Speaker #0Merci. Pour moi, ce qui est important, en fait, c'est la sociabilisation des gens. Le fait que tout le monde soit un peu sociable, qu'à partir du moment où tout le monde se retrouve au skatepark, on a un peu tous la même passion. Donc ça crée des liens forts, ça crée des amitiés, des fous rires. Et après, le monde, il évolue comme ça. Si les gens restent informés dans leur case, qu'ils ne veulent pas essayer de sociabiliser, au bout d'un moment, après, on n'a plus rien pour s'amuser. On ne partage plus rien avec les gens, on ne parle plus, on ne communique plus. Pour moi, le plus important des endroits publics comme ça, c'est de faire de nouvelles rencontres et donner un sens à sa vie. Si vous deviez lancer un projet pour que ça bouge encore plus à Libourne, est-ce que vous avez une idée de ce que ça serait ? Ou vous êtes là dans votre bulle et... Deuxième option. Mais qu'est-ce qui bougerait ? Je ne sais pas. Il y a besoin de faire bouger des trucs ? Tout est OK ? Tout est OK pour les jeunes ? Je ne pense pas que tout est OK, mais après, je ne sais pas trop quoi faire. Qu'est-ce qui n'est pas OK pour les jeunes aujourd'hui ? Souvent, c'est la mentalité des jeunes, leur comportement. Je ne sais pas. Il y en a qui ne sont pas bien dans leur... peau et on sait pas trop comment les aider souvent va minimiser leurs ressentis mais sinon après je sais pas trop quand tu dis on va minimiser leurs ressentis c'est qui le ont bas souvent ça peut être pas si c'est des lycéens ça peut être les profs et tout simplement on va moins prendre au sérieux les jeunes parce qu'on se dit qu'ils sont moins matures certes dans certaines situations ils peuvent être moins mature mais en soi on est tous assez réfléchi on a tous une conscience on a tous une logique Ok, mais ça me va. Et ça t'inspire des trucs ? Non, on laisse comme ça ? Ok. Bon, c'est chouette. Merci pour votre parole. Et je vous referme la bulle. Merci d'avoir accepté que je vous les range. Salut. Ces derniers jours, dans ma commune en Gironde, j'ai tendu mon micro vers des voix qu'on n'entend pas souvent. Des voix qu'on dit ordinaires, mais qui contiennent parfois de la colère, de la lucidité, du refus. Des voix discrètes, mais qui, une fois entendues, laissent une trace, une secousse, une autre façon de regarder notre territoire. Ces voix-là, elles sont noyées dans le bruit des polémiques, des grands débats, des inquiétudes incessantes sur l'état de notre démocratie. Et pourtant, ces voix portent en elles quelque chose d'essentiel. Elles ne racontent pas toute la même histoire. Il y a des contrastes, des écarts, parfois même des mondes entre elles. Mais nous sommes là. Tout est tous ensemble dans ce monde qui vacille, dans ce monde où beaucoup se demandent à quoi bon, à un moment où on parle plus volontiers des fractures que de ce qui nous tient encore un peu ensemble. Alors moi, j'ai voulu écouter autrement. J'ai capté des moments d'espoir, mais aussi des tensions, des silences qui pèsent, des paroles qui disent « ça ne suffit pas » , des voix qui rêvent et d'autres qui résistent. Et aujourd'hui, je vous invite à les écouter. Je vous invite à sentir ce qui, sans faire disparaître les écarts, peut encore nous rapprocher. Il y a des gens qui disent qu'il faudrait renvoyer des gens chez eux, ce que je trouve être abominable. Sauf qu'en même temps, ces personnes constituent de mémoire 40% du travail français. Donc si on les renvoie, qui va travailler ? Comment le pays va tourner ? Je pense que le pays va vite couler. Donc ces gens, ils ont beau se dire nationalistes et vouloir protéger le pays, ils mènent juste le pays à leur perte. Il faudrait un peu leur apprendre l'histoire du pays et la fraternité, je pense. Ça peut