- Speaker #0
Bonjour et bienvenue dans Parenthèses au barreau, le podcast qui explore les coulisses humaines du métier d'avocat et des dossiers judiciaires. Je suis Barbara Parra, psychologue spécialisée en expertise psychologique. Dans ce podcast, nous croisons les regards du droit et de la psychologie pour mieux comprendre ce qui se joue, parfois de manière invisible, derrière les procédures, les conflits et les professionnels qui les accompagnent. Aujourd'hui est un épisode un peu particulier. D'abord parce que mon invité connaît déjà bien ce podcast. Véronique, Véronique Gault, tu es avocate en droit des affaires et coach et tu es déjà venue dans Parenthèse au barreau pour un épisode consacré à la session d'entreprise et ce que vivent vraiment les dirigeants. C'était l'épisode numéro 12. Mais aujourd'hui, nous allons parler d'un autre sujet, les avocats eux-mêmes. Nous allons parler de leur fatigue, de leur charge mentale, de leur solitude parfois, et de cette difficulté encore très présente dans la profession, celle de demander de l'aide avant l'épuisement. Cet épisode est aussi particulier parce qu'au-delà de nos métiers respectifs, moi psychologue et toi coach, nous travaillons aujourd'hui ensemble autour du dispositif Jurivision. qui est un espace d'intervision et de réflexion destiné aux avocats. Le sujet résonne particulièrement aujourd'hui alors que le rapport du CNB sur la santé mentale et la qualité de vie au travail des avocats, qui a été publié en avril 2026, donne des chiffres extrêmement forts sur une réalité que beaucoup percevaient déjà sur le terrain. Selon cette enquête, à laquelle plus de 6000 avocats ont répondu, 81% déclarent ressentir de la fatigue ou un stress chronique. 60% évoquent un burn-out ou un état dépressif et 12% déclarent avoir eu des pensées suicidaires au moins une fois dans les 12 derniers mois. Alors qu'il faut savoir que la moyenne nationale, toutes professions confondues, est seulement de 5%. Ces chiffres ne décrivent plus des situations isolées, ils interrogent désormais le fonctionnement même de votre profession. Alors aujourd'hui, avec toi Véronique, nous allons revenir sur les résultats de ce rapport. sur les mécanismes psychologiques qui peuvent conduire à l'épuisement dans la profession, sur les limites du modèle actuel, mais aussi sur les solutions qui existent déjà dans d'autres professions exposées humainement. Nous allons donc parler d'intervision, de groupe de parole, de prévention et de l'importance de recréer des espaces où les avocats puissent enfin déposer ce qu'ils portent, souvent seuls et depuis trop longtemps. Et nous parlons bien sûr aussi de jurivision, pourquoi nous avons eu envie de créer ce dispositif. et en quoi ces espaces sont en train de devenir un outil majeur de prévention dans la profession. Véronique, quand tu as découvert les résultats du rapport du CNB, quelle a été ta première réaction ?
- Speaker #1
Bonjour Barbara, merci de me donner la parole. Honnêtement, je n'ai pas été du tout surprise par ces chiffres. Ce qui m'a surtout frappée, c'est qu'on mette enfin des mots et des données sur quelque chose que beaucoup d'avocats vivent déjà depuis très longtemps, mais silencieusement. En fait, le mal-être des avocats, c'est un secret de polychinelle. Tous les avocats connaissent un ou plusieurs de leurs consoeurs ou confrères qui ont quitté la profession. Et c'est bien normal, puisque déjà, il y a 30% des jeunes avocats qui quittent la robe dans les 10 premières années d'exercice. Pourquoi ? Souvent par manque d'adéquation entre leurs attentes et la réalité, mais aussi souvent par épuisement. On sait depuis longtemps que l'exercice de cette profession peut générer des stress considérables. de la fatigue psychologique, de la surcharge mentale, et parfois des burn-out importants. Mais souvent, on pense que c'est individuel. Et chacun, finalement, en tant qu'avocat, on se dit, c'est moi, c'est moi qui ne supporte pas la profession, c'est moi qui ne suis pas assez fort. Et d'ailleurs, il faut savoir que la souffrance au travail, dans cette profession, est souvent vécue comme un apprentissage du métier. Il faut résister. Et se plaindre, ce n'est pas très bien vu, c'est plutôt prohibé. Mais là, le rapport du CNB, montre clairement que ce ne sont pas des cas isolés et que c'est toute la profession qui est concernée. Alors oui, en fait, Barbara, je vais te le dire vraiment, la profession ne va pas bien. Et ce qui est nouveau, c'est qu'elle ose le dire.
