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Anne Paceo, autrice, compositrice, interprète improvisatrice de jazz et batteuse cover
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Entretiens avec des auteurs, compositeurs, éditeurs Sacem

Anne Paceo, autrice, compositrice, interprète improvisatrice de jazz et batteuse

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13min |24/11/2023
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Description

« Jouer de la musique sur scène, derrière ma batterie, cela a toujours été un moment de joie pour moi. »
Passionnée de batterie dès son plus jeune âge, Anne Paceo fait ses premiers pas derrière les fûts au Conservatoire de Niort. Adolescente, la batteuse fait ses preuves en groupe.
De ses rencontres déterminantes avec Stéphane Kochoyan et Annick Chartreux, jusqu’à ses succès aux Victoires de la Musique en 2011, 2016 et 2019, Anne Paceo nous relate les dates et étapes qui ont marqué son parcours de créatrice et d’instrumentiste. 


Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

Transcription

  • Speaker #0

    Regards ça s'aime, une podcast. Point de vue de créatrice et de créateur.

  • Speaker #1

    Je m'appelle Anne Passeo et je suis batteuse et compositrice. Moi je voulais jouer de la batterie. J'ai grandi à une époque où il y avait beaucoup de musique à la télévision et surtout beaucoup de groupes live. Tous les groupes avaient un batteur en fait. Dans la moindre émission de télé, il y avait un groupe et des batteurs. Et je pense que j'ai eu envie de faire comme eux. Mes parents m'ont inscrit au conservatoire de New York. Et donc le prof, comme c'était un conservatoire plutôt classique, il m'a fait commencer par la caisse claire et le xylophone. Et un jour j'ai dit à mon prof, j'étais vraiment sacrément culottée, je lui ai dit écoutez monsieur si vous ne me faites pas jouer de la batterie, j'arrête la musique. Et du coup il m'a mis à la batterie. Là il m'a fait travailler plein de choses et surtout moi ce que j'aimais c'était jouer sur les disques. Je me mettais à « What you can do machine » Nirvana et je jouais dans le garage pendant des heures. J'ai pris une énorme claque en voyant un concert de Kenny Garrett, c'était au Festival des enfants du jazz, je devais avoir 13 ans. Et je me souviens d'être devant la scène complètement fascinée par ce qui se passait et me dire « j'ai envie de faire ça toute ma vie » parce que la musique, la scène, la batterie, ça a toujours été un endroit de joie pour moi. Tout s'est fait assez naturellement. Quand j'avais 15 ans, je recommençais à jouer dans des groupes et faire des concerts. À 17 ans, je partais en tournée avec un groupe de chansons françaises. On partait en camion tous les week-ends. Et puis, je suis sortie du lycée et tout mon entourage me disait « Anne, il faut que tu aies un diplôme » . Je me suis inscrite en musicologie à Saint-Denis, fac. Et au bout d'un an et deux mois, à la fac de musicaux. Je me souviens, j'étais sur les bancs d'un cours d'écriture classique et je me suis dit, ma place, elle n'est pas là. Ce n'est pas ça mon endroit et ce n'est pas ça ma vie. Et du coup, je pense que c'est là le moment clé. En fait, je me suis dit, j'arrête la fac et je bosse ma batterie comme une dingue pour pouvoir rentrer au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris. En rentrant au Conservatoire, ça m'a donné une espèce de force. Et puis, c'est à ce moment-là aussi que je suis devenue intermittente du spectacle. donc j'ai pu gagner ma vie avec ça. Je ne sais pas si j'avais fantasmé quelque chose de ce métier-là. Ce que je savais, c'est que je voulais jouer pour les autres et que la musique me faisait du bien. J'ai commencé à tourner dans le monde entier avec mes groupes, grâce au réseau des instituts français notamment. Et j'ai adoré cette vie de voyage, de rencontre, de partage, de découvrir différentes cultures, différents pays, différentes musiques. Je ne m'étais pas figurée quelque chose avant, vraiment. Je pense que je me suis un peu laissée porter à certains endroits. En fait je dirais que la première étape clé c'est la rencontre avec Stéphane Ausha, qui était mon prof d'atelier, qui m'a emmené au festival des enfants du jazz de Barcelonette et qui je pense m'a transmis cette passion pour la musique. Je crois que la première étape c'est le lycée Claude Monet à Paris avec cette prof de musique incroyable Annick Chartreux qui est qui m'a prise comme batteuse de l'orchestre du lycée, qui m'a donné sa confiance pour leader le groupe de jazz du lycée. Donc c'était ma première expérience de leader. Après, il y a eu ma rencontre avec le label Labori Jazz, qui a été le premier label à me produire, qui a produit mon premier disque, j'avais 24 ans. Un disque qui s'appelait Trissage. et avec qui j'ai fait trois ou six albums après. Il y a eu ma première victoire de la musique, Révélation Jazz, en 2011. Autre moment clé, il y a eu la deuxième victoire de la musique artiste de l'année en 2016. Et encore artiste de l'année en 2019, ça a été des moments un peu charnières. Et ça m'a aussi donné confiance. Et puis je crois que chaque disque a été un moment clé. Je pense que toute ma vie, c'est un défi. Déjà, je suis une femme qui joue d'un instrument dit