être une bonne solution. Il faudrait qu'il y ait plus de vie. Plus de vie. Nous, dans nos villages, il n'y a plus rien. Chez moi, quand j'étais jeune, il y avait... La boulangerie, la poste, l'épicerie. Aujourd'hui, il n'y a plus rien, il n'y a plus que l'école. Et pour que l'école survive, ils ont fait des RPI, des regroupements pédagogiques intercommunaux. Donc en fait, on ne se côtoie plus. Et on a beaucoup aussi de personnes qui travaillent en ville. Donc ça fait un peu des villages dortoirs. Je pense qu'il faudrait recréer du lien, notamment avec des choses festives aussi, des bars, quelque chose de régulier, des endroits où nos enfants pourraient se retrouver. Nous, ils sont complètement isolés, nos enfants, parce qu'ils n'ont pas de lieu où se retrouver sécurisé, sympa, qui leur donne envie de sortir. Le manque d'activité sur ma ville, parce que franchement, par exemple, cette année-là, on n'a pas eu de carnaval. Il n'y a presque pas d'événements. Il y avait des cinémas en plein air qui s'organisaient tout le temps. Ça n'y est plus. Ce n'est pas comme sur Bordeaux, par exemple, où franchement, il y a des événements toutes les semaines, tout le temps, tout le temps, tout le temps. En même temps, c'est une petite ville de campagne. Mais il n'y a pas de club, pas d'endroit pour se réunir. C'est un peu vide, ça. Du temps vraiment avec les gens parce que je trouve qu'aujourd'hui on passe dans la rue, on ne dit plus vraiment bonjour. C'est assez compliqué, même quand je vois mes amis, on se met dans un parc pour ne pas être dérangé. Mais du coup, on ne rencontre pas vraiment des gens, surtout maintenant que je ne suis plus à l'école justement. Je n'ai plus cette opportunité de rencontrer de nouvelles personnes et j'aime vraiment bien ça. À une époque, quand tu es à l'école, tu as des camps de vacances, tu as des sorties pour vraiment apprendre à connaître de nouvelles personnes. Et du coup, j'ai plus ça maintenant que je suis « adulte » et que je suis vraiment dans la vie active. C'est vraiment plus difficile de connaître de nouvelles personnes et je trouve ça vraiment dommage. La plus grande préoccupation, c'est de réussir à trouver assez d'argent pour avoir une vie correcte et offrir une vie correcte à mon fils également. C'est quoi une vie correcte ? Une vie correcte, c'est une vie dans laquelle on peut s'épanouir et ne pas avoir de freins. C'est-à-dire, tiens j'ai faim, je vais aller acheter à manger et je vais manger. Ah, en plus des produits simples, parce que je fais attention à ce que je mange. Bah allez, pouvoir avoir accès à la culture par exemple. Pouvoir faire des expos qui ne coûtent pas 25 euros par personne. Et voilà, les concerts, la musique, les inscriptions dans les écoles d'art, les écoles de musique, etc. Voilà, l'éducation, rendre les choses de qualité accessibles en fait. Est-ce qu'en tant que citoyen, citoyenne, est-ce qu'on a un pouvoir là-dessus ? Est-ce qu'on peut agir ? Je pense qu'on est tributaire parce que... que les décisions, les taxes, la mondialisation, tout ça, on n'y a pas accès. Et les gens qui gèrent tout ça sont des gens qui n'ont pas ce genre de problème. Ils ne vivent pas ce qu'on vit, ils ne viennent pas du même milieu, ils ont été sûrement un peu formatés par les grandes écoles, quand sais-je. Et du coup, on se retrouve avec un système où, hébé, il faut... Il faut que ce soit les plus pauvres qui fassent attention à leurs sous. Sur la question de l'État, je suis d'accord. Moi, je suis en alternance, j'ai 20 ans. J'ai de la chance d'habiter chez mes parents, donc moi ça me fait 1200, 1200, 1300 balles d'argent de poche par mois. Mais j'ai des potes dans ma classe qui, avec 1300 balles, vivent seuls chez eux, avec un appart, un