- Speaker #0
Oui, en effet, Véronique, c'est vrai qu'on voit bien qu'il existe un problème structurel dans la profession d'avocat. Toi, sur le terrain, est-ce que tu sentais déjà cette fatigue avant même la sortie de ce rapport ?
- Speaker #1
Mais oui, c'est ce que je viens de te dire. C'est-à-dire que oui, tout le monde le sait, tout le monde en parle. Moi, j'ai beaucoup d'amis avocats. Et je constate depuis très longtemps que ça va de plus en plus mal et qu'ils me font part de l'épuisement et du découragement général. Ils sont pressurés de toutes parts, ils subissent une institution judiciaire qui est dégradée, chacun le sait, par manque de moyens, des journées à rallonge. des clients et des consoeurs, des confrères qui sont de plus en plus agressifs. Un monde, comme pour d'ailleurs tous les autres, en perpétuel mouvement, ils doivent toujours s'adapter. Ils ont vraiment une grande difficulté à concilier vie professionnelle et vie personnelle. En résumé, il y a une difficulté de plus en plus accrue à faire face à cet exercice professionnel qui est toujours plus exigeant. Ils se sentent souvent isolés, dépassés. Il y a une vraie forme d'usure psychique progressive. Et ça fait déjà plusieurs années maintenant qu'on le sait. Ce rapport du CNB qui date de cette année a été précédé d'un autre rapport en 2017 qui exposait déjà ces difficultés. Le mal-être des avocats en France, c'est bien documenté maintenant. En février 2025, il y avait déjà l'Ordre des avocats qui avait édité une étude qui indiquait que plus de la moitié des avocats présentent des troubles de santé liés au travail. Ces troubles, ce sont l'anxiété, le trouble du sommeil, l'épuisement émotionnel. Ce n'est pas que le barreau de Paris qui est concerné. Tous les barreaux, et même des barreaux en province, des plus petits barreaux. L'un de nos confrères, du barreau de Rouen, Maître Karim Berbra, a remis à la chancellerie au début 2025 un rapport sur l'exposition des avocats à la souffrance au travail. Et il constate exactement la même chose, qu'en fait les avocats, ils sont confrontés également à des risques psychosociaux. Tous les avocats lui ont fait part de ces mêmes difficultés. Alors les difficultés, on en a un petit peu parlé. C'est être à bout de force, c'est être épuisé émotionnellement, travailler trop dans l'urgence. Il ne faut pas non plus oublier la pression économique qui s'exerce sur les avocats et qui est considérable et qui est à l'origine de beaucoup de stress dans la profession. Que ce soit la pression des collaborateurs qui doivent faire leur feuille de temps quotidienne afin de permettre à leur cabinet la refructuration du temps passé. Et ça, je peux te dire, Barbara, pour l'avoir vécu, que... Tous les collaborateurs détestent cet exercice. Ou que ce soit l'avocat indépendant qui doit assurer la pérennité de son cabinet, c'est-à-dire trouver tous les jours des nouveaux clients, générer suffisamment d'honoraires par rapport à des charges qui sont toujours plus lourdes. En fait, c'est pour tous un facteur de stress qui n'est pas du tout négligeable et qui s'accentue toujours plus. D'ailleurs, les difficultés économiques, c'est assez incroyable, mais maintenant, il y a même des cabinets qui ne résistent pas. et qui sont mis en liquidation judiciaire. Et je peux te dire que