- Speaker #0
Quand tu penses au mot nature en ville, qu'est ce qui te vient en premier ?
- Speaker #1
La pollution, un peu, difficile d'accès. Difficile d'accès, pas assez aussi, pas assez, c'est tout.
- Speaker #2
Mauvaises herbes, certainement. Mauvaises herbes, peut-être ombre, espace lombaragé, et espace de bien-être, on va dire. Voilà, voilà, voilà. Et il en manque un petit peu, je pense. Un petit peu de manque.
- Speaker #3
Ce qui me vient en premier, c'est d'arriver à sensibiliser les gens, à leur faire comprendre que nature, ce n'est pas les plantes d'un côté et les humains de l'autre, que nature, c'est tout le monde ensemble. Une seule santé, une cohabitation de tous, et donc des liens qui existent entre ce qu'on appelle l'environnement, un terme qui ne me plaît pas parce que ça met l'homme d'un côté et le reste de l'autre. Je vais plutôt parler de milieu et faire confiance à l'environnement. Faire comprendre qu'on habite dans un milieu, qu'il y a des liens forts dans ces milieux, des liens qu'on ne soupçonne pas.
- Speaker #4
Les mauvaises herbes, les herbes sauvages, les herbes spontanées et tout le côté mal aimé derrière. Et ça questionne toujours la notion du propre avec des conflits de génération. Pour les anciens qui étaient habitués à un service public de nettoyage des villes. Voir des herbes au coin des rues, voir des ronds-points en friche, voir des prairies fleuries pas très bien fleuries, voir des arbres morts, ça renvoie à la question du mal nettoyé, mal entretenu, la mairie ne fait pas son travail, les services techniques ne sont pas compétents, etc. Et il y a un énorme travail de sensibilisation encore à faire pour amener les gens à porter un autre regard sur ces herbes sauvages, à quoi elles servent. Tous les usages qu'il y a derrière, médicinaux, comestibles, diminution du réchauffement climatique, accueil des pollinisateurs, mais en fait ça génère en général la peur des serpents, plein de peur derrière. Le sauvage fait peur et les gens ont perdu la connexion au sauvage.
- Speaker #0
Pour faire grandir la place du vivant en ville, par quoi il faudrait commencer, qu'est-ce qu'il faudrait faire et qu'est-ce qui devrait porter ça ?
- Speaker #4
Pour moi, il ne faut jamais attendre que ça vienne d'en haut pour faire. Il faut d'abord faire. C'est en faisant et dans la joie qu'on entraîne les autres. Donc il faut commencer. Ça peut être aussi monter un collectif avec des citoyens et pourquoi pas proposer de faire des jardins partagés. Ça, c'est quelque chose qu'on peut proposer à une mairie. Ils peuvent mettre à disposition un terrain, moyennant une petite location. Ça peut être participer à la création d'un verger communal, être volontaire dans un groupe. Un groupe politique de citoyens, sans étiquette politique, mais déjà proposer des actions de biodiversité, plantations, au sein d'une mairie, à petite échelle, c'est déjà énorme. Et il faut aller se renseigner sur nos élus, qui peut porter ce genre d'action. En rassemblant des personnes, on peut aller porter ce message et ensuite aller voir son député. C'est que de cette manière-là qu'on peut faire remonter les choses, avec les RIC aussi, les systèmes de référendum d'initiative citoyenne. Pourquoi pas faire remonter, grâce aux députés, des actions de ce genre ?
- Speaker #0
Un samedi de septembre à Libourne, les trottoirs étaient pleins de plantes et de conversations. L'école des naturalistes d'Aquitaine organisait Star des trottoirs, une journée pour attirer le regard sur les plantes sauvages qui poussent entre les pavés. C'était festif, accessible et bienveillant. Mais derrière la bonne humeur, une question revenait sans cesse. Est-ce que sensibiliser suffit encore ? Parce qu'ici, comme partout, les acteurs de l'écologie sentent bien que quelque chose coince. Les connaissances se diffusent, les initiatives se multiplient, et pourtant, le vivant continue de s'effondrer. Alors on fait quoi maintenant ? C'est cette question que j'ai posée micro en main à celles et ceux venus ce jour-là sur les quais de Libourne, pour parler de ce lien au vivant et de ce qu'on peut encore faire ensemble. Une question qui dépasse largement cette ville. Comment passer de la sensibilisation à la transformation politique ? Et comment se fédérer à l'échelle locale pour y parvenir ?
