- Speaker #0
Musique Bienvenue sur OrthoBoost, le podcast qui booste les orthos. Je suis Barbara, orthophoniste, formatrice et coach professionnel et je t'invite chaque semaine à écouter un épisode pour recharger tes batteries et vitaminer ton quotidien. Musique Musique Alors bienvenue sur cet épisode d'OrthoBoost, j'accueille aujourd'hui Marion qui me fait l'honneur de participer à cet épisode. Marion, est-ce que tu veux bien commencer par te présenter s'il te plaît ?
- Speaker #1
Oui, bonjour, merci Barbara déjà de ta proposition. Moi je suis coach professionnel comme toi et orthophoniste aussi comme toi. J'accompagne les orthophonistes et autres paramédicaux, mais quand même surtout les orthophonistes, dans leur questionnement pro, dans leur changement professionnel, petit ou grand, tout ce qui va tourner autour de la quête de sens, de l'épanouissement, de l'équilibre pro-perso. Je fais des coachings individuels et aussi des formations et des ateliers sur tout ce qui va être gestion du temps, organisation, prévention du burn-out. Voilà, depuis quelques années. Et puis en parallèle, je suis orthophoniste depuis plus longtemps. J'ai été formée à Nancy en 2008. J'ai fait un break dans l'orthophonie pour me former au coaching il y a quelque temps. Et là, j'ai repris. Donc, je fais un petit peu les deux en parallèle. Et j'exerce à Bordeaux. Voilà.
- Speaker #0
Ok, merci beaucoup. Quand on a préparé cette interview, on a échangé sur plusieurs sujets. et puis... On en est venu à choisir le sujet de la persévérance, de la constance et du rapport au rythme. Est-ce que tu peux me dire pourquoi c'est un sujet qui te tient à cœur de partager avec les orthophonistes ?
- Speaker #1
Je pense que déjà, c'est un peu personnel, c'est un sujet qui moi-même m'a pas mal animée. Je pense que longtemps, je me suis jugée comme non persévérante. Et c'est quand même quelque chose que je retrouve assez souvent chez les orthognistes que j'accompagne. Il y a souvent ce thème en fond, parce qu'en fait, ça touche plein de sujets que tu abordes dans ton podcast. Ça touche la gestion du temps, la gestion de son énergie, ce qu'on fait concrètement aussi au quotidien. ce qui est surtout intéressant je trouve c'est que ça vient toucher aussi un peu plus son intériorité qu'est-ce qu'on se dit de soi quelle est son estime ça vient venir questionner la confiance en soi donc je trouve que c'est un sujet qui est à la fois vaste et assez
- Speaker #0
quotidien je trouve voilà je me dis que ça pouvait certainement en intéresser d'autres ok super alors du coup par rapport à la persévérance Souvent, on a l'idée que persévérer, c'est tenir bon coûte que coûte, tenir la barre, ne pas se laisser abattre, être fort, etc. Comment est-ce que toi tu définirais une persévérance saine et en même temps respectueuse de soi ?
- Speaker #1
Alors, je trouve qu'effectivement... Je pense que pendant longtemps, j'avais cette vision-là de la persévérance qui est quand même assez dure. Il ne faut pas lâcher, il faut tenir, il ne faut pas lâcher. Et il faut presque passer en force. C'est presque un peu de l'obstination, parfois acharnée. Alors qu'en fait, je pense que la clé, c'est justement de le voir complètement autrement. Et que la persévérance est peut-être plus signe de patience. que de passage en force. Et donc, ce que j'essaie de transmettre et ce que j'ai compris, c'est que plus on va s'écouter, mais s'écouter, ça ne veut pas dire s'écouter trop, entre guillemets, ou se laisser aller, mais plus on va être conscient de ses besoins, de son rythme, de ses changements, plus on va pouvoir tenir. Plus on va pouvoir à chaque fois remonter la pente, se remettre en selle. Et finalement, c'est être plus doux, je pense, avec soi et puis tenir compte de son environnement. C'est ça, être respectueux de soi. C'est aussi faire avec ce qui nous compose et puis ce qui nous entoure. Et voilà, c'est peut-être plus vraiment écouter ses besoins.
