- Speaker #0
Bienvenue dans Murmure de joie. Je suis Bintou Mariko. Ici, je vous invite à découvrir des femmes et des hommes qui ont cheminé, goûté et choisi leur engagement en conscience. Nous parlons d'élan et de cette joie intérieure qui nous aide à traverser la vie. Aujourd'hui, j'ai l'immense bonheur d'accueillir une artiste dont la voix traverse les frontières, les langues, les générations. Née en Côte d'Ivoire de parents maliens, elle chante en bambara, elle joue de la guitare électrique notamment, elle danse, elle milite, notamment pour les femmes, pour la paix, pour l'Afrique. Elle s'inscrit dans la grande lignée des voix maliennes, de grandes voix maliennes qui ont ouvert le chemin. Je pense à Nahawa Dumbia, Oumou Sangaré, toutes du Wasoulou. et aussi des grandes griottes comme Ami Koïta, Kandia Kouyaté ou Bako Dagnon. Sans oublier bien évidemment des voix africaines mythiques comme Myriam Makéba, Angélique Kidjo, toutes ces femmes qui ont diffusé la joie dans le monde entier en portant des sujets sociétaux et surtout en soutenant les femmes. Elle a partagé la scène et le studio avec Mathieu Chédide, avec Damon Albarn, Gorillaz, Herbie Hancock et tant d'autres créations à deux âmes. forte de toutes ses rencontres, de tous ses partages. Avec son nouvel album Massa, elle revient seule pour nous parler de l'essentiel, nous parler de la famille, de la maternité, de la résilience. Elle rend également hommage à son père disparu. Aujourd'hui, elle nous parle de son parcours dans Murmure de joie. On découvre l'invitée ?
- Speaker #1
Merci, je suis vraiment très honorée de t'accueillir dans Murmure de joie. Et voilà, je sais que tu es très occupée,
- Speaker #0
tu as pris le temps pour nous, donc merci. Pour toi, tu es une artiste, pour moi pardon, tu es une artiste lumineuse, libre surtout, et donc qui nous inspire beaucoup, qui inspire les plus âgés, les plus jeunes, donc merci pour ça. Et tu fais la fierté du Mali, on a ça en commun, c'est nos racines communes, et puis on vient toutes les deux de la région de Bougouni, en tout cas nos ancêtres. Moi je viens de Domba, du Banico aussi. Et je sais que toi, tu viens de Madinah, Kourlamini. Donc voilà, ça rajoute encore à ma joie et à ma fierté de t'accueillir. Comment vas-tu aujourd'hui ? Ça va très bien. Oui. Ça va,
- Speaker #1
merci.
- Speaker #0
Et on va commencer par la petite Fatou que tu étais. J'aimerais que tu me parles de la petite Fatou. Parce qu'il y a une chanson que j'aime beaucoup, c'est Alama. Et donc, dans Alama, tu parles d'une enfant qui a été jugée, qui a été seule, un peu maltraitée aussi, et qui s'en remet à Dieu. Donc, est-ce que tu peux me parler de la petite Fatou ? Est-ce que ça parle de toi aussi, cette chanson ?