- Speaker #5
Alors là c'est un jeu où on écoute les petites musiques et chaque musique va correspondre à une plante et l'objectif du jeu c'est de deviner à quelle plante ça correspond.
- Speaker #6
Là on est sur les quais de Libourne et on est à une manifestation qu'on a intitulée Star des Trottoirs qui est une opération de sensibilisation auprès du grand public pour attirer le regard sur c'est quoi ces petites petites plantes qui poussent sur nos trottoirs, sur nos pavés, et essayer de porter un regard, un regard qu'on ne porte jamais, a priori, et essayer de faire comprendre que cette biodiversité, elle a un sens, si elle est là, c'est pas pour rien, et on essaie de faire découvrir un peu les super pouvoirs de ces plantes, leurs usages, leurs rôles, et voilà, dans la joie et la bonne humeur, j'ai envie de dire.
- Speaker #0
Qui aujourd'hui a le plus de pouvoir d'après toi pour transformer notre rapport à la nature en ville ?
- Speaker #1
Les élus, le maire, la ville, la mairie, de Libourne.
- Speaker #0
Si tu avais le pouvoir de décider d'une seule mesure demain, quelle est la première mesure que tu prendrais ?
- Speaker #1
La première mesure, peut-être demander les avis de ceux qui... qui m'ont élu pour avoir des idées, parce que là, en l'occurrence, j'en ai aucune. Mais en fait, réellement, je pense que c'est en partageant avec les autres qui t'ont apporté, qui t'ont amené à ce poste-là, de te donner leurs idées et de faire un mix, à mon avis, faire un mix avec ça.
- Speaker #0
Je reformule à ma manière, de manière tout à fait humble, tu t'appuies sur les compétences et les connaissances d'un ensemble de personnes, d'associations, d'organisations du territoire pour fabriquer une nouvelle relation ville et vivant.
- Speaker #1
Oui, tout à fait. Pour développer ça, je ferais ça comme ça, je pense. Je ne suis pas élu. donc peut-être qu'aussi c'est plus facile à dire ces choses-là de cette manière-là, mais je pense que quelqu'un qui est dans la partie déjà dans les associations à, comment dire je pense aurait beaucoup plus idée que moi ça c'est clair voilà, plus de connaissances déjà
- Speaker #6
Ce sont des lipides, c'est des graisses, qui sont à destination uniquement des fourmis. Ça veut dire que la plante déploie de l'énergie pour fabriquer une structure qui s'adresse uniquement à certaines espèces de fourmis.
- Speaker #7
Pour transporter la graine.
- Speaker #6
Exactement. Ce que font les fourmis, vous le savez, elles vivent dans les fourmilières, et elles vont venir au pied des plantes récupérer la graine en l'attrapant par cette substance charnue. Le terme technique c'est héléosome, mais on s'en fiche. La fourmi ne consomme pas sur place la graine. Elle prend la graine et elle ramène la graine dans sa fourmilière. Sauf que ce n'est pas une fourmi qui fait ça, c'est des dizaines de fourmis qui font ça. Et elles vont stocker les graines dans la fourmilière. Quand le moment sera venu, elles vont consommer la partie graisseuse et la graine devient un déchet. Et donc la fourmi évacue la graine hors de la fourmilière. Et voilà qui explique ce genre de phénomène, ou le fait que l'on ait des plantes qui poussent dans les murets à 4-5 mètres de hauteur dans les maisons. Comment ça se fait ? Réponse. Je fais une alliance avec une fourmi, parce que je suis sûr que la fourmi va m'emmener dans un milieu avec de l'humus. Parce que la fourmi fait une fourmilière.