- Speaker #0
Est-ce que tu penses que c'est une question d'alignement ? Tu dis s'écouter.
- Speaker #1
Oui, je pense que c'est aussi revenir sur pourquoi on a décidé d'être persévérant sur un objectif. Pourquoi on veut absolument maintenir quelque chose en place ? Et du coup, on va pouvoir avoir suffisamment d'énergie au long terme et suffisamment de patience si c'est quelque chose qui fait sens pour soi. si c'est un objectif qu'on s'est choisi parce que c'est à la mode ou parce qu'on pense que c'est ça qu'il faut faire mais que ça vient plus d'une injonction de « il faut » ou « je dois » quête de satisfaction qui en fait ne correspond pas vraiment, là en fait si ça on ne sera pas aligné et du coup on va déployer peut-être trop d'énergie, trop d'efforts parce que ça ne correspondra pas en fait. Donc c'est trouver la bonne manière de le faire. Et peut-être du coup être moins attachée aux résultats, aux buts en soi, mais plus centrée sur qu'est-ce que ce chemin de la persévérance, qu'est-ce que le fait même de faire ces choses-là au quotidien, qu'est-ce que ça va m'apporter, en quoi ça va me nourrir et en quoi ça va contribuer justement à mon alignement, en lien avec mes malheurs, avec ce qui me fait du bien, etc.
- Speaker #0
Ok. Donc tu le relis pas mal au sens aussi,
- Speaker #1
si j'entends bien ce que tu dis là.
- Speaker #0
Oui,
- Speaker #1
tout à fait.
- Speaker #0
Et dans nos échanges précédents, tu me disais que tu remarquais, et puis je partageais effectivement aussi cette observation, que finalement les orthophonistes se sentent souvent coupables ou se reprochent. souvent de ne pas être assez. Alors, pas assez ceci, pas assez cela, mais notamment pas assez régulière, pas assez organisée, pas assez constante. Tu en parlais aussi un petit peu là, quand tu disais, finalement, voilà, on suit l'objectif, mais pourquoi est-ce qu'on se mobilise autant pour cet objectif-là ? Et finalement, quel est aussi notre ressenti par rapport à cette mobilisation ? D'après toi, cette culpabilité, elle vient d'où ?
- Speaker #1
Alors, c'est vrai que la culpabilité, c'est quand même quelque chose qui revient la plupart du temps, la grande majorité chez les orthophonistes que j'accompagne. Alors, il y a peut-être un biais aussi, peut-être qu'elle vient à moi, parce que je les attire pour ça, je ne sais rien, je ne pourrais pas faire de généralité non plus, mais je pense que ça vient certainement... d'une comparaison. Déjà, je pense que c'est humain, on se compare toujours. Chez les orthophonistes, je pense qu'on se compare quand même beaucoup entre collègues. Il y a aussi le phénomène des réseaux sociaux. Il y a des bonnes choses, il y a des choses inspirantes et d'autres moins. Je pense qu'aussi, quand on démarre, quand on fait nos études en orthophonie, on est quand même très vite... On a des profs, souvent c'est des pontes, c'est des orthophonistes. qui en plus font des cours, etc. Et je pense que tout de suite, on a une image peut-être un peu faussée de la réalité entre ce qu'on voit en cours et le terrain. Et donc, je pense qu'on se met beaucoup d'exigence parce qu'on est passionné, parce qu'on veut bien faire, on veut aider nos patients. Et donc, finalement, on va non seulement se comparer aux autres ou aux modèles qu'on a eus à nos mentors, mais je pense qu'aussi, on se compare peut-être trop à une forme d'idéal de soi. d'idéal de l'orthophoniste comme elle devrait être, l'orthophoniste parfaite. Il y a quand même, je trouve, dans ce métier, pas mal cette pression, mais qu'on se met aussi nous-mêmes. C'est intéressant de se questionner, mais d'où ça vient ? Je pense qu'on la cultive aussi malgré nous. Et donc, en fait, peut-être que c'est aussi accepter que l'ego, peut-être un peu plus d'humilité, de se dire, oui, en fait, dans un monde parfait, on aimerait... On aimerait être persévérant, c'est régulier, sur tout un tas de choses. Mais en fait, la réalité, il y a des choses, il faut aussi accepter que ce n'est pas possible. En tout cas, pas en même temps, pas tout le temps. Je pense que c'est une comparaison. Comparaison à l'image qu'on aimerait renvoyer, comparaison à ce qu'on aimerait faire, être. Toujours mieux, toujours plus. Comparaison à l'autre. Et souvent, quand on se compare à l'autre... Moi, j'aime bien dire ça aussi aux personnes que j'accompagne. C'est OK, si tu te compares à ta collègue et que tu te dis, ma collègue, elle fait toujours ses comptes rendus dans les temps et puis elle fait toujours des points super bien avec les parents, etc. Dans ce cas, compare tout. qu'on part tout, Et qu'on part comment elle tient sa compta, comment, je ne sais pas moi, comment elle remplit son fricot, comment elle fait son sport. Enfin, qu'on part tous les points de vie. Et en fait, très vite, on se rend compte que ce n'est juste pas possible parce qu'on est tous différents et qu'on a tous des genres d'enjeux différents. Et donc, parfois, on ne voit qu'un prisme, en fait. Enfin, on ne voit que par une façon de voir les choses. Et on s'imagine un idéal alors que c'est impossible à tenir. Oui.
