- Speaker #0
...la volonté de redonner du souffle à la démocratie, car la démocratie c'est pas simplement voter tous les cinq ans, c'est participer, débattre, construire du commun et des solutions. Bref, nous voulons contribuer à construire collectivement une démocratie qui fait une place à chacun, loin des postures et des dogmes, pour un monde plus juste et durable. C'est le pari de cet événement et je vous remercie une nouvelle fois du fond du cœur d'y participer.
- Speaker #1
Bonjour, je m'appelle Sophie, je viens des Herbiers dans l'île 85. J'ai fait 100 kilomètres pour venir jusqu'à Nantes, au lieu unique. J'ai 25 ans de ménage et je suis profondément déçue par mes collègues de travail puisqu'elles ne veulent pas... Elles nient l'évidence, elles nient la réalité en fin de compte puisque on est... usé, on est cabossé par notre travail, par les exigences de nos clients. Ce n'est pas une fatalité, mais il faut savoir que les personnes comme moi qui sont insignifiants, des personnes comme moi qui sont abattues, qui sont déçues par la vie, par les comportements humains, qui n'ont pas forcément de solidarité. ou l'esprit de domination, tout simplement. Moi, à l'heure d'aujourd'hui, comme j'ai dit, je n'ai pas envie de dominer l'autre. J'ai juste envie, en effet, qu'il y ait cette solidarité. Comment je peux avoir un impact par rapport à mes collègues ? En effet, dire aujourd'hui, stop. Comment je peux influencer mes collègues ? De dire, arrêtez d'aller bosser un peu bêtement, d'avoir mal. d'avoir des arrêts de travail. Non, il faut dire que le corps est usé. Il faut changer notre méthode de travail.
- Speaker #2
Bienvenue dans le premier volet de ce nouvel épisode de Nos cœurs battants. Je l'ai appelé ce qui nous échappe, car il interroge notre capacité à faire démocratie autrement, à dépasser les fractures sociales, à faire entendre des voix souvent invisibilisées. Il révèle aussi les tensions entre ce que l'on espère et ce que l'on rencontre réellement sur le terrain. Le terrain, justement, j'y suis retourné à la rencontre de mes pères, de mes semblables, de celles et ceux avec qui parfois on ne parle plus, par peur, par fatigue, par oubli de comment faire pour aller vers l'autre. Ce sont des voix qu'on croise sans les entendre, des vies proches, mais éloignées. J'ai voulu écouter, et juste écouter comment, dans un monde qui vacille, sommes-nous devenus si dispersés, si peu nombreux à nous soulever, si nombreux à détourner les yeux. Et si ce n'était pas un manque d'intérêt ? Ce qu'a sans doute réussi le capitalisme dans tous ses états, c'est une fragmentation puissante de nos sociétés. Une bombe lente qui fragmente avec violence la cohésion sociale, les solidarités, les liens, et de plus en plus, l'envie même de préserver notre humanité. Face à ce morcellement et cette perte d'élan collectif, on en revient souvent à un mot, l'engagement citoyen. Mais ça veut dire quoi vraiment ? S'engager dans quoi ? Quand on manque de temps, de souffle ou même de confiance. L'engagement, ce n'est pas une évidence, ce n'est pas un réflexe. Il suppose des conditions qu'on oublie trop souvent, du temps, du soutien, des lieux où on se sent légitime et surtout des privilèges. Et pourtant, on le brandit parfois comme un devoir, un passage obligé pour être entendu. Mais ce n'est pas si simple et ce n'est pas toujours possible. Ce que j'ai rencontré, ce ne sont pas des réponses, mais un paysage en tension, en distance, en incompréhension. Des mondes qui ne se parlent plus, des tentatives sincères, parfois maladroites, des élans, des colères, des envies de trouver ce qui pourrait peut-être nous permettre de résister. J'ai tendu l'oreille, j'ai marché, j'ai écouté ce qui s'abîme et ce qui tient. Continuons maintenant notre plongée au cœur de cet événement organisé en juin 2025 à Nantes par le Pacte du Pouvoir de Vivre, des voix captées sur le vif, vibrantes ou vacillantes, qui cherchent à se parler malgré les tensions et malgré les distances. Merci, ça va être... Vous pouvez passer.