- Speaker #0
Pour faire grandir la place de la nature en ville, qu'est-ce qu'il faudrait changer ? Qu'est-ce qu'il faudrait faire ? Et qui est-ce qui devrait porter ça ?
- Speaker #2
Je pense la commune, la mairie. C'est eux qui devraient mettre un petit peu en place ça. Je pense que c'est leur rôle, on ne dit rien. Et peut-être que si les habitants de la ville poussaient un petit peu cette idée, ça pourrait aider également. Ce développement-là, voilà.
- Speaker #0
Comment on fait pour s'organiser et faire pousser cette idée-là ? Pour faire pousser cette idée-là,
- Speaker #2
pour pousser cette idée-là en tout cas. On peut peut-être sensibiliser les gens. Je ne sais pas, honnêtement, c'est une question un peu compliquée ça. Sensibiliser les gens. Les gens à l'utilité de la nature, c'est vrai que ça devient quelque chose de moins en moins présent dans la vie de tous les jours. Les gens ne se rendent plus vraiment compte de l'utilité des espaces verts ou de la nature. Donc je ne sais pas, peut-être organiser des classes vertes entre guillemets pour tout le monde. Je ne sais pas, je ne sais pas.
- Speaker #8
Et là, regarde,
- Speaker #9
en fait de base c'est un observatoire pour regarder les abeilles à l'intérieur.
- Speaker #8
Il n'y a pas d'abeilles ?
- Speaker #9
Il n'y en a pas, mais de base, il y a des abeilles qui peuvent rentrer par là. Je ne sais pas si tu vois là à l'intérieur, tu as un tuyau transparent et ça montre comment les abeilles sauvages font leur nid.
- Speaker #0
Est-ce que tu penses qu'aujourd'hui, la sensibilisation, c'est une action sociale qui suffit à créer le changement nécessaire aux défis qui se dressent face à nous ?
- Speaker #3
Non, je ne pense pas. Je pense que d'abord, il faut fédérer les forces. Il faut partir des données scientifiques, des grands scientifiques qu'on a dans notre pays autour de ces questions-là et autour de ces scientifiques agréger le monde des arts, le monde associatif, le monde politique, le monde des entreprises, tout le monde économique et il faut qu'on arrive tous à se parler et à co-construire ensemble. Une fois qu'on est d'accord sur les grands constats, les grands axes, là oui, on peut faire de la sensibilisation, on peut le faire en parallèle, mais non, suffisant, ça ne l'est certainement pas.
- Speaker #0
Pourquoi on a tant de mal à se parler ?
- Speaker #3
Il faut peut-être couper les écrans, on arrivera plus à se parler les uns les autres plutôt qu'avant la tête sur le portable ou devant la télé.
- Speaker #0
J'ai l'impression que c'est très difficile de se mettre autour de la table et de parler ensemble de sujets communs.
- Speaker #3
Alors j'en suis pas certain au niveau local. Je suis tout à fait d'accord avec ce constat au niveau national. On est quand même sur des grandes positions de principe qui sont très difficiles à concilier. Et moi je suis convaincu que par contre au niveau local, on peut très bien y arriver, même avec des personnes où intuitivement on ne se dirait pas qu'ils vont arriver à travailler et à trouver des solutions ensemble. Quand on voit dans nos petits villages le nombre de listes sans étiquette dans les mairies, avec des personnes de bord complètement opposés, mais qui sur des actions concrètes pour leur village arrivent à se rassembler, il n'y a aucune raison pour qu'on ne fasse pas la même chose sur des problématiques de santé humaine, de nature et de partage de l'espace.
