- Speaker #0
Certaines interventions, pas toutes, pouvaient produire jusqu'à, pour une seule intervention, jusqu'à l'équivalent de poubelle d'une famille de quatre personnes en une semaine.
- Speaker #1
Bonjour, vous écoutez Mutant[s]. Je suis Cécile Gillet-Giraud, la créatrice de ce podcast et la fondatrice d'Archen. J'accompagne les dirigeants et leurs équipes face aux changements pour innover dans leur organisation vers plus de collaboration et d'efficacité collective. Ici, avec chacun de mes invités, nous interrogeons un aspect de transformation du monde de la santé. Nous explorons ses impacts et nous mettons en lumière le chemin qu'il reste à parcourir. Aujourd'hui, je reçois Julie Busnel, infirmière et co-fondatrice de From the Bloc. Ensemble, nous allons parler d'emballage superflu, de reconversion professionnelle et de questionnement personnel. C'est parti ! Bonjour Julie ! Bonjour Cécile ! Merci d'être avec nous sur Mutant[s] aujourd'hui. Tu es... Une infirmière diplômée de bloc opératoire, mais aujourd'hui tu es aussi entrepreneur ou entrepreneuse, puisque tu as créé From the Bloc avec ton associé Benjamin Brigaud en 2023, avec l'ambition de développer l'économie circulaire pour rendre les blocs opératoires plus écoresponsables. Et pour commencer, je voudrais savoir s'il y a eu un déclencheur en particulier qui a provoqué ta reconversion.
- Speaker #0
Alors à l'époque où j'ai commencé, j'étais infirmière en l'occurrence en salle de réveil, et je suis passée en plus assez naturellement côté bloc opératoire, en salle d'opération. Et ça correspondait à la même période où, dans ma vie personnelle, j'avais entamé des démarches de zéro déchet à la maison, de réduire plus que je pouvais ma production de déchets, que ce soit cuisine, alimentation, salle de bain, etc. Et jusque-là, dans ma pratique infirmière, oui, on produisait des déchets, mais en tout cas, il n'y avait rien qui, moi, me choquait. et en arrivant En salle d'intervention, c'est là où j'ai pris l'ampleur de la quantité de matériel au global qu'il fallait pour une intervention, et en particulier la quantité de consommables ou de dispositifs médicaux à usage unique. Et la particularité en plus au bloc opératoire par rapport à d'autres services, c'est que beaucoup de ces consommables ou de ces dispositifs, dans la mesure où c'est utilisé pour la chirurgie, pour des actes invasifs sont évidemment emballés de façon stérile, mais en plus, souvent doublement emballés. Donc voilà, il y a eu quand même ce constat au départ, de se dire, je ne comprends pas ce que je fais au boulot. Et c'était il y a un peu plus de huit ans, à l'époque, les démarches de tri et d'environnement dans les blocs opératoires étaient beaucoup moins présentes et conscientisées. auprès des soignants et surtout des directions.
- Speaker #1
C'était un peu l'électrochoc du bloc opératoire.
- Speaker #0
Et en parallèle de ça, j'avais déjà une envie de changer d'orientation professionnelle, pas forcément en ayant une idée très précise, mais en tout cas, oui, ça, ça a été un électrochoc. Et c'était, oui, de se dire, en fait, ce que je fais dans ma pratique professionnelle n'est pas en accord avec ce que j'essaye. de main posée ou en tout cas avec ce qui était important pour moi dans ma vie tous les jours.
- Speaker #1
Le fameux désalignement des valeurs personnelles avec la réalité professionnelle. Et ça, c'est en général tôt ou tard.
- Speaker #0
Ça finit, oui. Exactement.
- Speaker #1
J'imagine qu'à l'IFSI, l'Institut de formation des soins infirmiers, on ne parle pas beaucoup de ça. Donc, tu t'es complètement reformée derrière ou tu avais déjà une base ?
