Speaker #0Bonjour et bienvenue sur le podcast Parentalité intégrative. Je suis Nathalie Grillet, thérapeute familiale et systémique et dans ce podcast je vous parle du développement psychologique et émotionnel de votre enfant. Nous explorons ses besoins fondamentaux, ce qui se passe quand ils ne sont pas rencontrés et comment la qualité de votre lien influence son développement. Bonjour et bienvenue dans ce nouvel épisode de Parentalité Intégrative. Aujourd'hui, je vous invite à explorer un thème central dans le développement psycho-émotionnel de votre enfant. Pour cela, partons d'une scène que beaucoup d'entre vous connaissent bien. Imaginez, c'est le soir, votre enfant est enfin couché, vous avez éteint la lumière, refermé la porte, et vous apprêtez à souffler après une journée bien chargée. Et là, à peine une minute plus tard, il vous appelle à nouveau. Vous retournez dans sa chambre et vous le trouvez assis sur son lit, les yeux écarquillés, le corps un peu tendu. Il désigne le sol et affirme avec une conviction absolue « Il y a un tigre sous mon lit » . Alors bien sûr, vous jouez le jeu. Vous regardez sous le lit, vous soulevez la couverture, vous rallumez la lumière pour qu'il voit la réalité par lui-même. Vous lui montrez qu'il n'y a pas de tigre sous son lit, qu'il n'y a que ses chaussons, vous le rassurez. Tu vois, il n'y a rien. « Juste tes chaussons. » « Pourtant rien n'y fait. » « Votre enfant reste terrifié. » « Et c'est pas un jeu pour lui. » « Sa peur est bien réelle. » « Le tigre est toujours là, prêt à bondir pour le croquer. » « Alors vous le prenez dans vos bras. » « Vous lui rappelez que vous êtes juste à côté, qu'il est en sécurité. » « Peut-être tentez-vous même de le faire rire en lui glissant. » « Tu crois vraiment que je laisserai un tigre entrer ici ? » « Jamais de la vie ! » Et la scène se répète. Un soir, c'est un tigre, un autre, un crocodile, un monstre, une ombre qui le menace. À chaque fois, vous revenez, vous lui expliquez, vous lui montrez la réalité et vous le rassurez. Mais après une longue journée, le travail, le dîner, les devoirs, la fatigue peut finir par avoir raison de votre patience. Alors, votre voix se durcit un peu, vous êtes exaspéré et vous finissez peut-être par lui dire « ça suffit maintenant, il faut dormir, sinon je vais me fâcher » . Et là, vous vous sentez coupable. Comprendre ce qui se joue vraiment pour votre enfant va vous aider à l'accompagner avec plus de patience, plus de sérénité. Et il vous faut des clés pour mieux décoder ses émotions, ses pensées et pour pouvoir réagir de manière plus adaptée. C'est pourquoi je vous propose aujourd'hui de découvrir un concept essentiel au développement psycho-émotionnel de votre enfant. On l'appelle la mentalisation. Comprendre la mentalisation C'est saisir pourquoi votre enfant peut être si convaincu qu'un tigre se cache sous son lit, alors que vous, vous voyez très bien qu'il n'y a que ses chaussons. C'est comprendre pourquoi votre logique, qui est si évidente, ne parvient pas à l'apaiser aussi vite que vous le souhaiteriez. Et surtout, c'est découvrir comment l'enfant apprend, petit à petit, à reconnaître ce qui se passe en lui, ses peurs, ses croyances, ses émotions, et aussi avec le temps, à imaginer ce qui se passe en l'autre. Cette compréhension va transformer la façon dont vous allez pouvoir accueillir ces scènes du quotidien. Mentaliser, c'est comprendre ce qui se passe dans notre esprit et dans celui de l'autre. Commençons par une définition. Mentaliser, c'est une activité de l'esprit qui nous permet de donner du sens à ce que nous vivons, à ce que nous pensons, à ce que nous ressentons. et à ce que les autres peuvent vivre de leur côté. C'est la capacité à se représenter des états intérieurs. Une émotion, une pensée, une intention, une croyance, une peur, un désir, un besoin, une attente. Cette capacité nous permet de nous poser des questions comme « Qu'est-ce qui se passe en moi ? » « Qu'est-ce que je ressens ? » « Qu'est-ce que je