- Speaker #10
Le vivant, il est déjà partout en ville, en fait. Il est déjà là. Et nous, est-ce qu'on doit impérativement décider les choses là ? Je pense que le vivant, il est déjà en train de travailler pour prendre sa place, sous toutes les formes possibles. Et quand on l'a empêché, en mettant des grandes dalles comme on a ici, en fait, il va ressurgir, qu'on le veuille ou pas. Est-ce que nous, il faut juste qu'on l'accepte, qu'on l'observe, qu'on s'émerveille de le voir ressurgir ? Parce que sans nous, le vivant prend toute la place en ville. Oui,
- Speaker #0
mais justement, là et là, il ne prend plus beaucoup de place parce qu'on est là. Donc on peut tout à fait s'émerveiller et se dire que le vivant pourrait repousser à travers les dalles. Pour l'instant, je ne le vois pas du tout repousser.
- Speaker #10
Oui, juste. Lui laisser de la place en fait, juste savoir peut-être le considérer, ne pas porter de jugement sur ce qui est beau, ce qui n'est pas beau, ne pas vouloir tout maîtriser aussi parce que le problème c'est qu'on voudrait tout maîtriser. On a décidé qu'une herbe était mauvaise ou qu'elle était sale, il faut nettoyer, nettoyer. En réalité le jardin n'est pas sale du tout, il a juste sa place.
- Speaker #0
Et alors comment on fait ça ?
- Speaker #10
Et changer notre point de vue, changer notre regard sur le monde, changer notre regard, s'émerveiller plus je pense pour moi, c'est ça en fait, s'émerveiller sur les choses qui existent, sans vouloir chaque fois, peut-être trop vouloir agir sur les choses, juste parfois on a besoin d'agir quand même, on a envie d'agir.
- Speaker #11
Pour faire grandir la place du vivant en ville, il faut la faire grandir en nous. C'est-à-dire c'est essayer de réfléchir nos priorités, non pas en fonction de ce que l'on peut collecter comme bénéfice financier et direct de telle ou telle activité, mais comprendre qu'à un moment... La vie se développe par la vie et si on veut bien vivre, il faut que le vivant ait de la place. La vraie question philosophique qui existe derrière, c'est quelle est la réelle place de l'homme à l'intérieur du vivant. Et peut-être que la place de l'homme, c'est justement de faire grandir le vivant, d'aider à la fertilité, d'aider à l'abondance, et à une abondance qui est peut-être une abondance gratuite, accessible à tous et accessible à tout le vivant.
- Speaker #0
C'est quoi le rôle de la poésie dans la transformation sociale ?
- Speaker #7
Le rôle de la poésie dans la transformation sociale, ça c'est une bonne question. Je crois que la poésie elle a sa place partout d'abord dans la vie, parce que c'est ce qui permet d'être heureux en voyant les choses de façon complètement différente, en démystifiant un petit peu toutes les problématiques qui nous entourent. et tout particulièrement toutes les agressions, et en particulier les agressions environnementales, et dans le cadre de la biodiversité, je crois que la poésie a vraiment sa part là-dedans. Ça permet de s'évader, c'est une autre façon de s'évader, de s'émerveiller, parce que c'est quelque chose qu'on a oublié. On a oublié de s'émerveiller, s'émerveiller devant la nature.
- Speaker #0
Si vous pouviez changer une seule chose demain pour que cette ville soit encore meilleure ou meilleure, ce serait quoi que vous changeriez ?
- Speaker #8
De mettre de l'herbe sur les toits et qu'il y ait beaucoup de végétation parce que nous à l'école on a appris que quand il pleut, l'eau, s'il y a du béton, elle va rester, elle va s'élever. Alors que s'il y a de la végétation... Elle ne va pas inonder la ville. Si un jour ça s'arrive, j'ai jamais vu ça.
- Speaker #12
Moi ce serait de mettre des murs végétalisés sur les murs, on avait parlé de ça à l'école, et je trouve que c'est une bonne chose, et de planter plus d'arbres, et les trottoirs, même s'il y a des gens qui n'aiment pas ça, mais de mettre de l'herbe dessus, même si quand il pleut beaucoup ça fait la boue, c'est quand même mieux que de mettre du béton.