- Speaker #0
Alors, moi, à l'époque où j'ai fait mon IFSI, sachant que je suis diplômée depuis 17 ou 18 ans maintenant, donc à l'époque, clairement, à part nous dire ce qui va dans les déchets infectieux et ce qui va dans la poubelle ordure ménagère, c'était après tout. Voilà, et sachant qu'en plus, à l'époque, on nous disait, dès qu'il y a une petite goutte de sang, vous mettez tout en dasserie, vous mettez tout en déchets infectieux. Non, je n'avais pas de connaissances particulières. sur le secteur de l'environnement. J'avais par contre une forte appétence pour les questions d'économie circulaire. Donc moi, sur mon temps libre, je me renseignais sur ce qui se faisait, pas forcément dans le secteur de la santé, mais l'économie circulaire au sens large, grand public. Et comme de toute façon, j'avais dans l'idée effectivement de changer d'orientation professionnelle, j'ai fait un bilan de compétences qui a remis le doigt sur cette forte appétence pour l'environnement. J'ai repris des études, donc je suis repartie un an. en formation dans une école d'ingé spécialisée en environnement. Et grâce à ce diplôme-là, j'ai fait mon stage de fin d'études et après je suis restée exercée pendant presque un an et demi au sein d'un éco-organisme. C'est une entreprise qui est mandatée par l'État pour gérer une filière de responsabilité élargie du produit. Ce qui a été hyper enrichissant parce que même si je n'étais pas sur un sujet purement Liée au secteur de la santé, j'ai pu voir comment fonctionnait une ligne de tri, quels étaient les enjeux autour de la collecte et du traitement des déchets, que ce soit la collecte en tant que telle, les types de transports. Et ça, ça a été extrêmement formateur.
- Speaker #1
Alors, je reviens un peu sur le projet de From the Block que tu as fondé avec Benjamin. Vous, vous accompagnez les établissements de santé dans une démarche globale qui allie la réduction des déchets, l'éco-conception des soins. l'optimisation des coûts. C'est quoi exactement l'ampleur du défi ? Est-ce que tu as des chiffres chocs un peu à nous partager ?
- Speaker #0
Alors, dans les chiffres chocs, il faut savoir qu'en moyenne, un établissement de santé qui a un bloc opératoire a en moyenne entre 20 et 30 % de ses déchets qui viennent du bloc. Et sur ces 20 et 30 %, alors je n'ai pas forcément de chiffres exacts à te donner, mais il y a évidemment des déchets d'activités de soins assimilés aux ordures ménagères. Mais en fait, il y en a beaucoup qui pourraient, enfin, ce n'est pas fait partout, mais qui pourraient être triés pour du recyclage et être valorisés. Alors, un chiffre que j'avais trouvé au début de l'activité de From the Bloc, c'est que certaines interventions, pas toutes, pouvaient produire jusqu'à, pour une seule intervention, jusqu'à l'équivalent de poubelle d'une famille de quatre personnes en une semaine.
- Speaker #1
Alors, il y a beaucoup d'initiatives de professionnels de santé sur le terrain, les fameuses initiatives Green Block, L'an dernier, dans la saison 1 de Mutant, j'avais reçu d'ailleurs Nolwenn Fèvre, qui est la présidente de l'association des petits doudous, qui a beaucoup fait pour lutter aussi contre un peu ce principe de précaution à tout bout de champ sur le fait justement de mettre des déchets, notamment dans les déchets infectieux, alors qu'ils peuvent être valorisés, comme tu le disais tout à l'heure. Est-ce que dans les établissements que vous accompagnez avec From the Bloc, tu trouves qu'il y a des spécificités chez ces établissements qui font qu'ils sont plus prêts à se lancer avec vous sur le sujet que d'autres ?
