Speaker #0Bonjour à tous, chers élèves et chers amis du site aufonddelaclasse.com ! Dans cet épisode, on va se demander si le discours de la servitude volontaire peut être considéré comme un pamphlet. Quand on lit le discours de la Boétie, le discours de la servitude volontaire, on est frappé par la violence de son ton. Il y a de la colère, de l'indignation, des apostrophes véhémentes, une ironie souvent mordante, des images brutales. Et tout ça, ça ressemble effectivement à ce qu'on appelle un pamphlet, c'est-à-dire ce genre polémique qui consiste à attaquer un adversaire avec énormément d'agressivité, de violence et tous les outils qui vont dans ce sens-là. pour briser cet adversaire et pour briser ses idées. Et dans ce sens-là, eh bien, on peut dire, et c'est ce qu'on va essayer de développer dans cet épisode, que le discours de la Boétie ressemble effectivement à un pamphlet. Bien sûr, ça n'est pas que ça, mais on remettra ça en question, on en rediscutera dans d'autres épisodes. Dans cet épisode-là, on va aller plutôt dans ce sens-là et essayer d'illustrer un petit peu les formes de cette violence. Cette violence-là, elle n'est pas uniforme. On peut en distinguer plusieurs types et au moins deux registres qui sont bien différents et qui fonctionnent dans le discours de la Boétie comme deux armes distinctes. Le premier, c'est ce qu'on pourrait appeler le registre du réquisitoire, c'est-à-dire ce qui cherche à frapper par l'émotion et en particulier par ce qu'on pourrait appeler le pathétique. Et le second, c'est le registre de la satire, c'est-à-dire le registre qui préfère la dérision, l'ironie et la moquerie, c'est-à-dire faire rire. de manière agressive, son adversaire et les idées de son adversaire. Sans aucun doute, la Boétie manie ces deux registres-là dans le discours. Alors d'abord, les premières pages. On va commencer par l'ordre du discours, par ce qu'on trouve en premier. Et ce qu'on trouve en premier, c'est ce qui s'apparente à un réquisitoire, c'est-à-dire un discours d'accusation à charge, qui cherche moins à convaincre par la raison qu'à frapper par l'émotion. Et les procédés, ils sont assez faciles à identifier. C'est l'apostrophe, c'est-à-dire le fait d'appeler directement son lecteur, son adversaire, ou en tout cas un interlocuteur, en le nommant parfois, en utilisant la deuxième personne. C'est aussi la question rhétorique, c'est-à-dire une interrogation, une phrase interrogative, mais qui ne consiste pas du tout à poser une question, à demander une information, mais au contraire à affirmer quelque chose. Et puis, c'est une figure de répétition, l'anaphore. C'est-à-dire qui consiste à répéter un même mot ou un même ensemble de mots au début de plusieurs phrases, au début de plusieurs propositions. Le résultat, en tout cas, c'est un rythme oratoire qui emporte le lecteur, le public, on pourrait dire, avant même qu'il ait eu le temps de réfléchir. Tout ça pour le frapper par l'émotion. Et un exemple saisissant, c'est la très longue période, c'est-à-dire la très longue phrase rhétorique de style sublime, comme on dit. d'ailleurs une phrase avec beaucoup beaucoup de propositions subordonnées, qui est construite sur une intonation qui monte d'abord et qui redescend ensuite et avec tout un tas de subordonnées qui relancent la phrase sans cesse dans ses différentes parties. Et donc c'est cette longue période, cette phrase qui est construite sur les « vous » successifs qui fonctionnent comme des anaphores. Je vous la lis tout en entier et puis on essaiera de l'analyser ensuite. En tout cas, c'est vraiment une phrase qu'il faut entendre, puisque après tout, il s'agit bien d'un... discours. Vous semez vos champs pour qu'ils les dévastent. Vous meublez et remplissez vos maisons pour fournir ses pilleries. Vous élevez vos filles afin qu'ils puissent assouvir sa luxure. Vous nourrissez vos enfants pour qu'ils en fassent des soldats, dans le meilleur des cas, pour qu'ils les mènent à la guerre, à la boucherie. Dans cet extrait-là, l'anaphore des « vous » , c'est-à-dire le retour systématique du même mot « vous » en tête de proposition, martèle. l'accusation. Et on peut dire que chaque proposition est plus grave que la précédente dans une espèce de gradation qui est très calculée. On commence par les champs, les maisons, on finit sur les enfants et pas seulement les enfants. Les enfants menés à la guerre, à la boucherie. Pas au combat, pas à la bataille, pas à un endroit où