d'homme. Donc pour faire sa place là-dedans, ça a été quand même... Et c'est encore un sacré truc. parce qu'on n'est pas habitués. Donc je pense que m'imposer déjà en tant que batteuse, ça a été quelque chose de costaud. Après, le défi de lider ma carrière en fait, de sortir mes disques, d'écrire de la musique. Et puis à chaque fois que quelqu'un que j'admirais m'appelait, je me disais mais mince, comment ça se fait qu'il m'appelle moi ? Et c'était pour moi des défis, même si pour eux c'était une évidence que je devais être là et que j'avais ma place. Mais je pense que tout est un peu un défi. Déjà d'être musicien, c'est un métier qui rend très heureux. On a une chance incroyable de faire ce qu'on aime. Mais c'est énormément de travail. C'est des questionnements, c'est plein de choses. La priorité, ça reste mes projets, mes groupes. Après, évidemment, je fais ce qu'on appelle du side, je joue pour des gens. Mais après, c'est vrai que je me rends compte que la moitié de mes revenus, ça reste mes revenus de SACEM. De par les disques que j'écris, je pense. Et là, j'ai de plus en plus envie d'écrire pour les autres. pour plein de styles de musique différents, même pour d'autres domaines, pour du théâtre, du cinéma. J'ai envie que l'écriture prenne plus de place pour peut-être être un petit peu moins sur la route, même si j'adore ça, mais en fait c'est très très fatigant d'être tout le temps dans des trains, des avions, des taxis. Du coup j'aimerais trouver un équilibre avec peut-être un peu plus de moments à composer, tout en restant quand même sur la route de temps en temps. Quand je regarde les chiffres de vente de mon premier disque et que je vois aujourd'hui, où j'ai plus de public, je me dis que tout l'écosystème a été vraiment très bouleversé. Donc je regarde ça d'un drôle d'œil. Et puis après, clairement, je vois les revenus pour les artistes. C'est absolument dérisoire. En fait, ce qui est fou, c'est qu'on cherche tous à avoir des playlists, à être plus joués sur les plateformes. Je réfléchissais à ça, sur les... Parfois, certains titres qui font des millions de vues, en fait, combien sont réellement écoutés ? Parce qu'on se retrouve dans des playlists qui sont jouées au fin fond d'un café, je ne sais pas où. Personne, en fait, va écouter vraiment ce qui se passe. Ou dans une soirée, ou le truc qui va se mettre en aléatoire, il y a votre titre qui passe. Et je me rends compte, en discutant avec les professionnels du métier, qu'en fait, il y a une... Parfois, il n'y a pas de corrélation entre un succès en streaming et le nombre de concerts et le nombre de disques physiques vendus. J'ai l'impression que c'est une bulle qui est un peu déconnectée du reste. Et étrangement, les programmateurs, les collaborateurs vont aller regarder combien on a de vues sur Spotify, par exemple, combien on a d'auditeurs, alors qu'en fait, ce n'est absolument pas représentatif, à mon sens, de la réalité. Qu'est-ce qu'on pourrait changer ? Déjà la première chose c'est une meilleure rétribution pour les labels et les artistes. Mon disque a été produit par mon asso et quand on voit combien ça coûte de produire un disque et au final ce qu'on gagne, c'est hallucinant. Donc oui, une meilleure négociation des droits d'auteur, des redevances, pour moi ça sera déjà un bon début. J'ai réfléchi pas mal à ce que va devenir notre métier. En fait, j'ai l'impression que, en tout cas pour ma part, il faut que je me diversifie. Là, on a vu avec la crise Covid, on s'est retrouvés quand même deux ans complètement à l'arrêt. En fait, on s'est rendu compte que tout est friable. Et je me suis dit qu'il fallait... En fait, moi, ce qui m'a permis de tenir, clairement, c'est la SACEM. C'était mes SACEM qui, elles, étaient là. Donc voilà, je me rends compte qu'il faut, j'ai l'impression que dans le nouveau monde, il faut savoir faire plein de trucs en fait et multiplier les collaborations. Et moi, je sais que j'ai envie de bosser avec d'autres domaines quoi. Et j'ai l'impression qu'en ça, mon métier va peut-être un peu changer. Alors qu'avant, je ne me posais pas la question. J'avais les concerts qui rentraient au planning et je ne me demandais pas ce qu'il allait se passer demain. Et en même temps, ça c'est peut-être le fait de vieillir aussi. On pense plus à demain qu'avant. Baguette magique, moi. Je redonnerais plus de pouvoir aux artistes. En fait, j'ai eu plusieurs fois l'impression dans ma carrière qu'on était vraiment le dernier maillon de la chaîne. C'est quand même nous qui produisons la matière. Et encore, moi, je m'en sors bien parce que je suis leader, parce que je me bats aussi pour mes droits et pour ne pas me faire marcher sur les pieds. Mais je pense que ça nous ferait du bien de reprendre un peu le contrôle sur certaines choses. En fait, la culture, c'est l'humanité. C'est ce qui nous rappelle qu'on est humain. Et un monde sans culture... En fait, il... Il devient tout gris, quoi. Je trouve que c'est ce qui nous connecte aux émotions, à l'âme, aux sensibles. Et si on n'a pas tout ça, on est des robots. Et c'est vrai que la société va de plus en plus vers ça, à essayer de nous faire rentrer dans des cases. Mais je pense qu'au contraire, c'est absolument essentiel et que le monde a vraiment besoin de culture.

