker #1
Oui, je fais un peu de parapente. C'est pareil un peu que l'apnée, ce n'est pas vraiment un sport où on se dépense beaucoup, mais je retrouve des sensations similaires. Sinon, la danse brésilienne, le foro, je ne sais pas si c'est un sport. Une activité physique. Une activité physique. Je cours un tout petit peu, je nage.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
Voilà.
- Speaker #0
Est-ce qu'il y a des choses que tu as apprises de l'apnée et dont tu te sers, soit dans ta pratique, soit même dans d'autres contextes de vie ?
- Speaker #1
Oui, tout le temps. Tout le temps, je pense dans des moments de stress ou des moments d'angoisse, je respire. Parce qu'en apnée, on apprend à respirer. Donc, je respire avec toutes les techniques qu'on essaye d'apprendre, tous ces outils qu'on a en apnée, de les appliquer à ma vie quotidienne. Donc, c'est vraiment un état qui fait partie de moi, pas que quand je suis dans l'eau. Et ça me fait penser à un élève. que j'avais eu l'année dernière et qui, lui, est un énorme sportif. Il fait des biking man, des super courses à vélo. C'est vraiment de l'endurance. C'est des jours super durs. Et il fait du trail aussi. Et il disait que ce flot qu'il arrivait à atteindre en vélo ou en courant, au bout de peut-être quelques centaines de kilomètres, en apnée, c'était au bout de 5 mètres. C'était presque instantané. Donc, il faisait le parallèle de ce flow qu'il avait en vélo, où il est exténué, mais il est quand même trop bien. Et là, tout de suite en apnée. J'avais trouvé ça trop intéressant.
- Speaker #0
C'est un peu ce que je disais au tout début de l'épisode, quand je dis que parfois, on cherche à faire du sport pour se vider la tête, mais parfois, c'est compliqué quand même. Ou alors, il faut une certaine intensité ou une certaine durée ou un certain contexte qui fait que tu arrives à débrancher ton cerveau. Parfois, il faut vraiment que... L'effort soit tellement dur qu'en fait, tu ne peux pas te concentrer sur autre chose et du coup, tu ne penses plus au reste. Mais c'est vrai que l'apnée, c'est un peu radical. C'est un concentré qui permet… Ça raccourcit, en fait. Et dans ta pratique sportive, il y a des choses que tu... que tu utilises peut-être quand... Je pense notamment quand tu es essoufflée, peut-être.
- Speaker #1
Oui, carrément. En fait, travailler en apnée, ça permet de travailler avec beaucoup de CO2, de dioxyde de carbone et d'acide lactique parce qu'on ne respire pas. Donc, les muscles, eux, respirent. Enfin, on ne ventile pas, les muscles respirent. Donc, on va consommer le dioxygène qu'on a inspiré avant de partir en apnée et vont produire de l'acide lactique et du dioxyde de carbone. Donc, faire de l'apnée, ça permet de travailler notre tolérance au dioxyde de carbone. Et donc, c'est aussi pour ça que... On utilise l'apnée pour plein de sports. Je sais qu'il y a des études maintenant en athlétisme où ils essayent de mettre des exercices d'apnée hypercapnie. On travaille avec beaucoup de dioxyde de carbone pour justement habituer ses muscles et son cerveau à trop de dioxyde de carbone, trop d'acide lactique. Exactement.
- Speaker #0
Oui, du coup, le mieux pour ceux qui… connaissent pas trop ces termes, c'est mieux supporter les muscles qui brûlent, par exemple.
- Speaker #1
Quand on sent plus ses jambes.
- Speaker #0
Quand on sent plus ses jambes.
- Speaker #1
C'est pareil, au bout d'une longue apnée, on sent plus ses jambes.
- Speaker #0
Ah ouais, ça fait aussi cet effet.
- Speaker #1
Ah oui, complètement.
- Speaker #0
Ah ouais, c'est trop intéressant. Tu disais, je réutilise beaucoup la respiration dans plein de situations finalement de vie. C'est quoi peut-être ton petit tip là-dessus ? Qu'est-ce que tu vas faire comme respiration ?
