Speaker #0Bienvenue sur OrthoBoost, le podcast qui booste les orthos. Je suis Barbara, orthophoniste, formatrice et coach professionnel et je t'invite chaque semaine à écouter un épisode pour recharger tes batteries et vitaminer ton quotidien. Hello et bienvenue dans ce nouvel épisode d'OrthoBoost. Dans l'épisode précédent, on a parlé de ce que tu veux vraiment, de tes envies, de ce que tu souhaites modifier dans ta vie professionnelle. Aujourd'hui, j'aimerais qu'on regarde une autre question. Quelle place est-ce que tu te laisses à toi dans ton métier ? Avec tout ce qui te constitue, ton tempérament, tes convictions, ta manière d'être en relation avec les autres, mais aussi tes hésitations, tes limites, les jours où tu as de l'énergie et ceux-vous. tu en as moins ? Est-ce que tout ça, ça a sa place dans ta manière d'exercer ? Ou est-ce que, pour te sentir suffisamment professionnel, tu as appris à mettre une partie de toi de côté ? C'est de ça qu'on va parler aujourd'hui, de ce qu'on peut appeler finalement le masque professionnel, celui qu'on peut finir par porter partout, tout le temps, dans le monde pro, sans même s'en rendre compte et surtout sans se poser des questions de est-ce que... Ça me correspond vraiment. Quand on commence à exercer, qu'on est jeune orthophoniste, on cherche des repères, c'est bien normal, on observe les orthophonistes qui nous accueillent en stage, on écoute nos profs, on va en formation, et on retient des phrases, des manières d'expliquer un bilan, d'accueillir une famille, de se comporter de manière générale face aux patients, de répondre à une question délicate, etc. Donc on apprend à essayer tout ça, on ajuste, on... Pratique avec nos propres patients et puis on construit petit à petit sa posture. Et dans cette construction, ce qui se passe, c'est qu'on va petit à petit, à force de pratiquer, adopter comme des règles, on pourrait aussi dire des croyances, qu'on va reproduire, reproduire, reproduire et qui finalement ne seront pas remises en question. Je suis orthophoniste, alors je dois être patiente. Je suis orthophoniste, alors je dois savoir répondre. Je suis orthophoniste, alors je dois toujours être disponible. Je suis orthophoniste, alors je dois savoir rassurer. Je suis orthophoniste, alors je dois absolument aider mon patient, coûte que coûte. Mais finalement, peut-être qu'aujourd'hui, il y a plusieurs de ces règles que tu n'interroges plus, qui ne sont jamais remises en question. Tu les as apprises, tu les appliques sans hésiter. Tu restes toujours agréable. Tu fais toujours du mieux que tu peux. Et puis au final, à force de faire, tu sens qu'il y a des moments où tu n'as plus envie, il y a des moments où tu t'épuises, et tu ne remets toujours pas forcément en question ces règles. Parce qu'en fait, elles font tellement partie de ta pratique, de ce que tu crois être nécessaire, que tu ne penses pas forcément à te remettre en question. Alors tu prends sur toi, et tu tiens bon, et tu continues. Sauf qu'à force de continuer, potentiellement, peut-être que tu vas t'épuiser. Mais dans le fond, peut-être que si tu remettais ces règles en question, ces caractéristiques du masque en question, peut-être que tu pourrais apprendre à dire que tu ne sais pas et que tu vas chercher l'info. Tu pourrais rester agréable, mais sans non plus être dans une apparence de tout va bien et dire les choses. quand elle te dérange, tu pourrais donner à ton patient la possibilité de dire qu'il veut s'arrêter même si toi tu veux absolument l'aider, ou encore de dire qu'il n'est pas suffisamment motivé pour continuer la rééducation. Tout ça, ça peut être des petits ajustements que tu pourrais faire dans ta vie quotidienne professionnelle pour te sentir plus aligné avec toi-même. Avant qu'on avance encore un petit peu plus sur le sujet, soyons bien clairs. Notre masque professionnel, qu'on pourrait aussi appeler une forme d'uniforme professionnel, a souvent une utilité. Il nous donne une certaine posture, un cadre, et qui dit cadre, dit une sécurité, peut-être même une forme d'assurance. La question qu'on se pose aujourd'hui, c'est dans quelle mesure cette posture, cette uniforme que tu adoptes actuellement, te convient encore ? Est-ce qu'elle est raccord avec tes envies, avec ce que tu veux vraiment, à ce que tu voudrais changer ? Parce que changer l'environnement, changer et suivre ses envies, suivre ses besoins, ça fonctionne si soi-même on est prêt