Speaker #0Bonjour c'est Laurence et je suis ravie de vous retrouver pour vous raconter aujourd'hui une autre histoire sortie de mon expérience de psycho praticienne J'ai été très émue l'autre jour de recevoir en consultation un monsieur de 85 ans que je vais appeler M. Paul. M. Paul vient de perdre sa femme. Elle est décédée à la suite d'une maladie. Et il se sent très seul, il se sent aussi très triste car il a beaucoup de regrets. Il regrette notamment de ne jamais lui avoir demandé si elle l'aimait vraiment. Il a été marié avec cette femme pendant presque 60 ans et il a toujours eu, depuis le moment où il l'a demandé en mariage et où elle lui a dit oui, il a toujours eu l'impression qu'elle l'épousait faute de mieux. Il pense en effet que sa femme, à l'époque, était amoureuse d'un autre jeune homme avec qui elle n'a pas pu se marier et qu'en désespoir de cause, elle lui a dit oui à lui, d'autant qu'il plaisait bien à sa famille. Donc, il a toujours pensé, depuis qu'il est marié avec elle, qu'il a été une sorte de lot de consolation, un choix par dépit. Et il a gardé ça au fond de lui toute sa vie d'homme marié. Il ne lui en a jamais parlé, il ne lui a jamais posé la question. Et aujourd'hui, il regrette beaucoup de ne pas avoir de réponse à cette question. Mais bon... Sa femme est décédée, donc c'est trop tard, il le sait. Et il sait aussi qu'il n'aura pas de réponse à ces questions, puisque ce sont des questions non posées. Mais aujourd'hui, il a d'autres pensées qui lui tournent dans la tête. Et entre autres, il se dit que, la solitude lui pesant beaucoup, il serait heureux d'avoir une compagnie, quelqu'un qui viendrait vivre avec lui chez lui. Et il se trouve qu'il connaît dans sa rue Une dame, veuve elle aussi, une femme qui lui plaît bien, et il se dit qu'il pourrait lui proposer de venir habiter avec lui. Il se voit très bien faire une sorte de colocation avec elle, et à cette idée, il est vraiment ravi. Mais depuis qu'il a eu cette idée, il ne lui en a pas parlé. Par contre, lui, il y pense tous les jours. Il pense à combien ce serait agréable de manger en sa compagnie, de partager avec elle même les tâches ménagères, d'avoir quelqu'un à qui parler. Et il est persuadé que ça pourrait fonctionner. En tout cas, lui, il serait absolument prêt à faire l'expérience. Et même, il se dit que si elle venait lui faire cette proposition, alors il lui dirait oui sans hésitation. Et donc, il se dit que peut-être, après tout, elle dirait oui aussi. Mais il n'y va pas et dans mon cabinet, il dit qu'il regrette de ne pas y aller. Alors, pourquoi est-ce qu'il n'y va pas ? Eh bien, parce qu'elle pourrait dire oui, mais évidemment, elle pourrait aussi dire non. Il n'en est pas sûr. Donc, avant d'aller la voir, il réfléchit à tout ce qu'elle pourrait avancer comme raison de refuser. Peut-être qu'elle lui dirait qu'elle est trop âgée, que c'est plus de son âge, ou bien elle pourrait lui dire qu'elle ne veut pas le déranger, ou encore qu'elle a peur de la réaction de ses enfants ou de ses enfants à lui, etc. Donc, il réfléchit à toutes les objections qu'elle pourrait avoir et à ce qu'il pourrait lui répondre pour lever ses objections. Et bien sûr, plus il réfléchit aux objections possibles, plus il en trouve. Et moins il se sent capable de lui faire cette proposition parce qu'il se dit, avec raison, qu'il n'aura jamais fait le tour de toutes les objections possibles. J'avais donc en face de moi un homme de 85 ans qui a compris qu'il va regretter toute sa vie de ne pas avoir posé à sa femme une question fondamentale pour lui, et que maintenant c'est trop tard, et qui aujourd'hui a l'envie... a une sorte de force intérieure qui le pousserait à faire quelque chose, mais qui ne le fait pas, parce qu'il estime ne pas avoir suffisamment évalué les conséquences de ce qu'il envisage de faire. Il m'a beaucoup ému car il est très triste. Il pleure beaucoup. Il pleure parce qu'il croit que pour agir, il faut avoir évalué 100% des conséquences de son acte. Et bien sûr, il est assez intelligent pour savoir que, comme tout le monde, il n'en est pas capable. Ce que M. Paul n'a pas compris, c'est que certaines questions sont sans réponse si on ne passe pas à l'action. Certaines questions n'ont de réponse que dans l'action. Si je suis trop dans mes pensées, je ne suis pas dans l'action et je ne peux pas trouver de réponse à certaines de mes questions. Par exemple, la plupart des questions de M. Paul concernent ce que sa voisine pourrait répondre à sa proposition ou ce que ses enfants à lui pourraient en penser. C'est typiquement le genre de questions qu'il nécessite pour