loyer à payer, souvent une voiture aussi à payer. Et il y a quelques mois, des nouvelles taxes ont été mises sur les alternants, qui en tout vont de 100 à 300 balles pour ceux qui touchent le plus. Dont une qui s'appelle contribution à la dette sociale. je pense qu'en tant que jeune actif payant des impôts en France, payant des cotisations pour les retraites, parce que je paye des retraites, nous mettre une dette sociale sur la gueule, et des impôts de dette sociale, alors que certains n'ont même pas déjà les moyens de vivre décemment, c'est un peu se foutre de la gueule du monde. Et du coup, ta préoccupation c'est quoi, à l'avenir ? L'économie du pays et la gestion économique du pays, qui est, je trouve, désastreuse. Et après, que ce soit des gouvernements de droite ou de gauche, ça fait des années qu'ils font de la merde, parce qu'ils ne pensent pas au global, ils pensent à leur petite gueule et à ça, mais ils pensent pas forcément aux populations. Ça va entraîner quoi ? soit des grosses émeutes comme on a vu il y a quelques années mais en 15 fois pire et en beaucoup moins fun je pense parce que ce serait drôle de dire une seconde révolution mais ça va peut-être arriver et surtout au détintéressement des français de la politique maintenant les français ils ont rien à parler de la politique moi j'ai 20 ans 21 maintenant les trois quarts de mes potes ils ont rien à foutre de la politique parce qu'en fait elles n'intéressent pas pour eux qui votent ou qui votent pas ça ne changera pas Et je pense que les Français n'ont plus le moyen d'avoir un réel impact sur la politique en France et ce que devient le pays. Un territoire plus ouvert et solidaire, pour moi, c'est un territoire qui... dans lesquelles les associations et les services publics sont de plus en plus favorisés. Parce qu'en fait, comme les gens ont du mal à se retrouver entre eux, je pense que les gens discutent moins, donc les intolérances augmentent fortement. Et aussi, je pense qu'être ensemble, ça permet de militer et de comprendre qu'on peut changer le monde dans lequel on vit. Militer, ça peut avoir plein de formes. Pour moi, ça peut être participer à une association, un syndicat, un parti ou un collectif comme le nôtre. Nous, on est dans un collectif. Ça peut être aussi participer à plein d'événements dans son village ou sa ville. Je pense que le militantisme, il est multiple. C'est juste qu'à mon avis, on est dans une période aujourd'hui où on ne peut plus faire l'économie de s'engager, quelle que soit la forme qu'on choisit de faire. Mais il me semble qu'on ne peut plus faire l'économie de ça. Aujourd'hui, c'est vraiment difficile de rester engagé parce qu'on voit qu'il y a vraiment des œillères. Enfin, des œillères, politiquement, ça ne les atteint pas. Je pense qu'on est plus montré du doigt aujourd'hui, mais même pas que politiquement, même par les gens autour. Il y a beaucoup de jugement et avec ce qui se passe dans le monde, en fait, on a tendance à baisser les bras. Donc l'engagement aujourd'hui va être plus sur des petits comités en fait. Ça va être plus de l'entraide dans le voisinage, avec les amis, ce genre de choses. Mais c'est très très difficile d'être engagé. Parce qu'on ne voit pas que ça... On nous prend plus pour des troubles faits qu'autre chose. Donc les gens, c'est pas que politique, les gens ne voient pas le message en fait. Parce que la plupart des gens ont des œillères et ils n'ont pas conscience de ce qui nous attend dans l'avenir. Je pense que c'est important de remettre un peu la nature dans la ville. C'est quelque chose qui est important aussi pour les enfants pour qu'ils se construisent autrement, de prendre soin de l'environnement et de cette terre qui est en train de