- Speaker #1
Oui, Alama, la chanson Alama, effectivement, ça a été l'une de mes premières compositions. Une chanson assez personnelle, une chanson qui... Ça a été le début de comment je pouvais m'intégrer et m'exprimer à mon public à travers mon art, à travers cette voix qui est à la fois cassée, pas totalement parfaite, mais qui avait besoin de s'exprimer suite aux pressions, toutes les pressions qu'un enfant pouvait subir. dans notre société et en Afrique. Donc, parfois, les enfants ne sont pas assez écoutés. Sauf que certains enfants sont là pour dire quelque chose. Donc, si on les met tous dans le même sac, après, ceux qui sont là pour vraiment dire quelque chose dans ce monde, qui sont en mission, en souffrent. Je pense que je fais partie de ces enfants-là qui ont beaucoup souffert de... de cette liberté-là. Du coup, Alain m'a été vraiment le chemin. Comment dire ce que je ressens ? Comment exprimer vraiment ce que je ressentais dans ce monde ? Et j'ai vu que, par la grâce de Dieu, j'ai été comprise parce que la famille pouvait se dire qu'elle nous critique. Tu connais au Mali ? Mes enfants ne doivent pas trop critiquer les adultes, l'aimer. Le droit de naître, c'est assez incré, ça incré, donc tu dois te taire même quand tu as raison. Tu ne dois pas dire grand-chose. Et moi, je me suis permis de dire, OK, vous m'avez jugé de ça, vous m'avez jugé de ça, mais moi, je ne me reconnais pas dans ce que vous dites de moi, donc... Mais finalement, ça va. Du coup, je me suis dit, OK, c'est possible alors. C'était possible de dire ce que tu voulais. Pas que chanter. Des chansons d'amour, comme font parfois la nouvelle génération, il y a l'impression que tout tourne autour du sexe et du djarabi-djarabi. J'ai dit, moi, je ne peux pas parler du djarabi, je ne connais pas ça. J'ai d'autres choses à parler. C'est déjà reconstruire l'enfant blessé, l'enfant abîmé qui est en moi, qui chaque jour cherche à respirer. Je n'ai pas d'air. L'enfant était trop étouffé. Donc, la scène m'aide à respirer chaque jour.
- Speaker #0
Et Alama, c'est vraiment ça. Moi, c'est une chanson qui m'a beaucoup touchée, qui me touche beaucoup, parce qu'on sent la petite fille incomprise qui a quelque chose à apporter au monde et qui cherche sa place et qu'on essaie d'étouffer. Et donc, c'est vraiment pour ça aussi que c'est une chanson qui interpelle, qui est assez profonde. Et j'ai vu aussi que tu parlais beaucoup de foi, de spiritualité dans cette chanson. Et de liberté aussi. Donc, tu as pu, en tout cas, la petite Fatou a pu prendre sa place.
- Speaker #1
Allez, essayons. Elle essaye encore.
- Speaker #0
On ne sait jamais à qui. Et c'est un exemple aussi pour les autres.
- Speaker #1
Parce que je sais que je ne suis pas la seule.
- Speaker #0
Oui, tout à fait.
- Speaker #1
Je ne suis pas la seule.
- Speaker #0
Tout à fait. Et j'ai lu que tu disais que tu es née vraiment à 25 ans. J'ai lu ça dans un article, alors je ne sais plus quand, il y a très longtemps. Est-ce que tu peux nous en parler un peu ? Pourquoi tu dis que tu es née à 25 ans ?
- Speaker #1
J'ai l'impression que je n'ai pas connu d'enfance, en fait, dans le sens où je ne me souviens pas de mon enfance. Je n'ai pas de souvenirs, genre avoir dit maman et avoir été gâtée. Je pouvais vraiment me reposer sur quelqu'un. Parce que je me souviens de cette vie quand j'étais en Côte d'Ivoire. Mon père, en ayant quatre femmes, c'est une grande famille. Je suis née dans une famille où il y a déjà pas mal d'encens et pas mal de mer. Donc, tu es noyée dans cette famille, tu débarques, mais ton énergie n'est pas vraiment adaptée à l'environnement dans lequel tu vis. Donc, tu te débats, tu veux exister, mais il n'y a pas la place pour t'écouter parce qu'il y a d'autres soucis. Du coup, l'art a été le moyen d'expression et de me débattre. Du coup, j'ai l'impression que j'ai été adulte tout de suite. Je me souviens d'un enfant qui a tout de suite été adulte, avec des responsabilités de grandir tout de suite. parce que j'avais ma grande sœur sur qui je m'épaulais énormément. Elle, elle est partie tôt. À peine j'ai compris que j'avais une grande sœur que je pouvais me plaindre avec elle pour dire « Voilà, quand j'ai quelque chose, c'est avec elle que je pouvais partager. » Parce que ma mère devait travailler, elle devait gagner de l'argent pour nourrir et tout. Et puis c'est normal de travailler. Moi, je travaille aussi, mes enfants ne voient pas. Mais cette sœur, elle est partie brusquement. Donc, je pense que ça, ça a été vraiment... Ça, ça m'a beaucoup brisé. Jusqu'à présent, je n'ai toujours pas compris le message. Je commençais à comprendre le message du Seigneur parce que c'était parce que je devais apprendre à grandir vite parce que j'avais une mission, je pense, un peu dans ce monde. Et pour cela, il fallait que j'apprenne à me défendre tout de suite. Je pense que je me reposais trop sur ma grande soeur. Elle s'est dit non. Si tu prends goût à ça... Tu ne vas pas prendre le flambeau et partir conquérir le monde. Tu seras toujours là à la conquête de protection. Alors que c'est toi qui dois protéger les autres.
