- Speaker #0
Dans la vie, certaines personnes se dépassent pendant que d'autres se font dépasser. Bienvenue sur Obsession Progression, le podcast des compétiteurs qui sont obsessifs de l'amélioration. Je m'appelle Nathan Delacoste, je suis préparateur mental spécialisé dans les sports extrêmes. J'accompagne surtout des athlètes internationaux comme les skiers et snowboarders en équipe de France. Dans ce podcast, je partage les coulisses des séances et des prises de conscience avec l'intention d'omnévore mental au plus haut niveau, en entraînant l'humain derrière la machine. Pour cette quête de performance, je vous parle à la fois mindset, cohésion de groupe, discours avant match, résilience et gestion des émotions. Prenez une bonne dose d'inspiration à chaque épisode, ils sont rendus possibles par Ready to Rock.
- Speaker #1
On lutte en permanence entre notre peur et notre motivation. Les grands sportifs, ils ont eu des grosses galères. Je pense que s'ils n'avaient pas fait face à ça, ils n'en seraient peut-être pas là aujourd'hui pour réussir à surmonter sa peur. Mais parfois, il faut savoir s'écouter aussi. Quand on voit aussi les progrès, ça t'aide à aller encore plus loin. Et puis, je suis quelqu'un qui pense que chaque chose n'arrive pas par hasard. Du coup, il ne faut pas avoir peur de tomber, tomber, tomber et se relever à chaque fois. Ma devise, ça serait garde le smile quoi qu'il arrive.
- Speaker #0
Salut à tous les sportifs de haut niveau et les entraîneurs passionnés. Aujourd'hui, je suis ravi de vous présenter un épisode spécial d'Obsession Progression où je vais vous faire découvrir Tess Le Deux. Une skieuse freestyle de renommée mondiale, et sincèrement, le terme est trop petit pour la décrire. Il y a quelques jours avaient lieu les championnats du monde de ski freestyle en Géorgie, et c'est là-bas que Tess a décroché son troisième titre de championne du monde à seulement 21 ans. Pour l'occasion, je vous ressors une superbe interview que j'avais eue avec elle à l'automne 2021. D'ailleurs, depuis l'automne 2021, elle n'a pas juste gagné les championnats du monde récemment, elle a aussi attrapé le titre de championne du monde. de vice-championne olympique de Big Air à Pyeongchang et plein d'autres médailles dont je ne vous parle même pas au début de l'épisode, ce serait trop long. Et pourquoi c'est important ? Parce qu'en fait, en écoutant l'interview qui a eu lieu bien avant tout ça, vous allez pouvoir voir d'où elle vient et comment elle s'y est préparée. Notamment, dans l'interview, elle parle des difficultés qu'elle a eues lors de ses premiers Jeux olympiques. Et quand elle va au deuxième, elle devient vice-championne olympique. Et ça, je pense que ça mérite de l'écouter. Alors, dans cette interview exclusive, vous allez entendre justement Comment Tess s'est frayée un chemin jusqu'au sommet de sa discipline ? Comment elle s'entraîne et se prépare pour les compétitions les plus difficiles ? Comment elle gère la pression et les attentes de sa famille, de ses amis, de ses fans, de ses sponsors ? Elle nous révèle en fait également les clés de son succès, sa mentalité de gagnante et partage de façon comme contagieuse sa passion pour le ski freestyle. Au cours de cet épisode, vous allez découvrir comment Tess a surmonté les obstacles sur son chemin vers l'excellence, comment elle a appris à se fixer des objectifs, ambitieux et à travailler dur pour les atteindre. Et puis comment elle garde sa motivation et son plaisir de skier au sommet, même lors des moments les plus difficiles. Vous allez également entendre son point de vue unique sur le ski freestyle, un sport qui demande beaucoup de créativité et une réinvention constante. Que vous soyez un skieur confirmé, un coach ou un compétiteur de n'importe quelle autre discipline que le ski, préparez-vous à être inspiré, motivé et captivé par l'histoire incroyable de Tesla 2, une championne juste hors du commun. Alors, installez-vous confortablement, que vous soyez en voiture, à vélo ou même dans le bus si vous vous rendez en compétition, je sais qu'il y en a qui font ça. D'ailleurs, dédicace à Mickaël, l'entraîneur d'un pôle qui passe assez jeune dans le transport des épisodes du podcast pour les aider justement à s'éduquer sur la préparation mentale, c'est assez chouette. Donc que vous soyez dans un moyen de transport ou dans un autre ou même à la maison sur le canapé, juste enfilez vos écouteurs et laissez-vous emporter par le mindset hors normes de Tess qui se livre ici en profondeur. sur la dimension mentale de ses performances. D'ailleurs, quand je vois les cartouches, les chutes énormes que Tess Le Deux s'est mise pendant les championnats du monde, là, les derniers championnats du monde qui ont eu lieu, et la manière dont elle s'est relevée pour aller plaquer ses meilleurs runs et prendre ensuite le titre de championne du monde de big air, je suis juste inspiré de voir comment elle traverse ça, et je me dis, personne ne peut passer à côté de cet épisode, de la richesse de tout ce qu'elle offre, dans tout ce qu'elle dit, on y va. Je suis ravi de passer ce moment avec toi, j'avais hâte qu'on commence à discuter. Pour commencer, j'aimerais te poser la question, comment tu en es venue à prendre la décision de faire du ski freestyle en compétition ?
- Speaker #1
Je n'ai jamais pris la décision de faire du ski freestyle en compétition. J'ai commencé le ski à l'âge de 2 ans, j'ai tout de suite accroché, et encore plus avec le ski freestyle, je ne sais pas, c'était un petit peu inné. J'avais tout le temps envie d'aller au snowpark, tout le temps envie d'aller faire des sauts. d'aller faire du freeride, tout cet aspect freestyle du ski m'attirait énormément. Mais j'aimais aussi énormément la compétition. Je pense que si je n'avais pas grandi à la montagne, j'aurais trouvé autre chose dans lequel j'aurais été compétitive, en tout cas. Enfin, j'aurais essayé d'être compétitive. Mais voilà, j'ai ce goût à la compétition, vraiment.
- Speaker #0
depuis toute petite aussi du coup j'ai réussi un petit peu à allier mes deux passions et c'est pour ça que j'ai fait du ski freestyle en compétition c'est parce qu'à l'époque du coup tu avais déjà aussi le goût de la compétition sur le fait de faire progresser des propres figures ce que tu as dit que tu aimais faire des figures souvent ça veut dire les rater plusieurs fois est ce que déjà toute jeune tu avais un peu le sentiment qu'il fallait travailler pour avancer comment ça se passait pour toi ?
- Speaker #1
ouais je pense que depuis toute petite c'était comme ça déjà dans notre discipline on est obligé de tomber énormément avant d'arriver à à poser nos figures. En fait, la chute est un passage obligatoire. Du coup, il ne faut pas avoir peur de tomber, tomber, tomber et se relever à chaque fois. Et ça, je l'ai depuis que je suis toute petite. J'avais toujours envie de progresser aussi vite que les garçons, de progresser le plus possible, le plus rapidement possible. Et du coup, dès que j'arrivais à poser une figure, j'avais envie de faire encore plus. C'était toujours plus, en fait.
- Speaker #0
En fait, tu facilites ma transition. Je voulais qu'aujourd'hui, on parle de la progression en freestyle. J'avais envie de faire avec toi un constat. L'idée, c'est que pour moi, franchement, je trouve que c'est dur de progresser en freestyle. Si tu compares à l'athlétisme, où c'est aussi dur, par exemple, de courir autour d'un stade, il y a beaucoup d'efforts à faire. Tu vas essayer de faire monter tes perfs seconde après seconde. Mais en freestyle, si tu veux apprendre une nouvelle figure, souvent, il y a un gap à passer par rapport à celle que tu avais avant. Et puis, il y a le risque qui rentre en compte, etc. Et j'aimerais que tu parles toi de... peut-être des difficultés que tu as rencontrées dans ta progression au freestyle, comment tu t'y prends ? Qu'est-ce que ça t'inspire, ce que je raconte là ?