se détruire. C'est enfants qu'il faut éduquer. Alors des choses simples, ne pas jeter les papiers par terre, leur montrer comment pousser une carotte. leur montrer la nature, leur montrer les arbres. Et c'est eux qui, j'espère, seront ou sauveront. La préoccupation, c'est l'avenir de mes enfants et ce qui les attend au niveau du dérèglement climatique, du changement climatique. et ce à quoi ils vont devoir faire face dans l'avenir, notamment les inondations, la sécheresse. Qu'est-ce qui va pouvoir être cultivé chez nous ? Est-ce qu'il y aura de l'entraide ? Comment on prépare un enfant à ce qui va arriver sans les inquiéter, mais sans renoncer à leur dire la vérité ? Je crois qu'il ne faut pas être dans le déni et qu'il faut qu'ils aient conscience des enjeux sans trop en faire pour éviter l'éco-anxiété. Mais oui, il faut les préparer, il ne faut pas être dans le déni. Selon moi, je pense que ce qui pourra permettre aux gens de vivre et de survivre, en tout cas dans le pire des cas, ça restera l'entraide et je crois que ça se travaille aujourd'hui. Il faut qu'ils aient conscience de ça. Comment on travaille l'entraide aujourd'hui ? Pas de manière politique mais plutôt individuelle. C'est chaque personne avec ses voisins, ses amis qui vont commencer à créer l'entraide en s'aidant mais ne serait-ce qu'à garder les enfants, à se donner... Quand on a trop de légumes, le partage en fait. Créer des jardins partagés, s'ouvrir au monde, s'ouvrir à son prochain, son voisin en fait. Si tu avais le pouvoir de changer un truc ici, le plus important, ça serait quoi ? déjà j'aimerais être le meilleur joueur du monde professionnel de football quand je vais chuter dans les magasins ça serait tout gratuit et après toutes les filles elles seraient faciles du monde toutes les quoi ? toutes les filles ok ouais ok pour toi sauf ma mère sauf ta mère d'accord pourquoi plus de filles dans le monde ? non j'ai plus de filles Ah, parce que des fois elles sont énervantes. Non, j'ai juste... Un stade de foot, une petite villa. Moi je peux faire mon interview avec lui ? Un petit magasin gratuit. Un magasin de quoi ? De bonbons, de chips, de n'importe quel sucre et sel. Donc c'est moi je pense. Attends, j'ai pas fini. Des vélos gratuits, tous ces gratuits. Et aussi on est connu sur TikTok. Et les voitures sont gratuites. Moi j'aurais changé les bâtiments parce que ça fait longtemps qu'ils sont là. J'aurais changé les terrains, j'aurais fait des stades de foot, des parcs, des parcs d'attractions, des plages. à côté. Déjà j'aimerais bien avoir des cages ici parce que on a des cages au stade mais il n'y a pas de filet. Et dans des bâtiments il n'y a pas de balcon. Ils avaient dit qu'ils allaient mettre des travaux en 2025 et il n'y a jamais eu de travaux. Ou en 2022, 2024 ils ont dit. Il n'y a jamais eu rien. Et voilà. Ce que tout ce qu'on veut dire ça va être réalisé. Genre d'avoir un terrain de foot. Les trucs possibles, pas les trucs d'être footballeur, d'avoir un terrain de foot, une balançoire, est-ce que tout ça va être réalisé ou pas ? Alors moi mon pouvoir, il s'arrête là aujourd'hui à prendre la parole. Et je n'ai pas le pouvoir de réaliser ce que les personnes peuvent me dire. Mais il y a peut-être des personnes sur le territoire qui peuvent réaliser ça. Comme qui le maire ? Pourquoi le maire alors il s'en occupe pas ? Je sais pas, d'après toi, pourquoi il s'en occupe pas ? Peut-être parce qu'il a des priorités, enfin je sais pas moi. Mais en tout cas, il faudrait qu'on le contacte. Tout le monde, il faudrait qu'il envoie un petit courrier, on lui dit qu'il vienne ici, après on lui dit toutes nos idées et après il prend en charge tout ça. Non, le maire. Il faut suivre les enfants, parce que