- Speaker #0
Bienvenue dans Murmure Atypique, le podcast qui explore la vie sous le prisme des neurodivergences. Je suis Adeline, créatrice de contenu culinaire et maman, et j'ai à cœur de partager ma vision du monde en tant que femme neuroatypique. Dans chaque épisode, vous découvrirez des réflexions et des récits qui vous invitent à plonger dans un univers où chaque voix compte. Bonjour bonjour, aujourd'hui c'est un format un peu spécial que je vous propose, à deux voix, une série d'épisodes. en duo où je pars à la rencontre de personnes inspirantes pour partager leurs vécus et leurs expériences. Aujourd'hui, on part faire connaissance avec Julia. Bonjour Julia !
- Speaker #1
Bonjour !
- Speaker #0
Alors en réalité, on se dit bonjour, on passe des vacances ensemble, donc on s'est déjà dit bonjour ce matin. Déjà, j'aimerais que tu me dises comment tu te sens aujourd'hui.
- Speaker #1
Eh ben ça va, un petit peu stressée, mais on en a un petit peu parlé et ça va, je suis en confiance, donc il n'y a pas de problème. Parfait.
- Speaker #0
Est-ce que tu pourrais te présenter de la manière dont tu le souhaites ?
- Speaker #1
Ouais, alors je m'appelle donc Julia, j'ai 30 ans, je suis en couple avec Antoine depuis nos 18 ans, donc ça fait un petit moment déjà, et on a un enfant de 3 ans. Et voilà, on a beaucoup voyagé, on a beaucoup vécu à l'étranger, et là on est de retour en France pour quelques mois avec les... espoir de repartir bientôt.
- Speaker #0
Est-ce que tu peux nous dire ce que tu fais dans la vie ?
- Speaker #1
Oui, c'est vrai que j'ai omis cette partie.
- Speaker #0
Non mais c'est bien parce que finalement quand on se présente, on commence par ça, alors c'est pas forcément ce qui nous définit.
- Speaker #1
Moi je me définis pas par ça, mais je suis psychologue de formation. J'ai été diplômée en 2019 et en fait on est très vite partie à l'étranger, du coup c'est vrai que ça fait pas partie intégrante de ma vie actuelle, mais... En même temps, si ça m'accompagne un peu tous les jours, ça fait partie de moi quand même.
- Speaker #0
Eh bien, aujourd'hui, on est là pour discuter entre femmes. Et osons le dire, entre femmes neuroatypiques.
- Speaker #1
Autant le dire.
- Speaker #0
Est-ce que tu veux bien nous raconter un peu ton parcours ? À l'heure de l'enfance, à ton diagnostic. Tu peux vraiment me dire ce que tu souhaites.
- Speaker #1
Ok. Eh bien, donc moi, j'ai grandi dans une famille nombreuse. On est cinq enfants. Et je suis la petite dernière. avec tout ce que ça implique, les bons côtés, les mauvais côtés. Ça a été une enfance, je dirais, assez basique quand même. On partait en vacances, on faisait beaucoup de choses en famille. Tu vois, là, dans la question, j'arrive pas bien à lier mon enfance avec le diagnostic. La neuro-atypie a jamais vraiment été évoquée dans ma famille, alors que, spoiler alert, sur une fratrie de cinq, je pense qu'on peut dire qu'on est tous un peu dans le spectre de la neuro-atypie. évidemment c'est bien sûr un symptôme que ça n'ait pas été évoqué dans mon enfance et là clairement ça se ressent dans mon discours j'arrive pas vraiment à lier les deux parce que ça n'a jamais été lié moi je dirais pas que j'ai eu une enfance heureuse j'étais un peu je pense un enfant triste en tout cas où je trouvais pas vraiment d'écoute à mes émotions qui étaient assez fortes j'ai eu je pense vraiment une hypersensibilité en fait maintenant je le sais évidemment ... Et du coup, ça me faisait vivre les choses différemment déjà des enfants que je voyais, je pense, autour de moi. Et du coup, c'est vrai que c'était pas facile. J'avais vraiment des moments un peu très down, quoi, où j'étais triste déjà enfant. Et c'est vrai que c'est super triste parce que maintenant, en plus, adulte, je me dis, ah ouais, mais un enfant, c'est pas censé être triste comme ça, quoi. Donc, je me rends compte un peu plus maintenant que, très clairement, c'était mes émotions qui n'étaient pas entendues. Et même moi, probablement que j'avais du mal à les comprendre à l'époque, quoi. J'avais quand même des amis. Mais c'est vrai que je me faisais beaucoup moquer, par exemple. Je me souviens de ça à l'école. Ça, c'est un souvenir, alors maintenant, qui est plus douloureux. Et après, collège, lycée, c'était très compliqué. En fait, non, pas trop le collège, mais le lycée. Le collège, en fait, ça allait parce que je pense qu'il n'y avait pas de masking de ma part au collège. J'étais un peu la bizarre, quoi. Mais j'avais quand même un groupe d'amis. Mes amis étaient plutôt dans la norme, on va dire, entre guillemets. Et du coup, j'arrivais à me fondre sans qu'il y ait vraiment un décalage. Mais en fait, au lycée, il y a vraiment eu un... Maintenant que j'ai le recul, je pense clairement dépression slash masking, mais de haut niveau, quoi. Et en plus, il y a eu vraiment des périodes difficiles au niveau familial. Tout était décuplé, quoi. Et tu vois, je vois maintenant que c'était vraiment dépression et masking parce qu'en fait, j'ai très peu de souvenirs. Ah ouais. Et ce n'est pas commun à cette période. Non, c'est vraiment une amnésie où... Je peux vraiment parler d'amnésie parce que je ne me souviens pas. Et ce dont je peux me souvenir, c'est vraiment... Je n'ai pas l'impression que c'était moi. Les personnes avec qui j'étais au lycée et que je continue de voir parfois, elles peuvent me raconter des choses. Eh bien, je ne me souviens pas. C'est vraiment... Il y a un décalage parce que j'ai quand même une bonne mémoire. Il y a des choses où je vais pouvoir me souvenir de choses assez particulières. Et je m'en suis rendue compte un peu tardivement. Quand j'ai commencé à me poser plus de questions et à commencer le... parcours d'un diagnostic ou en tout cas de mieux me connaître par rapport à ça. Après le lycée, il y a quand même eu du mieux. J'ai rencontré Antoine juste après le lycée et je pense que ça m'a quand même aidée. On s'est bien trouvées tous les deux. Spoiler alert aussi. Je pense qu'il y a un peu de neuro-atypie chez lui aussi. On s'est bien trouvées, on s'est vraiment aidées de ce côté-là. Ça m'a permis en fait de... t'arrêter de faire semblant, quoi. Et au début, je pense que, même avec lui, il y avait du masking, et parce que c'était aussi rentré dans la norme d'être en couple. C'était la première fois que j'étais vraiment en couple, donc il y avait vraiment ça, quoi, qui rentrait en jeu.
- Speaker #0
Est-ce que tu arriverais à nous définir ce qu'est le masking ? Parce qu'il y a peut-être des personnes qui nous écoutent qui ne savent pas ce que c'est.
- Speaker #1
Oui, c'est vrai, bien sûr. Pour moi, très clairement, c'est de... porter un masque et de renier un peu les traits de personnalité qui sont primordiaux chez nous. Et pour rentrer dans cette norme de la société et de ce qu'on attend de nous. Alors, ça peut être la société, mais en fait, ça peut être la famille, les parents, les professeurs. C'est vraiment tout un... C'est global. C'est extrêmement délétère parce qu'en fait, tu nies une partie de toi. Et du coup, ça peut donner des symptômes. terrible de dépression. La dépression peut engendrer le masking, mais le masking, très souvent, peut engendrer la dépression, de l'anxiété. C'est très dur de vivre ça. En plus, généralement, quand tu le fais, tu t'en rends pas compte. Des fois, tu t'en rends compte, c'est d'autant plus difficile. Souvent, en tout cas, pour ma part, tu t'en rends pas compte, tu t'en rends après coup, mais c'est très dur de sortir. Il y a plein de personnes qui... arrive à s'en sortir après avoir eu le diagnostic ça débloque quelque chose mais ça débloque pas tout sinon ça serait trop simple et enfin en fait c'est pas simple c'est jamais simple de tous les cas parce que même quand ça débloque après le diagnostic c'est hyper dur parce que t'as fait du masking toute ta vie donc c'est rentré dans tes habitudes mais même physique, physique, mental psychique etc et du coup sortir de ça c'est très compliqué aussi et en fait il y a très peu de choses qui expliquent ça quoi, maintenant un peu plus parce qu'on en parle un peu plus mais Ciao !
- Speaker #0
Oui, et puis je pense vraiment que ça peut amener à se perdre complètement. La preuve, tu ne te souviens même pas de cette période.
- Speaker #1
Ah, mais c'est vraiment, je pense que c'est ça. Alors, il y a eu de la dépression qui n'était pas que liée, je pense, au masking. Et puis, je ne me suis pas du tout dit que j'étais déprimée au lycée. Mais maintenant, je sais que c'est évident. Enfin, vraiment, quand je regarde... Déjà qu'on passe tous par des périodes difficiles à cet âge-là, mais là, c'est... Il y avait tous les signes qui étaient là, les troubles alimentaires, la tristesse. Vraiment, tout était là.
- Speaker #0
Est-ce que c'est cette partie de ta vie qui a fait ton choix de devenir psy ou pas du tout ?
- Speaker #1
Sûrement un peu, évidemment. Mais en fait, ce que je n'ai pas dit, c'est que j'ai une très bonne relation avec mon papa. Depuis toujours, on échange beaucoup et mon papa est psychiatre. Et du coup, ça m'a toujours intéressée. Donc, on parlait beaucoup de son métier. évidemment c'est ça m'a orientée dans ce choix là, je pense que ça serait bête de dire que c'est une coïncidence il y a de ça mais il y a aussi je pense vraiment que j'ai une appétence particulière pour comprendre le fonctionnement des personnes, alors le mien aussi évidemment, c'est sûr mais vraiment je suis très intéressée par les, c'est un peu contradictoire mais je suis intéressée par les relations sociales et vraiment le fonctionnement psychique, mental, cognitif, c'est quelque chose qui me passionnait beaucoup et du coup donc d'où le choix de faire psycho j'ai commencé à clairement donc de là où je suis originaire il y avait un côté psychosocial qui était extrêmement intéressant, qui moi m'a beaucoup intéressée parce que c'était un peu comme c'est pas tout à fait pareil mais comme de la sociologie et en fait je trouve ça passionnant parce que j'ai l'impression que sans ça on peut pas comprendre le monde qui nous entoure mais ça ça vient je pense aussi du fait que J'ai du mal à comprendre les choses si je ne sais pas tout le sujet. Je trouvais ça très intéressant, la psychosociale, mais c'est vrai que moi, ce qui m'intéressait beaucoup, c'était la psychoclinique, donc vraiment le lien à l'autre, le lien thérapeutique. Du coup, j'ai fini mes études à Lyon. Et là, par contre, ça a été la révélation.
- Speaker #0
Et du coup, tu rencontres Antoine et ça t'aide à redevenir un peu plus toi-même ?
- Speaker #1
Oui. Je pense en fait que... Alors, je ne peux pas du tout parler pour lui. Mais de manière très différente, on était peut-être un peu dans la même situation de masking. Je ne sais pas du tout si lui l'a vécu comme ça. Mais en tout cas, on avait tous deux des choses à régler qui étaient similaires mais différentes. Je ne sais pas si on peut dire ça comme ça. Et du coup... Je pense que ça nous a aidés tous les deux. En fait, on a beaucoup parlé. On a beaucoup parlé de nos expériences personnelles, familiales, etc. qui étaient compliquées pour tous les deux. Et en fait, on a vraiment grandi et travaillé ensemble. Ouais, ça nous a vraiment... On s'est tirés par le haut tous les deux. Je pense vraiment que c'était ça. Ouais, c'est vrai qu'on nous a beaucoup dit ça. C'est très particulier parce qu'énormément de personnes qui venaient de champs d'amis différents, rien qu'en nous voyant, nous disaient « Ouah, vous, ça se voit que vous vous tirez vers le haut. » Alors qu'évidemment, ils ne connaissaient pas. On n'est pas du genre à partager ce qu'on vivait. Donc, ils ne savaient pas du tout la situation. Mais je pense qu'en fait, ça se voyait. Je pense que ça se voit un peu quand tu fais du masking. Les gens autour de toi, peut-être qu'ils palpent quelque chose qui n'est pas tout à fait naturel. Même si le masking est quand même très bien fait, généralement. Peut-être qu'ils ne palpaient pas que ce n'était pas naturel. Mais là, ils palpaient que ça allait mieux. C'est trop bien. Oui, c'est bien.
- Speaker #0
Parce que je pense qu'il y avait pas mal de communication dans le couple.
- Speaker #1
Ouais, bah moi en plus j'adore parler, évidemment, donc forcément.
- Speaker #0
Donc t'es avec Antoine, tu fais tes études, t'as quel âge à peu près ?
- Speaker #1
On est parti à Lyon quand on avait 20 ans, parce que donc il a le même âge que moi. Et à Lyon, la première année a été très très difficile, parce qu'on partait de chez nous en fait. Bah ça a été très compliqué, on était très jeunes, et du coup ouais, ça a été dur de s'adapter à la vie. seule mais avec quelqu'un sans nos parents mais avec quelqu'un parce que vous n'êtes pas du tout passée par une période où vous viviez seule individuellement non non ouais vu qu'on était chez nos parents en fait on a fait les deux premières années comme ça où on se voyait mais chez nos parents ouais c'est vraiment pas un bon souvenir quoi franchement il y a eu des bons moments bien sûr mais c'était dur Antoine reprenait des études moi aussi enfin je reprenais pas des études mais c'était un nouvel environnement et en fait c'était super compliqué quoi À l'époque, quand même, on ne mettait pas de mots vraiment dessus. On parlait beaucoup, mais il n'y avait pas du tout de mots sur les nouvelles situations sont compliquées à gérer, les nouvelles routines. Enfin, il n'y avait pas de mots dessus. Donc, en fait, ça a explosé. Tout ce qui n'est pas mis en mots, ça explose d'une autre manière. Oui, on s'énervait beaucoup.
