- Speaker #0
Bienvenue dans Murmure Atypique, le podcast qui explore la vie sous le prisme des neurodivergences. Je suis Adeline, créatrice de contenu culinaire et maman, et j'ai à cœur de partager ma vision du monde en tant que femme neuroatypique. Dans chaque épisode,
- Speaker #1
vous découvrirez des réflexions et des récits qui vous invitent à plonger dans un univers où chaque voix compte.
- Speaker #0
Bonjour bonjour, aujourd'hui c'est un enregistrement à deux voix que je vous propose. une série d'épisodes en duo où je pars à la rencontre de personnes inspirantes pour partager leur vécu et leurs expériences. On part faire connaissance avec Laura. Bonjour Laura ! Coucou ! Alors on va commencer en douceur. Tout d'abord j'aimerais que tu me dises comment tu te sens aujourd'hui.
- Speaker #1
Je me sens très bien. J'ai une part d'excitation absolument incroyable car comme tu le sais aujourd'hui jour d'enregistrement, nous sommes le 3 octobre 2025. Taylor Swift vient de sortir un nouvel album que j'ai écouté en venant. Donc voilà.
- Speaker #0
Parfait. De superbes énergies pour cet enregistrement. Je vais te laisser te présenter de la manière dont tu le souhaites.
- Speaker #1
Alors donc, je m'appelle Laura. Par où commencer ?
- Speaker #0
Par le commencement.
- Speaker #1
Par le commencement. Je vais me présenter avec la casquette avec laquelle je me présente le plus souvent, c'est-à-dire ma casquette pro. donc Donc, je suis diététicienne, spécialisée en micronutrition, surtout spécialisée maintenant dans la prise en charge de la femme en périnatalité et en pédiatrie depuis plus de 4 ans. À côté de ça, je suis maman d'un petit garçon qui s'appelle Gabriel, qui a 4 ans. Voilà, on vit dans un petit village dans le Barin et on a des animaux parce qu'on adore les animaux et je crois que c'est déjà pas mal.
- Speaker #0
Bah super ! Aujourd'hui, on va parler d'un sujet un peu particulier mais... très intéressant et qui nous a toutes les deux touchées. On va parler de troubles du comportement alimentaire. D'ailleurs, est-ce qu'on dit toujours TCA ? Je crois qu'il y a eu une... Oui,
- Speaker #1
on peut aussi dire troubles des conduites alimentaires. Voilà.
- Speaker #0
Ok. On va probablement faire un focus sur l'hyperphagie boulimique, puisque ça parle de nos deux vécus personnels. Mais avant toute chose, j'aimerais faire un petit... une petite... un petit aparté ? Une ou un ? On ne sait pas.
- Speaker #1
Aparté.
- Speaker #0
Bref, à partir, pour quand même préciser que finalement, c'est l'alimentation qui nous aura rapprochés, puisque lors de notre rencontre en BTS, osons le dire, ce qui nous a rapprochés, c'est que nous faisions, je souris, mais le régime du camp.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
Voilà, régime très nul, très très nul.
- Speaker #1
Absolument effroyable.
- Speaker #0
Mais voilà, c'est ce qui nous a, ça a été notre premier point commun quand même.
- Speaker #1
C'est ça.
- Speaker #0
Parce que ce que je ne vous ai pas encore dit, c'est que Laura est ma meilleure amie. Et ça depuis notre BTS.
- Speaker #1
2010-2012, promo.
- Speaker #0
Merveilleux. Heureusement qu'elle est là pour les dates. Alors, on parle beaucoup de TCA, mais pas forcément de ce qu'on vit vraiment de l'intérieur. Pour toi, c'est quoi l'hyperphagie boulimique avec tes mots ?
- Speaker #1
Pour moi, c'est comme une... grosse vague, un gros tsunami qui va arriver à un moment donné de ta journée. Pour x ou y raison, c'est-à-dire un trop plein d'émotions, une grosse fatigue, un trop plein d'ennuis, une perturbation extérieure qui vient d'arriver ou tu vas avoir une pensée unique et obsessionnelle envers la nourriture. En tout cas, c'est comme ça que moi, je le vivais. C'est comme si vraiment tu étais noyée d'un coup par cette Voilà, cette vague, je ne peux même pas dire autrement, c'est vraiment l'image que j'ai. Et c'est hyper dur de penser à autre chose dans ces moments-là, hyper dur de passer au-dessus de cette vague.
- Speaker #0
Oui, je trouve que c'est très bien imagé. Et qu'est-ce qui fait la différence par rapport à l'anorexie et la boulimie ? On va peut-être quand même mentionner les deux troubles du comportement alimentaire les plus connus, en tout cas, je ne sais pas s'il y en a d'autres.
- Speaker #1
Il y en a d'autres, oui, il y a l'orthorexie, des petites choses. Je pense que ça va être... difficile pour moi de dire quelles sont les différences parce qu'en fait, chaque personne avec un TCA différent va de toute façon le vivre différemment. La boulimie, ça s'apparente quand même beaucoup à l'hyperphagie boulimique, mais tu aurais une compensation derrière, c'est-à-dire un excès de sport, te faire vomir, ou autre compensation possible. Il y a aussi, je pense, cette notion de vague et de tsunami qui fait que t'arrives pas du tout à t'en sortir, et en fait, la seule chose possible pour toi, c'est Merci. d'avaler absolument tout ce qui te passe sous la main. Pour l'anorexie, je pense que ça va peut-être être différent parce que l'anorexie, c'est un besoin de contrôle. Et c'est vraiment justement ne pas faire rentrer de nourriture. Ou alors, il y a des formes d'anorexie aussi où il y a des espèces qu'on peut appeler des crises alimentaires avec compensation derrière, vomissements, etc. Après... Je ne vais pas trop rentrer dans les détails parce que je ne suis pas dans la diététique comportementale. Et je pense qu'il y a plein de choses dont je ne maîtrise pas par rapport au TCA. Mais c'est vraiment un mécanisme qui se met en route, un mécanisme de santé mentale. C'est vraiment dans la tête que ça se passe et ça va créer un surplus émotionnel. Ça va se ressentir dans le corps aussi, qui fait que tu n'as plus d'autre choix que de faire ce que tu as besoin et envie de faire à l'instant T.