- Speaker #0
Je vais revenir un petit peu sur la question que je t'avais posée avant et dans laquelle on a commencé à parler d'objectifs. Quand on se fixe des objectifs, ça concerne les orthophonies, puisque on est là pour parler de ce métier-là, mais de manière générale, le fait qu'on puisse ne pas réussir à tenir le rythme qu'on s'est fixé, par rapport à un certain objectif, on peut avoir tendance à se juger assez facilement. Est-ce que tu peux donner ton avis sur ce qui se joue intérieurement à ce moment-là ? Alors que tu as déjà, je pense, commencé à répondre avec ton retour sur la culpabilité et sur la comparaison à l'autre. Est-ce que tu as d'autres choses à dire spécifiquement sur ce jugement ? Et comment est-ce qu'on peut réussir à sortir, d'après toi, de ce jugement ? Comment est-ce que les personnes que tu accompagnes arrivent généralement à se sortir de cette situation-là, de ce regard-là aussi sur soi-même ?
- Speaker #1
Je pense qu'effectivement, c'est quelque chose d'assez naturel, qui vient assez spontanément. et qu'on ne contrôle pas facilement le fait de se porter un jugement comme ça, assez critique. C'est souvent une première pensée, ça va être « je n'ai pas réussi, je suis nulle » . Et en fait, tout de suite, ça va déborder dans des considérations qui vont toucher l'estime de soi, une dévalorisation. Alors qu'en fait, on part de quelque chose qui est concret. Par exemple, imaginons qu'on se soit fixé un… un rythme d'être toujours à jour sur ses comptes rendus et de fixer une plage horaire, etc. Et puis, ça marche une semaine, deux semaines, et puis après, ça flanche. Justement, c'est quelque chose de concret. Je n'ai pas fait mon compte rendu comme j'avais prévu. J'avais une plage prévue, puis finalement, je ne l'ai pas fait. Au lieu de rester dans ce schéma de qu'est-ce qui n'a pas fonctionné concrètement, en étant objectif, On va... très vite bifurquer dans des jugements, dans des sentiments. Et je pense que ce qui peut être intéressant, en tout cas, c'est l'approche souvent que j'utilise, c'est ce qui m'a beaucoup apporté, moi, en communication non-violente, c'est tout ce qui va être auto-empathie, c'est-à-dire, OK, je laisse venir les jugements, parce que peut-être qu'ils ont besoin de sortir et de... Voilà. À la limite, j'écris et je sors tout ce que je pense sur moi de mauvais, etc. Puis après, je le jette ou je le brûle. Et puis, OK, une fois que c'est passé, maintenant, je regarde les choses et peut-être que je peux me dire, en fait, là, quand je me juge d'être nulle ou quoi, comment je me sens ? Et de revenir à chaque fois aux émotions. pour déjà mettre un peu de clarté, de distance sur ce qui se passe en moi et puis comprendre que ces émotions, c'est la base de la CNV, elles sont forcément liées à des besoins, plutôt des besoins qui ne sont pas satisfaits, et de se dire, en fait, quel est mon besoin là ? Quand je vois que je n'ai pas fait ce que je m'étais dit de faire, ce que je ferais, Comment je me sens ? Peut-être que je me sens déçue, triste ou frustrée. Et du coup, quel est mon besoin ? Peut-être qu'en fait, j'ai déjà besoin de soutien ou de réconfort ou de lâcher prise ou de détente ou j'ai besoin d'accomplissement. Et en fait, être à l'écoute de ce besoin à ce moment-là, je pense que ça va venir justement requestionner un petit peu le pourquoi je m'étais fixé cet objectif. Et en fait, peut-être qu'à ce moment-là, je vais me rendre compte que cet objectif, je m'étais plantée, il n'était pas fait pour moi ou pas maintenant. Ou alors peut-être que je vais me rendre compte que si et qu'en fait, je suis