- Speaker #0
Ça me mène du coup... Bah moi je préfère parler sans...
- Speaker #2
Je suis dérangé.
- Speaker #3
Si on n'entend pas et si au fond vous n'entendez pas, vous levez la main et en attendant,
- Speaker #4
on va s'y mettre sur le micro.
- Speaker #3
je suis gêné déjà j'ai pas mal à parler c'est pareil bon moi ce que je comprends c'est le congrès c'est ça c'est un congrès voilà j'ai bien compris la question comment on peut entendre notre voix et comment faire et tout ça mais Pour moi, c'est de s'engager. Ce n'est pas d'écouter la télé, regarder les journaux, et dire, il se passe ci, il se passe ça. Mais non, c'est de faire quelque chose. Même rien que manifester. Il y a des faire la grève de la faim, bloquer une route. Tout ça, peu importe l'idée, peu importe ce que tu défends. Mais agir, c'est tout. On a beau voter, même les votes, ils n'en prennent même pas compte. Donc, que faire ? La première chose, c'est d'abord voter. Là où j'habite, on est 24. Sur 24 personnes, on était deux à voter. Voilà, ben ça ne sert à rien, ça ne sert à rien. Ok, venez en manifestation. Ça ne sert à rien, ça ne sert à rien. Bloquons la route, faisons ceci. Des actions violentes ou non violentes. Non, non, voilà. En fait, il faut agir, c'est tout. Voilà, et agir, pour une métaphore, tu prends les mêmes armes que ton ennemi. Si lui, il se bat en politique, tu te bats en politique. S'il vient te taper, tu vas le taper. Voilà. En gros, c'est ça. Mais ce serait bien aussi, surtout d'aller voir les gens qui ne votent pas, qui ne s'intéressent pas. Ils font partie du monde, mais c'est des invisibles. Les politiques, ils n'en ont rien à foutre de ces gens-là. Puisque ces gens-là, ils n'utilisent pas leurs cartouches. Donc voilà, c'est une balle à blanc. Laissons-les de côté. C'est tous les gens de la rue, ceux qui s'intéressent à acheter à manger, plutôt que d'aller voter. En gros, c'est ça. C'est agir. Peu importe comment chacun a sa manière d'agir, mais c'est d'agir. C'est pas de... Ah, t'as vu ce qui se passe ? Non. Chacun a sa manière. Je ne sais pas. Moi, je suis d'accord avec toutes les manières.
- Speaker #2
J'aimerais avoir votre avis. Pourquoi est-ce qu'on entend si peu les personnes directement concernées dans ce type d'événement ?
- Speaker #5
Je pense honnêtement, je pense que ça dérange beaucoup.
- Speaker #2
Pourtant, on parle de vous ici.
- Speaker #5
Entre hier et aujourd'hui, j'ai lu un petit peu le programme. Il n'y a que Mohamed et moi qui sommes présents. J'aurais bien aimé beaucoup plus de personnes concernées par la vie actuelle que je m'excuse. Mais que des profs de fac, président de ci, délégué de ça, qui oui bien sûr ils sont importants, mais pour moi ce sont que des mots pompeux et fumeux.
- Speaker #3
Non mais c'est une bonne analyse.
- Speaker #5
Des expériences réelles des personnes qui sont concernées.
- Speaker #2
Qu'est-ce que ça changerait s'il y avait plus de personnes concernées dans ce type d'événement ?
- Speaker #5
eh bien, les gens pourraient écouter. Parce qu'hier... Et ja dans la réunion où j'étais, une dame a dit comment je vais faire pour voir, écouter les personnes qui sont en difficulté. Ça m'a énervé, j'ai pris le micro et j'ai dit, regardez autour de vous.
- Speaker #2
Votre avis, pourquoi on entend si peu les personnes directement concernées ? dans ce type d'événement ?
