- Speaker #0
Il sait qu'il joue très bien de son instrument, il est capable de jouer devant des salles pleines, etc. Il a cette confiance en lui. Par contre, il a beaucoup de mal à négocier ses contrats. Il est toujours en dessous. Il n'ose pas demander à être payé plus. Il n'ose pas imposer précisément ses choix artistiques parce qu'il se sent un petit peu... inférieur par rapport à la production, je ne sais quoi, eh bien, on a bien quelqu'un qui a une grande confiance en lui, mais qui manque néanmoins d'assertivité.
- Speaker #1
Ça, c'est vraiment un sujet qui revient souvent des personnes qui ont du mal à parler d'argent, en tout cas, à défendre leur rémunération, à pouvoir expliquer et se sentir légitime de demander une certaine rémunération et qui acceptent quelque chose qui ne leur convient pas et qui se retrouvent Et finalement, peut-être à mal faire le travail parce qu'ils ont une frustration et qu'ils n'ont pas pu exprimer, en fait, qu'ils n'ont pas pu négocier. Donc ça, c'est un manque d'assertivité, peut-être. Certainement,
- Speaker #0
c'est un manque d'assertivité. Finalement, toutes les circonstances dans lesquelles on n'est pas capable de dire ce qu'on veut ou de dire ce qu'on ne veut pas, d'imposer ses limites.
- Speaker #1
Dans le respect et dans...
- Speaker #0
Et toujours en étant effectivement dans le respect, on peut considérer que toutes ces situations sont des situations dans lesquelles on manque d'assertivité.
- Speaker #1
D'ailleurs, dans le livre, tu mets énormément de cas pratiques, d'exemples hyper concrets. Je pense à celui d'un cadre qui se suradapte.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Je ne sais pas si tu peux nous parler de cet exemple, parce que je suis sûre que ça va parler à beaucoup de gens.
- Speaker #0
Bien sûr, bien sûr. La suradaptation, c'est vraiment... ce qui se produit souvent, malheureusement, dans la vie en général, mais en particulier dans l'entreprise. Et il y a beaucoup de personnes, comme le cas dans lequel je fais allusion, qui ont tendance finalement à vouloir rentrer dans le moule et finalement à faire énormément d'efforts. Mais à force de faire tous ces efforts, ce sont des personnes qui finissent par perdre leur authenticité. Et croire que le seul moyen d'exister dans l'entreprise, c'est de ressembler aux autres. C'est de ressembler aux autres et de ressembler à ce que les autres attendent de nous. Et beaucoup de personnes, beaucoup se perdent. Donc là, la question qui se pose, c'est la question de la place. Est-ce que je suis à ma place ? Et comment rester authentique, y compris dans le cadre professionnel ?
- Speaker #1
Peut-être qu'on peut être dans cette suradaptation sans s'en rendre compte, sans en avoir conscience. Donc, quel peut être l'indicateur qui fait que je me pose la question de, est-ce que je ne suis pas en train de me suradapter et vouloir changer de comportement, voir un coach ou travailler sur soi ? Quel peut être le déclic, en fait ? Qu'est-ce qui peut nous interpeller pour dire... Là, je suis dans une situation de suradaptation. Attention, je vais peut-être perdre mon authenticité. Je vais peut-être faire un burn-out. Parce que très souvent, ça aboutit à ça, malheureusement.
- Speaker #0
Tu as complètement raison.
- Speaker #1
Qu'est-ce qui peut être le déclic, en fait ? L'indicateur qui me met la puce à l'oreille.