  • Speaker #0

    Vous venez d'écouter le podcast du Regards SACEM, entretien réalisé par Pascal Bertin.

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« Jouer de la musique sur scène, derrière ma batterie, cela a toujours été un moment de joie pour moi. »
Passionnée de batterie dès son plus jeune âge, Anne Paceo fait ses premiers pas derrière les fûts au Conservatoire de Niort. Adolescente, la batteuse fait ses preuves en groupe.
De ses rencontres déterminantes avec Stéphane Kochoyan et Annick Chartreux, jusqu’à ses succès aux Victoires de la Musique en 2011, 2016 et 2019, Anne Paceo nous relate les dates et étapes qui ont marqué son parcours de créatrice et d’instrumentiste. 


Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

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  • Speaker #0

    Regards ça s'aime, une podcast. Point de vue de créatrice et de créateur.

  • Speaker #1

    Je m'appelle Anne Passeo et je suis batteuse et compositrice. Moi je voulais jouer de la batterie. J'ai grandi à une époque où il y avait beaucoup de musique à la télévision et surtout beaucoup de groupes live. Tous les groupes avaient un batteur en fait. Dans la moindre émission de télé, il y avait un groupe et des batteurs. Et je pense que j'ai eu envie de faire comme eux. Mes parents m'ont inscrit au conservatoire de New York. Et donc le prof, comme c'était un conservatoire plutôt classique, il m'a fait commencer par la caisse claire et le xylophone. Et un jour j'ai dit à mon prof, j'étais vraiment sacrément culottée, je lui ai dit écoutez monsieur si vous ne me faites pas jouer de la batterie, j'arrête la musique. Et du coup il m'a mis à la batterie. Là il m'a fait travailler plein de choses et surtout moi ce que j'aimais c'était jouer sur les disques. Je me mettais à « What you can do machine » Nirvana et je jouais dans le garage pendant des heures. J'ai pris une énorme claque en voyant un concert de Kenny Garrett, c'était au Festival des enfants du jazz, je devais avoir 13 ans. Et je me souviens d'être devant la scène complètement fascinée par ce qui se passait et me dire « j'ai envie de faire ça toute ma vie » parce que la musique, la scène, la batterie, ça a toujours été un endroit de joie pour moi. Tout s'est fait assez naturellement. Quand j'avais 15 ans, je recommençais à jouer dans des groupes et faire des concerts. À 17 ans, je partais en tournée avec un groupe de chansons françaises. On partait en camion tous les week-ends. Et puis, je suis sortie du lycée et tout mon entourage me disait « Anne, il faut que tu aies un diplôme » . Je me suis inscrite en musicologie à Saint-Denis, fac. Et au bout d'un an et deux mois, à la fac de musicaux. Je me souviens, j'étais sur les bancs d'un cours d'écriture classique et je me suis dit, ma place, elle n'est pas là. Ce n'est pas ça mon endroit et ce n'est pas ça ma vie. Et du coup, je pense que c'est là le moment clé. En fait, je me suis dit, j'arrête la fac et je bosse ma batterie comme une dingue pour pouvoir rentrer au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris. En rentrant au Conservatoire, ça m'a donné une espèce de force. Et puis, c'est à ce moment-là aussi que je suis devenue intermittente du spectacle. donc j'ai pu gagner ma vie avec ça. Je ne sais pas si j'avais fantasmé quelque chose de ce métier-là. Ce que je savais, c'est que je voulais jouer pour les autres et que la musique me faisait du bien. J'ai commencé à tourner dans le monde entier avec mes groupes, grâce au réseau des instituts français notamment. Et j'ai adoré cette vie de voyage, de rencontre, de partage, de découvrir différentes cultures, différents pays, différentes musiques. Je ne m'étais pas figurée quelque chose avant, vraiment. Je pense que je me suis un peu laissée porter à certains endroits. En fait je dirais que la première étape clé c'est la rencontre avec Stéphane Ausha, qui était mon prof d'atelier, qui m'a emmené au festival des enfants du jazz de Barcelonette et qui je pense m'a transmis cette passion pour la musique. Je crois que la première étape c'est le lycée Claude Monet à Paris avec cette prof de musique incroyable Annick Chartreux qui est qui m'a prise comme batteuse de l'orchestre du lycée, qui m'a donné sa confiance pour leader le groupe de jazz du lycée. Donc c'était ma première expérience de leader. Après, il y a eu ma rencontre avec le label Labori Jazz, qui a été le premier label à me produire, qui a produit mon premier disque, j'avais 24 ans. Un disque qui s'appelait Trissage. et avec qui j'ai fait trois ou six albums après. Il y a eu ma première victoire de la musique, Révélation Jazz, en 2011. Autre moment clé, il y a eu la deuxième victoire de la musique artiste de l'année en 2016. Et encore artiste de l'année en 2019, ça a été des moments un peu charnières. Et ça m'a aussi donné confiance. Et puis je crois que chaque disque a été un moment clé. Je pense que toute ma vie, c'est un défi. Déjà, je suis une femme qui joue d'un instrument dit d'homme. Donc pour faire sa place là-dedans, ça a été quand même... Et c'est encore un sacré truc. parce qu'on n'est pas habitués. Donc je