- Speaker #1
Oui, c'est ça. En fait, nous, il n'y a pas que l'aspect physique. Dans chaque discipline, il y a un aspect mental qui est important. Mais j'ai l'impression que dans notre discipline, encore plus, parce qu'on lutte en permanence entre notre peur et notre motivation. Qu'est-ce qui prend le dessus ? Est-ce que c'est la peur ? Est-ce que c'est la motivation ? Est-ce que c'est l'envie de faire encore plus ? Et du coup, il y a une petite guéguerre tout le temps parce que forcément, la peur, elle est présente. Et heureusement qu'elle est présente parce qu'elle nous maîtrise aussi, en quelque sorte. Elle nous permet de ne pas faire n'importe quoi. Mais quand elle est trop présente, elle nous bride. Et on n'arrive plus à s'exprimer comme on veut. Et on n'arrive plus à passer le gap, justement, d'apprendre des nouvelles figures. Et on passe forcément tous par des moments comme ça. Des moments où la peur, elle est très envahissante. Et on a du mal. à passer au-dessus de cette peur pour pousser notre niveau et nos limites. Et c'est ce moment-là qui est dur, en fait. Et je ne sais pas comment on fait vraiment pour surpasser cette peur, parce que je pense qu'il y a un moment où elle n'est plus surpassable. Et je ne sais pas si ça se dit, surpassable.
- Speaker #0
Vas-y, on va le prendre.
- Speaker #1
Je pense qu'il y a un moment où on n'arrive plus à surmonter cette peur. Et c'est là où généralement les freestylers sont en fin de carrière parce que ça devient trop envahissant, trop stressant, on se couche avec de l'angoisse. Ça, c'est vraiment de la mauvaise peur.
- Speaker #0
Et en même temps, quand tu dis ça, il n'y a pas des fois où tu te dis Tiens, ça se trouve, je suis en fin de carrière cette semaine Parce que j'imagine que ça, c'est quelque chose qui fluctue et qu'il y a des matins où tu te lèves et tu as l'impression que tu ne peux pas la dépasser cette peur.
- Speaker #1
Oui, c'est ça. Je pense que... Je pense que quand elle devient trop omniprésente et que ça devient tous les jours et qu'à chaque entraînement, tu te surpasses, mais pas du bon côté, je pense. C'est à ce moment-là où on se pose des questions. Moi, ça ne m'est encore jamais arrivé. Forcément qu'il y a des périodes où j'ai un peu plus peur que d'autres parce que je me sens moins en forme et il y a le stress de la compétition et les nouvelles figures, etc., qui m'angoisse énormément. Mais généralement, je n'ai jamais été confrontée à une peur qui m'empêche d'aller de l'avant. Enfin, je ne sais pas. Ok, je comprends ça. En ayant discuté avec énormément de freestylers, le moment où on n'arrive plus à surpasser cette peur, où c'est tous les jours à chaque entraînement, etc., généralement, c'est la fin, en tout cas.
- Speaker #0
Ok, merci pour ces précisions. Tout à l'heure, tu faisais le lien entre la... la peur et la motivation, et tu disais que tu étais sans arrêt en train de jouer avec l'un ou l'autre. Dans mes formations, souvent, je dis que de l'autre côté de la peur, il y a le désir, et que s'il n'y a pas un grand désir, on n'a pas de peur. Par exemple, tu n'as pas peur de la prise de parole en public, si tu n'as pas le désir d'être bien perçu par ceux à qui tu vas présenter ton studio. Et du coup, à la fois, ça peut renforcer la motivation en se disant, tiens, si j'ai peur de ce truc-là, c'est que c'est vraiment important pour moi, donc je vais y aller, je vais le faire. Et en même temps, je trouve que dans la carrière en freestyle, il y a ces moments où tu es fatigué ou c'est le moment où tu te dis là dans deux semaines j'ai une compétition qui est importante donc est-ce que je ne ferais pas mieux d'attendre dans deux mois pour me dépasser parce qu'aujourd'hui il faut que je reste un peu tranquille comment tu gères un peu cette dualité entre l'agenda qu'il y a la fatigue et le fait de devoir te surpasser pour rester au même niveau non
- Speaker #1
Oui, et puis, c'est sûr que la peur, elle provient d'un désir, comme tu l'as dit, je pense, et ça provient d'une motivation. Mais nous, dans notre sport, on peut avoir peur sur des choses qu'on maîtrise parfaitement. Ou il suffit d'une situation qui te met mal, je ne sais pas, un coup de vent, du mauvais temps, etc. Et ça te met une peur, alors qu'en soi, la figure, tu la maîtrises totalement. C'est plus de l'ordre du désir, j'ai envie de dire. C'est vraiment, on t'a posé là et tu dois le faire et c'est comme ça.
- Speaker #0
Dans ce contexte-là, comment est-ce que tu t'y prends, toi ? J'imagine que par rapport à quelqu'un qui est moins expérimenté, toi, tu as déjà eu l'habitude de faire face à ça. Donc, si tu pouvais aider quelqu'un qui rencontre ce problème-là, qu'est-ce que tu lui dirais ?
- Speaker #1
Je ne sais pas parce que je dirais qu'il faut réussir à surmonter sa peur et essayer de se pousser encore plus. C'est justement ça qui fait la beauté de... de notre sport et du sport en général. Mais parfois, il faut savoir s'écouter aussi. Et si on sent que c'est vraiment trop dangereux et qu'on n'a pas peur de rien, je ne sais pas comment dire, mais si on sent qu'il y a une trop grosse prise de risque, je pense qu'il faut savoir s'écouter. Et c'est là aussi où, dans notre discipline, ça fait la différence.
- Speaker #0
À quel moment, du coup, tu sais quand est-ce qu'il faut t'écouter ? Parce que toi, vite, tu as un entraîneur qui vient et qui dirait, mais toi, tu t'écoutes. trop ou un pote qui dit non mais là il faut y aller, c'est plus le moment d'avoir peur, comment est-ce que tu fais pour savoir si aujourd'hui c'est juste que tu te sens fatigué mais il faut y aller quand même ou aujourd'hui c'est le moment de s'écouter ?
- Speaker #1
Alors moi en entraînement je m'écoute beaucoup, je sais que je suis plutôt un profil à foncer et du coup mon entraîneur me dit jamais de ralentir enfin si au contraire, il me dit souvent de ralentir plutôt que de foncer... Parce que je suis un profil où si on ne me dit pas stop, je ne m'arrête jamais. Et j'ai besoin de personnes comme ça autour de moi qui arrivent à me canaliser. Moi, du coup, je fais énormément confiance en mon coach. Et quand je suis au départ et que j'ai profondément peur et que j'hésite entre y aller ou ne pas y aller, lui va me faire pencher d'un côté ou de l'autre. Je prends un exemple. Il y a deux semaines, j'étais au départ d'une compétition. Le saut me faisait énormément peur. Je suis tombée lourdement à l'entraînement, je me suis fait un petit peu mal. Je n'avais aucune confiance en ce saut, c'était vraiment horrible. Je lui ai dit que j'avais peur et que je ne voulais pas y aller. C'est rare quand je dis que je ne veux pas y aller. Il m'a dit qu'il allait reprendre les bases, qu'il allait y retourner petit à petit. Il fallait y aller. J'ai senti dans sa voix que la prise de risque n'était pas énorme. Et c'était juste parce que je m'étais fait peur, parce que j'avais fait une petite bêtise, j'avais pas assez freiné, du coup je suis allée trop loin dans la réception. Et du coup là je lui ai fait confiance, je lui ai dit ok c'est moi qui ai fait une bêtise, mais je sais faire les choses et j'y retourne. Mais parfois au contraire, il sent que ma peur elle est trop forte, et lui aussi il a peur et là on dit allez stop, on n'y va pas quoi, ça sert à rien. On n'est pas là pour se faire mal quoi.
- Speaker #0
Je pense que c'est génial ce que tu racontes pour les coachs qui nous écoutent, parce que justement, j'en forme et ils se questionnent sur à quel point est-ce que tu peux pousser l'athlète plus loin ou pas. Moi, en tant que sportif, quand je prenais des cours de trampoline, avec Gaëtan, il s'appelle, c'était toujours celui qui, moi, je disais, non, je ne vais pas faire ça. Il me dit, si tu vas le faire, et il me forçait à faire plus. À un moment donné, j'avais plus confiance en lui qu'en moi. Et chaque fois, je lui disais, non, mais là, je vais mourir si je fais ça. Et finalement, cinq minutes après, je l'avais parce qu'il m'avait poussé à le faire. Et toi, en même temps, ton entraîneur, il est capable, au moment où tu dis non, je ne veux pas y aller, j'ai peur, et puis les risques, même pour ta santé, sont quand même importants, de dire si, si, tu en es capable, c'est le moment d'y aller. Est-ce que vous avez déjà parlé en off, je dirais, loin de la neige, de cette relation que vous avez entre vous ? Parce que j'imagine que c'est quelque chose de difficile à avoir de façon qualitative.
