- Speaker #0
Ça va, vous êtes en forme ? Oui ! Non, vraiment ? Oui. C'est pas trop dur le matin ? Non, ça va. D'aller au cimetière ? Oui. Et vous allez faire quoi au cimetière ?
- Speaker #1
Les herbes,
- Speaker #0
les chardins,
- Speaker #2
les tempes, voilà.
- Speaker #3
Pour le moment,
- Speaker #4
on fait le chardin et les tempes. Pour ce moment. Lorsque nous sommes à l'espace vert, on ne fait pas que le cimetière. On fait beaucoup d'activités. On fait le copo-carton, récupération de cartons, le ménage et tout.
- Speaker #0
Et moi je vais là ? Oui, attention les bois ! Voilà ! Ah ok, pas de ceinture ! Oui, normalement c'est obligatoire ! Bon en même temps on va au cimetière ! C'est obligatoire les cimetières ! Oui mais bon... On va travailler, c'est pas pour... Ah ben oui ! On a la confiance avec Gilek.
- Speaker #1
Moi, j'aime ma Castellab. J'aime beaucoup.
- Speaker #2
Il m'a donné mes douleurs.
- Speaker #1
Je vis plus.
- Speaker #2
Je suis contente de mon travail.
- Speaker #4
Pourquoi tu rigoles ? J'adore mon travail. J'adore Castellab.
- Speaker #1
J'aime beaucoup.
- Speaker #0
Est-ce que tu te souviens de ta première journée quand tu es arrivée à Castilab ? Oui,
- Speaker #4
c'est le 2 décembre 2024. Je n'oublie pas cette journée-là. Parce que grâce à cette journée, ma vie a totalement changé. Parce que moi, avant, quand je rentrais à la France, je restais 5 ans avec une situation irrégulière. Ça veut dire que je restais femme au foyer. Je prends le temps de me papiller, mais quand je prends le papier, je travaille dans la ville. Pour moi, Castilap, c'est mieux que la ville. C'est ça, totalement, c'est changer ma vie. J'aime bien le travail ici, plein d'activités. Aussi, grâce à ça, je ressens que je suis une femme indépendante.
- Speaker #0
Ça, c'est énorme.
- Speaker #4
Oui, c'est super. C'est pour ça que je dis, je trouve que ce que je cherche à Castilap.
- Speaker #0
Ça veut dire quoi être une femme indépendante ?
- Speaker #4
Je trouve que mes rêves ont été réalisés pas à pas sur la réalité. Ça, c'est bien pour moi. Moi, j'aime bien réaliser mes objectifs sur le terrain. C'est ça, très important pour moi. C'est pour ça que je concentre sur ma langue, parce que c'est très important, la langue ici, pour améliorer nos compétences professionnelles.
- Speaker #0
C'est quoi le souvenir le plus fort que tu as depuis que tu es à Castilab ? Est-ce qu'il y a vraiment un souvenir marquant ?
- Speaker #4
Chaque jour, il y a un souvenir. Parce que chaque jour, j'ai appris quelque chose. Une phrase, une expression, un geste. Mais tout ça, il m'a motivée. C'est ça l'importance. Moi toujours je vois la moitié qui remplit dans le vire. J'espère que... Moi je parle bien français.
- Speaker #0
J'ai bien compris l'expression. Tu racontes ce que tu fais à tes enfants au quotidien ici ? Est-ce que ça a changé aussi leur regard sur le travail ou sur toi ?
- Speaker #4
Oui, oui. Avant, mon fils toujours, quand il veut quelque chose, il demande à son père. Maintenant, quand il veut quelque chose, il m'a donné. « Maman, donne-moi ton carte bancaire. » Voilà, ça veut dire... Mais la routine, il me voit chaque jour, je porte mes vêtements et je vais à l'école, je dépose lui à l'école. Je dis, je vais aller au travail, reste à la cantine, reste sage. Son père qui vient le chercher, il connaît maintenant l'habitude. Moi, maintenant je suis travaillée, ce n'est pas une femme au foyer.
- Speaker #0
Bienvenue dans le quatrième épisode de Nos cœurs battants. Un épisode en immersion à Castillon-la-Bataille en Gironde, au cœur de l'expérimentation Territoires zéro chômeur de longue durée. Ce que vous allez entendre, c'est une tentative fragile mais réelle pour réinventer l'accès à l'emploi, local, choisi et adapté. Ce reportage, c'est le résultat de deux journées passées sur le terrain, à marcher, à écouter, à enregistrer, mais aussi à rire, à douter, à partager. Vous allez entendre ce que ça change quand on redonne une place à toutes, à tous, à la différence et à la solidarité. Et ce que ça transforme, la confiance en soi, aux autres, les liens, les relations familiales, les préjugés et la vision du territoire. Mais aussi les tensions, les doutes, les colères parfois contenues. Et c'est pour ça que ça mérite d'être écouté, pour comprendre, pour avancer ensemble. C'est donc une plongée dans le cœur battant d'un projet vivant, dans les voix de celles et ceux qu'on entend trop peu, et dans ce que leurs récits viennent déplacer en nous et autour de nous.