déçue de ne pas avoir réussi. Et là, ça va me donner peut-être encore plus finalement l'énergie à trouver une autre façon d'atteindre cet objectif. Et à ce moment-là, je vais pouvoir me dire, OK, ça n'a pas fonctionné là. Qu'est-ce qui fait objectivement que ça n'a pas fonctionné ? Et donc, je vais aller chercher concrètement, dans les événements qui se sont passés, quels ont été les obstacles. Et parfois, on se dit que l'obstacle, c'est soi-même. C'est notre manque de persévération, de persévérance, de rigueur, etc. Alors qu'en fait, juste, on ne s'est pas rendu compte que... Je ne sais pas, mais on avait eu un patient le matin qui avait été très énergivore et une situation délicate et ça nous a puisé émotionnellement. Ou qu'on a eu une urgence la veille. Souvent, on va minimiser tout ce contexte-là. C'est bien de prendre du recul et d'essayer de regarder les choses avec plus d'objectivité pour peut-être rectifier le parcours, trouver une autre façon d'atteindre le but. enfin voilà se laisser plus de temps ou mieux anticiper peut-être en tout cas savoir que la prochaine fois qu'on va se fixer un but c'est même ou indifférent se dire bon il va y avoir des aléas ça ça fait partie du truc quoi du chemin yes
- Speaker #0
je sais pas ce que t'en penses aussi moi je je me suis assez longtemps remise en question, voire même, tu vois, ça a pu toucher justement mon estime de moi quand je n'arrivais pas à tenir un objectif de rythme que je m'étais fixé, ou d'équilibre, que ce soit entre l'équilibre pro, l'équilibre perso, ou juste au niveau de l'équilibre pro. Et puis je me disais, ça y est, j'ai encore raté, j'ai encore pas réussi, etc. Et en fait... À un moment donné, je me suis rendue compte que tout ce qui est de l'ordre, de l'équilibre, des rythmes, ça correspond à des moments de vie et que ça nécessite d'être régulièrement requestionné. Et que finalement, même quand on se fixe un objectif, à court ou à moyen terme, on peut passer par différentes phases dans lesquelles le rythme pourra être différent. soit parce que l'objectif final le nécessite et qu'il y a des phases d'accélération et des phases de maintien, etc. Soit parce que la vie fait qu'en fait, ce n'est pas un long fleuve tranquille et qu'il y a des moments où il y a plein d'autres choses qui se passent et qui font qu'on est obligé de remettre en question l'objectif qu'on s'est défixé. Et que finalement, il y a effectivement... dans les objectifs qu'on se fixe, il y a ce qui est de l'ordre de l'interne, c'est-à-dire de nous-mêmes et de notre propre discipline, si je peux parler de discipline, mais qu'il y a aussi tout le reste. Et que, comme tu l'as dit, le contexte nécessite des ajustements. Donc effectivement, je trouve que cette prise de conscience-là, elle est très décultabilisante. pour le coup, et que ça permet de sortir du jugement et simplement de se dire bon en fait là ça va plus,
- Speaker #1
comment je peux faire autrement tout simplement oui c'est ça, rester dans quelque chose finalement de proactif et moi il y a une question que j'aime bien me poser souvent c'est est-ce que ça m'aide de penser ça, est-ce que ça m'aide de me dire que je suis nulle souvent la réponse c'est non évidemment Merci. et en fait parfois le fait d'accepter ces changements de rythme ou les circonstances extérieures les aléas je trouve que ça nous fait souvent gagner du temps parce que de toute façon ça nous rattrape la vie elle est faite comme ça elle est faite de changements et je pense que plus on lutte contre ça plus on va renforcer aussi le problème et Je ne sais pas si on peut prendre par