Speaker #0Quand j'étais une femme préhistorique, j'avais très très peur des mammouths. En fait, dans la tribu, tout le monde avait très très peur des mammouths. Et aujourd'hui, avec le recul, je me dis que, heureusement que nous avions tous très très peur des mammouths, parce que si ça n'avait pas été le cas, probablement que nous aurions essayé... de les chasser à main nue ou de leur courir après pour les attraper. Bref, nous aurions agi probablement de façon inconsidérée. Et par contre, il est certain que aucun d'entre nous n'aurait survécu et que la tribu aurait été exterminée assez rapidement. Au lieu de quoi, nous avions si peur des mammouths que nous avons réfléchi à comment faire pour les chasser. Nous avons conçu des techniques de chasse et des outils, et c'est comme ça que nous avons pu chasser les mammouths et profiter de tout ce qu'ils avaient à nous offrir. Et nous avons ainsi profité de leur chair, de leur fourrure, et même de leur squelette. Donc aujourd'hui, je dis merci aux mammouths, bien sûr, de nous avoir donné tout ça, et aussi merci à la grande peur que nous avions de lui. Bonjour, c'est Laurence et je vous souhaite la bienvenue dans ce deuxième épisode du podcast qui vous conduit sur de nouveaux chemins. Aujourd'hui, vous l'aurez certainement compris, je vais vous parler de la peur. La peur est une émotion très complexe, d'abord parce qu'elle se manifeste d'une infinité de façons. Ça va de la préoccupation à l'effroi, En passant par le souci, la crainte, l'angoisse, la frayeur, il y a donc d'infinies nuances d'intensité de la peur. Une autre palette très large à propos de la peur, c'est celle des manifestations physiques. Elles sont innombrables. La liste n'est pas du tout exhaustive, mais ça va de la nervosité plus ou moins grande à l'hypervigilance. Quand on a tous les sens en alerte, en passant par des tensions musculaires, voire même des paralysies, l'impossibilité de se mouvoir, ou bien à l'inverse, ça peut aussi passer par des tremblements corporels. Bien sûr, ça influe sur notre respiration, sur notre rythme cardiaque. Donc, des difficultés à respirer, comme un essoufflement, ou l'impossibilité de reprendre son souffle. Ou encore des sueurs froides. D'ailleurs, on dit que ce qui fait très peur donne des sueurs froides. Jusqu'à parfois des crises de panique, voire un état chronique d'anxiété. C'est donc à travers les manifestations physiques quelque chose là aussi de très complexe. Certaines personnes donnent des couleurs aux émotions. Et en ce qui concerne la peur, la couleur la plus fréquente fréquentes. C'est le noir. La peur est souvent très noire, très sombre, avec malgré tout des nuances, car il arrive aussi qu'elle prenne un aspect un peu blanc, un peu comme le brouillard gris et blanc, une sorte de brouillard givrant qui recouvre tout. Or, quand le brouillard est très épais, il masque tout, et on se retrouve avec une peur tellement grande, tellement envahissante, que nous n'avons plus accès clair à nos pensées ni à la compréhension des interactions avec les autres. La peur ressemble parfois à un brouillard givrant qui empêche de voir et qui, puisqu'il givre, nous fige et nous empêche d'avancer. Face à cette émotion, il y a trois grands types de réactions spontanées que les humains mettent en place, ou bien l'une après l'autre, ou bien une seule, ça dépend de chacun. Quand je parle de réaction spontanée, je parle de ce que nous faisons naturellement face à cette émotion. Ça peut être des attitudes, des pensées, des comportements, ou bien on le fait soi-même, ou bien c'est l'entourage qui aide ou qui croit aider. qui le fait ou qui le fait pour nous ou qui nous incite à le faire. Ces réactions spontanées sont bienveillantes et elles sont normales. Elles sont mises en place dans l'objectif d'aider la personne ou de m'aider moi-même à résoudre le problème, c'est-à-dire à ne plus ressentir ce que je ressens et qui me fait souffrir. La première de ces réactions, c'est l'évitement ou la fuite. C'est-à-dire, par exemple, quand je sais que cette situation me fait très peur, quand je sais que me retrouver dans cette situation va me mettre dans un état de panique, alors je fais en sorte d'éviter de me