- Speaker #1
Alors, oui, déjà, on en parle beaucoup. On sait qu'on a une relation, une relation assez... Je ne sais pas comment la qualifier. On est très proches et il me connaît par cœur. Donc, il sait exactement mes points forts, mes points faibles. Ça fait cinq ans que c'est mon coach maintenant. Après, il a toujours été proche de ma famille. Je le connais depuis que je suis toute petite. Donc, je pense que c'est ça qui a aidé aussi. Mais voilà, ça fait cinq ans qu'on s'entraîne, qu'il m'entraîne. Il a été là sur mes toutes premières grosses compétitions. Donc, il m'a vu évoluer à partir du tout début à aujourd'hui. Et donc, il me connaît et c'est aussi pour ça que je peux avoir confiance en lui. Mais après, je me rappelle d'un événement assez marquant. Une fois où j'étais vraiment pas bien à départ, j'étais pas bien mentalement, physiquement, je me sentais pas bien. J'étais en pleurs avant le départ. J'étais profondément mal et il m'a dit Ok, il faut y aller, vas-y. Et là, je l'ai regardé et je lui ai dit Mais c'est quoi tes limites ? À quel moment tu me diras qu'il ne faut pas que j'y aille ? Parce que je me demande comment il peut le sentir en me voyant dans un état comme ça et en me disant Ok, là, tu es apte à y aller. Alors qu'il y a tous les signes qui montrent le contraire. Et je me rappelle, du coup, j'y étais allée parce que moi, je lui fais confiance. Donc, j'étais au plus mal, mais il m'a dit t'y vas, t'y vas Et du coup, j'y suis allée. Résultat, j'ai gagné la compétition. Mais le soir, j'ai eu une énorme discussion avec lui. Je pense qu'il se rappelle très bien de cette discussion où je lui ai dit c'est quoi ta limite ? Vraiment, à quel moment tu me diras que je ne peux pas y aller ? Parce que là, j'étais pas bien, j'étais en pleurs, mes jambes tremblaient, j'étais très fatiguée, j'avais mal partout. J'avais fait des très mauvais entraînements. Donc, je lui ai dit, j'ai peur de te faire confiance parce que j'ai l'impression que tu m'enverras dans n'importe quelle circonstance. Et ça l'a fait beaucoup réfléchir. Mais aujourd'hui, encore une fois, la compétition s'est bien terminée, j'ai gagné, etc. Et tout s'est bien passé. Et du coup, c'est compliqué la relation que j'ai avec lui aussi, parce que je ne sais toujours pas ses limites du coup, mais j'arrive quand même à lui faire confiance, parce que jusqu'à aujourd'hui, ça a toujours très bien marché. Et il n'y a aucun moment dans ma carrière où on a eu besoin de me dire stop, en tout cas en compétition.
- Speaker #0
Tu veux dire qu'à chaque fois finalement, toi tu n'étais pas bien, tu disais je ne veux pas y aller, et à chaque fois lui t'a plutôt encouragé à y aller ?
- Speaker #1
Oui, c'est ça. Après aux entraînements, ce n'est pas la même chose. Aux entraînements, il est très à l'écoute. Et dès que je lui dis je suis un petit peu fatigué il dit ok, on arrête là Même le un petit peu fatigué c'est on arrête là Parce qu'encore une fois, on se connaît, il me connaît très bien. Et dès que je dis que je suis un petit peu fatigué, c'est que je le suis beaucoup, en fait, et que ça ne sert à rien de pousser.
- Speaker #0
Je comprends. Merci pour ce que tu as partagé juste avant. Je trouve que c'est hyper fort, cette conversation que vous avez eue. Et je suis curieux de savoir qu'est-ce qui t'a répondu à ce moment-là. Parce que toi, tu l'as challengé. Tu dis ok, mais coach, à quel moment est-ce que tu me diras stop ? Parce que là, même quand je suis au plus mal, Tu me dis d'y aller encore. Qu'est-ce que lui t'a répondu à ce moment-là ?
- Speaker #1
Il m'a dit qu'il l'avait senti, qu'il m'avait senti capable de le faire, qu'il connaissait mes capacités, que le run que je devais faire, je le maîtrisais à 100% et que j'en étais capable en fait. Et que c'est parce que j'en étais capable qu'il m'a dit d'y aller. C'est sûr que si c'était un run de finale des Jeux Olympiques où il fallait que je fasse quelque chose que je ne maîtrise pas à 100%, Là, il aurait peut-être dit, bon, OK, alors soit on baisse le niveau de ton run, soit on ne prend pas le départ. Mais là, c'était des choses que je maîtrisais et il le savait. Et du coup, il n'y avait pas maintenant, après coup, il n'y avait pas une prise de risque énorme. Enfin, même si dans notre sport, il y a toujours une prise de risque. Mais je ne pouvais pas me perdre en l'air et poser sur la tête. Ce n'était pas possible.
- Speaker #0
Oui, j'ai bien compris. Ça me permet de faire un lien avec quelque chose que je propose souvent aux entraîneurs. J'essaie de les amener sur le fait qu'entraîner l'athlète sur le terrain, c'est bien, mais que la relation et le coaching, ça se construit aussi en dehors, notamment avec des entretiens individuels. Pas forcément dans un cadre, assis sur deux chaises dans une salle de classe, mais aussi ça peut être, j'allais dire au bar, parce que dans le monde du ski, on va y faire un tour. Je veux dire, des discussions qui se font en dehors de la neige et de l'entraînement même, à propos de tes performances ou comment vous fonctionnez dans la relation. Toi, tu dirais que ça, c'est quelque chose que vous avez souvent avec ton coach, comme celle que tu viens de citer juste avant, par exemple ? Si oui, à quelle fréquence et qu'est-ce que ça t'apprend ?
- Speaker #1
Tout le temps. Vraiment tout le temps. Déjà, nous, on a une petite discipline, un petit sport. Du coup, on est toujours dans des appartements un petit peu en famille. Et je sais que même quand on est dans des camps d'entraînement, régulièrement, tous les soirs, un soir sur deux au moins, je vais lui parler, lui dire OK. c'est quoi les plans pour demain, tu me sens comment, j'ai vraiment besoin de savoir qui me donne son ressenti sur mon état de forme, sur moi en fait, et sur ce que je serais capable de faire demain ou pas, et par exemple là, à la dernière compétition qu'on a eue, la veille de la compétition, je ne me sentais pas super bien, plus seulement parce que je suis tombée, je n'ai pas pu m'entraîner, et du coup je lui ai dit écoute, j'ai besoin de parler, et pareil, on a discuté pendant une heure, et... de la stratégie de compétition, de comment on allait s'y prendre, des nouvelles stratégies qu'on allait mettre en place, même mentalement, parce qu'on essaie deux, trois petites choses avant les JO pour savoir ce qui marche ou pas. Et voilà. Mais on en discute très, très régulièrement.
- Speaker #0
Merci. Je pense que ça donne de la clarté sur l'importance de ce truc-là.
- Speaker #1
Nous, en tout cas, la relation... Il y a presque autant de coaching en dehors du ski que sur les skis. C'est vraiment... On discute beaucoup. Je sais que même là, je pars dans une semaine sur un camp d'entraînement qui est important. Tous les trois jours, il m'appelle, il me dit Écoute, est-ce que tu as pensé au saut que tu veux faire ? À comment tu veux t'y prendre ? C'est important d'entretenir ça.
- Speaker #0
Est-ce qu'il y a une figure en particulier ? sur laquelle tu t'es cassé la tête ? On pourrait même dire qu'elle était facile pour d'autres, mais longue à venir pour toi. Est-ce qu'il y a quelque chose comme ça dans ta carrière ?
- Speaker #1
Alors, il y a une figure ? Oui, mais je me casse toujours la tête dessus.
- Speaker #0
Ok, tu veux bien parler.
- Speaker #1
Comment ?
- Speaker #0
Tu veux bien parler.