- Speaker #0
Parce qu'à ce moment-là, toi, tu n'étais pas du tout diagnostiquée encore.
- Speaker #1
Non, pas du tout. Et même pas... Ce n'était même pas en question,
- Speaker #0
quoi.
- Speaker #1
Je crois qu'en fait, ce qui s'est passé, c'est que... Bon, donc je continue de parler beaucoup avec mon père. Donc, spoiler alert aussi, mon père, c'est, je pense, un neuro atypique non diagnostiqué, parce qu'il n'a pas été diagnostiqué, mais c'est assez évident pour quiconque rencontre mon père, en fait, je pense. Je confirme. Oui, voilà. Et lui, c'est flagrant, quoi. Il n'y a pas de masking, je ne crois pas, ou un petit peu en société. Ce qui a été aussi compliqué, c'est que moi, c'était ma norme parce que mon père était comme ça. Je pouvais lui dire, très basique, et ça fait pas de toi quelqu'un qui est neuroatypique, mais oh là là, ça m'angoisse d'aller à cette soirée. En fait, j'ai juste envie d'annuler. Et lui me disait, bah ouais, je comprends. Évidemment que t'as pas envie d'y aller, il y aura plein de gens, de la musique forte. Du coup, c'était un peu ma norme, vu que vraiment, j'ai changé beaucoup avec lui sur ça. et en fait un jour il m'a dit offert une BD qu'une de ses patientes lui avait offerte. Donc c'était La différence invisible, une BD qui est super, que tu as lu peut-être ? Oui,
- Speaker #0
que j'ai lu, oui. C'est la première BD que j'ai lu.
- Speaker #1
Donc Julie Dachez. Et du coup, il m'a dit je pense que ça peut t'intéresser. Lui savait... Enfin, savait... Même si quand on est parent, c'est vraiment difficile. On n'a pas du tout... Le fait qu'il ait été psychiatre... Ça n'a pas eu d'impact, je pense, sur ça. C'est plutôt le fait qu'il ait été lui-même une neuroatypique, en fait. Donc, je lis la BD que je dévore, évidemment. Je me retrouve dans chaque page. Je me dis, ah oui, mais d'accord, en fait, c'est pas la norme d'être comme ça. C'est particulier. Et du coup, je la fais lire à Antoine aussi, qui me dit ah oui, bah oui, évidemment. Ça part de là. Ça commence à planter une petite graine. Je continue à... à faire quand même ma vie, mais je me rends compte en fait que ça commence à me mettre en difficulté. Ça me mettait déjà un petit peu en difficulté, mais là vraiment ça me bloquait. Je me souviens d'un épisode particulier où en fait, je ne me souviens même pas pourquoi, mais je devais aller dans une piscine, peut-être, sûrement pour nager évidemment, mais je ne sais même plus pourquoi quoi. Et en fait, je ne connaissais pas cette piscine et ça m'a empêchée. Je n'ai pas pu sortir de mon appartement. Et là, je me souviens avoir dit à mon père, bon, je pense que peut-être il faut que j'aille voir quelqu'un pour un peu mieux me comprendre, mieux me connaître, etc. Et du coup, j'ai appelé tous les CRA, les centres de ressources autisme de la région, qui étaient complètement bloqués et qui me disaient qu'en fait, on favorise les enfants, ce qui est tout à fait entendable, évidemment, pour éviter d'être dans des situations comme les nôtres, de diagnostic tardif. Je pense, tu vois, qu'il y a des profils différents. Il y a autant de profils que de personnes. De toute façon, c'est évident. Et moi, je n'avais pas forcément besoin de... d'un diagnostic précis. Du coup, je me suis dit, OK, le CRA ne prend pas. Mais est-ce que c'est grave en même temps si je vais juste faire des tests séparés de manière un peu individuelle avec quand même un regroupement, bien sûr, de professionnels ? Mais je n'avais pas forcément ce besoin d'avoir un diagnostic signé par un psychiatre. Et aussi, c'est un budget. Donc, j'ai vu une psy, une psychomotricienne. Mais oui, mais c'est ça, en fait, tu veux me demander de raconter mon enfance, mais j'ai pas, j'ai omis le truc le plus parlant pour moi, c'est la nourriture, en fait. Oui,
- Speaker #0
c'est vrai.
- Speaker #1
Bah oui, mais en fait, voilà, c'est que c'était déconnecté et ça a été connecté que quand j'ai commencé la démarche, donc exactement la même chose que dans mon discours, quoi. Ouais. C'est fou, c'est vraiment fou. Ouais,
- Speaker #0
ça reste, je pense que ça restera comme ça.
- Speaker #1
Bah oui, oui, oui. En fait, oui, chez moi, la nourriture, c'est très compliqué. Enfin, c'est pas très compliqué maintenant, mais ça l'était énormément pendant mon enfance. j'ai en fait une... une vraie hypersensibilité gustative et de l'odorat aussi. Et du coup, en fait, j'ai énormément de mal à goûter les aliments, à manger en fait certains aliments. Et donc, évidemment, quand t'es enfant, et en plus il y a 30 ans, il n'y avait aucun accompagnement sur ça de la part de mes parents et des professionnels à l'école, etc. Ça a été très très difficile. Je me souviens que j'ai été mise... toute seule pour finir mon assiette d'eau à tout le monde dans une autre pièce pendant des heures, alors qu'en fait, pour moi, c'était juste pas possible, quoi. Et à ça s'ajoute, en fait, ce qu'on appelle un réflexe nauséeux très avancé. Et ça, c'est présent chez tous les enfants, par exemple, qui les protègent de s'étouffer, en fait. Et c'est le gag réflexe. Et chez moi, il ne s'est jamais reculé normalement. Il se recule, ce qui permet, quand t'es adulte, de ne pas avoir des gags réflexes tout le temps. Et moi, il ne s'est pas reculé. Je peux avoir des gag reflex là très, très facilement. Et ça, c'est très présent chez les personnes TSA ou sûrement d'autres neuroatypies aussi, parce que tout est un peu lié. Et j'avais aussi des gros soucis de déglutition. Mais ça, je ne sais pas. C'est un peu lié peut-être. Mais en tout cas, j'ai vu une orthophoniste petite aussi. Et donc ça, pourquoi j'ai parlé de ça ? Oui, parce qu'en fait, voilà, mon père, il était un peu aveugle à ça, alors qu'en fait, tous les signes étaient là. Et il savait très bien, le réflexe nauséeux, c'est très courant chez les personnes TSA. L'hypersélection alimentaire, pareil, l'hypersensibilité. Et oui, et quand j'étais petite, c'était juste, en fait, t'es chiante, tu manges mal. Il n'y avait aucune connaissance là-dessus aussi à l'époque. Bien sûr, c'est ça. Pas de ressources ni rien. Donc, même moi, je me disais, ah ouais, je suis... hyper chiante, mais je me disais, mais comment je vais faire quand je serai adulte, parce que le poivre, c'est insupportable pour moi, la salade, les oignons, et du coup, en fait...
- Speaker #0
Il y en a partout, en plus dans la cuisine française. Bah oui,
- Speaker #1
il y en a partout, et c'était une angoisse immense quand j'allais manger chez des amis, parce que, voilà, en plus je suis hyper réservée, donc j'osais pas du tout dire, donc en fait, c'était vraiment...
- Speaker #0
Moi, ça te mettait vraiment en difficulté.
- Speaker #1
Ah bah, complètement, ouais, ouais. Et alors encore maintenant, mais en fait, je ne me mets pas trop en situation où ça peut me mettre en difficulté. Et les personnes chez qui je m'autorise à aller manger sont au courant. Donc, il n'y a pas de problème par rapport à ça.
- Speaker #0
Finalement, ils s'adaptent.
- Speaker #1
Oui, c'est ça. Ah oui, et aussi, parce qu'en fait, je pensais à ça parce que je disais que j'avais vu une psychomotricienne. Parce qu'en fait aussi, en plus de ça, il s'est avéré que je ne vois pas la 3D. ça fait très probablement partie d'une... praxis en fait, ça c'était assez handicapant. A l'école déjà c'était très dur pour moi de faire des exercices simples de symétrie, de géométrie dans l'espace, etc. Parce que impossible pour moi de voir la 3D et en fait aussi pour me repérer dans l'espace, c'est impossible. Vraiment je ne... Et je sens que c'est un blocage qui est dans mon cerveau, je n'y arrive pas. C'est vraiment...
- Speaker #0
C'est pas un apprentissage,
- Speaker #1
c'est vraiment quelque chose d'impossible. C'est pas possible. Et ça, je me suis déjà perdue en rentrant chez moi à Lyon. Je n'arrivais pas à retrouver mon chemin. Et j'ai été persuadée d'avoir été tout droit, par exemple, alors qu'en fait, j'avais fait demi-tour à un moment.
- Speaker #0
Je ne compte plus le nombre de vocales où je t'entends dire « Attends, je crois que je suis perdue. Je crois que je me suis trompée de route. Attends, attends, attends, je me concentre. »
- Speaker #1
Alors que je suis toujours dans des endroits que je connais. Ce n'est pas se perdre dans une nouvelle ville, évidemment. Enfin, moi, c'est évident. Je n'essaie même pas de me repérer. Oui. En plus, si le GPS n'est pas... Tu sais, les petites voitures, alors s'il est dans le mauvais sens, mais moi, là, c'est impossible. En fait, il faut que je sois debout sur une carte, quoi. Et que je puisse...
- Speaker #0
Marcher.
- Speaker #1
Oui, voilà. Oui, je comprends. Mais ce n'est pas possible, donc... Et voilà, mais c'est rigolo, parce qu'en fait, il y a eu plein de choses. Là, le réflexe nauséeux, l'orthophonie quand j'étais petite, l'incapacité à se repérer dans l'espace. Des choses qui auraient pu faire un peu tilt, tu vois, à mes parents.
- Speaker #0
Et en même temps, la connaissance, comme tu dis, du sujet, elle était tellement...
- Speaker #1
Et mon père ne devait pas avoir la casquette psychiatre quand il regardait ses enfants, évidemment.
- Speaker #0
Est-ce que tous les psychiatres sont formés à ça ?
- Speaker #1
C'est ce que j'allais te dire, oui. Lui, il a fait ses études il y a 50 ans.
- Speaker #0
Est-ce qu'on parlait autant des neurones ?
- Speaker #1
On parlait de l'autisme de canneur, par exemple. Ça, c'est l'autisme régressif très tôt dans l'enfance. et l'autisme de haut niveau qu'on voit dans les films. Il n'y avait rien entre les deux.
- Speaker #0
Le spectre était vraiment très réduit. Je n'étais même pas en spectre.
- Speaker #1
C'était Rain Man ou l'autisme de canneur. Et mon père rentrait un peu dans ce truc parce que lui, il a un autisme de haut niveau avec vraiment, c'est vrai, des capacités, par exemple, de mémoire, etc., qui peuvent être impressionnantes. Donc peut-être qu'il n'avait pas vraiment... Il n'avait pas vraiment, je pense, les entre-deux qui sont infinis. Et oui,
- Speaker #0
c'est vrai que du coup, c'est beaucoup plus difficile de le voir.
- Speaker #1
Mais du coup, j'ai vu psychologue, psychomotricienne. J'ai fait plusieurs séances, plusieurs tests. J'ai expliqué pourquoi j'étais là. Et en fait, à la fin, elles étaient en contact, les deux. Et du coup, elles ont rassemblé et m'ont dit, OK, après tous les tests, etc., on a mis notre conclusion. Et ce n'est pas de surprise. évidemment dans cette conclusion et elles m'ont dit maintenant il faut amener tout ça et le faire invalider en fait par un psychiatre quoi ce que j'ai jamais fait j'avais mes réponses me comprenait mieux donc tu as été diagnostiquée avec un trouble du spectre autistique ouais c'est ça et du coup tu en as parlé avec ton père alors directement évidemment mais pareil aucune surprise fin En plus, ça devenait un jeu, tu vois. Enfin, pas un jeu, mais vu qu'il a beaucoup d'humour, qu'on a beaucoup d'humour, il m'avait même dit, moi, je devine ton test de QI et tout. Et il s'est avéré qu'il avait le bon chiffre.
- Speaker #0
C'est pas vrai.
- Speaker #1
Et alors, ça ne veut rien dire. Parce qu'en plus, moi, je pense vraiment que ce test de QI mesure une intelligence. Je ne peux pas dire que ça ne veut rien dire. Je ne veux pas dire ça, mais ça parle d'un fonctionnement cognitif, mais qui, en fait, a été créé déjà il y a... longtemps, et pas forcément sur des personnes neuroatypiques en fait, et on voit bien de toute façon dans énormément de neuroatypies c'est des résultats hétérogènes qui en fait sont, bah on peut pas les lire donc en fait, en tout cas on peut pas en faire de conclusions quoi.
- Speaker #0
Oui c'est ça, en fait c'est vraiment un test qui peut permettre de voir, de mesurer un peu le fonctionnement, mais le score en réalité veut pas dire grand chose, surtout chez une personne neuroatypique, parce que au contraire ça peut
- Speaker #1
même nous perdre dans le diagnostic différentiel c'est complètement ça et puis oui en fait c'est une sorte d'intelligence et je pense qu'il y en a c'est infini aussi l'intelligence manuelle, l'intelligence émotionnelle et en fait c'est tout aussi important et on l'oublie je pense dans notre société actuelle c'est l'intelligence logique, de raisonnement c'est ça qui est mis en avant dans notre société Et... alors qu'en fait, c'est fou que ça soit ça. C'est très bien aussi, évidemment. Mais l'intelligence émotionnelle, je pense que tout le monde devrait s'y intéresser un peu plus. Ça ne ferait pas de mal. Et donc voilà, j'en parle bien sûr à mon père, à Antoine et à mes frères et ma mère. Mes frères ne sont pas surpris. Ma mère me dit c'est une mode ça en ce moment.