exemple l'exemple d'un orthophoniste qui a un rythme constant depuis quelques années et puis qui finalement, il y a des changements de vie parce que dans son couple c'est différent, parce qu'elle prend de l'âge, peu importe, ou dans sa vie de famille il y a des aléas. Et finalement, elle s'aperçoit qu'avant elle pouvait enchaîner, je ne sais pas moi, 5, 10 patients, et puis que là, au bout de 3, 4 patients, elle fait du moins bon travail, elle est moins présente, je trouve que c'est hyper important de prendre conscience de ça rapidement et d'accepter. Parce que si on accepte, c'est là où on va pouvoir faire des changements et se dire, en fait, j'ai juste besoin d'une pause à ce moment-là dans ma journée, du coup, je vais peut-être finir un peu plus tard ou quoi, mais je serai plus attentive, etc. Et donc, ça va être des changements positifs. Alors que si on reste sur le... avant j'étais capable de ça et puis c'est pas grave, il faut que je me prenne du café toute la journée pour tenir et puis je suis nulle il faut que je redouble d'efforts en fait ça mène à rien et au contraire c'est là où il y a un risque d'épuisement clairement pas d'épanouissement et au final on perd beaucoup d'énergie à lutter contre ce qui est quoi. Et que ce soit le changement interne ou externe, oui.
- Speaker #0
Ouais. Et d'ailleurs, en t'écoutant, j'étais en train de me dire que très souvent, quand à un moment donné, on se rend compte qu'on ne maintient plus un certain rythme, on a tendance à le vivre comme un échec et comme, tu vois, ne pas être capable d'eux. Et on a, pour certains... voire pour beaucoup, tendance à quelque part aller jusqu'à ce point de rupture où on n'est plus capable pour remettre en question ses rythmes, pour remettre en question certains objectifs aussi. Et finalement, le fait de questionner régulièrement son rythme, ses rythmes, eh bien ça permet de ne pas en arriver là, justement. D'une part, mais d'autre part, au-delà de ça, tu vois, je trouve que ça permet aussi de s'ouvrir à des fonctionnements différents. Tu sais, il y a plein d'orthos qui me disent, enfin c'est arrivé plein de fois, qu'on me dise « Bah en fait, je sais pas pourquoi jusqu'à maintenant je fonctionnais toujours de telle manière. » Et puis là, cette année, j'ai décidé de faire autrement. Waouh, comme c'est bien, tu vois, où j'ai pas eu le choix de faire autrement et du coup je fais différemment. Waouh, c'est extraordinaire quoi. Et... Et du coup, je trouve que c'est dommage même, tu vois, que par principe, ce ne soit pas quelque chose qu'on ait l'habitude de faire dans notre paramétrage, tu vois, dans notre éducation, dans la manière dont on est façonné dans notre société aujourd'hui. Parce qu'effectivement, c'est hyper intéressant et constructif, en fait, de réfléchir à ces questions de l'équilibre et des rythmes.
- Speaker #1
Je pense qu'en fait, il y a quand même aussi un jugement souvent, le fait de changer, je pense que ça peut paraître comme trop fluctuant, où on peut se dire en fait je suis instable, alors que la remise en question elle est saine, et qu'à l'inverse quelqu'un qui ne saurait pas se remettre en question, justement c'est là où peut-être il manque d'ouverture d'esprit. Et puis, il passe à côté de certaines choses, en fait. Et donc, je pense que c'est une qualité de savoir se remettre en question, oui, tant qu'il est temps, et si possible, le faire avant que la vie nous le rappelle, quoi. De ne pas attendre le dernier moment où vraiment on n'a plus le choix, mais parfois, voilà, on fait ce qu'on peut aussi.
- Speaker #0
Bien sûr.
- Speaker #1
Voilà.