- Speaker #1
Ouais, alors en fait, c'est un switch double corps. Donc en fait, on part en arrière, on passe deux fois la tête en bas et on ratterrit en arrière. Et donc, c'est une rotation que je n'arrive pas à avoir. Je n'arrive pas à trouver le bon axe de rotation. Et ça fait trois, quatre ans que j'essaie sur l'airbag et que ça ne marche pas. Et donc, il y a de plus en plus de filles qui le font, etc. Ça ne marche pas. Mais du coup, cette année, je ne l'ai même pas réessayé. On a arrêté de s'acharner là-dessus et on essaie une autre figure complètement différente. On s'est dit que si je ne l'avais pas, ce n'était pas grave parce que dans notre discipline, il y avait... 50 000 figures et que j'arriverais à me démarquer autrement. Puis justement, pourquoi pas essayer de faire des choses que les autres ne font pas ? Et en tout cas, ça a été une longue discussion.
- Speaker #0
Ok, entre vous. D'abord, un point qui est important, je trouve, en freestyle, c'est qu'il y a des figures qui peuvent te permettre de marquer plus de points, ou que peut-être même la plupart des athlètes vont faire, que du coup, tu peux te sentir obligé de faire parce que le niveau, il est là, les personnes font ce truc-là. Et du coup, je me demande... jusqu'à quel stade est-ce que je m'entraîne sur ce truc-là même si j'y arrive pas ? Ou alors je décide d'abandonner et d'aller faire une autre figure ou de trouver un autre truc exceptionnel à plaquer ? Comment tu sais, qu'est-ce qui t'a fait dire bon bah là après trois quatre ans le switch double je l'essaye même plus et je vais aller bosser autre chose ?
- Speaker #1
Ben justement c'est qu'il y a encore tellement de choses à faire en figure que je peux apporter une figure qui a le même niveau technique mais qui est complètement différente. C'est d'ailleurs ce que j'ai fait. J'ai essayé d'aller vers quelque chose qui n'a même jamais été fait chez les filles, en me disant que je n'arrive pas à faire cet axe de rotation-là, mais je vais en faire un autre, un autre même que personne ne fait. Comme ça, ce sera encore mieux. Je n'aurai jamais cette figure, mais ce n'est pas grave. Je pense que c'est aussi la beauté du freestyle, c'est que personne ne skie pareil, personne n'a les mêmes axes de rotation, les mêmes... le même style, etc. Et tout le monde crée sa petite image. Et le but aussi, c'est d'être différent. Donc, c'est sûr qu'il faut suivre la progression. Mais c'est vrai que moi, j'ai toujours été dans une optique de voir plus loin et de faire toujours des choses que les autres ne font pas. Par exemple, s'il y a une fille qui fait un nouveau saut, je vais me dire, OK, c'est dingue, mais je vais travailler un autre nouveau saut, pas celui-là.
- Speaker #0
OK. Qu'est-ce qui te fait prendre cette décision-là ?
- Speaker #1
Que j'ai envie de me démarquer et que c'est le but un peu dans notre sport de faire quelque chose de différent. Et puis, je crois que c'est tout.
- Speaker #0
Comment on en vient à inventer des figures qui n'ont encore jamais été faites ? Puisque là, c'est de ça dont tu parles. Les autres filles ne le font pas. Peut-être que celle dont tu parles, les gars le faisaient déjà, si j'ai bien compris. C'est un truc que moi, je n'ai pas expérimenté en freestyle, c'est d'essayer de mettre des figures que les autres n'ont jamais faites. Et toi, tu es à ce niveau-là. Comment on en vient à se dire, je vais faire quelque chose qui n'a encore jamais été fait ? Comment tu gères ça ?
- Speaker #1
Déjà, c'est très compliqué de faire une figure qui n'a jamais été faite chez les garçons et chez les filles. Je pense que tout a été un petit peu exploré. Maintenant, on est au stade où on peut rajouter des demi-tours, des tours de rotation, mais ça ne sera jamais la création d'un nouvel axe de rotation, quelque chose de complètement nouveau. Par contre, chez les filles, il y a énormément de choses à faire. Il y a encore plein de figures qui n'ont pas été faites. Et moi, c'est là-dessus que je veux jouer. Je sais que je n'aurai jamais, avec tout ce qui a été fait, je n'aurai pas la capacité de créer un nouveau saut. Par contre, j'aurai la capacité de faire... des choses que les autres filles ne font pas et d'être la première fille à faire telle ou telle figure. Et ça, c'est quelque chose qui me tient vraiment à cœur. Me dire, OK, moi, j'ai peut-être eu l'idée de faire une figure que les mecs font, mais les filles n'y ont pas pensé, en fait. Voilà, c'est dommage de ne plus pouvoir créer, mais on arrive à un niveau de la discipline tellement incroyable qu'il n'y a plus trop de place pour la création.
- Speaker #0
Merci. J'entends ça. À propos de ces figures, je parlais de ce que j'ai vécu à mon petit niveau et j'ai entendu des athlètes à un plus haut niveau en parler. Comment ça se passe quand tu perds une figure que tu savais déjà bien faire ? Je ne pense pas que ce soit un 5-4 en wake ou d'autres figures en snowboard. Ou des fois, je peux les mettre 50 fois dans une année et puis je reviens la saison d'après ou même juste la semaine d'après et je n'y arrive plus, je ne la trouve plus. Est-ce que toi, tu as déjà vécu des choses comme ça ? Il y a Simon Biles, ce qu'on a parlé un peu au dernier jeu, ce qu'il a vécu en gym avec les pertes de repères dans l'espace, etc. Comment toi, tu fais face à ça, si ça t'arrive ?
- Speaker #1
Alors, ça m'est déjà arrivé, jamais très longtemps. Mais je connais des gens qui ont perdu des figures pendant un, deux ans avant de réussir à les refaire. Moi, c'était plus question de... Oui, pendant deux, trois semaines, j'y arrivais plus. Je ne sais pas pourquoi, je n'ai aucune réponse à ça, mais je n'y arrivais plus. Et puis d'un coup, ça revient. On ne sait pas pourquoi, mais ça revient. Et je pense que c'est une question de repère et c'est peut-être aussi une question de routine. On fait tout le temps la même chose, on répète la figure 50 fois et d'un coup, on n'a plus le petit truc qui nous faisait réussir cette figure et peut-être on n'a plus la concentration qui nous faisait réussir cette figure. On ne se concentre plus sur les mêmes choses. Par exemple, on doit se concentrer sur la sortie du saut, sur les regards en l'air. sur plusieurs petits trucs techniques. Et si on en oublie un, ça peut nous faire louper la figure. Et parfois, on se dit, OK, on maîtrise cette figure parfaitement. Et du coup, on oublie les bases de comment on a appris à faire cette figure.
- Speaker #0
Donc, t'en reviens à ces bases-là de qu'est-ce qui va faire que cette figure marche ?
- Speaker #1
Exactement. Et parfois, ça peut prendre du temps. Parfois, ça peut prendre trois semaines, un mois, six mois, un an. Parce qu'on ne retrouve plus le petit truc qui a fait... que ça a marché. Parce que parfois, on va nous donner les détails techniques pour que ça marche, mais parfois, ça va marcher pour quelqu'un et pas pour quelqu'un d'autre.
- Speaker #0
Ok. Alors, tu fais quoi ? Tu as un carnet de notes ? Parce que moi, des fois, pour le wake, je me dis, Nathan, en fin de saison, il faudrait que tu notes qu'est-ce que tu as fait précisément pour réussir. Parce que des fois, je reviens sur le parc l'année d'après et je me dis, mais comment tu faisais déjà pour réussir ce truc-là avant ? Alors, toi, est-ce que tu as des détails techniques que tu notes par rapport aux figures ? Tu sais, un peu à l'image d'un pilote de rallye ou quelque chose comme ça ?