- Speaker #0
Elle doit être avec toi aussi, je pense. Je sais que tu es très spiritueuse dans tes interviews, dans ce que je peux lire de toi, dans tes chansons. Tu as quand même une très grande spiritualité que tu dégages aussi.
- Speaker #1
L'aura de cacher. C'est le peu que vous voyez, ce que vous voyez de l'extérieur. Ce que je ne peux pas contrôler, mais sinon je contrôle énormément.
- Speaker #0
Et il y a une chanson aussi, on va un peu se balader en chansons. Il y a une chanson qui est « Camus » . Et là, tu parlais des chanteurs en général. Au Mali, ils chantent beaucoup de chansons d'amour. Mais « Camus » , il y a quand même une différence parce que tu es sur une chanson qui est d'une sensualité très libre. Tu parles du corps. C'est une chanson qui est très incarnée, finalement.
- Speaker #1
C'est l'une de mes chansons d'amour, d'ailleurs. Oui,
- Speaker #0
moi, j'adore cette chanson. J'en ai profité, je me suis dit, comme j'ai la chance de discuter avec toi aujourd'hui, je vais passer ma playlist et on va parler de l'histoire des chansons que j'adore. Désolée pour les auditeurs, mais...
- Speaker #1
Non, c'est génial.
- Speaker #0
C'est ancré dans le corps. Tu parles beaucoup de sensualité, ce qui est assez rare dans les chansons. On a beaucoup de chansons d'amour, mais très banales, très superficielles. Et là aussi, on est dans la spiritualité, vraiment de l'amour. Donc, est-ce que tu peux nous parler de Kanon, son histoire ?
- Speaker #1
L'histoire des canaux, je pense que je me suis inspirée des querelles entre des couples qui sont amoureux. Je pense que quelqu'un m'avait raconté son histoire avec son compagnon. Ils étaient en guerre alors qu'elle était amoureuse. Donc, je sentais ce manque-là, le manque d'être avec cette personne. Donc quand j'ai dit « Aïe, baribolo d'anéka » , je pense qu'elle était en manque de l'affection. Elle en souffrait beaucoup. J'en ai fait un peu une chanson vite fait. Mais c'est parti d'une histoire d'amour qui ne fonctionnait pas. Et que je voyais ma copine qui en souffrait énormément. Mais c'est rare que je parle de... Je ne suis pas très... Histoire d'amour, oui.
- Speaker #0
Non, mais celle-ci, elle est pas mal parce que c'est vraiment un autre angle. C'est subtil. Et puis, le fait qu'elle dise, tu veux plus toucher mes épaules.
- Speaker #1
Le contact, quoi, physique. Oui. Le contact, juste la tendresse.
- Speaker #0
La tendresse.
- Speaker #1
Je voulais parler de…
- Speaker #0
Est-ce que tu penses que… Alors, là, on est dans Murmure de joie. Donc, c'est un podcast qui parle de joie, mais de joie spirituelle. Donc, c'est pour ça vraiment que… Pour moi, c'était tellement évident que je puisse trouver les moyens d'échanger avec toi. Est-ce que tu penses que la joie, elle passe aussi par l'amour, par le corps, donc l'amour au sens large, bien sûr, le fait d'être aimé pleinement, d'aimer aussi ?