- Speaker #0
Bien sûr. Et qu'on soit dans une situation... ou dans l'autre, en fait, c'est OK à partir du moment où on arrive à trouver les ressources nécessaires pour pouvoir bifurquer si besoin, quoi.
- Speaker #1
Oui, c'est ça. Et puis peut-être que ce qui peut aider quand on constate qu'on n'a plus la même énergie ou endurance ou persévérance, c'est de se dire, qu'est-ce que je fais différemment ? Qu'est-ce que je fais peut-être mieux qu'avant ? Peut-être que... Je suis moins capable d'enchaîner les patients, mais peut-être que j'y accorde plus d'importance, plus de soins à l'autre, de présence. Peut-être que je me questionne plus aussi, alors qu'avant, je faisais peut-être les choses de manière plus routinière. Essayer de trouver aussi le bon là-dedans.
- Speaker #0
Oui, tout à fait. Et en fait, on pourrait avoir l'impression aussi que finalement, on a besoin de changer de rythme parce qu'il y a des choses... Quelque part, tu vois, que ce serait négatif parce qu'on vieillit ou parce qu'on est fatigué ou parce qu'on est malade ou parce que ceci, cela. Alors qu'en fait, pas forcément. Ça peut aussi être des choix de priorités différentes qu'on se fixe dans la vie. Et voilà, peut-être que demain, une telle va décider de finir à 15h parce qu'elle a son premier bébé et qu'elle ne veut pas finir trop tard le soir. Parce qu'il faut rétablir, d'ailleurs, si ça la regarde et c'est OK. Peut-être que c'est comme on l'a fait toutes les deux. Je décide de changer de rythme et je lève le pied parce que j'ai envie de développer une autre activité professionnelle. Ça peut être plein de raisons différentes. Et quelque part, à partir du moment où nous, on est OK avec ça, le regard des autres par rapport à ça n'est pas important non plus.
- Speaker #1
Oui. Et souvent, en fait, c'est ça le plus dur, c'est d'être OK avec ça. Et après, les autres y suivent, en fait.
- Speaker #0
Exactement.
- Speaker #1
Si on l'accepte, les autres y suivent. Et encore plus en libéral. Et oui, en fait, c'est assumer ces changements parce qu'on sait que c'est bon pour soi. Et voilà, d'autant plus quand on est libéral ou souvent, on choisit ce type de profession aussi parce qu'on aspire à une certaine forme de liberté. Donc, après, voilà. autant en profiter, c'est un des avantages du libéral. Oui,
- Speaker #0
tout à fait. C'est vrai. Dans ces objectifs qu'on se finit, et qui parfois doivent être modifiés, il y a aussi des choses qu'on va peut-être décider de laisser tomber. Comment est-ce que, d'après toi, on peut faire la différence entre « je fais le choix de Merci. réaliser un ajustement qui est en fait nécessaire parce que c'est peut-être pas bon pour moi de continuer sur cette voie-là ou peut-être qu'aujourd'hui ce n'est plus une priorité ou finalement j'abandonne et donc si j'abandonne, j'ai un sentiment d'échec et peut-être une ribambelle d'autres émotions négatives qui peuvent être liées à ça.