- Speaker #1
Eh bien... Alors, on en a déjà parlé. Mon coach m'a dit que c'était une bonne idée. Après, j'arrive à retenir généralement. Parce que dès que j'apprends une figure, mon coach me dit, est-ce que tu sais pourquoi ça a marché ? Par exemple, quand tu l'essaies plein de fois et que d'un coup, tu y arrives, je vais remonter au départ, il va me dire, ok, qu'est-ce qui a fait que ça a marché ? Donc là, je vais devoir lui sortir des trucs qui me sont passés par la tête et parfois des trucs qui, lui, sont incohérents pour lui techniquement. Par exemple, là, bah oui, mais à ce moment-là, j'ai regardé à tel endroit. Donc lui, ça va lui paraître bizarre parce que c'est pas ce qu'il aurait pensé, mais c'est un truc qui marche pour moi. Du coup, il va le retenir et dès que je vais le réessayer, il va me dire, regarde à cet endroit-là, parce qu'il sait que c'est quelque chose qui marche pour moi. Par exemple, dans une des nouvelles figures que je suis en train d'apprendre, ça paraît bizarre, mais juste avant d'arriver sur le saut, pareil, on arrive en arrière, et ben, je quitte le saut du regard et j'envoie ma figure. C'est quelque chose qu'on ne fait pas normalement. Mais moi, ça me permet de mettre plus de jus, plus d'inertie avec mon corps. Et du coup, c'est quelque chose qui marche. Donc, j'ai besoin de garder ce truc où il faut que je perde le dernier mètre avant la fin du saut. Il faut que j'enlève mon regard du bout du saut, que je me mette face au saut et que j'envoie toute ma rotation.
- Speaker #0
Donc, tu es même prête à dérégler la technique de base pour trouver...
- Speaker #1
Voilà, c'est ça. Et c'est quelque chose qui, lui, lui paraît complètement incohérent au premier abord. Mais c'est ce qui fait que pour moi, ça marche. Et en plus, ça marche bien. Donc, il l'a noté, lui. Je pense qu'il ne l'a pas noté écrit. Mais il sait que c'est quelque chose qui marche pour moi. Et dès que je n'y arrive plus trop et que j'oublie de faire ça, il me dit, écoute, pense à quitter le saut du regard. Et d'un coup, ça va revenir. Parce que c'est mon truc.
- Speaker #0
Je fais le lien avec quelque chose que tu disais juste avant. Quand je viens de réviser une figure, je remonte. Et là, il me dit, pose la question, il me dit qu'est-ce que t'as fait, qu'est-ce que t'as changé qui fait que ça a marché. Souvent quand j'interviens notamment avec des coachs de ski sur le terrain, une des erreurs que je rencontre qui est le plus souvent faite par les entraîneurs, c'est l'athlète il fait son passage, par exemple en slalom quand je les accompagnais, et à la fin en bas le coach c'est direct un feedback sur qu'est-ce qui aurait pu être amélioré. améliorer mais pas sous forme de questions sous forme de voilà la prochaine fois taille plus court au piqué ici appuie plus sur le pied extérieur etc est ce que ce que j'entends et tu me diras si je me trompe peut-être que dans votre relation il va vendre poser les questions sur la manière dont tu fais ce que tu fais et quand toi tu remontes il va te demander qu'est ce que tu as fait pour améliorer ou qu'est ce que tu pourrais faire pour améliorer c'est ça ouais
- Speaker #1
et je pense qu'il a compris quelque chose aussi c'est que moi j'ai besoin qu'on me dise que c'est bien régulièrement ça me motive en fait Donc, il va me dire, OK, c'est bien, essaye d'améliorer ça. Plutôt que tout de suite, ah, tu n'as pas fait ça, ou tu as oublié de faire telle ou telle chose. Il me dit d'abord, OK, c'est bien, essaye d'améliorer ça comme ça, comme ça. Du coup, moi, dans ma tête, c'est OK, ce que j'ai fait, c'est bien déjà. Même si ce n'est pas parfait, c'est bien.
- Speaker #0
J'imagine que ça, ça aide aussi quand tu perds les repères. En tout cas, moi, c'est quelque chose que j'ai vécu. Au début, quand tu n'as plus la figure, tu cherches comment la faire. Et tu as l'impression que plus rien ne va. Alors qu'en fait, il y a des trucs qui vont bien. Et tu as besoin que quelqu'un mette le doigt sur ça. Non, mais ça, en fait, c'est bon. Il faut juste changer ça.
- Speaker #1
Oui. Et ça, je pense que mon coach l'a toujours coaché à très haut niveau aussi. Et du coup, il est bon techniquement. Il arrive à voir ces détails-là. Mais il a compris que j'avais besoin d'être rassurée en permanence. Et je doute énormément. Je suis quelqu'un de très anxieuse, très stressée. Je doute sur tout. Je vais tout remettre en question. Et du coup, il me rassure tout le temps en me disant Ok, ça c'est bien. Il a une approche qui est différente. Je sais qu'il n'a pas avec tous ses skieurs parce que parfois, il y en a qui ont juste besoin d'entendre ce qui ne va pas. Et puis, c'est tout. Moi, j'ai vraiment besoin d'être rassurée, de savoir que je suis sur la bonne route, que ça roule.
- Speaker #0
C'est intéressant, tu dis Je doute très souvent, je suis très anxieuse, très stressée. Après tout, moi, 90% des personnes qui m'appellent pour bosser ensemble en prépa mental, c'est parce que Elles se sentent fortes à l'entraînement et qu'elles perdent leurs moyens en compétition. Et souvent, elles vont me dire je suis très anxieux, très stressée, je doute tout le temps Mais alors du coup, qu'est-ce qui fait la différence entre ces personnes que je reçois et puis Tesla 2 qui performe au plus haut niveau ? Si toi, tu arrives, même en étant anxieuse, stressée, avec du doute, à ce niveau-là, comment tu expliques cette différence ?
- Speaker #1
Je ne sais pas. Moi, déjà, je suis stressée dans ma vie en général. Donc, je pense que du coup, j'ai grandi avec et je me suis habituée. un contrôle à l'école, une chose qui s'est mal passée pendant la journée va m'angoisser, va m'embêter à dormir, etc. Aux entraînements, pareil, j'ai besoin d'être tout le temps rassurée. En fait, j'ai l'impression d'être un peu tout le temps en compétition avec moi-même pour faire les choses bien. Et après, je n'ai pas trop de réponses à ça. Parce qu'on n'a même pas travaillé spécialement là-dessus avec ma prep mentale, etc.
- Speaker #0
J'allais te poser la question, justement. Est-ce que tu fais ça ? Est-ce que tu bosses là-dessus en prép mentale ?
- Speaker #1
Pas du tout. Parce qu'on bosse vraiment plutôt sur le côté psychologie, sur mes problèmes personnels, etc. plus que vraiment le côté performance. OK. C'est vrai que je ne sais pas, on me pose tout le temps la question comment ça se fait que ça marche. Mon coach est assez étonné parce que je suis pleine de doutes en permanence. Et je pense qu'il a un rôle très important là-dedans parce qu'au départ, il va tout faire pour me rassurer tout le temps. Donc, je ne sais pas si c'est grâce à lui, mais en tout cas, je n'ai pas trop de réponses à ça.
- Speaker #0
Y a-t-il un moment où tu es capable de switcher ? Parce que j'imagine que... Tu vas douter quand tu es dans la chambre d'hôtel et dire Ah, peut-être que je devrais plutôt faire cette figure-là en compète que celle-là, ça m'apporterait plus de points, ça pourrait être intéressant. Comme moi, des fois, je doute et ça me force à aller faire des formations, à chercher des choses pour progresser. Mais j'ai l'impression qu'au moment où tu es dans ta prise d'élan, en switch pour aller faire quelque chose, peut-être là, il vaut mieux quitter le doute. Comment tu t'y prends ? Est-ce qu'il y a un moment où tu switch et tu as la certitude, c'est le moment d'y aller ?
- Speaker #1
Oui, je pense que ça marche un peu comme ça. Mais je pense que pour... On fonctionne un peu tous comme ça à plus ou moins grande échelle. Mais avant le départ, moi, je suis très anxieuse. J'ai beaucoup de doutes. J'ai mon cœur qui bat très, très fort. J'ai mal au ventre. J'ai plein de symptômes. Ça ne va pas du tout. Et en fait, au moment où je pousse sur mes bâtons, donc pareil, parfois, je peux attendre 2-3 minutes au départ avant de me dire, OK, j'y vais. J'attends vraiment le bon moment, le moment où je le sens. Et une fois que je m'élance, je... À chaque fois qu'on me pose la question, j'ai l'impression que je ne pense à rien. Enfin, à rien à part mon seau.
- Speaker #0
Ok. Ça m'interpelle ce que tu dis, parce que quand je bosse comme prep mental, les symptômes que tu décris, que ce soit le mal au ventre depuis tout à l'heure, le stress, bref, tout ce que tu as décrit, moi, c'est sûr que c'est des trucs sur lesquels je vais aller bosser en prep mental. En plus, on a vraiment des résultats intéressants par rapport à ça, des gens qui arrivent plus sereins. Et du coup, je suis curieux, sans jugement, de comprendre, il faudrait que je discute avec elle un jour, qu'est-ce qui fait qu'avec ta coach, ta prep mental, vous ne bossez pas là-dessus. Ça m'interpelle et ça m'intéresse.