- Speaker #3
Alors, Castilab, c'est l'entreprise à but d'emploi de Castillon-la-Bataille, qui fait partie de ce qu'on appelle Territoire zéro chômeur longue durée, qui est un dispositif national d'insertion socioprofessionnelle, en fait. Ça permet à des personnes durablement privées d'emploi de pouvoir retrouver un emploi adapté à leurs problèmes, à leurs difficultés ou à leurs souhaits, à leurs volontés. Ici, ça a permis à un peu plus de 60 personnes de retrouver un emploi. Ce sont des emplois en CDI et à temps choisi, donc vraiment adaptés le plus possible aux personnes, de manière à ce que chacun puisse se remettre le pied à l'étrier dans le monde du travail. Soit pour continuer au sein de l'entreprise à but d'emploi, soit pour après s'en servir de tremplin et aller faire des formations et se réinsérer dans d'autres entreprises plus classiques.
- Speaker #0
Qu'est-ce que ça change pour le territoire qui est Castilab ?
- Speaker #3
Alors pour le territoire, ça change sur plusieurs plans. Je pense que ça permet en fait à un certain nombre de personnes durablement privées d'emploi de retrouver un emploi. Donc c'est toujours mieux pour le territoire. Ça permet aussi de développer des activités que d'autres entreprises n'auraient pas développées. Et puis ça permet aussi, en permettant à un certain nombre de personnes de retrouver un emploi, ça permet aussi qu'il y ait plus de consommation sur place. Enfin, je n'aime pas le dire comme ça, mais c'est un peu ça aussi. C'est qu'à partir du moment où nous, salariés, on a plus de moyens qu'avant, on consomme plus aussi et on consomme plus sur le territoire sur lequel on habite en premier lieu. C'est bénéfique pour tout le monde en fait, et pour les salariés, et pour les demandeurs d'emploi qui ont retrouvé un emploi, et pour le territoire et les commerces du territoire.
- Speaker #0
C'est quoi ici que tu as appris sur toi et que tu n'aurais jamais appris ailleurs ?
- Speaker #3
Au-delà d'apprendre sur moi, j'ai repris énormément confiance. Ce que j'ai appris sur moi, c'est que j'étais capable d'être dans la relation à l'autre de manière sereine, ce dont j'avais des gros doutes quand même. Je suis réellement asocial, j'ai vraiment du mal avec les gens en fait, mais pour autant, je m'aperçois ici que je suis capable d'être socialement intégré. On va le dire comme ça, c'est très moche, mais c'est cette idée-là un peu.
- Speaker #0
C'est quoi votre plus grande victoire collective avec Castilab ?
- Speaker #3
Ce n'est pas du collectif à 100%, mais j'ai souvenir d'un événement pour lequel on a participé pour la mairie, où certains élus qui ne croyaient pas du tout en nous... Nous n'en sommes pas revenus du travail qu'on avait été capable de fournir et de la qualité du travail qu'on avait été capable de fournir. Et puis, je crois que la victoire collective, en fait, c'est de réussir à intégrer le plus possible tout le monde, tous les nouveaux salariés, quelles que soient leurs différences. Et pour montrer que c'est possible, une entreprise vraiment inclusive, c'est possible, c'est juste une question de volonté. Pour moi c'est vraiment ça en fait, que tout le monde est capable de travailler si tant est qu'on prend en compte les difficultés et les freins de chacun et que tout le monde peut trouver sa place à condition de modifier un peu les schémas et de sortir du tout compétitivité. C'est un autre monde en fait, autre chose est possible, une entreprise plus humaniste est possible.
- Speaker #0
Tu fais quoi là ? Comment ? Tu fais quoi ? Là on est au carton. On est au carton, on prend le carton, on enlève les scotches, les papiers qui sont dessus, on les découpe, on les met en tas, après ça passe dans la machine. C'est broyé, après c'est dans des sacs et après ça part en livraison. En livraison de quoi ? Livraison de chevaux. De ? De chevaux. Ah c'est pour les chevaux ? Oui c'est pour les chevaux. Les cartons ? Oui justement, c'est leur litière. Ah vous faites de la litière pour les chevaux ? Qui sort des vétérinaires au moins, ça évite que la plaie elle se salit et tout ça. Donc vous recyclez les cartons ? Oui voilà, on va les chercher en fait. On va les chercher en Waldorf, en Castipri, tout ça, ils nous donnent les cartons pour pouvoir les faire après. Ça fait longtemps que tu travailles ici ? Ici, ça va faire le 19 octobre, ça fera deux ans. Deux ans que je suis ici. Ça m'a bien aidé. Ça t'a aidé à quel niveau ? Au niveau de la santé, et au niveau de prendre une autonomie. J'ai rencontré ma compagne ici. Incroyable ! Je ne suis pas rentré pour rencontrer quelqu'un, mais je l'ai rencontré. Maintenant ça fait deux ans qu'on est ensemble.
- Speaker #1
Et ça dépend,
- Speaker #4
des fois je commence par le stade et après quand moi je me coupe au carton, je me coupe au carton.
- Speaker #3
C'est quoi que tu vois ? Comme tu veux.
- Speaker #4
Toi tu fais quoi ce matin ? Couture. Couture ? Tu veux qu'on fasse le stade et après comme ça tu vends le couture ?
