Speaker #0Bienvenue dans Murmure Atypique, je suis Adeline, femme neuroatypique et maman. Ici, seule ou avec des invités inspirants, on brise le silence autour du TDAH, de l'autisme, de la parentalité et de la santé mentale. A travers mes partages et des témoignages sans tabou, on parle vrai pour mieux comprendre votre fonctionnement et nourrir votre quête de sens. Un souffle de bienveillance dans un espace intime pour se reconnaître, s'inspirer et Et enfin, Ne plus se sentir seule. Bonjour à tous, j'espère que vous allez bien aujourd'hui. J'étais pas du tout censée enregistrer un épisode de podcast puisque je pensais avoir un rendez-vous à l'heure où je vous parle. Sauf que, en bonne TDAH, je me suis trompée tout simplement de date. En fait, j'ai pas rendez-vous cette semaine, mais la semaine prochaine. Un créneau qui se libère dans mon agenda. Alice et... chez un copain, ça m'est parti les rejoindre et moi du coup je vais vous faire un épisode. Et un épisode que j'ai envie de faire depuis longtemps mais j'avoue que j'avais besoin de trouver le courage de le faire, c'est un épisode sur l'amitié. Je vais commencer par vous dire que j'ai toujours trouvé que l'amitié c'était un peu compliqué. Je dis ça d'ailleurs même des relations sociales mais l'amitié c'est encore un niveau au-dessus je dirais. En fait je trouve que ça peut être aussi simple que ça peut être compliqué. Vous allez comprendre. Alors déjà, je pense que j'ai toujours eu une vision de l'amitié un peu différente de celle des autres, puisque comme je vous le disais, déjà enfant, je trouvais les relations humaines compliquées. J'avais du mal à trouver ma place, je me sentais souvent comme étant un peu la pièce rapportée. Par exemple, quand on était à l'école, souvent il y avait des petits groupes qui se formaient. Moi, je me sentais un peu comme moi vraiment étant la personne. qui est là, mais personne ne sait trop pourquoi. Et d'ailleurs, je n'ai jamais eu énormément d'amis. C'est-à-dire que j'avais généralement une ou deux amis avec qui j'étais proche, mais pas forcément de copines ou de personnes avec qui je vais jouer de façon ponctuelle. Un peu comme aujourd'hui. Par contre, ce qui n'a pas changé, c'est que quand je me lis à quelqu'un, le lien est souvent très fort et très vite. Avec le recul, je pense que c'est vraiment... une caractéristique importante de ma manière de vivre l'amitié. Je pense que c'est aussi ça qui fait que c'est pas forcément facile pour moi. Je me suis dit que j'allais vous parler un petit peu de comment j'ai vécu l'amitié au fil des années. Alors déjà, il faut savoir que j'ai pas mal déménagé. Enfin, j'ai déménagé quelques fois, disons voir, quand j'étais plus petite. Mais c'est vrai que c'était des périodes auxquelles on... On lit déjà des liens avec des personnes et c'est vrai que moi, quand j'arrivais dans un nouveau lieu, j'étais déjà réservée et c'était pas facile pour moi d'aller vers les autres. Il se met à pleuvoir, j'espère que ça vous dérangera pas dans l'écoute du podcast. On verra bien, parce qu'en étant dans le van, ça fait du bruit. Dur de trouver ma place, dur d'aller vers les autres. Je me souviens que j'avais lié d'amitié avec certaines personnes. Je pense notamment en primaire avec Sophie, Laura, Floriane. Et au collège, en fait, j'ai gardé les mêmes amis chaque année. J'avais de la chance soit de retomber dans leur classe, soit de les voir un petit peu en dehors. Et il y a eu quelques personnes de passage. Mais ce qui m'a déjà marquée, c'est qu'au collège, j'ai vécu mon premier vrai chagrin amical. Je m'en souviens vraiment comme c'était hier. C'était une copine qui s'appelait Géraldine. et qui déménageait parce que son père avait trouvé du travail ailleurs. Ça m'avait mais brisé le cœur, ça avait été trop dur. Pourtant je la connaissais je crois depuis un an seulement, mais je pense que le lien avait été tellement fort que je l'ai vécu comme une rupture. Et c'est vrai que déjà très jeune, je me suis rendu compte que je vivais la perte d'une relation comme quelque chose de très douloureux. Ensuite c'est moi qui ai déménagé. A Djibouti, j'ai vécu trois ans là-bas parce que mon père était militaire, il avait été muté là-bas. Ça a été très dur parce que c'était, eh ben, dans mes années fin de collège, début de lycée, il me semble. C'était horrible pour moi de quitter mes amis, de quitter... ma maison, ma ville, et surtout aller dans un endroit où vraiment j'avais aucun repère. Alors j'ai essayé de garder le contact le plus longtemps possible avec mes amis, j'envoyais des lettres. Pas des emails, enfin si les emails c'est venu un petit peu après, mais j'envoyais des lettres et j'essayais de les revoir quand j'étais de passage en France. Mais c'est clair que malgré ça, la distance puis la vie fait qu'on perd de vue certaines personnes. Je pense que déjà à l'époque, je faisais beaucoup pour conserver les liens qui comptaient pour moi et les liens que j'avais créés. Encore aujourd'hui, il m'arrive d'aller un peu voir ce que mes amis de primaire et du collège, qu'est-ce qu'ils sont devenus. Et c'est vrai que même si je n'ai plus trop de contact, enfin plus de contact avec eux, ou plutôt avec elles... Je ne sais pas, je pense qu'elles resteront toujours des personnes importantes pour moi, ou en tout cas dans mon histoire. Ensuite, je suis revenue en France, après Djibouti, où j'avais aussi créé des liens très forts, notamment avec une copine qui s'appelait Margot et sa sœur Marine, avec une copine qui s'appelait Marie, avec Sarah aussi, et même Aurélie. Il y en a deux que j'ai revues, il n'y a pas si longtemps que ça, même si ça fait un petit bout. de temps maintenant, mais je les ai revues vraiment adultes et ça, je trouve ça fou. Ça a été une expérience particulière Djibouti parce que toutes mes copines étaient filles de militaires et du coup, n'étaient pas amenées à rester. Il y en a une, par exemple, même deux qui sont parties avant que moi je quitte Djibouti et