- Speaker #13
Moi, ce serait transformer la ville en écoquartier, donc avoir une voiture pour plusieurs personnes, mettre de l'herbe un peu partout, et pour laisser pousser plus de plantes. Après, on peut aussi se soigner avec des plantes, donc c'est ce qui est bien. Par exemple, le plantain, on peut l'utiliser contre les piqûres de moustiques. Donc ça c'est déjà bien.
- Speaker #14
Je suis en train de lire un bouquin sur les grandes victoires de l'écologie sur les 20 dernières années. Il y a quelque chose qui ressort presque à chaque fois. C'est à chaque fois qu'ils sont passés par le fait de donner des connaissances aux gens. Pour lutter souvent d'ailleurs contre le discours des politiques qui étaient de toute façon très souvent mensongers, et dont très souvent l'opticité marchait là, on donne des connaissances aux gens, ils comprennent mieux les enjeux, comprennent les répercussions du projet, que ce soit par exemple quand ils ont gagné une haute lutte sur les barrages qui devaient être implantés sur la Loire, dernière rivière sauvage d'Europe pratiquement. Ils ont commencé par ça entre autres quoi, donner des informations aux gens pour qu'ils comprennent un petit peu tous les enjeux qu'il y avait. Alors ils avaient multiplié les démarches, il y avait cette démarche-là liée aux connaissances, il y a eu aussi des combats carrément, c'est-à-dire qu'ils ont manifesté, ils ont occupé des lieux, ils ont fait intervenir aussi des pointures, c'est là qu'on se rend compte aussi que des fois c'est presque indispensable, parce qu'ils avaient une personne qui travaillait à l'INRA ou un truc comme ça, enfin ils avaient vraiment des gens très connaisseurs donc ils n'avaient pas peur de discuter. Face à des hommes politiques, ils ont eu l'appui soit d'associations très importantes, parce qu'il fallait, alors entre points aussi importants, les finances à la fin. Ils avaient quand même trois personnes employées à temps plat pour faire fonctionner le mouvement. Et ils ont obtenu une victoire magnifique, parce que la Loire est toujours un fleuve sauvage. Un autre point important aussi qu'on retrouve souvent dans les victoires, c'est qu'ils sont arrivés à fédérer des gens qui au départ ne passaient pas forcément pour être des gens qui pouvaient intéresser à cette problématique-là.
- Speaker #0
Et comment ils ont fait ?
- Speaker #14
À l'échelle d'un territoire, toujours pareil, on donne du savoir. On se réunit, on fait comprendre, on n'a pas d'a priori, on ne reste pas. C'est pareil, c'est une des grandes idées de Bruno, mais comme on le trouve dans notre association, on évite l'entre-soi. Et comme ça, ils sont arrivés, comme on dit, à fédérer des personnes âgées, des jeunes, des chasseurs, des agriculteurs et tout ça, autour de ce projet-là, alors qu'au départ, ça ne paraissait pas forcément si évident que ça.
- Speaker #0
Donc c'est travailler sur les différents types de coalitions qu'on peut mettre en place pour... pour augmenter notre pouvoir d'agir, notre pouvoir de transformation ?
- Speaker #14
Bien sûr, bien sûr. Et c'est quelque chose, je ne suis pas fini de lire la revue, mais sur les 4 ou 5 exemples que j'ai lus là, on retrouve toujours ça, fédérer un maximum de gens. Et toujours pareil, on donne du savoir aux gens pour qu'ils comprennent mieux un petit peu les enjeux.
- Speaker #0
Ça fait un moment en fait qu'on sensibilise les personnes et pourtant j'ai le sentiment que les choses au contraire se dégradent en fait. Je ne dis pas que c'est parce que ce n'est pas la bonne méthode mais qu'est-ce que ça raconte pour toi ?