pense que m'imposer déjà en tant que batteuse, ça a été quelque chose de costaud. Après, le défi de lider ma carrière en fait, de sortir mes disques, d'écrire de la musique. Et puis à chaque fois que quelqu'un que j'admirais m'appelait, je me disais mais mince, comment ça se fait qu'il m'appelle moi ? Et c'était pour moi des défis, même si pour eux c'était une évidence que je devais être là et que j'avais ma place. Mais je pense que tout est un peu un défi. Déjà d'être musicien, c'est un métier qui rend très heureux. On a une chance incroyable de faire ce qu'on aime. Mais c'est énormément de travail. C'est des questionnements, c'est plein de choses. La priorité, ça reste mes projets, mes groupes. Après, évidemment, je fais ce qu'on appelle du side, je joue pour des gens. Mais après, c'est vrai que je me rends compte que la moitié de mes revenus, ça reste mes revenus de SACEM. De par les disques que j'écris, je pense. Et là, j'ai de plus en plus envie d'écrire pour les autres. pour plein de styles de musique différents, même pour d'autres domaines, pour du théâtre, du cinéma. J'ai envie que l'écriture prenne plus de place pour peut-être être un petit peu moins sur la route, même si j'adore ça, mais en fait c'est très très fatigant d'être tout le temps dans des trains, des avions, des taxis. Du coup j'aimerais trouver un équilibre avec peut-être un peu plus de moments à composer, tout en restant quand même sur la route de temps en temps. Quand je regarde les chiffres de vente de mon premier disque et que je vois aujourd'hui, où j'ai plus de public, je me dis que tout l'écosystème a été vraiment très bouleversé. Donc je regarde ça d'un drôle d'œil. Et puis après, clairement, je vois les revenus pour les artistes. C'est absolument dérisoire. En fait, ce qui est fou, c'est qu'on cherche tous à avoir des playlists, à être plus joués sur les plateformes. Je réfléchissais à ça, sur les... Parfois, certains titres qui font des millions de vues, en fait, combien sont réellement écoutés ? Parce qu'on se retrouve dans des playlists qui sont jouées au fin fond d'un café, je ne sais pas où. Personne, en fait, va écouter vraiment ce qui se passe. Ou dans une soirée, ou le truc qui va se mettre en aléatoire, il y a votre titre qui passe. Et je me rends compte, en discutant avec les professionnels du métier, qu'en fait, il y a une... Parfois, il n'y a pas de corrélation entre un succès en streaming et le nombre de concerts et le nombre de disques physiques vendus. J'ai l'impression que c'est une bulle qui est un peu déconnectée du reste. Et étrangement, les programmateurs, les collaborateurs vont aller regarder combien on a de vues sur Spotify, par exemple, combien on a d'auditeurs, alors qu'en fait, ce n'est absolument pas représentatif, à mon sens, de la réalité. Qu'est-ce qu'on pourrait changer ? Déjà la première chose c'est une meilleure rétribution pour les labels et les artistes. Mon disque a été produit par mon asso et quand on voit combien ça coûte de produire un disque et au final ce qu'on gagne, c'est hallucinant. Donc oui, une meilleure négociation des droits d'auteur, des redevances, pour moi ça sera déjà un bon début. J'ai réfléchi pas mal à ce que va devenir notre métier. En fait, j'ai l'impression que, en tout cas pour ma part, il faut que je me diversifie. Là, on a vu avec la crise Covid, on s'est retrouvés quand même deux ans complètement à l'arrêt. En fait, on s'est rendu compte que tout est friable. Et je me suis dit qu'il fallait... En fait, moi, ce qui m'a permis de tenir, clairement, c'est la SACEM. C'était mes SACEM qui, elles, étaient là. Donc voilà, je me rends compte qu'il faut, j'ai l'impression que dans le nouveau monde, il faut savoir faire plein de trucs en fait et multiplier les collaborations. Et moi, je sais que j'ai envie de bosser avec d'autres domaines quoi. Et j'ai l'impression qu'en ça, mon métier va peut-être un peu changer. Alors qu'avant, je ne me posais pas la question. J'avais les concerts qui rentraient au planning et je ne me demandais pas ce qu'il allait se passer demain. Et en même temps, ça c'est peut-être le fait de vieillir aussi. On pense plus à demain qu'avant. Baguette magique, moi. Je redonnerais plus de pouvoir aux artistes. En fait, j'ai eu plusieurs fois l'impression dans ma carrière qu'on était vraiment le dernier maillon de la chaîne. C'est quand même nous qui produisons la matière. Et encore, moi, je m'en sors bien parce que je suis leader, parce que je me bats aussi pour mes droits et pour ne pas me faire marcher sur les pieds. Mais je pense que ça nous ferait du bien de reprendre un peu le contrôle sur certaines choses. En fait, la culture, c'est l'humanité. C'est ce qui nous rappelle qu'on est humain. Et un monde sans culture... En fait, il... Il devient tout gris, quoi. Je trouve que c'est ce qui nous connecte aux émotions, à l'âme, aux sensibles. Et si on n'a pas tout ça, on est des robots. Et c'est vrai que la société va de plus en plus vers ça, à essayer de nous faire rentrer dans des cases. Mais je pense qu'au contraire, c'est absolument essentiel et que le monde a vraiment besoin de culture.