moi, quand j'ai prêté ça, j'en avais jamais entendu parler, ça n'existait pas. Parce que travailler en indépendance, c'est travailler sans filet de sécurité. Donc être salarié, c'est vrai que ça a des inconvénients, mais il faut savoir que ça permet quand même une stabilité des revenus, une sécurité de l'emploi, avec notamment les allocations chômage, si tu es licencié. Ce qui n'est pas du tout le cas des avocats. Et la grande peur des avocats, c'est souvent de ne pas avoir de revenus, assez de revenus pour payer ses charges. D'autant plus que la plupart des clients ne sont pas récurrents. Donc une fois que tu traites un dossier, même si le client est très content de toi, il ne va pas avoir besoin de toi à nouveau parce qu'il n'aura pas à faire face à d'autres difficultés. Donc il ne reviendra pas te voir. En conclusion, je crois que la plupart des confrères et des consoeurs, ils aiment leur métier. Mais en réalité, et c'est ce qui ressort d'ailleurs de l'étude de notre confrère de Rouen, c'est que 21% des personnes qu'il a interrogées, des avocats, nous ont indiqué qu'au final, ils ne recommanderaient pas cette profession à des jeunes.
- Speaker #0
Ce qui m'étonne aussi, Véronique, c'est que beaucoup d'avocats ne parlent quasiment jamais de cette souffrance. Alors, je comprends que ce malaise, il est renforcé par cet environnement très concurrentiel, parfois peu solidaire, mais où j'ai l'impression qu'il est mal vu de montrer sa faiblesse. Alors même que, on le sait, les avocats gèrent des dossiers qui sont humainement très lourds, qu'ils portent une grande responsabilité vis-à-vis de leurs clients.
- Speaker #1
Oui, mais Barbara, comme je te le disais, il existe encore une culture très forte du « je dois tenir » . Et si je ne fais pas face, comment je vais aider mon client ?
- Speaker #0
Oui, Véronique, en psychologie, on le sait bien que plus une profession valorise la résistance, et plus les personnes demandent de l'aide tardivement. Et dans votre profession d'avocat, on retrouve cela assez souvent en fait. Cet hyper-engagement, une forme de perfectionnisme, un fort sens de la responsabilité et parfois des difficultés à ralentir. voire même une culpabilité lorsqu'ils décrochent. Et toi Véronique, est-ce que tu vois des confrères qui fonctionnent progressivement en mode survie, sans même s'en rendre compte ?
- Speaker #1
Mais oui, mais oui, beaucoup fonctionnent comme ça. Ils travaillent dans l'urgence, ils doivent répondre aux clients, ils doivent assurer les audiences, on attend et on attend et on est en même temps toujours pressé. Donc cette surcharge, elle devient normale dans la profession et avec des signaux d'alerte qui sont très très minimisés parce qu'en fait, on ne se plaint pas. Et pour compenser, pour faire face à ce stress, à la pression, aux troubles du sommeil, malheureusement, certains de nos confrères ou de nos consœurs ont des addictions à l'alcool, aux médicaments, aux drogues. Ils beaucoup négligent leur hygiène mentale et physique. La majorité des avocats ne pratiquent aucune activité physique régulière. La plupart ont une alimentation insatisfaisante, parce qu'ils mangent, ils déjeunent dans l'urgence, toujours dans l'urgence. Ils ne prennent pas le temps d'aller voir un médecin, et quand ils consultent, c'est souvent trop tard.