avoir une réponse valable que la question soit posée. Si M. Paul ne pose jamais la question à sa voisine ou à ses enfants, il ne pourra qu'échafauder des réponses incertaines qu'il va continuer de mettre en doute, bien sûr, puisqu'il n'a pas posé la question aux seules personnes qui pourraient lui donner une réponse indiscutable. C'est un cercle vicieux. Moins je pose la question, plus j'ai de questions sans réponse, et donc plus j'ai de doutes, donc plus j'ai de questions. Moins je passe à l'action, Moins j'ai de réponses et donc plus j'ai de questions. Parce que rester au stade de la pensée limite énormément les chances que quelque chose se passe. Or, s'il ne se passe rien, je ne peux avoir que des questions stériles, infructueuses. C'est parce qu'il se passe quelque chose, notamment par exemple parce que j'ai posé une question, que d'autres questions constructives vont venir, que je vais... me poser à nouveau ou que je vais poser à nouveau, etc. Et au bout du compte, je vais avoir une vraie réponse et possiblement une solution à mon problème. Et puis, de quelle nature sont les questions ? Revenons à M. Paul. Quel genre de questions il se pose ? Il se pose essentiellement des questions dont la réponse ne dépend pas de lui. Ce sont même des questions dont il ne peut pas. avoir la réponse parce qu'elle ne concerne que ce que l'autre pense. Or, on ne peut jamais savoir avec certitude ce que l'autre pense, ou ce dont il a envie, sauf à lui poser la question, justement. Il y a plusieurs natures de questions. Il y a les questions introspectives, celles qui me sont destinées, celles qui me poussent à la réflexion sur moi-même. Ce sont celles auxquelles je suis la seule à pouvoir répondre. Du genre, est-ce que j'aime cette personne ? Est-ce que j'ai envie de faire ce voyage ? Etc. Il y a aussi les questions qui n'ont de réponse que si je les pose. Parce qu'elles concernent directement quelqu'un d'autre, parce que ce sont des questions dont je ne peux pas avoir moi toute seule la réponse. Du genre, comment va-t-elle réagir ? Va-t-il accepter ? Etc. C'est le type de questions que se pose M. Paul. Et puis, il y a les questions qui existent pour me faire avancer dans la vie. Celles, même si elles me concernent, qui ne trouveront de réponse que dans l'action. Par exemple, si j'entreprends ce voyage dont je rêve depuis si longtemps, répondra-t-il à mes attentes ? Eh bien, je ne peux pas le savoir. Ou il n'y a qu'une seule solution pour le savoir, c'est de partir en voyage. Parce qu'il ne faudrait pas opposer questionnement et action. Certains questionnements arrivent pour pousser à l'action. Et c'est parce que j'ai agi que d'autres questions arrivent. Ce sont des questions qui font avancer. L'action se fait parce qu'il y a un questionnement. Et le questionnement se fait parce qu'il y a action. Monsieur Paul, lui, quand il est arrivé dans mon cabinet, il était prisonnier de cette tendance très courante qui consiste à mettre les autres ou les événements en position de décider pour nous. C'est ce qui lui fait dire que si sa voisine venait lui faire cette proposition, il lui dirait oui sans hésitation. Sauf que c'est lui qui a eu cette idée, c'est pas elle. Et comme c'est pas son idée à elle, elle ne viendra jamais lui faire cette proposition. Et lui, il restera seul. Ou bien c'est comme les personnes qui attendent que leur horoscope leur soit favorable pour entreprendre un voyage par exemple. Elles attendent que les autres ou qu'un événement survienne pour les autoriser à agir. Alors, vous allez me dire que tout ça, ça sert à se rassurer, dans le sens où, si j'ai envisagé tous les cas de figure, je minimise, j'évite le risque. Ou bien, si quelque chose ou quelqu'un se produit à une parole, quelque chose, je pourrais l'interpréter comme un signe, comme un top départ. Et vous aurez raison. Donc, j'attends des autres ou de la Providence un signe, une autorisation à faire ce qui me tient à cœur. Je suis rassurée ou pas, parce qu'il arrive que ça ne fonctionne pas. Alors, l'esprit humain ayant parfois beaucoup de mal à décider de prendre un risque, et comme je sais que je ne suis pas capable d'envisager toute seule tous les cas de figure, je cherche conseil auprès de mon entourage. Mais est-ce la solution ? Eh bien, c'est ce que nous verrons dans le prochain épisode. Voilà, c'est tout pour aujourd'hui. Je vous remercie infiniment de votre écoute et j'attends toujours vos commentaires sur mon compte Instagram, Laurence Palo Alto. Je serai, comme d'habitude, ravie d'y répondre et de discuter avec vous. En attendant, je vous dis à bientôt. Prenez soin de vous. Au revoir.