- Speaker #0
Donc ici on est à Libourne, une ville où il y a trois collèges publics, un collège privé. On a plusieurs écoles primaires bien sûr et également plusieurs lycées. Et en gros, chaque année, les établissements publics ferment des classes pendant que le privé en ouvre. Moi, je suis prof au collège Marguerite Duras. C'est un collège avec des élèves issus de catégories socioprofessionnelles plutôt basses. Et chaque année, on a une fuite de nos bons élèves. Et donc, on a de moins en moins d'hétérogénéité dans nos classes, avec de plus en plus d'élèves par classe.
- Speaker #1
Ça veut dire quoi en termes de conséquences sur le territoire, ce que vous venez d'évoquer ?
- Speaker #0
Eh bien, ça veut dire potentiellement que les élèves avec des niveaux plus fragiles sont parqués dans certains établissements, un peu sur le même principe que les cités, pendant que les bons vont se réfugier en quelque sorte dans les établissements privés. Et on a toujours expliqué que l'hétérogénéité dans les classes, c'était important. C'est important que les élèves ne soient pas simplement avec des élèves qui ont exactement le même niveau qu'eux, mais puissent échanger avec également différentes cultures, etc. Et voilà, nous, on n'a pas juste envie d'être avec des élèves fragiles qui, en plus, sont très, très nombreux par classe.
- Speaker #1
Est-ce qu'il y a plus d'élèves fragiles qu'avant ? Oui. Pourquoi ?
- Speaker #0
Parce que c'est de moins en moins mixte et qu'on a une fuite des bons élèves vers les établissements du privé. Parce qu'il y a de plus en plus de violence dans les établissements. Nous, notre collège, il commence à avoir une réputation assez mauvaise. Et donc, on comprend certains parents aussi qui veulent protéger leurs enfants, qui veulent leur bien, qui veulent que leurs enfants derrière aient des poursuites d'études, etc. Et qui s'orientent du coup vers d'autres établissements.
- Speaker #1
Qu'est-ce que peut faire le maire pour ça ? Et comment on fait remonter des revendications ? Puisqu'il me semble que la compétence des collèges, c'est le département. C'est quoi la stratégie là ce soir ?
- Speaker #0
Alors en fait, on a fait plusieurs audiences auprès du rectorat de Bordeaux, donc auprès de la Dazenne, puisqu'effectivement c'est le département qui s'occupe des collèges et non la ville. Cependant, malgré les différentes audiences, on n'a jamais obtenu grand-chose. Une fois, on a réussi à éviter une fermeture de classe, mais on a l'impression de ne pas du tout se sentir écouté. Et on pense que M. Bussion, donc le maire de Libourne, devrait se sentir concerné et nous apporter son soutien, et que son soutien ne peut que aider notre cause. Et ce genre de manifestation, c'est aussi pour alerter la population de Libourne, en fait, parce que ce n'est pas que le problème des profs, des assistants d'éducation, etc. Il faut que les parents prennent conscience de ce problème et on pense que la voix des parents d'élèves portera autant que la nôtre, si ce n'est plus.
- Speaker #1
Est-ce que manifester, ça suffit aujourd'hui pour interpeller les élus ?
- Speaker #0
Malheureusement, non, mais c'est un des seuls pouvoirs qu'on a. C'est une des seules choses qu'on peut faire. On a fait plusieurs grèves, mais la grève est rarement suivie aussi parce qu'il faut être honnête, on n'a pas des salaires très élevés. Donc, c'est difficile pour beaucoup d'enseignants de se mettre en grève, de faire des grèves prolongées. Souvent, du coup, c'est complètement invisibilisé. Comme je vous l'ai dit, les audiences au rectorat, on les fait, c'est important. Chaque année, on y va, on se déplace, mais ça ne mène pas à grand-chose. Donc, qu'est-ce qu'il nous reste ? La manifestation et être visible dans la rue.