- Speaker #0
Je trouve aussi qu'on parle encore très peu de certaines violences invisibles dans la profession d'avocat, Parce qu'un avocat... Tu l'as dit précédemment, il peut être confronté à des clients agressifs, à des situations de harcèlement, à des confrères violents relationnellement, à des précieux économiques, à des urgences permanentes et à des relations extrêmement envahissantes. Toi, est-ce que tu as le sentiment qu'il existe parfois une forme de violence psychologique dans l'exercice de ton métier ?
- Speaker #1
Alors, la violence, le harcèlement, ça existe et d'ailleurs c'est de plus en plus fréquent. La plupart sont victimes, non pas heureusement, de violences physiques, même si ça commence à exister. La plupart des avocats peuvent être victimes de violences verbales. Et ça, c'est de plus en plus important. Et en ce qui concerne les violences et le harcèlement à l'encontre des avocats, maintenant, ça fait l'objet de rapports. Il y a un rapport du Conseil des barreaux européens qui a rendu en 2024 un rapport sur... D'ailleurs, on mettra ce rapport à la fin du podcast, sur ce thème. Il y a également le CNB qui a rendu un rapport sur l'augmentation significative du nombre d'avocats victimes de menaces et de harcèlement depuis deux ans. Pourquoi ? Parce que ça existait depuis longtemps, mais c'est de plus en plus accru, un amalgame entre l'avocat et son client. Et c'est très compliqué à gérer.
- Speaker #0
Est-ce que tu peux nous relater une expérience que tu m'as partagée récemment, Véronique ?
- Speaker #1
Alors oui, je peux te relater une expérience pour donner un exemple. L'expérience traumatisante d'une consœur qui m'avait partagé la carte de vœux au moment de Noël, la carte de vœux qu'elle recevait chaque année et qui lui était adressée par les parents d'un enfant qui était décédé dans l'affaire du champ contaminé. Malheureusement, cet enfant étant décédé, cette collaboratrice qui avait participé au travail des avocats qui défendait le principal accusé dans cette affaire, les parents lui envoyaient la carte en mettant chaque année l'âge que l'enfant aurait s'il n'était pas mort. Tu t'imagines quand tu reçois ça chaque année ?
- Speaker #0
Oui, c'est terrible.
- Speaker #1
Et certains de nos confrères d'ailleurs avaient reçu les premières années un petit cercueil en bois. Donc, c'est quand même des situations, je me souviens, elle était très traumatisée, et c'est vrai, on l'est évidemment quand on reçoit ce genre de choses.
- Speaker #0
Bien sûr. C'est sûr que finalement, beaucoup d'avocats ont appris à encaisser, à absorber, parfois à contenir, mais sans toujours avoir d'espace pour élaborer ce qu'ils vivent.
- Speaker #1
Oui, mais à force de contenir toute cette souffrance, on finit par s'épuiser.
- Speaker #0
Oui. Il y a aussi la charge émotionnelle des dossiers, on le voit ici par exemple, que ce soit un dossier en droit de la famille, en droit pénal, sur des affaires de harcèlement, de violence. Certains avocats passent leur journée au contact de conflits extrêmement lourds, de détresse humaine, voire de récits traumatiques, et pourtant on parle très peu du coup psychique de cette exposition répétée. Toi Véronique, est-ce que tu vois des dossiers qui touchent particulièrement les avocats ?