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Passionnée de batterie dès son plus jeune âge, Anne Paceo fait ses premiers pas derrière les fûts au Conservatoire de Niort. Adolescente, la batteuse fait ses preuves en groupe.
De ses rencontres déterminantes avec Stéphane Kochoyan et Annick Chartreux, jusqu’à ses succès aux Victoires de la Musique en 2011, 2016 et 2019, Anne Paceo nous relate les dates et étapes qui ont marqué son parcours de créatrice et d’instrumentiste. 


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  • Speaker #0

    Regards ça s'aime, une podcast. Point de vue de créatrice et de créateur.

  • Speaker #1

    Je m'appelle Anne Passeo et je suis batteuse et compositrice. Moi je voulais jouer de la batterie. J'ai grandi à une époque où il y avait beaucoup de musique à la télévision et surtout beaucoup de groupes live. Tous les groupes avaient un batteur en fait. Dans la moindre émission de télé, il y avait un groupe et des batteurs. Et je pense que j'ai eu envie de faire comme eux. Mes parents m'ont inscrit au conservatoire de New York. Et donc le prof, comme c'était un conservatoire plutôt classique, il m'a fait commencer par la caisse claire et le xylophone. Et un jour j'ai dit à mon prof, j'étais vraiment sacrément culottée, je lui ai dit écoutez monsieur si vous ne me faites pas jouer de la batterie, j'arrête la musique. Et du coup il m'a mis à la batterie. Là il m'a fait travailler plein de choses et surtout moi ce que j'aimais c'était jouer sur les disques. Je me mettais à « What you can do machine » Nirvana et je jouais dans le garage pendant des heures. J'ai pris une énorme claque en voyant un concert de Kenny Garrett, c'était au Festival des enfants du jazz, je devais avoir 13 ans. Et je me souviens d'être devant la scène complètement fascinée par ce qui se passait et me dire « j'ai envie de faire ça toute ma vie » parce que la musique, la scène, la batterie, ça a toujours été un endroit de joie pour moi. Tout s'est fait assez naturellement. Quand j'avais 15 ans, je recommençais à jouer dans des groupes et faire des concerts. À 17 ans, je partais en tournée avec un groupe de chansons françaises. On partait en camion tous les week-ends. Et puis, je suis sortie du lycée et tout mon entourage me disait « Anne, il faut que tu aies un diplôme » . Je me suis inscrite en musicologie à Saint-Denis, fac. Et au bout d'un an et deux mois, à la fac de musicaux. Je me souviens, j'étais sur les bancs d'un cours d'écriture classique et je me suis dit, ma place, elle n'est pas là. Ce n'est pas ça mon endroit et ce n'est pas ça ma vie. Et du coup, je pense que c'est là le moment clé. En fait, je me suis dit, j'arrête la fac et je bosse ma batterie comme une dingue pour pouvoir rentrer au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris. En rentrant au Conservatoire, ça m'a donné une espèce de force. Et puis, c'est à ce moment-là aussi que je suis devenue intermittente du spectacle. donc j'ai pu gagner ma vie avec ça. Je ne sais pas si j'avais fantasmé quelque chose de ce métier-là. Ce que je savais, c'est que je voulais jouer pour les autres et que la musique me faisait du bien. J'ai commencé à tourner dans le monde entier avec mes groupes, grâce au réseau des instituts français notamment. Et j'ai adoré cette vie de voyage, de rencontre, de partage, de découvrir différentes cultures, différents pays, différentes musiques. Je ne m'étais pas figurée quelque chose avant, vraiment. Je pense que je me suis un peu laissée porter à certains endroits. En fait je dirais que la première étape clé c'est la rencontre avec Stéphane Ausha, qui était mon prof d'atelier, qui m'a emmené au festival des enfants du jazz de Barcelonette et qui je pense m'a transmis cette passion pour la musique. Je crois que la première étape c'est le lycée Claude Monet à Paris avec cette prof de musique incroyable Annick Chartreux qui est qui m'a prise comme batteuse de l'orchestre du lycée, qui m'a donné sa confiance pour leader le groupe de jazz du lycée. Donc c'était ma première expérience de leader. Après, il y a eu ma rencontre avec le label Labori Jazz, qui a été le premier label à me produire, qui a produit mon premier disque, j'avais 24 ans. Un disque qui s'appelait Trissage. et avec qui j'ai fait trois ou six albums après. Il y a eu ma première victoire de la musique, Révélation Jazz, en 2011. Autre moment clé, il y a eu la deuxième victoire de la musique artiste de l'année en 2016. Et encore artiste de l'année en 2019, ça a été des moments un peu charnières. Et ça m'a aussi donné confiance. Et puis je crois que chaque disque a été un moment clé. Je pense que toute ma vie, c'est un défi. Déjà, je suis une femme qui joue d'un instrument dit d'homme. Donc pour faire sa place là-dedans, ça a été quand même... Et c'est encore un sacré truc. parce qu'on n'est pas habitués. Donc je pense que m'imposer déjà en tant que batteuse, ça a été quelque chose de costaud. Après, le défi de lider ma carrière en fait, de sortir mes disques, d'écrire de la musique. Et puis à