Speaker #0Bonjour c'est Laurence et je suis très contente de vous retrouver aujourd'hui après cette pause estivale et j'espère que nous allons ensemble passer de bons moments deux fois par mois comme nous en avions pris l'habitude Aujourd'hui, je voudrais vous expliquer en quoi consiste le pas de côté de la thérapie systémique et stratégique. Je suis donc, comme vous le savez certainement, psychopraticienne et je pratique la thérapie systémique et stratégique selon l'école de Palo Alto. Donc, en quoi consiste ce que j'appelle ce pas de côté ? Il arrive très souvent que des personnes viennent en consultation et me disent Je sais pourquoi je suis comme ça, je sais pourquoi j'agis de cette façon, et je sais aussi que c'est une mauvaise idée et que ça me pose des problèmes, mais je ne peux pas m'en empêcher. Par exemple, j'ai accompagné un jour une femme d'une cinquantaine d'années qui s'appelait Marie. Et Marie est arrivée en m'expliquant que sa mère lui avait toujours dit qu'elle était une bonne à rien. Et elle passait toujours derrière elle pour s'assurer que les choses que faisait Marie étaient faites correctement. Et donc, Marie a toujours douté d'elle-même, de plus en plus, elle s'est dévalorisée. Et toute sa vie, m'explique-t-elle, elle n'a jamais réussi à faire quelque chose sans demander, soit à sa mère, soit après à son mari ou à quelqu'un d'autre, confirmation ou des conseils, pour savoir si c'était bien ou pas de faire cette chose qu'elle avait envisagé de faire. Et donc, elle a toujours eu besoin d'en référer à quelqu'un parce que... Elle avait adopté pour elle cette idée que sa mère lui avait répétée en boucle, qu'elle était une bonne à rien. Bref, ce sont des personnes qui ont un problème, qui savent pourquoi elles ont ce problème, mais ne savent pas comment faire pour s'en débarrasser. Et une des raisons à ça, c'est parce que notre façon de penser en Occident se fait généralement dans une démarche qu'on appelle analytique. Alors c'est quoi une démarche analytique ? C'est une démarche qui cherche le pourquoi la situation est comme elle est et pas autrement. Je cherche dans le passé des explications de ce qui se passe aujourd'hui. Donc c'est une démarche qui part du passé pour expliquer le présent. La démarche analytique se place donc sur une ligne de temps passé-présent et aussi sur une ligne de causalité. Le passé explique le présent. Mais c'est aussi une démarche binaire. Je fais ceci et j'aurai cela. J'ai vécu ceci par le passé et j'ai eu cela dans le présent. En démarche analytique, il n'y a que deux pôles. Il y a oui ou non, bien ou mal, vrai ou faux. Il y a passé-présent. Le mot analytique a la même racine que le mot analyser. J'analyse mon passé pour expliquer mon présent. Je cherche à comprendre le pourquoi de ma situation d'aujourd'hui, à l'expliquer avec, à partir de ce qui m'est arrivé dans le passé. Et d'ailleurs, c'est une démarche intéressante. En effet, il y a souvent des explications dans le passé pour ce qui se passe, pour ce que je vis au présent. Mais cette démarche a quand même l'inconvénient de faire du passé une sorte de réservoir d'explications pour le présent. Et pour une part, c'est vrai, bien des choses s'expliquent avec l'éclairage du passé. D'ailleurs, Marie avait très bien identifié la raison qu'il avait poussée à douter toute sa vie de ses capacités. Mais son objectif était de trouver une solution à ce problème. Et si mon objectif est de résoudre mon problème d'aujourd'hui, si je cherche dans le passé, je ne peux pas trouver. Comment faire ? Puisque le passé est le passé, je ne peux pas le changer. Le problème avec la démarche analytique est qu'il n'y a pas d'issue possible, puisque ce que je vis aujourd'hui est le résultat de ce qui m'est arrivé dans le passé, et que, comme je ne peux pas changer le passé, je ne peux pas changer non plus le présent. Donc, ça me donne une explication sur le pourquoi je suis dans cette situation-là, mais ça ne me donne pas du tout, ou pas nécessairement en tout cas, de solution pour changer ce que je vis au présent. C'est un peu comme d'être dans un tunnel à sens unique. Je ne peux que aller d'un point A à un point B, je ne peux pas faire marche arrière parce qu'on ne fait jamais de retour vers le passé, sauf au cinéma parfois. Et même au contraire, savoir pourquoi j'ai ce problème, d'une certaine façon légitime le problème. C'est une justification à l'existence de ce problème, ça pourrait même me donner une bonne raison d'avoir ce problème. Donc vous voyez un peu le poids que ça donne à mon problème. Il est parfaitement légitime d'être là et donc il ne me reste plus qu'à le subir. Et c'est comme ça que beaucoup de personnes arrivent en consultation en disant « je crois savoir ou je sais pourquoi j'ai ce problème » parce qu'elles ont déjà fait ce travail de recherche du pourquoi. Et certaines d'entre elles me demandent d'ailleurs aussi « Pensez-vous que ce soit parce qu'il m'est arrivé ceci que je suis comme ça