- Speaker #1
Vous avez le choix,
- Speaker #5
pour une fois vous avez le choix.
- Speaker #4
Si vous voulez au stade maintenant et ensuite faire couture,
- Speaker #2
c'est ok.
- Speaker #1
Si vous voulez faire l'inverse,
- Speaker #3
les deux moments. Du moment que le stade est fait,
- Speaker #2
moi je n'ai pas d'impôt.
- Speaker #4
On va prendre les affaires
- Speaker #0
Ça fait longtemps que tu travailles ici ?
- Speaker #1
Je suis là depuis le 4 novembre 2024
- Speaker #0
Toutes les personnes que j'ai interrogées connaissent leur date d'entrée C'est important On a signé un contrat
- Speaker #1
C'est pas rien
- Speaker #0
Surtout un CDI C'est pas donné à tout le monde Moi qui arrive d'un an de vie Ça se peut varier, on n'est pas en saisonnier. En plus c'est en polyvalence,
- Speaker #1
donc c'est pratique.
- Speaker #0
C'est bien aussi, on se châte tout. Est-ce que le fait d'être à Castilap, ça a changé quelque chose dans ta vie ?
- Speaker #1
Oui,
- Speaker #0
j'ai plus une stabilité par rapport aux horaires. Par rapport à ma fille, ça revient toujours au même, en tant que maman. Je peux la mettre à la garderie, elle est allée chercher à la garderie de soir.
- Speaker #1
Le travail que je faisais avant,
- Speaker #0
c'était pas ça du tout. Comment vous faisiez alors ?
- Speaker #1
Je m'adaptais, j'ai des amis, son papa. Avant, je faisais 6h-20h.
- Speaker #0
Des fois, je ne la voyais pas. Et là,
- Speaker #1
je vois mon enfant plus souvent. En plus, c'est moi qui ai la garde. Donc du coup,
- Speaker #0
ce travail m'a apporté beaucoup de stabilité pour ma fille et pour moi-même aussi, même financier. Il y a une période où tu en as eu marre ?
- Speaker #1
Oui, juste... Entre en fait... L'atelier couture dont je suis responsable a déménagé. Le déménagement s'est passé dans des conditions plutôt... un peu... difficiles. Et très sincèrement, après ça, j'étais très fatiguée, le sentiment de ne pas être écoutée, le sentiment d'en faire toujours plus et que ça ne soit jamais assez. Et juste avant, entre ce déménagement et mon départ en congé, là, dès le milieu juillet, très sincèrement, j'en ai eu très très marre.
- Speaker #0
Tu me parlais de burn-out.
- Speaker #1
J'étais vraiment au point que je n'avais vraiment plus envie de venir, je n'avais vraiment plus envie de me lever, je n'avais vraiment plus envie de faire d'efforts pour qui que ce soit. Et le premier qui me parlait, ça partait presque en vrille.
- Speaker #0
Je l'ai déjà pu belle.
- Speaker #1
Au tout début, avant que l'entreprise ouvre, on a été sur le marché de Cassillon pendant des semaines pour présenter Territoires zéro chômeur. Pour présenter la future entreprise et aussi pour recueillir ce dont les personnes de la ville avaient besoin comme activité. Mais je peux vous dire qu'on s'en est pris plein la tête, vraiment. On s'est fait insulter. Par qui ? Par les gens. Chômeurs, t'es chômeur, bouge-toi le cul.
- Speaker #0
Et qu'est-ce qu'on ressent dans ce moment-là ?
- Speaker #1
Juste envie de l'emplâtrer, de le couper au mur, là au portail de l'église. Mais oui, ça fait mal.
- Speaker #0
Ça a changé, ce regard-là ?
- Speaker #1
Ça a quand même changé, parce que je sais qu'il y a des conseillers municipaux qui étaient contre ce projet, qui n'en voulaient pas, qui... Voilà, qui trouvaient que ça allait être une gabegie d'argent et qui maintenant voient le résultat, que le cimetière est entretenu, qu'il y a des choses qui sont faites, que les gens sont contents, enfin, quand la conciergerie de ville, quand les gens vont faire des réparations, que les gens sont contents et qu'ils en parlent. Donc oui, ça a changé. Mais au départ, oui, ça n'a pas été facile.
- Speaker #0
Donc Castilap, ça amène ça aussi. C'est un changement de regard pour tout le monde, pour les personnes qui sont éloignées de l'emploi, qui retravaillent, la confiance que ça leur apporte à eux, au collectif, pour les élus, pour les commerçants, les commerçantes, les habitants. Ça change de culture, de territoire.
- Speaker #1
Oui. Et puis ça fait revivre le territoire aussi, parce que l'argent qu'on gagne, qui est redépensé dans le territoire. C'est un cercle vertueux, donc ça change. L'image change, mais l'image est difficile à changer, elle est très fragile, donc nous on ne peut pas se permettre de faire le moindre faux pas.
- Speaker #0
Et si demain il n'y avait plus de chômeurs à Castillon, autour, le territoire, si la vision un peu utopiste, si finalement ça devenait une réalité, ça changerait quoi pour le territoire, pour les gens ?