- Speaker #1
Bien sûr, surtout dans le domaine du droit de la famille et en droit pénal. Ce sont des dossiers qui sont très lourds. Et même lorsque ces dossiers sont terminés, les confrères, bon, moi, ce n'est pas mon domaine, mais je sais que certains confrères sont vraiment psychologiquement... J'ai des délices à dire à ce moment-là. Donc voilà, ils sont affectés. Parce qu'en réalité, être au contact de la souffrance et de la détresse, ce n'est pas toi qui vas me dire le contraire, ça ne peut pas laisser indifférent. C'est d'ailleurs aussi vrai pour les confrères qui accompagnent les victimes que pour ceux qui défendent les accusés. Je voudrais d'ailleurs à ce sujet juste te parler de notre confrère Maxime Tessier, qui a défendu Joël Esquarnet, qui est le chirurgien pédocriminel qui a été accusé de plus de 300 viols et agressions sexuelles. Ce confrère est mort en juillet dernier à l'âge de 34 ans. Tout laisse à penser que c'est un suicide. A la suite de son décès, le collectif des victimes a salué le respect et l'attitude de ce confrère et à ce sujet a pris conscience de la difficulté du métier en appelant à ce qu'un accompagnement psychologique soit mis en place pour ce type de procès. L'un de ses représentants de ce collectif a d'ailleurs déclaré « Il est indéniable que d'être au contact de la perversion aussi longtemps, en étant plongé dans ce qu'il a de plus sordide dans l'horreur, ne peut pas laisser indemne. Je ne fais pas de conclusion hâtive, je ne connais pas l'avis de ce confrère, mais dans le monde judiciaire, on a beaucoup dit que sa mort avait certainement un lien avec l'horreur des faits exposés. On ne peut évidemment pas l'affirmer avec certitude, mais le traumatisme vicariant, dont tu vas parler, je le sais après, est dans toutes les têtes. On ne peut pas exclure que ce procès a été au minimum un facteur de fragilisation pour lui. Donc tu vois, les avocats, ce n'est pas forcément des victimes directes, mais ils peuvent l'être et ils ne se sentent pourtant jamais légitimes à dire qu'ils sont aussi sujets à des conséquences et qu'ils ont besoin d'aide.
- Speaker #0
Oui, c'est vrai Véronique, tu viens d'en parler. En psychologie, on parle de fatigue compassionnelle, de burn-out judiciaire, on a déjà consacré un épisode du podcast sur ce sujet, ou du trauma vicariant. Le trauma vicariant, qu'est-ce que c'est ? C'est l'impact psychique. indirecte de l'exposition répétée à la souffrance des autres. Et cela concerne aussi les métiers de droit, évidemment. L'avocat doit savoir se prémunir face aux problèmes psychologiques de ses clients, au risque de majorer ses propres risques psychosociaux.
- Speaker #1
Oui, je pense que beaucoup d'avocats découvrent seulement aujourd'hui que cette fatigue émotionnelle existe réellement. En fait, l'urgence maintenant, c'est de mettre l'effort sur la prévention, et ceci au plus tôt. Ça veut dire dès les études de droit. Aujourd'hui, le sujet de la santé chez les avocats n'est plus un sujet tabou. Des dispositifs ont déjà été mis en place ces dernières années par plusieurs barreaux, notamment au barreau de Paris, notamment des lignes d'écoute psychologiques, des journées de dépistage, et puis très récemment, cette première journée sur la santé mentale des avocats suite au rapport du CNB dont on en parle depuis tout à l'heure.
- Speaker #0
Tout à fait.
- Speaker #1
Alors, je pense qu'il faut également... Parler de la solitude dans la profession.
- Speaker #0
Oui Véronique, tu as raison. Et cette solitude qui n'est peut-être pas la même dans tous les barreaux. On en a entendu parler récemment. Il y a certains barreaux de province où ils ont moins ce sentiment de solitude puisqu'ils sont moins nombreux dans leurs barreaux. Mais cette solitude revient énormément dans les situations d'épuisement. Parce que dans ce cas-là, beaucoup d'avocats portent seuls leurs responsabilités, leurs décisions, leurs dossiers et donc bien sûr même leurs difficultés. Et il existe finalement très peu d'espace. où ils peuvent dire « je ne sais plus comment gérer cette situation » . Toi Véronique, est-ce que tu as le sentiment que cette solitude devient aujourd'hui un facteur majeur de risque psychique ?
- Speaker #1
Ben oui, complètement. Et paradoxalement, alors que les avocats travaillent constamment avec des humains, beaucoup sont très très seuls avec ce qu'ils vivent intérieurement.