- Speaker #1
Oui, parce qu'en fait, ça fait deux ans que je travaille avec elle. C'est d'abord une psychologue et après prép mental. C'est vrai que moi, je suis allée la voir vraiment pour le côté psychologie. J'avais d'abord besoin de régler tous mes problèmes personnels pour ensuite me consacrer pleinement à la prép mental. Et du coup, on n'a pas encore attaqué. C'est juste qu'il y avait tellement de boulot à faire sur le plan psychologique. On n'a tout simplement pas commencé.
- Speaker #0
Trop bien. Quand tu l'auras fait, je serais curieux que tu me dises comment est-ce que ça a évolué pour toi. Parce que les personnes que je rencontre et qui ont ce type de problème, peu importe le niveau d'ailleurs, tu as vraiment des super résultats, que ce soit sur les difficultés à dormir avant la course, dans les jours qui précèdent, ou les problèmes gastriques sur la course, le doute, on n'en a pas parlé, mais tu sais, toutes les pensées que tu peux avoir avant d'y aller, que ce soit sur les conséquences de si tu rates ou sur le doute que tu as auparavant, ce sont des choses sur lesquelles on a des super résultats, on ne peut pas en attendre.
- Speaker #1
Mais en fait, c'est quelque chose que je veux... En fait, je suis partagée. C'est quelque chose que je ne veux pas vraiment changer aussi parce que jusqu'à maintenant, ça a toujours fonctionné.
- Speaker #0
Je comprends ça. C'est pour ça que ça me rendait curieuse, ton histoire.
- Speaker #1
Je me demande si ce n'est pas du bon stress et des bons doutes. Ce n'est pas quelque chose qui, en fait, me fait me surpasser parce que finalement, aujourd'hui, ça a fonctionné. Et j'ai ça depuis que je suis toute petite. Je me rappelle même quand je partais sur mes toutes premières compétitions où j'avais 9 ans, la veille, j'étais stressée. Alors qu'il n'y avait aucun enjeu. Mais j'étais stressée. J'étais là, oui, demain, il faut que je fasse les choses bien, machin. Et j'étais déjà angoissée. Mais ça a toujours... En tout cas, il y a eu plus de bons résultats que de mauvais. Du coup, après, voilà, je... Je ne passe pas des nuits horribles, je dors quand même bien parce que je fais un peu de sofro avant de me coucher. J'ai quand même deux, trois techniques comme ça pour me calmer un peu. Je dors relativement bien, etc. Mais vu que je suis quelqu'un de stressé et d'anxieuse tous les jours, en compétition, ça se multiplie un peu. Mais j'ai peur de l'enlever aujourd'hui.
- Speaker #0
D'abord, d'un sujet intéressant, j'espère que les personnes ont regardé l'interview jusque-là parce qu'avant, on parlait des problèmes que tu peux avoir avec le stress. Mais en fait, en effet, ça peut être utile. Il y a plein de recherches scientifiques là-dessus sur tous les bénéfices que ça peut apporter le stress. Donc, ma réaction avant n'était pas de dire Oh, mais t'es stressée, il faut absolument enlever ça et tout dire mieux. Et j'entends bien, du coup, que pour toi, c'est même quelque chose d'important. Tu sens que ça peut être utile. Et je crois que t'es en train de me façonner une transition toute faite vers l'autre sujet dont je voulais parler avec toi, qui est l'expérience que t'as vécue aux dernières Jeux Olympiques. Et tu vas l'amener de la façon dont tu le souhaites. Juste, il y a une question que je me pose, et c'est après tout cette expérience. de doute, de stress et tous les symptômes que tu pouvais avoir. Est-ce que là-bas, elle a été différente ? Et peut-être, j'imagine, carrément amplifiée. Ça se trouve, je me trompe, mais c'est toi qui vas me le dire.
- Speaker #1
Alors, c'était très différent. Déjà, la veille de la compétition, j'ai très bien dormi. Mais je me suis couché, je me suis endormie en cinq minutes. Donc, il y a quelque chose qui ne m'arrive quand même jamais la veille d'une compétition. Le matin, je me suis réveillée. Du coup, je me suis dit, waouh, c'est incroyable, j'ai dormi. J'ai bien dormi sans stress, en étant très sereine. J'avais faim, alors que d'habitude, je n'ai pas faim. Tous les symptômes du stress n'étaient pas là, en fait. C'est assez bizarre. J'étais un peu déconnectée. Je n'étais pas dans le truc. En fait, pendant un mois avant les JO, ça montait, ça montait, la pression montait. Je ne me sentais pas bien. Pendant le voyage, j'étais très stressée. Je ne savais pas du tout à quoi m'attendre, etc. Pendant les entraînements, j'étais stressée, mais encore une fois, c'était du bon stress. J'avais fait des très bons entraînements, tout bien. Et le jour de la compétition, j'étais dans une zénitude incroyable, assez bizarre. Après, ce que j'ai du mal à déterminer, c'est que je n'ai pas mal skié. Je ne suis pas... Je suis passée à côté de ma course, mais quand je regarde ce que j'ai fait, je n'étais pas du tout à côté de la plaque en fait. J'ai juste fait une petite erreur de jeunesse où j'ai oublié de freiner. Du coup, ça m'a fait prendre trop de vitesse et impossible de poser mon saut avec autant de vitesse. Mais avant, tout s'est très bien passé. J'ai fait un des meilleurs runs de toute ma vie ce jour-là. Du coup, j'ai du mal à déterminer vraiment ce qui s'est passé. Et je serais incapable de dire si c'est par rapport au stress, aux angoisses, à l'événement, etc. Parce que finalement, c'est une erreur que j'aurais pu faire à l'entraînement ou sur une autre compétition. Cette erreur, je l'ai refaite. Je l'avais déjà fait avant et je l'ai refaite après. C'est quelque chose de courant dans notre sport de faire une erreur de vitesse.
- Speaker #0
Oui, je comprends.
- Speaker #1
C'est tombé le mauvais jour. Du coup, je n'arrive pas à avoir du recul sur cette compétition. Je ne sais pas ce qui s'est passé.
- Speaker #0
Du coup, ce que j'entends, c'est que pour cette petite erreur-là, tu n'as pas eu un résultat qui était du tout à la hauteur de tes attentes. Et toi, quand on en avait parlé en off, au téléphone, avant de faire l'interview aujourd'hui, j'avais l'impression que cette course de Jésiopique, pour toi, c'était vraiment un événement particulier qui s'était passé différemment. Et oui, il y avait des choses sur lesquelles je crois que j'ai écouté un autre podcast que tu as fait avec Julia, je crois que c'était son prénom, où vous parliez de ce que tu avais vécu de difficile avant l'événement et peut-être les enjeux. Est-ce que tu veux bien parler de ça ? Parce que je comprends que le jour J de la course, toi, tu arrives à identifier seulement une erreur, celle d'avoir été trop vite. Mais finalement, dans ce qui a précédé la course, qu'est-ce que tu as vécu de difficile et de plus difficile qu'en allant aux X Games ou aux championnats du monde ?
- Speaker #1
Ce que j'ai vécu de difficile, c'est que déjà, ce n'était pas du tout comme les autres compétitions. Je me rappelle, même six mois avant les JO, on m'avait dit oui, il faudrait peut-être envisager à prendre un autre téléphone pour ne pas être trop embêtée avec les médias, pour avoir que les personnes proches de toi qui peuvent te contacter, etc. Et puis, il faudra couper tes réseaux sociaux pour ne pas que tu lises des choses qui t'angoissent. Et en fait… Tout ça m'avait énormément perturbée parce que ce n'était pas comme d'habitude. Moi, j'avais besoin que ça ne change pas. Mon téléphone, moi, je regarde Instagram la veille d'une compète. J'avais envie que la veille des Jeux, je puisse regarder Instagram pareil.
- Speaker #0
Ok, j'ai entendu.