crois à ce moment-là ? » « Qu'est-ce que j'imagine de l'autre ? » « Qu'est-ce que l'autre peut ressentir ? » Qu'est-ce qu'il peut penser ? Qu'est-ce qu'il peut vouloir ou craindre ? Les comportements font partie de cette compréhension, bien sûr. Quand quelqu'un crie, quand il pleure ou se tait, quand il s'éloigne, quand il claque une porte, se rapproche de vous, cherche le contact, son comportement nous donne une information. Mais ce comportement seul ne nous dit pas la raison qui le sous-tend. Un même comportement peut avoir plusieurs significations. Un enfant qui se tait peut être fâché. Il peut être triste, honteux, inquiet ou fatigué, ou simplement absorbé par ce qu'il pense. Un enfant qui crie, il peut être en colère, mais il peut aussi être effrayé, débordé, frustré. S'être senti humilié ou avoir l'impression que personne ne l'écoute. Un enfant qui refuse de faire ce qu'on lui demande est dans l'opposition, mais il peut aussi chercher à garder un peu de contrôle, se protéger d'une situation trop difficile ou exprimer qu'il n'y arrive pas encore. Pour un parent mentalisé, c'est donc renoncer à réduire son enfant à ce qu'il fait. C'est essayer de comprendre ce qui organise son vécu, sa pensée, son émotion et sa réaction à ce moment-là. La mentalisation va dans deux directions. Elle va vers soi-même, comprendre ce que je ressens, ce que je pense, ce que je crains, ce que j'attends, ce que j'ai compris d'une situation. Et elle va aussi vers l'autre, imaginer ce qu'il peut ressentir, ce que l'autre peut penser, peut croire, ce qu'il voudrait ou bien ce que l'autre redoute, même quand son vécu diffère du mien. Il y a une chose fondamentale à garder en tête. Mentaliser, ce n'est jamais savoir quelque chose avec certitude. Nous pouvons observer le visage de l'autre, son ton, ses gestes, ses paroles, son comportement, le contexte. A partir de cela, nous pouvons formuler des hypothèses. Mais ces hypothèses doivent rester ouvertes. Dire « il fait ça pour m'embêter » , c'est affirmer que l'on sait avec certitude pourquoi l'autre agit de la sorte. Et c'est souvent le début des problèmes parce que cela déclenche une réaction de notre côté, parfois d'ailleurs une réaction de défense. Dire « je me demande ce qui s'est passé pour lui, peut-être qu'il s'est senti mis de côté, peut-être qu'il a eu peur, peut-être qu'il n'a pas compris ce que j'attendais » , là, on commence à mentaliser. Et la différence est importante. Dans le premier cas, on attribue une intention à l'autre comme si on la connaissait. Dans le second cas, on garde plusieurs possibilités ouvertes. On accepte que le monde intérieur de l'autre reste en grande partie hors de notre portée immédiate. Cette capacité est essentielle dans le développement de l'enfant. Un jeune enfant peut très vite prendre son ressenti comme étant toute la réalité. S'il se sent rejeté, il pense qu'il est rejeté. S'il se sent attaqué, il pense que l'autre a voulu l'attaquer. S'il a peur, il est convaincu qu'il y a vraiment un danger. S'il se sent oublié, il pense que l'autre ne l'aime plus. La mentalisation va peu à peu l'aider à distinguer plusieurs choses. Ce qu'il ressent, ce qu'il pense, ce qu'il imagine, ce qu'il croit savoir, ce que l'autre vit peut-être et ce qui se passe réellement. Prenons un exemple. Une petite fille de 8 ans arrive dans la cour de récréation. Elle cherche sa meilleure amie du regard. Elle la voit dans un coin de la cour en train de parler avec une autre fille de sa classe. Sa meilleure amie ne lui fait aucun signe. La petite fille sent immédiatement quelque chose se serrer en elle. Une pensée arrive très vite. Elle ne veut plus être mon amie. À ce moment-là, plusieurs choses se mélangent en elle. Il y a ce qu'elle voit. Son amie parle avec une autre fille. Il y a ce qu'elle ressent. Elle se sent mise de côté. Il y a ce qu'elle imagine. Son amie ne veut plus d'elle. Et il y a ce qu'elle croit comprendre, l'amitié est peut-être en train de se terminer. Avec une capacité de mentalisation plus