- Speaker #0
Il y a plusieurs symptômes. Et c'est vrai qu'on n'y pense pas forcément spontanément. Mais le fait de s'adapter constamment, ça prend beaucoup d'énergie. Et donc, ces personnes ont la particularité d'être souvent fatiguées. Alors, bien sûr, on peut être fatigué pour plein d'autres raisons aussi. Ce n'est pas parce qu'on est fatigué qu'on va dire, je dois être en suradaptation. Mais ce qui est certain, c'est que se suradapter, c'est souvent ne pas se sentir aligné par rapport à soi-même, par rapport à ses valeurs. Et donc, ces efforts constants vont créer chez l'individu de la frustration et une fatigue qui est souvent à la fois physique et mentale. Donc quand on commence à sentir que cette fatigue nous gagne et qu'on se sent décalé, qu'on ne se sent plus en phase, c'est qu'on est en train de se façonner et à force de se façonner, on est en train de se perdre. Il est temps effectivement à ce moment-là de... De se faire aider, quel que soit le moyen. Ça peut être effectivement un coach ou quelqu'un d'autre, mais en tout cas quelqu'un qui va nous aider à sortir de... de cette posture dans laquelle on s'est peut-être enfermé progressivement, jour après jour. C'est pour ça qu'on ne s'en rend pas compte, ce n'est pas du jour au lendemain. Avec le temps, on a voulu bien faire, on a voulu... On a cru que pour être aimé, il fallait ressembler à ce que les autres attendent de nous.
- Speaker #1
Parce qu'il y a quand même beaucoup de besoin de reconnaissance, ce qui est normal, le besoin de reconnaissance, mais souvent, c'est vrai que ça prend tellement de place que les gens se perdent, en fait. Parce qu'ils attendent de la reconnaissance, souvent, qui n'arrive pas d'ailleurs. très souvent plus on se suradapte, moins on a de reconnaissance.
- Speaker #0
Tu as raison.
- Speaker #1
Donc oui, le manque de reconnaissance, je pense que ça peut être un grand piège. Et surtout, je voulais aussi rebondir sur, tu as parlé de fatigue qui peut être normale et aussi de cet état où on sent qu'on n'est pas aligné, qu'on n'est pas à sa place. Est-ce que ce n'est pas une forme de, donc il y a une fatigue classique qu'on peut ressentir et puis il y a une fatigue qui est peut-être accompagnée aussi d'une fuite d'énergie ? Parce qu'on peut être fatigué, mais avoir quand même encore son énergie. Mais quand on commence à perdre son énergie, ne plus avoir envie, peut-être même pas envie d'aller au travail le matin, c'est peut-être là qu'il y a une alerte aussi, une fatigue qui est différente de la fatigue classique.
- Speaker #0
Certainement. En tout cas, en t'écoutant, c'est ce que ça m'a inspiré. Oui, mais tu as complètement raison. Cette frustration, elle va provoquer cet état désagréable chez les personnes qui vont rentrer chez elles le soir. Je pense notamment à celles qui n'ont pas osé. Par exemple, elles ont été attaquées lors d'une réunion et elles n'ont pas osé se défendre. Elles ont dit qu'elles étaient d'accord alors qu'elles ne l'étaient pas. Elles ont essayé de se fondre comme ça dans la masse. Mais le résultat, c'est que le soir, il y a une épreuve. une espèce de frustration, de se dire pourquoi est-ce que je n'ai pas été capable ? Je me sens lâche. Je me sens lâche de ne pas avoir réussi à dire vraiment ce que je pense, de ne pas m'être défendu. Ou peut-être même de ne pas avoir défendu quelqu'un d'autre. J'ai été témoin d'une scène et je me dis, mais j'ai laissé faire alors que j'aurais pu la défendre et je ne l'ai pas fait. Donc, soirée dans un état désagréable, de frustration. Et puis, le lendemain, je dois retourner travailler. et bien c'est là que je vais travailler l'enjeu le lendemain avec la fameuse boule au ventre. Oui, tout à fait. Parce que je n'ai pas envie de retrouver ce lieu dans lequel finalement je n'ai pas vu la meilleure image de moi-même.
- Speaker #1
Et ça peut avoir un impact aussi sur la famille, parce que quand on rentre à la maison avec cet état de fatigue, on n'est peut-être pas disposé à sourire, être à l'écoute de son conjoint, sa conjointe, ses enfants. Donc ça peut aussi être un peu une spirale négative.