ça a été super dur. Parce que, tout simplement, c'est des personnes avec qui je passais énormément de temps et du jour au lendemain, elles ne sont plus là. Et ouais, ça pour moi, ça a toujours été trop trop dur. Et quand je suis rentrée en France, ça a été un peu un choc. Déjà parce que j'ai dû quitter à nouveau mes amis. Et aussi parce que, je ne sais pas, j'ai un peu eu du mal à me faire ma place. Je suis rentrée quand j'étais en terminale, il me semble. Oui, oui, c'est ça. Je me suis liée d'amitié avec deux personnes de ma classe. Laura et Marion. Et aussi avec Romain, d'ailleurs. Et c'est fou parce que, eh bien, Laura et Romain... je suis toujours en contact avec eux même si c'est très peu régulier et Romain c'est majoritairement on sait ce qu'on fait l'un et l'autre à travers les réseaux sociaux mais il y a quand même un lien qui existe et Marion en fait il y a eu un gros clash et aussi un début de harcèlement ça, ça a été hyper dur parce que déjà que je me sentais peu à ma place parce que J'étais un peu la seule nouvelle de la classe, celle qui venait d'ailleurs. Et quand il y a eu cette rupture avec Marion, elle s'est un peu liée d'amitié avec toutes les autres. Et c'est vrai que toutes les autres faisaient des remarques à voix haute. Enfin bref, je ne vais pas vous raconter cette période de harcèlement, mais ça a été affreux pour moi. Je pense que c'est la première fois que je vivais du harcèlement scolaire. au point où je ne voulais plus aller à l'école. Évidemment, je n'ai pas eu le choix d'aller au lycée et évidemment que ça n'a pas été pris en charge à l'époque par le personnel du lycée tout simplement, par les enseignants ou le proviseur ou que sais-je. Je pense qu'ils n'avaient pas mesuré l'impact que ça avait sur moi, mais pour moi, ça a été vraiment destructeur. Mais c'est clair que ça a un peu renforcé cette idée que les amitiés, ça peut être... vraiment des instants de bonheur immenses, mais aussi devenir une source de souffrance. Je pense que ça a été un peu ensuite l'ambivalence dans ma vie pour cette notion d'amitié. Et quand je vous disais que quand je me lis, je me lis vraiment, je pense que s'il y en a une qui peut témoigner, c'est Laura, alors pas celle que j'ai rencontrée au lycée, mais celle que j'ai rencontrée en BTS, qui d'ailleurs a déjà fait des épisodes ici avec moi. C'est l'une de mes meilleures amies. Quand je l'ai rencontré... ça a été un vrai coup de foudre amical, ça a été très intense et c'est la première fois que je réalisais que ma façon d'être pouvait faire peur. Parce que quand je me lis avec quelqu'un, ça peut rapidement être intense pour moi, surtout quand on a des points en commun, quand l'énergie passe, etc. Je vais beaucoup donner, je vais souvent écrire, je vais complimenter, je vais partager rapidement beaucoup de choses, un peu d'oversharing, je l'avoue. J'ai pas vraiment la réponse à pourquoi est-ce que chez moi une amitié peut devenir aussi importante aussi rapidement. Mais ce que je sais, c'est que Laura était la première personne qui a... Elle réagit fort à cette intensité, dans le sens où elle m'a mis un petit stop en me disant « Écoute, ça va trop vite entre nous, je pense qu'il faut qu'on prenne nos distances. » Ce genre de choses, on en entend souvent parler dans les relations de couple, mais très peu en amitié. Et c'est vrai que je ne l'ai pas vécu beaucoup de fois dans ma vie. Je pense que je l'ai vécu une deuxième fois. Même si la personne ne me l'a pas dit ouvertement, j'ai senti sa prise de distance et j'ai senti que j'avais été probablement... too much, et en même temps je ne sais pas vraiment faire autrement. Mais je pense que c'est en fait tout simplement une manière pour moi, une manière naturelle de montrer mon affection, qui peut être vécue comme trop pour une autre personne, et qui pour moi est vraiment ma façon de montrer que j'apprécie quelqu'un. Autant cette expérience avec Laura ne m'a pas fait modifier mes comportements en amitié par la suite, autant la deuxième personne dont je vous parlais juste avant, qui pour elle c'était sûrement trop mais qui ne me l'a pas dit, je me suis quand même dit, bon, peut-être que je suis un peu trop, un peu too much, va falloir que je fasse attention. Et du coup aujourd'hui, j'ai un peu du mal à jauger ce que je peux faire et ce que je ne peux pas faire, ce qui est ok de ce qui n'est pas ok, même si je vous avouerai que j'ai tendance un petit peu là à me dire que si je veux rencontrer des amis... qui partagent ma vision de l'amitié, peut-être qu'il faut juste que je sois moi-même. Parce qu'on en a déjà parlé dans d'autres épisodes, le masking ou la suradaptation, ce n'est pas toujours top. Ça peut être à double tranchant. Et c'est vrai que pour moi, c'est un peu difficile parfois de me montrer comme je suis vraiment. Je pense d'ailleurs que j'ai, par le passé, parfois rangé mes opinions de côté ou plutôt du côté des autres pour ne pas créer de vagues ou plutôt je ne disais pas ce que je pensais à voix haute. de peur que ce soit mal perçu, ou que ce soit trop, ou que ce soit trop différent, et du coup de ne pas être apprécié. Aujourd'hui, j'apprends quand même de plus en plus à être moi-même, et donc à trouver des personnes qui m'acceptent comme je suis en fait. Mais ça, c'est vraiment avec les changements qui ont eu lieu ces dernières années. Parce qu'au fond, si aujourd'hui j'en viens à faire cet épisode sur l'amitié, c'est aussi parce que j'ai compris plein de choses, notamment ce qu'était une amitié. Je vais vous faire une toute petite... Parenthèse sur Aristote, ne vous inquiétez pas, ça ne va pas être barbant, parce que finalement je me suis posé énormément de questions sur l'amitié ces dernières années, aussi parce que durant ma période de burn-out, et quand je suis devenue maman aussi, j'ai perdu pas mal d'amis. Et je me suis beaucoup remise en question, je me suis beaucoup questionnée, et j'ai aussi beaucoup questionné l'amitié tout simplement, Ce qui