- Speaker #0
C'est difficile de dire s'il y a des particularités. Ce que j'identifie, et je pense que c'est le cas d'autres établissements, c'est sûr qu'il y a quand même une ou deux personnes motrices dans l'équipe, voire plus, dans les soignants, qui disent « Stop, là, il y en a ras-le-bol » . On met des choses en place, sauf que malheureusement, souvent, ce n'est pas les soignants qui font le mot de l'histoire parce qu'ils ne sont pas en responsabilité. ni de signer des contrats avec des prestataires, j'entends prestataire de collecte ou autre. Et l'autre chose qu'on a pu remarquer aussi, il y a un levier qui est réglementaire quasiment, et donc que les établissements soient, on va dire, sensibles ou non, et là quand je dis établissement, je parle peut-être un peu plus des directions, qu'elles le soient ou non, c'est que maintenant il y a des critères environnementaux sur la réduction des déchets, sur l'éco-conception des soins. qui font partie du nouveau référentiel de la certification HAS. Et donc ça, de facto, ça crée aussi un levier d'engagement des établissements. Et par contre, ce que moi je note, entre le moment il y a 7-8 ans où j'ai fait ce constat, et maintenant, c'est aussi j'ai vu l'évolution des directions. Et je trouve que les directions... en dehors des obligations réglementaires et de l'aspect strictement économique je sens une évolution dans une réelle volonté presque personnelle de la part des directions de se dire oui moi j'ai envie que mon établissement il soit plus vertueux d'un point de vue environnemental, en tout cas je le ressens pas comme du greenwashing et je pense aussi qu'ils ont conscience je pense dans ce moment où le secteur de la santé a du mal à recruter, à garder ses équipes, que ça peut faire partie, ça peut être une des petites réponses sur comment engager aussi ses équipes.
- Speaker #1
Donner du sens à la nécessité supplémentaire de l'équipe. Voilà.
- Speaker #0
En plus de la qualité de vie au travail et d'autres aspects très propres au métier et à l'établissement dans lequel on évolue et aux services dans lesquels on évolue.
- Speaker #1
Mais en final, le modèle, c'est des équipes terrain, donc de professionnels de santé et qui sont quand même volontaire et prêt et une direction qui est devenue plus à l'écoute que ce soit pour des raisons réglementaires économiques ou finalement parce que maintenant les mentalités ont aussi évolué et ça il faut s'en réjouir oui finalement vous êtes la réponse de la direction à ces équipes de professionnels de santé en disant finalement nous direction on ne sait pas forcément comment vous aider par contre on va vous permettre de contractualiser avec From the Bloc par exemple pour passer à la vitesse supérieure c'est ça nous Ouh !
- Speaker #0
L'idée aussi, c'est de faire quelque part un peu du sur-mesure. C'est qu'on n'aura pas les mêmes leviers d'action dans un établissement A, B ou C. Alors certes, on intervient pour l'instant plus dans des tout petits établissements de Paris intra-muros qui ont des contraintes, notamment foncières, extrêmement limitées. Et c'est un super challenge d'ailleurs, parce que c'est comment on peut mettre en place. Plus de tri dans un lieu où les murs ne sont pas... On ne peut pas pousser les murs, tout ça en respectant les contraintes d'hygiène et de sécurité inhérentes aux blocs et en ne surchargeant pas ou le moins possible la charge de travail des équipes soignantes et des équipes aussi de ST. On intervient majoritairement sur un sujet de tri des métaux ou qu'on était en contact avec les patients. Donc il y a aussi un enjeu de décontamination avant et ça implique aussi la ST. Et donc, il y a aussi tout ce travail-là à mener. Et aussi... Notre autre objectif, c'est de pouvoir autonomiser les équipes, ce qu'on appelle les green teams, et de leur donner aussi peut-être des moyens d'action sur la gestion de projets, on va dire, très opérationnels aux soignants. Je ne sais pas comment sont les études d'infirmières maintenant. Moi, à l'époque, jamais on m'a appris à faire de la gestion de projets. Entre deux interventions ou deux soins et un staff ou je ne sais pas quoi, donc nous aussi aussi ça l'idée c'est de dire on vous aide à mettre en place des filières on vous trouve le prestataire on voit avec vous comment on peut faire un circuit qui réponde au maximum d'exigences mais au-delà de ça si vous voulez pouvoir mener d'autres actions avec ou sans nous ou de pouvoir argumenter auprès de votre direction de ben on aimerait bien aller plus loin là-dessus voilà nous ce qu'on peut vous proposer aussi comme schéma un peu de la chefferie de projet externalisée
- Speaker #1
et de l'accompagnement à la chefferie de projet aussi il n'y a pas que l'opérationnel il y a aussi presque une dimension de formation et de développement moins.
- Speaker #0
Toujours le coup, et plus, on va dire, l'expertise de Benjamin là-dessus. Donc, ce projet-là, même s'il est dans ma tête de par mon vécu et de par mon expérience, il est ce qu'il est aujourd'hui. C'est grâce aussi à cette rencontre avec Benjamin qui, lui, apporte vraiment une autre expertise et qu'on trouve, nous, et puis, a priori, les personnes avec qui on collabore, assez complémentaires.