- Speaker #0
Oui. Ouais, carrément. Et d'ailleurs, on l'a vécu toutes les deux. Est-ce que tu te souviens du moment où tu as réalisé qu'en fait, ce que tu vivais, c'était pas juste un appel de la gourmandise ?
- Speaker #1
Je m'en souviens pas. Parce qu'en fait, aussi loin que je me souvienne, j'ai l'impression que ça fait partie de ma vie depuis toujours. Alors que non, c'est pas le cas. J'ai l'impression que ça a démarré au lycée.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
Mais on va dire que les premiers vrais souvenirs que j'ai... De me dire, ok, ce comportement, il n'est pas normal, il n'y a pas toutes mes copines qui ont ça. Je pense que ça devait être dans la vingtaine.
- Speaker #0
Ouais, d'accord.
- Speaker #1
Pas avant, parce que... Ouais, finalement,
- Speaker #0
assez tard.
- Speaker #1
Oui, puis je pense qu'il y avait une forme de déni, aussi. Je ne me rendais pas forcément compte de ce qui se passait pour moi. Ouais. Entre le lycée et la vingtaine, je dirais.
- Speaker #0
Ouais, et puis, je me souviens bien qu'au final, on a mis du temps, toi comme moi, et j'ai l'impression que c'était un peu en même temps, à mettre ce mot d'hyperphagie boulimique. j'ai même l'impression que c'est En fait, en France, en tout cas, on entendait beaucoup parler d'anorexie et de boulimie quand on se renseignait sur les TCA, mais très peu de l'hyperphagie boulimique.
- Speaker #1
Ce n'était pas encore assez connu, je pense, sous ce nom-là.
- Speaker #0
Est-ce que tu peux me dire un peu, qu'est-ce que tu as vécu vraiment ? Comment ça se manifestait et ce que ça changeait dans ton quotidien ?
- Speaker #1
Alors en fait, ça pouvait dépendre évidemment des moments, mais on va dire que dans la majorité des cas, il y a cette vague qui arrive. T'es chez toi, seule, ça c'est important, c'était une notion hyper importante, c'était impossible pour moi d'avoir ce que j'appelle une crise alimentaire lorsque quelqu'un était avec moi. Donc t'es chez toi, seule, et tu vas vider les placards. Après, dans mon cas, la chance, entre guillemets, que j'ai eue, c'est que dans les crises alimentaires que je pouvais avoir, ça n'allait pas non plus au point de manger des aliments que je n'aimais pas, parce que ça peut être le cas pour certaines personnes. Moi, ça se tournait vraiment vers ce qu'il y avait dans le frigo, ce qu'il y avait dans le placard, sans aucun ordre vraiment chronologique. Voilà, c'est vraiment le truc que tu as sous la main. Tu vas le manger en très grande quantité. Et tu vas t'arrêter que quand vraiment, en fait, tu n'en peux plus. Il n'y a plus rien qui peut rentrer dans ton corps. Tu as mal au ventre. Et c'est là où tu réalises. Là, tu vois les paquets, tu vois les trucs devant toi. Tu te dis, oh, waouh. Ouais, en fait, déjà, le délai a été extrêmement court. J'ai réussi à ingérer tout ça en si peu de temps. Pas étonnant que j'ai mal au ventre. Après, clairement, au début, j'essayais de me faire vomir. Ça, c'est clair, j'essayais. Heureusement, je n'ai jamais réussi. Il y a eu, à un moment donné, ce souhait-là de pouvoir me faire vomir.
- Speaker #0
Tu avais un rapport à ton image aussi qui était compliqué.
- Speaker #1
C'est d'ailleurs encore le cas aujourd'hui, même si je trouve que ça s'apaise quand même avec les années. En effet, il y a un rapport au corps qui est difficile, déjà de par un handicap physique que j'ai depuis la naissance. Puis, évidemment, quand tu es atteint d'hyperphagie boulimique et que tu n'as pas de compensation derrière, tu prends du poids au fil des années. Ça s'installe, ça s'installe durablement, ça te déséquilibre pas mal de trucs. C'est d'ailleurs des soucis que j'ai eus durant ma grossesse et en postpartum depuis. Je galère un petit peu à rééquilibrer au niveau hormonal. Il y avait autant ce besoin de me faire vomir parce que tout simplement je me sentais hyper mal. T'as trop mangé, t'as trop intégré de nourriture. Parce qu'il y a une grosse forme de culpabilité. Et puis parce qu'il y a ce besoin de se dire, ouais non, je veux pas que ça s'accroche. Ce que ça a changé dans mon quotidien, c'est qu'en fait, tu pouvais avoir des moments où tout était normal dans ta vie. Et des moments où il n'y avait que cette obsession-là de nourriture, nourriture, nourriture. Ou au contraire, culpabilité, honte. Je vais jamais m'en sortir, baisse d'estime de soi, dévalorisation complète. Et forcément, ça change tout, autant pour toi que par rapport à ton rapport aux autres.
- Speaker #0
Ouais, c'est vrai. Il y a une question qui a popé dans ma tête, qui est repartie aussitôt.
- Speaker #1
Ça reviendra.
- Speaker #0
Ça reviendra. Ça reviendra probablement. Ah oui, si. Est-ce qu'il y avait des choses qui te déclenchaient plus que d'autres ?
- Speaker #1
Je crois que j'ai jamais su identifier qu'elle aurait été potentiellement la situation ou l'émotion qui aurait déclenché une crise plus qu'une autre. Je pense que la frustration slash colère, parce que je suis quelqu'un qui est très en colère intérieurement, et la tristesse, je dirais.
