- Speaker #0
Je pense que c'est ça qui nous manque, mais c'est ça qui fait le succès. C'est de se dire, c'est à moi, je vais participer et je l'ai fait un peu à ma façon.
- Speaker #1
Bonjour, vous écoutez Mutant[s]. Je suis Cécile Gillet-Giraud, la créatrice de ce podcast et la fondatrice d'Archen. J'accompagne les dirigeants et leurs équipes face aux changements et vers plus d'efficacité collective. Ici, avec chacun de mes invités, nous interrogeons un aspect de transformation du monde de la santé, nous explorons ses impacts et nous mettons en lumière le chemin qu'il reste à parcourir. Aujourd'hui, je reçois le docteur Céline Orhond, médecin, experte en expérience patient et en numérique santé. Ensemble, nous allons parler d'innovation, de numérique, de médiation et d'humain. C'est parti ! Bonjour Céline.
- Speaker #0
Bonjour Cécile.
- Speaker #1
Alors, merci d'être dans Mutant[s] aujourd'hui. Céline, tu as eu plein de casquettes dans ta vie professionnelle, alors je voudrais démarrer par une première question qui est, comment est-ce que tu présenterais ce que tu fais aujourd'hui ?
- Speaker #0
Alors aujourd'hui, j'ai ce double parcours de médecin et d'entrepreneur. J'accompagne les organisations de santé dans la transformation et leurs innovations.
- Speaker #1
Alors, tu as pratiqué en tant que médecin pendant de nombreuses années. Aujourd'hui, tu es entrepreneur. Comment est-ce que ça s'est fait, cette transition dans ton parcours ? Est-ce qu'il y a eu un moment charnière où tu t'es dit « mon impact va aussi être en dehors des consultations » ? Ou est-ce que ça s'est fait tout au long de ton parcours ?
- Speaker #0
En fait, dès le début de ma carrière, j'ai eu l'idée, l'opportunité de créer des structures qui visaient à coordonner les parcours patients et à essayer d'organiser la santé et d'apporter une transformation. Et j'ai fait ça pendant très longtemps, en même temps que l'activité clinique. Et puis, à un moment donné, il a fallu choisir, parce que ce n'est pas les mêmes temporalités. C'est-à-dire qu'en activité clinique, tu as des consultations pleines six mois à l'avance, tu as une organisation de services, et puis quand tu diriges des organisations de santé, surtout si tu travailles avec... Les pouvoirs publics, il y a souvent des réunions qui tombent, il faut être disponible, sinon tu ne peux pas être là. Et à un moment donné, c'était trop compliqué. Et donc j'ai fait le choix d'aller dans l'organisation de la santé, en me disant que j'aurais sûrement plus d'impact là.
- Speaker #1
Ce n'est pas difficile en tant que médecin de se dire que son impact va être en dehors justement de la relation patient ?
- Speaker #0
Alors j'ai quand même exercé la médecine pendant près de 20 ans. Et ensuite, non, ça n'a pas été difficile parce que je prenais beaucoup de plaisir. dans ce que je faisais pour accompagner les organisations de santé et vraiment la transformation, j'avais l'impression que ça bénéficiait vraiment aux patients. Et moi, c'est ce qui m'anime. C'est le patient, les gens, l'humain. Et je me suis dit, oui, dans ma consultation, je change potentiellement ou j'apporte quelque chose aux patients que je vois. Mais là, j'ai la possibilité de bénéficier à plus de patients. On avait développé l'éducation thérapeutique en ville, ça ne se faisait pas. On avait développé beaucoup d'organisations de proximité. d'activités physiques adaptées, d'actions dans le champ social. Et ça, le fait de pouvoir le faire sur le terrain, j'ai l'impression que ça bénéficie à plus de patients que ce que j'aurais fait moi toute seule avec ma consultation.
- Speaker #1
Tu as démultiplié ton impact en fait.
- Speaker #0
C'est l'impression que j'ai eue, mais après avec beaucoup d'humilité.
- Speaker #1
Qu'est-ce que tu as gardé de ta pratique clinique, de qualité ou de savoir-faire dans tes interventions aujourd'hui ?
