Speaker #0Bonjour à tous, chers élèves et chers amis du site aufonddelaclasse.com. Dans cet épisode, je vais vous présenter le discours de la servitude volontaire de la Boétie et le parcours au programme « Défendre et entretenir la liberté » . Alors pour commencer ce premier épisode d'une nouvelle série, je vais vous dire quelques mots sur l'auteur. Etienne de Laboisy est né au XVIe siècle, en 1530, à Sarla, en Dordogne, d'une famille de magistrats. Il est orphelin très jeune, il perd ses deux parents, et est élevé par un oncle qui est un ecclésiastique très cultivé, qui lui permet d'apprendre le latin, bien sûr, mais aussi le grec, le droit, la philosophie antique. Si bien qu'Étienne de la Boétie, c'est quelqu'un qui a une formation humaniste absolument exceptionnelle. Il est reçu au Parlement de Bordeaux à 23 ans, c'est-à-dire un an avant l'âge légal, ce qui montre une précocité assez remarquable. Et c'est là qu'il rencontre Montaigne, avec qui il nourra une amitié qui est restée très célèbre à cause d'un des chapitres des essais de Montaigne. Justement, on y reviendra sans doute un petit peu plus tard. Il meurt très jeune puisqu'il a 32 ans seulement en 1563 au moment où il est frappé par la maladie. Alors ce qui est assez extraordinaire, c'est que la Boétie est un homme de l'institution. C'est un magistrat du roi, c'est-à-dire quelqu'un qui, comme on pourrait dire aujourd'hui, est parfaitement intégré dans le système. Et c'est exactement cet homme-là, c'est-à-dire cet homme intégré, cet homme de l'institution, qui va écrire le texte politique qui est considéré comme... le plus radical de son siècle, et ça, évidemment, c'est un premier paradoxe. Ce texte, c'est le discours de la servitude volontaire. Ce discours, il est rédigé entre 1548 et 1554 par un homme qui a donc un très jeune âge, puisqu'il a entre 18 et 24 ans à peine. Et là, on s'arrête une seconde, parce que ce seul fait mérite qu'on y réfléchisse un peu. Comment est-ce qu'un adolescent, comme on dirait à l'époque, ou en tout cas c'est le sens du mot en latin, c'est-à-dire que Un futur magistrat du roi qui est extrêmement jeune, qui a 18 ans et quelques années de plus, peut-être, a pu écrire un tel texte. Eh bien, la réponse tient sans doute en dehors des qualités intrinsèques de l'homme, probablement, dans le contexte historique. Parce qu'en 1548, donc au moment où la Boétie, a priori, commence à écrire ce discours, le roi Henri II écrase dans le sang la révolte de la Gabelle à Bordeaux. et des magistrats sont suspendus, sont humiliés. certains sont ruinés, et le Parlement de Bordeaux, l'institution dont la Boétie sera bientôt membre, est traumatisé, est muselé par le pouvoir royal. Et c'est dans ce contexte-là que le discours prend son sens le plus immédiat, disons. C'est-à-dire une exhortation adressée à ce Parlement de Bordeaux qui a perdu sa liberté institutionnelle et qu'il faut, pour ainsi dire, réveiller. Et puis il y a une autre chose importante, c'est que la Boétie ne publie pas son texte. Son texte circule, manuscrit, dans un cercle qui est très étroit, de magistrats et de lettrés de la région de Bordeaux. Et ce n'est qu'après sa mort que le discours de la servitude volontaire, avec ce titre-là, qui n'est pas de la Boétie, commence à circuler plus largement. D'abord récupéré par des protestants, après le massacre de la Saint-Barthélemy en 1572, et ensuite par Montaigne. parce que c'est Montaigne à qui la Boétie avait confié ses manuscrits. Montaigne, qui a été maire de Bordeaux et évidemment membre de ce parlement, qui lui donne son titre de discours de la servitude volontaire. Et Montaigne, d'ailleurs, ne le publie pas lui-même, jugeant que le texte pourrait desservir la mémoire de son ami, étant donné son caractère très subversif. Alors, justement, parlons de ce titre, parce qu'il dit déjà beaucoup de choses. La servitude volontaire, deux mots qui semblent se contredire, une espèce de, on pourrait dire, un oxymore. Alors, la servitude, par définition, c'est quelque chose de subi, d'imposé, d'involontaire. Alors, comment est-ce que la servitude peut être volontaire ? Alors, ce n'est pas un jeu de mots rhétorique, c'est une thèse, on pourrait dire un scandale, et d'une certaine manière, un programme. Parce que ce titre annonce