Description
Cet épisode examine la troisième et dernière cause de la servitude selon La Boétie : l'ignorance — et son remède, le savoir. Il introduit également la figure la plus importante de cette partie du Discours : les « mieux nés ».La Boétie part d'un exemple frappant : le Grand Turc, figure du despotisme absolu, s'est bien aperçu que « les livres et la pensée donnent plus que toute autre chose aux hommes le sentiment de leur dignité et la haine de la tyrannie » — et n'en veut donc aucun dans son pays. L'argument fonctionne a contrario : si le tyran craint le savoir, c'est que le savoir est libérateur. Il décrit ensuite l'écrasement progressif de ceux qui résistent malgré tout, par une gradation descendante — faire, parler, penser — jusqu'à l'image ironique de Momus réclamant une fenêtre dans le cœur de l'homme pour en voir les pensées : le tyran rêve d'une surveillance totale.
Face à cette entreprise d'abrutissement, apparaissent les « mieux nés » — ces hommes rares qui sentent le poids du joug et ne peuvent se retenir de le secouer. La Boétie les compare à l'Ulysse de l'Odyssée, qui n'oublie jamais Ithaque : leur désir de liberté est une nostalgie active, un souvenir qui pousse à l'action. Leur définition est double : un don naturel — l'entendement net, l'esprit clairvoyant — affiné par l'étude et le savoir. La mémoire historique est pour eux une condition du désir de liberté.
L'épisode se conclut sur une formule extraordinaire : même si la liberté était « entièrement perdue et bannie de ce monde », les « mieux nés » pourraient encore l'imaginer, la sentir, la savourer — parce que le savoir leur en a transmis le souvenir. Entretenir la liberté, c'est entretenir cette mémoire. Et le Discours lui-même est adressé précisément à ces lecteurs-là.
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