- Speaker #1
C'est sûr, parce que moi, je croyais qu'on pouvait s'en passer totalement, parce que certes, j'ai eu des oppressions assez… psychologique quand j'étais enfant, mais aussi le rapport physique. J'ai été beaucoup battue, moi. Donc j'ai un corps assez raide, ce qui fait que quand je danse, j'ai une violence parfois qui sort dans mes manières de danser, c'est assez brutal, même si j'essaie de calmer tout ça. Mais c'est aussi un moyen d'expression et tout. Donc après, quand j'ai commencé mon parcours, je ne voulais pas entendre parler des histoires d'amour. J'ai ce corps-là qui a été vachement jolanté. Et chaque contact, même jusqu'à présent, pour mon mari, il souffre, on ne touche pas comme ça. Je ne suis pas une femme qu'on marie comme ça. C'est beau de l'extérieur, mais l'intérieur, c'est difficile de vivre avec moi. Parce que le contact physique, tout le monde ne peut pas me toucher. Donc même mon mari, il a ses barrières. Il doit me demander l'autorisation, même pour mettre sa main sur mon épaule. Donc comme on parle de l'intimité, Du coup, je pense que tout cela est dû aussi à ce corps qui a été violenté, qui a été battu pour cinq raisons. Des fois, j'ai envie de retourner au Malais et aller demander à ma tante, mais peut-être quand tu m'avais déchiré le crâne, c'était quoi ? Je ne connais toujours pas la réponse de beaucoup de choses, parce que quelqu'un lui avait peut-être dit ça sur un dos. Elle écoutait ça et puis elle agissait en fonction de ça. Mais elle n'écoutait pas l'enfant qui était avec elle, qui était peut-être pas ce que les autres lui faisaient croire. Donc j'ai encore ce truc à régler avec le corps. Du coup, quand je parle de l'intimité, je me suis dit, je pars dans ce combat de femmes, de femmes libres, d'enfants blessés qui doivent respirer, qui doivent retrouver son infirialité, sa paix intérieure. Donc pas d'homme. Mais après, je me suis rendue compte sur la route, sur le chemin, le Seigneur m'a dit, tu ne peux pas donner de l'amour si tu ne sais pas recevoir. Donc à un moment, j'étais vidée. Donc à ce moment, si tu dis, je ne me marie pas, je ne fais pas d'enfant, j'ai envie d'être libre, ils disent, mais après, tu recharges où ? Si tu ne sais pas, il faut recevoir pour donner. Donc à ce moment-là, je me suis calmée. J'ai commencé à voir les garçons. Sinon, il y a des gens qui pensent même en Mali que je suis lesbienne parce que personne ne peut dire qu'il a vraiment côtoyé Fatou, qu'il connaît Fatou en histoire d'amour, parce qu'il n'y en a quasiment pas. Je suis très raide sur ça. Et du coup, je me suis dit, OK, tu t'y intéresses. Et du coup, après, j'ai rencontré mon mari. qui est italien, et je le vois un seul soir, je lui dis, genre la fille hyper romantique. Je lui dis, après avoir accepté que je dois aimer pour pouvoir nourrir la tournée, justement spirituelle, ce chemin spirituel d'amour et vers l'amour, et je lui dis, lui était au Burkina à l'époque, je lui dis, Merci. Si tu veux te marier, viens la semaine prochaine à Paris et on se marie le mois prochain.
- Speaker #0
On règle ça, quoi. Et c'est fait.
