Speaker #0Bonjour, c'est Laurence et je suis ravie de vous retrouver aujourd'hui. Je vais vous parler d'une problématique assez courante et qui nécessite, pour s'en libérer, de rendre à chacun ce qui lui appartient. Pour vous expliquer de quoi il s'agit, je vais vous raconter l'histoire de Alexandre. Alexandre est un jeune homme de 26 ans. Il a un frère de 32 ans. Leur père est décédé quand ils avaient respectivement 12 et 18 ans. Et leur mère ne s'est jamais remise du décès de son mari. Elle a sombré assez rapidement dans une grande dépression qui est par la suite devenue chronique. La vie à la maison était très très difficile pour les deux garçons. Et d'ailleurs le fils aîné a quitté le foyer dès qu'il en a eu l'occasion pour refaire sa vie indépendamment. Alexandre s'est donc retrouvé seul avec sa mère dès l'âge de 13-14 ans. et il a été... très rapidement obligé de se substituer à elle pour toutes les tâches de la vie courante. Il subvient à tous les besoins de sa mère, à tous leurs besoins, à tous les deux en fait. C'est lui, par exemple, qui la pousse à se lever le matin, qui la pousse à s'habiller, qui fait les courses, qui entretient la maison, qui paye les factures, etc. Alexandre a donc vécu seul avec sa mère pendant presque 13 ans et elle lui a fait vivre, et là c'est lui qui parle, Un enfer, parce qu'elle avait besoin de lui tout le temps. Alexandre ne pouvait pas sortir librement, ni avec des copains, et encore moins avec des copines. Elle lui téléphonait tout le temps, elle voulait tout le temps savoir où il était, ce qu'il faisait, quand il allait rentrer, elle le suppliait de rentrer même. Elle est extrêmement jalouse également, mais pour autant, quand il est avec elle, Elle ne fait que pleurer, refuser de s'alimenter, refuser de sortir, elle se plaint tout le temps, elle pleure beaucoup. Et c'est vrai que cette femme est littéralement accablée de chagrin. Mais elle fait aussi du chantage affectif, par exemple en lui disant « si tu sors encore ce soir, je me suicide » . Et Alexandre sait qu'elle est capable de mettre sa menace à exécution parce qu'elle l'a déjà fait. Elle a en effet à plusieurs reprises pris des médicaments. et téléphoner immédiatement à son fils pour le lui dire. Donc, bien sûr, Alexandre est accouru immédiatement pour sauver sa mère. Et, effectivement, il l'a sauvée plusieurs fois. Quand Alexandre vient en consultation, sa mère vient de mourir. Et il me dit qu'il aurait bien voulu ne pas être sous l'emprise de sa mère, mais que pour cela, il aurait fallu l'abandonner et qu'elle en serait probablement morte. Et donc, il constate qu'il a été libéré de sa mère le jour où elle est décédée. Ressentir ce soulagement l'a beaucoup blessé et le fait culpabiliser énormément. Il culpabilise aussi de ne pas avoir été capable de soulager sa mère de sa douleur. Il se reproche de ne pas avoir été assez présent, de ne pas avoir trouvé les bons mots pour la consoler, etc. Bref, il se reproche de ne pas avoir été un bon fils. Arrêtons-nous un instant pour analyser le message de la mère à son fils. Si on veut résumer ce que lui disait sa mère, tout ce qu'elle a dit ou pas dit, tout ce qu'elle a fait ou pas fait, puisque faire ou ne pas faire, dire ou ne pas dire, c'est toujours donner un message. Elle lui disait donc, ne me quitte pas, reste avec moi, j'ai besoin de toi, mais même si tu es là, ça ne sert à rien. Alexandre a toujours répondu positivement à cette demande de sa mère. Il quittait très rarement sa mère. Il était toujours en lien avec elle via le téléphone. Il la courait à chaque fois qu'elle l'appelait. Mais une fois qu'ils étaient ensemble, elle ne manifestait aucun soulagement, aucun signe de réconfort, au contraire. On comprend que ces interactions ont fait naître chez Alexandre beaucoup de culpabilité. Comme... Alexandre voulait sortir sa mère de cette grande tristesse, il en faisait toujours plus. Mais comme en retour, la situation ne s'améliorait pas, elle s'aggravait même. Il se dévalorisait de plus en plus. Il pensait qu'il était un mauvais fils, un mauvais garçon. Il culpabilisait aussi de plus en plus, puisqu'il faisait tout ce qu'il pouvait et il n'arrivait toujours pas à rendre sa mère heureuse, donc il était un incapable. Il est allé très très loin, Alexandre. Il est allé jusqu'à s'empêcher de vivre pour lui-même. Il a fait des choix qui ont été au détriment de sa propre vie pour tenter de sauver sa mère. Au décès de celle-ci, il est complètement bouleversé par le chagrin, bien sûr, mais il ressent aussi un soulagement. Aussi, j'ai commencé par normaliser l'ambivalence de ses émotions en lui expliquant que nos émotions sont le résultat de ce que nous avons compris de notre vécu, et qu'il a vécu avec sa mère une situation très ambivalente, faite à la fois d'amour et de reproches. Il est donc normal que ces sentiments soit ambivalent alors qu'elle vient de mourir il vient aussi parce qu'il a beaucoup de mal à reprendre une vie pour lui-même il est libre maintenant de faire des choix d'avoir des envies etc mais il culpabilise tellement qu'il est au bord de ne pas s'autoriser à vivre pour une fois pour lui-même nous travaillons donc à comprendre cette culpabilité et surtout à savoir comment faire pour qu'il en soit libéré et pour cela je lui pose une question somme toute assez simple je lui demande pourquoi votre mère était-elle si déprimée si pleine de chagrin et il me répond parce qu'elle n'a jamais réussi à surmonter