- Speaker #1
Si il n'y avait plus de chômeurs, je pense que déjà, la vision de Cassillon dans l'ensemble du territoire changerait, parce que nous sommes partis avec 27% de chômeurs. Donc on part de loin. Ça changerait la vision de l'ensemble du territoire. On serait peut-être sortis de la diagonale de la pauvreté. Et de fait, ça attirerait d'autres personnes, des gens qui auraient envie de s'installer sur le territoire. Ça redynamiserait le territoire, ça c'est sûr.
- Speaker #0
Ça a l'air super bon là, ce que tu prépares, c'est quoi ?
- Speaker #4
C'est de la courgette au four et des pommes de terre.
- Speaker #0
C'est ton métier ou tu es en train de l'apprendre ? Non, je ne fais pas mon métier,
- Speaker #4
mais à la base je fais la cuisine chez moi. Avant,
- Speaker #1
je ne faisais que le living, mais je faisais la cuisine chez moi la plupart du temps. Je sais cuisiner,
- Speaker #4
j'aime bien la cuisine,
- Speaker #1
c'est pour ça que j'ai choisi de rentrer dans la cuisine, à la crêperie.
- Speaker #4
Pour nous,
- Speaker #1
dans l'équipe de la crêperie, le truc qui vient changer, c'est juste d'avoir un peu plus de clients. Comme ça reste une petite ville, ça va pendant l'été,
- Speaker #4
on a eu un peu de clients, mais des fois c'est un peu calme.
- Speaker #1
J'aimerais bien qu'on va avoir un peu plus de clients.
- Speaker #0
Et tu discutes des fois, les clients te demandent c'est quoi ici, c'est Castille-Lave, ou ce qu'ils connaissent, les commerçants, les habitants ?
- Speaker #1
Des fois il y a le serveur qui discute avec les clients, des fois il y a les habitants qui le savent déjà.
- Speaker #4
En entendant des collègues, ça reste une petite ville. C'est un créprio,
- Speaker #1
il y a une boutique qui va s'ouvrir. Tous les voisinages,
- Speaker #4
tous les habitants vont demander c'est qui, c'est quoi.
- Speaker #0
Ils savent ce que c'est Castilhomme ? Si. Ils en pensent quoi ?
- Speaker #1
Je pense. Je n'ai jamais demandé.
- Speaker #0
Alors ça, si tu peux, je te le mettrai dans le placard blanc, il y a l'hôtellerie en Ausha droite. C'est quoi qui te rend fier ici ?
- Speaker #5
C'est mon travail.
- Speaker #0
Le moment où j'ai fait mon travail de bien, et je l'ai fait parfait, je serai content. Est-ce que ça change de le faire avec d'autres personnes dans la cuisine ? Est-ce que ça ajoute une fierté ? Oui, le moment où tu travailles avec tes collègues, ce n'est pas le même travail que tu fais toi-même. Ce que j'aimerais, c'est que cette entreprise doit être connue par tout le monde et pouvoir accepter beaucoup de gens. Pour l'avoir et pour prendre une idée sur cette entreprise, pour qu'il se développe plus que ça.
- Speaker #5
L'activité qu'on cherche à développer, à chaque fois on s'est heurté sur les propositions qu'on a faites, soit cette espèce de clause de non-concurrence qui fait que s'il y a un autre commerce ou artisan à Castille, qui fait déjà, on ne peut pas... Par exemple, à la crêperie, on n'a pas pu faire de plat du jour. Alors que le plat du jour, c'était quelque chose où tout le monde s'éclatait parce qu'il fallait être un peu créatif, trouver des trucs, trouver des recettes. On avait même mis en place que chaque semaine, ce soit une personne différente qui propose un plat du jour. Donc c'est vachement stimulant, c'est un côté créatif. Mais ça, on n'a pas pu le faire. Ça s'est arrêté. Parce qu'il y a d'autres restaurants qui font un plat du jour et que nous, on a une spécialité. Créperie, qui nous a permis d'exister en non-concurrence, mais sinon, à part ça, il y a eu pas mal de choses comme ça où on était assez limités, à mon sens. Et du coup, les activités après à trouver, ou les débouchés aussi, sont quand même assez restreints, je trouve. Et ça se ressent, pour moi, dans les... Dans les activités qui sont proposées aux salariés aussi. Est-ce qu'on peut faire du social en gardant un modèle économique viable ? Ça, c'est une vraie question.
- Speaker #0
Et toi, t'en penses quoi ?
- Speaker #5
C'est pas facile. Tout ce que j'ai dit avant sur le fait qu'il y ait certaines personnes qui étaient privées d'emploi, qui étaient chez eux isolées, que là ils reconnectent, ça fait partie du social. Après, est-ce que ça permet un accompagnement vraiment ? C'est moins sûr par contre. Ce que ça provoque, moi j'ai l'impression, j'en sais rien, c'est qu'en fait le fait que les activités soient compliquées à trouver, avec des débouchés, que ce soit viable économiquement, le fait qu'il y ait ça, ça rejaillit en fait sur les salariés qui du coup se retrouvent à faire des fois des choses qu'ils ne comprennent pas forcément ou qu'ils ne les font pas kiffer. Parce qu'il y a ces contraintes et il faut être viable économiquement. Donc des fois, on se retrouve à faire des choses qui ne sont pas forcément... On aimerait faire autre chose.