- Speaker #0
Certainement, certainement, voilà pourquoi d'ailleurs je dis souvent qu'en faisant preuve d'assertivité, en développant son assertivité, on va aussi développer un bien-être on va avoir plus de disponibilité, et cette disponibilité, elle nous est profitable, bien sûr, dans le cadre de nos activités professionnelles, mais elle nous est profitable aussi le soir, le week-end, quand on est avec nos proches, ce qui nous permet d'avoir un petit peu tourné la page, de laisser toutes les tensions du travail là où elles doivent rester, et puis d'être capable de profiter aussi de son temps personnel. La joie, finalement, je fais aussi le lien entre l'assertivité et la joie, parce que pour que cette joie puisse trouver sa place, il faut être capable de chasser tout ce qui nous encombre. Le stress, les tensions, toutes les émotions désagréables. Je dis bien émotions désagréables, je ne dis jamais négatives, parce qu'on sait à quel point les émotions sont utiles. Bien sûr, toutes les émotions sont utiles. Et bien sûr, la joie l'est également.
- Speaker #1
Oui, ça permet de laisser de l'espace à la joie. Exactement. C'est ce que tu dis. Voilà,
- Speaker #0
c'est ce que je dis. Plus je vais être assertif, moins il y aura de frustration, moins il y aura de contraintes, moins il y aura de troubles aussi psychosomatiques. Et finalement, ça va laisser un terrain propice à la joie, bien sûr, et à la joie, on va dire, en général, les petites joies comme les grandes bien sûr
- Speaker #1
Non mais c'est sûr que quand je reviens à cette notion de ne pas savoir dire non, de faire des choses qu'on n'a pas envie de faire, ou quand on ne se sent pas respecté, de ne pas réagir avec assertivité, souvent ça peut aussi créer de l'anxiété. Parce que quand on y repense, supposons qu'il y a une situation qui se passe au travail, moi je l'ai vécu, on rentre chez soi et puis ça mouline en fait, on s'est dit... il y a eu telle réaction, j'aurais peut-être dû relever cette injustice parce que j'ai trouvé que ce n'était pas juste, ce n'était pas vrai. J'aurais peut-être dû réagir parce que finalement, ça nous travaille après coup. Moi, c'est des choses qui me sont arrivées quand j'étais plus jeune. Et je sais qu'après, ça travaille et ça crée une forme d'anxiété. Et on a limite envie qu'on soit au lendemain pour corriger ça et aller voir la personne. rétablir les choses.
- Speaker #0
Je dirais qu'il peut y avoir les deux, en réalité. Pour certaines personnes, se dire je vais y retourner et on va clarifier la situation et on va faire en sorte de repartir sur d'autres bases, etc. Mais il y a toutes celles qui appréhendent et qui se disent... J'ai pas envie d'y retourner, parce que je ne sais pas comment gérer ça. Et ça, ça s'apprend. Et ça s'apprend, et heureusement. Mais c'est vrai, c'est très juste ce que tu dis Bintou. D'ailleurs, il y a beaucoup d'études qui le démontrent, que les difficultés principales... qu'on apporte avec nous à la maison le soir, ce sont les difficultés relationnelles. Ce n'est pas trop le dossier qui nous pose problème, ça peut arriver, mais finalement, ce qui préoccupe beaucoup les gens, je crois que j'ai vu. une étude là-dessus, il n'y a pas longtemps du tout, qui disait que 80% des problématiques des salariés sont des problématiques relationnelles. C'est son rapport avec son manager, son rapport avec les collègues, des tensions avec un prestataire ou avec un client ou avec le public pour les personnes qui accueillent du public. Donc finalement, cette dimension relationnelle, elle est très importante. Et quand on parle d'assertivité, finalement, on ne parle que de ça. Comment faire pour assainir, apaiser sa relation à l'autre dans son quotidien professionnel ?
- Speaker #1
C'est quasiment une compétence qu'il faut apprendre aux enfants dès le plus jeune âge. Parce que ça règle quand même pas mal de choses. On prend conscience de certaines choses dans la relation. Et je pense que ça peut aider, ou même de former les jeunes cadres à ça, ou les jeunes, pas forcément que des cadres d'ailleurs, mais les personnes qui rentrent en entreprise aussi, les former sur ce sujet-là. Je pense que ça peut vraiment aider et prévenir. On parlait de risques psychosociaux, c'est aussi un de tes sujets.
- Speaker #0
Oui. Mais je pense que ça peut aider aussi à prévenir ça. C'est vrai, c'est vrai. Moi, je suis le premier, avant même d'avoir vraiment travaillé sur l'assertivité, j'étais déjà sur des problématiques de communication. J'ai toujours dit que la... communication, c'était un petit peu le parent pauvre de l'éducation et notamment de l'éducation nationale. Je n'ai jamais compris pourquoi on ne rajoutait pas à histoire, géographie, maths, anglais, pourquoi on ne rajoutait pas communication.