- Speaker #0
Ah déjà, à l'époque, c'était une mode. Oui,
- Speaker #1
voilà. bon mais ça c'est je parlerai pas forcément de ma relation avec ma mère dans ce podcast et je pense ça a peut-être débloqué aussi quelque chose chez mes frères je sais pas parce qu'ils se posaient probablement la question avant mais en tout cas en mode ah oui mais on est peut-être pas fous en fait il y a peut-être un fonctionnement neuro-atypique dans la famille et ce qui est vraiment le cas je pense que c'est très commun parce qu'il y a quand même un C'est sûr qu'il y a un facteur héréditaire, mais très clairement, il suffit de les rencontrer, mes frères, pour voir qu'il y a un fonctionnement atypique. Et chez chacun, très différent, par contre, c'est ça qui est fou, parce que c'est extrêmement différent. Vraiment, on est très différents tous. Et dans nos choix de vie, et dans nos choix de carrière, etc., il n'y en a pas un qui a fait la même chose. Et ça, c'est rigolo. Antoine qui est fils unique il me dit souvent que c'est fou qu'il a vu plein de fratries autour de lui et qu'on est la fratrie la plus atypique le mot je pense qu'il est bien et du coup qu'est-ce que ça change pour toi ? peu de choses quand même parce que ça faisait longtemps que je savais je pense les masques étaient déjà tombés ça venait confirmer quelque chose et ce qui par contre j'ai arrêté de faire des efforts Oui. parce que j'accompagnais beaucoup Antoine à des soirées par exemple avec ses amis, je me sentais obligée entre guillemets et ça je sais pas pourquoi mais ça m'a permis de dire ok en fait mais je fais plus d'efforts ça te donnait une raison de ne plus te suradapter ça légitimait ça sans dire qu'il faut jamais faire des efforts pour ton partenaire et j'en faisais un petit peu tu vois évidemment je pense que le mot effort
- Speaker #0
te connaissant, je pense que c'est... Oui, tu as arrêté de te suradapter par rapport à... Tu as écouté tes besoins,
- Speaker #1
en fait.
- Speaker #0
Ce que tu faisais peut-être moins avant.
- Speaker #1
Oui, exactement. Et j'avais une super amie à la fac. Je lui ai dit, elle m'a dit, bah oui, pareil, évidemment, je le savais bien. Et ça a vraiment choqué personne dans mon entourage. Donc juste, ouais, j'ai arrêté et je m'écoutais. En fait, je m'écoutais beaucoup plus. C'est pas toujours facile, mais je continue de le faire. Parce que du coup, ça fait 6 ans, 7 ans, c'était avant qu'on parte en voyage.
- Speaker #0
Du coup, tu es devenue maman.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Il y a 3 ans maintenant. Est-ce que tu penses déjà que ton fonctionnement influence ta parentalité ? A des impacts, en tout cas, dans ta parentalité ?
- Speaker #1
Oui, c'est évident, parce que ça a des impacts sur tout. Donc, pourquoi pas la parentalité ?
- Speaker #0
Qu'est-ce qui s'est passé pour toi ?
- Speaker #1
Déjà, moi... C'est ça aussi que je n'ai pas dit, mais je faisais une fixette complète sur les enfants depuis que je peux me souvenir. D'accord. Donc, c'est-à-dire que je dessinais des femmes enceintes avec les bébés, le cordon ombilical. Enfin, j'avais des... Non, mais vraiment, c'était il y a quatre ans, quoi. Ah ouais ? Et j'avais... Je lisais que des livres sur ça. Donc, vraiment, je connaissais les termes, spermatozoïdes, enfin, vraiment, tout, tout, tout. Les repas de famille, je parlais de spermatozoïdes, de testicules, etc. Donc c'était super. Atypique. Oui, voilà. Et du coup, dans ma tête, c'était évidemment que je serais mère, je veux six enfants, toute mon enfance, mon adolescence. Avec Antoine, on ne se posait pas la question. Et très vite, en fait, on a abordé la chose parce qu'en fait, moi, je me disais, s'il ne veut pas d'enfants, même si je n'en voulais pas du tout tout de suite, mais s'il ne veut vraiment pas d'enfants... Ce que je respecte complètement, il n'y a aucun souci. Mais en fait, je ne peux pas vraiment m'investir dans cette relation parce que je sais qu'à terme, moi, j'en voudrais. Et je ne peux pas espérer qu'il change d'avis. Il se trouve que ce n'était pas le cas, que très vite, il m'a dit que lui aussi voulait être parent. On a décidé de faire un enfant quand on était en Australie. Ce n'était pas du tout une situation qu'on qualifierait de propice à faire un enfant dans la norme, entre guillemets, parce qu'on était déjà très jeunes. À l'époque, je pensais qu'on était vieux, mais on était extrêmement jeunes. Et on vivait dans une voiture aménagée en Australie, à l'autre bout du monde. Alors, on s'est dit, on est tellement amoureux, tellement heureux. En fait, on a besoin de ça pour faire un enfant. Et lui, on s'est vraiment dit que lui, comme moi, on n'était pas nés d'une union d'amour. On voyait bien que ce n'est pas parce que tu as une situation géniale que c'est le bon moment pour faire un enfant. Donc, nous, on a pris le problème. Très mature de penser ces choses-là. Oui, je ne sais pas si c'est... Je ne sais pas si c'est mature parce que tu vois maintenant que je me dis, je ne regrette absolument pas bien sûr notre enfant parce que c'est la plus belle chose qui nous est arrivée. Mais on aurait pu attendre aussi, et pas forcément d'avoir une situation hyper stable. Mais en tout cas, le fait, moi je m'étais dit qu'on était vieux en fait. J'avais vraiment ce truc de, alors qu'en fait on a eu Ezra, on avait 26 ans. Donc on n'était clairement pas vieux. Je tombe enceinte, la grossesse se passe parfaitement bien. Avec toujours l'idée, alors j'ai arrêté de vouloir six enfants quand même, mais toujours l'idée, on aura peut-être des enfants rapprochés, plusieurs enfants, trois c'est bien.
- Speaker #0
Vraiment cette idée de fratrie.
- Speaker #1
Oui, voilà, cette idée de fratrie et la grossesse se passe extrêmement bien. Aucun mot de grossesse, mais vraiment aucun, il n'y a rien eu du tout. On était donc en Australie pour la grossesse, on était en Thaïlande et on est rentré en France quand j'étais à six mois de grossesse. Donc déjà, ça, maintenant, je me dis, mais en fait, à six mois de grossesse, j'étais en Thaïlande en scooter, quoi. Je me dis, mais n'importe quoi. Bref, on finit la grossesse en France. Ezra arrive. Et en accouchant, j'ai dit à Antoine, regarde-moi bien, c'est la dernière fois que je fais ça. Parce que, en fait, ça avait été, comme tout le monde, comme toute personne qui accouche, c'est un événement quand même énorme. Pour ma part, en tout cas, ça a été quand même douloureux.
- Speaker #0
Et en fait, je me suis un peu rendue compte de l'étendue de ce qui se passe. En fait, je donne naissance à un être humain que je vais devoir accompagner toute sa vie. Et ça, en fait, c'est quand même particulier. Pendant très longtemps après l'accouchement, je me voyais pas l'avoir vécu. Je voyais comme si c'était quelqu'un d'autre qui l'avait vécu. Moi, je voyais les choses d'au-dessus. Et en fait ça c'est souvent quand t'as été un peu traumatisée. Moi je pense qu'on peut dire que j'ai été un peu traumatisée. Pas non plus de stress post-traumatique mais en fait parce que ça a été un choc émotionnel et physique.
- Speaker #1
Oui intense.
- Speaker #0
Très très intense. J'ai essayé, enfin j'ai fait beaucoup de travail sans péridural etc. Mais donc voilà donc Ezra arrive. Et en fait ce qui s'est passé c'est que moi qui avais toujours voulu être mère je pensais que ça allait être naturel chez moi. vraiment que ça allait être inné. Et Antoine, à l'inverse, pensait l'inverse. Et ce qui s'est passé, c'est l'inverse. Antoine, ça a été inné pour lui, mais il s'est connecté à Ezra de manière instantanée, directe. Et je me souviens, il lui changeait sa première couche, mais en lui parlant, en étant dans un lien direct. On voit maintenant Antoine et Ezra. Antoine, il a vraiment un lien incroyable avec Ezra. Et moi, ça n'a pas été le cas, en fait. Je n'ai pas ressenti l'amour infini pour Ezra. Alors, j'ai ressenti de l'amour. Mais heureusement, j'avais lu que c'était OK, en fait, de ne pas avoir cette vague d'amour dès que tu vois ton bébé dans tes bras. Et moi, j'étais en fait en mode, oui, tu es mon bébé, je prendrai soin de toi, évidemment. Mais on ne se connaît pas, quoi. Oui. et euh et Et en fait, ça, c'est vraiment mon fonctionnement aussi avec tout le monde. Si je ne te connais pas, je disais je t'aime, mais en même temps, c'était très difficile pour moi de définir cet amour. Ce n'était pas non plus un étranger. J'ai très vite, je dormais avec lui. Il était tout le temps contre nous. Mais c'est vrai que ça a été difficile parce que je pense que ça a été un choc. C'était peut-être mon dernier masking, en fait. Je pense que c'était l'ultime. ultime masking de ma vie où je pensais que ça allait être facile, que je pourrais rentrer en lien très facilement et en même temps je me dis je peux rentrer en lien facilement avec personne alors pourquoi ça serait différent ? Et du coup je pense vraiment c'était l'ultime masking, celui dont j'avais vraiment pas connaissance.
- Speaker #1
Je trouve ça assez logique pour avoir lu beaucoup de choses sur le sujet et toi aussi mais c'est parce qu'en fait on nous a tellement dit l'inverse, on nous a tellement parlé de cet amour qu'on ressent tout de suite etc. Toi, tu savais que ça pouvait ne pas arriver, tout de suite en tout cas, même si l'amour est là, comme tu dis, c'est une personne que tu ne connais pas. Et pourquoi ce serait différent ? Oui, ok, c'est la chair de notre chair, mais en même temps, ça reste un être humain parentier aussi.
- Speaker #0
Notre idée de la parentalité, c'était vraiment ce qu'on dit de la parentalité bienveillante, etc. Du coup, on avait beaucoup lu sur le sujet. Et Antoine comme moi, on est extrêmement, je ne vais pas dire bornés, mais en tout cas, on veut... faire les choses, je pense à l'extrême. Je pense que beaucoup de personnes de notre entourage n'ont pas compris et ne comprennent toujours pas nos choix d'éducation pour Ezra et pensent qu'on est extrême parce que c'est vrai qu'on a du mal à lâcher prise sur certaines choses. Bref, je m'égare un peu.
- Speaker #1
Non, mais je pense que ça fait aussi partie du fonctionnement. Il y a les valeurs déjà qui entrent en jeu, il y a ce que vous avez lu, ce qui vous a parlé et en fait, si ça vous a parlé, vous voulez le faire à fond. Comme tout ce que vous avez probablement fait dans votre vie, vous le faites à fond.
- Speaker #0
Nous, on a eu quand même la chance. Ezra, les trois premiers mois de sa vie, il a dormi, mais vraiment, il pleurait jamais. La première fois qu'on l'a entendu pleurer, c'était pour les vaccins, dans ces deux mois. Aucun pleur de décharge. Nous, on était là, mais c'est facile. Vraiment, moi, j'étais moins fatiguée que pendant la grossesse. Ezra, il pleurait même pas quand il voulait téter la nuit, il gazouillait. Pour ça, je pense que ça nous a bien aidé pour la suite, parce que du jour au lendemain, à partir de trois mois, Ezra a arrêté de dormir. De bien dormir, en tout cas. Et là, a commencé les difficultés liées au manque de sommeil. Je dis ça parce que je pense que ça a accentué les difficultés liées à la neuroatypie. Toute personne, je pense, est extrêmement affectée par le manque de sommeil. C'est de la torture. Ezra, il se réveillait 10-15 fois par nuit, toutes les nuits, jusqu'à ses 3 ans presque. Donc, évidemment, c'était de la torture. On a abandonné l'idée d'avoir des enfants rapprochés pour ça mais pour... plein d'autres raisons aussi. Enfin, clairement, c'était terrible. À côté de ça, les journées se passaient bien. Ça n'a pas été un enfant entre gros guillemets compliqué dans le sens où il n'y a pas eu de RGO, il n'y a pas eu de troubles de l'oralité. Il a mangé extrêmement bien. Alors, ce qui était compliqué, c'était qu'il bougeait tout le temps. Et je me souviens d'avoir parlé dans notre groupe de maman. C'était à Noël, donc il devait avoir 6-7 mois. Quelqu'un qui avait dit, moi je me suis posée toute l'après-midi à faire les papiers cadeaux avec mon bébé à côté. Et en fait, moi j'avais dit ça à Antoine et j'avais dit, mais comment c'est possible ? Nous, Ezra, il ne pouvait pas se poser et il bougeait tout le temps. Et en plus, il sautait, il n'a jamais rampé, il sautait en fait. il est passé de ne pas bouger à sauter et ensuite le 4 pattes il a vraiment pas rampé, c'était ok on bougeait avec lui mais c'est vrai que du coup on avait peu de temps pour faire d'autres choses pour se reposer surtout qu'en plus il ne faisait et ne fait toujours pas d'ailleurs, spoiler alert de sieste sans nous donc il fait que des siestes contact et donc ça voulait dire en écharpe quand il était plus petit jusqu'à... c'est un an et demi il pouvait même pas se reposer pendant le temps de la sieste donc ça c'était compliqué
- Speaker #1
Du coup, ça pouvait vraiment impacter la vie du quotidien.