- Speaker #0
Oui. Et d'ailleurs Véronique, ce qui nous a rapprochés, c'est justement cette réflexion autour des espaces d'intervision. Parce que beaucoup d'autres professions exposées UN... humainement comme celle des psychologues, bien sûr, celle des médecins, celle des travailleurs sociaux. Les groupes d'analyse des pratiques existent déjà depuis longtemps. Quand tu as découvert ces dispositifs, Véronique, qu'est-ce qui t'a donné envie de les adapter aux avocats ?
- Speaker #1
Ce qui me plaît dans ces dispositifs, c'est la puissance de l'intelligence collective. Quand des professionnels peuvent réfléchir ensemble à une situation, sans jugement, sans compétition, sans devoir tenir un rôle. Là, les solutions deviennent beaucoup plus riches. Et surtout, les personnes se sentent moins seules. Et moi, ce que je souhaite avec ce dispositif, c'est que les avocats puissent exercer leur profession, défendre, conseiller, sans s'exposer à des facteurs de risques psychosociaux, à la dépression, au burn-out, qu'ils puissent travailler sans crainte pour l'intégrité physique et morale. En fait, si rien n'est mis en place, je pense que c'est même la qualité du travail qui peut en pâtir, directement, au détriment, bien sûr, des premiers concernés, les avocats, mais aussi des justiciables.
- Speaker #0
Oui, et finalement, ce que l'on entend souvent dans ces espaces, c'est « je croyais être seule à vivre cela » . Et rien que cela change déjà énormément les choses.
- Speaker #1
Ben oui, on passe d'une logique d'isolement à une logique de collectif, de soutien, de réflexion partagée.
- Speaker #0
Oui, et donc dans Jurivision, on s'est inspiré de ces groupes d'analyse des pratiques professionnelles. L'objectif, bien sûr, ce n'est pas de juger, ce n'est pas de conseiller, ce n'est encore moins de réparer. On n'est pas sur des séances de psychothérapie. Mais l'objectif, c'est de permettre de prendre du recul, c'est de permettre l'élaboration, la réflexion sur sa posture professionnelle et bien sûr mettre en place de la prévention, comme tu l'as déjà dit. Toi, Véronique, qu'est-ce qui te semble le plus puissant dans les groupes entre pairs ?
- Speaker #1
Moi, je dirais que c'est la décharge émotionnelle, l'intelligence collective. Ça, je l'ai déjà dit, c'est-à-dire que le groupe va trouver des solutions, chacun va s'entraider pour trouver la meilleure solution. Donc la recherche de solutions concrètes aux problématiques rencontrées, qui sont celles des avocats, et comme on se parle entre avocats, on sait bien de quoi l'on parle. Quand un avocat peut enfin partager une situation difficile et entendre d'autres regards, ça va ouvrir forcément des perspectives nouvelles et ça permet de sortir du sentiment « je dois gérer cela seul » .
- Speaker #0
Oui, et ce qui est intéressant aussi avec ces dispositifs, c'est qu'on travaille sur différents sujets. Bien sûr sur le sujet des conflits, sur le sujet des limites que l'on va pouvoir donner à son propre travail, sur les situations de harcèlement, sur les relations qui sont difficiles dans son travail. sur ce sentiment de culpabilité qui est récurrent, sur la fatigue émotionnelle, ou encore sur la bonne distance dans la relation avec les clients.
- Speaker #1
Mais oui, l'objectif n'est pas uniquement d'aller mieux, c'est aussi de mieux comprendre certaines dynamiques, de prévenir certaines situations, de retrouver du recul, tu l'as dit, et surtout de réfléchir ensemble à des solutions adaptées. Ce qu'on a voulu créer avec Jurivision, en fait, c'est un espace sécurisé pour les avocats, et vraiment pour eux.