- Speaker #0
Tu me dis si je me trompe, mais j'ai en tête le fait que Territoires zéro chômeur s'appuie sur des vrais besoins de territoire. Est-ce que c'est ça que tu questionnes ? Est-ce qu'il y aura suffisamment de besoins à long terme ?
- Speaker #5
Il faut aussi que ça rapporte de l'argent. Il faut qu'on soit... Nous, c'est la recherche de l'équilibre. Donc du coup, il faut quand même que ce soit rentable aussi. Donc il y a des besoins, mais si ça ne rapporte rien, on ne va pas y aller.
- Speaker #0
Comment il peut y avoir des besoins et que ça ne rapporte rien ?
- Speaker #5
Ah oui, je ne sais pas, par exemple des besoins pour la collectivité, pour la commune, je ne sais pas. On pourrait imaginer, il y a des périodes caniculaires, on avait parlé de faire des pergolas avec des kiwis grimpants pour faire de l'ombre dans la ville. Il faut que la mairie paye. Sinon, ça ne se fait pas. Ce n'est pas nous qui allons le faire de nous-mêmes. Il faut qu'il y ait quelqu'un qui paye, en fait.
- Speaker #0
Donc, il faut que, localement, on joue le jeu de cette économie locale.
- Speaker #5
Oui, c'est ça.
- Speaker #0
Ça, ce n'est pas simple.
- Speaker #5
Ce n'est pas simple, oui. C'est ça. Oui, ce n'est pas simple.
- Speaker #0
Pour toi, Castilab, ça change quoi pour la ville ?
- Speaker #2
Ça permet de voir l'invisible. Déjà, ça permet aux personnes qui étaient sans emploi, sans activité, de sortir de chez eux. Donc, c'est cette partie-là invisible. Et d'autre part, de voir que ces gens-là, toute cette entreprise, tout le monde s'active pour justement que la ville puisse être plus jolie, pour ouvrir aussi sur du dialogue. Ça permet aussi de montrer la force que les personnes peuvent déployer sur un projet comme celui-ci, parce qu'en fait, les personnes qui travaillent à Castillap sont vraiment investies. Ils se lèvent tous les matins, ils croient au projet, puisque pour eux ça a vraiment du sens de toute façon. Donc voilà, ça permet de rendre l'invisible visible.
- Speaker #0
C'est quoi ton inquiétude principale pour la suite ?
- Speaker #2
Il y a la partie subvention qui m'inquiète. Il y a plein d'enjeux politiques aussi qui font que j'espère que ce dispositif-là qui a du sens, parce que moi j'ai bossé par ailleurs sur des dispositifs qui à un moment donné se sont éteints ou se sont transformés à cause de contraintes budgétaires, etc. Là aujourd'hui on fait vraiment quelque chose d'intéressant. qui a du sens. Donc voilà, ma crainte, elle est là. Peut-être qu'à un moment donné, on ait moins les moyens de pouvoir travailler comme ça, de cette façon-là, en s'adaptant au rythme des personnes, en s'adaptant aussi au territoire.
- Speaker #0
Souvent, on dit qu'une expérimentation Territoire Zéro Chômeur, quand elle arrive, elle capte toutes les subventions au détriment de celles qu'en recevait. jusqu'alors ?
- Speaker #2
Je pense que oui, ça se passe comme ça, alors que ça ne devrait pas être le cas. Puisqu'encore une fois, c'est un dispositif qui est complémentaire à ce qui existe déjà. Donc, le fait d'enlever des subventions d'un côté, de les mettre de l'autre, etc., ça crée aussi, à un moment donné, des dissonances dans un dispositif qui devrait être global, en fait, dans des dispositifs liés à eux. C'est quelque chose de global, il y a les chantiers d'insertion, il y a les entreprises d'insertion, il y a les associations intermédiaires, etc. Et maintenant il y a les EBE. Moi je trouve que c'est génial et puis on a de la chance de pouvoir faire ça. Maintenant il faut qu'on puisse continuer à le faire dans des conditions adaptées au public qu'on accueille. Donc vraiment, on croise les doigts pour que ce dispositif-là continue, mais qu'il n'en annule pas d'autres. qui créent des rancœurs aussi et des dysfonctionnements sur d'autres dispositifs qui marchent et qui sont là depuis longtemps et qui se battent déjà depuis longtemps pour que ça fonctionne. Donc je pense que l'enjeu il est là en fait, d'arriver à faire en sorte que tout le monde puisse prendre sa place mais que du coup il y ait de l'argent qui soit posé aussi pour pouvoir le faire correctement et pour que tout le monde puisse travailler ensemble.
- Speaker #4
C'est bien la rentrée. Bonjour. Oui, j'ai ta facture, c'est 12 euros.
- Speaker #1
Pas champagne ?
- Speaker #4
C'est la même. J'appelle juste les conductrices et je suis à toi dans deux minutes. C'est à moi. Tu travailles ou pas ? Vendée, je reprends.
- Speaker #0
D'accord. Je me permets une question, parce que tu parles de tes enfants, est-ce que tu as l'impression que ça a changé leur regard sur toi, sur le travail en général, peut-être sur leur travail à l'école ?