- Speaker #0
Oui, et puis en plus, je pense que déjà quand tu es parent, tu te rends bien compte que ça ravive certaines choses. Surtout quand ton enfant fait quelque chose, je ne sais pas, qui déborde par exemple un peu d'énergie. Même sans neuroatypie, ça ravive facilement quelque chose qui toi te fait déborder en fait. Mais je pense que c'est décuplé avec la neuroatypie,
- Speaker #1
peut-être. Oui, je suis assez d'accord là-dessus.
- Speaker #0
Et c'est vrai que j'ai remarqué ça. J'ai remarqué aussi que j'avais vachement de mal à jouer avec lui. Mais pourtant, je me souviens beaucoup jouer quand j'étais petite. Mais en fait, j'ai lu il n'y a pas longtemps que dans beaucoup de Neuratypies, le jeu s'arrête quand il faut faire vivre les personnages. Dans le sens où moi, je me souviens que je faisais des appartements dans des étagères avec mes Playmobil. Mais en fait, c'est vrai que je m'arrêtais là. Typiquement les Sims. Moi, je m'arrêtais après avoir fait toutes les maisons, les chambres, ça j'adorais. Mais en fait, dès qu'il fallait vraiment jouer, ça me lassait au bout de cinq minutes. Mais par contre, construire les maisons, je pourrais le faire encore maintenant. C'est tellement... C'est génial. Et du coup, j'ai remarqué ça un peu avec Ezra. Et je pense vraiment aussi que c'est lié avec la fatigue. Je suis très, très fatiguée. Encore maintenant quand même, même s'il dort un peu mieux depuis quelques mois. Et puis aussi parce que notre situation actuelle fait qu'on a plein de stress, plein d'incertitudes et ça n'aide pas, évidemment. Mais attends, tu me demandais comment la neuroatypie jouait sur notre parentalité. Je vois que je suis très vite surstimulée, très vite le moindre truc peut me faire complètement vriller. Pas vriller, exploser de colère, mais vriller. en fait euh Je prends sur moi et du coup, ça contribue encore plus à la fatigue. Mais c'est vrai que les bruits, je ne les supporte pas. Si Ezra fait un bruit de cuillère ou des bruits très particuliers, je ne les supporte pas. Et vite, j'ai du mal à ne pas partir au quart de tour avec ce bruit-là. ou même des matières. Ezra, il adore jouer dans le... dans les petits graviers qui font du sable poussiéreux. Et moi, je ne supporte pas toucher ce sable, l'avoir autour de moi, sauf que c'est très compliqué. Ezra est adorable, il me donne toujours des bâtons, tu vois, pour que je puisse toucher le sable. Donc, c'est trop mignon. Mais en fait, même ça, c'est dur pour moi parce que même il a une odeur, ce sable. Quand je ne suis pas fatiguée, j'arrive à prendre le bâton qui me tend, m'asseoir par terre et jouer avec lui. Mais quand je suis fatiguée, je vois que ce n'est pas possible. En tout cas, ça me coûte. ça me coûte trop et que après je sens que je suis hyper tendue en fait et que le moindre truc autre truc peut me faire déborder mais je pense que la neuroatypie en fait elle impacte toute notre manière de parentalité quoi toute notre manière d'être parent en fait oui clairement parce que parce qu'en fait en plus la fatigue annule toutes nos stratégies d'un peu de d'adaptation ... Et du coup, en fait, c'est brut, quoi. C'est vraiment... Rien n'est élaboré parce qu'on a la fatigue et parce qu'en fait, on est un peu en mode survie. On était en France la première année, un peu moins... Enfin, on est partis quand il avait 9 mois, je crois, Ezra. Mais on n'a eu aucun soutien, voire du soutien inverse. Donc, pas du soutien, quoi. Et en fait, ça a été super dur. Enfin, c'était vraiment une remise en question permanente de nos choix par rapport à Ezra. Et on était jeunes parents. On devait expliquer et en fait, on devait se battre, entre guillemets. Et ça, c'était aussi compliqué parce que ça nous a épuisés.
- Speaker #1
Bien sûr.
- Speaker #0
Et de ne pas se sentir soutenue par les personnes qui sont quand même un peu censées te soutenir. Je ne pensais pas que ça se passerait comme ça. Bon, heureusement, il y avait mon père, par exemple, qui a été super et qui, lui, il apprend avec nous. On lui a vraiment expliqué notre façon de voir les choses. Lui n'a évidemment pas fait ça. Il n'a pas fait du tout la parentalité bienveillante. Mais en fait, quand on lui explique, il s'y intéresse. et il nous dit, de toute façon, vous avez raison. C'est vous qui savez. Et en plus, il nous confortait. Il nous disait, quand on voit Ezra, évidemment que vous faites les choses correctement, vous êtes magnifiques tous les trois. Il y avait vraiment ce soutien-là et qui a été hyper important. C'est chouette. Ça a contrebalancé, mais comme toujours, en tout cas pour moi, on a tellement une relation de soutien qui contrebalance toutes les relations qui peuvent être délétères. Et ça, c'est une chance, c'est vrai. que tout le monde n'a pas. Mais voilà, donc ouais, ça a impacté tout, et en plus parce qu'on voyait bien que, ben, toutes les familles étaient pas comme ça, quoi. Oui. Le sommeil était, donc, extrêmement compliqué, et en fait, donc, à part toi, Sam et votre enfant, et ben, personne ne comprenait ce qu'on vivait, et sauf qu'en fait, ils pensaient le comprendre, et je leur en veux pas du tout, tu vois. Bien sûr. Mais je pouvais leur dire, oh là là, c'était horrible la nuit, et la personne me répondait, je crois Je comprends, moi aussi, mon enfant s'est réveillé deux fois. Et de toute façon, c'est une question de curseur. C'était probablement extrêmement difficile pour cette personne aussi. Mais en fait, si j'étais là, oui, c'est vrai, mais je n'ai pas l'impression quand même que ce soit sur le même niveau parce que nous, clairement, Ezra, il nous a fait tout. Du somnambulisme, terreur nocturne à chaque fois. Enfin, à chaque fois qu'il manquait de cinq minutes de sommeil, c'était terreur nocturne. Sauf qu'en plus, ce n'était pas des terreurs nocturnes de 20 minutes, c'était des terreurs nocturnes d'une heure. Où nous, on se sentait comme tous parents avec une terreur nocturne. En plus, il n'y a rien à faire. Mais on a eu le mois de ses un an, où il apprenait à marcher. C'était le pire mois de notre vie, je pense. Parce que c'était même un mois et demi où, toutes les nuits, Ezra se réveillait toutes les 20 minutes. Il pleurait une heure, il se rendormait. 20 minutes après, il repleurait une heure. 20 minutes après. C'est l'enfer. Et donc, on travaillait tous les deux, Antoine et moi. On ne l'a jamais fait garder, mais moi, je travaillais le matin, Antoine travaillait le soir. Et c'était horrible. Vraiment, c'était dur et on a évidemment perdu patience. Enfin, vraiment, il faut le dire aussi quand même pour rassurer tout le monde. C'est OK. C'est normal, en fait, de perdre patience. C'est humain. Et puis surtout que c'est... Enfin, vraiment, c'est de la torture. La fatigue, les pleurs incessantes d'un bébé qui pleure très fort, qui tape, etc. En fait, oui. Alors, oui, on perd. pas patience évidemment en lui hurlant dessus mais en fait on hurle et ça nous est arrivé d'hurler dans les coussins d'avoir besoin de vous en fait c'était de la survie on parlait de la parentalité mais du coup le couple ça passe c'est même pas au second plan on se disputait énormément et Zara était pas gardée donc quand même c'était une charge forte moi je travaillais le matin et après on se relayait en fait Antoine me donnait Ezra et il allait travailler pour le soir et du coup on avait aucun moment à deux évidemment Ezra pendant extrêmement longtemps il ne pouvait pas dormir même le soir sans que je sois à ses côtés donc je pouvais pas me relever donc j'étais au lit à 19h si je m'enlevais d'à côté il se réveillait dans les 20 minutes qui suivaient voire les 5 minutes et du coup ça c'était très dur effectivement Parce qu'en plus, quand t'as pas d'enfant et que t'es neuro-atypique, et même probablement neuro-typique évidemment, mais t'as besoin de moments off.
- Speaker #1
Oui,
- Speaker #0
vraiment. Et je pense quand même plus quand on est neuro-atypique, il faut être honnête. Et en fait, c'est pas possible quand t'es parent. Et ça, en fait, ça accumule du coup des choses. C'est très compliqué. J'en venais à rêver. Enfin, je regardais une série, je voyais quelqu'un qui était dans le bus toute seule. Je me disais, waouh ! Mais j'aimerais trop, quoi. Alors que j'ai pas du tout envie de prendre le bus. D'être dans un bus, quoi. Mais en fait, le simple fait d'être seule, ça devient beaucoup plus facile maintenant, évidemment, qu'il grandit. Mais ça reste un enfant, je trouve, à fort besoin de contact. Il joue pas tout seul. Il dort pas tout seul. On était pas préparés parce que je me souviens même plus qu'on pensait avant qu'il naisse, par rapport au sommeil, par exemple. on voulait faire du cododo ça c'était sûr mais je me souviens vraiment plus ce qu'on pensait ce que vous imaginez en tout cas je sais plus parce que sûrement pas ça très clairement c'est clair mais oui parce qu'il faut quand même dire que c'est pas classique
- Speaker #1
C'est pas classique et c'est d'ailleurs pour ça qu'autour de nous, on n'a pas eu beaucoup d'exemples, en tout cas de cette intensité-là.
- Speaker #0
Oui, voilà.
- Speaker #1
Parce que c'est assez connu que les enfants font leur nuit, mais pas les nôtres. Mais c'est vrai que là, c'était vraiment autre chose.
- Speaker #0
Bah ouais. C'est vrai, mais en même temps, de toute façon, ce truc de curseur et d'intensité... C'est pour tout et c'est même pour tous les traits de la neuroatypie. Et c'est pour ça que c'est très compliqué. Je switch un peu de sujet, mais je trouve que c'est hyper compliqué de nos jours à faire comprendre aux autres personnes la neuroatypie et les besoins que ça engendre parce qu'ils vont te répondre « Ah non, mais c'est bon, moi aussi, j'ai besoin de temps, etc. » Mais je trouve que c'est justement Julie Dachez qui disait ça. Et je trouve que c'est hyper parlant. C'est comme dire à quelqu'un qui est asthmatique « Mais moi aussi, c'est bon, je suis essoufflée quand je cours un peu, quoi. » Oui. Oui, c'est vrai. Mais toi, ça ne te met pas en difficulté. Ça ne met pas en difficulté ta santé. C'est ça. Et c'est pour tout pareil. Exactement. Sauf que ça, c'est vraiment... Je trouve que c'est presque le plus dur. En fait,
- Speaker #1
je trouve que c'est le coût, les ressources que ça nous demande, qui sont peut-être multipliées. On parlait de surstimulation. Je te disais, la fatigue, ça fait partie des plus gros soucis, parce que ça va décupler plein de choses. Mais la surstimulation, en fait, elle est quotidienne. Et ça nous demande, en fait, ça nous prend énormément de ressources. Et à un tel point que pour pouvoir avoir, je trouve en tout cas, pour ma part, une vie normale à côté, entre guillemets, à savoir travailler, sociabiliser, etc. Mais en fait, on n'a pas le choix de choisir. là où on va être parce qu'on ne peut pas tout faire. Là où finalement, on va dire des parents plutôt neurotypiques vont pouvoir être fatigués, vont pouvoir rencontrer des difficultés comme tous parents, mais l'impact dans leur vie va peut-être être pas aussi fort ou handicapant.
- Speaker #0
Non mais c'est sûr, parce que c'est la théorie un peu... C'est un peu bateau, mais en même temps c'est tout à fait vrai, des cuillères.
- Speaker #1
Moi je trouve qu'elle est très vraie.
- Speaker #0
C'est très parlant, c'est très vrai.
- Speaker #1
C'est une théorie d'ailleurs qui parle pas du tout aux neurotypiques. Où ils disent franchement bullshit ce truc. Franchement c'est impossible de vivre comme ça. Ben ouais justement c'est difficile de vivre comme ça.
- Speaker #0
Ça accentue en tout cas pour moi, même si je suis ok vraiment avec comment je suis etc, un syndrome de l'imposteur mais même avec la neuroatypie. Je sais pas si tu vois ce que je veux dire en mode... Peut-être que j'exagère, tu vois. Par exemple, des personnes qui vont me dire « Mais c'est bon, on est tous comme ça, en fait. » Et je me dis « Ah ouais, peut-être que j'exagère. » C'est vrai qu'en fait, peut-être que voilà. Mais en fait, je sais bien que non. Mais parfois, et de toute façon, on le voit bien avec... Enfin, moi, j'ai une hypersensibilité. Les gens ne se rendent pas compte. Et en même temps, c'est que moi, en fait, je partage cette neuroatypique avec les personnes qui, je pense, vont comprendre et ils vont pas me... coûter plus que...
- Speaker #1
Ou tu n'auras pas besoin de te justifier pendant 15 ans, ou ils ne vont pas te dire oui, c'est tout le monde pareil.
- Speaker #0
Oui, tu vois, j'ai plein de copines à qui je l'ai dit, mais qui ne vont pas en fait tout à fait comprendre le fond du fond. Elles savent que je suis très compliquée au niveau alimentaire, mais c'est vraiment...
- Speaker #1
Je pense que parfois, c'est dur pour les personnes de faire les liens.
- Speaker #0
Ah bah oui !
- Speaker #1
Pour ma part, je trouve que les personnes qui comprennent le mieux, c'est les personnes qui, en fait, ont des neurotypies. Sans surprise. Mais parce qu'on s'est tellement renseignées sur le sujet qu'on fait les liens. Même si on n'a parfois pas, tu vois, par exemple, les problématiques alimentaires que t'as, moi, je ne les ai pas du tout. Mais par contre, je peux les comprendre. Parce que j'ai tellement lu sur le sujet. Parce que quand tu me le racontes, pour moi, c'est réel.