- Speaker #0
Ça me semble presque logique que t'aies pas réussi à associer d'émotions, parce que les émotions, c'est quelque chose qui est quand même assez difficile pour toi.
- Speaker #1
Ouais, c'est hyper compliqué.
- Speaker #0
C'est vrai que la colère, maintenant, bon, ben, tu sais la reconnaître, tu la vis suffisamment. Oui. La frustration aussi, mais ok. Ah, mais la tristesse quand même aussi, ouais.
- Speaker #1
Oui, je pense, parce qu'il y a vraiment ce besoin, en fait, tu vois, de... il faut que je me remplisse parce qu'il faut que je pense à autre chose et en plus de ça je sais qu'en me remplissant après je vais me sentir mal donc il n'y aura plus d'espace pour l'émotion c'est vraiment avec le recul que je m'en rends compte ça à 20 ans je ne le captais pas du tout tu vois moi je ne l'avais même jamais capté mais c'est vrai que la douleur physique prend le pas sur la douleur émotionnelle c'est exactement ça et c'est ce que j'avais vécu en dépression postpartum aussi j'avais envie de me faire mal physiquement parce que j'avais trop mal émotionnellement Oui.
- Speaker #0
Ouais, ça permettait de rediriger la douleur ailleurs,
- Speaker #1
en fait. Oui, c'est exactement ça. Et vu qu'on t'apprend pas à vivre avec une douleur émotionnelle, en fait, on t'explique qu'une douleur, elle peut que être physique. Alors maintenant, ça commence à évoluer, heureusement. Bien sûr. Mais nous, quand on était enfant, on nous apprenait pas ce que c'était les émotions. Non,
- Speaker #0
pas du tout.
- Speaker #1
Quelles étaient les différentes émotions, comment c'était dans ton corps quand tu les vivais. Et du coup, il fallait rediriger ça absolument parce que ça faisait trop mal.
- Speaker #0
Ouais, c'est vrai. Et puis, tu as un fonctionnement atypique. Oui. Donc qui fait que les émotions sont en plus décuplées et très fortes.
- Speaker #1
Très très fortes.
- Speaker #0
Qu'est-ce qui t'a le plus aidée toi et qu'est-ce qui a commencé à t'apaiser par rapport à ça ? Déjà quand est-ce que c'est venu ? Quand est-ce que t'as pris vraiment conscience que ça avait un gros impact sur ta vie ?
- Speaker #1
Alors déjà moi à la base je pensais que l'origine de mon hyperphagie elle venait d'une opération que j'avais vécue vers 16-17 ans. où on m'avait demandé de prendre du poids. Donc, en l'espace d'un mois, j'avais beaucoup mangé, parce que c'était une opération de chirurgie réparatrice où on devait récupérer de la graisse, en fait, pour... Bref.
- Speaker #0
Pour l'injecter ailleurs.
- Speaker #1
Voilà, pour l'injecter ailleurs. Et donc, il y avait besoin d'avoir ce tissu adipeux, cette masse graisseuse disponible. Et on m'avait effectivement demandé de prendre du poids. J'ai toujours pensé que ça venait de là. Après plusieurs années de travail, psy, hypnose, etc., en hypnose, en fait, on a potentiellement réussi à remonter à l'origine des TCA, qui proviendrait, en fait, de mes 12 ans, 13 ans, où je me suis fait frapper au collège. Je me souvenais de l'épisode. Je me souvenais, oui, je me suis fait frapper, etc. Mais lors de la séance d'hypnose, en fait, je me suis souvenu de la violence de l'acte. Je n'avais plus du tout conscience et je ne le ressentais plus dans mon corps à quel point ça avait été violent. Potentiellement, on va dire... que l'hyperphagie était là depuis ce moment-là, mais elle s'est probablement révélée à partir du lycée depuis vingtaine. Qu'est-ce qui a su m'apaiser ? Je ne saurais pas trop le dire, ça s'est fait au fil des années. Je pense que déjà, il faut le souligner, le TCA, c'est ce qui m'a emmenée là où je suis aujourd'hui. C'est-à-dire que c'est grâce à ça que je me suis passionnée dans la nutrition et que j'ai décidé de me reconvertir pour faire un BTS diététique. Je regrette pas d'avoir vécu tout ça, parce que je suis ici grâce à ça. Maintenant, je pense que ce qui m'a apaisée, finalement, ça a peut-être été mes études aussi. Lorsque je suis entrée en BTS diététique nutrition, je me suis rendue compte de l'impact réel de la nutrition sur ton corps, sur tes mécanismes biochimiques, sur ta physiologie, sur tes organes lorsqu'ils vont déjà pas très très bien. Et ça a été vraiment l'apport scientifique dont j'avais besoin, parce que je suis une scientifique à la base. Et j'avais vraiment besoin de connaître tous les mécanismes, de savoir d'où ça venait, comment ça pouvait se faire. Je pense que ça a été une grande part dans l'apaisement de l'hyperphagie. Le fait de prendre de l'âge aussi, tout simplement. Maintenant, ce n'est pas parce que chez moi ça s'est passé comme ça qu'en fait ça passera chez tout le monde. Je pense que j'ai eu beaucoup de chance dans mon TCA que ça se passe comme ça. Après, à côté, il y avait du travail. De l'hypnose, de la psychothérapie. J'avais fait plusieurs trucs, je me souviens même plus de tout. La kinésio.
- Speaker #0
C'est vrai que toi, tu as énormément travaillé dessus. Aussi par rapport justement à ton rapport à toi et à ton corps. Oui,
- Speaker #1
c'est ça.