développée, elle pourrait commencer à distinguer ses niveaux. Elle pourrait se dire « je suis triste parce qu'elle ne m'a pas regardée, je ne sais pas encore ce qu'il se passe pour elle, peut-être qu'elle ne m'a pas vue, peut-être qu'elle est prise dans cette discussion, peut-être qu'elle a un problème avec cette fille, peut-être que je pourrais lui demander tout à l'heure » . Elle ignore toujours ce que son ami pense ou ressent, mais elle reste libre de la première explication, celle qui lui a fait le plus de mal. C'est cela mentaliser, apprendre à faire la différence entre ce que je ressens, ce que je pense, ce que j'imagine et ce que l'autre vit peut-être de son côté. Cette capacité donne à l'enfant un peu plus de temps à l'intérieur de lui-même. Au lieu de réagir immédiatement à partir de sa première interprétation, il peut attendre. Vérifier, poser une question, demander de l'aide, ou simplement laisser exister plusieurs explications possibles. Peu à peu, il découvre que son monde intérieur existe, que celui de l'autre existe aussi, et que les relations demandent souvent de faire la différence entre ce que l'on ressent, ce que l'on croit et ce que l'autre vit réellement. Avant de pouvoir vraiment mentaliser, l'enfant pense autrement. Avant d'accéder à la capacité de mentalisation, l'enfant traverse plusieurs façons de vivre la réalité psychique. Trois façons qui ont été décrites par Peter Fonagy, qui nous éclairent sur les scènes du quotidien avec un enfant. Ces trois modes émergent dans la toute petite enfance et restent dominants jusqu'à vers 3, 4, 5 ans, selon les enfants. Le moment où l'enfant accède à une capacité de mentalisation varie beaucoup d'un enfant à l'autre, en fonction de son langage, de ses expériences et aussi de son environnement familial. Il y a une moyenne autour des 4 ans, on va dire. Alors voyons ces trois modes. Premièrement, l'équivalence psychique. Pour le tout petit, ce qu'il ressent à l'intérieur de lui-même a la même réalité que ce qui existe à l'extérieur de lui. Le tigre sous son lit est un vrai tigre. La peur fait exister cette chose-là. Le monstre du rêve continue à exister à son réveil. Ce que je ressens, c'est ce qui est. Mon intérieur et le monde extérieur se confondent. Cela explique pourquoi rassurer par la logique, soulever la couverture, montrer qu'il n'y a rien, n'aide pas tout de suite, même si c'est important. L'enfant, à ce moment-là, vit encore son ressenti comme étant une réalité. Il manque l'espace mental qui lui permettrait de se dire « je sens quelque chose de très fort » et cette sensation est quand même différente de ce qui existe dehors. Alors comment aider un enfant qui est pris dans ce mode de l'équivalence psychique ? La logique viendra plus tard chez l'enfant. La co-régulation est votre amie dans ces moments. Quand un enfant a peur, par exemple que la peur soit fondée ou non, comme dans notre exemple du tigre sous le lit, son système nerveux a besoin de se connecter à un système nerveux plus calme, capable d'apaisement, le vôtre. Vous asseyez à côté de lui, vous posez une main sur son dos, vous respirez lentement. et lui va aussi peu à peu se calmer. Il va respirer plus tranquillement, lui aussi. Et vous restez là avec lui, le temps qu'il faut. Une fois que son corps s'est apaisé, alors il pourra entendre vos mots. Avant cela, c'est impossible. Votre présence, votre calme, c'est la clé. Et quand cette scène se répète, soir après soir, il est utile de garder à l'esprit ceci. Votre enfant ne vous ment pas. Sa peur est bien réelle. Ce qu'il ressent prend la place de ce qui existe vraiment. Le deuxième mode est le mode du faire semblant, du comme-si. L'enfant peut imaginer, jouer, parler des émotions. Il est dans un monde imaginaire bien séparé du réel. Certains enfants peuvent parler de leurs émotions avec aisance pendant un jeu et se retrouver complètement débordés cinq minutes plus tard. L'enfant qui dit en jouant à la poupée « le bébé est triste parce que sa maman est partie » fait