- Speaker #0
Et moi, c'est très dur quand j'essaie d'expliquer ça. Donc, j'essaie de me livrer. et qu'en face il y a plein de fois la réponse de bah oui moi c'est pareil il y a plein de choses que j'aime pas et parce que t'as pas l'écoute en fait et en fait je suis là mais non je suis désolée alors j'entends ce que tu dis que t'es difficile mais en fait j'ai rencontré tellement de personnes dans ma vie je crois que j'ai jamais rencontré quelqu'un d'aussi difficile que moi et moi non plus je
- Speaker #1
crois vraiment et c'est pas du tout je suis pas fière Anthony mais c'est pas du tout une certitude et en plus je pense que je pense que tu vois même en disant alors je me permets même en disant je suis difficile. Ben non,
- Speaker #0
t'es pas difficile, en fait.
- Speaker #1
Ça a des particularités. Et je pense que t'as tellement été perçue comme difficile que du coup, t'emploies ce mot et c'est OK, évidemment. Mais non, en fait, oui, j'ai jamais rencontré une personne qui avait ces particularités-là parce que c'est pas commun du tout, quoi.
- Speaker #0
Et tu vois même Antoine qui sait, qui partage ma vie, lui adore manger et pas du tout compliqué. En plus, pour la petite anecdote, c'est hyper rigolo. Moi, à l'époque... Enfin, c'est toujours le cas, mais un des seuls légumes que j'aime manger comme ça, c'est le brocoli. Et c'est le seul légume que lui n'aime pas. Et du coup, vu que pour se faire des repas en commun, du coup, ça a toujours été, il faut faire deux plats. Lui, ça le saoule, entre guillemets. Et je comprends parce que c'est super chiant.
- Speaker #1
Parce que c'est plutôt lui qui cuisine, du coup ?
- Speaker #0
Parce que oui, c'est plutôt lui qui cuisine, évidemment. Et puis parce que du coup... Du coup, c'est plus long, ça salit plus de choses.
- Speaker #1
Et puis, on n'est pas habitué à ça.
- Speaker #0
Oui, c'est peu con.
- Speaker #1
Parce que finalement, je me souviens très bien de ma mère qui me disait « Non, mais en fait, moi, ici, ce n'est pas le resto. Tout le monde mange pareil. » Et vraiment, je pense que c'est ancré que on mange ensemble, tout le monde mange la même chose. Mais parfois, en fait, c'est tout simplement pas possible.
- Speaker #0
Et tu vois, des fois, Antoine va poivrer son assiette. il y a un grain de poivre qui vient dans mon assiette.
- Speaker #1
Oui, et toi, tu vas le sentir. Il le sait,
- Speaker #0
il ne me dit rien en espérant que je ne sente pas. Je goûte et je vais dire, attends, mais tu as mis du poivre. Et il va me dire, il y a un grain et il ne se rend pas compte. Et c'est vraiment...
- Speaker #1
Oui, mais parce que ça paraît dingue,
- Speaker #0
un grain de poivre. Non, mais oui, ça paraît dingue, vraiment. C'est vrai que ça paraît dingue. C'est vraiment la princesse au petit pois, quoi. Oui. C'est... Et pour tout. Et en plus, pour des trucs qui sont souvent quand même dans les plats, des oignons, de l'ail, des choses comme ça. Et moi, c'est les textures aussi. Si je mixe les choses... Alors, le poivre, toujours pas. Mais par exemple, l'échalote, j'adore l'odeur. Donc, je sais que je peux aimer le goût. Mais par contre, si jamais, au grand malheur, il y a un bout dans une sauce, mais vraiment, j'ai le cœur et je ne peux plus manger la sauce. Parce qu'aussi, avant de tomber enceinte, je me suis dit, OK, en fait... Moi, je veux apporter le meilleur à mon enfant. Enfin, de mon point de vue, sans dire que ce n'est pas apporter le meilleur, de ne pas faire ça. Mais du coup, pour moi, c'était il fallait manger extrêmement équilibré. Donc, j'ai préparé mon corps, entre guillemets, plusieurs mois avant de tomber enceinte pour manger énormément de légumes. Tout ça sans aimer les légumes. Donc, j'ai trouvé des astuces. Et en étant végétarien, je précise aussi,
- Speaker #1
parce que c'est compliqué.
- Speaker #0
On mange très souvent la même chose. Je mange très souvent la même chose. Exemple tout bête, les épinards. Je n'aime pas du tout la texture, mais mixé dans une sauce, j'adore. J'ai des goûts hyper particuliers aussi. Je mets du citron sur absolument tout. Alors que tu vois, c'est un goût fort, le citron. Mais vraiment sur tout et depuis toujours. Et beaucoup. Ça étonne. Ce n'est pas juste... Tu ne mets pas un filet. Non, je pense que ça peut... peut-être un demi-verre de citron sur mes sauces. Plein de gens ont des difficultés sur plein de choses, évidemment. C'est aussi les traits de personnalité, le fonctionnement humain, le fonctionnement social, etc. Et en plus, ce qui est extrêmement compliqué aussi, c'est que le curseur varie d'une personne atypique à l'autre. Et parce que, moi, c'est ça que je trouve vertigineux, mais à la fois passionnant, c'est qu'en fait... On ne sait pas vraiment non plus d'où ça vient. On sait bien sûr qu'il y a un aspect héréditaire. Mais en fait, ce n'est pas qu'une seule chose. Je pense qu'il y a des milliers de raisons. Et moi, j'ai du mal à palper ça en fait parce que ce n'est pas palpable. Mais j'ai du mal avec les choses qui ne sont pas palpables. Et je trouve ça, ce que je viens de dire, à la fois passionnant parce que c'est un univers entier de... tellement de choses à découvrir, à apprendre et sans fin, donc c'est un apprentissage sans fin, à la fois c'est vertigineux parce que la génétique, ça on le sait, qu'il y a des gènes qui sont présents et qui font des prédispositions, donc je pense qu'il y a de ça et qui du coup sont activés entre guillemets à la suite de certaines choses qui sont encore une fois plurifactorielles, multifactorielles et du coup... C'est comme, tu vois, pour l'addiction, je pense qu'il y a des personnes, je pense que ça a été vu dans des études, qui sont prédisposées à être addictes. D'autres ne le sont vraiment pas. Et du coup, je pense qu'à événements de vie similaires, un développera une addiction, tandis que l'autre, non. c'est vrai que c'est un peu différent avec les neuroatypies parce que c'est un fonctionnement tu n'es avec quand même probablement mais je pense quand même qu'il est peut-être accentuée peut-être par certaines choses ou pas, je sais pas en fait et je pense que c'est compliqué de savoir et je pense que c'est aussi ça qui peut parfois faire douter,
- Speaker #1
parce que je crois que c'était ça le début de notre de cette discussion là c'était, bah quand on va nous dire bah moi aussi je vis ça on va pouvoir dire, bah ouais peut-être qu'en fait j'en fais des caisses mais tout le monde vit pareil et en vrai, même si c'était vrai on a le droit de le vivre de façon plus intense. Parce que de toute façon, on est plus intense. C'est comme ça.
- Speaker #0
Et en plus, c'est vrai que l'essor que ça prend dans les réseaux sociaux, par exemple, c'est super aussi parce qu'on en parle plus. Mais il y a aussi un peu de neuro... Je ne sais pas si on peut dire ça, mais de neuroatypie de comptoir, comme on peut dire, de la psychologie de comptoir. On va lire un post un peu bateau sur l'hypersensibilité. Tout le monde va le repartager en story, en mode, moi, évidemment que je suis hypersensible. Et en fait, c'est pas ça. C'est comme penser qu'être TDAH, c'est juste... Oublier des choses. Oublier des choses, bouger tout le temps. En fait, c'est pas ça, tu vois. Il y a de ça, c'est vrai.
- Speaker #1
Mais c'est tellement plus complexe.
- Speaker #0
Oui, voilà, c'est beaucoup plus complexe. Et l'hypersensibilité, ben non, c'est pas pleurer tout le temps, en fait. Alors, il y a de ça dans l'hypersensibilité. Mais il y a plein d'autres choses. Et il n'y a pas que ça. je pense vraiment qu'il y a des personnes hypersensibles qui ne pleurent pas. En tout cas, qu'il pleure pour des choses... Antoine, je me permets de dire ça sur lui. J'ai longtemps pensé qu'il n'était pas du tout sensible parce que je le mettais en opposition à ma sensibilité. Mais en fait, très honnêtement, je pense qu'il a une hypersensibilité aussi, mais qu'il s'exprime de manière tout à fait différente. Et oui, il ne va pas pleurer, par exemple, pour des choses où moi, j'estimerais que je pleure. Ezra, par exemple, peut faire un truc. qu'il pleure quasiment quotidiennement après des actions désirables parce qu'il est pris par cette émotion. Je ne pense pas que ce soit tous les parents qui fassent ça.
- Speaker #1
En fait, il va être sensible mais sur des choses différentes de toi. Ça montre bien le spectre.
- Speaker #0
Je pense que l'hyper-empathie, on n'en a pas parlé, c'est lié avec l'hypersensibilité. Mais moi, c'est quelque chose qui me met en difficulté. L'hyper-empathie, c'est très compliqué. C'est très dur à décrire et à définir parce que déjà, on en entend très peu parler de l'hyper-empathie. L'hypersensibilité, on en entend parler. Mais l'hyper-empathie, je trouve que... Tu vois, moi, par exemple, je sais pas, j'entends une blague. Je supporte pas ça, les canulars téléphoniques, par exemple, à la radio. Et moi, je supporte pas parce que je ressens la gêne de la personne qui subit. peut-être qu'elle ne le subit pas il y en a qui n'ont pas du tout ce problème et du coup en fait tu te sens mal et c'est plus que de l'empathie parce que l'empathie c'est comprendre mais moi c'est de la sympathie presque parce que je ressens aussi et c'est ça qui est différent et c'est vrai que ça c'est super dur dans la parentalité par exemple avec Ezra l'hyperempathie c'est très dur parce qu'en plus il faut réussir à faire Euh... stop et pas lui faire vivre nos propres émotions en miroir aux siennes c'est vraiment tout ça avec de l'adultomorphisme aussi parce que forcément c'est en lien mais l'hyperempathie au quotidien c'est vraiment compliqué parce que c'est toujours quoi Et les humains, les animaux, moi, je peux me mettre à pleurer dans un zoo, parce que je me dis, en fait, c'est terrible, c'est pas ce qu'il veut. C'est pas ce qu'il a choisi. Et je pense que des gens peuvent trouver ça ridicule. Oui. Et je peux le comprendre. Enfin, je peux le comprendre. Une personne qui se met à pleurer dans un zoo... Moi, si j'écrase un escargot, je fous en larmes. Enfin, vraiment, c'est... Et quand je le dis, je me dis, mais en fait, tout le monde va se moquer de moi, parce que c'est ridicule, mais... En fait, moi, je vois le truc d'un escargot, ça vit 30 à 40 ans. Et en fait, j'ai pas du tout ça quand je tue des moustiques. C'est vraiment le truc de, en fait, ça vit 30 à 40 ans, un escargot.
- Speaker #1
Ça illustre bien, du coup, je trouve ton propos de à quel point ça peut être impactant dans le quotidien pour des toutes petites choses. Alors, c'est pas des toutes petites choses, mais pour ce que le commun des mortels appellerait des toutes petites choses, en fait, ça impacte tout.
- Speaker #0
Bah ouais, ouais. parle, mais je trouve que c'est dur de vraiment décrire la surstimulation et ce que ça fait au niveau corporel, psychique. J'ai l'impression qu'en fait, avant d'être parent, je suis pas sûre que j'arrivais à détecter ça. Je pense que ça m'est arrivé plein de fois, d'être surstimulée et de faire ce qu'on appelle un shutdown, complètement arrêter de fonctionner. Ça m'est arrivé plein de fois, je pense. Même si du coup, en fait, j'évitais les situations qui... pouvait le faire. Donc c'est-à-dire que j'allais jamais dans des centres commerciaux, très rarement au restaurant, enfin des choses comme ça. Et qu'en fait, là, l'évitement n'est plus possible parce qu'au quotidien, il y a Ezra qui est en plus quand même, il faut le dire, un enfant intense. Et c'est vrai que depuis toujours, il est intense des deux côtés. C'est un bébé bonheur, vraiment. Il est quand même, il faut le dire aussi... Majoritairement de bonne humeur et très très positif, très enthousiaste. Et ça c'est quand même facile, c'est plus facile que... que certains enfants qui peuvent l'être un peu moins. Mais quand il va être contrarié, il va être intense dans l'autre sens. Et c'est vrai que même petit, il pleurait rarement. Mais quand il pleurait, on pouvait penser qu'on lui arrachait un bras. Vraiment, c'était assez notable pour que d'autres personnes nous le disent. De dire, mais waouh ! Je me souviens, mon père est venu nous voir en Australie. Ezra a fait une terreur nocturne. Mon père l'a entendu, ça l'a réveillé, évidemment. Et en fait, il est venu nous voir inquiets en disant mais qu'est-ce qu'il a ? Est-ce que ça va ? Et nous, on était là, bah oui, oui, t'inquiète pas, c'est juste une terreur nocturne. Et parce qu'en fait, je pense que même quand on sait les terres nocturnes, on s'imagine pas. Et en plus, sur la durée, parce que c'est vrai, ce qu'on lit sur Internet, c'est 20 minutes, 20-30 minutes.
- Speaker #1
Et encore.
- Speaker #0
Et encore, oui. je trouve qu'ils disent même que c'est moins du coup toi quand c'est long tu te dis ouais mais il y a un problème c'est pour ça que nous on a je me suis quand même vite dit que ça ressemblait à des terrains nocturnes parce que ça semblait s'accrocher toutes les cases mais quand je voyais le temps je me disais mais en fait c'est bizarre et on a eu vraiment des grosses périodes compliquées avec Ezra mais vraiment comme nous en fait c'était des périodes un peu de stress de changement pour lui où il arrivait plus à gérer... Enfin, il gère toujours pas vraiment ses émotions, ça reste un enfant de 3 ans, mais où il avait du mal à prendre sur lui, je pense. Et du coup, c'était très, très compliqué, avec des crises qui étaient très longues. Parce que, pareil, quand tu lis un peu dans les livres, et même dans les livres qui sont de la parentalité bienveillante, eh ben, on parle pas de crises qui durent une heure. Ça parle pas de ça.