m'a permis de tomber sur ce concept. des trois types de relations amicales. Je vais faire vraiment simple et vraiment bref. Mais en gros, il y aurait l'amitié dite utile. Donc, elle est basée en gros sur les services rendus, sur l'aide qu'on peut apporter aux autres. Vraiment pour faire simple. Il y a l'amitié plaisir. Ça va être des personnes avec qui on va tout simplement aimer être ensemble, passer des moments de qualité, partager des activités, vraiment profiter de moments à deux ou à plusieurs. Et il va y avoir un type d'amitié que j'adore. ce sont les amitiés vertueuses. Et ces amitiés-là, elles sont basées vraiment sur le respect mutuel et l'admiration et peuvent être plus durables. Et je pense que vraiment, ce que je recherche moi au sein des amitiés, ce sont des amitiés profondes qui sont vraiment basées sur un vrai lien, sur la confiance, sur le respect, la réciprocité, le non-jugement aussi. Et je pense que vraiment, si j'ai rencontré autant de problèmes ou autant de déceptions en amitié ou autant de souffrances, parce que c'était pas forcément des déceptions, mais comme forcément je vis les choses très intensément, ça veut aussi dire que du moment où une personne sort de ma vie pour x ou y raison, même sans qu'il y ait eu un problème en fait, ça me rend triste de façon très intense aussi. Et du coup, je pense que ça vient vraiment de là, peut-être, ouais, le fait que j'ai pas la même conception de l'amitié que tout le monde. Je pense qu'il faut le savoir pour moins en souffrir. Je me suis d'ailleurs rendue compte, durant mes thérapies, que j'ai en fait longtemps eu du mal à hiérarchiser mes amitiés. Alors ça fait bizarre d'employer ce mot, mais vous allez comprendre. En fait, j'avais tendance à m'impliquer plus ou moins de la même manière avec toutes mes relations. Ça veut dire que là où les personnes, elles ont souvent des connaissances, des collègues, des amis, des meilleurs amis, eh bien moi, j'avais l'impression d'avoir que des amis. et j'essayais en tout cas de donner autant de temps autant d'énergie, autant d'attention à chaque personne, ce qui est, soyons honnêtes, quasi impossible, je pense. Et je pense aussi que je m'investissais et je donnais beaucoup d'énergie dans des relations. dans lesquelles les personnes en face ne me considéraient pas vraiment comme une amie, comme moi je l'entendais. J'avais souvent l'impression que c'était moi qui devais maintenir le lien, prendre des nouvelles, en donner, proposer des choses, organiser des choses, vraiment faire vivre la relation. Et je me demandais pourquoi. Mais je pense vraiment que c'était que ces personnes-là avaient des amis qui étaient probablement plus importantes, et pour qui elles allaient faire ces choses-là, et que moi j'étais une copine. et du coup c'était plus ou moins logique, que pour elle, l'intensité soit différente et qu'elle ne soit pas là de la même manière. Mais moi, ça, je pense que je ne l'avais pas saisi. Et du coup, j'avais, je pense, peut-être tendance à confondre l'intensité du lien avec la réciprocité du lien. Et c'est vrai qu'aujourd'hui, je me questionne beaucoup sur est-ce que deux personnes peuvent être amies sans donner exactement la même chose à la relation ? Alors exactement, je mets des guillemets, mais est-ce que c'est ok dans une relation qu'une personne soit quasi toujours à l'initiative des choses et que l'autre se contente entre guillemets de répondre ? Je pense que pour moi ça ne me convient pas, mais peut-être que c'est juste un concept normal des choses, je ne sais pas. Après j'ai quand même conscience, et ça vraiment je l'ai travaillé au fur et à mesure des années, qu'une amie par exemple peut être moins démonstrative, Donc qui va moins être... dans l'expression des émotions et des sentiments, mais être là quand j'ai besoin d'elle. J'ai une amie qui remplit vraiment cette case. Une autre va pouvoir écrire beaucoup, mais être moins présente physiquement. Et une autre va pouvoir, par exemple, ne pas donner de nouvelles trop régulièrement, par contre me répondre tout de suite quand j'ai besoin. Donc quand je vous disais avant, sans donner exactement la même chose à la relation, Ce n'est pas en fait une parfaite symétrie. Mais je pense que pour moi, c'est important qu'il y ait quand même cette notion de réciprocité. Parce que soyons honnêtes aussi, quand on est autiste, quand on a un TSA, souvent on n'est pas super à l'aise dans les relations sociales. Et pour ma part, j'ai parfois du mal à reconnaître quand quelqu'un veut vraiment être mon ami. Oui, je sais, ça apparaît être un peu des questionnements. d'une personne vraiment de primaire qui est en découverte de l'amitié. Mais je pense que moi, ça ne serait jamais de me questionner sur l'amitié. D'ailleurs, je pense que sans que la personne me dise explicitement qu'elle est mon amie ou qu'elle veut être mon amie, je ne sais pas toujours où se situe la relation. Aussi parce que je pense que j'ai parfois tendance à interpréter ou à ressentir fort alors que peut-être que je n'ai pas toujours les codes. Je ne sais pas. Et puis, c'est vrai que ce qui est sûr, et ça, mes amis pourraient en témoigner, surtout celles qui sont là depuis longtemps. J'ai une grande tendance à interpréter, aussi parce que, comme dit, je pense que j'ai pas les codes et en fait, je me demande toujours est-ce qu'il y a un sous-entendu, parce qu'aussi, il y a des choses que je saisis pas toujours du premier coup. Est-ce que j'ai raté quelque chose ? Est-ce que cette personne m'en veut ? Est-ce que j'ai dit quelque chose qui aurait pu la blesser ? Et en fait, j'en suis venue à faire quelque chose et je pense que vous allez me prendre un peu pour j'allais dire une folle. mais on se comprend, c'est que l'une de mes meilleures amies, comme je vous le disais, n'est pas très démonstrative. Et bien en fait, de temps en temps, ça m'arrive de lui demander si on est toujours amis. Je lui ai même demandé une fois, est-ce que tu es toujours amie avec moi