le problème... Nous sommes dans un entourage, les enfants, il n'y a pas d'éducation. Il faut un travail pour l'éducation des enfants. Parce qu'il y a beaucoup de problèmes dans la vie. Le problème du divorce, il y a des enfants qui sont libres. Alors, sans libre, qu'est-ce qui t'attend un enfant qui est libre ? Il fait n'importe quel à l'âge de 10 ans, 12 ans. Qu'est-ce qui t'attend ? A la fin, ça revient un mec qui n'est pas bien pour la vie. Alors le problème, il faut un suivi pour les enfants. C'est ça l'important. Mais si tu laisses libre, alors il y a des risques. Il y a des parties qui cherchent de la drogue, qui cherchent des trucs qui ne sont pas bons pour la vie. De Liban, je trouve que c'est une ville assez correcte, calme, il n'y a pas beaucoup de problèmes, tout le monde se connaît en quelque sorte. Franchement, il n'y a pas grand chose à rajouter à part faire quelques rénovations dans les bâtiments à la résidence de Perronneau. Mais ça, ils comptent le faire d'ici la fin de 2025. Du coup, je trouve que franchement, c'est bien et c'est des bonnes initiatives pour les jeunes et pour tout le monde. Ce qui nous manque, c'est plus ce qui est essentiel, c'est-à-dire la nourriture, un lieu de vie ou se scolariser. Et je trouve qu'en soi, non, on manque pas vraiment de quelque chose de précis, on est bien dans notre coin. Je pense qu'il est nécessaire d'avoir un troisième lieu. Par exemple, t'as la maison, l'école, et durant ce temps libre, je pense qu'on doit peut-être mettre plus d'activités, pas forcément physiques, mais plus d'activités intellectuelles ou autres, qui pourront nous aider. à que certains jeunes s'épanouissent dans d'autres choses. Par exemple, là, c'est très fermé. En plus, ça nous coupe un peu de la ville parce que les gens qui restent ici souvent, ils restent contre eux. Et pour moi, c'est quelque chose d'important que ce quartier s'ouvre au reste de la ville et pas que celui-là. Par exemple, celui de Gare de Rose aussi est de Père-aux-Gourdes. Et pour moi, il faut d'abord qu'il y ait des lieux d'apprentissage. d'abord ici, puis en même temps, pour modéliser cet apprentissage, peut-être le faire avec des activités. C'est pour ça que j'ai dit autre activité que physique. C'est parce que là, on enferme un peu les jeunes à faire que du physique et très peu de l'intellectuel. Du coup, moi, ce que je proposerais, c'est qu'ils fassent peut-être plus d'activités intellectuelles, etc. pour peut-être essayer de le faire découvrir des nouvelles passions ou autre. Est-ce que tu as l'impression que ta voix compte ? J'ai l'impression qu'on est très rarement écouté. Par exemple, des fois, tu as le maire qui nous propose de faire des changements, etc. Et ils ont très rarement fait ces changements. Mais peut-être à la voix, au niveau de la ville, par exemple, quand on s'adresse à des dirigeants de la Calinésie, etc., on a plus l'impression que notre voix le compte. Et c'est pour ça que je conseille aux jeunes de sortir du quartier, parce que ce n'est pas en restant ici qu'ils vont... qui vont se faire entendre. C'est justement en découvrant la ville, en découvrant d'autres horizons, qu'ils pourront peut-être trouver une nouvelle voie et se faire écouter. Tu travailles directement sur le terrain, sans parler à la place des personnes avec qui tu accompagnes, que tu rencontres. Qu'est-ce que tu peux nous expliquer ? qui est important pour les personnes vraiment et ce qui leur manque. Qu'est-ce qui manque vraiment sur ce territoire ? Des projections positives. Beaucoup de jeunes ne se projettent pas après la troisième. Énormément sont les jeunes qui ont envie de travailler vite pour gagner vite de l'argent, mais très peu d'idées sur le métier précis. Il y a