- Speaker #1
Non.
- Speaker #0
Et donc là, tu te dis, ok, qu'est-ce que je fais ? Et la remise en question perpétuelle de, mais en fait, on ne fait pas correctement. Peut-être qu'il faudrait être plus ci, moins ça et tout. Et ça, c'est horrible, parce qu'en plus, c'est sans fin. Et c'est vrai que quand il y a des périodes comme ça, c'est des crises plusieurs fois par jour et qui durent longtemps avec énormément de violence. C'est un peu comme les terreurs nocturnes. En fait, tu ne peux rien faire. Et tu es là, à côté. Ezra, il n'aime pas forcément le contact en plus. Bon, avec nous, un peu plus, mais... Du coup, on ne sait même pas un enfant que tu dois prendre dans les bras et qui va être cajolé. Ça ne va pas du tout être ça. Du coup, on est là, on attend. Et le problème, c'est que quand c'est la troisième ou quatrième crise de la journée et que ça fait 45 minutes, tu perds patience. Sauf qu'évidemment...
- Speaker #1
Soit tu perds patience, soit tu pleures avec.
- Speaker #0
Sauf qu'en fait, en plus, moi, je m'en veux instantanément. Je sais que dans cette hyper empathie, ça fait que j'ai beaucoup... pour le coup comme beaucoup de personnes hypersensibles mais Je lis beaucoup les expressions du visage. Oui. J'analyse énormément les ressentis des personnes. Du coup, j'arrive parfois à voir, je sais pas, des personnes qui mentent ou des choses comme ça. Et du coup, c'est très dur. Enfin, c'est très dur parce qu'en plus, c'est la pensée arborescente en plus. Donc, la pensée arborescente, c'est tellement commun quand même dans les neuro-atypies. Et en fait, c'est pas commun dans les neuro-atypies. Mais en fait ça moi j'ai mis hyper longtemps à le comprendre parce qu'en fait, les personnes avec qui j'échangeais le plus, donc typiquement mon père et Antoine, ils ont cette pensée arborescente. Ils passaient du coq à l'âne, mais j'entendais leur pensée en fait.
- Speaker #1
Le fonctionnement étant similaire, en tout cas sur cette pensée arborescente, tu arrivais à entendre même s'ils ne le mentionnaient pas, les liens qui se faisaient parce que toi, tu fais les mêmes liens dans ta tête, t'aurais fait les mêmes liens dans ta tête. Oui,
- Speaker #0
c'est ça. Et en fait, ça m'a choqué. évoqués en rencontrant des personnes qui n'avaient pas forcément ce fonctionnement-là. Et je me suis dit « Ah oui, en fait, d'accord. » Et ça m'a fait pareil sur la mémoire, où pareil, j'interagis majoritairement avec mon père, Antoine, et même mes frères, qui sont un peu neuro-atypiques, donc qui ont une bonne mémoire, il faut le dire. Enfin, en tout cas, une mémoire atypique, parce qu'il n'y a pas vraiment de bonne ou de mauvaise mémoire. Parce que je dis ça, mais tu vois, Antoine a du mal à se souvenir des anniversaires, par exemple. mon père aussi et en fait des fois je parle avec des personnes je vais leur dire ah bah oui c'est quand tu m'as dit ça etc et elles vont me dire ah bon mais je t'ai déjà dit ça et dans ma tête je me dis bah évidemment tu me l'as dit il y a trois semaines c'est à ce moment là et en fait eux ne se souvenaient pas du tout et c'est pas que des éléments isolés où on pourrait se dire bon bah je me souviens de choses parce qu'à ce moment là je sais pas j'ai renversé mon verre donc ça m'a marqué en fait c'est vraiment sur plein de choses je pensais pas du tout avoir une bonne mémoire et en fait Merci. Je veux pas du tout avoir l'air prétentieuse en disant ça. Non, bien sûr. mais en fait je me suis rendu compte que Oui, en fait, j'avais une bonne mémoire qui était en tout cas atypique, pas forcément dans la norme. Et effectivement, ça peut choquer. C'est vrai que je connais les dates de naissance de personnes qui étaient avec moi en primaire. Je ne les ai pas oubliées. C'est vraiment dur aussi de voir les similitudes entre le TSA et le TDAH. C'est très dur à différencier. Et on sait évidemment aussi que beaucoup de TDAH ont aussi un TSA.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Coucou ! Et en fait, le truc, c'est que je pense que une personne qui est TSA et TDAH se retrouvera ni dans l'un ni dans l'autre. Et en même temps, dans les deux. Je ne sais pas si tu vois ce que je veux dire, mais ça fait une entité à part entière vraiment différente.
- Speaker #1
Parce que tu n'es pas à 100% dans l'un et à 100% dans l'autre.
- Speaker #0
Oui, c'est ça. Je vois des similitudes avec Antoine, c'est vrai. Je vois énormément de similitudes avec Antoine sur notre fonctionnement. Je ne pense pas qu'il soit dans une démarche... de diagnostic. C'est le genre de neuroatypique qui sait qu'il est probablement neuroatypique. Il s'est toujours senti différent dans son cercle familial, dans son cercle d'amis, dans tout, à la différence de moi pour le coup, parce que dans mon cercle familial, on était tous neuroatypiques. Pour moi, c'était ma norme. C'est vrai qu'on voit vraiment les différences entre toi, par exemple, qui a fait une démarche diagnostique et qui continue d'avoir ce besoin, et Antoine, tu vois, qui n'est pas du tout
- Speaker #1
Moi, je conseille généralement aux personnes, parce qu'on me demande souvent est-ce qu'il faut se faire diagnostiquer. En fait, il n'y a pas de « il faut » du moment où vraiment ça impacte ta vie de façon négative.
- Speaker #0
De ne pas savoir en tout cas.
- Speaker #1
Oui, c'est ça. Parce qu'en fait, tu pourrais même le savoir et juste te décider de prendre des petits outils par-ci, par-là, pour essayer d'améliorer ton quotidien et en fait, tu n'as pas besoin de diagnostic. Mais du moment où en fait, tu n'y arrives plus seule, c'est là où ça devient intéressant. T'as des personnes qui en auront jamais besoin et c'est ok en fait. Bah oui,
- Speaker #0
oui, oui.
- Speaker #1
C'est vraiment ok.
- Speaker #0
C'est tellement propre à chacun. Et là, tu vois, le désir ou non de faire le diagnostic, c'est aussi en lien avec ta propre personnalité, qui est différente de ton fonctionnement. Absolument. Enfin, qui rentre évidemment en lien, mais en fait, il y a des traits de personnalité qui sont accentués par la neuroatypie, etc. C'est sans fin et qu'ils sont accentués aussi par des événements de vie que tu as vus. Mais ces propres événements, ces événements de vie, ils sont aussi impactés par la neuroatypie. Et du coup, c'est vrai que c'est sans fin. Et en même temps, c'est super intéressant de mieux se connaître.
- Speaker #1
Moi, du moment où j'ai découvert ce monde-là, je suis un peu comme toi. Une fois que je suis plongée dans un sujet, j'ai envie de tout connaître. Tu as des personnes qui n'ont pas du tout ce besoin-là et c'est ok en fait.
- Speaker #0
Enfin, clairement, on pourrait en parler des heures, surtout.
- Speaker #1
C'est clair.
- Speaker #0
C'est clair, mais...
- Speaker #1
On parle de découvrir sa neuroatypie, du diagnostic, etc. J'aimerais bien clôturer l'épisode. Alors, en fait, dans les épisodes à deux voix, j'avais l'idée de poser des petites questions rituelles. Pas de stress. Non, non. Vraiment, ça va bien se passer. Histoire de partager des petites clés simples et inspirantes pour celles qui nous écoutent. Alors, quand tu te sens débordée, qu'est-ce qui t'apaise le plus ?
- Speaker #0
Eh bien, ça, ce qui m'apaiserait le plus, mais que j'ai du mal à mettre en place, je pense, c'est de m'isoler, en fait. Mais c'est aussi, surtout, d'arriver à le dire. Arriver à dire, ok, là, je me sens débordée. Antoine prend le relais. Et en fait, ça, je n'y arrive pas tout le temps. Et du coup, je prends sur moi, probablement trop, parce que ce n'est jamais très bon de prendre sur soi, mais... Je pense que ce qui aide le plus, évidemment, c'est déjà aussi de comprendre la cause. De savoir que c'est le bruit de trop ou trop de choses à la fois. En plus, moi, je sais que si, par exemple, il y a deux conversations, trois conversations autour de moi, moi, je les écoute toutes. J'essaie de les analyser toutes. Mais sauf que du coup, ça fait un brouhaha dans mon cerveau. Et en plus, je n'arrive pas à trier. Si, par exemple, j'essaie de me concentrer parce que je suis en train de parler avec Antoine, Je sais en plus que lui, ça l'insupporte. Oui. De me voir écouter d'autres choses, ça me tend. Oui. Lui se tend parce que je me tend. Et ça, c'est explosif dans le couple. Et ça, c'est bien d'en parler parce que c'est vraiment très compliqué, ça. Oui,
- Speaker #1
on a la même problématique avec ça.
- Speaker #0
Antoine, il sait évidemment mon fonctionnement. Bien sûr. Mais ce qui est compliqué, c'est que... encore maintenant, il a du mal à comprendre certaines choses. Enfin, comment dire ? C'est pas du tout un jugement de valeur pour lui. C'est qu'en fait, c'est dur de comprendre quand tu ne dis pas quoi.
- Speaker #1
Mais oui, c'est ça. Et parce que ce qu'on nous apprend, c'est que quand une personne te parle, tu l'écoutes. C'est ce qui se passe quand on a un fonctionnement classique. Sauf que nous, pour nous, c'est plus difficile. Et en fait, on ne maîtrise pas ce qui se passe. Notre cerveau va voir ailleurs. T'as beau essayer de te concentrer, ça ne fonctionne pas.
- Speaker #0
Si par exemple il me pose une question pendant que je réponds à un message, il pense que je ne l'écoute pas si je continue de répondre au message en le regardant et lui ne supporte pas, ce que vraiment je peux comprendre de son côté. Mais moi ça ne veut vraiment pas dire que je ne l'écoute pas. Je réponds à mon message et je l'écoute aussi et je le réponds aussi. J'entends que ce soit insupportable. Oui,
- Speaker #1
mais je souris parce que je trouve ça insupportable moi aussi quand ça me l'occupe. Donc voilà, on a beaucoup de points communs avec Antoine.
- Speaker #0
c'est rigolo parce que nous quatre On a vraiment des points courts. C'est très rigolo. C'est super rigolo. Je ne réponds pas du tout à ta question.
- Speaker #1
Si, tu as répondu à ma question, c'est l'isolement.
- Speaker #0
Un petit peu, oui. Mais ce que je remarque qui est très compliqué, et ça, c'est aussi la théorie des cuillères, c'est vraiment la fatigue, en fait, et le coût que certaines choses ont, qui ne sont pas du tout le cas pour d'autres personnes. Mais, par exemple, je vais aller à une soirée qui, ça me coûte... de me préparer, de me dire que je vais y aller. J'y pense trois semaines. Ça n'arrive pas très souvent, mais quand ça arrive, j'y pense énormément. Je n'ai pas du tout envie d'y aller. Et pour le coup, là, j'arrive pas à dire... J'y pense parce que là, il y a eu les 30 ans de deux amis du collège-lycée. Bref, j'ai envie d'être là pour leur moment. Mais en fait, j'ai pas du tout envie d'y aller. Il va y avoir de la musique. Il va y avoir des gens que je ne connais pas avec qui je vais devoir faire du...
- Speaker #1
Small talk.
- Speaker #0
Du small talk, je ne sais pas comment on dit en français, du bavardage.
- Speaker #1
Oui, parler de la clé du bouton.
- Speaker #0
Et ça, c'est... Waouh, je ne supporte pas. Mais donc, j'y vais. Et puis, je suis plutôt adaptée, je dirais. Sauf qu'en fait, après, moi, je mets trois semaines avant maintenant. Oui, parce que ça te coûte tant d'énergie. Et ce n'est même pas exagéré de dire trois semaines. Parce que du coup... Et en plus, vu que je ne peux pas me reposer autant qu'il faudrait avec un enfant, et bien c'est pas exagéré de dire 3 semaines probablement que les gens à cette soirée ils doivent se dire, oh bah elle est timide introvertie, elle parle pas beaucoup bref, on s'éloigne du sujet donc oui, voilà,
- Speaker #1
ok ce qui apaise le plus, c'est l'isolement ouais,
- Speaker #0
le noir aussi presque parce que tout est vraiment, ce que je te disais on a pas parlé du SPM décuplé quand t'es noah typique mais franchement c'est un vrai sujet le SPM déjà c'est un vrai sujet mais connu pour des personnes typiques qui je pense aussi peuvent vivre des SPM plus et même plus fort que ce que moi je vis, etc. Parce qu'en plus, c'est hormonal. Quand t'es neuroatypique, quand même, c'est costaud. Et moi, typiquement, ce que je te disais, il y a quelques jours, j'étais en SPM complet. J'ai passé la journée avec des lunettes de soleil à l'intérieur parce que c'était pas possible pour moi de... Ça me faisait mal aux yeux. Et c'est très dur à décrire, mais il y a des sons qui me font mal. J'arrive parfois à faire juste... à juste... plisser les yeux, mettre ma main sur les oreilles. Mais en fait, des fois, je sais que quand il y a déjà de la surstimulation, typiquement, quand il y a plusieurs personnes qui viennent manger chez mon père, par exemple, même si c'est des personnes de ma famille, des frères ou quoi, je ne sais pas, il va y avoir un gros bruit terrible. En fait, je peux me crier, me mettre à genoux en ayant mal. Vraiment, en disant... En criant, il n'y a aucun jugement dans ma famille. Bien sûr. Mais typiquement, je ne peux pas faire ça au restaurant.