- Speaker #1
Nous, en apnée, on respire avec la bouche, parce qu'on a un masque ou un pince-nez. Déjà, je vais faire du bruit. Pas un énorme bruit, mais je vais faire du bruit parce que ça permet de me focaliser sur la respiration. Si je ne fais pas de bruit, je peux être...
- Speaker #0
Tu veux dire en respirant ?
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Ça donne quoi ?
- Speaker #1
Je vais faire comme une paille à l'inspiration.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
Comme si je voulais inspirer avec une paille.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Je vais compter pendant 4 secondes. Ensuite, je retiens un peu ma respiration et là, je relâche mes épaules. Je sais que ça diffuse le dioxygène partout dans mon corps. Et j'expire en faisant soit une paille, soit le son du serpent. Et ce bruit, ça me permet de me dire, OK, je sais exactement quelle quantité d'air je suis en train d'inspirer ou d'expirer. Je peux décider d'allonger ce temps d'inspiration ou d'expiration. Je ne force presque pas sur mes muscles. À l'inspiration, en tout cas, l'expiration est passive. Je ne force pas du tout sur l'expiration. Ce bruit, ça permet de savoir quel volume d'air je suis en train d'inspirer ou d'expirer. Et ça permet aussi de me focaliser sur la respiration. Je suis là en train de faire uniquement ça. De recentrer mon cerveau. Et pas sur ce moment de stress, d'anxiété. Pas sur une anticipation d'un moment. Juste être là.
- Speaker #0
Donc juste être là. et en plus j'imagine que vu que Tu as une respiration plutôt lente. Ce n'est pas un truc hyper violent. Ah oui, c'est hyper lent. Donc du coup, ça calme en plus.
- Speaker #1
Et allonger l'expiration aussi. Quand on est stressé dans la vie, on dit souffle un bon coup. C'est vraiment ça. C'est peut-être pas un bon coup, peut-être souffle pendant de longues secondes, on devrait dire. Mais l'idée d'allonger l'expiration, ça permet de ralentir le rythme cardiaque et activer le système nerveux parasympathique, encore une fois. Celui que nous, on recherche pour se détendre. Donc, quand le sympathique se réveille, celui responsable du stress, de fight or flight, de l'instinct de survie, hop, par la respiration, on réactive, on bascule dans la branche parasympathique.
- Speaker #0
Et j'aime bien l'exercice que tu amènes parce qu'il est, on va dire, original par rapport à ce qu'on peut connaître de plus classique. Et il a un petit côté un peu ludique, tu vois, avec le son. Tu te focalises sur ça. C'est plutôt simple, en fait, à mettre en œuvre. Donc, à tester, j'ai envie de dire, pour ceux qui écoutent.
- Speaker #1
Oui, c'est intéressant parce que les apnéistes, ils ont un peu fait leur tambouille en se rendant compte que respirer, c'était pas mal pour être détendu, donc pour être plus performant en apnée. Puis, on s'est rendu compte qu'en fait, on avait plein de méthodes en commun avec la sophrologie et que tout était un peu lié avec des méthodes propres à l'apnée. Mais en fait, finalement, on utilise tous un peu les mêmes méthodes quand on cherche à se concentrer sur le souffle.
- Speaker #0
Et qu'est-ce que tu dis, toi, à quelqu'un qui a peur de… Tu vois, t'as quelqu'un qui veut venir faire son baptême d'apnée, mais finalement, il a peur. Tu vois, sur le moment, tu lui dis quoi ?
- Speaker #1
Je lui dis que c'est normal, déjà.
- Speaker #0
Comment ça, t'as peur ?
- Speaker #1
Comment ça, t'as peur ? Vas-y ! Non, non, je lui dis que je vais le lester, je vais lui mettre 15 kilos, puis je vais l'envoyer au fond de la rade.
- Speaker #0
Avec une encre.