- Speaker #1
Et lui, il me dit, ce soir-là, il a cru que j'étais malade. Il est allé voir tous ses amis. Il a dit, cette fille est bizarre. Elle a les yeux bizarres. On dirait qu'elle a fini le pétard. Elle m'a vu et elle a dit, ouais, viens à Paris. On se marie. J'ai un petit appartement. On va bâtir ensemble notre vie. Sauf que lui aussi, il est dingue, il est venu, on s'est mariés. Ça fait 17 ans qu'on est mariés. Après, il s'est dit, dès le départ, la façon dont je l'ai abordé, il a compris que son amour ne sera pas comme tout le monde. Ce ne sera pas le Roméo et Juliette, quoi. Il savait que j'avais du caractère et que si l'amour vient dans ma vie, c'est pour un but précis, ce n'est pas pour prendre ma liberté. On ne peut pas toucher à cette liberté-là. Il le savait. Il a pris le risque. C'est vrai qu'il en souffre un peu. Mais il trouve de la poésie dans ça aussi. Donc voilà, pour vous dire mon rapport sauvage avec l'amour, ça c'est un peu pour toucher un peu dans mon intimité. J'aime, mais à ma façon, très sauvagement.
- Speaker #0
Merci de nous partager ça. Et on fait un coucou à ton mari, à mon beau-frère. Et je pense aussi qu'il s'est connecté à ton âme aussi, il est allé au-delà. de l'apparence voilà donc je pense qu'il y a quand même aussi une connexion qui fait que super là je vais aller vite parce qu'on a encore peu de temps je voulais parler de Djané et le niveau le dernier single que j'écoute depuis trois jours et que j'adore et le petit geste que tu fais et tout voilà je l'ai repris la petite choré voilà donc Je voulais en parler, je voulais savoir si pour toi la joie, elle se nourrit aussi. Donc, on a parlé d'amour, de spiritualité. Est-ce qu'elle se nourrit aussi de gratitude ? Parce que dans le diané, tu parles beaucoup de gratitude. Je voulais t'entendre là-dessus.
- Speaker #1
C'est important, c'est assez important. La gratitude, elle est vraiment, moi je pense que c'est l'une des bases de l'amour. Quelqu'un qui ne sait pas dire merci. Et moi, je ne pense pas que tu peux aimer. Parce que c'est la base. C'est fondamental. Je pense que quand les enfants qui reçoivent trop quand ils sont enfants, ils ne savent plus les dons qu'ils reçoivent à chaque instant dans leur parcours. La valeur des choses. Et nous, les enfants, nous n'avons rien eu, quasiment à part la violence et les jugements, moi, tout ce que... Tout ce que Dieu m'offre chaque jour, c'est un cadeau. Je passe mon temps à dire je t'aime et merci. Merci. C'est assez important pour moi. Du coup, j'aimais un peu sur ça. Je rappelle mes frères et sœurs. Voilà, si tu pars en aventure, n'oublie pas ceux qui ont été là une fois pour toi, les pays, surtout tes parents. Juste un petit rappel. La musique sert à ça aussi. juste que les gens se disent ah, ce sont des valeurs à garder quand même, parce que c'est pas banal parce qu'on banalise de remercier les autres moi je dis non, les détails comptent faut rien banaliser rien n'est dû tout à fait,
- Speaker #0
merci pour finir Fatou, est-ce que tu peux nous parler de ton rapport à la joie parce que tu as quand même eu un parcours assez difficile de l'enfance jusqu'à tout ce que tu nous as raconté Mais tu respires cette joie, tu la dégages. Quel est ton rapport à la joie ?