- Speaker #1
Je dis bien sûr.
- Speaker #0
C'est pas tout le temps le cas.
- Speaker #1
C'est pas la norme.
- Speaker #0
Oui, et en plus Ezra, il le fait un peu moins quand même maintenant, mais quand ils sont plus petits, quand ils voient que ça fait réagir comme ça le parent, ils recommencent. Évidemment, moi je ne suis pas en capacité de lui expliquer que là, ce n'est pas le moment de recommencer. Donc bref, je n'arrive pas trop encore à dire à Antoine, ok, là, il faut que j'aille dans la chambre. Enfin, je l'ai fait, je le fais parfois.
- Speaker #1
Tu le fais dans des situations peut-être extrêmes. Là où c'est presque trop tard.
- Speaker #0
Oui, souvent c'est trop tard. Typiquement, toi, tu as un masque anti-bruit.
- Speaker #1
Oui. Je suis tellement étonnée que t'aies pas de boule qui a de casque anti-bruit parce que t'as une sensibilité au bruit qui est là. Moi, je pourrais plus faire sans.
- Speaker #0
Et moi, il y a vraiment ce truc de... Évidemment que j'en aurais besoin. En fait, c'est que je pense que je veux pousser. Je me dis non, allez, je suis capable sans ça ou je me sens peut-être pas légitime d'avoir ça. J'en sais rien. C'est qu'il y a une partie de moi qui doit se dire... mais c'est bon, arrête ton cinéma. Je pense qu'il y a... Mais parce que, probablement qu'on m'a dit ça très souvent, et que même si là, c'est pas quelque chose qui me fait... Je veux dire, c'est pas une petite voix intérieure qui me fait souffrir à chaque crise en me disant, mais c'est bon, arrête ton cinéma. Je pense que c'est un peu ancré trop fort en moi maintenant et qu'effectivement, j'aurais l'impression d'être... D'exagérer. Alors que je trouve, toi, je trouve pas du tout que ça soit ridicule. Que ça soit trop, et je me dis pas du tout, faut pas l'exagérer, arrête ton cinéma Adeline. Mais non,
- Speaker #1
parce qu'on est toujours plus bien avec les autres qu'avec soi-même.
- Speaker #0
Non, mais c'est clair que l'hypersensibilité et tout ça dans la parentalité... Moi, je me souviens des fois où on a eu deux petits accidents avec Ezra. Quand il était bébé, Antoine, Trébuche tombent avec lui, donc horrible. Et moi, en fait, j'ai fait un... Alors, je ne vais pas dire un PTSD, pas de stress post-traumatique, mais plusieurs semaines après, tous les soirs, je revivais la scène et ça me mettait exactement dans le même... État émotionnel, merci. À chaque fois, le cœur qui s'emballe, une montée d'angoisse, etc. Pour ça, avec cette hyper-empathie qui prend le dessus, en mode, mais qu'est-ce qu'il a ressenti à ce moment-là, Ezra ? Il a dû avoir peur. Enfin, vraiment, ça peut me... Là, ça va, j'en parle sans avoir les larmes qui manquent, tu vois, mais vraiment, ça a mis longtemps. Et pareil, un deuxième truc, où en plus, c'était moi qui avais fait mal à Ezra, sans faire exprès, je le précise évidemment, et très mal en plus. vraiment très mal. Enfin, je veux pas que les gens imaginent le pire. On jouait et Ezra qui bouge, moi qui suis maladroite et dyspraxique, ça fait souvent un mauvais mélange. Mais là, bref, d'une certaine manière, il prend... C'était mon genou, je crois. Oui, c'était ton genou. Donc, mon genou dans son visage. Il était en train de sauter, donc ça le projette pendant son... Bref. Il tombe par terre, j'entends. Je sens. encore sur son visage sur mon genou et j'entends encore le bruit de son crâne qui s'éclate sur le béton c'est horrible, rien que d'y penser c'est horrible parce qu'en plus du coup il y a eu quand même l'urgence de se dire il y a eu un souci tout ça pour dire que évidemment tout allait bien, il a quand même eu un oeil au beurre noir qui m'a rappelé plusieurs jours ce truc horrible ça c'est encore plus dur là pour le coup rien que de penser ça me donnait pleurer mais euh... Pareil que quand c'était avec Antoine, vraiment plusieurs semaines et encore maintenant, c'est vraiment des pensées intrusives parce que je sais pas, des fois, vu que je fais des liens, tu vois, de plein de choses, je fais ce lien, je repense à cette scène. Et ben pareil, montée d'angoisse. Et des fois, j'oublie, je me dis, attends, mais pourquoi je suis angoissée ? Ah oui, parce que je viens de penser à ça.
- Speaker #1
Ça prend du temps de réussir à comprendre ce qu'on ressent, arriver à conscientiser pourquoi on le ressent. Oui. D'arriver à en sortir, c'est vraiment quelque chose qui, chez les personnes neuro-atypiques, mais particulièrement chez les personnes TSA, qui s'apprend en fait. Qui se travaille, qui s'apprend.
- Speaker #0
Mais, pardon, j'ai eu aussi beaucoup de mal à rendre légitime mon TSA parce que, justement, je suis hyper empathique. J'arrive vachement à lire les émotions des autres, à les comprendre. J'ai même des fois... et c'est assez bluffant et ça bluffe Antoine et je ne pourrais pas expliquer comment mais j'arrive à deviner des choses sur les personnes sur des événements de vie etc je sais même pas comment mais tu sais vraiment je dis à Antoine bah attends là je crois que il y a eu ça j'ai l'impression que dans sa vie il y a eu ça et moi je crois pas du tout au médium ou aux choses comme ça par exemple je pense que par contre on a des intuitions qui sont beaucoup plus forte que nous, en fait. Et dans ton inconscient, tu vois tellement de choses, en fait, dont t'es pas conscient, évidemment. Et que t'arrives à lire des choses comme ça, mais du coup, y'a plein de choses qui collent pas, en fait, avec le TSA que tu lis.
- Speaker #1
Oui, mais parce qu'on a l'impression qu'il faut, comme je le disais tout à l'heure, cocher absolument les cases, et que là, ça coche pas des cases,
- Speaker #0
mais parce qu'il y a d'autres choses qui s'ajoutent. Exactement, y'a d'autres choses qui s'ajoutent, des traits de personnalité, etc. Je comprends vraiment le fonctionnement des personnes, ça j'ai aucun souci, mais alors interagir avec elles, c'est compliqué. Et je pense que c'est pour ça aussi que psy, ça me convient bien, parce qu'en fait t'as pas besoin d'interagir, enfin évidemment tu interagis, mais c'est vraiment par rapport à eux, par rapport à leur fonctionnement à eux, un petit peu au mien évidemment, mais ça revient avec ce que je t'ai dit, la phrase que j'adore, la relation à deux où l'on ne parle que d'un seul, c'est parfait parce qu'en fait On parle que du patient et c'est passionnant de décortiquer avec lui son propre fonctionnement. Et ça, moi, ça ne me met pas en difficulté. Je rends des choses... Enfin, j'essaie. C'est même pas moi, en fait. C'est le patient, évidemment, qui dépose des choses et les rend assimilables, les rend transformables parce qu'il y a quelqu'un en face. Mais en même temps... des fois, ça n'a pas besoin d'être un psy. Et c'est ça aussi qui est important de rappeler, qu'il faut rester humble et que ça peut être n'importe qui. Je me souviens d'un prof qui nous disait, et ça m'a vraiment marquée. Il avait une patiente avec qui il avait l'impression de ne rien faire. Elle ne parlait pas, mais l'IME dans lequel elle était, donc l'institut dans lequel elle était, avait dit à mon prof, elle veut continuer de venir tout le temps, ça l'aide vachement, et lui ne comprenait pas. Et en fait, il a découvert après que pour aller de l'institut à son cabinet, elle faisait un voyage de voiture d'une vingtaine de minutes avec son éduc. en tête à tête et que c'était là qu'elle déposait des choses et en fait ça m'a toujours marqué parce que c'est fou mais c'est évident, bien sûr qu'il faut être un oui bien sûr que le psy c'est pas celui qui sait tout et qui sait tout réparer, c'est pas du tout ça en fait, ce qui est important pour quelqu'un qui a des choses qui sont pas assimilées parce qu'on sait que ce qui est compliqué dans la vie psychique c'est tous les éléments qui sont pas élaborés et qui ne sont pas discutées, qui ne sont pas pensées. Et ce qui est important, et c'est tout le travail thérapeutique, c'est de les rendre assimilables, élaborables, pensables, et ensuite de les élaborer. C'est pour ça que c'est très long. Le psy facilite ça parce que... Aussi par rapport à la démarche, quoi. Déjà, quand quelqu'un est prêt à aller voir un psy, c'est que certaines choses sont devenues un peu assimilables, pas assimilées, mais qu'il y a un mouvement qui commence, en fait, dès que tu prends... rendez-vous, le lien thérapeutique la démarche thérapeutique,
- Speaker #1
elle commence à ce moment-là on dit vacances je sais même plus ce que c'était je sais plus non plus mais c'était super intéressant donc merci est-ce que t'as une petite astuce du quotidien qui change tout pour toi ?
- Speaker #0
alors je pense que j'en ai, je suis pas sûre qu'elle soit conscientisée c'est intéressant ? typiquement moi je me gratte beaucoup et ça alors c'est pas bien mais je pense que ça m'aide mais ça c'est pas une bonne astuce. Non,
- Speaker #1
c'est pas une bonne astuce.
- Speaker #0
Mais c'est... Enfin,
- Speaker #1
on va pas juger parce qu'aujourd'hui, c'est ce qui nous permet de réguler.
- Speaker #0
Oui. Mais en fait, moi, c'est que du coup, ça me fait des cicatrices et tout. Donc, s'il n'y avait pas ça, t'as un droit, quoi. Évidemment, c'est une astuce comme une autre. Tu vois,
- Speaker #1
la réponse peut être, effectivement, j'en ai, mais je les conscientise pas parce que c'est souvent le cas. En fait, on a souvent des petites choses qui sont en place, des petites stratégies, des outils. mais en fait ils se sont mis en place de façon assez automatique pour répondre à nos besoins.
- Speaker #0
Alors si moi tu vois c'est vrai que ce que je fais là, c'est très dur de décrire comme ça, je ne me touche pas les pieds avec mes mains mais mes pieds s'entretouchent.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Mais en fait là dit comme ça c'est super bizarre mais...
- Speaker #1
Ouais c'est un mouvement d'apaisement en fait.
- Speaker #0
Un mouvement d'apaisement, d'auto-apaisement que je pense que j'ai depuis petite. Toujours oui. Et les enfants ont ça plus que les adultes. Je pense qu'ils le perdent, mais les enfants font beaucoup ça. C'est son pouce tritouillé l'autre sein quand tu t'aides. Dans des situations où je ne suis pas à l'aise, je peux aussi... Les gens trouvent ça particulier, mais moi je m'assois par terre en coin et je me balance. Et je m'en rends compte qu'au bout de 10 minutes où je me dis que je dois avoir l'air un peu... Un peu bizarre vu d'en haut, du coup, les gens qui sont debout autour de moi, c'est souvent qu'on me dit, mais tu veux une chaise ? Je dis, bah non, non, ça va, je suis bien par terre, en fait. Et des petites habitudes qui m'aident au quotidien, bah par exemple, moi, je ne peux pas dormir dans un lit s'il n'est pas dans un coin, par exemple. Ok. Il faut que ça soit moi dans le coin.
- Speaker #1
Quelle force ou qualité ta neuro-atypie t'apporte, selon toi ? Bon, moi, j'en ai une qui me vient direct en tête.
- Speaker #0
C'est vrai ? Ouais,
- Speaker #1
bah tu vas... Tu vas faire l'exercice, je te la dirai après.
- Speaker #0
J'ai longtemps pensé que l'hypersensibilité, c'était un défaut, ça met en difficulté, etc. C'est une force dans le sens où c'est utile déjà, c'est utile dans la vie. Je pense que c'est presque des réflexes aussi archaïques qu'on a perdus. Je pense que ça a une utilité un peu moins dans le monde d'aujourd'hui. Je pense qu'on n'a pas besoin de sentir les dangers, mais quoique c'est discutable. Très honnêtement, même si ça me met en difficulté, l'hyper-empathie, c'est une force, je pense vraiment. C'est celle que j'avais. Mais même l'hypersensibilité aussi, je pense que c'est des forces. Par contre, ce n'est pas du tout dire que ne pas être hypersensible ou ne pas être hyper-empathique, c'est une faiblesse.
- Speaker #1
Non, pas du tout.
- Speaker #0
En plus, ce n'est vraiment pas du tout ce que je pense. Pas du tout, pas du tout.
- Speaker #1
Et c'est fou parce que... On va dire que c'est des avantages et des inconvénients en même temps, un peu comme tout dans la vie.
- Speaker #0
Et ce que j'arrive à me dire qui est une qualité aussi, et je la lis avec Antoine, c'est notre parentalité. réussi à me dire, malgré toutes les critiques qu'on a réussies, que franchement, on faisait un super job de part. Je te retourne, tu m'as pas demandé, mais je te retourne le truc, franchement, et que on y met tellement du note, tellement... C'est un investissement qu'on fait à 400%, et comme je disais au début, qu'on fait de manière extrême, je pense, effectivement, on n'a pas envie de déroger à la règle qu'on s'impose nous-mêmes, mais très concrètement, les écrans, par exemple. probablement que ça n'aurait aucun impact qu'Ezra regarde un épisode de 15 minutes. Mais en fait, on ne se l'autorise pas parce que déjà, on n'a pas du tout l'habitude vu qu'on fait 100. Mais parce que on est un peu extrême. Pareil dans la nourriture. Évidemment, si Ezra prenait un peu de sucre, ça ne serait pas grave. Mais en fait, on a vraiment ce truc de se dire qu'il a toute sa vie pour prendre du sucre. On sait que le sucre, c'est un exemple, mais que c'est fléau quand même Sur beaucoup, qu'on en mange trop. Alors, bien sûr, c'est pas grave d'en manger un petit peu, je pense, quand on est enfant. Mais si on peut, les 4, 5, 6 premières années, si on arrive à aller jusque là, qu'il n'en mange pas, ça veut dire que quand même, il a 6 années d'avance entre guillemets.