- Speaker #1
Bienvenue dans la deuxième partie de ce qui nous empêche, un épisode de nos cœurs battants. Je suis revenu à Libourne, un soir de manifestation, et j'ai tendu mon micro, entre les pancartes et les silences, pour capter les colères, la détermination et cette énergie qu'on appelle encore engagement. Ce que l'on va continuer à entendre, ce sont des voix d'enseignants et d'enseignantes, de parents. des voix qui parlent de jeunesse d'avenir et de ce territoire qu'on partage de ce qu'il faudrait réparer pour que ça tienne encore des voix lucides toujours tendues vers l'autre qui savent ce qu'il faudrait faire mais qui avancent souvent à contre-courant dans un contexte où la participation s'éteint discrètement étouffée par des pratiques qui nous éloignent et qui nous découragent de prendre part Ausha qui pourtant façonnent nos vies. dans cette deuxième partie nous écouterons aussi une ancienne adjointe à la démocratie participative et le témoignage d'une gilet jaune deux voix deux parcours pour continuer à s'interroger ensemble dans cet épisode à comment faire société autrement nos cœurs battants Un podcast de terrain pour s'écouter et agir ensemble autrement. Vous êtes content de la participation de ce soir ? On est à peu près 70.
- Speaker #0
On aimerait être plus.
- Speaker #2
On aurait voulu qu'il y ait plus de gens. J'ai l'impression que les gens se sentent de moins en moins concernés. Ou bien plutôt, je dirais qu'ils ne se sentent pas concernés, c'est que quand ils parlent, on ne les entend pas. Alors ils se disent, finalement, à quoi ça sert qu'on aille sortir ? Alors que ce n'est pas vrai. Si on est nombreux à parler, à demander, je pense qu'on serait plus entendus. Ce phénomène, j'ai l'impression que ça fond. Les gens qui veulent avancer dans la situation, ça s'essouffle en fait, c'est ça.
- Speaker #3
Pourquoi il y a des gens qui ne s'essoufflent pas ?
- Speaker #1
Pourquoi ça s'essouffle ? Qu'est-ce qui pourrait expliquer qu'il y ait de moins en moins de monde ? Le repours de l'institution.
- Speaker #2
C'est ça.
- Speaker #0
Pas de moyens de l'institution, pas d'éducateurs spécialisés,
- Speaker #3
des enseignants qui se retrouvent aussi à gérer des élèves qui ont des pathologies diverses et variées. Ils ne sont pas éducateurs spécialisés, ils sont enseignants.
- Speaker #2
Des choses qui ne sont pas formées pour. On ne peut pas demander à un enseignant de gérer un enfant dans une situation d'handicap alors qu'il n'a pas été formé dans la médecine. Je ne sais pas comment expliquer ça.
- Speaker #1
Moins on est entendu, moins on a envie de se mobiliser ?
- Speaker #2
J'ai l'impression que les gens sont un peu... Ils démissionnent en fait, ils sont démissionnaires en fait.
- Speaker #1
Alors pourquoi vous, vous n'avez pas démissionné ?
- Speaker #2
J'ai envie de me battre pour mes enfants. Je me bats pour mes enfants, pour l'avenir. Je me bats pour des choses pour lesquelles peut-être mes parents à moi, dans ma condition personnelle, se sont un peu battus. Parce que ce n'était pas leur culture peut-être, je ne sais pas. Mais moi j'ai envie que mes enfants réussissent. Et pas qu'eux, mais je considère que tous les enfants sont mes enfants en fait.
- Speaker #1
Est-ce que vous vous sentez représentée par les élus ?
- Speaker #2
Moi, le discours que j'ai quand des élus viennent à moi, quand il y a des élections, quelle qu'elle soit en fait, c'est pas vraiment l'éducation la première chose pour laquelle ils m'abordent. C'est vrai que les autres causes aussi sont importantes, bien sûr, mais je ne vais pas renier ça. Mais oui, jamais j'ai été accostée par rapport à l'éducation des enfants en fait. C'est très dur pour moi de le dire dans ma situation. C'est pour l'immigration, c'est pour tout ce qui dégénère dans la rue. Je ne saurais pas que vous expliquiez ça. Les gens comme moi ont besoin que leurs enfants réussissent dans un avenir meilleur. Je leur donne en tant que parent, j'essaie de leur donner cet avenir meilleur. mais si... Les institutions, pas l'école, parce que même les enseignants sont dans la même situation que nous. Ils ont plus de parents aussi. C'est compliqué. Moi, ça me tient à cœur.
- Speaker #4
Je trouve que ce qu'on vient de faire là, c'est peut-être pas quelque chose de complètement nouveau, mais en tout cas ici sur le territoire, je pense que ça fait quelques mois, deux ans, un peu plus, qu'il y a quelque chose qui se cherche, des gens qui cherchent à se rassembler pour s'exprimer, pour exprimer leurs revendications d'une manière qui est la plus collective qui soit. Donc ils ne se limitent pas à une corporation, à un syndicat, mais qui essayent en permanence de créer des liens les plus larges possibles. Et je trouve que ça, dans le paysage, c'est un petit peu nouveau. Pas complètement nouveau, mais quand même un petit peu nouveau. La difficulté qu'on a, en fait, c'est que beaucoup, beaucoup de gens n'ont plus l'habitude de s'organiser, plus l'habitude de participer à des actions collectives. Et il faut recréer ces réflexes, ces habitudes, ces manières de faire qui seules peuvent nous permettre collectivement de nous exprimer et d'avoir de la force.