aujourd'hui ? » Elles viennent chercher d'une certaine façon confirmation que l'explication qu'elles ont trouvée est la bonne. Et bien souvent, je leur réponds « Je ne sais pas si c'est pour cette raison. Je ne vous connais pas assez bien et je n'ai pas vécu ce que vous avez vécu. Mais si vous le pensez, vous devez certainement avoir une bonne explication. Ça doit certainement être la bonne. » Mais cette explication vous permet-elle de résoudre le problème que vous avez aujourd'hui et pour lequel vous venez me voir ? Leur réponse est toujours non. Sinon, ils ne viendraient pas me voir. Pour toutes les personnes qui viennent me voir, se débarrasser de leur problème est bien plus important que de connaître les raisons qui l'ont amené à avoir ce problème. Ceci dit, que le futur n'est jamais écrit à l'avance. Pour... personne votre futur sera exactement ce que vous en faites qu'il soit pour chacun de vous et c'est là que le pas de côté de la démarche systémique peut apporter une solution dans la démarche systémique qui est celle de la thérapie systémique et stratégique de l'école de palo alto l'orientation est dirigée vers la compréhension du comment ça fonctionne du coup c'est une démarche qui prend sa base dans le présent et qui cherche à améliorer le futur. Si je cherche comment ça fonctionne, je suis obligée de regarder ce qui se passe aujourd'hui. J'analyse ce que je vis aujourd'hui, mes pensées, mes émotions, mes interactions, etc. dans l'objectif d'avancer vers un futur meilleur. Donc la démarche systémique, c'est donc une démarche orientée présent-futur. Le présent devient à ce moment-là un réservoir de ressources dans lequel je vais puiser pour prendre la décision de changer quelque chose à mon avenir ou pas. Et dans ce réservoir de ressources qu'est mon présent, je cherche ce que je pourrais changer pour améliorer mon avenir. L'objectif est aussi, et c'est pour ça que les personnes viennent, de trouver une solution. Et qui dit recherche d'une solution ? dit définir un objectif à atteindre. Et si je cherche à définir un objectif, les options sont multiples. Il n'y a plus seulement deux pôles, comme en analytique, le bien, le mal, le vrai, le faux, oui, non. Il y a au moins trois pôles. Il y a oui, non et peut-être. Il y a vrai, faux ou pas. Bien, mal ou ni bien ni mal. À partir du moment où je suis ancré dans le présent avec un objectif pour un futur meilleur, alors il est nécessaire aussi d'être dans l'action, de passer à l'action, de faire quelque chose. Donc j'ai défini un but à atteindre et je définis aussi des actions pour atteindre cet objectif. Parce que, comme dit un proverbe chinois, le meilleur moment pour planter un arbre, c'était il y a 20 ans. Le deuxième meilleur moment, c'est maintenant. En thérapie systémique, on ne renonce pas à planter un arbre aujourd'hui sous prétexte qu'on ne l'a pas planté il y a 20 ans. Au contraire, on va planter cet arbre aujourd'hui pour que demain on puisse s'abriter sous son ombre. Donc avec Marie, on n'a pas cherché à savoir si son manque total de confiance en elle venait ou pas du fait que sa mère le lui avait dit et répété, parce que c'était peut-être la raison, mais donc... Que pouvons-nous y faire ? Rien, c'est comme une fatalité. Ou bien ce n'était pas la bonne raison et on va passer un temps fou à chercher cette bonne raison que peut-être on ne trouvera jamais ? Et pendant ce temps, Marie souffre tous les jours. Donc on s'est plutôt concentré sur ce qu'elle vivait aujourd'hui. Et on est parti du postulat « Marie est une bonne à rien » . Ok, bon, bah oui, non, et puis après tout, pourquoi pas, en fait ? Peut-être. Je lui ai donc demandé quelle est la preuve irréfutable, à son avis, qu'elle est une bonne à rien. Et là, à ma grande surprise, elle m'a répondu « Eh bien, je suis une bonne à rien parce qu'à chaque fois que je veux faire quelque chose, il faut que j'aille lui demander son avis. » Et j'ai vu dans son regard, alors même qu'elle parlait, qu'elle comprenait que ce qu'elle avait mis en place pour ne pas risquer que sa mère lui dise « Tu es une bonne à rien » , la conduisait justement à être, à ses yeux, à elle, une bonne à rien. Je lui ai alors demandé, pour commencer, quelle est la plus petite chose que vous pourriez faire demain sans demander à votre mère si c'est une bonne idée ou pas de la faire. Et voilà, c'est comme ça que Marie a commencé à poser des actions qui l'ont aidé, pas à pas, à se détacher du regard de sa mère et à gagner confiance en elle. La grande différence entre la démarche analytique et la démarche systémique c'est que en systémie, on vise à changer le futur en déterminant un objectif à atteindre à partir du présent. Voilà, c'est fini pour aujourd'hui. Je vous laisse réfléchir à tout ça. Surtout, n'hésitez pas à m'envoyer des commentaires, par exemple sur Instagram, sur le compte Laurence Palo Alto, tout attaché. Et on se retrouve dans 15 jours. D'ici là, prenez soin de vous. A bientôt, merci beaucoup. Merci.