trouver dans cette situation, ou, quand je suis forcée malgré tout, je cherche à m'en extraire, je cherche à en sortir. C'est normal. Je cherche à ne plus ressentir ce qui me fait souffrir. Je fuis. Le deuxième type de réaction spontanée, c'est le contrôle. Le contrôle de la peur passe la plupart du temps par le contrôle des pensées. Souvent, je pense à quelque chose et ça me fait peur. Je pense qu'il pourrait m'arriver telle chose et ça m'effraie beaucoup. Je mets alors en place des pensées qui tournent en boucle autour du risque de ce qui pourrait arriver et de ce qui me fait peur. Donc, si je décide de contrôler cette peur, je cherche d'abord et avant tout à contrôler mes pensées. Ça peut passer par exemple par essayer de rationaliser, donc de remplacer d'une certaine façon une pensée par une autre. Ou essayer de se convaincre en se disant, par exemple, « Mais non, enfin, oh là là, mais la petite bête n'a jamais mangé la grosse. Il n'y a aucune raison d'avoir peur de cette minuscule araignée, là. C'est bon, reprends-toi, ça va aller. » Un autre type de contrôle qui existe, c'est, par exemple, les exercices de respiration. C'est quelque chose que j'entends beaucoup en consultation. Quand on est pris de panique ou de crise d'angoisse, il y a souvent un moment où on se dit « Ouh là là, ouh là là, ouh ouh ouh, attends là, attends là, calme-toi, oh là là, il faut que tu respires, il faut que tu respires, oh là là, calmement, oh là là, profondément, vas-y ! » Et il y a effectivement des exercices de respiration qui aident à calmer le rythme cardiaque, qui aident à reprendre son souffle, qui aident à reprendre le dessus momentanément. Une autre façon de contrôler la peur, c'est l'instauration de rituels. Des rituels du genre se laver les mains deux fois au lieu d'une seule, ou bien ne jamais marcher sur le joint entre les dalles du carrelage pour conjurer le mauvais sort. En matière de rituels, la liste est infinie et aussi variée qu'il y a d'humains sur Terre. Mais tous ces rituels plus ou moins envahissants sont là pour contrôler la peur. Quelque chose pourrait m'arriver, sauf si je fais consciencieusement le rituel. Le troisième grand type de réaction spontanée, c'est l'attaque ou l'affrontement. L'attaque peut être plus ou moins violente, par exemple. Imaginons que je passe devant une maison, tranquillement. Je suis à pied et là surgit un chien extrêmement agressif. Donc là, il me fait très peur et instinctivement, je me défends, je lui envoie un grand coup de pied et le chien bat en retraite. Ouf, je me suis débarrassé du chien, je n'ai plus peur. Bon, bien sûr, c'est une réaction assez violente, mais somme toute relativement efficace. Bien sûr, l'attaque peut prendre des formes moins violentes, moins brutales. Par exemple, quand je suis en permanence dans la crainte de quelque chose, je suis sur la défensive et donc je suis prête à attaquer. Et là, je peux être violente en parole, en attitude. L'attaque n'est donc pas toujours violente physiquement. Elle peut être plus ou moins violente et elle peut prendre plusieurs formes différentes. Mais elle a toujours un seul objectif qui est... de chercher à attaquer ce qui me fait peur, pour m'en débarrasser et pour ne plus ressentir cette peur. Ces réactions spontanées, je les mets en œuvre moi-même, ou bien mon entourage peut aussi vouloir m'aider à surmonter ma peur et donc peut me prodiguer des conseils ou des encouragements. Quand je parle de l'entourage, c'est les parents, les enfants, le conjoint, les amis, les collègues, bref, toutes les personnes qui sont autour de moi et à qui je manifeste cette émotion forte. Certains vont... D'entre vous vont peut-être se reconnaître, par exemple, quand un parent fait à la place de son enfant parce que telle chose lui fait très peur. Donc, à la fois pour éviter à l'enfant de ressentir de la peur et aussi pour faciliter la vie de tous, certains parents font parfois à la place de leur enfant. C'est l'aider à éviter ou l'aider à fuir ce qui lui fait peur. Par contre, si je cherche à rassurer la personne, je cherche à la conseiller, donc je lui explique par exemple qu'il n'y a aucune raison d'avoir peur, pourquoi il n'y a aucune raison d'avoir peur, je