- Speaker #0
Ce que finalement, je dis toi parce que finalement, de mon côté, ça s'est apaisé aussi. Mais finalement, je ne l'ai jamais traité en thérapie. Par contre, attention, je ne suis pas en train de dire que c'est ce qu'il faut faire. Parce que je pense que vraiment... Surtout dans les TCA, il y a une origine psychologique. Il faut vraiment se faire accompagner par des professionnels compétents.
- Speaker #1
Par des pro-compétents et en pluridisciplinarité. Ça, c'est vraiment le truc à rechercher quand on veut commencer à aller vers le chemin de la guérison.
- Speaker #0
Je me posais une question, dans cette notion, dans ce chemin qu'ont été les TCA, il y a eu des hauts, des bas. Est-ce que pour toi, c'est plus quelque chose dont on guérit, ou c'est quelque chose où on apprend tout simplement à vivre avec ?
- Speaker #1
Je suis assez mitigée sur la question et la réponse à donner, parce que déjà, elle est très personnelle. Pour moi, ça a été d'abord un chemin sur lequel il fallait apprendre à marcher. Déjà, découvrir ce chemin, puis savoir comment tu vas l'appréhender et comment tu fais pour ne pas tomber dans le fossé, pour continuer à avancer. Maintenant, je pense que la guérison, c'est un travail de toute la vie, finalement. Parce qu'un TCA, ça vient pas comme ça dans une vie, c'est qu'il y a eu un vécu, il y a eu un, voire plusieurs traumas, il y a eu plein de choses qui ont fait que ce mécanisme s'est mis en place comme stratégie, finalement. Donc je pense que c'est un chemin à la base, puis éventuellement avec tout le travail qu'on va maintenir à côté tout au long de notre vie, on peut effectivement voir une certaine guérison.
- Speaker #0
Ouais, c'est super intéressant parce que, et là encore, je dirais toi comme moi, on a réussi à quand même vachement apaiser les crises, mais il suffit qu'il y ait un événement, quelque chose de soit traumatisant, soit de trop dur. Et ça peut revenir, toi ça a été le cas un petit peu en postpartum.
- Speaker #1
Même avant, ça a été le cas au décès de mon père. Ça a été le cas, tu te souviens très bien, le soir où j'ai appris le décès de ma marraine, on était dans un bar avec des copines. Là, je sais que je me suis un peu lâchée sur l'alcool à consommer avec modération. En plus, j'étais en pleine période où j'allais démarrer mes examens du bêtisier tétique. Ça en est suivi des jours assez compliqués au niveau crise. On le sait, toutes les deux, j'ai eu pas mal de décès en très peu de temps. des décès très proches. Durant ma période d'examen, c'était pas facile non plus parce qu'il y avait beaucoup de stress. Mais je trouve que ça allait encore. Par contre, en effet, en dépression postpartum, là, ça a été un peu une recrudescence, bien que ce qu'on appelle les crises alimentaires toutes les deux, elles étaient beaucoup moins intenses qu'à l'époque.
- Speaker #0
Elles étaient plus maîtrisées, tu dirais ?
- Speaker #1
Je sais même pas si maîtrisées, c'est le mot, parce que je me rendais pas forcément compte que c'est moi qui mettais plus de volonté dans le fait que ce soit moins intense. C'est juste que la quantité consommée était beaucoup moins importante. Je pense que c'était vraiment juste un truc... Bon, vite, là, il faut que je me remplisse un peu. Mais bref, j'ai quand même pas le temps, il faut que je fasse autre chose. J'arrive pas trop à l'expliquer.
- Speaker #0
Tu penses que le corps... Bon, là, on va un peu loin dans le truc, mais est-ce que tu penses que le corps, justement, avec tout le travail qui a été fait, ça avait peut-être, lui, tout seul, un peu mieux géré ?
- Speaker #1
Peut-être. Franchement, pourquoi pas ?
- Speaker #0
C'est difficile de savoir.
- Speaker #1
J'ai envie de dire, si tu bosses sur tes traumas et sur tout... ou ce qui a un impact négatif dans ta vie, je pense qu'à un moment donné, il y a une forme d'apaisement. Et possiblement, tu vois, ces crises-là qui viennent dans des moments encore difficiles, malgré nos 30 ans passés, bien passés, c'est peut-être juste une espèce de mémoire du corps, tu vois. T'as quand même besoin d'apaiser un truc, t'as besoin de te remplir. Donc t'as la mémoire du corps de devoir te remplir. Oui. Mais voilà, c'est beaucoup moins intense.
- Speaker #0
Et puis, je sais pas toi, mais moi, j'ai eu là une période où j'avais besoin de me remplir, justement, soumise à un trop gros stress. Et ce qui a changé, et j'aimerais bien savoir si pour toi c'est pareil, c'est en fait l'absence de culpabilité. C'est que j'avoue que je m'autorise plus.
- Speaker #1
Ouais, c'est vrai.
- Speaker #0
Parce que je sais que, ouais, bah ok, à l'instant T, j'ai besoin de ça, et malheureusement, je vais pas réussir à faire autre chose.
- Speaker #1
Ouais, t'as raison.
- Speaker #0
Je me fous la paix, en fait.
- Speaker #1
Ouais, t'as raison. je pense qu'effectivement c'est se rendre compte que tu le fais parce qu'il y a une émotion qui est là, mais que tu as besoin de processer cette émotion, que c'est ça le travail que tu dois faire, c'est pas te remplir. Donc je pense qu'il y a la mémoire du corps besoin de se remplir quand même, parce que c'est ce qui nous a apaisés pendant des années. Mais vu qu'on processe les émotions différemment, ça va aussi jouer.