un vrai travail psychique. Mais cela reste pour lui dans le monde du « comme si » . Le pont entre ce jeu et sa propre tristesse quand sa propre maman s'en va le matin n'est pas encore construit. Ce mode du faire semblant a une grande valeur. C'est dans ce mode que l'enfant explore, sans risque, les émotions, les situations, les rôles. Le « comme si » lui permet de mettre à distance ce qui serait trop intense en direct. Quand un enfant rejoue avec ses figurines, Une scène de dispute familiale, quand il fait pleurer sa peluche, quand il incarne un médecin qui répare un patient cassé. Il travaille des matériaux psychiques très réels, mais il les travaille dans le cadre protégé du « comme si » . Ce cadre lui permet d'oser ce qu'il ne pourrait pas encore affronter directement. Le jeu est l'un de ses laboratoires les plus précieux pour l'acquisition de la mentalisation. Un enfant qui joue beaucoup, qui joue avec d'autres, qui joue avec ses parents. dispose d'un terrain d'entraînement formidable pour apprendre à habiter plusieurs perspectives, pour apprendre à imaginer plusieurs intentions, à explorer plusieurs scénarios et à commencer à comprendre comment tout cela s'articule. Le troisième mode est le mode téléologique. L'enfant ne croit que ce qu'il voit. que ce qui se touche, que ce qui se passe physiquement. Pour être rassuré, il faut un geste concret, un câlin, un objet, une preuve visible. Les mots seuls ne l'atteignent pas vraiment. C'est pour cela que les très jeunes enfants ont besoin du corps de l'adulte autant que de sa voix. Ce mode produit aussi des équations très concrètes. Si tu m'aimes, tu dois me donner tout de suite ce que je demande. Si tu me dis non, c'est que tu ne m'aimes plus. Si tu pars, c'est que tu m'abandonnes pour toujours. L'enfant lit l'amour, l'attention, la sécurité dans des signes physiques immédiats. Le câlin compte encore une fois plus que le discours. La présence dans la pièce compte plus que la promesse de revenir. Le bonbon refusé prend la dimension d'un rejet global de son être. Retenons deux idées essentielles sur ces trois modes. D'abord, ils sont parfaitement normaux. Ils correspondent à des étapes du développement de l'enfant. Tous les enfants les traversent. Y voir un dysfonctionnement, se serait passé à côté de leur fonction et ne pas comprendre que l'enfant ne fait pas exprès. Il est en devenir, il se développe. Ensuite, et cela va devenir très important, ces trois modes restent présents toute la vie. Ils seraient actifs, par exemple, dans les moments d'intensité émotionnelle, chez les enfants et chez les adultes aussi. Alors pourquoi cette capacité de mentalisation est-elle aussi importante ? Elle organise quatre dimensions essentielles de la vie psychique de l'enfant. Premièrement, la régulation de ses émotions. Une émotion qui est comprise, qui est nommée, est un peu plus supportable. L'enfant peut passer d'un chaos sensoriel à quelque chose qui a un nom, une origine, une raison d'être. La colère reste de la colère, mais elle cesse d'être une vague qui le submerge forcément. Deuxièmement, la mentalisation permet la construction d'un sentiment de soi cohérent. L'enfant, capable de mentaliser un peu plus, découvre qu'il a des émotions mais qu'elles ne le définissent pas complètement. Il a aussi des pensées et ces pensées peuvent changer sa façon de ressentir. Il a réagi d'une certaine manière et il peut apprendre à réagir différemment quand il arrive à envisager plusieurs scénarios. Cette découverte le libère de bien des réactions instantanées. dans lesquels il peut se dévaloriser, réagir brusquement ou autre comportement et idée sur lui-même. Troisièmement, la qualité des relations avec les autres. Pouvoir imaginer ce que l'autre vit, ce que mon geste lui a fait, comment il m'est possible de réparer une erreur, est la base de la compétence sociale, de la coopération, de toutes les relations qui peuvent durer, car elle se construit sur la compréhension de nous-mêmes et de l'autre. Et quatrièmement, le