- Speaker #1
Comment on peut faire pour... Qui est responsable d'avoir abîmé la... Pardon, ce n'est pas une bonne question. Pourquoi la participation citoyenne est abîmée et qu'est-ce qui peut la renforcer ?
- Speaker #4
Je pense qu'il y a des gens qui sont responsables du fait que la participation citoyenne soit abîmée. Je pense qu'il y a des gens qui n'ont pas cessé de dénigrer le collectif, d'appeler à l'individualisme, de dire « si vous vous organisez, vous allez être trahis » . Les organisations syndicales, ce sont des gens qui ne défendent que leurs intérêts. C'est mal, n'y allez pas. Les partis, n'y allez pas. vous allez être manipulés. On a véhiculé ça, je pense, d'une manière massive. Et puis, on a isolé les gens à travers des modes de vie qui font qu'aujourd'hui, les endroits de rencontres sont de plus en plus rares. La voiture isole. Quand on est dans sa voiture, on ne peut pas parler avec les gens qui sont à côté. Les lotissements isolent d'une certaine manière. Aujourd'hui, par exemple, distribuer un tract à l'entrée d'une usine, c'est compliqué parce que les gens rentrent en voiture, donc il n'y a pas d'instant où on peut s'arrêter pour parler. Dans le quotidien du travail, il y a tellement de pression qui est mise que les temps de pause se sont réduits, les gens sont épuisés, les gens ont beaucoup de temps de transport. Donc tout ça, ça fait que oui, le collectif s'est abîmé, il faut le recréer, c'est difficile. Et moi, ce qui me frappe au travers de ce que je vois avec cette petite expérience, c'est que c'est long parce que la confiance ne se recrée que quand on connaît individuellement des personnes. C'est très difficile de faire venir dans une action des personnes qu'on ne connaît pas et qui ne nous connaissent pas. Elles ne vont pas avoir confiance a priori. Et donc, il faut y aller petit à petit, créer des liens un par un quasiment pour arriver à reconstituer du collectif. Parce qu'il y a ce contexte, et puis on ne cesse d'alimenter un contexte un peu anxiogène. On ne cesse de semer la confusion, on crée des débats inutiles qui font écran. Il y a plein de techniques de manipulation de masse. Quand on les observe un peu avec du recul, on les voit à l'œuvre. Et on exclut, moi je trouve que le travail que vous faites il est bien aussi, parce que je trouve qu'en réalité, on exclut la vie réelle de la représentation en général. Donc les gens ne se retrouvent pas, on nous présente une réalité dans laquelle on n'a pas chacun notre place. On ne voit pas notre vraie vie, notre vrai travail, notre vrai quartier ne se reflète pas dans la réalité qui nous est présentée. Donc il faut recréer ça. Aujourd'hui, c'est qu'on nous pousse à déléguer notre responsabilité et notre pouvoir à des gens qu'on ne connaît pas. Et je pense qu'il faut oeuvrer à des organisations où on peut déléguer à des gens que l'on connaît et que l'on choisit en connaissance de cause.
- Speaker #1
C'est quoi qui vous donne envie d'être là ce soir et qui vous donnera envie d'être là demain soir et après demain soir ?
- Speaker #4
Il y en a plusieurs. Moi, un de mes moteurs d'engagement, c'est l'avenir de la jeunesse. Moi, je trouve qu'on a une jeunesse qui a énormément de qualité. Il y a des jeunes qui s'engagent, qui se battent, qui essayent de faire des choses. C'est difficile parce qu'il y a des transmissions qui ne se sont pas faites. d'une génération à l'autre, même notre génération n'a peut-être pas transmis suffisamment. Et je trouve qu'on ne peut pas laisser aux jeunes générations la responsabilité de traiter tous les problèmes que nous, on n'aura pas résolus. Il faut que notre génération, qui a un peu plus d'expérience, s'engage fortement pour permettre ensuite aux jeunes d'arriver dans un terrain qui a déjà été un peu débroussaillé.