- Speaker #0
Et puis je pense qu'en vrai, c'est ok de succomber à la tentation, parce qu'à côté de ça, on continue à faire un job sur l'accueil des émotions, sur des thérapies, sur nos traumas. Donc je pense qu'il y a aussi ce truc de se dire, je sais que là, c'est même pas que je replonge dedans parce que je vais pas replonger. En tout cas, moi, j'ai pas ce sentiment que ça va me faire replonger. Mais c'est juste qu'à l'instant T, je peux pas faire autrement, j'ai pas l'énergie. Par contre, je culpabilise pas et je me dis, bon, ok, la prochaine fois, j'essaierai de faire différemment si j'y arrive.
- Speaker #1
C'est ça, c'est se foutre la paix un peu plus et se rendre compte que c'est un signal d'alerte. et que ce signal d'alerte il va falloir l'écouter pour effectivement que la prochaine fois ça ne se déroule plus de la même manière.
- Speaker #0
Ouais, super intéressant. Si quelqu'un, là, nous écoute et se reconnaît dans ce qu'on raconte, est-ce que tu aurais un petit conseil à donner, une petite chose à tester ?
- Speaker #1
J'en ai pas. J'en ai pas parce qu'on le disait déjà, chaque personne avec un TCA ou une apparentation de TCA va vivre les choses différemment. Ça provient d'une origine différente. Et je pense que ce qui peut parfois fonctionner pour quelqu'un ne fonctionne pas. pas pour une autre personne. Et en plus de ça, j'ai vraiment du mal à me dire que juste un tips va aider, tu vois, à soit sauter une crise, soit carrément sortir des TCA. On voit beaucoup de trucs sur les réseaux aujourd'hui par rapport à ça. Beaucoup de femmes, beaucoup d'hommes aussi d'ailleurs, j'en ai déjà vu, qui se convertissent en coach, etc. Alors, je ne dis pas que ce qu'ils font, c'est qu'eux pas bien et qu'il ne faut pas les écouter, mais... On voit souvent de trucs de tips. J'ai vu récemment, mais franchement, pas plus tard que 3-4 jours, une jeune fille qui, visiblement, était passée par les TCA, qui disait, moi, le tip qui m'a aidée, c'est, avant une crise, je bois un café noir avec de la vanille.
- Speaker #0
Oui, mais ça, c'est très personnel. Moi, je n'aime pas le café. Donc,
- Speaker #1
déjà,
- Speaker #0
on est foutus, quoi, tu vois.
- Speaker #1
Mais je ne suis pas sûre qu'il n'y avait que ça qui fait qu'elle est sortie des TCA, en fait. Non. Et donc, donner un tips pour se dire, vas-y, tu vas y arriver, fais ça. t'auras pas de crise. Je trouve que c'est vachement invisibiliser la pathologie de base,
- Speaker #0
tu vois. Ouais, je suis assez d'accord. En fait, y'a pas de formule magique. Non. Y'a pas de conseil magique.
- Speaker #1
Non.
- Speaker #0
Le conseil, je pense, qu'on pourrait donner, c'est, ben, si c'est effectivement récurrent, ben, se faire accompagner,
- Speaker #1
quoi. C'est ça, si c'est récurrent, si ça commence à poser un problème dans la vie de tous les jours, dans son rapport au corps, dans son estime de soi, dans son rapport aux autres, c'est que c'est pas ok, c'est qu'il y a quelque chose qui est là qui a besoin d'être traité. Et c'est carrément de commencer à se rapprocher vers des personnes compétentes, des diététiciens qui sont spécialisés en diététique comportementale, des psychologues, des psychiatres qui sont spécialisés un petit peu en TCA. Commencer, en fait, une potentielle prise en charge pluridisciplinaire, quoi. Il doit y avoir d'autres métiers. Bien sûr, je ne ferme pas la porte aux autres métiers, mais il y a plein de choses à faire. On a plein d'outils aujourd'hui.
- Speaker #0
J'ai lu que 30% des adultes hyperphagiques présentent aussi un... TDAH, est-ce que selon toi, être neuroatypique ça joue dans les TCA ?
- Speaker #1
Clairement, parce qu'on le disait, t'as des émotions qui sont complètement décuplées, tu sais pas d'où elles sortent, tu sais même pas qui elles sont. Quand t'es dans un tsunami comme ça, il faut que tu trouves un moyen de t'en sortir. Alors t'as des personnes qui vont manger, t'as des personnes qui vont aller faire du sport, t'as des personnes qui vont pleurer, t'as des personnes qui vont... Je sais pas, on peut faire X choses. Ce chiffre ne m'étonne absolument pas. Ça fait effectivement un tiers quand même des personnes. Et je pense que c'est un chiffre qui est encore sous-estimé.
- Speaker #0
Oui, je pense aussi.
- Speaker #1
Quand on sait aussi que dans les neurotypes, c'est mon cas notamment pour avoir un TDAH avec très grosse impulsivité, quand l'impulsion est là, elle est là. Tu ne peux presque rien faire pour l'empêcher.
- Speaker #0
C'est ça que je voulais évoquer tout à l'heure. Justement, on parlait de tips, mais moi, je me suis questionnée dans ma tête à me dire qu'est-ce qui, moi, m'a vraiment aidée. Mais en fait, rien n'a jamais fonctionné.
- Speaker #1
Oui, c'est clair.
- Speaker #0
Et pourtant, j'ai même essayé d'avoir Sam qui m'aide. Ouais. Mais en fait...
- Speaker #1
Non, c'est impossible. Limite,
- Speaker #0
je l'ai engueulé. Parce qu'en fait, je voulais... Enfin, je voulais pas être coupée dans ma crise. Ouais, ouais, ouais. C'était plus fort que tout,
- Speaker #1
en fait. Mais de toute façon, je pense que c'est hyper contre-productif. Quand la crise, elle a besoin de venir, aller l'empêcher par un autre moyen, je pense que c'est juste la retarder, voire l'intensifier derrière.
- Speaker #0
Ouais, je suis assez d'accord avec toi. Enfin, je suis même très d'accord avec toi.