parce que tu m'aimes ou par habitude ? Oui, je lui ai posé cette question. Franchement, j'ai super honte de le dire. Mais pour être honnête, je me posais vraiment la question. J'ai décidé aujourd'hui qu'au lieu de me tourmenter avec ce genre de choses, parce que ce qui se passe, c'est que moi, j'ai besoin d'un signe clair. J'ai besoin d'une preuve, en fait, que mes amis sont toujours mes amis. C'est vraiment bizarre. Je sais que c'est bizarre comme concept et vraiment, je me sens super chelou, mais du coup, plutôt que d'attendre cette preuve qui n'arrivera peut-être jamais, eh bien, je choisis... Tout simplement de poser la question. Aussi parce que, en fait, m'inventer toute une histoire, souvent mon cerveau va choisir le pire scénario. Et en fait, c'est trop dur. Si je prends un exemple tout simple, si une personne, on va dire une amie proche, ne va pas me donner de nouvelles pendant une semaine, eh bien, je vais pouvoir avoir l'impression qu'elle est distante, qu'elle m'en veut, alors que rien n'a été dit de ça. Parfois, je ne me trompe pas, mais parfois, ce n'est pas ça du tout, en fait. Alors, j'ai appris, là encore, à me dire que la personne est probablement occupée. Il faut aussi que je vous parle d'une notion qui est importante ici, c'est que moi j'ai une grosse blessure d'abandon, puisque j'ai été abandonnée par mon père quand j'étais toute petite. Du coup forcément ce sont des choses qui marquent, surtout quand on a été enfant, et j'ai vécu des abandons plusieurs fois dans ma vie, qui font que je pense que cette blessure d'abandon est très très forte, et que... je me pose d'autant plus la question quand je sens qu'une personne n'est plus là, je me demande tout simplement où elle est et si elle est encore là. Tout ça, ça va beaucoup plus loin. Mais je me dis aussi que parfois, les personnes ne sont pas complètement honnêtes sur ce qu'elles ressentent. Parfois, j'ai senti des personnes distantes. Et c'est que quand je suis allée leur demander s'il y avait un problème, qu'elles m'ont dit qu'il y avait un problème. Mais si je n'avais pas demandé, on ne me l'aurait jamais dit. Alors que le problème, c'est que moi, vu que ce genre de sentiment, je l'ai souvent. Et pour ne pas embêter les gens, je ne vais pas leur demander tous les quatre matins « il y a un souci ? J'ai fait quelque chose de mal ? » Ça peut être hyper délétère, un peu toxique pour une relation. Donc vraiment, je travaille sur moi et tout. Mais le problème, c'est que si les personnes en face ne sont pas hyper transparentes, ce n'est pas facile non plus. Donc, je passe beaucoup de temps à me demander si mes amitiés sont réciproques. Comme je vous le disais, j'ai besoin un peu de preuves. Je ne sais pas, une présence, un mot, des échanges. Des signes qui me permettent juste de savoir que le lien existe toujours, surtout à l'ère des réseaux sociaux ou à l'ère du numérique, où on se voit moins, parce que nos vies sont à mille à l'heure, parce qu'on est dans une société où on nous apprend le culte de la performance. Il faut être partout, tout le temps. Et pour ça, pour être partout, tout le temps, il faut avoir du temps pour le faire. Et c'est au détriment de plein d'autres choses. Et c'est vrai que... Pour moi, les amitiés, c'est tellement important que j'essaie de trouver toujours du temps pour ça, même si je suis loin d'être parfaite sur le sujet et on en parlera probablement plus tard, mais je trouve qu'on est aussi dans une ère où finalement les amitiés, elles peuvent vachement plus s'essouffler. Et c'est vrai que pour moi, vraiment, l'amitié et de manière générale, le lien réel est hyper important. Et ça aussi, je me demande en fait s'il y a encore des personnes pour qui c'est aussi important. Au-delà de petits messages sur les réseaux ou de juste regarder ce que deviennent nos amis sur les réseaux. Et il y a aussi un sujet qu'on n'aborde pas du tout assez, je trouve, les ruptures amicales. Parce qu'autant les ruptures amoureuses, on en parle depuis toujours, j'ai l'impression, mais les ruptures amicales, ça fait trop mal. J'ai vécu des déceptions amicales assez tôt dans ma vie, ça continue encore aujourd'hui. Vraiment, on peut parler de véritables ruptures amicales. certaines m'ont fait même plus souffrir qu'une rupture amoureuse. C'est dire. Comme je vous le disais avant, depuis que je suis maman et que j'ai vécu mon burn-out, j'ai vécu des ruptures amicales qui me font encore souffrir aujourd'hui. J'en rêve encore parfois la nuit. C'est dire à quel point ça peut être vraiment impactant sur une personne. Alors que je pense que les personnes en face dorment très bien. Parce que je pense vraiment que je ne comptais pas autant pour elles qu'elles comptaient pour moi. Mais pour moi, c'est un vrai traumatisme. Et c'est d'autant plus le cas quand il n'y a pas de vraie clôture, je dirais. Et en même temps, moi, j'ai hyper peur des clôtures en amitié. Vraiment de ce moment où on dit je suis désolée, mais en fait, on ne va plus pouvoir être amis. Et d'ailleurs, pour la petite histoire, il y a une des ruptures amicales que j'ai vécues ces trois dernières années. En fait, que j'aurais dû voir venir, mais je m'y suis tellement accrochée. Mais aussi parce que c'était une personne vraiment importante pour moi. Mais en fait, cette personne m'a dit que depuis que j'étais maman, mes centres d'intérêt avaient trop changé. En réalité, c'est surtout que j'étais en burn-out. Et c'est vrai que ça a été très dur les trois premières années avec Alice, pour diverses raisons. Et aussi pour moi, puisque j'ai vraiment fait un burn-out autistique et c'était super dur. J'étais vraiment plus moi-même, j'étais vraiment en mode survie. Je ne pouvais plus du tout consacrer autant de... tant que je l'aurais espéré à mes relations. Et en fait, cette amie m'a... m'a dit ça et je pense que j'aurais dû entendre que pour elle, l'amitié s'arrêtait là et moi j'ai essayé de maintenir le lien de façon plus aléatoire, c'est vrai mais