chaque fois que quelqu'un que j'admirais m'appelait, je me disais mais mince, comment ça se fait qu'il m'appelle moi ? Et c'était pour moi des défis, même si pour eux c'était une évidence que je devais être là et que j'avais ma place. Mais je pense que tout est un peu un défi. Déjà d'être musicien, c'est un métier qui rend très heureux. On a une chance incroyable de faire ce qu'on aime. Mais c'est énormément de travail. C'est des questionnements, c'est plein de choses. La priorité, ça reste mes projets, mes groupes. Après, évidemment, je fais ce qu'on appelle du side, je joue pour des gens. Mais après, c'est vrai que je me rends compte que la moitié de mes revenus, ça reste mes revenus de SACEM. De par les disques que j'écris, je pense. Et là, j'ai de plus en plus envie d'écrire pour les autres. pour plein de styles de musique différents, même pour d'autres domaines, pour du théâtre, du cinéma. J'ai envie que l'écriture prenne plus de place pour peut-être être un petit peu moins sur la route, même si j'adore ça, mais en fait c'est très très fatigant d'être tout le temps dans des trains, des avions, des taxis. Du coup j'aimerais trouver un équilibre avec peut-être un peu plus de moments à composer, tout en restant quand même sur la route de temps en temps. Quand je regarde les chiffres de vente de mon premier disque et que je vois aujourd'hui, où j'ai plus de public, je me dis que tout l'écosystème a été vraiment très bouleversé. Donc je regarde ça d'un drôle d'œil. Et puis après, clairement, je vois les revenus pour les artistes. C'est absolument dérisoire. En fait, ce qui est fou, c'est qu'on cherche tous à avoir des playlists, à être plus joués sur les plateformes. Je réfléchissais à ça, sur les... Parfois, certains titres qui font des millions de vues, en fait, combien sont réellement écoutés ? Parce qu'on se retrouve dans des playlists qui sont jouées au fin fond d'un café, je ne sais pas où. Personne, en fait, va écouter vraiment ce qui se passe. Ou dans une soirée, ou le truc qui va se mettre en aléatoire, il y a votre titre qui passe. Et je me rends compte, en discutant avec les professionnels du métier, qu'en fait, il y a une... Parfois, il n'y a pas de corrélation entre un succès en streaming et le nombre de concerts et le nombre de disques physiques vendus. J'ai l'impression que c'est une bulle qui est un peu déconnectée du reste. Et étrangement, les programmateurs, les collaborateurs vont aller regarder combien on a de vues sur Spotify, par exemple, combien on a d'auditeurs, alors qu'en fait, ce n'est absolument pas représentatif, à mon sens, de la réalité. Qu'est-ce qu'on pourrait changer ? Déjà la première chose c'est une meilleure rétribution pour les labels et les artistes. Mon disque a été produit par mon asso et quand on voit combien ça coûte de produire un disque et au final ce qu'on gagne, c'est hallucinant. Donc oui, une meilleure négociation des droits d'auteur, des redevances, pour moi ça sera déjà un bon début. J'ai réfléchi pas mal à ce que va devenir notre métier. En fait, j'ai l'impression que, en tout cas pour ma part, il faut que je me diversifie. Là, on a vu avec la crise Covid, on s'est retrouvés quand même deux ans complètement à l'arrêt. En fait, on s'est rendu compte que tout est friable. Et je me suis dit qu'il fallait... En fait, moi, ce qui m'a permis de tenir, clairement, c'est la SACEM. C'était mes SACEM qui, elles, étaient là. Donc voilà, je me rends compte qu'il faut, j'ai l'impression que dans le nouveau monde, il faut savoir faire plein de trucs en fait et multiplier les collaborations. Et moi, je sais que j'ai envie de bosser avec d'autres domaines quoi. Et j'ai l'impression qu'en ça, mon métier va peut-être un peu changer. Alors qu'avant, je ne me posais pas la question. J'avais les concerts qui rentraient au planning et je ne me demandais pas ce qu'il allait se passer demain. Et en même temps, ça c'est peut-être le fait de vieillir aussi. On pense plus à demain qu'avant. Baguette magique, moi. Je redonnerais plus de pouvoir aux artistes. En fait, j'ai eu plusieurs fois l'impression dans ma carrière qu'on était vraiment le dernier maillon de la chaîne. C'est quand même nous qui produisons la matière. Et encore, moi, je m'en sors bien parce que je suis leader, parce que je me bats aussi pour mes droits et pour ne pas me faire marcher sur les pieds. Mais je pense que ça nous ferait du bien de reprendre un peu le contrôle sur certaines choses. En fait, la culture, c'est l'humanité. C'est ce qui nous rappelle qu'on est humain. Et un monde sans culture... En fait, il... Il devient tout gris, quoi. Je trouve que c'est ce qui nous connecte aux émotions, à l'âme, aux sensibles. Et si on n'a pas tout ça, on est des robots. Et c'est vrai que la société va de plus en plus vers ça, à essayer de nous faire rentrer dans des cases. Mais je pense qu'au contraire, c'est absolument essentiel et que le monde a vraiment besoin de culture.

  • Speaker #0

    Vous venez d'écouter le podcast du Regards SACEM, entretien réalisé par Pascal Bertin.