- Speaker #1
Je lui dis que c'est normal, parce que c'est normal. Je pense que malheureusement, on a été bercé aux dents de la mer, à plein d'imaginaires dont on n'a même pas du tout conscience. Si on essaie d'évoquer ces images, ces souvenirs, ce n'est pas là. Mais c'est ancré en nous qu'on ne voit pas le fond, on s'imagine le pire. C'est notre cerveau. C'est notre cerveau, toujours ce sympathique-là, instinct de survie. Bon, je me prépare au pire. Donc c'est normal, complètement normal. Et après dire qu'on va y aller petit à petit, que je vais être là et qu'à tout moment, on n'est pas obligé de descendre ou on peut rester dans un meadow où on voit le fond et regarder les poissons. Donc ça va être juste petit à petit. Et souvent, ça arrive que cette peur vraiment très prenante soit liée à de la panique. que ce soit dû à un trauma. Il y a énormément de personnes qui ont vécu des traumatismes dans leur enfance liés à l'eau, et beaucoup plus que ce qu'on pense. Ou les cours de natation étaient violents, ou la personne qui leur enseignait la natation n'était juste pas forcément bienveillante. Ou les parents, des fois, qui ont donné des défis pas du tout réalisables. Donc il y a des traumatismes qui peuvent rester, et dans ce cas, là, ça va vraiment par de la douceur.
- Speaker #0
Ok. Et par rapport aux gens qui viennent essayer, ou des gens qui sont en train d'écouter, qui se disent « non mais l'apnée, mais jamais ! » Comme un peu moi avant d'ailleurs. Ou justement qui sont pleins de conditionnements comme on en a tous à la base. Ce serait quoi un peu l'argument pour toi pour les inviter à venir découvrir ?
- Speaker #1
Déjà, de ne pas avoir un objectif de profondeur et de ne pas… Pas se comparer à ce qui est déjà fait. Se sentir soi-même différent. En tout cas, pas se dire « Ok, je veux ressembler à ça » ou « Je veux atteindre cet objectif » . Je pense que 100% des élèves qui viennent disent « De toute façon, moi, je suis nulle. » Il y a quand même un petit truc qui les appelle à venir, à tester, mais personne n'est nul. c'est comme dans tout, on commence et puis on débute et puis on y va petit à petit donc je pourrais dire, viens viens et tu verras c'est cool et c'est doux et c'est pas du tout dangereux on a aussi cette vision là un peu mystique aussi, le grand bleu il a fait du bien mais pas que parce qu'il a donné un peu cette vision de c'est réservé à une élite, c'est réservé à des gens des personnes hors normes, qui ont des capacités hors normes et c'est pas du tout le cas il n'y a pas besoin d'avoir des Merci.
- Speaker #0
Une condition particulière ?
- Speaker #1
Pas du tout. Et il y a, en effet, l'apnée extrême, l'apnée de performance, mais c'est ridicule comparé à l'apnée bien nette, l'apnée douce. Et ce que nous, on vient chercher, il n'y a pas du tout besoin de cette idée d'extrême. C'est possible, mais en tout cas, il n'y a pas que ce biais-là. Donc, ce n'est pas du tout réservé qu'à une élite. Ce n'est pas une discipline mystique dangereuse. Et au contraire, c'est une discipline hyper sécuritaire et très apaisante. Et c'est pour ça que ça a grandi de plus en plus. Il y a de plus en plus d'adhérents dans les clubs, de plus en plus de licenciés chaque année. Ça fait du bien.
- Speaker #0
Oui, c'est clair. C'est vrai qu'au début, on pourrait vraiment penser qu'il faut être capable de tenir 30 secondes sans respirer, pour pouvoir ensuite faire ça. Moi, c'était un peu l'image, il y a quelques années, que je pouvais avoir. Je comprends. En fait, si tu ne sais pas tenir 5 secondes, ben, teste pas, tu vois. Et en fait, ce n'est pas du tout ça. Non. Parce que tu ne pars pas de ce principe-là, tu vois. Toi, avant de faire émerger tes élèves, tu ne comptes pas combien de temps ils tiennent.
- Speaker #1
Non.
- Speaker #0
Et c'est ça qui est génial. C'est chacun... Enfin, chacun met son propre curseur en fonction de ce qu'il peut et de ses peurs aussi, quoi.