tout de même finalement quand j'ai arrêté de l'alimenter j'ai plus de nouvelles je pense que pour que je souffre moins il y aurait dû y avoir une clôture de la relation et en même temps le fait qu'il y ait une rupture nette et peut-être de façon, je ne sais pas, peut-être plus virulente ou je pense que ça aurait pu encore plus me faire mal. Donc ouais, je trouve ça vraiment compliqué. Surtout que comme beaucoup de personnes qui ont un TDA, je fais de la dysphorie du rejet. Donc ça veut dire que je vis vraiment très mal la sensation de rejet tout simplement. Avec la dysphorie du rejet, c'est parfois difficile de savoir ce qui est réellement en train de se passer et ce qui est interprété comme un rejet. Donc en gros, un silence, ça peut prendre énormément de place. Une distance, ça peut devenir en fait une preuve que quelque chose ne va plus. Et ça rend vraiment les ruptures ou les changements dans une relation particulièrement difficile. Et ça, je pense que c'est aussi très difficile à comprendre quand on ne le vit pas. Surtout que, comme je vous le disais avant, quand je suis devenue maman, mon rapport à l'amitié a changé. Alors, par rapport à ce que vous avez dit, qu'à la manière dont je voyais l'amitié. Mais comme je vous le disais, moins de temps, beaucoup moins d'énergie. Les sorties le soir, c'était devenu impossible pour moi. Il fallait beaucoup s'adapter à Alice avec Sam. On ne pouvait jamais retarder le coucher d'Alice parce que sinon, elle faisait des terreurs nocturnes. Les siestes se faisaient généralement dans nos bras. Elle n'arrivait pas à s'endormir s'il y avait le moindre bruit. Donc impossible de faire venir quelqu'un. Même à la maison pendant qu'elle fait la sieste, parce que le moindre bruit la réveillait. Les nuits étaient ultra hachées, et ça pendant bien trois ans. Du coup, j'avais très peu d'énergie pour sociabiliser. Parfois même, peu de choses à raconter, soyons honnêtes, parce que je traversais moi-même une période difficile. Et en fait, je savais qu'il y avait des personnes avec qui je ne pouvais pas trop parler de maternité, parce que ce n'était pas leur truc. Mais moi, en fait, je ne vivais que ça, et j'étais vraiment dans le dur. En fait, je vivais entre ma souffrance liée au burn-out, à la dépression, etc. et ma maternité qui était ultra difficile. Et du coup, je pouvais avoir vraiment envie de voir mes amis, mais sans avoir l'énergie de les voir. Du coup, j'ai dû me concentrer sur les amis avec qui je pouvais être 100% moi-même, avec qui je n'avais pas besoin de faire semblant, avec qui je pouvais radoter le fait que ça n'aille pas, qui l'acceptaient même si c'était dur pour elle aussi. Les trois meilleurs amis, les... quatre, je dirais, meilleures amies que j'ai aujourd'hui, elles ont été très patientes, parce qu'il y en a qui m'ont connue avant, et qui m'ont connue complètement autrement, et c'est vrai que j'ai, en plus, après mon burn-out, j'ai vraiment décompensé, et je pense qu'en enlevant mes masques, j'ai pu aussi changer, et en fait, il faut accepter de vouloir rester avec cette personne-là, qu'on ne reconnaît plus, cette personne qui est parfois triste, trop fatiguée. Enfin, c'est... Voilà, moi, j'avais besoin de personnes qui accepteraient, en fait, que je déplace un rendez-vous sans avoir besoin de me justifier, qui pouvaient comprendre, en fait, ce que je vivais et qui n'allaient pas dire des choses du type « Non, mais tu sais, la fatigue, un jour de la fatigue, il faut se bouger, c'est pas en restant dans ton canapé que ça va aller mieux. Ah, mais tu sais, moi, je te donne des astuces pour que tu puisses reprendre le travail, mais visiblement, c'est pas ta priorité. » En fait, c'était pas une question de priorité. Enfin, si ! C'était une question de priorité, mais parce qu'en fait, j'étais physiquement et mentalement malade. Et ça vraiment, je pense qu'il y a beaucoup de personnes qui ne l'ont pas compris. Au fond, je pense que vraiment ce burn-out, ça m'a fait comprendre mes amitiés. Avant mon burn-out, j'étais souvent à l'initiative des choses. Quand je n'ai plus pu m'investir de la même manière par manque d'énergie, je ne pouvais plus répondre avec la même rapidité. Je n'avais plus forcément autant d'énergie pour entretenir mes relations. Je ne pouvais plus... non plus répondre aux invitations comme avant. J'ai bien conscience qu'il y a des personnes qui ont essayé de s'adapter, mais en fait, malheureusement, ce n'était pas suffisant avec ce qu'on traversait à l'époque. Et en fait, je n'étais plus en mesure de faire vivre les liens de la même manière. Et du coup, j'ai choisi, et ça a été ultra difficile, de laisser partir certaines amitiés qui s'essoufflaient en me disant je vais arrêter de prendre des nouvelles et en fait, laisser l'autre choisir de le faire. Les personnes pour qui je compte vraiment, pour qui cette relation est importante, qui ont encore envie d'être là, eh bien, prendront de mes nouvelles. Et le constat, il a été hyper rude parce que finalement, quand on est un peu la personne qui entretient la relation, eh bien, que reste-t-il d'une amitié quand on cesse de le faire ? Eh bien, il y a des amitiés que j'avais pendant des années où j'ai cessé d'écrire et... où je n'ai plus jamais eu de nouvelles. Et je ne vais pas vous mentir, ça a été horrible. Comme je vous le disais, j'en rêve encore aujourd'hui, je rêve encore de ces personnes. Je pense que vraiment mon inconscient, il essaye là de réparer, de créer une clôture moins douloureuse pour cette relation ou ces relations. Ça m'a aussi obligée finalement à comprendre que certaines relations comptaient visiblement beaucoup plus pour moi que pour l'autre personne. Parce que pour moi, pendant longtemps, et peut-être encore aujourd'hui, une amitié avait besoin d'être entretenue régulièrement pour être réelle. Je le pense encore en partie, mais... J'apprends aussi d'autres choses. Par exemple que certaines amitiés peuvent être moins présentes pendant un temps. J'ai