- Speaker #1
Je pense que déjà peut-être c'est aussi revoir ce que c'est que l'échec parce que Peut-être que si on travaille sur le regard qu'on porte sur l'échec, on verra qu'en fait, en soi, ce n'est pas très grave d'abandonner un objectif. Ce n'est pas grave si c'est abandonné pour les bonnes raisons. Et du coup, je pense que c'est quand même quelque chose que si on est vraiment à l'écoute de soi, je pense que c'est quelque chose qu'on peut sentir à l'intérieur. Je pense que... pour savoir s'il faut en gros changer le comment, mais pas le quoi. Donc plutôt trouver des ajustements sur, OK, là je m'y suis mal prise, mais je vais quand même continuer sur cette voie, je vais persévérer, mais d'une autre manière. Solution A et solution B, en fait, je me rends compte que non, cet objectif finalement, il n'était pas pour moi ou ce n'est vraiment pas le moment et je dois le laisser de côté, je dois l'abandonner et je me suis peut-être trompée. Ou même, j'ai fait tout ce que je pensais faire, j'ai fait de mon mieux, mais ça ne prend pas. Je pense que peut-être qu'au moment de vraiment laisser l'objectif de côté, décider d'abandonner, je pense qu'on sent peut-être quand même une forme de soulagement derrière, un truc au niveau corporel de « ouais, en fait, c'est bon, là, j'ai suffisamment donné » , mais en fait, je cours après quelque chose qui n'est pas aligné finalement. Et donc... Je pense que peut-être là, c'est vraiment être à l'écoute de son corps, de ce qui se passe à l'intérieur de soi. Mais ce n'est pas évident parce qu'il y a le mental aussi, toutes les croyances, toutes les peurs qui sont là. Donc, c'est vraiment, c'est simple à dire, mais pas facile à faire. Et puis parfois, c'est aussi à force d'avoir tenté plein d'ajustements où au bout d'un moment, on va dire, bon, en fait, là, j'ai tenté X ajustements différents et je vois que je n'arrive toujours pas à ce que je voulais. peut-être que là c'est plus... profonde remise en question à mener. En fait, ça me fait penser un peu avec nos patients, finalement. Parfois, des patients, on se rend compte qu'il faut juste diminuer un peu l'objectif ou l'ajuster ou la façon de l'atteindre. Et puis, à d'autres moments, au bout de plusieurs mois ou années, en fait, on se dit, ben non, je ne suis plus la bonne personne pour l'accompagner ou là, il a aussi ses propres limites et je vais passer le relais ou je vais faire une pause ou en tout cas, on va dire stop. Et après, c'est un choix de voir comme un échec ou pas. Mais je pense que là encore, c'est important de se poser les bonnes questions au bon moment, de savoir justement redoubler d'efforts, réorienter un petit peu son travail pour persévérer quand ça fait sens, quand ça vaut le coup et que c'est aligné. Et à l'inverse, arrêter si finalement ça ne correspond pas. Mais oui, c'est... C'est pas toujours évident, quoi. Ça demande une écoute de soi, puis une connaissance de soi. Et je pense une honnêteté aussi vis-à-vis de soi-même. Peut-être une humilité, mais aussi de se dire est-ce que je fais vraiment les choses parce qu'elles font sens pour moi ou est-ce que je les fais parce qu'en fait, je pensais qu'on m'aimerait plus en étant comme ça ou en faisant ci ou ça. Parce qu'il y a aussi peut-être cette question-là derrière.
- Speaker #0
besoin d'être aimé, d'être reconnu, etc. On nous en est sur des routes.
- Speaker #1
Oui, tout à fait. Et du coup, finalement, par rapport à ces changements de voies qu'on peut opérer par rapport à la réalisation d'objectifs, est-ce que tu dirais que... finalement, le gap le plus important, ce n'est pas tant les choix qu'on fait là, maintenant, tout de suite, c'est plus est-ce que les choix qu'on fait là sont en accord avec les objectifs qu'on s'est fixés à long terme. Oui,
- Speaker #0