lui explique aussi parfois comment faire autrement pour ne plus avoir peur ou pour avoir moins peur. Dans ce cas, j'aide la personne à contrôler sa peur. Et puis, certains sont un peu plus directs ou abordent la chose différemment et vont dire Non mais bon, là, écoute, maintenant, ça suffit, ok ? Il faut que tu sois courageux. Donc, vas-y, fais-le. De toute façon, tu vas voir, ça va aller. Tu vas comprendre tout de suite que ça ne fait pas peur. Et puis, de toute façon, il faut absolument que tu surmontes ta peur. Voilà. Dans ce cas, la personne pousse l'autre à l'affrontement. Elle la pousse à passer à l'attaque. Mais non pas contre quelqu'un ou quelque chose. qui seraient jugées responsables de la peur, mais contre la peur elle-même. On le voit, les réactions spontanées de l'entourage sont en fait les mêmes, elles sont de la même nature que celles que nous mettons nous-mêmes en place pour nous débarrasser de la peur. Et elles sont logiques, bienveillantes, et elles n'ont aussi qu'un seul objectif, se débarrasser de la peur. Ainsi, l'injonction qu'on se donne à soi-même ou que quelqu'un d'autre nous donne est la suivante. Fais quelque chose pour ne plus ressentir ce que tu ressens. Surmonte ta peur. Affronte ce qui te fait peur. Alors là, moi, à ce moment-là, je dis oula, ou ou ou, stop, attention. Faire disparaître la peur, bah oui, bien sûr. Vouloir ne plus ressentir cette peur. Ok, d'accord. Mais l'affronter ? Ah ben non ! L'affronter ? Non, non, mais absolument pas ! L'affronter comme ça, à main nue ? Non ! Je m'explique. Pourquoi est-ce une mauvaise idée d'affronter sa peur de façon frontale ? En fait, il faut bien comprendre une chose, c'est que la peur est un signal de danger. Si je ressens de la peur, C'est qu'il y a un danger. C'est que quelque chose en moi pense, à tort ou à raison, que c'est dangereux de faire ceci ou de se retrouver dans telle situation. La peur est un signal de danger et donc il est hors de question d'affronter un danger quand on n'est pas préparé pour ou qu'on ne sait pas exactement de quelle nature est ce danger. J'ajoute aussi que Merci. comme le dit l'adage populaire, la peur est bonne conseillère. Parfois, il est très utile, et ça peut me sauver la vie, d'écouter la peur que je ressens. Et donc, l'objectif à ce moment-là n'est plus d'affronter la peur quoi qu'il en coûte, n'importe comment. L'objectif n'est plus d'éliminer la peur, mais de savoir quelle est la part en trop de cette peur. Dit autrement, l'objectif est de distinguer la part de la peur qui me permet de rester vigilante tout en agissant sans prendre de risques excessifs, de la part qui est en trop, c'est-à-dire celle qui me paralyse et qui m'empêche d'agir avec discernement et de vivre pleinement. Un peu comme quand j'étais une femme préhistorique qui avait très peur des mammouths. et qui a écouté sa peur, ce qui lui a permis de réfléchir à la meilleure façon de les chasser. Vous vous souvenez, au début de notre conversation, je vous ai dit que parfois la peur est vue comme un brouillard givrant. Pour attaquer ce qui me fait peur et qui est donc caché derrière ce brouillard givrant, il faut lever le brouillard pour avoir accès à l'objet de ma peur, pour pouvoir répondre à la question « Mais qu'est-ce qui me fait peur vraiment ? » « De quoi ai-je vraiment peur ? » Parce qu'on a toujours peur soit de ce qu'on ne connaît pas, on sait qu'on a peur, mais dans le fond, on ne sait pas très bien de quoi il s'agit, ou alors on a peur de ce qu'on croit connaître, c'est-à-dire qu'on a entreaperçu une partie de ce qui nous fait peur, et comme ça nous a fait extrêmement peur, on n'a pas envie d'aller plus loin. Ça me rappelle la jeune fille qui avait très peur de ne pas se marier, de finir célibataire. Un jour, je reçois cette jeune fille en consultation. Elle avait très peur de passer sa vie seule. D'ailleurs, elle avait eu très peu d'expériences amoureuses et elle n'avait jamais partagé non plus sa vie avec quelqu'un sur un temps un peu long. Donc, elle vient en consultation dans un état de très très grande anxiété, limite crise de panique, à l'idée de finir sa vie toute seule. En discutant ! Elle se rend compte qu'à chaque fois qu'elle a