- Speaker #1
Communication dans le sens, juste pour préciser pour nos auditeurs, pas dans le sens communication, faire du bruit, mais communication relationnelle.
- Speaker #0
Mais communication relationnelle. Ça me semble extrêmement important. Il n'est pas trop tard.
- Speaker #1
C'est vrai. Alors, on tend vers la fin, j'aimerais qu'on parle un peu de joie. Tu en as parlé bien sûr, tu as fait le lien avec l'assertivité, tu as dit que tu as grandi quand même dans une famille où la joie avait une place importante. Ça, ça me fait plaisir aussi parce que je vois quand même beaucoup de gens qui passent sur le podcast qui parlent de la joie comme héritage finalement. Donc ça, c'est un message que je passe aux parents. C'est aussi de votre devoir de... de cultiver cette joie dans l'esprit de vos enfants, parce que finalement, c'est quelque chose qui reste, on grandit avec. Et donc, tu as parlé de tout ça. Maintenant, j'aimerais savoir ton rapport à la joie aujourd'hui et comment tu la cultives. Est-ce que tu la cultives et comment tu la cultives ? Parce que tu es quand même quelqu'un de très souriant, très joyeux. On ne se connaît pas bien, mais tu dégages quand même quelque chose de joyeux, d'agréable. Est-ce que tu cultives ta joie ou pas au quotidien ?
- Speaker #0
Alors ? Je me pose la question de savoir si je cultive ma joie ou si c'est ma joie qui me cultive en réalité. Et ce que tu me dis là, c'est quelque chose qu'on me dit relativement souvent. Les gens autour de moi, que je les connaisse ou non, me disent souvent, mais tu es tout le temps souriant, tu souris beaucoup. Et parfois même on va plus loin, on me dit, mais tu n'as pas de problème, tu n'as pas de souci. Et je leur dis, ah ben si, bien sûr, si, si, j'ai plein de soucis. comme tout le monde. Non seulement j'ai plein de soucis, mais j'ai eu des très très grosses souffrances dans ma vie. Vraiment des très grosses souffrances, des deuils. En l'espace de quelques années, j'ai perdu mes deux parents et un frère. Et on pourrait se dire, mais quelqu'un qui a autant souffert, comment il fait finalement pour être dans cette joie, pratiquement dans son quotidien ? Je crois que les drames que j'ai vécus m'ont probablement rappelé à quel point la vie était précieuse. Parce que quand ceux qu'on aime ne sont plus là, c'est aussi parfois là qu'on mesure. à quel point ils étaient importants. Et c'est peut-être ce qui m'a aussi conduit à me dire, moi je suis là. J'ai la chance de pouvoir continuer à vivre, à croquer la vie à pleines dents. C'est presque un devoir de le faire avec le sourire et d'en profiter. Et puis de transmettre ça aussi. Et c'est ce que j'ai toujours essayé de faire, notamment à mes enfants.
- Speaker #1
Super. Magnifique. Merci Frédéric, merci vraiment pour cet échange. C'est moi qui te remercie. Donc je montre encore ton livre, c'est Arrêtez de vous faire marcher sur les pieds. Le pouvoir de l'assertivité. Et je veux bien que tu termines la suite du titre qui a été mis là, parce que je trouve ça hyper intéressant, si tu peux le dire dans sa globalité. Eh bien,
- Speaker #0
effectivement, j'encourage tout le monde à arrêter de vous laisser marcher sur les pieds, sans pour autant marcher sur ceux des autres.
- Speaker #1
Très bien, on va s'arrêter sur ces belles paroles. Merci beaucoup Frédéric.
- Speaker #0
Merci à toi Bintou.
- Speaker #1
Merci, à bientôt. Nous sommes donc arrivés à la fin de cet épisode. Je vous remercie d'avoir écouté jusqu'au bout. Si cet épisode vous a plu, n'hésitez pas à partager, à liker et puis à suivre Murmure de Joie sur nos réseaux sociaux et nous laisser des commentaires, bien évidemment. Merci, à bientôt.