- Speaker #4
Ça a changé un truc parce qu'en fait moi j'étais sans diplôme, sans rien, et en fait j'ai fait des formations ici. Au début je suis rentrée comme couturière, et là je suis au secrétariat, donc j'ai fait plein de formations, et je leur ai montré qu'on peut faire des formations à tout âge, et que rien n'est gâché. Et ça a changé surtout notre relation parce que j'ai appris à communiquer différemment. Donc du coup, ça nous a permis que ça soit plus calme et plus serein à la maison. Moi, je sais que la première fois que je suis arrivée ici, la chef de projet m'a dit « qu'est-ce qu'est ton rêve ? » J'ai commencé à « qu'est-ce qu'est mon rêve ? Vous voulez pas mon CV ? Vous voulez rien ? » « Non, pas du tout. » Donc du coup, c'était « ouais » . Et moi, je trouve que ça révèle les talents. Les zéro-chômeurs, c'est des gens qui ont un parcours de vie un peu complet. complexe et ça révèle les talons. Moi, je sais, il y a plein de personnes qu'un beau parcours, c'est vraiment des beaux parcours. Ils sont venus ici, ils étaient abîmés. Et là, on les soigne, en fait. On va dire que zéro chômeur, c'est... On soigne par le travail.
- Speaker #0
C'était quoi ton rêve en arrivant ici ?
- Speaker #4
C'était d'être couturière. Et en fait, parce que je voyais pas assez haut. Parce que j'avais... Parce qu'en fait, j'ai des problèmes de lecture. Je suis au secrétariat, mais j'ai des problèmes de lecture et d'écriture qui sont minimes, mais qui sont là quand même. Et en fait, je ne pensais jamais que j'allais être derrière un bureau. En fait, moi, au début, j'étais bonne queue pour faire le ménage, je pensais dans ma tête. Et comme beaucoup de personnes ici, qui sont non que à faire les tâches ingrates. Et non.
- Speaker #0
Qu'est-ce que tu aimerais que les gens retiennent de Castilap dans cinq ans ?
- Speaker #4
Que tout le monde peut travailler, il faut laisser la chance aux gens.
- Speaker #0
Et que oui c'était peut-être utopie sur le papier mais que c'est réaliste et qu'on y est arrivé.
- Speaker #1
Prends le retour ! Je vous pose la voiture pour deux minutes. Vous allez m'en sortir ? Appelez-moi si vous n'arrivez pas parce que je peux bien vous aider.
- Speaker #0
Castilab, c'est un dispositif qui est hyper nouveau et en tout cas ici, cette BE-là, elle est profondément humaine et bienveillante. En fait, Castille-Abe, c'est un peu... Je crois qu'on essaye un peu de réinventer comment on travaille aujourd'hui. Vraiment, on part des salariés, des envies des salariés et de l'énergie qu'on est capable de mettre à un endroit pour venir faire une action. Et je trouve que ça change vraiment l'approche qu'on peut avoir du... travail tel qu'on pourrait de manière traditionnelle.
- Speaker #2
C'est quoi ton inquiétude principale pour la suite ?
- Speaker #0
Il y en a une, elle est au niveau économique évidemment, sur notre capacité à générer suffisamment de chiffres d'affaires. Parce qu'aujourd'hui on va chercher des subventions, parce qu'on est en expérimentation, etc. Mais au bout d'un moment, je pense que les financeurs auront envie que... On génère plus de chiffres d'affaires. Donc il y a une inquiétude là-dessus. Je pense qu'elle sera levée, mais il y en a une. Et au niveau politique, c'est quand même un projet qui est hyper politique. Donc si ce n'est pas soutenu, ça n'existe plus. Parce qu'aujourd'hui, sans subvention, on n'existe pas. Enfin, sans les subventions de l'État. Donc ça dépend de quel virage politique prendront les prochaines années et ça, on n'a pas de maîtrise là-dessus.
- Speaker #3
Créer un emploi utile et adapté en fonction du besoin du territoire incite les gens à sortir surtout de ce cercle vicieux, le RSA, parce que c'est des subventions qui sont réinjectées pour créer de l'emploi. Comme on dit souvent, c'est des gens qui coûtent plus cher à l'État, le fait de rester à la maison et bénéficier de subventions, ça coûte plus cher à l'État que de sortir de ce confort et trouver de l'emploi. Donc Castilave est un tremplin qui crée de l'emploi sur les territoires. qui apporte sa petite pierre à la construction de l'édifice, qui réduit considérablement le taux de chômage sur les territoires castillanais.
- Speaker #2
C'est quoi le cercle vicieux du RSA ?
- Speaker #3
Je trouve, c'est mon avis, je trouve que c'est un... Il ne faut pas généraliser non plus, mais c'est un confort. Je trouve que le travail est loin des vices. Et se lever le matin et se dire, je m'avais travaillé. C'est important, c'est important, ça apporte quelque chose. Aller travailler, se dire oui, j'ai fourni des efforts, à la fin du mois j'ai un salaire, c'est bénéfique.
- Speaker #2
Si le RSA existe, c'est peut-être parce qu'il s'adapte à des personnes qui n'arrivent pas à travailler.