- Speaker #1
Ils ont marché dans la rue, déterminés, fatigués parfois, mais présents. Ce qui se joue ce soir dépasse l'école. C'est une alerte, une faille dans nos territoires, pour notre avenir. Quand l'école publique vacille, c'est tout un pacte social qui s'effrite. Ce n'est pas qu'une affaire d'enseignant ou d'enseignante. C'est ce qu'on est prêts à défendre ensemble, pour que la solidarité reste un cap collectif et non pas un souvenir. Alors qu'est-ce qui s'est creusé entre nous ? entre les écoles et les élus entre celles et ceux qui restent et celles et ceux qui peuvent partir entre celles et ceux qui peuvent choisir et celles et ceux qui doivent faire avec ce qu'il reste il y a là une rupture silencieuse mais profonde pourquoi est-ce devenu si difficile de penser ensemble l'intérêt commun nous sommes à un moment charnière on continue ici et là à chercher à tisser à tenter mais souvent seul souvent trop dispersé Et si on décidait d'aller plus loin, ensemble, à hauteur d'humains, à l'échelle du territoire ? Pas pour débattre ? mais pour faire autrement.
- Speaker #5
Ce qui est le plus compliqué, je pense, ce n'est pas de faire participer les gens ou de les faire réfléchir et de recueillir leurs paroles, c'est plutôt de remonter cette parole aux collègues, à une équipe, voire à une personne, et d'en faire quelque chose qui soit concret et qui reflète la prise en compte, en fait.
- Speaker #1
Et pourquoi c'est si compliqué ?
- Speaker #5
C'est compliqué parce qu'aujourd'hui, la participation citoyenne, je pense qu'il y a une injonction à en faire et qu'il n'y a pas une conviction que ça sert à quelque chose. Donc, ça subit un peu le phénomène de mode. On en fait, on crée 1000 conseils citoyens, conseils des sages. Et puis derrière, en fait, on n'a pas la conviction que ça peut servir à quelque chose. donc je pense que c'est plus un état d'esprit de se dire à quel moment j'ai vraiment besoin d'avoir un avis citoyen sur une question pour pouvoir décider. Donc il ne faut pas avoir pris la décision avant. C'est tout bête, mais malheureusement, les élus travaillent souvent sur leur dossier, et tant mieux, mais ils travaillent trop loin. Et du coup, ils ne peuvent plus trop revenir en arrière et la participation arrive trop tard dans le processus. Ce qui fait que si jamais elle ne va pas dans le sens de ce qu'ils avaient pensé, la parole ne sera pas prise en compte.
- Speaker #1
Qu'est-ce que ça changerait vraiment si on prenait en compte la parole des habitants, des habitantes sur un territoire ?
- Speaker #5
Alors ça, c'est une question difficile parce qu'en fait, il n'y a pas une parole des habitants sur un territoire. Et c'est ça qui est compliqué. C'est qu'il y a les paroles des habitants dans leur diversité sur les territoires. La question c'est est-ce que... On travaille ensemble pour se mettre tous d'accord. Est-ce qu'on se fixe un objectif commun et on fait des propositions qui potentiellement sont différentes pour atteindre l'objectif ? C'est plusieurs options en fait. Il n'y a pas une seule parole citoyenne. Un citoyen peut dire noir alors que son collègue d'à côté dit blanc. Et comment on fait pour choisir entre noir et blanc ? C'est un peu ça le problème. Et c'est aussi en ça que l'argumentation est hyper... importante. Argumenter pour défendre sa position, apprendre à débattre en fait. Ce qui fait que ce qui va peser, ce n'est pas la personne qui a dit quelque chose, mais plus la pertinence d'un argument. Mais tout ça, ça demande d'apprendre à se parler, d'apprendre à s'écouter surtout. Ce n'est pas un processus qu'on décrète du jour au lendemain.
- Speaker #1
Qu'est-ce qu'il faudrait oser faire autrement ?