Description

« Jouer de la musique sur scène, derrière ma batterie, cela a toujours été un moment de joie pour moi. »
Passionnée de batterie dès son plus jeune âge, Anne Paceo fait ses premiers pas derrière les fûts au Conservatoire de Niort. Adolescente, la batteuse fait ses preuves en groupe.
De ses rencontres déterminantes avec Stéphane Kochoyan et Annick Chartreux, jusqu’à ses succès aux Victoires de la Musique en 2011, 2016 et 2019, Anne Paceo nous relate les dates et étapes qui ont marqué son parcours de créatrice et d’instrumentiste. 


Hébergé par Ausha. Visitez ausha.co/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

Transcription

  • Speaker #0

    Regards ça s'aime, une podcast. Point de vue de créatrice et de créateur.

  • Speaker #1

    Je m'appelle Anne Passeo et je suis batteuse et compositrice. Moi je voulais jouer de la batterie. J'ai grandi à une époque où il y avait beaucoup de musique à la télévision et surtout beaucoup de groupes live. Tous les groupes avaient un batteur en fait. Dans la moindre émission de télé, il y avait un groupe et des batteurs. Et je pense que j'ai eu envie de faire comme eux. Mes parents m'ont inscrit au conservatoire de New York. Et donc le prof, comme c'était un conservatoire plutôt classique, il m'a fait commencer par la caisse claire et le xylophone. Et un jour j'ai dit à mon prof, j'étais vraiment sacrément culottée, je lui ai dit écoutez monsieur si vous ne me faites pas jouer de la batterie, j'arrête la musique. Et du coup il m'a mis à la batterie. Là il m'a fait travailler plein de choses et surtout moi ce que j'aimais c'était jouer sur les disques. Je me mettais à « What you can do machine » Nirvana et je jouais dans le garage pendant des heures. J'ai pris une énorme claque en voyant un concert de Kenny Garrett, c'était au Festival des enfants du jazz, je devais avoir 13 ans. Et je me souviens d'être devant la scène complètement fascinée par ce qui se passait et me dire « j'ai envie de faire ça toute ma vie » parce que la musique, la scène, la batterie, ça a toujours été un endroit de joie pour moi. Tout s'est fait assez naturellement. Quand j'avais 15 ans, je recommençais à jouer dans des groupes et faire des concerts. À 17 ans, je partais en tournée avec un groupe de chansons françaises. On partait en camion tous les week-ends. Et puis, je suis sortie du lycée et tout mon entourage me disait « Anne, il faut que tu aies un diplôme » . Je me suis inscrite en musicologie à Saint-Denis, fac. Et au bout d'un an et deux mois, à la fac de musicaux. Je me souviens, j'étais sur les bancs d'un cours d'écriture classique et je me suis dit, ma place, elle n'est pas là. Ce n'est pas ça mon endroit et ce n'est pas ça ma vie. Et du coup, je pense que c'est là le moment clé. En fait, je me suis dit, j'arrête la fac et je bosse ma batterie comme une dingue pour pouvoir rentrer au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris. En rentrant au Conservatoire, ça m'a donné une espèce de force. Et puis, c'est à ce moment-là aussi que je suis devenue intermittente du spectacle. donc j'ai pu gagner ma vie avec ça. Je ne sais pas si j'avais fantasmé quelque chose de ce métier-là. Ce que je savais, c'est que je voulais jouer pour les autres et que la musique me faisait du bien. J'ai commencé à tourner dans le monde entier avec mes groupes, grâce au réseau des instituts français notamment. Et j'ai adoré cette vie de voyage, de rencontre, de partage, de découvrir différentes cultures, différents pays, différentes musiques. Je ne m'étais pas figurée quelque chose avant, vraiment. Je pense que je me suis un peu laissée porter à certains endroits. En fait je dirais que la première étape clé c'est la rencontre avec Stéphane Ausha, qui était mon prof d'atelier, qui m'a emmené au festival des enfants du jazz de Barcelonette et qui je pense m'a transmis cette passion pour la musique. Je crois que la première étape c'est le lycée Claude Monet à Paris avec cette prof de musique incroyable Annick Chartreux qui est qui m'a prise comme batteuse de l'orchestre du lycée, qui m'a donné sa confiance pour leader le groupe de jazz du lycée. Donc c'était ma première expérience de leader. Après, il y a eu ma rencontre avec le label Labori Jazz, qui a été le premier label à me produire, qui a produit mon premier disque, j'avais 24 ans. Un disque qui s'appelait Trissage. et avec qui j'ai fait trois ou six albums après. Il y a eu ma première victoire de la musique, Révélation Jazz, en 2011. Autre moment clé, il y a eu la deuxième victoire de la musique artiste de l'année en 2016. Et encore artiste de l'année en 2019, ça a été des moments un peu charnières. Et ça m'a aussi donné confiance. Et puis je crois que chaque disque a été un moment clé. Je pense que toute ma vie, c'est un défi. Déjà, je suis une femme qui joue d'un instrument dit d'homme. Donc pour faire sa place là-dedans, ça a été quand même... Et c'est encore un sacré truc. parce qu'on n'est pas habitués. Donc je pense que m'imposer déjà en tant que batteuse, ça a été quelque chose de costaud. Après, le défi de lider ma carrière en fait, de sortir mes disques, d'écrire