- Speaker #1
Finalement, j'avais l'impression d'être un peu coupée et pas trop savoir ce que j'avais le droit ou pas le droit de faire. Du coup, j'avais énormément de médias. qui s'intéressaient à moi, c'était la toute première année. Donc encore une fois, je ne savais pas comment gérer ça. On m'avait dit oui, il faut faire attention parce qu'il y a des journalistes qui peuvent t'appeler parce qu'ils ont ton numéro de téléphone, du coup il faut filtrer, il ne faut pas répondre, etc. Mais moi j'étais là, j'avais 16 ans, bon ben, il ne faut pas que je réponde à quoi, à qui, comment ? C'était très compliqué. Et du coup, tout le monde faisait très attention. Mais en même temps, finalement, moi, j'avais rien de d'habitude avec moi. Je ne sais pas, c'était…
- Speaker #0
Est-ce que tu dirais qu'en voulant protéger le pire, parce que j'ai compris que tu peux avoir beaucoup plus de sollicitations que d'habitude, est-ce qu'en voulant protéger ça, finalement, tu t'es mis dans une bulle dont tu n'avais pas l'habitude ? Par exemple, celle de ne pas utiliser Insta la veille, celle d'échanger peut-être plus difficilement avec les personnes autour de toi. Et en fait, si je te pose cette question, c'est parce que parfois, J'accompagne par exemple des personnes qui veulent devenir moniteurs de ski et donc elles se déplacent ce jour-là à l'Eurotest. C'est la course qui va leur permettre de changer de vie, d'avoir un nouveau métier si elles réussissent le bon chrono et tout. Et ils vont faire tout différemment des jours où ils s'entraînent. Ils vont arriver sur la course, ils vont s'échauffer pendant 30 minutes alors que d'habitude ils le font en 5 minutes. Ils vont faire 1000 gammes alors que d'habitude ils en font 2-3. Ils vont manger différemment parce qu'ils font bien manger le jour de la course et tout. Et j'ai envie de dire super, mais tu fais tout différemment de d'habitude. Donc, il ne faut pas t'attendre à ce que tu skies comme d'habitude. Qu'est-ce que ça t'inspire,
- Speaker #1
ce que je dis ? Alors, voilà, c'est ça. Moi, je suis partagée parce qu'en fait, depuis le début, on ne fait que de nous répéter sans cesse que les JO, c'est un événement comme un autre, il y a les mêmes concurrents au départ, c'est la même chose, etc. Et j'ai appris que moi, en tout cas, il ne fallait pas que je le prenne comme ça. Ok. Moi, il faut que je parte là-bas et que je... Enfin, dans tous les cas, c'est pas vrai. C'est pas un événement comme un autre. Là-bas, sur place, ça se passe pas du tout comme sur une Coupe du Monde ou sur un autre événement. Ça, ça a rien à voir. Donc oui, les personnes au départ sont les mêmes, mais tout ce qu'il y a autour est différent. Et du coup, je pense qu'il faut se préparer à ce que ce soit différent et pas attendre à ce que ce soit la même chose. Pas s'attendre à ce que, voilà, on ait deux heures d'entraînement, qu'après, on retourne avec notre groupe, qu'on voit le kiné, etc., que ce soit... exactement comme d'habitude, sans personne qui nous appelle, parce qu'en plus, surtout nous, dans nos disciplines, on passe incognito. Là, il faut s'attendre à ce que ce soit différent. Il faut s'attendre qu'après chaque entraînement, on ait des interviews. Il faut s'attendre qu'avant la compétition, on ait des moments presse, etc.
- Speaker #0
Comment est-ce que tu te prépares à ce que ce soit différent ?
- Speaker #1
Déjà, c'est sûr qu'il ne faut pas changer les habitudes de compétition, la nourriture, les rituels d'échauffement, le sommeil, etc. Mais il faut se préparer à ce que ce soit un peu plus intense, à ce qu'il y ait moins de moments de détente, de rigolade entre les copains parce qu'on ne les a pas trop là-bas. Moi, en tout cas, c'était très bizarre, c'était très lourd l'ambiance là-bas. Déjà, on n'était pas du tout au village olympique, on était complètement dehors. Il y avait énormément de règles. Voilà, quelque chose qu'on ne connaît pas du tout. Maintenant, je sais que je connais et que je vais pouvoir être préparée à ça. Mais les gens qui me disent Ah, mais t'en fais pas, c'est une compétition comme une autre. Ben non, c'est pas une compétition comme une autre, on le sait. Et les Américains, ils sont très forts là-dessus. J'ai écouté beaucoup de podcasts et c'est vrai qu'ils disent souvent que ça sert à rien de le prendre comme une compétition comme une autre parce que c'est pas vrai. Autant se préparer à ce que ce soit différent, comme ça, on n'a aucune surprise.
- Speaker #0
Ok. Et du coup, là, t'essayes de lister, on va dire, toutes les différences et de t'adapter par rapport à ça.
- Speaker #1
à ça qu'est ce qui va me tomber dessus comme ça je me prépare mais après c'est sûr par contre que la routine d'échauffement d'entraînement de nutrition de sommeil faut pas la changer ça c'est sûr pour faire comme d'habitude il faut pas plus ou moins bien manger il faut pas faire comme d'habitude ça c'est sûr
- Speaker #0
Je pense que là, c'est des bons conseils qui sont très, très clairs. Merci, Tess.
- Speaker #1
En tout cas, moi, je vais taire comme d'habitude.
- Speaker #0
Si tu pouvais donner des... Je crois qu'aujourd'hui, tu as 20 ans, c'est ça ?
- Speaker #1
Dans un mois, oui.
- Speaker #0
Ok, dans un mois. J'y suis presque. Si tu pouvais parler aujourd'hui à la jeune Tess de 15 ans, qu'est-ce que tu lui dirais ? Quel conseil tu lui donnerais ?
- Speaker #1
C'est compliqué cette question.
- Speaker #0
J'aime bien la question compliquée.
- Speaker #1
Parce que je n'ai pas envie de lui dire d'essayer de ne pas faire face aux difficultés auxquelles elle a fait face. Parce que c'est ce qui fait que j'en suis là aujourd'hui. Je n'ai pas envie de lui donner des tips pour qu'elle réussisse ses JO. parce que t'as beaucoup appris du fait de les rappeler parce que j'ai beaucoup appris et que je pense que j'aurais pas eu la même je peux pas te dire aujourd'hui que j'ai une carrière mais j'aurais pas eu les mêmes résultats en tout cas et la même envie d'aller plus loin si j'avais pas traversé cette épreuve là je sais pas parce que j'ai pas fait un parcours sans faute, il y a eu plein d'erreurs mais je suis quelqu'un qui pense que chaque chose n'arrive pas par hasard et du coup j'ai pas trop envie de changer les choses voilà...
- Speaker #0
De se virer,
- Speaker #1
de kiffer.
- Speaker #0
De kiffer, trop cool. Le conseil que j'entends, même si tu ne le donnes pas vraiment, c'est comment faire pour que chaque chose n'arrive pas par hasard. Un peu en mode, les JO, ça ne s'est pas passé comme tu voudrais. Mais j'ai l'impression que tu as beaucoup travaillé sur toi pour voir ce qui fait que ça ne s'est pas passé comme tu aurais voulu là-bas et ce que tu peux améliorer pour la prochaine fois. Plutôt que de le prendre comme une fatalité, là aujourd'hui tu le vois comme, en fait je suis content des galères qui me sont arrivées. Ouais.
- Speaker #1
parce que du coup ça me permet de progresser bah ouais carrément et puis je pense que dans chaque carrière de sportif il y a eu des galères plus ou moins grosses mais il y en a eu et d'ailleurs généralement les grands sportifs ils ont eu des grosses galères et je pense que s'ils avaient pas fait face à ça, ils en seraient peut-être pas là aujourd'hui,
- Speaker #0
on sait pas mais en tout cas ça fait partie de leur parcours et je suis pas pour effacer les galères des parcours à éviter le raccourci du coup c'est vu les galères que j'ai vécues je dois vraiment être un grand sportif...
- Speaker #1
Non, pas du tout. Parce que comme je dis, j'ai bientôt 20 ans. Je suis au tout début de ma carrière. J'ai encore des milliards de choses à faire. Mais je n'ai pas envie de fasser ce qui m'est arrivé. Et voilà, je pense que comme je l'ai dit, chaque chose n'arrive pas par hasard. Et ça, j'en suis convaincue. Voilà.