un désir d'autonomie et d'indépendance. qui passent par la mobilité, l'indépendance familiale aussi, de se séparer de sa famille, de quitter le quartier. Mais beaucoup en ont peur de ça, parce qu'ils ont grandi là depuis qu'ils sont tout petits. Et parfois, ils disent qu'ils ne trouvent pas leur place. Par rapport aux autres familles qu'il peut y avoir sur Libourne, ils sont considérés comme vivants dans tel ou tel quartier. Donc du coup, peu de projections positives. Et quand ils vont dans leur famille originaire des pays du Maghreb, là, ils sont considérés comme ceux qui arrivent de France. Et du coup, les privilégier. Donc, il y a vraiment ce choc-là où trouver une place et une identité, elle est difficile pour les jeunes, peut-être aussi pour les moins jeunes. Mais en tout cas, c'est quand même très fort. Cette question-là, chez les jeunes, elle revient souvent. Et voilà, la reconnaissance de quelle place j'ai et qui je suis. Vraiment, je suis un peu perdue, moi, à mon âge. J'ai 74 ans. 76 ans, plutôt, excusez-moi. Eh bien, je vous dis franchement, j'ai du mal à vivre cette vie-là, moi. Et pourtant, je ne côtoie personne, là. Parce que je ne veux plus côtoyer les gens. On vit individuellement maintenant, on est chacun dans son coin, mais on est obligé d'être comme ça, on se protège. On se protège de quoi ? De tout ce qui est mauvais sur cette terre, tous les gens qui sont mauvais, les jeunes qui font des sales coups, on est agressé sans arrêt, vous ne dites rien, vous vous promenez, on vous insulte, bien souvent, moi ça m'est déjà arrivé. Non, de mon temps à moi, on ne le faisait pas, ça. Qu'est-ce qu'on peut leur transmettre aux enfants aujourd'hui en termes d'espoir et de rêve ? Déjà, je vous dis le respect. Ça, c'est important. Il faut qu'ils apprennent à respecter les gens, à respecter la nature, les animaux. Moi, je suis désolée, mais moi, je n'arrive pas à comprendre cette vie-là. Ce n'est pas les grandes sociétés capitalistes qui ne respectent pas les animaux, l'environnement ? Ce n'est pas les enfants qui polluent la terre aujourd'hui ? Quand vous voyez des gamins qui chêtent des cailloux aux canards, qui les martyrisent, attendez, si quand même, un peu quand même. Pourquoi ? Parce qu'ils voient les adultes faire ça. Donc ils répètent ce qu'ils voient, ou ce qu'ils entendent aussi. Et puis aussi au niveau de la sexualité. Moi je vous dis franchement, j'ai du mal à vivre dans cette... Bon, ça a toujours existé, mais ce n'était pas comme ça quand même. Et puis, le mariage pour tous, déjà, moi, je n'y arrive pas. Moi, je suis croyante et je sais que je devrais accepter, bon, chacun. Mais moi, je n'accepte pas ça. Moi, pour moi, un couple, c'est un homme, une femme, des enfants. Ce n'est pas deux femmes, deux hommes, pour moi. Ça, c'est dur à accepter. Pour moi, oui. Je sais que ce n'est pas bien. Je sais que... Je sais que c'est compliqué, mais pour moi, je n'accepte pas. Je n'ai pas été éduquée comme ça, donc pour moi, c'est une barrière. C'est une différence très forte entre votre époque et aujourd'hui ? Oui, il y a beaucoup de choses qui sont différentes. C'est compliqué, je vous le dis, c'est vraiment compliqué. Je vis dans un monde vraiment épouvantable. Et ça vous rend triste ? Ah ça me rend très triste lui parce que plus ça va, plus ça va mal et je me dis comment ça va finir ça. Parce que moi j'ai des petites filles et je me dis mon dieu quelle vie ils vont avoir eux. S'ils ont des enfants ça va être de pire en pire, il faut arrêter tout ça quoi. Mais maintenant il est trop tard, je crois qu'il est trop tard, on ne peut plus rien faire. Mon boulot, c'est d'aider les gens à vivre ensemble. J'ai fait beaucoup de médiation dans toute ma vie professionnelle