- Speaker #1
Oui, c'est ça qui est intéressant, c'est qu'en apnée, on essaye de rester le plus longtemps possible en s'affranchissant du temps qu'on passe sous l'eau. Donc le temps, il est censé ne plus avoir aucune notion, ne plus exister, ne plus être là. Ce n'est pas le premier paramètre sur lequel on se concentre. Il est très très loin, la notion du temps, elle est très très loin. Donc c'est aussi paradoxal, mais oui, on veut s'éloigner du temps le plus possible.
- Speaker #0
Ok, c'est trop cool. Ce n'est pas le but,
- Speaker #1
le but c'est le plaisir.
- Speaker #0
Oui, et pourquoi ? Aïga Viva,
- Speaker #1
c'est ça ?
- Speaker #0
Je le prononce bien ?
- Speaker #1
Oui, nickel.
- Speaker #0
C'est en quelle langue ce truc ? Ça sort d'où ?
- Speaker #1
Aïga, c'est du patois. C'est du patois niçois, mais aussi tous les patois, l'occitan aussi. Aïga, c'est eau. Et en fait, je cherchais un nom qui ne soit pas que francophone, qui puisse parler à tout le monde. Mais au final, ça parle à personne parce que personne ne comprend. Mais bon, ce n'est pas grave.
- Speaker #0
Mais ça parle quand même. On comprend que c'est... Je veux dire, même si ce n'est pas exactement la traduction, c'est…
- Speaker #1
Ça veut dire eau vivante. Eau vivante. Eau vivante. Et pour moi, ça va plus loin que l'apnée. Et c'est juste être dans l'eau et se sentir vivant. Et dans l'eau qui, elle-même, est vivante par tout ce qui y habite. Et ça rejoint aussi, pour moi, le sport santé, le sport adapté. Essayer de revivre un peu avec l'eau et d'essayer de…
- Speaker #0
De se retrouver.
- Speaker #1
Oui, de… d'être soi et de se faire du bien. Et il y a aussi, j'ai vécu au Brésil, et « agua vive » , en portugais, ça veut dire « méduse » .
- Speaker #0
OK.
- Speaker #1
Voilà.
- Speaker #0
C'est la petite anecdote. Et du coup, pour la petite anecdote, c'est donc le nom de ton entreprise.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Et tu ne fais d'ailleurs pas que de l'apnée, puisque tu fais aussi d'autres activités aquatiques. Peut-être que tu peux dire un peu brièvement ce que tu fais d'autre en termes d'activités.
- Speaker #1
Oui, je donne des cours d'apnée, des baptêmes d'apnée dans le Rade de Villefranche-sur-Mer, au départ du bord. Et aussi, j'organise des randonnées palmées avec six personnes que je guide. On passe entre une heure et une heure et demie dans l'eau. Et là, je vous longe tout un sentier. J'explique un peu, je raconte ce qu'on voit sous l'eau. Il y a des petits jeux aussi. Essayer de trouver une espèce ou l'autre. Essayer de comprendre comment ils interagissent ensemble. Et contempler, s'émerveiller, regarder un peu ce qu'il y a sous l'eau, juste à côté du bord. C'est le nom « Randonnée palmée » . Je ne parle pas à tout le monde. J'aime bien dire « balade sous-marine » aussi. En anglais, c'est « snorkeling » . En général, on connaît plus ce nom-là. Et après, cet hiver, je vais essayer de travailler sur une association qui a pour but de développer l'aspect sport santé, donc le sport sur ordonnance, pour des personnes qui font peu ou pas d'activités physiques et qui puissent s'immerger, émerger aussi, être ensemble. et découvrir peut-être des capacités, en tout cas passer des bons moments dans l'eau et hors de l'eau en respirant. Donc, c'est allier la respiration, être dans l'eau avec des jeux. Il y a un petit peu d'apnée, mais pas que, en mer ou en piscine.