- Speaker #1
La joie, je me souviens d'une grand-mère. Le meilleur moment de mon enfance, c'était la mère de ma mère qui m'a... assez protégée. C'était vraiment ma mère. Je la connaissais mieux que ma poupon mère. Quand j'ai une soeur très rapprochée, j'avais deux soeurs, une grande qui est partie, mais l'autre qui est venue était très proche. Du coup, j'étais au milieu de ces deux soeurs où je n'avais pas trouvé vraiment ma place. Du coup, j'allais beaucoup voir ma grand-mère. Je me souviens que c'était une femme assez somnolente. On avait le même sourire. Les enfants, ma mère, personne n'a ce sourire-là. J'ai la seule carité du sourire de fantaponique. Et elle a un sourire qui... Elle n'a pas besoin d'en faire beaucoup. Dès qu'elle sort ses dents, tu ne reçois pas. C'est un... Je remercie le Seigneur pour ça. Et aussi, il faut rester optimiste. Il faut... Quand tu transformes tes douleurs en bonheur, cela te permet de cicatriser avec moins de haine et moins de rage. Il faut toujours... s'adoucir. Il faut caresser cette douleur-là. Il faut même l'aimer. Moi, je chéris beaucoup mes douleurs. Je ne me plains pas beaucoup. Parce que j'ai confié maintenant avec le temps, maintenant que j'ai des enfants, que je dois être obligée de crier parfois pour qu'ils trouvent le chemin. Je me suis dit en fait, Dieu m'a dressée aussi pour que je sois responsable aujourd'hui. Parce que n'importe quel défi, même je suis dans un milieu très masculin, Mais je ne me sens pas femme, je me sens juste une âme qui doit être là. Je n'ai aucun doute de ce que je fais, ni des fragilités. Je sais que je vais plus être affectée de ce que vivent les autres. Je pleure facilement pour les autres. Je souffre énormément de tout ce que je vois autour de moi. Mais tout ce qui me concerne, moi, au contraire, je vois ça comme un défi. Les douleurs ne me font plus rien. Donc, je me suis dit que le Seigneur voulait que je sois fortifiée un peu. solide pour être dans un monde comme dans lequel nous vivons, surtout l'industrie de la musique. La femme, quand elle n'est pas exposée, il faut une manière de s'habiller pour plaire. Il faut mettre des cheveux brésiliennes. Vous voyez toutes nos chanteuses au Mali qui sont des pigantes. Pour qu'on t'applaudisse, il faut mettre des faisons. On est tellement fakes parfois. Je me suis dit Si je n'avais pas mon caractère de me dire, OK, c'est leur problème. Mais moi, c'est ça que je veux défendre dans le monde et je resterai sur mon chemin. Mais pas pour un ou deux ans. Des carrières qui durent un ou deux ans. Moi, j'ai commencé depuis un certain temps. J'avais 19 ans. J'ai fait SIA quand j'avais 19 ans. Là, j'en ai 44.
- Speaker #0
Tu as tourné aussi des films comme Timbuktu.
- Speaker #1
Et j'ai dit aux gens, suivez-moi, je vais vous amener quelque part. Je parle de la persévérance. C'est-à-dire que si la base est mauvaise, c'est qu'à un moment, tu te perds. On dit... Si tu imites les autres, tu vas te tromper. Mais si tu t'imites toi-même...
- Speaker #0
Les autres sont pris. Il faut rester soi-même. Il faut...
- Speaker #1
Soyons nous-mêmes. Soyons nous-mêmes. Aimons-nous. Même ce matin, je me suis réveillée avec une chanson dans la tête. Ce que j'aimerais composer bientôt, c'est la question « Pourquoi tu ne t'aimes pas ? » Un grand sujet. Qui es-tu ? J'étais à Paris avant-hier. C'est vrai que c'est le ramadan, mais je vois des maliens, des sérénalistes, tout le monde qui passe. Et tout le monde a la tête couverte. Ah non, mais je n'ai jamais vu du bazar. J'ai jamais vu du beau Roland. Du beau Roland.
- Speaker #0
Et des pannes.
- Speaker #1
Je ne sais plus qui est qui. Donc, ça m'a inspiré une chanson. Je vais l'écrire. Je vais essayer d'être gentille. Mais j'étais plus sûre. Et beaucoup de... En ce moment, on est perdus. L'Afrique est totalement à côté de la plaque. On se dénature. Voilà. Quand on embrasse quelque chose, on a tendance à y aller. Il y a l'ignorance. Il y a la perte. On perd nos propres valeurs, en fait. Quand on aime l'autre, on a tendance à s'oublier soi. Qui es-tu ? Qui a dit que le ramadan n'aimait pas ton... ton...
- Speaker #0
Mais oui, ton panité. Oui !
- Speaker #1
Quand il coupait le... Oui,
- Speaker #0
si, si.