- Speaker #0
Alors c'est très présent, c'est ce qui fait justement mon positionnement, on va dire un tout petit peu particulier, c'est d'avoir cette médecine, de la connaître, de continuer, de la suivre, de continuer. D'ailleurs je vais sûrement reprendre quelques remplacements pour garder un pied dans la médecine. C'est déjà la proximité avec le patient, le fait de comprendre les attentes du patient, mais aussi les attentes des professionnels de santé, et d'être animé par cette envie de soigner, de dire finalement le résultat final c'est le soin. Et moi, ce qui m'anime, c'est de faire en sorte que tout ce qu'on met autour du soin bénéficie aux patients et aide le soin à être encore plus efficace.
- Speaker #1
Oui, d'où ton expérience sur des plateformes territoriales d'appui, des créations de direction de l'expérience patient. Toutes tes expériences ont toujours tourné autour, finalement, de ce sujet de l'impact pour le patient. Et puis, ce que j'ai bien aimé, ce que tu as dit tout à l'heure, c'est qu'en final, aujourd'hui, tu travailles toujours avec les humains, même si ce n'est plus forcément avec les patients directement. Donc au final, s'intéresser à l'autre, s'intéresser à son point de vue et à comment faire en sorte de faire que ça fonctionne pour lui, c'est un peu le fil rouge de ton parcours. Moi, c'est un peu ce que je retiens.
- Speaker #0
Oui, je dirais le fil rouge de mon parcours, c'est vraiment cette notion de médiation interprofessionnelle. C'est-à-dire que j'ai eu un parcours où j'ai exercé comme médecin pendant très longtemps à l'hôpital, mais j'ai aussi exercé dans d'autres environnements, en clinique ou en libéral. J'ai été directeur dans une clinique, j'ai été directeur dans l'industrie de la santé. Et finalement, cette vision-là, elle me permet de comprendre. les enjeux pour chacun et de travailler à faire en sorte que tout se passe bien pour tout le monde. Moi c'est ça qui m'anime, que chacun s'y retrouve, que l'industriel qui a une innovation s'y retrouve par rapport à ses objectifs, que le directeur d'établissement s'y retrouve et que les professionnels de santé s'y retrouvent. Et évidemment, le patient, au bout du compte, c'est celui-là qui m'anime. Et travailler sur l'expérience patient, c'est s'assurer qu'on va tous être réunis autour du patient. Donc, on peut préserver les intérêts de chacun et les visions de chacun, donc comprendre chacun, mais avec avoir, en ayant un objectif final qui est le patient et qui nous relie tous.
- Speaker #1
Alors, tu viens d'aborder la thématique qui est au cœur de ton parcours et de ton activité, c'est la médiation. Et en même temps, tu es aussi une vraie spécialiste de l'innovation et du numérique en santé. Tu as même été, je dirais, une des pionnières sur ce sujet. Moi, c'est l'impression que j'en ai gardée quand on a discuté, en tout cas, et préparé cet échange. Et je voudrais qu'on plonge un peu plus au cœur de ce sujet. Tu vas nous raconter peut-être un peu ce que tu as fait, mais tu as développé justement des réseaux de santé, des plateformes territoriales d'appui, des outils territoriaux. Et un principe que tu défends, justement, c'est que l'enjeu majeur aujourd'hui, ce n'est pas tant d'inventer des nouvelles solutions, que de s'assurer qu'elles soient utilisées par des utilisateurs finaux. En général, les professionnels de santé notamment, qui se les approprient et qui les intègrent réellement à leurs pratiques quotidiennes. Est-ce que je t'ai bien comprise ?
- Speaker #0
Alors oui, tu as tout à fait bien compris. Moi, ce qui m'intéresse, c'est en effet d'innover et de s'assurer qu'on innove déjà avec un but qui est un but de résultat final, pas innover pour innover, dans un sens qui vise à améliorer la qualité des soins et donc le résultat pour le patient. à la fin, et pour les professionnels de santé en symétrie, et de s'assurer qu'on accompagne cette transformation qui vient avec les innovations, parce que juste avoir une innovation, souvent, ça reste dans le placard, et ça, c'est pas très intéressant. Comment on va pouvoir se réorganiser autour d'une innovation, et modifier les pratiques pour avoir un meilleur résultat ? T'as beaucoup de solutions qui sont pensées dans un bureau, on se dit, tiens, ce serait bien de faire ça, mais il manque le petit truc, il manque la co-construction dès le début. qui fait que ça va vraiment répondre à un besoin et être approprié par les professionnels et les patients.
