Speaker #0Bonjour, c'est Laurence, je suis ravie de vous retrouver. Aujourd'hui, comme promis, je vais vous parler de la tristesse. Alors, tout d'abord, comment se déclenche la tristesse ? Elle se déclenche en réaction à certains événements de la vie. C'est donc une conséquence de certains événements de la vie. Elle vient généralement à la suite d'une perte. Et ce qui vient naturellement à l'esprit en premier, c'est le décès d'une personne ou d'un animal qui nous était cher. Mais ça peut être aussi la perte d'une relation amoureuse à la suite d'une rupture. ou la perte d'un emploi, d'un statut social ou d'un statut professionnel, mais ça peut être aussi la perte d'une maison, d'un style de vie, la nécessité en fait, ou l'obligation, de renoncer à quelque chose ou à quelqu'un auquel on tenait beaucoup, qui donnait du sens à notre vie, et qui n'est plus, soit parce qu'il a disparu, ou qu'il nous a quittés, ou qu'il est décédé. La tristesse vient aussi à la suite de certaines interactions avec les autres. Par exemple, quand on est déçu par quelqu'un. J'ai une grande amie, une amie très chère, et un jour, elle dit ou fait quelque chose qui me blesse profondément. Et il se passe entre nous quelque chose que je considère comme une trahison, et donc ça me rend profondément triste. Cette personne m'a beaucoup blessée. Et je suis très déçu et très triste que cette amitié change. ou très triste de me rendre compte que l'amitié que j'avais avec cette personne n'était peut-être pas celle que j'avais imaginée je suis triste d'avoir à renoncer à cette amitié comme elle était avant la tristesse se manifeste de façon particulière En premier lieu par les pleurs, bien que certaines personnes ne pleurent pas ou très peu, mais aussi elles se manifestent par une... Par exemple, une perte d'appétit ou une sorte de léthargie générale, plus envie de rien, une fatigue énorme, un repli sur soi, un isolement. Je suis tellement triste que je n'ai plus envie de rien et je me replie sur moi-même. Contrairement à la colère ou à la peur que nous avons vu précédemment, la tristesse a ceci de particulier que, une fois plongée dans la tristesse, on pense qu'on ne va jamais pouvoir en sortir, on ne voit pas d'issue. à la tristesse d'abord parce que physiquement elle fatigue énormément elle est extrêmement plombante alors que l'on peut toujours penser à raison parfois que l'objet de la colère ou de la peur peut disparaître et qu'on va être libéré de cette colère ou de cette peur la tristesse elle c'est une émotion qui englue beaucoup qui colle à la peau et dont on ne sait pas se défaire on ne le voit généralement pas d'issue à cette tristesse. On parle de tristesse insondable, infinie, parce que c'est vraiment comme tomber au fond d'un puits. Il n'y a plus de lumière, il n'y a plus d'espoir. Elle nous fatigue énormément et on n'a plus de ressources, plus de ressources physiques pour se bouger et plus de ressources mentales pour la combattre. C'est une émotion qui rend particulièrement malheureux et qui fait vraiment mal. À mon change peut-être. bien plus mal que toutes les autres. Quand on est triste, on ressent un vide immense, une sorte de boule de peine qui nous entraîne vers le fond. Elle provoque une soumission à la vie. On est soumis face à la vie au lieu d'être dans l'action. Et c'est impossible de retourner dans l'action. On est déconnecté complètement de notre pouvoir créatif, déconnecté de soi. C'est ce qui nous fait dire, par exemple, je ne sais plus ce que j'aime, je ne sais plus ce dont j'ai envie. ou ce qui me ferait plaisir, donc je n'ai envie de rien, ce qui, par ailleurs, nous rend encore plus triste. La tristesse est une blessure, c'est une blessure de l'âme, une blessure du cœur, au même titre qu'une fracture du tibia est une blessure du corps. On ne peut pas faire abstraction de la douleur de cette blessure. Mais comme elle nous coupe de nos ressources internes, de notre moi véritable, on a le sentiment qu'elle est insurmontable. Dans un premier temps, La tristesse déclenche chez les autres de l'empathie. Les gens sont d'abord bienveillants avec quelqu'un qui est triste. Ils cherchent à l'aider. Et c'est le côté positif de la tristesse. Mais parfois, si