rencontré quelqu'un, elle n'a pas montré de réelle envie de s'installer en couple, que c'est toujours elle qui a mis fin à la relation, alors qu'avec le recul, son compagnon, lui, aurait bien voulu que ça aille plus loin. Commence alors à venir à l'idée que peut-être il y a eu une sorte de sabotage de sa part, et puis en continuant nos séances, elle découvre que cette attitude se reproduit aussi dans d'autres contextes. notamment au travail, pour finir par mettre en évidence que pour ce qui est des relations amoureuses, faire sa vie avec quelqu'un, officialiser le fait de vivre avec quelqu'un, lui fait très peur. Elle a peur de quoi ? Elle a peur de ne pas être à la hauteur, elle a peur d'être une mauvaise épouse, d'être une mauvaise mère, de décevoir sa famille, de ne pas savoir comment faire, etc. Donc au bout de quelques séances, l'objet de la peur se transforme. Elle est arrivée avec la peur de vivre seule, et elle réalise qu'elle a peur de vivre avec quelqu'un. Ça a beaucoup changé sa façon d'envisager l'avenir. Parce qu'avec la peur de vivre seule, elle était tout le temps sous pression d'une injonction qu'elle se faisait à elle-même, et qui était « il faut absolument que tu trouves quelqu'un, tu n'as pas le choix, il faut que, il faut que » . Mais comme elle ne trouvait personne, puisqu'elle avait trop peur, elle était toujours dans la peur et dans l'injonction. Alors que dans l'idée de « j'ai peur de vivre avec quelqu'un » , il y a là un choix à faire. Oui, j'ai peur de vivre avec quelqu'un et c'est normal, parce que vivre avec quelqu'un au quotidien, ce n'est pas si facile que ça. Donc la question maintenant c'est, est-ce que je ne fais rien et je prends le risque de vivre seul le restant de mes jours, ou est-ce que je prends le risque d'échouer ? Il est donc très important de savoir de façon précise de quoi nous avons peur, parce que les réponses à donner pour ne plus avoir peur ne sont pas les mêmes. On peut se trouver devant un choix à faire alors qu'on était... devant une injonction de ne plus souffrir. On a peur de ce que l'on croit connaître, on croit savoir de quoi on a peur, mais en fait, on a peur d'autre chose. Ou alors, on croit avoir peur de cette chose, et en fait, cette chose n'est pas aussi effrayante que ça. Pour conclure, surtout, rappelez-vous bien que ressentir de la peur, c'est un signal de danger. Et qu'il n'est pas question de passer outre ce danger et de l'attaquer à main nue, c'est beaucoup trop dangereux. Donc il faut se poser et voir un peu de quoi cette peur est faite. Tout en gardant dans un petit coin de la tête que vivre sans danger ou vivre sans risque, c'est impossible. Et que ce n'est pas toujours souhaitable non plus. Parce que c'est bien d'avoir un peu peur de quelque chose. Ça permet de réfléchir au lieu d'agir de façon désordonnée et de courir là pour le coup un vrai danger. L'objectif n'est plus comment faire pour que la peur disparaisse, mais de quoi ai-je vraiment peur et est-ce si effrayant que ça ? Quelle est la part en trop dans la peur que je ressens ? Parce qu'avec la peur que je ressens, je suis coincée. Je ne peux pas avancer parce que j'ai trop peur, mais je ne peux pas non plus me débarrasser de ma peur, puisque tout ce que je fais pour m'en débarrasser au quotidien ne m'empêche pas de continuer de la ressentir. C'est bien qu'il faut prendre les choses sous un autre angle et garder à l'esprit deux choses. La première, c'est avoir un peu peur dans la vie, ma foi, ça peut rendre service. Et si j'ai peur, c'est qu'il y a une raison. Et deuxièmement, de quoi je parle quand je dis j'ai peur ? Suis-je capable de surmonter cette peur, de trouver une solution ? Certainement que je le suis. Toutes les personnes que j'ai reçues en consultation ont eu le courage de regarder leur peur en face et toutes ont été capables de la surmonter et de trouver des solutions. Alors, comme elles, vous serez... également capable d'y arriver. Si vous sortez du brouillard, vous verrez que vous portez en vous la solution. Je vous laisse pour aujourd'hui. Je vous remercie infiniment de votre écoute et je vous retrouve avec grand plaisir dans 15 jours. En attendant, surtout, prenez soin de vous. Au revoir.