- Speaker #1
Donc ça, ça veut dire que les concepteurs de solutions doivent intégrer beaucoup plus tôt dans leur processus le fait de dialoguer, d'échanger ou de travailler avec leurs potentiels futurs utilisateurs ?
- Speaker #0
Alors tu vois, tu l'as dit, dialoguer, échanger, c'est bien, mais moi je pense qu'il se passe encore avant. Si j'ai une super idée, peut-être, ce n'est pas le cas, mais si jamais j'en ai une, c'est de se dire à qui je vais proposer ma solution. Et venez, on va construire ensemble dès le début. Moi, j'ai beaucoup vu, parce que j'ai travaillé sur la mise en place d'un tiers-lieu numérique en santé, j'ai beaucoup travaillé avec les startups, je voyais des solutions arriver et on se disait, c'est quand même dommage. Il ne manque pas grand-chose pour que ça réponde aux besoins, mais là, il manque le petit truc, il manque la chose qui fait que les professionnels vont l'approprier ou que les patients vont pouvoir l'utiliser. Ça vient trop tard. Ce n'est pas de la co-construction, c'est potentiellement un comité de pilotage où on invite des patients, ou alors on va faire des essais avec des patients, mais... La vraie association des patients et des professionnels, dès le début, elle est rare. Après, ce n'est pas une critique, c'est le système qui fait ça. Si on est industriel et si on est entrepreneur, trouver des patients, ce n'est pas facile. Trouver des professionnels qui veulent bien travailler avec nous, ce n'est pas facile. Et c'est là que la mise en place, par exemple, de solutions comme les tiers de numérique visait à donner des réponses, à faciliter l'échange. En pratique, ce n'est pas simple. Ce n'est pas critique de ma part, mais c'est quand même une réalité. de dire que les industriels et les professionnels de santé devraient travailler beaucoup plus main à la main dès le début.
- Speaker #1
Alors ça, je l'entends beaucoup, avec presque tous les invités du MUNITAN. Du coup, ça continue quand même de m'interroger sur le blocage. Alors, on sait que réglementairement, c'est compliqué, que culturellement, c'est compliqué. Mais est-ce que toi, tu as un début d'explication sur ce qui fait que c'est encore aussi siloté ?
- Speaker #0
Je pense que c'est très cloisonné encore entre l'industrie et le monde de la santé, entre l'hôpital et l'industrie. Il y a eu beaucoup d'efforts faits ces dernières années. Les tiers-lieux numériques en santé en sont, mais il y a d'autres exemples aussi de clusters et d'organisations. Ça reste encore très cloisonné entre un monde industriel, qui est un monde, j'ai envie de dire, de business, et un monde de la santé, qui n'est pas organisé de la même façon. Et donc, faire vraiment travailler les gens main dans la main, aujourd'hui, on a du mal, même s'il y a beaucoup d'efforts qui sont faits. Je pense qu'il faut encore monter en amont et vraiment faire des... des organisations où les gens travaillent ensemble. Les spin-off, par exemple, c'est très bien. C'est des entreprises qui sont issues par exemple des organisations de santé. Mais ça reste exceptionnel. Pourtant, c'est là, c'est les professionnels qui devraient être à l'origine des innovations.
- Speaker #1
Alors, on va plonger encore un peu plus dans ce sujet parce que tu viens juste d'être au cœur, je pense, aussi de ce qui fait ton activité, toi. Justement, ce silotage, ces acteurs qui ont du mal à se parler, qui ont du mal à se comprendre. à toute la méthode C'est le dialogue, on a même parlé de médiation interprofessionnelle. Finalement, même au sein parfois d'un établissement de santé, les différents acteurs ont parfois du mal à se parler et à se comprendre aussi, pour construire des projets ensemble ou des solutions. Est-ce que tu as des exemples concrets à nous partager, soit de succès, soit d'échec aussi, ou justement ce dialogue entre les acteurs fait que ça fonctionne ?