- Speaker #5
En fait, moi je pense que ces formes de participation, il y a plein de défauts. Déjà, faire d'un côté le conseil des sages, de l'autre côté le conseil des enfants, de l'autre côté... Il y a une multiplication des instances qui séparent, voire parfois opposent des générations ou des types de public. Ça pour moi, c'est pas bon. On mélange les gens, on mélange les points de vue, on les confronte, on débat, et on obtient une richesse. des productions intellectuelles qui est bien plus élevée qu'en scindant les publics. Et enfin, le défaut principal, moi je pense, c'est qu'aujourd'hui, ces instances, elles sont sous la houlette des municipalités ou des conseils départementaux, peu importe. C'est eux qui les créent, c'est eux qui les pilotent, c'est eux qui leur donnent les moyens. Et ça, pour moi, c'est pas... Ça donne une opportunité d'instrumentalisation énorme. ça rebute. certains publics qui eux se disent moi je suis contre cette municipalité ou je suis opposée et donc du coup il n'y a aucune raison que je m'implique alors qu'en fait l'implication de tous est précieuse donc du coup moi un des leviers que je vois c'est effectivement de créer des instances de participation indépendantes qui sont sollicitées quand il y en a réellement besoin et quand les politiques en ressentent l'intérêt le besoin et peuvent ainsi solliciter en ayant vraiment des marges de manœuvre pour prendre en compte la parole des citoyens.
- Speaker #3
La convergence de nos parcours nous amène aujourd'hui à cofonder Mennes-Téressaux et à faire l'expérience de l'auto-organisation au corps même de notre raison d'être. La raison d'être de Mennes-Téressaux est d'agrader la résilience du territoire.
- Speaker #2
valoriser ses ressources et transmettre la culture paysanne à travers une approche systémique et sensible.
- Speaker #3
Plutôt que de reproduire des schémas hiérarchiques classiques, nous expérimentons des formes d'organisation circulaire, souple et évolutive,
- Speaker #2
où chaque voix peut être entendue et chaque invité a participé selon ses talents et ses envies.
- Speaker #1
De plus en plus de personnes participent en tant que citoyens, citoyennes, habitants, habitantes, à la vie politique de leur territoire.
- Speaker #3
Alors que les gens doivent participer, ça c'est une réalité. Ce n'est pas une injonction, c'est un besoin. Pour faire société, il faut que tout le monde puisse participer. Il faut qu'elles puissent participer pour donner des idées, pour donner les orientations, pour expliquer ce qui les intéresse, ce qui est leur sujet. C'est pour ça qu'on parle de participation citoyenne.
- Speaker #1
Ce n'est pas le rôle des élus ?
- Speaker #3
Ah ben non. Un élu, c'est un représentant ou à la limite un porte-parole. C'est juste que les élus, ça fait des années qu'en les élisant, on ne vote pas. On se rapproche d'une idéologie. Un gars qui est joli, qui parle bien, qui présente bien, qui passe bien à la télé, on détermine que ce gars-là est un bon représentant. À part qu'on lui donne les clés des décisions. Et c'est pour ça qu'il n'y a plus besoin de participation. Parce qu'aujourd'hui, on élit, on ne vote pas. part, on élit quelqu'un qui va prendre les décisions à notre place. Et c'est pas ça en fait, faire société. Faire société, c'est participer, donner son avis, avoir l'opportunité, c'est-à-dire d'avoir un mode de fonctionnement. On peut ne pas avoir envie, mais un mode de fonctionnement qui laisse la parole possible, et donc les idées possibles d'émerger. Et à partir du moment où on élit, aujourd'hui, on bloque toute participation. Voilà, on lui donne les clés de la maison et on s'en va. Alors qu'aujourd'hui, on ne veut pas la boulangerie et le pain qui a été produit, on veut les clés de la boulangerie.
- Speaker #1
Qu'est-ce que ça changerait vraiment qu'il y ait de plus en plus de personnes impliquées, mobilisées, qui participent à la vie des territoires, à la vie politique ? Qu'est-ce que ça changerait concrètement ?
- Speaker #3
Qu'est-ce que ça changerait ? Ça donnerait du sens, ça ramènerait peut-être un peu de bienveillance, ça ramènerait de la conscience de celui qui fait partie du même groupe que soi. Je parle bien de la société en entier, donc ça ouvre la conscience de l'autre et justement ça ouvrirait les consciences sur les conséquences de toute décision. Voilà, c'est ça. C'est-à-dire que dans une société, ok, on est des individus, on a des envies différentes, etc. Mais faire société, c'est faire du lien. Et donc, être conscient de ce dont l'autre a besoin. C'est ça, avoir au moins cette notion-là. Cette pensée de l'autre et du respect de l'autre. Quand on fait société, en fait, on n'a pas toutes les libertés. Après, tout dépend où on passe le curseur. C'est-à-dire comment on peut s'entrelacer pour que tout le monde ait le maximum de liberté dans la bienveillance et le respect de l'autre. pas mettre la société en danger. Ne pas mettre la société en danger, ça ne veut pas dire tout faire pour elle comme si c'était la pensée unique. Ce n'est pas une histoire de pensée unique, c'est comment on peut les articuler pour que ça puisse grandir et tenir dans le respect de tous.