à... Peut-être modifier cet uniforme, ce masque, qui en fait est aussi une forme de carapace. Alors ce que tu peux te demander, c'est finalement aujourd'hui, cette manière de te présenter, cet uniforme, est-ce qu'il te convient ? Est-ce qu'il ressemble vraiment à la personne que tu es ou à la personne que tu veux être en tant que professionnel ? Par exemple, est-ce que tu peux dire les choses telles qu'elles sont sont te sentir en faute ou sans te se sentir en culpabilité ? Est-ce que tu peux expliquer ? Est-ce que tu te sens la légitimité de dire non ? Est-ce que tu te sens la légitimité d'arrêter un suivi ? Autre point de réflexion, est-ce que tu te demandes souvent ce que les gens pensent de toi ? Est-ce que tu te demandes ce que les patients pensent de toi ? Est-ce que tu te demandes ce que les familles pensent de toi ? Est-ce que tu te demandes ce que les collègues pensent de toi ? Si oui, mais probablement que tu as des comportements dans lesquels tu vas essayer de donner la bonne réponse quand on te pose une question, ou tu vas essayer de contrôler la manière de le dire, ou tu vas peut-être te mettre la pression pour être suffisamment ceci ou suffisamment cela. Et quand tu vas rentrer chez toi, tu vas te refaire les conversations dans ta tête, en te disant « non, j'aurais dû dire ça » , ou alors « mais pourquoi est-ce que j'ai accepté ? » Ou pourquoi est-ce que je n'ai pas osé dire que ça me gênait ? Ou pourquoi est-ce que j'ai encore fait comme si tout allait bien, alors qu'en fait, je sais bien que ça ne va pas du tout ? Pourquoi est-ce que je n'ose pas dire stop à ce patient-là ? Alors qu'on soit bien d'accord, on a tous tendance à se demander effectivement ce que les gens pensent de nous. Ça fait partie des marqueurs sociaux, des relations, etc. Et c'est normal aussi de se remettre en question, et parfois de se dire, est-ce que vraiment... Est-ce que j'ai fait c'est ok ? Ou est-ce que j'aurais peut-être pu m'améliorer, fonctionner différemment ? Donc ça c'est tout à fait ok, c'est normal et c'est même je pense plutôt salutaire pour progresser dans sa posture. Mais quand ce sont des messages qui apparaissent tout le temps, et bien là ça doit nous interpeller parce que c'est pas confortable, ça ne nous nourrit pas, ça ne nous fait pas du bien, ça ne nous aide pas à grandir, ça nous donne juste l'impression qu'on n'est pas assez bien. Et ça c'est pas ok. Ce qui peut se passer aussi au niveau de cette posture, de ce masque, de cet uniforme, tu peux l'appeler comme tu veux, c'est qu'en fait à force de se comporter d'une certaine manière, ou à force que les autres aussi nous fassent un certain retour sur notre manière de nous comporter, eh bien on va se dire, eh bien en fait moi je suis comme ça. Par exemple, moi je suis quelqu'un qui s'adapte. Moi je suis quelqu'un qui est toujours disponible. Parce qu'à force qu'on nous dise toujours, ah c'est génial, toi t'es toujours dispo, tu trouves toujours moyen de t'arranger, tu ceci, tout cela. Donc je suis comme ça. Et à force de se dire, je suis toujours comme ça, finalement on croit, on ancre ce truc-là, comme si ça faisait partie de notre personnalité. Alors qu'en fait, pas forcément, peut-être juste qu'effectivement c'est une qualité qu'on peut avoir, mais pour autant est-ce qu'elle nous définit à proprement parler ? Et puis surtout, est-ce qu'on a envie de continuer ? à inscrire cette qualité dans notre cadre à toute épreuve, pas forcément. Donc peut-être aussi qu'il y a des choses qui pourraient être légèrement recadrées, qui pourraient peut-être être réfléchies, pour lesquelles on pourrait prendre du recul en disant « Ok, je suis comme ça, mais est-ce que là, dans cette situation, c'est vraiment tout à fait adapté ? » Alors concrètement, qu'est-ce que ça peut vouloir de dire de lâcher un peu le masque, de lâcher un peu cet uniforme ou peut-être de changer légèrement cet uniforme, de faire peut-être un peu de place à un endroit ou de le resserrer à un autre ? Eh bien, lâcher, ça peut donner, ça peut faire peur, ça peut donner l'impression d'un grand changement. Et on n'est jamais prêt à lâcher quelque chose ou à être dans le changement si on va vers l'inconfort. On a plutôt une aptitude. une aptitude, une appétence au changement si on croit que ce vers quoi on va, va nous apporter quelque chose de positif et de mieux que ce qu'on a actuellement. Au-delà de ça, le fait de lâcher, ça fait super peur. Pourquoi ? Parce que si on tient à ce truc-là, c'est qu'on pense qu'on en a besoin. Donc autant vous dire que le lâcher et se sentir, entre guillemets, tombé, un peu comme si c'était une corde à laquelle on se tenait, et qu'on la lâche, on n'a pas du tout envie de lâcher. Donc, ce qui est important quand on veut petit à petit déconstruire son cadre, déconstruire son uniforme ou le modifier, peut-être lui mettre un petit coup de couture pour le modifier, et bien ça va être de trouver des ancrages. Donc le premier ancrage, c'est ce dont on parlait la semaine dernière, c'est sur quoi est-ce que je me base, sur quoi est-ce que je m'ancre, c'est quoi mes envies. Ok, c'est quoi mes envies ? On a aussi déjà parlé de cadre, c'est quoi mon cadre ? Et donc à partir de là, entre mes envies, mon cadre, mes besoins, ce que je me sens être, je vais petit à petit pouvoir lâcher des choses qui ne correspondent pas à tout ce que j'ai pu ancrer de solide et ce sur quoi je veux m'installer, je veux construire finalement ma nouvelle pratique. ou mon nouvel uniforme. Ça peut aussi être, petit à petit, s'il s'agit particulièrement d'interaction avec les patients, de s'entraîner. Ok, dans cette situation-là, comment est-ce que je peux gérer ? Quelle réponse je peux donner ? Quelle est la stratégie que je mets en place ? Si on me demande un créneau à telle heure alors que j'ai décidé que je ne travaillerai plus, qu'est-ce que je réponds ? Si je me retrouve face à un patient, avec qui ? je voudrais arrêter, mais les parents me mettent la pression pour que je continue alors que clairement ça ne sert à rien, et bien comment je vais m'y prendre ? Quitte à vous entraîner dans le miroir, à vous mettre en situation, à prendre une collègue, à dire allez je m'entraîne avec toi, peu importe. Mais le changement passe aussi par le passage à l'action et donc par le fait d'ancrer un nouveau comportement. Ancrer un nouveau comportement quand on ne l'a jamais pratiqué, c'est très difficile. Et parfois c'est plus facile de commencer à pratiquer. hors contexte que en contexte. En tout cas, petit à petit, ce qui va se passer, c'est que non seulement tu vas te sentir plus alignée, plus à l'aise, plus confortable dans ton uniforme, et puis tu vas te sentir plus authentique, parce qu'en fait tu vas avoir une posture qui va être de plus en plus révélatrice de qui tu es toi, tu vas te retrouver, tu vas te reconnecter à toi, tu vas peut-être même progresser dans ta découverte de toi-même. de tes capacités, de ce que tu es vraiment. Donc c'est vraiment un super chouette chemin à faire et qui probablement est à faire tout au long de notre vie, n'est-ce pas ? Mais en tous les cas, le fait de déconstruire le masque nous permet de nous reconnecter à ce qu'on est vraiment. Et je pense que c'est important d'avoir une certaine posture professionnelle pour ne pas tomber dans l'affect. et dans des relations qui potentiellement ne seraient pas adaptées dans le monde. Je pense que c'est important d'avoir une posture professionnelle parce qu'elle est sécurisante et pour vous et pour le patient. Je pense que c'est important d'avoir une posture professionnelle parce qu'elle est sécurisante et pour nous et pour le patient et sa famille. Mais pour autant, plus cette posture professionnelle est alignée avec ce qu'on est vraiment, plus on se sent à l'aise et plus on peut aussi s'écouter. Alors ce que je te propose comme petit exercice, c'est de te poser la question, dans ta manière d'exercer aujourd'hui, qu'est-ce qui te ressemble vraiment ? Et qu'est-ce que tu maintiens surtout parce que tu crois que c'est ce qu'on attend de toi ? Ça va peut-être au début être des petites bribes de réponses qui vont t'apparaître. Peut-être qu'au contraire, tu as déjà une situation qui te vient à l'esprit. Ça peut être un point de départ et qui va potentiellement continuer à évoluer. En tout cas, notre posture professionnelle, elle évolue. C'est évident, elle évolue avec notre pratique, avec notre chemin personnel, avec l'évolution du monde aussi de manière générale. Et quoi qu'il en soit, c'est vraiment un super chemin, très épanouissant. Et personnellement, je pense que ça fait partie des garde-fous et des stratégies qu'on peut mettre en place pour lutter contre l'épuisement. À très très bientôt, je te souhaite une belle semaine. n'hésite pas à... Proposez à tes amis orthophonistes ou autres d'écouter cet épisode et bien sûr mes 5 étoiles. A très vite !