- Speaker #0
Les fois où ça fonctionne, c'est quand on arrive très tôt à mettre tout le monde autour de la table. Et pareil, là, on n'est pas dans la co-construction puisqu'on est face à une solution, par exemple, qui existe et qu'on a décidé d'implémenter. Mais justement, cette décision qui dit, tiens, on a un nouvel outil, super, on va le développer, c'est quelquefois un peu tard, ça arrive. L'idéal, c'est même avant. C'est-à-dire, finalement, on va faire un diagnostic, quel est notre besoin dans cette organisation de santé ? De quoi ont besoin nos patients ? De quoi ont besoin les professionnels ? À partir de là, on établit un diagnostic, ça c'est la démarche dont je trouve qu'elle marche le mieux. On se dit, bon, on a un diagnostic, on a des points à améliorer. En fonction de ces points, qu'est-ce qu'on peut mettre en face ? Et là, on va chercher les solutions tous ensemble pour répondre. Et là, on répond vraiment aux besoins, et là, on a beaucoup plus de chances que ce soit approprié, puisque c'est un diagnostic partagé. Et moi, ce diagnostic, j'aime bien le faire en partant de l'expérience patient. Que vivent nos patients ? Parce que le résultat final du soin, c'est le patient. Et donc, le vécu du patient, son expérience... et le résultat de toute cette chaîne que je viens d'évoquer. Et donc, quand on fait ça, je trouve que c'est là que ça marche le mieux. Après, si on travaille sur mettre en place une innovation, comment ça prend ? Ça prend quand on est dans la co-construction. C'est-à-dire, arriver avec une solution en disant « elle marche comme ça, et bon, comment on va faire pour la mettre chez vous ? » Ça ne marche pas très bien. Par contre, se mettre autour d'une table et dire « voilà les caractéristiques de la solution, et co-construisons ensemble de quoi vous avez besoin pour travailler. » C'est vraiment le côté concret à nouveau pratique, de quoi vous avez besoin au quotidien, et le fait de se mettre en situation. Imaginons, vous êtes demain, moi je fais beaucoup ça dans les ateliers, dire aux gens, imaginons, là vous y êtes, comment ça va marcher, qu'est-ce que vous allez faire, comment on l'organise, de quoi vous avez besoin pour travailler. Et quand on arrive à projeter les gens en situation, c'est là qu'on a les meilleurs résultats.
- Speaker #1
Et du coup, en t'écoutant, moi avec l'expérience que j'ai côté industriel, je me dis, ouais mais c'est... Aucun industriel ne peut tirer un business plan de ça, parce qu'en fait, si tu reconstruis à chaque fois avec toutes les équipes différentes, c'est compliqué, non ?
- Speaker #0
Oui, et en même temps, avoir une solution que tu plaques, ça peut être aussi dangereux, parce qu'on met une solution, on reste dans les placards, elles ne sont pas utilisées. Il y a des gens qui me disent, il n'y a pas d'usage de ma solution, comment je fais pour qu'il y ait un usage ? Donc, il faut savoir un petit peu ce qu'on veut et avoir suffisamment de souplesse pour pouvoir paramétrer. Je ne dis pas qu'il faut reconstruire la solution, mais au moins avoir une souplesse de paramétrage, d'adaptation simple qui fait que tu réponds vraiment aux besoins des utilisateurs et que surtout, tu leur permets de se l'approprier. Parce qu'on pourrait dire que tous les utilisateurs dans la santé ont le même besoin. Ah oui, mais l'appropriation, c'est un vrai sujet. Qu'est-ce qui fait que les gens vont accepter ta solution ? Qu'ils ne vont pas la rejeter ? Qu'ils vont l'utiliser au quotidien vraiment ? Eh bien ça, c'est parce qu'ils vont pouvoir se l'approprier, la faire un peu sienne, comme un vêtement que tu fais un peu à ta patte. Et je pense que c'est ça qui nous manque. Mais c'est ça qui fait le succès. C'est de se dire, c'est à moi, je vais participer et je l'ai fait un peu à ma façon. Mais c'est vrai, tu as raison, les industriels n'aiment pas ça. Non, ils n'aiment pas ça parce que ce n'est pas forcément rentable. Et puis, les établissements, les organisations de santé n'aiment pas trop ça parce que ça veut dire qu'il faut le payer. Si tu fais ça, ça veut dire que tu as des ateliers de construction, ça veut dire que tu as des temps d'échange et ça, ça a un coût. Oui, mais quel bénéfice derrière ? C'est-à-dire que si tu ne travailles pas, La réorganisation qui va avec une innovation issue ne la finance pas, si tu ne la prévois pas, tu prends un risque majeur que ça ne fonctionne pas. Est-ce que ça vaut le coup ?