- Speaker #1
L'objectif, c'est vraiment de limiter le sucre pour nous au quotidien et que ça soit vraiment très exceptionnel. Mais c'est vrai que souvent, c'est des choses qui sont faites la première année, je dirais même. et après euh Les parents, on va dire... J'ai pas envie de dire lâche le truc. C'est comme ça que moi, je le sentirais pour moi-même.
- Speaker #0
Mais en fait,
- Speaker #1
c'est juste qu'ils... Voilà, ils sont OK de passer à autre chose. Là où moi, j'ai tendance à me dire... En fait, voilà, elle a toute la vie pour manger dessus, pour regarder des écrans. Ça la pénalise pas, elle me demande pas non plus.
- Speaker #0
Oui, bah non plus. Je pense que jamais on lui a donné un truc sucré et industriel. c'est totalement ok de faire un vrai, mais enfin je précise vraiment et je n'ai aucun jugement pour les personnes qui font ça, vraiment. Non,
- Speaker #1
c'est vraiment vos choix et vos valeurs.
- Speaker #0
Mais moi j'ai du mal, et je sais que c'est aussi un problème d'avoir autant de mal à lâcher prise sur ça.
- Speaker #1
Et en même temps c'est très très TSA.
- Speaker #0
Bah oui, oui, oui.
- Speaker #1
C'est très très TSA d'être, entre guillemets, rigide dans ce qui... Moi j'ai mis beaucoup de temps à... En fait on me disait que j'étais trop rigide par rapport à mes valeurs. Je trouvais pas, et surtout je les imposais à personne. Oui,
- Speaker #0
oui.
- Speaker #1
Et jusqu'à ce que je comprenne qu'en fait, c'était... Oui, en réalité, je suis rigide, mais parce que c'est quelque chose qui est très important pour moi. Et je pense que ça fait partie du fonctionnement. Je ne peux pas lâcher. Il y a certaines choses, je ne peux pas lâcher. Mais parce qu'en fait, déjà, ça ne me dérange pas.
- Speaker #0
Oui, c'est ça. Ça dérange les autres,
- Speaker #1
mais moi, ça ne me dérange pas.
- Speaker #0
Oui, Ezra, il comprend très bien, parce qu'en plus, on est vraiment partisans du fait de lui expliquer d'où vient ce qu'il mange. Pour nous, c'est une évidence. vraiment d'où vient tout ce qu'il mange que ça soit, bon nous on est végétarien donc il est végétarien aussi ça aussi d'ailleurs on nous a dit qu'on lui imposait ça s'il venait à vous dire que en fait il veut essayer de manger de la viande toi bien sûr tu le dis de manière bien jeune les gens ils nous disent ouais mais vous verrez quand il fera sa crise d'ado et qu'il ira et ben C'est ok.
- Speaker #1
C'est juste cet aspect de... Pour moi, c'est évident que vous laisserez le choix à votre enfant parce que ce qui est important, c'est qu'il soit heureux.
- Speaker #0
C'est ça. Après, c'est vrai que toujours dans la rigidité de mon esprit, probablement, j'ai du mal à comprendre que... Parce que du coup, on parle dans 15 ans à peu près qu'il veuille manger de la viande, sachant ce qu'il sait maintenant, ce qu'on sait maintenant, qu'il n'en a jamais mangé. Parce que là, tu vois, c'est vrai que nous... Vu qu'on lui explique, mais comme on lui explique vraiment d'où viennent les graines qu'il mange, les légumes, et du coup, on explique d'où vient la viande. Et ben, il n'y a pas de tabou, la viande, c'est un animal mort. Bien sûr. Voilà, et c'est ce qu'on lui dit, à peu près, presque dans ces mots-là. Je ne pense pas qu'on lui a dit que c'était un animal mort avant qu'il nous pose vraiment la question. Parce qu'en fait, on vivait dans... Moi,
- Speaker #1
j'ai ce souvenir-là.
- Speaker #0
On vivait en Indonésie où on était très proche. C'était très rural, quoi, l'Indonésie. Et du coup, à côté de nous, il y avait des poules, des vaches en liberté qu'Ezra voyait quotidiennement et tout. Et il commençait aussi à nous poser la question de ce qu'ils mangeaient les gens dans leurs assiettes. Donc nous, on disait, ça c'est un steak, c'est de la vache, etc. Et lui, explosé de rire, en mode, mais non ! En fait,
- Speaker #1
tu lui as fait une blague, quoi.
- Speaker #0
On ne mange pas de la vache. Et c'est là qu'on lui a expliqué, bah si, en fait. Nous, on ne mange pas des animaux, mais il y a des personnes qui mangent des animaux. C'est OK, mais les animaux, du coup, pourraient être mangés. Il faut qu'ils soient morts, quoi. Et du coup, ça ne lui donne pas envie de manger des animaux, évidemment. C'est vrai que dit comme ça, ça ne donne pas envie de manger. Mais en même temps, je ne me voyais pas lui dire, c'est super bon, tu sais, cuisiner en sauce. Parce qu'effectivement, moi...
- Speaker #1
Ce n'est pas vos convictions, en fait.
- Speaker #0
Oui, et moi, je n'ai vraiment pas arrêté la viande parce que je n'aimais pas ça. C'est trop bon. Je sais que c'est trop bon et qu'il n'y a pas d'autres aliments qui ont ce goût-là. Clairement, c'est un goût qui, tu as beau essayer de le... De le retrouver, non pas tout à fait. Tu peux retrouver le goût de la sauce, etc. Mais un steak hachis saignant, tu ne trouves pas quoi. Ou même du poulet,
- Speaker #1
voilà.
- Speaker #0
Mais bref, je m'égare. Et par contre, pour le coup, tu vois, on lui a jamais... Nous, on mange... On n'est pas du tout véganes. Donc, on mange énormément de fromage, de yaourt. Moi, un peu moins. Mais Antoine mange beaucoup de yaourt.
- Speaker #1
Des oeufs aussi.
- Speaker #0
Des oeufs, bien sûr. Et donc, on lui explique tout ça. Que le lait de vache, c'est du lait de vache. Vu qu'en plus, je l'allais encore. C'est facile de lui expliquer. De transposer,
- Speaker #1
ouais.
- Speaker #0
Et de lui-même, il veut pas prendre du lait de vache. Parce qu'il nous dit qu'il veut le laisser au veau. et en même temps se trouve que c'est un mais le raisonnement des enfants il est comme ça il est tellement logique en même temps il doit se dire bah je suis pas un veau quoi en plus moi vraiment je suis partisane quand même de écouter son corps moi j'ai beaucoup tu vois j'ai été bon je raconte encore ma vie mais en Indonésie j'ai été donc malade j'ai eu la dengue ça m'a énormément affaiblie et ben là j'avais qu'une envie c'était de manger un steak haché Je pense que c'était vraiment une envie de mon corps qui se souvenait. J'en ai mangé tellement d'années dans ma vie que ça, ça me redonnait du boost. J'ai pas réussi. J'aurais aimé réussir, mais en fait, ça m'a trop dégoûtée.
- Speaker #1
Mais tu sais que c'est effectivement le corps, parfois, appelle un aliment pour un moment réel parce qu'il en a besoin. Ah oui,
- Speaker #0
évidemment. Là,
- Speaker #1
possiblement, t'avais peut-être besoin de faire.
- Speaker #0
Bah oui, j'avais besoin de faire, de force. Clairement, je l'avais pas mangé pendant plusieurs jours. Donc, c'était clairement ça. Et j'aurais vraiment aimé pouvoir le faire, mais j'étais arrivée à un stade, parce que ça fait, je pense, 6 ans qu'on est végétarien, où ça me dégoûte maintenant. Et je ne suis pas forcément contente que ça me dégoûte, parce que j'aimerais bien, justement, ce que je dis, écouter mon corps et du coup pouvoir le manger. Mais tu vois, tout le monde est différent. Antoine n'est pas comme ça, je pense.
- Speaker #1
Je le répète, les parents qui utilisent les écrans, qui sont OK avec le sucre, peu importe, en fait, les choix que vous avez faits, c'est totalement OK. C'est juste que Julia et moi, on se retrouve beaucoup sur beaucoup de choses. Et on a un fonctionnement vraiment très similaire.
- Speaker #0
Et si on prend nos deux couples, je pense que c'est... Oui,
- Speaker #1
il y a vraiment une harmonie,
- Speaker #0
une belle harmonie. C'est incroyable.
- Speaker #1
Et nos enfants aussi ont beaucoup de similitudes. On a rencontré les mêmes problématiques de sommeil, ça c'est sûr. Même si c'était parfois des intensités différentes.
- Speaker #0
Pas pareil, mais... c'est En tout cas, si justement l'intensité était la même. Et c'est ça que, en tout cas, moi, j'ai retrouvé chez personne.
- Speaker #1
Moi et moi non plus. Je sais qu'une amie avait...
- Speaker #0
Un serial tater ? Non, c'est pas ça que tu m'avais dit.
- Speaker #1
Alors oui, il y a une amie qui a un serial tater, ça c'est vrai. Tu m'avais dit,
- Speaker #0
je me souviens.
- Speaker #1
Mais j'ai aussi une autre amie qui a eu un enfant qui maintenant est plus grand. Donc on n'a pas du tout... Ah oui,
- Speaker #0
ils vécu les choses en même temps.
- Speaker #1
En même temps. mais qui a eu aussi un enfant qui ne dormait pas, et sa deuxième est complètement différente. C'est une amie qui vient... Enfin, qui est en train de faire un parcours diagnostique. Donc, c'est là où tu te dis, bon, il y a quand même peut-être des choses...
- Speaker #0
Non, ben, c'est sûr. Moi, tu étais la seule mère TSA... Enfin, tu n'étais pas TSA à l'époque. Je n'étais pas TSA, je ne savais pas. Mais neuroatypique, en tout cas, que je côtoyais... Bon, toi, ce n'était pas le cas, mais en tout cas... clairement, je voyais que tu étais la seule qui vivait les choses. Et je savais que quand tu me disais, je comprends, et nous, on a eu une nuit vraiment pourrie aussi, je savais que tu comprenais vraiment et que tu avais vraiment une nuit pourrie aussi.
- Speaker #1
Arrête, je vais pleurer, je crois. Je pense que même si on n'avait pas vécu exactement la même chose, on se serait comprises quand même.
- Speaker #0
En plus, c'était assez rapide quand même qu'on a pu échanger par rapport à ça. Je me souviens en tout cas que tu avais dit que tu étais... hypersensible et TDAH je pense que je l'avais dit et que moi j'avais dû me sentir alors que je fais jamais ça quand même et que j'avais dû me sentir en confiance assez via quelques messages à peine je te l'ai écrit genre toi tu vois t'as parlé de ton hypersensibilité et ton TDAH et ben moi aussi
- Speaker #1
et tu m'as même assez rapidement dit que t'avais un TSA bon une petite dernière question Quel conseil tu donnerais à quelqu'un qui découvre sa neuroatypie ?
- Speaker #0
Eh ben, j'ai envie de le dire en anglais parce que je sais pas comment on le dit en français, mais embrace it, quoi. Le monde est fait de différences et la neuroatypie, c'est certes un fonctionnement différent de la norme. Oui, la norme, c'est peut-être pas la neuroatypie, évidemment, mais qu'il faut pas en tout cas que ça soit une faiblesse. En tout cas, il faut pas laisser les autres te faire penser que c'est une faiblesse et que j'espère... que plus tard, il n'y aura pas de... Que tout le monde saura qu'en fait, c'est un fonctionnement différent. Et comme il faut embrace, je ne trouve pas du tout la traduction, mais qu'il faut saisir son fonctionnement, qu'il soit atypique ou non. Oui, tout à fait. En fait, il faut être ok avec soi-même, ok avec nos limites. Et que ça, c'est le plus important. Et c'est super compliqué. Je dis embrace it, je ne suis pas sûre de l'avoir embrace.
- Speaker #1
En fait, je pense que c'est très dur à faire quand on le découvre, mais parce que souvent, quand on le découvre, En fait, quand on cherche, c'est qu'il y a souvent une problématique à régler.
- Speaker #0
Oui, aussi.
- Speaker #1
Et du coup, ce n'est pas le moment où on va pouvoir le faire, où on va vraiment pouvoir embrasser. Mais à terme, c'est vraiment ce qu'on souhaite aux personnes. Oui.
- Speaker #0
Et aussi très important de bien choisir ses professionnels et qu'un psy ou n'importe quel professionnel de santé qui te dit non mais vous, vous pensez à de l'autisme et vous regardez dans les yeux, c'est bateau. Mais en fait, c'est vrai, ça arrive vraiment quoi de te dire ok, alors si j'ai un mauvais feeling, je vais peut-être trouver quelqu'un d'autre qui est formé parce que quelqu'un de formé ne te dira jamais ça.
- Speaker #1
Exactement. Bon, on arrive à la fin de ce super épisode. Merci pour tes réponses qui ont été très précieuses. Merci d'avoir écouté cet épisode. On espère qu'il vous a plu, qu'il vous aura inspiré. N'hésitez pas à le partager à votre entourage ou à quelqu'un qui en aurait besoin. Si l'épisode vous a plu, n'hésitez pas non plus à lui mettre des petites étoiles ou des commentaires. Ça aide le podcast à être plus visible. Et puis, on se retrouve très bientôt pour de nouvelles... Réflexions Atypiques. À bientôt Julia !
- Speaker #0
Merci, à bientôt !