- Speaker #1
Comment on fait concrètement pour qu'il y ait de plus en plus de personnes qui s'impliquent, qui s'intéressent à la politique et pas forcément à la politique des partis, juste à la vie politique des territoires. Comme là on est aujourd'hui à Guitre, comment on s'implique dans une association qui va aller récolter des pommes, faire du jus de pommes ? C'est une manière d'investir son territoire.
- Speaker #3
Ne pas empêcher les personnes de venir, c'est déjà bien. Donc ça c'est au niveau idéologique. C'est clairement à partir du moment où on ferme la porte et qu'on referme les personnes qu'on va pouvoir accepter sur un projet donné, d'entrée, on a perdu. Et ça, j'ai plein d'exemples. Tu ne peux pas choisir. A partir du moment où tu choisis, on est moins nombreux. Pour faire grandir des mouvements, il faut quand même rester ouvert en veillant toujours à la raison d'être. C'est-à-dire que quand on y rentre, si l'objectif c'est ça, si quelqu'un vient pour tout détruire et remettre tout par terre, bien sûr que non, il n'est pas au bon endroit. Là, c'est tout l'intérêt de la participation citoyenne, enfin citoyenne ou de la participation locale militante, qui dit finalement on change un petit peu d'orientation parce que ça ne nous correspond plus. Pourquoi pas ? C'est voué à évoluer. L'évolution est possible. Mais par contre, on ne peut pas décréter tout d'un coup que tout tombe par terre sans discussion.
- Speaker #1
Tu es beaucoup impliquée, notamment dans le mouvement des Gilets jaunes. Qu'est-ce qui fait qu'après cette implication dans un mouvement très puissant à tous les niveaux, qu'est-ce qui fait que tu es encore là, debout, que tu tiens debout et que tu es prête encore à y aller ?
- Speaker #3
Mon seul regret, c'est de ne pas avoir justement tenu plus longtemps. Par contre, le rôle que j'avais était arrivé à son terme. Par contre, je crois qu'on est tous mobilisés, même ceux qui disent qu'ils ne font pas de politique. C'est quand même de la politique. Tous les jours, d'essayer de faire un peu plus de solidarité, de créer du lien, de pouvoir... C'est éminemment politique tout ce qu'on fait. Parce que c'est en faisant grandir ces petites graines qu'on va arriver à... à modifier, c'est de l'intérieur qu'on va modifier notre société. Et moi, pour ça, en tout cas moi, j'ai une énorme confiance dans la jeunesse actuelle. Moi, je regarde mes enfants, leurs amis, leur manière de faire. Ils ont grandi pendant les Gilets jaunes et je vois bien qu'ils ont une autre vision et ils sont prêts à bouger des choses. Alors, ça ne veut pas dire qu'ils vont aller faire des manifs et battre le pavé, je ne parle pas de ça. Mais d'autres choses... d'autres manières de gouvernance, de retravailler la gouvernance, de comment on choisit, de comment on avance. C'est hyper important et on est en train de l'inculquer à nos gamins. Et c'est pour ça que je suis encore là, parce que ça me tient à cœur. Même pas ça me tient à cœur, c'est juste parce que c'est comme ça. Ce n'est pas du militantisme, c'est comme ça. Je ne sais pas quoi te dire. C'est tout.
- Speaker #1
Merci d'avoir écouté. Depuis le lancement en juin, j'ai réalisé trois épisodes de Nos cœurs battants. Trois ambiances, trois territoires et un seul fil rouge. Des personnes qu'on entend peu, en prise directe avec le réel, mais souvent éloignées du récit dominant. Nos cœurs battants, ce n'est pas qu'un podcast, c'est une proposition. Écouter, comprendre et tenter de bâtir autre chose ensemble, pour retrouver des forces, des moyens, des solidarités. Ces trois épisodes sont des pilotes, des petits cailloux, posés sur le chemin, des détours pour imaginer la suite. Alors si quelque chose vous a touché, vous a questionné ou vous fait réagir, partagez-le-moi directement sur le site internet noceurbattant.fr. La rentrée s'annonce très dense, avec de nouveaux formats, des ateliers, des éclairages inattendus et surtout du travail collectif sur le terrain ensemble.