une copine que moi j'ai déjà envie de dire que c'est une amie. Parce que j'aime tellement la personne qu'elle est. J'aime tellement ce qu'elle fait. J'aime tellement ce qu'elle est. Qui va pas m'écrire régulièrement. On va s'envoyer des vocaux de temps en temps. Ça va pas être ultra régulier. Mais par contre à chaque fois qu'elle m'écrit ou qu'elle me fait un vocal. Elle me dit qu'elle a pensé à moi. Et je sens que c'est sincère. Et en fait ça m'apprend à avoir aussi des amitiés. ou c'est... pas juste une question de fréquence, mais en fait l'intensité elle est là. Moi je la ressens et j'ai la preuve en fait. J'aime pas trop ce mot preuve mais c'est vraiment pour... J'ai besoin de quelque chose de tangible quoi. Et là en fait cette personne là elle me donne quelque chose de tangible. Et elle est tellement douce et bienveillante. Enfin c'est quelqu'un qui m'apporte beaucoup juste avec sa douceur quoi. J'ai aussi d'autres personnes avec qui on peut ne pas s'écrire pendant plusieurs mois sans que rien n'ait changé. C'est pas les relations qui sont les plus simples pour moi parce que je... finit toujours par me poser la question est-ce que en fait cette relation existe vraiment ou est-ce qu'elle existe que pour moi et je remarque d'ailleurs que c'est beaucoup plus facile en fait quand c'est une relation qui a toujours commencé comme ça par exemple si je rencontre une personne qui va en fait avec qui dès le départ ça va être voilà on va s'écrire une fois par mois et pas plus et bah en fait c'est beaucoup plus facile pour moi qu'une personne avec qui on s'écrivait tous les jours et qui du jour au lendemain va t'écrire une fois tous les trois mois pour moi ça C'est comme un peu un petit flag sur le fait que, oulala attends Aline, vous écriviez tout le temps, quasi tous les jours, et maintenant c'est tous les trois mois. Est-ce que cette personne que tu considérais vraiment, enfin avec qui tu avais l'impression d'avoir un lien fort, est-ce que ce lien est vraiment aussi réel ? Avant, je me posais la question, mais moi je gardais mon intensité dans la relation. Aujourd'hui, j'apprends à du coup baisser mon intensité de relation, m'investir moins et me protéger en fait. Parce que finalement, je peux accepter évidemment qu'une amitié ne soit pas forcément active. Je sais très bien qu'aujourd'hui, comme je vous le disais, on a des vies qui vont à mille à l'heure. La plupart en plus des personnes qui sont autour de moi sont soit neuroatypiques, donc constamment surstimulées, soit mamans, donc constamment surstimulées. Et je peux comprendre qu'on ne place pas les amitiés au même niveau que moi, même si je pense qu'on y viendra, mais je pense que j'ai besoin quand même de personnes. pour qui l'amitié est importante, mais j'ai quand même besoin de comprendre le fonctionnement de l'amitié en question et de savoir que le lien est toujours là. Et c'est vrai que devenir maman, ça m'a aussi fait comprendre que les vies, elles peuvent changer. Parce qu'en devenant parent, certaines amitiés disparaissent. On n'est plus forcément sur la même fréquence, les vies évoluent énormément et parfois différemment. Il y a de plus en plus aussi de personnes qui ne veulent pas d'enfant et franchement, moi c'est quelque chose que j'entends parfaitement. Dans cette catégorie de personnes, il va y avoir des personnes qui ne veulent pas d'enfant mais qui peuvent concevoir qu'on doit adapter la relation parce qu'en ayant un enfant, on est moins flexible, on ne doit plus s'adapter. Surtout quand on est à l'écoute de son enfant, quand on traite vraiment son enfant comme un être humain à part entière et pas juste comme quelqu'un qui est en dessous du parent. Il y a vraiment deux types de personnes. Il y a celles qui vont le comprendre et celles qui ne vont pas le comprendre. Et forcément, tout le monde n'est pas prêt à suivre ce changement. J'ai aussi dû apprendre que je ne pouvais plus être là pour tout le monde. Et soyons honnêtes, ça me fait encore culpabiliser quand je ne prends pas assez de nouvelles, quand je réponds trop tard. Mais aujourd'hui, en fait, je n'ai pas le choix de prioriser mon énergie parce que même si je sors du burn-out, je n'ai toujours pas trouvé, par exemple, mon équilibre professionnel et personnel. Aujourd'hui, j'ai encore pas mal de moments où je me sens trop fatiguée, trop épuisée en fin de journée. Et si je dois en fait entretenir les relations comme je le faisais avant, avec en plus tout le masking que ça implique parfois, mais que vraiment j'ai décidé d'arrêter, c'est pas possible. Je ressignerai pour un autre surmenage ou un autre burn-out. Et ça, c'est pas envisageable. C'est pas envisageable parce que clairement, c'est ma santé mentale et physique qui est en jeu. Avant, j'essayais vraiment d'être la... pour tout le monde et en fait, j'étais plus du tout là pour moi. Et c'est vraiment un constat qu'on a fait en thérapie. Les relations sociales, c'est ce qui m'épuisait le plus. Et surtout, visiblement, j'ai mis beaucoup d'énergie dans des relations qui comptaient plus pour moi que pour l'autre. Et du coup, aujourd'hui, j'ai dû faire des choix. Et j'ai commencé à tout simplement prioriser les personnes avec lesquelles la relation ne semble pas être à sens unique. Je ne sais pas si je suis 100% claire avec ça. mais je sais qu'aujourd'hui c'est la seule manière pour moi de... continuer de fonctionner normalement. J'ai besoin de m'entourer de personnes qui sont là dans les meilleurs moments comme dans les moments les plus difficiles. Parce que pour avoir vécu beaucoup de moments difficiles dans ma vie, à chaque fois ça a fait du tri. À chaque fois je me suis rendue compte que je pense que pour beaucoup de personnes j'étais dans des amitiés utiles ou plaisir. Et pas forcément dans des amitiés vertueuses. Alors que moi vraiment je me mettais dans des amitiés vertueuses les concernant. Aujourd'hui je pense qu'il y a quelque chose qui me paraît vraiment essentiel. C'est vraiment