cet état de grande tristesse perdure, l'entourage perd patience ou il ne trouve plus de sens à cette tristesse ou en tout cas à ce qu'elle dure aussi longtemps. À ce moment-là, un problème relationnel survient parce que l'autre finit par dire « Bon, écoute, arrête de pleurer, bouge-toi ! » ou des choses parfois plus violentes, en tout cas vécues plus violemment par la personne qui les reçoit, comme par exemple « Bon, écoute, c'est pas si grave après tout. » Les parents disent assez couramment quelque chose du genre « Bon, écoute, c'est les bébés qui pleurent comme ça tout le temps, hein ? » comme pour nier la tristesse de leur enfant. Alors, il faut dire aussi que nous sommes dans une société où il n'est pas permis d'être triste trop longtemps. Il faut être enjoué, disponible, positif face à la vie, etc. Et quand on ne l'est pas, il y a toujours quelqu'un pour dire « Oh là, stop là, ça suffit, hein, t'as été triste assez longtemps. » mais quelqu'un qui dit ça si quelqu'un vous dit ça il faut bien comprendre qu'il le dit parce que ça le dérange lui les manifestations de votre tristesse vos pleurs votre apathie ou autre le mettent mal à l'aise et surtout il ne sait pas comment faire pour vous sortir de là il est impuissant à vous aider ça le met mal à l'aise ou ça l'énerve et en même temps probablement ça le rend triste lui aussi mais quoi qu'il en soit c'est lui que ça regarde c'est son opinion c'est son jugement face à votre comportement c'est sa façon de voir personne ne souhaite être vraiment triste et pendant longtemps votre tristesse est donc légitime et personne ne peut la comprendre pleinement Alors n'oubliez pas que c'est à lui de s'arranger avec sa gêne et non pas à vous de faire en sorte qu'il ne le soit pas. Il y a aussi des personnes qui vont tout faire pour vous changer les idées. Celles qui cherchent à vous traîner au bistrot, au resto, dans les magasins, au cinéma, etc. Ça part bien sûr d'un très bon sentiment, mais la plupart du temps, ça ne fonctionne pas. Et au contraire, ça met en place chez la personne triste une boucle insidieuse qui consiste à faire le constat que, ok, je suis triste, je suis même très triste, les autres n'apprécient pas ça, je le vois bien. Donc, je culpabilise et donc je me maltraite en me disant, par exemple, « Bon, écoute, sois forte, force-toi, remonte la pente, tu dois montrer aux autres que tu vas réussir, il faut que, je dois que, etc. » Or, je constate que ça n'arrive pas, je suis toujours aussi triste. Donc, je suis encore plus triste, etc. C'est comme ça que se met en place la boucle insidieuse. C'est vraiment de la maltraitance de soi-même. En un mot, secouer la personne pour qu'elle se bouge ou la forcer à se changer les idées ne fait que renforcer sa tristesse parce qu'elle constate que ça ne fonctionne pas. Même si sur le moment elle a l'air contente, il est fort probable qu'une fois seule, la tristesse revienne. Et là, le risque est grand qu'elle se coupe des autres pour ne pas les décevoir. Donc c'est non seulement de la maltraitance de soi, mais c'est aussi une double, une triple, une quadruple peine. Ok, mais alors quoi faire ? Comment faire pour en sortir ? Je vous disais tout à l'heure que la tristesse est une blessure. Il faut soigner cette blessure, de la même façon que j'accepte le plâtre si je me suis cassé le poignet. La tristesse nous oblige, pour pouvoir en sortir, à prendre soin de nous. Et il faut accepter de prendre soin de nous aussi longtemps que nécessaire. Comme je le disais, la tristesse vient quand on se rend compte qu'on est obligé de renoncer à quelque chose ou à quelqu'un. Se soigner pour se libérer de sa tristesse, ce n'est pas de faire comme si ce renoncement n'existait pas, mais c'est accepter qu'on est obligé de renoncer et de vivre avec, de la même façon que certaines blessures physiques laissent des cicatrices. Ce qui a provoqué la tristesse va probablement laisser des cicatrices. Donc j'accepte de vivre désormais avec cette cicatrice, mais je vais prendre soin de moi pour que cette cicatrice ne saigne plus, pour qu'elle ne me fasse plus mal. Soigner sa tristesse, c'est apprendre à vivre avec l'absence, que le souvenir douloureux soit apaisé. La