- Speaker #1
J'ai vu la noire de... Ousmane Sambem, où les femmes, dans les années... Dans les années 80, comme ils sont fermés. Oui,
- Speaker #0
80, oui. Naturel,
- Speaker #1
simple. Je dis, mais il faut que l'Afrique retourne à ça avec cette élégance, les foulards. La bonne, elle est dans la rue, mais elle est belle. Elle a juste coupé une rondelle sur un bazar.
- Speaker #0
Oui. Quand tu es dans un bazar.
- Speaker #1
Je dis, je... Comment est-ce que... Seigneur, j'ai prié. J'ai dit, Allah, il faut nous guider vers nous-mêmes. Qui sommes-nous ? Où allons-nous ? Donc, priez pour nous, prions pour nos âmes, prions pour la future génération, que l'éveil commence, parce que j'ai l'impression qu'on a donné ça, et là, on est là, mais bientôt, et tout sera englouti. Et c'est tellement triste, l'Afrique, on est tellement belle, la femme noire est tellement belle quand elle est elle-même. Oui. Mais là, on n'est pas nous-mêmes.
- Speaker #0
Moi, je retiens Fatou, là-dessus, justement, de rester naturelle. Alors, ne pas se dépigmenter, tchao, tchao, ni pao. Tout ça, il faut arrêter. Non, mais garder sa belle peau naturelle, voilà. Éviter, s'il y a des gens qui veulent mettre des perruques, pourquoi pas, mais assumer quand même aussi nos cheveux qui en est, quoi. Moi, je partage ça complètement, complètement.
- Speaker #1
Et ça, on a presque gagné sur ce thème-là, parce que je vois qu'il y a des festivals sur le nappi. Oui, de plus en plus. Ah, là, il y a un mouvement. C'est l'Afrique qui n'a pas encore compris. L'Angleterre, c'est... Les pays anglophones, c'est déjà les cheveux africains, c'est vraiment devenu le sujet. Oui,
- Speaker #0
les belles coupes afro.
- Speaker #1
Les beurres de karité, il y a tout du...
- Speaker #0
Les lox aussi, les lox, ces dernières années, ça, ça...
- Speaker #1
Entre-temps, il y a beaucoup d'aliénés qui croient qu'ils doivent défendre des valeurs.
- Speaker #0
Qu'ils ne maîtrisent pas aussi.
- Speaker #1
Ils ne maîtrisent rien du tout et ils pensent qu'ils ont tout compé. Faire la révolution pour une cause qui n'était même pas ton problème. Et toi, ta révolution, elle est quoi ? Parle-moi de quoi en tant que Noir, en tant qu'Africain, c'est quoi ta révolution ? Donc, après, le combat était compliqué.
- Speaker #0
Merci beaucoup. Je voulais aussi te dire que pour moi, tu es dans la grande lignée. On parlait de Bougouni, tout ça, des Nawa, d'Oumlia, des Oumoussangaré et aussi les Griots. Toi, tu n'es pas du tout Griot, mais on a les Griots aussi au Mali.
- Speaker #1
Konon.
- Speaker #0
Konon, voilà. Mais on a aussi les Bacodagnons, les Amicoita, les Kandia, toutes celles qui ont ouvert la voie. Et je pense à Myriam Makeba, Angélique Kidjo aussi, donc d'autres Africaines. Et voilà, tu es dans cette lignée. Et puis, tu continues à faire rayonner l'Afrique et tes valeurs aussi, tes valeurs qui sont très fortes dont on a parlé dans ce podcast. Merci énormément.
- Speaker #1
Merci à toutes ces grandes dames de nous avoir ouvert la porte et de nous avoir montré le chemin. Et j'espère qu'on va pouvoir la respecter. la maintenir dans la dignité. Tout est une question de dignité. Il faut garder sa dignité.
- Speaker #0
Super. Merci Fatou. Merci d'avoir pris le temps d'arriver jusqu'à la fin de cet épisode. S'il vous a plu, s'il a résonné en vous, je vous invite à vous abonner sur votre plateforme d'écoute préférée ou sur YouTube, à laisser un commentaire, à partager, à liker. Et surtout, un grand, grand, grand merci. Et je vous dis à très bientôt.