- Speaker #0
Oui, et c'est ça que je trouve excellent, c'est que tu vas utiliser en partie aussi l'outil de l'apnée ou de la respiration pour aider les gens à reprendre confiance. Parce que tu vois, encore plus dans le sport santé, Mais des personnes qui sont en reprise sportive, c'est un peu le nerf de la guerre. S'il y a zéro confiance par rapport à la reprise, c'est compliqué. Et je trouve que là, comme on le disait, l'apnée en l'occurrence, mais pas que, ça te permet de retrouver assez rapidement un peu de confiance pour justement pouvoir derrière avoir un petit peu la force d'aller plus loin sur une pratique, par exemple, sportive ou un projet X ou Y. Et c'est ça que je trouve cool. Et là, pour conclure un peu l'épisode, en fait, là, on a parlé pas mal d'apnée, mais en réalité, on peut connecter plein de choses, plein d'enseignements autour du lâcher prise. Finalement, dans la pratique sportive, on a toujours envie d'y aller parce qu'en plus, ce qui est véhiculé sur les réseaux sociaux, c'est un peu toujours plus. C'est un peu, OK, je veux avoir tel corps, il faut que je m'entraîne comme ci, comme ça. Et ça devient tout un peu robotisé. Et ça perd de son naturel, on s'oublie un peu là-dedans. Et je trouve que là, avec l'apnée et ce que tu nous as partagé, ça remet un peu plus d'authenticité en quelque sorte, et de quelque chose de simple. Et surtout d'aller apprendre à se recentrer sur soi, faire ce qui est bon pour soi, et pas être toujours dans une compétition infernale ou une course-poursuite à du toujours plus, toujours mieux, toujours ci, toujours ça. Ça remet un peu le... l'église au milieu du village.
- Speaker #1
Oui, c'est vrai que c'est la discipline qui invite à ralentir. Tout ce qu'on recherche dans notre vie.
- Speaker #0
Tout ce qu'on recherche dans notre vie. Et vraiment, là, j'insiste, pour tous ceux qui écoutent et qui se mettent au sport ou qui se remettent au sport, en fait, commencez par ça. Commencez par ralentir. Donc, de chercher à brûler les étapes rapidement parce qu'on sait comment ça se termine. On part, on a plein d'énergie. En fait, c'est comme une apnée. Si on descend super vite, en fait, il n'y aura plus de vue pour remonter. Oui,
- Speaker #1
complètement.
- Speaker #0
Donc, ce n'est pas la bonne technique. Et d'ailleurs, petite anecdote, moi, parfois, je fais faire des petits exercices d'apnée à sec, donc pas dans l'eau. Et souvent, je leur dis, OK, maintenant, de quoi tu as besoin pour aller un chouï plus loin ? Donc, on réfléchit là-dessus. Et tu as des personnes, soit parfois qui foncent, genre qui marchent super vite, sauf que quand tu marches très vite, tu consommes beaucoup. Puis, tu as des personnes qui se mettent à marcher très lentement et là, elles ont tout compris.
- Speaker #1
Oui, économie.
- Speaker #0
Et au final, elles vont plus loin, tu vois. Et je trouve que c'est une super image pour terminer l'épisode. et mêlez-les debout donc merci beaucoup Zoé d'avoir partagé ton expérience, on peut te retrouver sur ton site internet, sur Instagram vous pouvez retrouver toutes les infos dans la description de l'épisode et je te souhaite plein de belles apnées à venir et merci encore à toi pour tout ton travail à toi aussi,
- Speaker #1
merci et t'es la bienvenue pour poursuivre ton parcours d'apnéiste j'ai hâte merci
- Speaker #0
C'est tout pour aujourd'hui, enfin presque. Avant de partir, j'ai deux questions pour vous. La première, c'est quelle est la chose que vous pourriez retenir de cet épisode ? Et la deuxième, à qui vous pourriez la raconter ? En partageant ce podcast et en lui attribuant la meilleure note possible, vous inspirez d'autres personnes à être plus actives. Et comme votre avis compte beaucoup pour moi, n'hésitez pas à me faire part de vos réflexions, j'essaierai de vous répondre. A bientôt !