- Speaker #1
C'est... Tu vois, on... Il y a plein d'outils qui existent en diète comportementale, parfois même la crise programmée. Mais il y a beaucoup plus de choses autour de ça. En fait, quand on veut se faire en compagnie dans les TCA, des bons professionnels spécialisés ne vont pas nous dire d'arrêter de faire des crises. Parce que ce n'est pas ça le problème à la base. C'est qu'il y a autre chose. Et les crises, c'est juste la stratégie de compensation, la stratégie pour aller ailleurs. Oui. Donc, ouais, empêcher de la faire, pour moi, ça va vraiment la retarder, voire l'exacerber.
- Speaker #0
C'est génial ce que tu dis, parce que c'est un discours qu'on entend très peu. Alors, peut-être pas dans ta sphère à toi, parce que, n'oublions pas que comme t'es professionnelle, je pense que t'as peut-être des collègues qui, elles ou ils, en parlent. Mais c'est vrai que, de mon côté, franchement, c'est des discours que j'ai très peu entendus, quoi. Et pourtant, ça fait sens. C'est comme... Alors si on peut faire un parallèle, mais c'est un peu comme les émotions. Essayer de les empêcher, c'est contre-productif.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
On est censé les accueillir et... Il paraîtrait, j'ai pas encore réussi à expérimenter, mais que justement, le simple fait de les reconnaître, ça baisse l'intensité. Donc ouais, il faut vraiment être dans l'accompagnement. Est-ce que tu penses, tu as déjà pas mal répondu, que ton fonctionnement atypique influence ton rapport à la nourriture ?
- Speaker #1
Ouais, ouais,
- Speaker #0
ouais. Je pense qu'il y a aussi un lien avec la dopamine.
- Speaker #1
Complètement, bien sûr. Quand t'as un dérèglement, de toute façon, le dopamine qui fait un peu partie du circuit de récompense... forcément, ça va impacter. Il y a un besoin de recherche de cette dopamine, de ces petits shots par-ci, par-là. Ça, ça va être pareil, ça peut se trouver de différentes manières. Mais en plus, quand t'as une sensibilité avec la nourriture et qu'il suffit que tu sois dans un moment, encore une fois, où t'es seule chez toi, t'as de quoi te faire kiffer, ben let's go, quoi.
- Speaker #0
Ouais, on revient sur cette histoire d'être seule chez soi. J'aimerais bien que tu développes un peu parce que je pense que c'est quelque chose, justement, le fait de faire une crise devant quelqu'un ça crée souvent un sentiment de honte c'est ça c'est clairement la honte et j'aimerais bien qu'on en discute un peu parce que je pense que ça peut peser sur les épaules de beaucoup de personnes c'est ça faire
- Speaker #1
une crise alimentaire devant quelqu'un c'est se mettre à nu c'est montrer une face de nous même qu'on a absolument pas envie de rendre publique parce que c'est la honte c'est pas normal, t'es folle t'as pas à faire ça, qu'est-ce qui te prend t'as juste à arrêter et puis c'est bon donc il y a une forme de honte il y a une forme de culpabilité il y a une forme de peur du jugement de l'autre et je pense qu'il y a une forme aussi de peut-être d'avoir besoin de se cacher pour s'auto-saboter ouais je vois ce que tu veux dire c'est que on laisse pas trop la place dans la société justement à montrer déjà nos émotions donc si je le fais seule, chez moi je gère mon truc comme je le veux personne ne saura jamais et même si finalement les marques vont rester sur le corps. Mais j'ai pas ce jugement supplémentaire. Alors on va peut-être juger mon corps, mais j'ai pas ce jugement supplémentaire en me disant « Non mais elle, elle est folle, elle a un problème, c'est pas normal, elle devrait faire quelque chose, elle devrait arrêter, nanana nanana. » Sauf que rajouter le jugement, en fait...
- Speaker #0
Ce qui est chouette, c'est que t'as cité beaucoup de phrases qu'on peut entendre, et je pense que si jamais il y a des proches... de personnes qui font face à ce genre de trouble, et bien justement, l'idée c'est d'éviter de culpabiliser la personne, de la juger.
- Speaker #1
C'est ça, surtout, moi je me souviens de situations où je cachais des emballages de ce que j'avais mangé à mes parents, et même finalement à mon chéri de l'époque, qui est aujourd'hui mon mari, au tout début quand on habitait ensemble, je les cachais des fois dans mes vats, ce genre de choses, et je me souviens... voire vécu des moments de peur intense en me disant il est en train de fouiller dans la remorque juste à côté de là où j'ai caché les trucs et le flip total d'être découverte ou d'autres moments où ça a été découvert et comment je vais justifier ça vite il faut trouver un truc et au début c'était compliqué après je le faisais plus parce que je lui expliquais ce que c'était et il a jamais été dans le jugement Mais effectivement, il y a beaucoup de personnes qui peuvent être dans le jugement. Donc si on est un proche de personnes qui vivent ce genre de situation, je pense que déjà, c'est surtout pas relever ce qui vient d'être trouvé. C'est bon, ok, vous venez de trouver des emballages vides un peu partout, vous les prenez, vous les mettez à la poubelle. Et voilà. En fait, c'est pas relever le truc. Peut-être un jour, si la discussion est open, parce que la personne victime en question, elle commence à s'ouvrir par rapport à ça, c'est demander, voilà, est-ce que je peux t'aider ? lorsque tu as l'impression que ça commence à te submerger. Comment je peux t'aider ? Quels sont tes besoins ? Mais effectivement, mettre en lumière ce qui a été fait ou culpabiliser l'autre, c'est encore pire.
- Speaker #0
Ouais, c'est horrible. Merci, c'était super pertinent et j'espère vraiment que ça va aider les personnes qui en ont besoin. Si une personne qui traverse ça en ce moment nous écoute, tu aimerais qu'elle reparte avec quoi en tête ?