- Speaker #3
C'est pour ça que je disais tout à l'heure, il ne faut pas généraliser non plus. Effectivement, à Castilla, on a cette possibilité de... C'est un emploi à temps choisi et c'est un emploi qui est adapté aussi. Donc on n'oblige pas. C'est toujours un poste qui est adapté en fonction du besoin de l'employé. On ne force pas. On est polyvalent, mais les employés sont ménagés par la direction. Effectivement, il y a des gens qui sont toujours dans ce système. Le RSA, parce que c'est des écorchés aussi vifs. c'est des gens qui ont un parcours difficile et bien sûr c'est une nécessité aussi de l'avoir. Mais si on peut créer quand même de l'emploi, parce qu'on se rend compte qu'un chômeur coûte plus cher à l'État qu'un actif.
- Speaker #2
Pourquoi c'est aussi dur de trouver un emploi ?
- Speaker #4
C'est les enfants. Des fois, c'est les heures des enfants, et il faut que je les pose à l'école. C'est ça que des fois, c'est comme moi, je cherche des fois dans l'école, dans les problèmes. Et l'école, il faut que je travaille tôt, le matin, et moi, c'est pas possible pour moi. Il faut que tous les jours, je pose mes enfants à l'école, et c'est ça qui est le problème, ça me coince tout le temps.
- Speaker #1
On va plus faire la peine comme moi, regarder si je pose toujours à l'éclair. Et comme je n'avais pas le physique de l'enfant, on va dire, ils m'ont dit non. À Castilave, ils n'ont pas le... Que tu sois asiatique, un français, malade, ils n'ont pas le truc de dire, vous êtes différent, mais non, on ne vous prend pas parce que vous avez une germe en moins, non, on ne vous prend pas parce que vous êtes marocain, ça, ils n'ont pas. Et ça, c'est ce qui est génial. Non, on ne vous prend pas parce que vous avez des enfants. Moi, on me l'a sorti, ça. Par rapport aux enfants, on ne peut pas vous prendre. Mais non, Kassila, ils n'ont pas cette barrière. Maintenant, c'est beaucoup le jugement. Le monde est beaucoup physique, tu es handicapé, c'est ça. Maintenant, le monde du travail, c'est ça. Moi, mon mari m'a dit, il me dit, il y avait un petit qui s'est présenté, il était handicapé à son château, ils ne l'ont pas pris. Parce qu'ils estimaient qu'il était handicapé. Mais voilà, Kassila, ils n'ont pas cette barrière.
- Speaker #2
Donc il y a du chômage, il y a beaucoup de chômage, mais c'est aussi parce qu'il y a beaucoup de discrimination.
- Speaker #1
C'est la France.
- Speaker #5
Je ne sais pas, 5 euros,
- Speaker #2
il a payé, on dit 100 euros.
- Speaker #5
Oh putain !
- Speaker #2
Si partout en France les gens pouvaient bosser là comme ici, si on arrivait à réorganiser le travail à l'échelon local comme on le fait là avec Castilab et que ça fonctionne vraiment, qu'est-ce que ça changerait pour nos territoires et même pour la société de manière générale ?
- Speaker #6
Je pense que ça serait hyper riche parce que déjà il n'y aurait plus ce sentiment de ne servir à rien parce que si quelqu'un veut bosser dans n'importe quel territoire, il aurait la possibilité de le faire. Mais au-delà de ça, ça permet de pouvoir tester de nouveaux produits ou des... Du travail qui serait peut-être difficilement rentable dans une entreprise classique, on va dire, et qui, dû aux aides que l'on a avec les subventions, deviennent possibles. Et ce travail n'est pas un travail inutile, c'est un travail hyper riche, s'occuper des personnes âgées, prendre soin de... des personnes autour de nous, de notre environnement. Ça rend le territoire plus fort si tout le monde est en lien.
- Speaker #2
J'ai l'impression qu'on passe à une autre forme d'attractivité qui repose plus uniquement sur l'obsession économique. Mais sur le lien, les solidarités, bien sûr qu'il y a une économie derrière, mais une économie du lien, de la solidarité.
- Speaker #6
Ce n'est plus juste une économie de l'argent. Il y a tout un processus qui s'enclenche derrière. Et puis, ce n'est pas juste avoir un travail, c'est aussi comment on fonctionne dans la société, comment on fonctionne les uns avec les autres. J'ai des enseignants de l'école qui me faisaient part de leur ressenti, deux ans après le début de Castilep, qui remarquaient la différence. Chez les salariés, ils voyaient qu'ils interagissaient avec les autres de façon différente par rapport à avant le projet. C'est tous ces changements qui sont phénoménaux, à mon sens.
