Description
Cet épisode s'intéresse à un passage du Discours plus satirique et parfois franchement comique : le catalogue des ruses par lesquelles les tyrans entretiennent activement la soumission de leurs sujets.
Tout part d'un principe posé par La Boétie : le tyran ne se croit jamais en sécurité tant qu'il a des sujets qui valent quelque chose. Ce qu'il redoute par-dessus tout, c'est un peuple qui pense et qui se souvient. Sa stratégie est donc de détruire les conditions mêmes du désir de liberté.
Le catalogue des exemples historiques illustre trois grandes ruses. Les divertissements d'abord : Cyrus, après la révolte des Lydiens, établit dans leur ville bordels, tavernes et jeux publics — et n'eut plus jamais à tirer l'épée contre eux. Les festins ensuite : les tyrans romains gorgeaient le peuple de blé et de banquets, et le peuple criait vive le roi sans s'apercevoir qu'il ne faisait que recouvrer une part de ce qu'on lui avait pris. La mystification religieuse enfin : rois d'Assyrie invisibles, rois d'Égypte masqués, orteil miraculeux de Pyrrhus — avec cette observation cruelle que « le peuple a toujours ainsi fabriqué lui-même les mensonges pour y ajouter ensuite une foi stupide ».
Le passage le plus habile est la prétérition sur les symboles de la monarchie française — fleurs de lys, Sainte Ampoule, oriflamme — que La Boétie range parmi ces ruses tout en feignant de ne pas vouloir les croire « de véritables balivernes ». Dire qu'on ne le croit pas, c'est évidemment le suggérer.
L'épisode se conclut sur le mot dévotion : quand le peuple ne subit plus la tyrannie mais l'aime, la servitude volontaire est accomplie dans sa forme la plus parfaite.
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