- Speaker #0
Trop bien. C'est assez fort. Est-ce qu'il y a une... Je finis souvent par ces questions-là. Est-ce qu'il y a souvent une citation qui te vient en tête ou une phrase que tu te dis qui t'aide à accomplir ce que tu veux accomplir ?
- Speaker #1
Je n'ai pas de citation. Non, c'est compliqué, cette question, encore. Je...
- Speaker #0
Si je le forme d'une façon différente, quelque chose que tu aurais retenu et que tu veux être sûr d'appliquer, peut-être la thèse qui arrive à l'entraînement, elle se dit, ça c'est important et il faut que je continue de faire ça.
- Speaker #1
Moi, je pense que c'est... Je l'ai toujours dit, mais le jour où j'irai à l'entraînement sans le sourire, c'est que ce sera sûrement ma fin. J'ai trop besoin. En tout cas, je fais une discipline qui me le montre, mais j'ai... trop besoin de kiffer. Et je pense que c'est un peu ma devise. Et si un jour, je suis au départ d'une compétition ou au départ d'un entraînement, et je me dis, là, je n'ai pas envie d'être là, je n'ai rien à faire ici, je ne serai pas à ma place. Et voilà. Du coup, ma devise, ça serait garde le smile, quoi qu'il arrive. Ok,
- Speaker #0
trop bien. Et en même temps, comment tu gères en prépa physique ? Parce que je me souviens de l'époque où d'ailleurs on s'est rencontrés, je vais l'introduire maintenant. à l'époque où moi j'étais préparateur physique pour la Fédération Française de Ski sur Albertville, et où toi tu étais là-bas vers tes 15 ans, tu venais d'arriver, tu faisais la prépa physique aussi là-bas, et je me souviens d'un certain nombre d'athlètes qui s'y entraînaient, qui adorent le ski parce que c'est un sport en pleine nature, et puis d'un coup tu te retrouves à faire de la prépa physique toute la semaine, tout l'été. J'ai vu des athlètes qui n'arrivaient pas tout le temps avec le smile. Comment tu gères quand... Tu vois, je crois que ce serait un fantasme, et tu me diras si je me trompe, dans la vie d'un athlète de haut niveau, de croire qu'il n'y a que des moments cools, que des moments où tu vas te faire plaisir ?
- Speaker #1
Pas du tout.
- Speaker #0
Alors du coup, comment tu gères ça ?
- Speaker #1
Pas du tout. En tout cas, moi, j'essaye de rendre ça le plus beau possible parce que je sais qu'on a une chance incroyable d'avoir tout ce qu'on a. La vie d'un sportif de haut niveau est très dure, très intense, mais c'est une chance. Je n'aimerais pas me retrouver dans un bureau au centre de Paris. et avoir une routine qui est la même tous les jours. J'estime que j'ai la chance de faire ce que je fais aujourd'hui, mais c'est sûr que c'est difficile. Il y a des moments où on est tellement épuisé qu'on a envie de tout abandonner, tout lâcher. Moi, la préparation physique, au début, c'était très, très dur. Je partais de rien, je n'avais aucune base. On m'a imposé ça, on m'a dit, bon, là, il va falloir que tu fasses tant d'heures par semaine. Ça a été super dur. et je me suis dit, mais moi, j'ai choisi de faire du ski, en fait. Moi, j'ai choisi de faire du ski parce que c'est ça qui me fait kiffer, mais tout le reste, je ne veux pas, je n'ai pas envie. Et puis après, j'ai appris que ça, ça allait me rendre meilleure sur les skis et que déjà, on avait la chance de faire un métier, entre guillemets, un métier passion, mais il y a forcément des inconvénients. Et ça fait partie des petits inconvénients et il faut essayer de les transformer en quelque chose de positif. Aujourd'hui, j'ai un groupe d'entraînement qui est cool. J'ai un prep physique qui est incroyable. Et du coup, quand j'arrive le matin en prep physique, alors que je déteste ça, je déteste la muscu, je déteste le vélo, je déteste tout ça. Mais je me dis, OK, c'est cool, je suis entourée de bonnes personnes et on va essayer de rendre ça cool. Il y a des jours où c'est plus dur que d'autres, mais en tout cas, j'essaye de le faire.
- Speaker #0
Je te remercie pour ce que tu partages là, c'est super fort. Et du coup, j'entends qu'en effet, il n'y a pas à courir après le fantasme de ça doit tout le temps être bien, tout le temps être agréable. Non, c'est pas. C'est ça, mais toi, est-ce que tu...
- Speaker #1
Dans rien.
- Speaker #0
Dans rien, non, c'est clair. Et toi, ce que tu dis, du coup, quand tu dis garder le smile et kiffer, c'est plus avoir une vision globale du truc. Et ce que j'entends, c'est comment est-ce que, quand je vais faire un truc qui ne me plaît pas, par exemple le vélo, la muscu, comment je peux le connecter à mon objectif final, devenir une meilleure thèse ou réussir telle compétition et aménager un peu l'environnement pour que ça soit moins désagréable. Par exemple, t'entraîner avec des personnes avec qui tu as de bonnes relations.
- Speaker #1
Oui,
- Speaker #0
exactement. plutôt que de mauvaises, je dirais. Du coup, c'est super ce lien que tu fais parce que tu vois, c'est deux trucs que j'enseigne dans les formations. C'est comment tu te connectes à la motivation qui est vraiment importante pour toi, même quand c'est dur. Et comment tu aménages l'environnement pour que ce soit plus facile de ne pas avoir à être, tu sais, un peu dans le rêve à l'américaine, soit discipliné, travail dur et tu vas y arriver, tu vois. Donc, comment tu peux adapter l'environnement pour que ce soit plus facile ?
- Speaker #1
Ouais, c'est clair. Et puis, encore une fois, moi, je vois ma progression, je vois... Mon corps qui évolue dès que je fais de la préparation physique, je vois que ça avance dans le bon sens. Et je sais que ça va me rendre plus forte sur les skis. Et quand on voit aussi les progrès, ça t'aide à aller encore plus loin. Et puis parfois, pendant deux mois, il n'y aura aucun progrès. Tu vas stagner, même parfois tu vas régresser. Ça me fait beaucoup... J'ai l'impression qu'on le retrouve beaucoup en préparation physique. Parfois, pendant deux semaines, on va être dans une forme incroyable. On va réussir à faire... on va réussir à faire des choses qu'on ne fait pas. Et puis, la semaine suivante, c'est la catastrophe et on retrouve notre niveau d'il y a cinq ans. C'est ça qui est dur à accepter, mais c'est aussi ça qui est beau. Mais moi, l'objectif final que j'ai, c'est de me dire, OK, à la fin de l'année... Est-ce que j'ai une image plutôt positive ou plutôt négative de tout ce qui s'est passé ? Et à partir du moment où c'est positif, pour moi, j'ai tout gagné. Quand je regarde en arrière et que je me dis, OK, là, ce que j'ai fait, c'est cool et je me suis amusée, même s'il y a eu plein de moments durs et que plein de soirs, je suis rentrée et j'avais envie de tout casser parce que ça m'énervait. Mais si l'image globale, à la fin, elle est positive, ça veut dire que j'ai réussi ce que je voulais faire.
- Speaker #0
Wow, magnifique. Je suis déçu, il n'y a rien à rajouter après ça et je te propose ce test. Comme je sais que tu es très occupé, qu'on termine là-dessus. Je te remercie beaucoup, c'est fantastique.
- Speaker #1
C'était avec plaisir, merci à toi.
- Speaker #0
On dit souvent que le mental, c'est 70% de la performance à haut niveau. Pourtant, rares sont ceux qui l'entraînent au moins de 10% du temps. En écoutant jusqu'ici, tu as donné à la dimension mentale un peu plus de la place qu'elle mérite chaque semaine. Bien joué. Ma mission ambitieuse, c'est d'aider le monde du sport à se transformer en profondeur et je veux faire en sorte que plus aucun coach... ne passe à côté de la psychologie de César Klein. C'est pour accomplir ça que je crée une tonne de vidéos sur YouTube et des épisodes comme celui que tu viens d'écouter. Alors, je ne vais pas te demander d'inscrire The Force, tes amis au podcast, et en même temps, si tu peux en parler à quelqu'un qui va l'adorer, quelqu'un à qui ça serait utile, ta recommandation, elle signifie beaucoup pour moi, si chaque auditeur en parle juste à deux autres. L'année prochaine, on sera des milliers de fois plus nombreux avec l'obsession-progression. Salut !