- Speaker #15
Moi de ce que je vois, j'ai l'impression qu'en fait il y a plusieurs échelles. J'ai l'impression qu'à l'échelle territoriale et vraiment, je vais dire locale, ça bouge quand même. J'ai l'impression qu'il y a de plus en plus de gens, par exemple moi mes balades. Au départ, je proposais des sorties sur les oiseaux, il n'y avait pas beaucoup de monde. Et de plus en plus, là maintenant, les oiseaux, ça intéresse les gens. Ils ont découvert les champs, les oiseaux, etc. Donc je dirais qu'à un niveau local, j'ai quand même l'impression que les gens, de plus en plus, s'intéressent à tout ça. Par contre, le problème, c'est plutôt l'échelle, à mon avis, politique. C'est qu'effectivement, toutes nos actions sont très bien, mais s'il n'y a pas des mesures qui sont prises à une échelle politique, à une échelle nationale, voire internationale, ça ne sert pas à rien ce qu'on fait, mais j'ai l'impression que ça ne va pas assez vite. Après, je pense qu'il y a d'autres collectifs qui se sont créés et qui sont plus là pour le coup dans... Dans la contestation, vraiment, dans une lutte, il y a quand même des collectifs qui existent. Je suis sur le pan sensibilisation et j'avoue que sur l'action à proprement parler, je suis moins en ce moment, en tout cas. Je pense que ça peut marcher, mais après...
- Speaker #0
Vous discutez ensemble avec ces collectifs-là ?
- Speaker #15
Moi, non. Moi, discuter, non, si, je connais des personnes qui en font partie, mais... Il faut réussir à trouver un terrain d'entente parce que parfois, il y a des personnes qui sont vraiment dans l'action, dans la contestation et qui se disent que sensibiliser, c'est trop long. C'est un travail qui est trop long par rapport à l'enjeu actuel de l'extinction des espèces et effectivement de tout ce qui se passe. Et puis, nous, on est là en se disant, si, pour moi, ce n'est pas deux choses qui sont différentes. Il faut les deux. Il faut de l'action de terrain, il faut de la sensibilisation. Peut-être qu'il y a des acteurs qui font les deux, il y en a qui font qu'une chose, mais en tout cas je pense que c'est pas du tout opposé. Moi personnellement, je n'ai pas à en dire plus là-dessus, parce que j'ai des amis qui sont dans ces collectifs, donc j'en entends parler, mais je n'y suis pas. Je ne suis pas en lien avec eux, peut-être que ça viendra. Je pense qu'on a tous un rôle à jouer, que ce soit nous, chaque personne, on peut jouer un rôle. Après, encore une fois, au niveau de la ville, il faut aussi qu'il y ait des décisions qui soient prises, des événements qui soient mis en valeur. Ce genre d'événement, par exemple, il faut qu'il y ait des décisions politiques aussi au niveau, pareil, je pense que les mairies, les communautés de communes prennent des décisions au niveau de ce qu'elles vont faire passer, par exemple, dans les centres de loisirs. Il y a plein d'endroits où on peut intervenir, où on peut former, où on peut sensibiliser les enfants, les ados, les jeunes, les adultes aussi. Et les communes, à mon avis, ont un rôle majeur à jouer là-dedans. Si on n'a pas la commune avec nous, je pense que c'est plus difficile quand même. d'arriver à quelque chose.
- Speaker #0
Donc il y a vraiment une nécessité de penser de nouvelles coalitions, de nouvelles alliances, et de penser de nouveaux terrains de discussion et de compréhension avec les communes, des collectifs.
- Speaker #15
Oui, je pense que c'est... Et d'ailleurs, c'est en partant de... Parce que du coup, on parle de nous, du peuple, entre guillemets. Et puis après, il y a la commune au-dessus. Et puis après, il y a d'autres... Après, les communes prennent des décisions. On peut monter de plus en plus haut. Selon moi, c'est quand même cette échelle-là qu'il faut privilégier plutôt que d'attendre que des décisions tombent d'en haut et reviennent et changent quelque chose. Après, voilà, c'est mon avis. C'est que mon avis.