- Speaker #0
Oui Véronique, c'est vrai. C'est un espace où les avocats peuvent déposer certaines situations de façon anonyme, on y reviendra, réfléchir ensemble, retrouver du collectif pour ceux qui l'auraient perdu, mieux comprendre leur réaction émotionnelle et puis bien sûr surtout prévenir l'épuisement avant la rupture.
- Speaker #1
Ce qui est important à comprendre c'est qu'on ne vient pas dans ces groupes parce qu'on est fragile, on y vient parce qu'on exerce un métier humainement exigeant. Et parce qu'il devient essentiel aujourd'hui d'avoir des espaces de recul, de réflexion, de soutien professionnel.
- Speaker #0
Et Véronique, comment peut-on nous contacter ou rejoindre Jurivision ?
- Speaker #1
On peut être contacté, Barbara et moi, directement via LinkedIn ou via le site juripsi.fr.
- Speaker #0
On a créé une page dédiée pour cela.
- Speaker #1
Nous avons voulu créer ensemble des groupes d'intervision. Des espaces d'analyse de pratiques, des groupes de paroles, des temps de réflexion dédiés aux avocats. L'objectif étant que les avocats puissent déposer les situations complexes auxquelles ils sont confrontés, réfléchir ensemble, partager leurs expériences, bénéficier d'intelligence collective, une fois encore y retrouver du soutien dans une profession qui reste encore très solitaire.
- Speaker #0
Oui, c'est vrai Véronique. Ce qui nous semblait particulièrement important avec ce dispositif Jury Vision, c'était justement ce croisement du regard psychologique et du regard d'avocate. Ce binôme, c'est pour ça qu'on a décidé de travailler ensemble, parce que certaines difficultés nécessitent à la fois cette compréhension humaine et émotionnelle et relationnelle, mais aussi une connaissance très concrète de la réalité du métier d'avocat. Et donc Jury Vision est née précisément de cette envie commune.
- Speaker #1
Créer des espaces de prévention. avant l'épuisement, remettre du collectif dans une profession qui porte encore énormément seul.
- Speaker #0
Merci Véronique pour cet échange.
- Speaker #1
Merci Barbara.
- Speaker #0
Et à très bientôt pour la suite de Jurivision. Quand on parle aujourd'hui d'intervision, de groupe de parole ou d'analyse des pratiques professionnelles, certaines personnes peuvent avoir l'impression qu'il s'agit d'outils. nouveaux. En réalité, ces dispositifs existent depuis très longtemps dans les professions exposées humainement. Chez les psychologues, par exemple, les espaces de supervision, d'intervision et d'analyse des pratiques font partie du fonctionnement normal de notre métier. Pourquoi ? Parce qu'on sait depuis longtemps qu'on ne peut pas écouter la souffrance, gérer des situations complexes, accompagner des conflits ou être exposé à des récits traumatiques sans avoir soi-même des espaces de recul, d'élaboration. de réflexion collective et de décharge émotionnelle. Donc ces espaces ne sont pas des lieux de fragilité, de plainte ou de faiblesse professionnelle, pas du tout, c'est même tout le contraire. Aujourd'hui, face à cette charge émotionnelle des dossiers des avocats, face à leur solitude, face à leur épuisement et surtout face aux chiffres préoccupants qui ont été relevés par le rapport du CNB, la profession d'avocat commence elle aussi à s'interroger. Comment créer davantage d'espaces de soutien, de réflexion ? et d'intelligence collective. C'est dans cette logique qu'est née Jurivision. Adapter aux avocats des dispositifs qui ont déjà montré depuis longtemps leur utilité dans d'autres professions exposées psychiquement. Si cet épisode vous a intéressé, pensez à vous abonner au podcast Parenthèse au barreau, à laisser une note ou un commentaire, c'est ce qui permet au podcast de se faire connaître et de continuer à ouvrir ces discussions essentielles autour des réalités humaines du droit. Et je vous dis à très bientôt pour une nouvelle Parenthèse au barreau.