développement de l'empathie. Reconnaître que l'autre a un monde intérieur qui peut être différent du sien, c'est la base de la vie en groupe, de la tendresse, des excuses sincères et plus tard même des relations amoureuses. Quand on rassemble ces quatre dimensions, on comprend pourquoi la mentalisation est si centrale. Elle nous intéresse à la fois dans le rapport à soi-même, le rapport aux émotions, le rapport aux autres et la qualité des liens. Un enfant à qui l'on offre les conditions pour développer cette capacité reçoit à travers elle un outil qui l'aidera à bien naviguer dans sa vie d'enfant et d'adulte plus tard. Il y a une question qui revient souvent. Est-ce que cette capacité émerge spontanément au fil du développement ? Et la réponse serait pas tout à fait. La mentalisation se développe progressivement. Elle prend racine dans des dispositions très précoces chez le bébé. L'attention qu'il porte au visage, aux voix, le fait qu'il réagisse quand on lui répond, qu'il s'apaise quand il est entendu, qu'il s'anime quand on lui sourit. Dès les premiers mois, sans en avoir conscience, le bébé enregistre que ses mouvements, ses pleurs, ses sourires font réagir l'adulte. C'est dans ces échanges répétés que se construisent les premières bases de la compréhension de soi, de l'autre et de la relation. Mais ces dispositions précoces à elles seules ne suffiront pas. L'enfant a besoin d'un adulte qui s'intéresse à ce qui se passe en lui, qui se demande ce qu'il ressent, ce qu'il veut, ce qu'il comprend. Un adulte qu'il accueille comme un être avec un monde intérieur. Sans cette rencontre, la mentalisation ne se développera pas ou moins bien. L'idée centrale est que c'est dans le regard de l'autre que l'enfant découvre son propre monde intérieur. Le bébé qui pleure ne sait pas qu'il est triste. Il sent quelque chose. C'est en voyant le visage de son parent, prendre une expression douce en entendant une voix qui dit « Oh, tu es triste, viens, viens là ! » qu'il pourra peu à peu relier cette sensation interne à un mot, à une expression, et comprendre que ce qu'il vit a un nom et qu'un autre peut le reconnaître. Autrement dit, il apprend à se connaître à travers ce que d'autres voient en lui. Et cela commence très tôt, bien avant l'acquisition du langage. Les recherches le confirment, les conversations familiales sur les états mentaux, le jeu partagé, le récit des expériences, les histoires racontées, tous ces ingrédients ordinaires de la vie quotidienne nourrissent le développement de la mentalisation. Pour aider son enfant à développer cette capacité, le parent peut s'appuyer sur des gestes simples du quotidien. Parler de ce qu'il ressent lui-même, s'intéresser à ce que ressent son enfant, raconter sa journée le soir. Pensez à ce moment autour du repas où vous demandez à votre enfant comment s'est passée sa journée. Pensez à la lecture d'une histoire quand vous vous arrêtez sur un personnage et que vous lui demandez « à ton avis, pourquoi est-ce qu'il a fait ça ? » Pensez aussi à ces petites conversations sur le trajet de l'école, où vous évoquez avec votre enfant ce que vous avez vu, ce que vous avez pensé ou ressenti. Ces moments, qui semblent peut-être être ordinaires, sont en réalité très précieux pour le développement de la mentalisation chez votre enfant. Et cette capacité va pouvoir évoluer tout au long de la vie. Pour terminer cet épisode, je voudrais vous préciser que cette compétence n'est pas une donnée acquise une fois pour toutes. Elle peut se développer plus tard, même à l'âge adulte, quand personne dans l'enfance n'a aidé à la cultiver. Et elle peut aussi s'amoindrir, sous le coup du stress, de la fatigue, d'une émotion intense. C'est précisément à ces moments-là que les modes antérieurs à la mentalisation, que nous avons exploré aujourd'hui, se réactivent. Un enfant de 8 ans en pleine crise, qui vous hurle ? « Tu ne m'aimes pas, tu m'as toujours détesté. » Il est revenu dans l'équivalence psychique. Ce qu'il sent à cette seconde prend