et c'était passionnant. Il faut apprendre à s'écouter, il faut se parler sans violence, il faut enlever toute cette violence que les gens utilisent parce qu'ils ne savent plus se parler. C'est un cancer qui ronge la société et ça, il faut arriver à se parler. Et on apprend, les petits-enfants... qui vont en classe, on leur apprend à se tenir, à crier s'ils ont besoin de crier dans un cours de récréation, à s'écouter, à ne pas se taper dessus. Les adultes, ils ont oublié tout ça. Il faut qu'ils retrouvent et qu'ils soient des modèles pour leurs enfants. Notre vie à tous, elle est liée au fait qu'on sera ensemble et qu'on protégera la nature et qu'on ne fera pas des choses égoïstes en allant mettre nos ordures par exemple sur le palier du voisin parce qu'il est con. Il faut se rendre compte des âneries qu'on fait, peut-être parce qu'on ne les sait pas, je suis tout à fait d'accord, mais il faut ouvrir les oreilles et arrêter de se matraquer avec TikTok. Il faut apprendre, il faut dire aux enfants, vous avez tout pour apprendre, vous avez l'école qui est gratuite, vos cerveaux sont des cerveaux qui ne demandent qu'à manger et apprendre. Et vous serez médecin, et vous serez docteur, et vous serez ingénieur, et c'est vous qui sauverez la planète parce que nous on l'a abîmé. On n'a pas été assez vigilants, nous les grands-parents. On aurait dû râler plus qu'on a râlé. Mais quand je vois des gens qui ne veulent pas d'éoliennes en Gironde parce que ça traumatise les vaches, moi je me dis, la connerie n'est pas du côté des vaches. Ce que vous venez d'entendre, ces voix, ces fragments, ils font partie d'un ensemble plus vaste. Je vais continuer à en chercher d'autres, à les accueillir, à les laisser dialoguer. Pas pour raconter une seule histoire. ni pour suivre une trajectoire, mais pour faire émerger, peu à peu, des réalités qui se croisent, des tensions, des rêves, des résistances qui traversent nos territoires. C'est pour cela que je leur fais place, je leur ouvre un peu d'espace, un peu de souffle, et parfois même la possibilité d'improviser. De tout ça est né un podcast, je l'ai appelé « Nos cœurs battants » , parce que ce sont ces battements-là, discrets, fragiles, tenaces, parfois en colère, qui raconte le mieux ce que traversent nos territoires et ce que contient encore notre société. J'ai choisi ce nom parce qu'il portait déjà, sans que je le sache entièrement, tout ce que je voulais faire entendre. Une douceur qui résiste, qui n'ignore rien, et en même temps une forme de combat. Un combat pour rester relié, un combat contre l'usure du découragement. Un combat pour faire entendre ce qui ne se laisse pas dire facilement. Voix après voix, pas à pas, je vous invite donc à marcher dans le territoire, à écouter ce qui se cherche, ce qui se rêve, ce qui se tente, et parfois... ce qui se construit ensemble peut-être. D'abord ici en Gironde, puis peu à peu partout où ces voix voudront bien nous mener. Ce podcast n'a pas de scénario écrit d'avance. Il est fait de ce que je capte sur le terrain, de ce que vous me direz, de ce que nous construirons, ensemble ou pas. Ce n'est pas un podcast pour expliquer, c'est un podcast pour faire sentir ce qui tient, ce qui résiste et ce qui relie. Et si ces voix vous parlent, Si vous avez envie d'en faire entendre d'autres, alors peut-être qu'on peut se croiser pour ouvrir des espaces, pour chercher et inventer d'autres manières d'être là, ensemble, sur nos territoires vécus, traversés, partagés, avec toujours la conscience que ce n'est pas la même chose d'y vivre selon qui l'on est, que les écarts sont là, que les injustices existent, et que parfois, écoutez vraiment, c'est déjà refuser de les nier et c'est déjà commencer à les combattre.