- Speaker #1
Mais c'est en ça que vous êtes des bons associés parce que vous êtes hyper complémentaires.
- Speaker #0
Exactement.
- Speaker #1
Alors, on en vient aux dernières questions que je pose à tous les invités de Mutant. Si la mission de From the Bloc est super réussie, ça ressemblerait à quoi dans cinq ans ? Un fonctionnement d'hôpital qui a été client de From the Bloc, ça serait quoi la réussite de votre mission ?
- Speaker #0
Ce qui serait, moi, mon idéal là-dessus, ce serait que quel que soit le service, pôle, l'unité de soins qui est un ou des référents transition écologique, des gens à qui on dédie c'est dans la fiche de poste et ils ont du temps alloué pour ça parce qu'on sait que même les soignants les plus engagés et même quand nous on intervient avec From the Bloc si le personnel qui s'est dit ok pour être référent de la Green Team on leur laisse pas, on leur dégage pas du temps en dehors des soins, qu'on leur donne aussi des outils, et c'est aussi là-dessus où nous, si on arrive à développer des outils qui leur permettent de faire cette partie-là de leur boulot de façon, en tout cas, le plus sereinement possible, ce serait génial. Déjà, ça, je trouve que ce serait de mon point de vue, ça résoudra pas tout, mais ce sera en tout cas une super avancée et je serais assez fière si je me dis que demain, dans les établissements de santé, ça se passe comme ça.
- Speaker #1
Dernière question, quel message ou quel conseil tu voudrais passer aux personnes qui nous écoutent, sachant qu'elles sont diverses et variées, ça peut être des patients, des soignants, des industriels, des institutionnels, est-ce que tu as quelque chose en particulier que tu voudrais dire pour que cet élan peut-être justement se développe ?
- Speaker #0
Alors effectivement, quelle que soit votre profession ou votre statut au regard de cette chaîne de valeur, si vous arrivez vous à vous... vous posez la question de comment je pourrais réduire soit ma production de déchets, soit si je me repose en posture de fabricant, est-ce que je suis sûre que ce que je mets sur le marché, au moins les emballages, est-ce qu'ils sont vraiment recyclables ou est-ce que je peux passer à des emballages réutilisables ? En tout cas, se questionner, juste au moins à minima, si tout le monde... commence à se questionner dans sa pratique professionnelle et aussi personnelle de ce que je fais par rapport aux déchets que je produis. Est-ce qu'il existe une alternative ou pas de réutilisable ? Est-ce que je peux carrément ne plus avoir à produire ce déchet ? Et donc, que ce soit en tant que citoyen, en tant que professionnel de santé, en tant qu'industriel. Et déjà, je me dis que quand cette petite graine-là, elle commence à être plantée et qu'elle germe, Moi, c'est un peu ce qui s'est passé. Et après, je me dis que ça donne aussi envie aux gens de faire bouger les choses à l'échelle de leur entreprise, à l'échelle de leur vie personnelle ou prendre part d'une façon ou d'une autre et au moins de se questionner.
- Speaker #1
Oui, ce que je retiens, c'est la prise de conscience pour se poser la question, quelle que soit notre place. Et même si ce qu'on peut faire nous semble un peu dérisoire, déjà se poser la question, c'est beaucoup. Et à force, on finira par... déplacer des montagnes ou réduire des montagnes de déchets.
- Speaker #0
Ou réduire des montagnes de déchets. Et voilà, c'est ça. Mais oui, je crois que déjà, pour moi en tout cas, j'ai l'impression que ce soit moi ou en tout cas des gens que je côtoie, à partir du moment où on commence à se poser des questions, c'est déjà se mettre en route. Après, ça fait son chemin, il me semble, d'une façon ou d'une autre.
- Speaker #1
Emma, ça me semble un bon message de fin. Pour le porteur d'espoir aussi. Merci beaucoup Julie.
- Speaker #0
Merci Cécile.
- Speaker #1
Et puis à bientôt.
- Speaker #0
à bientôt.
- Speaker #1
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