- Speaker #1
Tu auras à dépenser quand même de l'argent pour rien.
- Speaker #0
Alors ça peut passer, souvent ça passe, mais ça peut ne pas passer aussi. Est-ce qu'on a envie de prendre le risque ou est-ce qu'on a envie de se donner toutes les chances que ça aboutisse et que ça soit approprié ?
- Speaker #1
Mais là tu touches un point important, c'est que ça veut dire que tous les acteurs dès le départ doivent avoir comme objectif, et tu l'as dit dès le départ, comme objectif final commun, Non pas d'implémenter telle solution ou d'avoir telle ou telle chose pour leur service ou quoi, mais un résultat final pour le patient ou en tout cas pour l'établissement. Et donc ça, c'est quand même ce qui manque parfois peut-être au départ de tout projet. En fait,
- Speaker #0
c'est d'avoir le bon objectif final. C'est d'identifier le besoin. De quoi on a besoin pour s'améliorer ? C'est-à-dire, qu'est-ce qu'on rencontre aujourd'hui ? Qu'est-ce qui marche bien dans notre organisation ? Qu'est-ce qui marche moins bien ? Cette partie diagnostic, moi, je considère qu'on peut... pas en faire l'économie. On peut, mais on prend des risques. Alors que si on part d'un diagnostic partagé, c'est-à-dire avec tout le monde, parce qu'on a interrogé des patients, des professionnels, parce qu'on a fait des focus group, parce qu'on a pris le temps de regarder, de se poser, et qu'on arrive vraiment à un constat commun, et qu'en face... on est aussi d'accord pour savoir les solutions qu'on met en face, alors oui, là ça peut fonctionner.
- Speaker #1
Qu'est-ce qui t'interpelle toi aujourd'hui, puisque du coup tu conduis ces missions de transformation, notamment dans des établissements, qu'est-ce qui t'interpelle dans ce que tu vois aujourd'hui ?
- Speaker #0
Je dirais plusieurs choses. Quelquefois il n'y a pas de véritable stratégie derrière des innovations, c'est-à-dire qu'on a envie de mettre un projet. Et quelle est la stratégie profonde partagée avec une vision, par exemple, parcours patient, de réorganiser le parcours ? C'est laissé quelquefois aux opérateurs et ce n'est pas forcément pensé à un niveau très haut. Et ça, quand c'est le cas, c'est dommage. Ce n'est pas toujours le cas, heureusement, et dans les projets sur lesquels je travaille, souvent c'est porté par les directions. Et quand c'est comme ça, ça veut dire qu'on a une vision stratégique. Donc ça, ça peut être le point qui peut manquer. Ce que j'évoquais tout à l'heure, c'est-à-dire le fait que justement... Cette réorganisation, ce change management n'est pas budgété, n'est pas prévu pour accompagner le déploiement d'une innovation. On pense qu'on va mettre un outil et que ça va répondre tout seul. Ça marche comme ça. Et puis le troisième point, c'est de ne pas revenir tout le temps au bénéficiaire final, qui est le patient, le professionnel aussi, le professionnel de santé, mais pour le patient. Et donc finalement, si je veux mesurer la valeur de ce que je fais, de ma réorganisation, il faut que je la mesure au niveau du patient. Et ça, c'est pareil. Ce n'est pas toujours pensé. Et je pense que si on arrive à avoir cette vision, donc j'ai une stratégie, mon projet, c'est un projet forcément de transformation et donc de réorganisation. Donc je dois prévoir cette partie-là. Et enfin, je suis en capacité de mesurer une finée, comment ça bénéficie aux patients pour lesquels on est tous là, finalement. Quand on a les trois alignés, là, ça marche bien. Voilà.
- Speaker #1
Maintenant, tous nos auditeurs ont la recette miracle. Ils n'ont plus qu'à. Il n'y a plus qu'à.
- Speaker #0
Ils n'ont pas cette miracle.
- Speaker #1
Alors, on arrive aux dernières questions que je pose à tous les invités de Mutant. Mais pour toi, je vais la poser un peu différemment. Pour toi, quel est le principal levier sur lequel il faudrait accélérer aujourd'hui pour notre système de santé en général ?