- Speaker #1
Qu'elle reparte avec le fait que... on n'est déjà pas des machines, on est tous humains, on a tous des vécus qui ont été plus ou moins difficiles, que c'est ok d'avoir un besoin de compensation, peu importe lequel il est d'ailleurs, et que je pense que la première chose à faire, c'est d'en parler à quelqu'un de confiance, que ce soit un parent, un ami, personne de la famille, un professionnel de santé encore mieux, pour faire le premier pas, et déjà se rendre compte qu'il y a un comportement qui n'est pas la norme, c'est un gros pas.
- Speaker #0
éviter de s'empêcher d'essayer de trouver des tips pour s'en sortir etc alors peut-être que ça va marcher parce qu'on était dans quelque chose de très léger et tant mieux c'est trop cool mais si on se rend compte que vraiment en fait on n'y arrive plus seul c'est aller chercher de l'aide et ne pas hésiter à demander de l'aide parce
- Speaker #1
qu'en plus bon là on est quand même sur un podcast où je pense beaucoup de neuroatypiques nous entendent et très clairement les TCA font partie des comorbidités donc ils font complètement partie des comorbidités ouais
- Speaker #0
Et du coup,
- Speaker #1
on est plus à même de malheureusement tomber dans ce genre de problématiques-là. Donc, merci beaucoup. Je vais, comme à chaque épisode à deux voix, te poser des petites questions rituelles. De quoi partager quelques clés simples et inspirantes avec celles et ceux qui nous écoutent. Donc, pour rappel, tu as un fonctionnement neuroatypique, un TDAH plus précisément. Quand tu te sens débordée, qu'est-ce qui t'apaise le plus ?
- Speaker #0
Waouh ! Alors, je ne sais pas. Franchement, je vais être honnête, je ne sais pas. Je ne le sais pas encore. C'est trop frais, toute cette histoire de neuroatypie. J'ai une tête bien pleine en ce moment, tu le sais. Grosse, grosse charge mentale, parce que beaucoup de nouvelles choses dans ma vie qui sont d'ailleurs géniales. C'est vraiment que du positif, mais ça prend beaucoup, beaucoup de place. Donc... Si j'ai besoin de m'apaiser, je pense que déjà, ça va être juste d'enlever mon téléphone qui est souvent greffé dans ma main, de respirer un bon coup et d'écouter de la musique. Ça, je sais que ça me transporte beaucoup. Donc, je mets un petit Taylor Swift ou Imagine Dragons. Et là, ça m'emmène déjà un petit peu ailleurs. Juste revenir dans l'instant présent. Parce que j'ai tendance à mouliner très fort, très vite, très loin. et en fait c'est juste Ok, je mets mes pieds au sol et je me dis, je regarde autour de moi. Tu vois dans quelle pièce je suis, qu'est-ce qu'il y a comme couleur, qu'est-ce qu'il y a comme odeur, qu'est-ce qu'il y a comme bruit. Et ça me fait redescendre assez vite.
- Speaker #1
Et c'est vrai que l'instant présent, moi pendant longtemps, je dois l'avouer, je me disais, c'est un peu du bullshit tout ça. Mais j'avoue que plus j'y pense, plus je pense que pour des personnes comme nous qui sont trop dans le mental, effectivement...
- Speaker #0
C'est revenir au corps, revenir à la terre. Ouais, je pense que c'est hyper important.
- Speaker #1
Il y a un truc que t'as pas dit, c'est quelque chose dont t'as besoin et qui peut forcément t'apaiser, c'est de t'isoler en fait.
- Speaker #0
Ouais, par contre ça c'est vrai.
- Speaker #1
D'être seule.
- Speaker #0
Mais ça je pense que j'arrive pas non plus toujours à l'identifier. Alors je sais depuis très longtemps que je suis une personne où j'ai besoin d'être seule ou vraiment même de couper contact en fait avec l'extérieur. Mais je pense que je me rends pas toujours compte dans quelle situation j'ai plus ou moins besoin de le faire.
- Speaker #1
Je pense que ça viendra avec le travail sur les émotions, justement.
- Speaker #0
Oui, c'est ça.
- Speaker #1
Parce que quand on ne connaît pas les émotions, on ne connaît pas les besoins. Et quand on ne connaît pas les besoins,
- Speaker #0
comment savoir ce qu'il faut faire ? C'est exactement ça. Et puis, tu le sais, quand on devient maman, c'est hyper difficile de s'isoler aussi. Et c'est vrai que je pense que des fois, je pousse le bouchon assez loin. Et du coup, quand j'ai besoin de m'isoler, j'ai besoin de m'isoler vraiment fort. Au point où, quand on va venir me solliciter, je vais être extrêmement en colère. Et au point où j'ai même besoin de couper le contact avec les personnes de l'extérieur à mon foyer pendant plusieurs jours.
- Speaker #1
Ouais, c'est vraiment une surcharge à trop longtemps.
- Speaker #0
Oui, c'est ça.
- Speaker #1
Moi, tu ne reconnais pas en fait les premiers signes.
- Speaker #0
Oui, je pense. Je pense que c'est tout de suite de trop.
- Speaker #1
Alors, deuxième petite question. Est-ce que tu as une petite astuce du quotidien qui change tout pour toi ?
- Speaker #0
J'en ai pas. Désolée. Désolée de décevoir. Non, je n'en ai pas parce que j'apprends vraiment à naviguer avec la neuro-ATP. Et comme je le disais, vu que j'ai la tête très pleine en ce moment, je n'ai pas de place pour chercher des outils, trouver des outils, savoir qu'est-ce qui me correspondrait, malgré les séances de neuropsychologie qui sont plutôt intéressantes en quotidien. Mais pour le coup, tu vois, c'est drôle parce que... D'ailleurs, il faudrait que je reprenne rendez-vous. Désolée, madame.
- Speaker #1
Je ne suis pas sûre qu'elle nous écoutera.