- Speaker #6
Parce que c'est des gens qui n'ont pas l'habitude de la parole et qui ont intégré que de toute façon, ils n'avaient pas à parler. Je pense qu'il y a ça. Et puis, il y a l'entre-soi. C'est énorme. C'est une question qui a été posée hier. C'est un truc dont diverses associations... Je m'aperçois qu'il y a ça. On n'arrive pas à en sortir. Essayer de découvrir l'autre, mais l'autre comme radicalement autre. On a des barrières de langage, de posture. Puis les autres aussi s'enferment dans notre identité, pseudo-identité. On ne va pas chercher plus loin, on ne se dit pas juste qu'il y a notre humanité à faire se rencontrer. Et donc oui, on n'a pas de pratique de parole, pas de reconnaissance. On ne se voit pas, on ne s'écoute pas, et ça c'est quelque chose qui prend beaucoup, beaucoup de temps, qui demande beaucoup de tolérance,
- Speaker #4
beaucoup de travail,
- Speaker #6
de stress.
- Speaker #0
qui se parlent et font davantage de décision et qui sont alors d'abord pour une personne qui sont, comme vous le disiez, monsieur, invisibilisés. C'est une évidence de dignité que celles et ceux qui sont parmi nous et qui n'ont pas la parole, à qui on ne la donne pas, qui ont la difficulté à la prendre, c'est notre vocation, c'est notamment à la Fédération d'accord de la solidarité, nous, ici, je crois que c'est notre point de main, tous et toutes, si on peut dans la salle, que d'être là, dans ce combat-là. Mais moi, j'ai envie de vous dire, celles qui sont aujourd'hui bousculées, celles et ceux qui sont en train de basculer. vers des réflexes de stigmatisation, de rejet, des étranges, de la similité, de tout ce que l'on entend. Je pense que leur parole doit être entendue et accueillie. Je pense qu'il faut que nous ayons une capacité à être dans l'écoute de celles et ceux qui basculent. Je pensais, monsieur, en nous écoutant, le MoViv fait un formidable travail ici à Nantes, et ils ont fait, comme beaucoup d'autres associations, un travail préalable avec les riverains. Et ce qui maintenant se fait de plus en plus, parce que vous le savez, c'est la manifestation de la difficulté à installer des lieux d'hébergement pour personnes sans-abri dans les villes. Il y a tout un travail qui s'est fait pour reculgir la parole, pour la cultiver, pour se confronter. Et je voudrais insister sur ce point-là, parce qu'à mes yeux, il est non seulement indispensable que la parole s'exprime, mais que moi, les questions que j'ai, y compris d'ailleurs pour que ce soit les personnes elles-mêmes, parce que l'une des questions que vous nous posez, je vais quand même essayer de répondre à une des questions que vous me posez, pardonnez-moi, c'est est-ce que nous sommes là pour l'aborder ? Oui. Mais ce dont on a besoin, ce que cette société ne fait plus, ce que cet espace politique ne régule plus, c'est la capacité à se confronter à ce que d'autres vivent de différent. La confrontation dans le respect, dans l'écoute. Et c'est pour ça que dans l'intitulé, j'aime beaucoup prendre la parole et j'aime encore plus les choses. Merci.
- Speaker #2
Est-ce que vous, vous avez envie de participer en général ? Oui,
- Speaker #7
j'ai envie de participer pour montrer qu'on peut. Je ne le fais pas pour moi, je le fais pour les autres. Il faut aller militer dans les associations. Et c'est militer dans les associations. C'est vrai que c'est fatigant, il y a des réunions le soir. C'est vrai. Moi j'ai des personnes en situation de handicap qui ne veulent pas sortir. Oui, mais si on ne sort pas, on n'est pas visible. Et si on n'est pas visible, Qu'est-ce qu'on fait si on demande la nécessité ? Oui, mais vous n'êtes pas visible. Pourquoi vous n'êtes pas visible ? Parce que vous ne vous sentez pas.
- Speaker #2
On reprend le pouvoir sur sa vie.