de la musique. Et puis à chaque fois que quelqu'un que j'admirais m'appelait, je me disais mais mince, comment ça se fait qu'il m'appelle moi ? Et c'était pour moi des défis, même si pour eux c'était une évidence que je devais être là et que j'avais ma place. Mais je pense que tout est un peu un défi. Déjà d'être musicien, c'est un métier qui rend très heureux. On a une chance incroyable de faire ce qu'on aime. Mais c'est énormément de travail. C'est des questionnements, c'est plein de choses. La priorité, ça reste mes projets, mes groupes. Après, évidemment, je fais ce qu'on appelle du side, je joue pour des gens. Mais après, c'est vrai que je me rends compte que la moitié de mes revenus, ça reste mes revenus de SACEM. De par les disques que j'écris, je pense. Et là, j'ai de plus en plus envie d'écrire pour les autres. pour plein de styles de musique différents, même pour d'autres domaines, pour du théâtre, du cinéma. J'ai envie que l'écriture prenne plus de place pour peut-être être un petit peu moins sur la route, même si j'adore ça, mais en fait c'est très très fatigant d'être tout le temps dans des trains, des avions, des taxis. Du coup j'aimerais trouver un équilibre avec peut-être un peu plus de moments à composer, tout en restant quand même sur la route de temps en temps. Quand je regarde les chiffres de vente de mon premier disque et que je vois aujourd'hui, où j'ai plus de public, je me dis que tout l'écosystème a été vraiment très bouleversé. Donc je regarde ça d'un drôle d'œil. Et puis après, clairement, je vois les revenus pour les artistes. C'est absolument dérisoire. En fait, ce qui est fou, c'est qu'on cherche tous à avoir des playlists, à être plus joués sur les plateformes. Je réfléchissais à ça, sur les... Parfois, certains titres qui font des millions de vues, en fait, combien sont réellement écoutés ? Parce qu'on se retrouve dans des playlists qui sont jouées au fin fond d'un café, je ne sais pas où. Personne, en fait, va écouter vraiment ce qui se passe. Ou dans une soirée, ou le truc qui va se mettre en aléatoire, il y a votre titre qui passe. Et je me rends compte, en discutant avec les professionnels du métier, qu'en fait, il y a une... Parfois, il n'y a pas de corrélation entre un succès en streaming et le nombre de concerts et le nombre de disques physiques vendus. J'ai l'impression que c'est une bulle qui est un peu déconnectée du reste. Et étrangement, les programmateurs, les collaborateurs vont aller regarder combien on a de vues sur Spotify, par exemple, combien on a d'auditeurs, alors qu'en fait, ce n'est absolument pas représentatif, à mon sens, de la réalité. Qu'est-ce qu'on pourrait changer ? Déjà la première chose c'est une meilleure rétribution pour les labels et les artistes. Mon disque a été produit par mon asso et quand on voit combien ça coûte de produire un disque et au final ce qu'on gagne, c'est hallucinant. Donc oui, une meilleure négociation des droits d'auteur, des redevances, pour moi ça sera déjà un bon début. J'ai réfléchi pas mal à ce que va devenir notre métier. En fait, j'ai l'impression que, en tout cas pour ma part, il faut que je me diversifie. Là, on a vu avec la crise Covid, on s'est retrouvés quand même deux ans complètement à l'arrêt. En fait, on s'est rendu compte que tout est friable. Et je me suis dit qu'il fallait... En fait, moi, ce qui m'a permis de tenir, clairement, c'est la SACEM. C'était mes SACEM qui, elles, étaient là. Donc voilà, je me rends compte qu'il faut, j'ai l'impression que dans le nouveau monde, il faut savoir faire plein de trucs en fait et multiplier les collaborations. Et moi, je sais que j'ai envie de bosser avec d'autres domaines quoi. Et j'ai l'impression qu'en ça, mon métier va peut-être un peu changer. Alors qu'avant, je ne me posais pas la question. J'avais les concerts qui rentraient au planning et je ne me demandais pas ce qu'il allait se passer demain. Et en même temps, ça c'est peut-être le fait de vieillir aussi. On pense plus à demain qu'avant. Baguette magique, moi. Je redonnerais plus de pouvoir aux artistes. En fait, j'ai eu plusieurs fois l'impression dans ma carrière qu'on était vraiment le dernier maillon de la chaîne. C'est quand même nous qui produisons la matière. Et encore, moi, je m'en sors bien parce que je suis leader, parce que je me bats aussi pour mes droits et pour ne pas me faire marcher sur les pieds. Mais je pense que ça nous ferait du bien de reprendre un peu le contrôle sur certaines choses. En fait, la culture, c'est l'humanité. C'est ce qui nous rappelle qu'on est humain. Et un monde sans culture... En fait, il... Il devient tout gris, quoi. Je trouve que c'est ce qui nous connecte aux émotions, à l'âme, aux sensibles. Et si on n'a pas tout ça, on est des robots. Et c'est vrai que la société va de plus en plus vers ça, à essayer de nous faire rentrer dans des cases. Mais je pense qu'au contraire, c'est absolument essentiel et que le monde a vraiment besoin de culture.

  • Speaker #0

    Vous venez d'écouter le podcast du Regards SACEM, entretien réalisé par Pascal Bertin.

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