- Speaker #0
On ne sait jamais. Mais quand je suis en séance en neuropsychiatrie, on parle très souvent des astuces d'un quotidien pour mon boulot. Parce que mon boulot prend tellement de place que... Ben voilà. Je n'ai pas encore trouvé comment faire pour le côté famille et perso. Et pourtant, j'y suis très bien dans ma famille, dans mon perso.
- Speaker #1
Mais je pense que c'est justement parce que... t'y es bien et que tu rencontres plus de problématiques. En tout cas, ça te surstimule plus ton travail peut-être. Alors bon, avec un enfant pas sûr, mais oui, en tout cas, ça a peut-être été à l'instant T ta priorité.
- Speaker #0
Oui, et puis bon, de toute façon, t'es à ton compte, t'es seule à devoir tout gérer. Et quand t'as millé une chose, forcément, ça prend de la place.
- Speaker #1
Bien sûr, bien sûr.
- Speaker #0
Donc voilà, maintenant, avec le... Gabriel a grandi. Alors oui, il y a des moments qui restent pas faciles du tout. Déjà, sans la dépression postpartum, et avec un enfant qui a grandi et qui a évolué, ben, t'es quand même...
- Speaker #1
Tu souffles un peu plus quand même au quotidien,
- Speaker #0
quoi. Enfin là, je... Bon, ça fait un moment maintenant, mais... Je... Ça y est. maintenant je suis heureuse d'être avec mon fils seule parce que ça ça a longtemps pas été le cas je crois que tu me l'as jamais verbalisé ah mais il y a déjà j'avais peur d'être seule avec lui parce que les accès de colère que j'avais j'avais peur de lui faire du mal très honnêtement ça a été vraiment très compliqué cette période mais là ça y est et quand je dis que ça fait un moment ça se compte même en années maintenant mais ça y est je prends du plaisir à être avec lui quoi je prends du plaisir et Même si, tu vois, avant certaines situations, je me dis « Oh punaise, j'espère que ça, ça va aller, que ça, ça va aller. » Tu sais, t'essayes d'anticiper tout le temps que si jamais il se passe ça, ok, tu vas mettre ça en place. Mais je l'ai moins ça maintenant.
- Speaker #1
C'est bien.
- Speaker #0
Tu vois, je sais que là, je commence à l'emmener à mes matchs de basket seule sans que Jeff soit là. Donc, il faut quand même qu'il puisse un petit peu s'occuper tout seul. Mais du coup, heureusement, il y a mes coéquipières. qui s'en occupent bien aussi, mais j'ai moins peur de ça. Ça, je pense qu'il y a encore un an et demi,
- Speaker #1
ça n'aurait pas été possible. Ouais, carrément. De toute façon, je te referai revenir pour parler justement de la dépression post-partum. La fameuse DPP. Et de tout ce que ça a engendré pour toi parce que... C'était violent. C'était violent et ça aussi, je pense que quand on a un profil atypique, ça peut être encore... plus challengeant. Quelle force ou qualité ta neuro-atypie t'apporte selon toi ?
- Speaker #0
Le fait d'être émerveillée tout le temps.
- Speaker #1
Émerveilleuse, c'était très spontané comme réponse. Je précise qu'elle n'avait pas connaissance des questions avant.
- Speaker #0
Ah non, je pense que c'est vraiment ça. Et pour le coup, ça fait pas longtemps qu'on sait toutes les deux qu'on est neuro-atypique. Pour le coup, même Jeff, mon mari, je pense qu'une des premières choses qu'il disait, je sais pas si c'était le cas quand on... qu'on était très amis avant de se mettre en couple. Je sais pas s'il disait ça déjà avant quand on était potes ou s'il le ressentait, mais je pense que des premiers souvenirs que j'ai quand on s'est mis en couple, il m'a toujours dit, j'adore tes... Tu vois tout avec des yeux d'enfant. Et en fait, c'est vrai,
- Speaker #1
c'est hyper kiffant. Ouais, c'est vrai.
- Speaker #0
Parce qu'il y a tout qui peut être trop cool, en fait, des choses insignifiantes. Rien peut me rendre hyper joyeuse. Alors... Autant il y a des moments qui peuvent être très compliqués parce qu'un rien peut aussi t'emmener hyper down. Mais vraiment, je pense que dans la neuro-atypie, c'est vraiment ça que je kiffe le plus.
- Speaker #1
Quel conseil tu donnerais à quelqu'un qui découvre sa neuro-atypie ?
- Speaker #0
C'est de se renseigner, de s'informer sur ce que c'est, de se faire accompagner par un pro formé. Ça par contre, c'est hyper important parce qu'ils ne le sont vraiment pas tous et on peut faire face à des... à des discours hyper culpabilisants du style c'est à la mode, vous n'avez rien, faites un peu plus de forme, mangez équilibré, ça ira mieux. Ok, d'accord, super. Mais oui, je pense que c'est de s'informer, de se dire qu'en fait c'est pas que je suis pas normale, c'est que je fonctionne différemment, même si moi je l'ai longtemps pensé, je peux parfois encore passer par des moments quand je suis très en colère à me dire mais t'es complètement folle ma fille. C'est juste qu'on n'a pas appris qu'il pouvait exister d'autres comportements. Donc je pense que c'est effectivement d'aller s'informer plus, plus, plus.
- Speaker #1
Je pense que c'est un super conseil. Merci beaucoup pour tes réponses qui seront précieuses pour celles et ceux qui vont nous écouter. On arrive à la fin de notre épisode. Le timing a été respecté. Excellent.
- Speaker #0
Je suis joie.
- Speaker #1
Merci beaucoup.
- Speaker #0
Merci à toi.
- Speaker #1
C'était vraiment un superbe échange. J'ai beaucoup apprécié de discuter avec toi. Comme d'habitude.
- Speaker #0
C'était trop cool.
- Speaker #1
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