que la Boétie ne va pas s'attarder sur la violence des tyrans. Il va interroger quelque chose de beaucoup plus troublant, le consentement de ceux qui se soumettent. puisque le vrai sujet du discours Et d'ailleurs, c'est à ce titre que le titre que Montaigne a choisi est bon. Ça n'est pas le tyran, celui qui martyrise un peuple ou qui le met sous sa domination. Non, c'est le peuple qui l'accepte. Donc, il ne dénonce pas un ennemi extérieur, il retourne le regard. vers nous-mêmes. Et c'est ça qui rend ce texte si inconfortable et qui fait qu'on le considère bien souvent comme si puissant. Alors, on nous demande de l'étudier avec cet angle d'attaque du parcours, défendre et entretenir la liberté. Alors, maintenant, parlons un petit peu de ce parcours du programme du bac. Défendre et entretenir la liberté, les deux verbes méritent vraiment qu'on s'y arrête parce qu'ils ne disent pas du tout la même chose. Défendre, ça suppose un combat. une menace, un adversaire déclaré. La liberté est en danger, il faut la protéger, et si besoin, par la force. Défendre, ça peut être un mot du vocabulaire militaire. Et entretenir, c'est bien autre chose. C'est quelque chose de plus humble, de plus quotidien, comme on entretient un feu, comme on entretient son jardin. C'est une vigilance, on pourrait dire, de tous les jours, un travail de transmission, un effort constant pour que la liberté, puisqu'il s'agit de ça, ne s'éteigne pas, faute d'être Alors, le premier verbe est guerrier, le second est presque horticole, on pourrait dire, il est du jardin. Alors, on pourrait se demander, en lisant la Boétie, si c'est la première menace qui est la plus dangereuse ou la seconde. Parce que si la liberté se perd, elle se perd moins par défaut de combat que par défaut d'entretien. C'est peut-être ça que le programme nous invite à mettre en question. par l'habitude, par l'oubli, par la résignation. qui s'installe progressivement et qui fait qu'on accepte la servitude, on accepte l'esclavage, on accepte d'être soumis. Et c'est bien ça que le discours de la Boétie va montrer. Le vrai problème, ça n'est pas le tyran, le problème, c'est nous. C'est notre capacité à oublier ce qu'est la liberté, à nous y habituer, à finir par la croire inutile ou impossible. Alors, qu'est-ce qu'on va explorer dans cette série d'épisodes ? Eh bien, d'abord, la construction du texte, parce qu'il n'est pas très long. pour une œuvre au programme du bac, il y en a qui sont bien plus longues que ça, évidemment. C'est un discours qui est apparemment emporté, qui semble spontané, mais qui, on va le voir, est en réalité très construit. Et dans l'héritage, ceux qui étudient les humanités avec la spécialité HLP le sauront peut-être mieux que les autres, de la rhétorique grecque et de la rhétorique surtout romaine dans la culture du XVIe siècle. On va étudier aussi les causes. de la servitude telle qu'elles sont exposées par la Boétie, c'est-à-dire la nature, parce que l'homme est naturellement libre, et cette nature elle est trahie d'une certaine manière, et elle est mal entretenue par la coutume, c'est-à-dire l'habitude. Mais le mot que la Boétie emploie, c'est celui de la coutume. Et puis il y a aussi l'ignorance, et l'ignorance on peut la combattre, et voilà bien une idée contemporaine de la Boétie et de l'humanisme. c'est que l'éducation peut faire quelque chose. Et combattre l'ignorance, c'est aussi un combat politique. Et bien sûr, on va voir un petit peu les figures qui résistent et ceux qui pourraient faire en sorte que la servitude ne soit plus. On parlera aussi des outils de la tyrannie, tels qui sont décrits par la Boétie, c'est-à-dire l'étude que fait la Boétie sur la manière dont le pouvoir abrutit la population, la distrait pour maintenir sa soumission. Et enfin, on verra la vision, on pourrait dire, positive du texte, c'est-à-dire comment l'amitié entre des gens de bien pourrait être un antidote à la chaîne de la domination. Voilà, en tout cas, ce que je voulais partager avec vous pour cette présentation du discours de la servitude volontaire et du parcours Défendre et Entretenir la Liberté. Vous pouvez retrouver bien des choses sur le site internet aufonddelaclasse.com. Je vous dis merci beaucoup de m'avoir écouté. Et à très bientôt ! Ciao ciao !