l'honnêteté dans l'amitié. Parce que parfois, on ne va pas répondre à un message. Parce qu'on oublie, parce qu'on est sous l'eau. Puis après, on va culpabiliser. Et plus on culpabilise, plus on repousse le moment de répondre. Parce qu'en fait, on se sent mal tout simplement. Et finalement, on laisse encore plus longtemps la personne sans réponse. Et je pense qu'on devrait pouvoir revenir vers l'autre sans avoir peur de sa réaction. Même si c'est difficile. C'est vrai que moi, j'ai eu des amitiés dans lesquelles je... n'osais pas dire les choses parce que j'avais peur de la réaction de l'autre. Et que quand j'osais le dire, je l'ai expérimenté vraiment il y a deux ans, peut-être trois, non deux ans je dirais, c'est que le jour où je me suis choisie, le jour où j'ai osé dire « Bon ben, en fait finalement, on ne va pas pouvoir se voir cette fois-ci parce que j'ai trop de personnes que je dois voir, j'ai trop de choses à faire et en fait je n'y arrive pas. » Et il y a une personne qui finalement avait... déjà changé de plan elle aussi et où je l'avais accepté, où j'avais compris, où j'avais, même si ça avait été dur pour moi sur le coup, et ben j'avais dit que c'était ok. Et une personne qui en plus n'était rarement en fait à l'initiative du fait qu'on se voit, c'était souvent moi qui proposais et quand je lui demandais de m'envoyer des dates, et ben elle le faisait que si je la relançais trois fois et ben cette personne s'est vexée parce que j'ai osé en fait annuler et moi j'ai besoin de personnes qui peuvent comprendre qu'il y a des moments où tout est trop pour moi et où je ne peux pas faire autrement et à l'inverse pour moi qui peut difficilement vivre dans le silence je préfère vraiment qu'une amie me dise je suis sous l'eau mais je te réponds quand je pourrai plutôt que de me laisser dans le silence parce que ça va me rassurer parce que ça ne demande pas forcément d'énergie beaucoup à la personne mais ça permet de comprendre ce qui se passe en fait et moi de mon côté ça m'évite de me poser mille et une questions il y a aussi quelque chose que j'ai remarqué c'est que je me suis parfois sentie très seule alors que j'avais des amis autour de moi. Je pense que c'est important de le dire. Parce que lorsqu'on vit des choses difficiles, on a besoin parfois de présence physique, de pouvoir en parler, d'échanger en profondeur. Et parfois, ce n'est pas possible. Parce qu'encore une fois, les autres ont leur vie, leur priorité, leur enfant, leur travail. Et en fait, à l'époque où j'en avais vraiment besoin, je me suis rendue compte que je pouvais être seule. Mes amis les plus proches, mes meilleurs amis qui sont encore là aujourd'hui étaient là. Et les autres moins. Mais parce que je comprends, ce n'est pas fun de... de dealer avec la tristesse de quelqu'un. Et c'est là où vraiment, aujourd'hui, je comprends qu'en fait, les amitiés sincères et profondes sont très peu nombreuses. Elles se comptent, on le dit, sur les doigts d'une main, mais quand on lance un SOS, en fait, la personne qui est vraiment proche, qui est vraiment, vraiment dans cette amitié vertueuse, elle essaie d'être présente. Et si elle ne peut pas, elle le dit. Moi, j'ai une amie qui traverse aussi souvent des périodes difficiles en même temps que moi, et qui me dit « Je suis désolée, j'aimerais tant pouvoir t'aider, tant être là pour toi, mais en fait, j'y arrive pas. » Pour moi... C'est ça qui compte. C'est qu'elle en ait eu envie. Parce que finalement, ça fait se sentir moins seule. On sait qu'en fait, la personne, elle voudrait être là, mais qu'elle ne peut pas. Donc oui, on se sent seule, mais on sait qu'on n'est pas vraiment seule. Alors oui, je pense que j'ai une amitié un peu différente de la moyenne, peut-être. Une vision de l'amitié, en tout cas. Je vis mes amitiés à fond. Et en vrai, je trouve ça hyper beau. Mais je comprends aussi que ça ne peut pas correspondre à tout le monde. Et en fait, je n'ai plus envie d'essayer de transformer des amitiés existantes. en ce titre d'amitié parce que c'est pas possible. Du coup, je préfère conserver mon temps et mon énergie pour les personnes pour qui l'amitié a une place similaire. Et vraiment, c'est pas par ingratitude, pas parce que les autres personnes sont de mauvaises personnes parce qu'elles ont pas la même vision de l'amitié que moi. Non, c'est juste parce que nos conceptions de l'amitié ne sont simplement pas les mêmes. Et je pense qu'en fait, aujourd'hui, c'est important pour moi de m'accorder le droit de choisir les relations dans lesquelles je mets mon énergie. Et je pense que c'est important de le faire pour soi. Aujourd'hui, j'ai envie de relations dans lesquelles comme je vous le disais, je peux être 100% moi-même, je peux être trop si j'ai envie, je peux exprimer ce que je ressens sans avoir peur de perdre l'autre, je peux dire quelque chose, je peux dire quand quelque chose m'a blessée, et l'autre peut aussi me dire les choses. Et comme je le disais avant, dans des amitiés vertueuses, il y a la bienveillance, il y a le respect de l'autre. Et bien on sait en fait qu'on va dire les choses d'une manière à ce que ça ne blesse pas l'autre. Et pour moi ça aussi c'est important. Parce que c'est vrai que quand on est hypersensible, et bien si on nous dit des choses, si on va nous reprocher quelque chose, Et ben ça peut nous blesser si on nous dit, bon ben tu vois quand tu m'as dit ça franchement ça m'a blessé. Oh waouh, mais quelle bombe explose ! Et en même temps, moi j'adore un des 5 accords Toltec qui dit que ta parole soit impeccable. Et en fait pour ça, c'est vraiment si quelque chose que t'as à dire peut blesser l'autre, en fait le dis pas. En tout cas le dis pas de cette manière. Je dis pas qu'on peut pas tout dire, parce que je pense que c'est important de se dire les choses vraiment, mais on en revient en fait à la communication non-violente, à la CNV, c'est en fait parler de soi. Tu vois, quand tu m'as dit ça, bah moi j'ai ressenti ça. Au