ils pourront illustrer leur qualité au combat, leur courage, mais à la boucherie, c'est-à-dire un mot d'une brutalité délibérée et qui clôt cette liste sur le pire. Alors, la violence de cette phrase-là et la violence de cette dernière image, elle n'est pas gratuite, elle est un argument. Un argument qui vise à produire chez le lecteur un sursaut de honte, d'indignation. C'est-à-dire que ce n'est pas un argument qui est basé, en reprenant des mots grecs de la rhétorique ancienne, sur le logos, c'est-à-dire sur la logique, sur la capacité à réfléchir, à faire des raisonnements, mais sur le pathos, c'est-à-dire sur l'émotion. Et donc, le public qui entend... Cette phrase va avoir, en tout cas c'est l'objectif et c'est probablement l'effet produit, un sursaut d'indignation, de honte qui rend incapable de rester passif. Et la boétie ne cherche donc pas à démontrer, il cherche d'abord à choquer, à frapper. L'émotion précède ici le raisonnement et c'est une stratégie rhétorique qui est tout à fait classique et qui est évidemment parfaitement consciente. L'autre grand moyen utilisé dans ce qu'on pourrait donc appeler un pamphlet, c'est la satire. Le ton change au fur et à mesure du discours, on y reviendra dans un autre épisode, et quand il parle des outils de la tyrannie, c'est-à-dire les ruses par lesquelles les tyrans maintiennent leur sujet dans la soumission, eh bien là le registre devient celui de la satire, c'est-à-dire une attaque. mêlée d'indignation et de dérision. Il s'agit d'utiliser la moquerie, donc le comique, le rire, mais pas un rire pour s'amuser, pour se divertir, mais un rire agressif, un rire qui a une victime. Et ici cette victime, eh bien c'est la crédulité du peuple parce que comme on l'a déjà dit, ça n'est pas seulement le tyran, mais c'est plutôt celui qui accepte sa soumission. La Boétie met en scène cette crédulité du peuple avec une image qui est très frappante et je vous en fais encore là une longue citation. Ne croyez pas qu'il y ait nul oiseau qui se prenne mieux à la pipée, ni aucun poisson qui, pour la friandise du verre, morde plus tôt à l'hameçon que tous ces peuples qui se laissent promptement alléchés à la servitude pour la moindre douceur qu'on leur fait goûter. La double comparaison animalière ici... D'abord l'oiseau à la pipée et ensuite le poisson à l'hameçon, c'est-à-dire ces animaux qui se font prendre dans un piège, rabaissent le peuple au rang de gibier, incapable de résister au moindre appât. Et c'est satirique au sens plein, c'est-à-dire que ça se moque et ça fait mal. C'est-à-dire qu'on se moque ici du peuple soumis, de celui qui se fait avoir en le dégradant, en le rabaissant à la hauteur d'un animal, d'une victime. d'un chasseur, d'un pêcheur, qui se fait complètement prendre à un piège qui, somme toute, était quand même assez simple. Et puis, ce qui est particulièrement habile ici, c'est la construction, on pourrait dire, syntaxique de la phrase. Elle commence, si vous avez bien entendu, par une négation ironique. « Ne croyez pas qu'il y ait nul oiseau, ni aucun poisson, etc. » Cette formule « ne croyez pas » , elle feint de rassurer avant de mieux accabler. nous sommes d'abord invités à ne pas croire quelque chose et puis finalement contraints de l'admettre. Et donc la forme même de la phrase mime le piège qu'elle décrit, puisque comme l'oiseau, on est pris, on mort à l'hameçon comme le poisson. Et il faut remarquer d'ailleurs que les deux animaux choisis ici ne sont évidemment pas anodins, ce sont des proies par excellence, c'est-à-dire des êtres qui meurent d'avoir voulu satisfaire un désir immédiat. La chaleur de la pipée pour l'oiseau, la friandise du verre pour le poisson, et des animaux qui ne sont quand même pas réputés pour leur grande intelligence. Et donc la métaphore ici est satirique dans les deux sens que contient ce mot. Elle se moque, comme je disais avant, et puis d'un autre côté, elle est très agressive. Voilà donc les deux procédés les plus importants qui font de ce texte un violent pamphlet. C'est d'abord l'usage du pathos. dans ce qui est assimilable à un réquisitoire. Et puis, c'est ensuite l'usage du ton satirique. Voilà en tout cas ce que je souhaitais partager avec vous sur le côté pamphlétaire du discours de la servitude volontaire de la Boétie. Vous pouvez retrouver un certain nombre de choses sur le site internet aufonddelaclasse.com. Je vous dis merci beaucoup de m'avoir écouté. Et à très bientôt. Ciao, ciao !