la valeur d'une vérité absolue. Lui répondre par la logique à cet instant aura peu d'effet. Avant la logique, il va avoir besoin de co-régulation, de votre présence calme, de votre respiration tranquille à côté de la sienne. Une fois qu'il se sera apaisé, il pourra alors vraiment entendre ce que vous voulez lui transmettre. Et cela vaut aussi pour les adultes. Tous les parents, sous le coup d'une émotion forte, perdent momentanément l'accès à leur capacité à mentaliser leur enfant. C'est une expérience commune partagée par tous. Quand le stress monte, quand la fatigue s'accumule, votre capacité à penser ce qu'il vit, lui, diminue. Alors reprenons si vous voulez bien les idées que nous avons explorées aujourd'hui. La mentalisation est cette capacité à donner du sens à ce que l'on vit, à ce que l'on pense, à ce que l'on ressent, et à imaginer ce que l'autre peut vivre de son côté. Cette capacité se développe lentement à partir des trois modes que nous avons explorés aujourd'hui. L'équivalence psychique, le faire semblant et le mode téléologique. Ces trois manières de vivre la réalité psychique apparaissent très tôt chez l'enfant, et elles continuent de s'activer chez l'adulte tout au long de la vie. notamment dans les moments d'intensité émotionnelle. La mentalisation prend racine dans le corps, dans la relation, dans le langage. Cette compréhension va transformer le regard que vous portez sur votre enfant. Quand vous comprenez que votre enfant fonctionne à un moment donné, sur le mode de l'équivalence psychique, vous cessez de croire qu'il fait exprès, qu'il exagère, qu'il en rajoute. Vous reconnaissez qu'à ce moment précis, ce qu'il ressent à l'intérieur devient pour lui aussi réel que ce qui existe à l'extérieur. Votre enfant a alors besoin de votre présence calme à ses côtés. Les mots pourront être dits après, quand son système nerveux se sera apaisé contre le vôtre. Comprendre que votre enfant est dans le mode du faire semblant, du comme-si, c'est donner toute sa place au jeu, c'est faire confiance à ce laboratoire de l'imaginaire dans lequel votre enfant peut explorer et intégrer à sa façon ses peurs, ses désirs, ses questionnements. Comprendre que votre enfant fonctionne sur le mode téléologique, c'est aussi comprendre pourquoi un câlin vaut des fois bien plus que des explications, pourquoi ça demande une preuve concrète et complètement légitime à son âge. Reconnaître enfin que la mentalisation continue d'évoluer toute la vie, c'est aussi vous offrir à vous-même plus de douceur dans les moments où vous perdez pied. Il vous arrivera des fois de perdre votre capacité à mentaliser votre enfant. Ce qui compte, c'est de pouvoir revenir vers lui par la suite, de nommer ce qu'il s'est passé et de retisser le lien avec lui. Dans le prochain épisode, nous parlerons des manières concrètes de soutenir le développement de cette capacité chez votre enfant. De la naissance à l'adolescence, comment l'accompagner au mieux ? dans le développement de cette compétence et ce qui, dans la vie ordinaire d'une famille, nourrit cette capacité jour après jour. Si cet épisode vous a plu, j'apprécierais beaucoup que vous laissiez une note et un commentaire sur votre plateforme d'écoute. C'est ce qui permet à Parentalité Intégrative d'être mieux diffusée. Un immense merci à celles et ceux qui prennent ce temps. Vos retours me touchent beaucoup et ils donnent du sens à mon travail. Merci d'avoir été là pour cet épisode. Merci pour votre engagement, votre présence et votre écoute. Merci d'avoir rejoint la communauté de la parentalité intégrative le temps de cet épisode. Une communauté de parents en chemin, sensibles au lien, à la croissance intérieure, au respect de l'enfant, dans la richesse et la sensibilité de son être. Avant de nous quitter, je vous laisse avec ces quelques mots, comme une invitation à explorer un autre chemin. Le parent intégratif ne façonne pas l'enfant, il s'emploie à protéger le lien dans lequel sa lumière peut rayonner librement. A bientôt !