moins les choses sont dites, la personne sait ce que ça a provoqué chez nous. Alors on dit aussi qu'on n'est pas forcément toujours responsable de ce que ressent l'autre, mais moi, par exemple, je trouve important de préserver mes amis. Ma foi, si un jour on en vient à dire quelque chose qui a blessé l'autre, d'une manière peut-être un peu abrupte, souvent demander pardon, ça résout tout, dans les vraies amitiés en tout cas. J'ai aussi envie de relations dans lesquelles on peut traverser des périodes où on a moins d'énergie, mais où le lien reste sécurisant. On est là en fait dans les moments doux comme dans les moments difficiles. Pas de jugement. Une relation réciproque et surtout une place qui a suffisamment d'importance pour les deux personnes. J'ai plus envie en fait de relations qui me paraissent être à sens unique. Et surtout je pense que je ne veux plus avoir à me faire toute petite pour être une bonne amie. J'ai envie de pouvoir être vraiment comme je suis. Petite, je cherchais ma place. Et j'ai longtemps pensé qu'il fallait peut-être que je m'adapte davantage, que je sois moins intense, moins présente, moins trop. Et puis que vraiment je comprenne mieux les codes, que je fasse comme tout le monde en fait, comme tous les autres. Et aujourd'hui, je crois que je vois les choses vraiment différemment. Est-ce que je suis vraiment trop en amitié ? Ou est-ce que je suis simplement quelqu'un pour qui l'amitié prend beaucoup de place ? Est-ce que c'est quelque chose de grave ? Est-ce que c'est quelque chose qu'on devrait changer ? Plutôt que d'essayer de faire en sorte que cette place soit plus petite, je pense que je vais essayer d'apprendre à chercher des personnes pour qui l'amitié compte aussi. Des personnes avec qui je peux être moi-même, avec qui je n'ai pas besoin de deviner si on est toujours amis ou pas, même si je pense que ça restera peut-être une question à poser pour moi. Et puis des personnes qui... peuvent comprendre que je peux être très présente à certains moments, avoir moins d'énergie à d'autres, et moi aussi apprendre à accepter ça de l'autre personne, tant qu'en fait c'est clair pour les deux personnes. Et peut-être que finalement, trouver sa place dans l'amitié, c'est pas forcément apprendre à devenir comme les autres. C'est peut-être simplement de trouver les personnes avec lesquelles on n'a pas besoin de se demander si on a le droit d'être soi, qui acceptent notre grain de folie, nos neurotypies, qui acceptent aussi nos shutdowns et nos meltdowns. J'en ai pas parlé, mais moi, ça m'est arrivé. À l'époque, je savais pas ce que c'était. Et en fait, j'ai pu être jugée pour ça. Parce que c'est vrai que ça sort de l'ordinaire. Et en fait, c'est souvent pas OK de se montrer comme ça. Sauf que quand les filtres sautent, quand on n'a pas l'énergie de faire autrement... De toute façon, c'est généralement quand on n'a pas d'énergie, quand on a atteint le point de non-retour que ça se passe. Et de toute façon, on peut rien faire. On peut pas faire différemment. Et en fait, j'ai besoin que les personnes puissent comprendre ça. qu'elle puisse se rendre qu'on apprenne à gérer ça ensemble. Et qu'en fait, ces personnes en face puissent aussi être vraiment elles-mêmes. Et je ne sais pas comment vous expliquer, mais il y a une copine qui me dit souvent « Je n'ai pas envie de t'embêter, j'étais dans une mauvaise passe, je n'avais pas envie de t'en rajouter, je ne voulais pas. » En fait, si. Juste parle-moi-en parce que pour moi, c'est important d'être là quand tu ne vas pas bien. Et en fait, ça ne va pas rajouter quelque chose à ce que moi, je vis. Et même si ça me fait parfois ressentir de la frustration, de la colère, de la tristesse, tant pis en fait. Parce que pour moi, l'amitié a bien plus de valeur que ça, bien plus de place que ça. Et en fait, pour moi, c'est important de pouvoir être là pour l'autre. Parfois, c'est vrai que j'ai tendance à ne pas assez m'écouter. Et en même temps, par exemple, si je suis fatiguée, disons voire épuisée, mais qu'une amie m'écrit et me dit « j'ai besoin que tu viennes » , en fait, j'irai. Et au fond, je sais que ce n'est pas une bonne chose pour mon énergie, mais par contre, pour le respect de mes valeurs, c'est trop important. Parce que je regretterais de ne pas y être allée si je n'y vivais pas. Alors évidemment, attention, c'est aussi important d'écouter sa santé mentale et physique. Je ne vous dis pas de faire comme moi, je ne suis vraiment pas sûre que ce soit la bonne chose à faire. Mais moi, j'ai envie aussi d'être dans des relations où même si on peut faire une toute petite chose, des fois, en fait, je n'ai pas l'énergie de faire beaucoup, mais si je peux faire une toute petite chose qui peut soulager l'autre ou aider l'autre quand elle ne va pas bien, je veux pouvoir le faire. Bref, je ne sais pas si cet épisode sur les amitiés vous aura parlé. Je pense que c'est devenu un peu un épisode sans filtre finalement. Et je ne sais pas si j'ai dit... tout ce que je voulais dire. Je sais par contre qu'il y aura un deuxième épisode si ça vous intéresse. Alors, je vous laisse me le dire en commentaire mais je pensais faire un épisode en duo avec une de mes amies les plus proches qui a une vision justement de l'amitié assez proche de la mienne voire très proche de la mienne et où on aurait fait un épisode où on répondrait toutes les deux à des questions sur l'amitié. Si ça vous dit, dites-moi et on organisera ça. Et puis, si l'épisode vous a plu, n'hésitez pas à mettre un avis 5 étoiles. à mon podcast pour le faire découvrir, de laisser un commentaire pour me le dire. Vous pouvez aussi toujours m'envoyer un petit message sur mon compte Instagram Murmure Atypique, je vous lis toujours avec grand plaisir. Et puis si vous pensez que ça peut être utile à quelqu'un, n'hésitez pas à le partager autour de vous. Je vous souhaite une belle soirée, journée. Prenez soin de vous et à très bientôt pour de nouvelles réflexions atypiques.