le décès de notre père parce qu'elle a toujours été infiniment triste et désemparée du décès de son mari nous avons de cette façon mis le doigt sur ce qui appartient à la mère et ce qui appartient au fils car enfin est-il responsable du décès de son père aurait-il pu faire quelque chose pour que ça n'arrive pas non bien sûr il n'est responsable ni du décès de son père ni de la tristesse de sa mère ni non plus de l'incapacité de sa mère à surmonter ce drame ainsi alexandre comprend petit à petit qu'il a passé les treize dernières années à essayer d'effacer les conséquences de quelque chose dont il n'est pas responsable. Pour autant, il a mis toute son énergie à tenter de sortir sa mère de cette tristesse. Et là, je lui ai demandé si lui avait été triste du décès de son père. Et bien sûr, il me répond que oui, énormément, qu'il a eu du mal à comprendre, qu'il a eu du mal à l'accepter, qu'il a été perdu. qu'il a aussi été très en colère, qu'il a eu aussi très peur, mais qu'il n'en a pas beaucoup parlé, et surtout il reconnaît qu'il n'a pas trouvé auprès de sa mère le soutien, le réconfort dont il aurait eu besoin, que donc il s'est senti souvent abandonné. C'est ainsi que le travail de rendre à sa mère ce qui lui appartient a commencé, et c'est ainsi que pour Alexandre a commencé la libération de cette culpabilité. Parmi les nombreux exercices et pistes de réflexion que j'ai proposées à Alexandre, il y en a un qui est très aidant pour ne plus porter ce qui ne nous appartient pas. C'est celui qui consiste à mettre en relation ce que j'ai vécu dans le passé et l'impact que ça a encore aujourd'hui sur moi. Alexandre écrit par exemple une phrase qui m'a beaucoup touchée et que je vous partage aujourd'hui avec son accord. Il écrit « Maman, Quand papa est mort, je suis venu te voir, je pleurais beaucoup et je voulais te parler de ma tristesse. Et tu m'as répondu que toi aussi tu étais triste et que tu ne pourrais pas t'occuper de la tristesse de quelqu'un d'autre. Et depuis, je n'ai jamais pu partager avec d'autres personnes mes émotions. On voit bien là la relation entre quelque chose de vécu dans le passé et une difficulté du présent. C'est un exercice très intéressant parce qu'il permet de faire le lien entre un événement vécu et ce qu'il engendre de négatif dans le présent. Il ne s'agit pas de se libérer du souvenir puisque cette chose dont je me souviens a existé, elle a eu lieu. Par contre, il est nécessaire de se libérer de ce qu'elle induit de négatif dans ma vie de tous les jours. Les souvenirs n'existent que dans le présent. J'ai le souvenir de quelque chose et c'est moi aujourd'hui au présent qui me souviens et c'est moi aujourd'hui au présent qui vis avec les conséquences de ce souvenir. Il est parfois possible et nécessaire de couper le lien négatif entre le souvenir et le vécu d'aujourd'hui. Le fil des souvenirs est toujours en construction selon la personne que je suis aujourd'hui. J'ai un souvenir, j'en ai fait ceci ou cela, mais je peux aussi en faire autre chose. Si je prends conscience que ce souvenir induit chez moi tel comportement ou telle souffrance, alors je peux peut-être couper ce lien. notamment en rendant à l'autre ce qui lui appartient. C'est de cette façon que Alexandre a rendu à sa mère sa tristesse et surtout l'obligation de la gérer à sa place. Il n'est ni responsable de la tristesse de sa mère, ni responsable du fait qu'elle n'ait pas su y faire face. Malheureusement, Alexandre n'est pas le seul loin de là. apporter quelque chose qui ne lui appartient pas il y a par exemple marion dont toutes les actions visent à satisfaire l'idée que se font ses parents de ce que doit être le comportement d'une fille modèle il y a aussi édouard qui accepte de faire des études de droit longues difficiles et surtout qu'il juge ennuyeuses parce qu'il faut maintenir le prestige de la famille ou encore annie qui refuse la promotion qu'elle espérait tant et pour laquelle elle a beaucoup travaillé, parce que ça pourrait faire de l'ombre à son conjoint qui, par ailleurs, est à ce moment-là en difficulté au travail. Les exemples sont innombrables de ce que nous acceptons de faire pour répondre aux attentes des autres, pour ne pas les mettre en difficulté, pour ne pas les décevoir, ou pour gérer à leur place une difficulté. Bien sûr, on peut tout à fait être OK avec ça, c'est-à-dire... Je décide de me sacrifier, en quelque sorte, pour le bien de l'autre, et ça me convient parfaitement. Auquel cas, bien sûr, ne changeons rien. Mais les personnes qui viennent en consultation sont en général arrivées au bout de leur dévouement, au bout de ce qu'elles peuvent supporter dans une relation, et elles ont besoin de se libérer de ce qu'elles ont porté pendant de nombreuses années, mais qui ne leur appartient pas. Il est donc... parfois utile de se poser la question suivante. Ce que je fais, est-ce que je le fais pour moi ou est-ce que je le fais pour satisfaire quelqu'un d'autre ? Cette raison qui me pousse à faire ceci ou cela est-elle à moi ou est-elle à quelqu'un d'autre ? C'est le début du détachement qui permet, dans un deuxième temps, de se reconnecter à soi-même. Voilà, je vous laisse pour aujourd'hui. Je vous remercie beaucoup. pour votre écoute et je vous encourage à me laisser vos commentaires et vos questions sur instagram hashtag laurence palo alto l a u r e n c e p a l Ausha l t o merci beaucoup et je vous dis à bientôt portez vous bien au revoir