première des choses à faire, si cette tristesse vous fait pleurer, c'est d'accepter de pleurer, de s'octroyer le droit de pleurer. Parce que c'est légitime de pleurer quand on est triste. Il y a un dicton qui dit « Les larmes sont à l'âme, ce que le savant est au corps » . Bien sûr, vous allez pleurer pour vous-même. Sans que les autres ne vous voient. C'est très important de se donner ces moments où on va replonger dans le souvenir, se laisser aller à pleurer, de façon assez paradoxale, pour reprendre le contrôle de sa vie, pour ne plus être submergé par la tristesse. Il faut donner la place à cette tristesse, lui donner un espace et le temps nécessaire pour qu'elle s'exprime totalement, pour l'explorer complètement, aller jusqu'au fin fond de cette tristesse. C'est une démarche. Très salvatrice. Je me rappelle une dame qui est venue en consultation à la suite du décès de son mari quelques semaines avant. Elle était profondément triste parce qu'ils étaient très attachés l'un à l'autre, très soudés, et le décès de son mari avait laissé un grand vide dans la vie de cette femme. Elle se forçait, aussi parce que ses enfants le lui conseillaient, à ne plus y penser, à s'occuper toute la journée. Mais elle se rendait compte que, bien sûr, elle n'arrivait pas à se sortir son mari. de l'esprit. Elle y pensait tout le temps. Je lui avais conseillé de faire ce qu'elle a instinctivement besoin de faire quand elle se retrouve seule. Et donc, elle m'avait raconté que ils prenaient leur repas tous les midis ensemble et que maintenant, elle se retrouve seule face à son assiette et que ça lui manque beaucoup de lui parler. Leur conversation lui manque beaucoup. Et donc, je lui avais dit, mais allez-y, parlez-lui. Puisque le moment des repas était important pour vous deux, « Continuez à le faire, dites-lui tout ce que vous avez à lui dire. » Ça avait été pour cette dame un exercice très libérateur, très salvateur. Bien sûr, c'est quelque chose à faire seul avec vous-même, parce qu'on n'a aucun compte à rendre à personne. On peut aussi écrire des lettres de tristesse. Si vous êtes quelqu'un qui écrit facilement, vous pouvez tout à fait écrire des lettres de tristesse à la personne ou à l'objet. qui vous manque. Une autre chose que l'on peut faire, c'est le palais ou le musée des souvenirs. Alors c'est se mettre, là aussi tout seul, dans un endroit calme et prendre le temps de se remémorer les souvenirs de cette personne ou de ce lieu, de ce à quoi on est obligé de renoncer. Et de visiter, comme dans un musée, dans lequel vous seriez seul, prendre le temps de regarder chaque scène comme un tableau en détail et à votre rythme. Il faut laisser venir les paroles, les pleurs ou toutes les manifestations de la tristesse. C'est un rendez-vous à prendre tous les jours pendant 3 ou 4 minutes au début et plus longtemps si vous en ressentez le besoin. Mais il faut surtout que ce soit régulier tous les jours. Et une fois que vous avez fini votre tour dans le musée, vous sortez la clé du musée. Vous refermez la porte et vous retournez à vos occupations jusqu'au lendemain. Il n'y a qu'en s'octroyant le temps de la guérison que la tristesse passe. Il n'y a qu'en faisant ce type d'exercice qu'on finit par pouvoir se souvenir de celui ou de celle qui nous manque sans être envahi émotionnellement. Il n'y a pas d'autre solution que d'accepter d'être triste et d'accepter de se dire Ok, je vivrai toute ma vie avec ce manque, avec ce renoncement. Donc, mieux vaut que j'apprenne à vivre de cette façon. Vous verrez alors que le souvenir va devenir de moins en moins douloureux parce que c'est comme mettre un baume sur sa blessure. Et petit à petit, vous pourrez contempler cette cicatrice avec bienveillance pour vous-même et vous souvenir avec plaisir de l'objet ou de la personne qui vous manque. Il ne faut pas oublier que, en matière d'émotion, tout ce qui ne s'exprime pas s'imprime. Donc, donnez-vous le temps de soigner cette tristesse pour qu'elle ne s'imprime pas en vous durablement. Voilà, j'espère que mes conseils vous serviront. J'attends vos réactions, vos questions et on se revoit dans 15 jours. En attendant, prenez soin de vous. Au revoir. Sous-titrage Société Radio