c'est ça. Moi, j'aime bien parler de but même, puisque pour moi, les objectifs, finalement, ils vont sans cesse être remodelés, en fait, parce que c'est je pense assez difficile de vraiment bien les cerner au départ, parce que souvent, en effet, on est plein de motivation et donc on se leurre un peu peut-être sur nos capacités, notre prise en compte des circonstances. Mais les buts, ils sont quand même plus profonds. C'est plus en lien avec nos valeurs, nos vraies aspirations. Et donc, se dire, en fait, pourquoi je poursuivais tel objectif ? Je ne sais pas. pourquoi je voulais courir ce marathon, je ne sais pas quoi, en fait, en soi, ce n'était pas juste pour pouvoir dire que j'avais fait un marathon, c'était pour être bien dans mon corps ou pour juste avoir le sentiment de dépassement de soi et du coup, tester ma persévérance. Voilà. Et donc, si je reviens à ce but-là, même si l'objectif, il n'a pas été atteint parce que je me suis blessée, parce que je n'ai pas réussi à faire le marathon, il se raison, eh bien, je vais pouvoir aussi me dire Merci. quels sont les autres objectifs qui vont toujours me permettre d'atteindre mon but à long terme et je pense que pour les orthophonistes ça peut être intéressant qu'elles se posent aussi ces questions là, pourquoi je veux faire mes comptes rendus toujours à temps, pourquoi je veux être ultra formée sur plein de choses et je pense que les buts en fait c'est une bonne professionnelle à l'écoute des patients etc et donc se dire Au revoir. En fait, est-ce que ça, je ne le poursuis pas déjà, cet objectif ? Sans peut-être même m'en rendre compte vraiment. Donc, c'est important de prendre du recul sur... Moi, j'aime bien aussi me dire, dans tant d'années, ou même à la fin de mes jours, de ma vie, de quoi je me souviendrai, qu'est-ce qui aurait été important ? Et du coup, être une bonne personne, tout ce qu'on veut être dans la vie. je trouve que ça fait relativiser quand même et du coup ça permet de relâcher la pression au quotidien c'est ça il y a une question que j'aime bien me poser aussi c'est comme parfois on est vraiment dans un truc un peu difficile où on se juge ça va pas, on a pas réussi comme on voudrait etc et se dire en fait ça ne serait-ce que dans un mois est-ce que je m'en rappellerai dans deux mois, dans un an Merci. En fait, on se dit, en fait, non, je ne me rappellerai absolument pas de ça. Et donc, on se dit, ouais, bon, ça fait un peu franque de... Ça fait dézoomer, en fait. Oui. Je trouve que ça va être pas mal.
- Speaker #1
OK, Marion, merci beaucoup pour tous ces échanges. Est-ce que tu voudrais conseiller une ressource à nos auditrices sur les sujets qu'on a abordés aujourd'hui ?
- Speaker #0
Oui, alors... Du coup, récemment, j'ai lu deux bouquins qui m'ont bien plu. Il y a Slow Productivity de Cal Newport. J'aime bien parce que Cal Newport, c'est un auteur que j'avais déjà lu. C'est celui qui a écrit un bouquin qui s'appelle The Deep Work. C'est vraiment une méthode d'organisation. Du coup, j'aime beaucoup parce que c'est quelqu'un qui était vraiment justement dans la productivité, etc. Et ce bouquin-là sort un peu de ça, je veux dire. Et ça parle beaucoup d'être à l'écoute de ces rythmes, privilégier plutôt la qualité que la quantité. Et donc, ça rejoint vraiment cette idée de persévérance. Et puis, un autre bouquin aussi que j'ai bien aimé pour le ton un peu provocateur et en même temps qui justement fait prendre un grand recul sur la vie, notre rapport au temps et à nos objectifs, ça s'appelle « 4000 semaines » de Oliver Bucherman. Un auteur que je ne connaissais pas. mais voilà et ça c'est facilement Donc, je pense que tout le monde peut y trouver son compte.
- Speaker #1
Ok, on mettra les références dans la description de l'épisode. Est-ce que tu souhaites dire un dernier mot à nos auditrices avant qu'on se quitte ?
- Speaker #0
Eh bien, ouais, pour boucler un petit peu là-dessus, peut-être que dans les questions qui peuvent aider parfois ou qu'on peut se poser quand on se juge pas assez persévérante ou constante, C'est de s'interroger, si je suis vraiment honnête avec moi-même, est-ce que j'ai fait de mon mieux ? Par rapport aux circonstances, par rapport à tout ce qui s'est passé, par rapport aux aléas de la vie, est-ce que là, j'ai fait de mon mieux ? Et je trouve que ça, ça soulage, parce que si on dit, en fait oui, j'ai fait de mon mieux, et donc là, je vais peut-être réorienter autrement pour... mieux prendre conscience des circonstances de la vie et à l'inverse en fait non je ne suis pas très fière de moi je n'ai pas trop fait de mon mieux du coup je sais que je peux faire aussi autrement en fait donc je trouve que c'est une question qui est plutôt constructive et voilà qui peut aider voilà
- Speaker #1
si ça peut être un truc un truc sur lequel terminer super merci beaucoup Marion pour tout le temps merci à toi pour cet échange très intéressant et puis je te dis à bientôt.
- Speaker #0
Eh ben merci beaucoup !