- Speaker #7
La vision que les Castillonnais ont de Castillab, ça se positive. Je ne sais pas si ça se dit, mais j'aime bien le truc. Et du coup, je pense que l'opinion sur Castilab, qui était parfois pas très bonne au début, s'améliore par le travail que les gens font. Je pense au cimetière, par exemple. Le cimetière, quand on l'a pris, c'était vraiment catastrophique au niveau de l'entretien. Et là, par exemple, il est déjà prêt pour la Toussaint. Les gens peuvent venir, c'est propre. Donc les salariés sont super contents de leur travail parce que les usagers, quand ils viennent, ils les félicitent du travail. Et du coup, ça fait son chemin. Voilà, en mairie, ils sont contents du travail effectué, parce que du coup, il n'y a plus de retour de riverain, comme quoi ce n'est pas nettoyé, il n'est pas entretenu, etc. Donc voilà, ça fait partie des choses où notre travail se voit, le travail de l'équipe se voit, et ça, c'est important. Donc ça change les mentalités sur Castilab et sur tout ce que Castilab apporte.
- Speaker #2
C'était quoi les mentalités avant sur Castilab ?
- Speaker #7
On peut le dire, c'est une entreprise pour les cassos. Je ne sais pas si ça se dit vraiment, mais c'était vraiment ça. Et sur l'investissement des gens, etc. Donc il y avait beaucoup de critiques sur ça. Et je pense que ça change. Et c'est bien.
- Speaker #5
Ça change qu'il y a une vraie solution crédible qui a changé vraiment la situation de... Plusieurs dizaines de personnes, de 65 personnes. Donc sur une petite ville de 3000 habitants, c'est considérable. Donc ça change la ville. Ça change une dynamique. Les témoignages qu'on m'a dit, c'est des commerçants qui me disaient c'est beau de les voir à l'embauche à 8h30, tous les salariés. Il y a une vie qu'il n'y avait pas avant. Là, sur l'esplanade Marcel-Jouanneau, en plein centre de la ville, il y a du monde et il y a des sourires aussi. On sent que les gens, ils sont... C'est ce dont témoignent les commerces et d'autres personnes, et ça, ça m'avait touché. Et voilà, pour moi, ça, c'est un bel exemple de ce que ça change. Dans cinq ans, on aura réussi à ce que... Chaque personne qui a envie de bosser puisse vraiment bosser. On aura atteint une taille suffisamment importante pour que cette solution-là soit réelle pour chaque personne qui était privée d'emploi. Et même si c'est un boulot qui n'est pas facile à adapter, c'est ça qu'on aura atteint à Castilab, et qu'il faudra sans cesse re-questionner pour que cette réalité puisse continuer.
- Speaker #2
Et comment on y arrive ?
- Speaker #5
On y arrive en mettant les énergies alignées ensemble, dans la même direction. Et les énergies, c'est celles des salariés, c'est celles de tous les partenaires, c'est les entreprises, c'est les commerces, c'est les associations, c'est les collectivités, c'est le syndicat de gestion des ordures ménagères, c'est tous ceux qui veulent qu'on réussisse cette ambition dont je te parlais. Un droit à l'emploi. à l'emploi adapté. J'ai une inquiétude qui est que l'expérimentation ralentisse, qu'elle n'aille pas aussi vite qu'espérée, à cause des raisons budgétaires notamment de l'État. Voilà, donc nous on veut le plein emploi, là on veut être, allez, 150 salariés dans 5 ans. L'idée c'était d'être 100 salariés en 5 ans, on est à 65 en 3 ans, on est sur la trajectoire. On veut que ça continue. Et peut-être qu'on sera freinés dans ce développement par les budgets de l'État. Voilà. Et ça, c'est une inquiétude qui n'est pas une inquiétude fondamentale. Je veux dire, ce n'est pas une inquiétude existentielle. Maintenant, l'inquiétude aussi, c'est que chaque personne ici vive bien ce challenge considérable qu'on essaie d'atteindre. Donc, d'abord moi. et vraiment toutes les équipes, tous les niveaux. Donc ça, on peut être pris, je pense, par la belle idée, la belle ambition et du coup de déséquilibrer sa propre vie. C'est un risque. Donc voilà, je pense que j'ai une inquiétude, en tout cas un souci, qu'on atteigne cet objectif-là dans des conditions humaines qui soient vraiment bonnes pour tous.
- Speaker #2
Ce que vous venez d'entendre, ce n'est pas une simple série de témoignages. C'est ce que ça change en profondeur quand un territoire décide de faire autrement. Quand on prend le temps de faire confiance. Quand on accueille la complexité des parcours. Quand le droit à l'emploi devient une réalité et pas une injonction. Ce sont des histoires de dignité, de liens qui se retissent, de dynamique qui redonnent prise sur le réel. Mais aussi de tensions, de limites, de doutes. Parce que transformer, ce n'est pas toujours facile. Parce que le travail ici ne se mesure pas seulement en productivité. Alors, est-ce que le travail, c'est uniquement un emploi ? Comment reconnaître une réussite, quand elle se construit dans les liens et la lenteur ? Ces questions, parmi d'autres, nous permettront de nous retrouver autour de cette écoute, pour mieux comprendre ce que l'expérimentation transforme en nous, autour de nous, et dans nos façons de faire société. C'est sympa de travailler dans un cimetière ?
- Speaker #6
La première fois, moi j'aime pas, et maintenant ça va.
- Speaker #2
C'est quoi que t'aimes pas ?
- Speaker #6
Je sais pas, j'ai peur. Maintenant.
- Speaker #2
Y'a jamais personne qui est sorti de la tombe ?
- Speaker #3
Je sais pas.