- Speaker #3
Et ça dépend de quoi tu parles. Si on parle de politique ou d'autre chose. Moi, je suis addict. J'ai picolé, j'étais en train de picoler mon truc là-bas. Et j'aimerais bien reprendre le pouvoir sur ma vie. Donc je vais y aller faire une cure et après je serai mieux. Voilà, moi souvent j'ai vu les copains, quand nous on parlait à l'époque, on ne s'intéressait pas à la politique. On s'assoit, on parle de la politique. « Oh, t'as vu ceci, t'as vu cela, il faudrait faire ci, il faudrait faire ça. » « Mais qui c'est qui le fait ? » « Oh, on parle là. D'abord, on parle. »
- Speaker #4
Moi, j'ai l'impression que, en fait, quand on s'adresse aux gens pour les faire participer, c'est toujours parce qu'il y a quelque chose qui ne va pas. Et du coup, les personnes concernées, elles n'ont pas envie de venir dévoiler à des gens qu'elles ne connaissent pas ce qui ne va pas. Ou alors tout va bien, peut-être aussi. Et les gens qui organisent ce genre de consultation font quand même en général partie d'une forme de classe dominante qui n'est pas si inclusive que ça. Et comment, quand on est, par exemple... Un parent d'origine étrangère qui ne connaît pas le système scolaire français, franchement, comment on peut avoir envie d'aller à une réunion sur l'aide à la parentalité ? Sérieux, ça n'existe pas ça. Ils ne sont pas idiots les gens. Donc voilà, je crois qu'il y a beaucoup... Le problème, il est beaucoup là. Qui a envie d'être différent en fait ? Les gens, ils ont d'abord envie d'être comme tout le monde. Ils ont du mal à finalement... C'est des discussions qu'on peut avoir collectivement entre gens hyper normés. Et là, c'est ce qu'on était. Là, c'est ce qu'on était. On était des Blancs éduqués entre 40 et 60 ans. Et c'est... Enfin, moi, dans mon expérience personnelle, c'est toujours comme ça. Il a évoqué le projet de mixité sur les collèges de Nantes. Moi, j'ai participé à toutes les réunions de préparation avant, après, tout ce qu'on veut. Il n'y en avait pas des gens des quartiers prioritaires de la ville. Il n'y en avait pas. Et les élus aux réunions disaient, oui, moi, je suis née ici, dans le quartier machin, je vais y arriver, je vais mettre mes pieds dans la porte, je vais avoir des réponses, je vais les faire venir. Rien du tout. Rien du tout. Personne n'a envie d'être différent. Surtout quand c'est pour être montré du dos. C'est pour ça qu'il y a des gens que « normaux » pour être ici.
- Speaker #2
Ce premier volet de ce qui nous échappe est terminé. Malgré ses angles morts, notamment sur la diversité des voix présentes, cet événement a tenté quelque chose. Ouvrir des brèches dans un paysage politique verrouillé, chercher à tâtons des formes d'engagement plus vivables. Alors bien sûr, je ne suis pas dupe des positions dominantes qui s'y expriment parfois. Mais ces paroles sincères qui se cherchent entre elles portent malgré tout des fragments de notre humanité. Seules certaines voix, cependant, parviennent à les assembler, à tenter d'en dessiner une image, toujours incomplète, toujours disputée. Tisser un récit commun n'est pas donné à tout le monde. Les mots, les codes, les espaces d'expression restent inégalement partagés. L'image qui en émerge est morcelée, tiraillée entre silence, absence et prise de parole dissonante. me revoilà maintenant à libourne j'ai continué à entendre du sensible des attentes des déceptions des colères et des questions ouvertes et surtout une impression de bascule comme si les repères socio-politiques culturels s'effaçaient un à un même illusoire ces repères nous rassuraient nous donnaient une trame un sens et leur disparition laisse un vide qu'on ne sait pas encore combler alors comment faire je ne veux pas que nos colères nos rêves nos découragements et nos espoirs restent à l'état brut J'aimerais qu'ils deviennent leviers de transformation concrète là où nous vivons. Et c'est pour ça que j'ai lancé Nocœur battant, un podcast, mais aussi des ateliers, des espaces de dialogue et d'écoute partagés, pour transformer ce qui nous traverse en quelque chose de plus grand que soi. Alors si ce type de format vous parle, si vous avez envie d'amorcer un travail sensible sur votre territoire ou dans votre structure, contactez-moi. Et pour en savoir plus, vous pouvez visiter le site nocœurbattant.fr Restez à l'écoute, la suite de cet épisode arrive dans quelques jours.