- Speaker #6
Alors l'ENA, c'est l'école des naturalistes d'Aquitaine. c'est pas là la haute institution qu'on s'imagine, quoique. L'idée de l'ENA, c'est de se former les uns et les autres au savoir naturaliste. Par savoir naturaliste, il ne faut pas entendre des choses techniques. On n'est pas là pour apprendre le nom des plantes en latin, on n'est pas là pour apprendre le nom des animaux en latin, non. On est là pour essayer de comprendre le vivant qui nous entoure. et surtout les liens qui nous y rattachent. C'est vraiment ça. Donc on essaye de construire une connaissance commune autour de la thématique du vivant. L'état du vivant, aujourd'hui, est grandement menacé. Donc ça devrait être notre priorité numéro un. Et quand je dis nous, c'est au niveau des citoyens, mais au niveau des politiques. Or, force est de constater... Comme tu le dis, ce n'est pas le cas. On voit bien que ça ne déferait pas la chronique, cette affaire-là. Moi, j'ai un seul mot à dire, déni. On n'a pas envie de voir cette chose-là. Parce que ça nous met dans un état psychologique d'inconfort. Et ce n'est pas évident. Ce n'est pas évident de voir l'état du monde. C'est presque paralysant. Mais... Ce n'est pas du tout mon point de vue que c'est paralysant et décourageant. Au contraire, moi je trouve que c'est extrêmement motivant parce que ça nous invite, c'est une invitation collective à réinventer le monde. Et en ça, je trouve ça extrêmement enthousiasmant. Il est évident qu'il faut que ça bouge, que ça réagisse à l'échelle globale, à l'échelle du politique. Est-ce qu'on serait capable, sur notre territoire, de réunir les acteurs, les actrices du tissu associatif, du tissu économique, du tissu politique ? de se mettre autour d'une table et d'essayer de construire une culture commune de ce que j'évoquais tout à l'heure, de nos liens qui nous unissent aux vivants. Est-ce qu'on est capable de faire ça à l'échelle d'un territoire ? Pour se poser la question, comment est-ce qu'on peut habiter notre espace de manière durable ? Est-ce qu'on est capable de faire ça ? En fait, il va falloir qu'on soit capable de faire ça, parce que si on n'est pas capable de le faire à l'échelle d'un territoire, je ne vois pas comment on pourrait le faire à l'échelle nationale, européenne. et même mondiale. Il faut acter l'échec, en tout cas les limites, peut-être pas l'échec, mais les limites de la sensibilisation. Clairement. Aujourd'hui, il faut passer au stade supérieur, qui est le stade politique, c'est-à-dire comment on reconstitue sur le territoire des propositions, des forces de proposition. Pour moi, on ne s'en sortira pas si on n'implique pas le monde politique dans cette affaire.
- Speaker #0
Fédérer, construire du commun, passer aux politiques, ce sont les mots qui reviennent dans ce podcast. Des mots qu'on entend souvent, mais qui restent flous tant qu'on ne les met pas à l'épreuve du réel. L'école des naturalistes d'Aquitaine veut essayer, pas seule, mais en rassemblant. Association, élus, habitants, habitantes, acteurs et actrices économiques. Créer un espace où l'on se parle. où l'on construit une vision partagée de ce que pourrait être un territoire qui fait une vraie place aux vivants. La sensibilisation seule ne suffit plus. Il faut maintenant qu'elle débouche sur des propositions concrètes, portées collectivement. Et pour cela, il faut d'abord écouter, comprendre les besoins, les manques, les points d'appui des organisations qui agissent déjà sur le territoire. C'est sans doute là le début d'un point commun. Écoutez ensemble pour mieux se fédérer. Ce podcast ne cherche pas à conclure. Il ouvre des discussions, des réflexions sur la suite. Il servira de point d'appui, un peu comme une table autour de laquelle on se retrouve pour regarder le territoire autrement, mettre des mots sur les tensions, imaginer des alliances entre celles et ceux qui font de la sensibilisation et celles et ceux qui agissent autrement, entre les élus et les habitants, les habitantes, entre les sciences et les arts, et y associer pleinement la jeunesse, pas simplement comme. publique, mais comme force de proposition. Et nos cœurs battants accompagneront cette démarche pour passer de la parole à la transformation concrète.