- Speaker #0
Je pense qu'il y a deux aspects. Le premier, pour moi, c'est d'avoir une vision organisationnelle de la santé sous forme de flux. On n'est pas encore tout à fait là, et si on se pose la question de savoir comment on va pouvoir transformer les organisations de santé, et on sait qu'on en a besoin, de mon point de vue, ça veut dire qu'il faut avoir vraiment une position haute en disant comment je gère mes flux. On parle de parcours, mais ça va plus loin que les parcours. C'est comment je fonctionne avec cette notion de goulets d'étranglement, cette notion d'indicateur qui remonte, de se piloter, de pilotage au travers d'indicateurs. Ça, je pense qu'on a encore pas mal de travail à faire. C'est en train de venir. Je travaille sur un projet de command center qui me tient beaucoup à cœur, auquel je crois vraiment beaucoup. Et où, en fait, je pense que ça va apporter une réponse pour que les professionnels puissent avoir les graines et participer de la transformation des établissements dans lesquels ils travaillent, avoir des objectifs qui leur tiennent à cœur et qui correspondent au processus métier. Et puis, l'autre aspect, je crois qu'on a encore un peu de travail à faire sur l'expérience patient. On a vraiment besoin de considérer que c'est clé. C'est dans les organisations qui sont commerciales, pas dans la santé. On a au comité de direction une direction commerciale qui représente le client. Dans la santé, on n'a pas souvent une direction qui représente les patients. Et ça, la chose que j'avais fait dans la clinique où j'étais, c'était de créer cette direction relations expérience patient pour que le patient soit représenté au niveau de la direction. Je pense qu'on a à apprendre du monde, on va dire, commercial, même si la santé... n'est pas commercial et qu'on ne peut pas toujours comparer expérience client et expérience patient. C'est un débat, on n'en aura pas maintenant. Mais en tout cas, se dire que le patient est représenté à tous les niveaux et que c'est vraiment toujours pour lui qu'on réfléchit. Ça ne veut pas dire uniquement avoir des représentants des usagers qui sont invités aux réunions. Ça veut vraiment dire que chaque fois, on considère le patient.
- Speaker #1
Et alors, dernier point, qu'est-ce que tu voudrais passer comme message ? Ou comme mot de la fin aux personnes qui nous écoutent, qu'elles soient professionnelles de santé, patients ou représentants de patients, aidants ou même institutionnels, qu'est-ce que tu aurais envie de leur dire ?
- Speaker #0
Je pense que cette notion de valeur, cette notion de cœur, c'est le fait de remettre du sens en se disant qu'on est là pour bénéficier aux patients, on est là pour bénéficier aux professionnels, pour prendre soin les uns des autres. Se réorganiser, accepter de bouger. Parce que si on reste dans nos organisations sans rien bouger, on ne va pas aller plus loin, on ne va pas améliorer les choses. Or, le système de santé a besoin. de se transformer. Il a vraiment besoin d'évoluer, d'être plus efficient. Mais l'élément fédérateur, ce n'est pas que la finance, c'est le cœur, c'est le fait d'être centré sur l'humain. Et je pense que, en tout cas moi, c'est ce qui me porte. Essayer de faire en sorte que tout le monde trouve sa place dans le système de santé et réfléchir à ça quand on est dans la santé, en tout cas avoir ça comme moteur. Je sais que c'est vrai, mais le quotidien est très difficile dans la santé en ce moment. Et je pense que le remettre régulièrement, ça aide à tenir le coup pour des professionnels qui sont quand même souvent en barre de route, on peut le dire, et qui ont besoin de sens.
- Speaker #1
Ça me semble être un magnifique mot de la fin, de garder le cœur grand ouvert et de se rappeler de ça au quotidien, quelle que soit notre place dans le système de santé. Merci beaucoup Céline d'être venue dans le temps.
- Speaker #0
Merci beaucoup pour cette émission et pour m'avoir donné la parole aujourd'hui. Et à bientôt. À bientôt.
- Speaker #1
Merci d'avoir écouté ce nouvel épisode de Mutant. Pour continuer l'échange ensemble, retrouvons-nous sur Mutant Online News, à laquelle vous pouvez vous abonner, sur mon profil LinkedIn ou sur le site www.arken.info. A très bientôt !