Speaker #0Bonjour et bienvenue sur le podcast de Parentalité Intégrative. Je suis Nathalie Grillet, thérapeute familiale et systémique, et dans ce podcast, je vous parle du développement psychologique et émotionnel de votre enfant. Nous explorons ses besoins fondamentaux, ce qui se passe quand ils ne sont pas rencontrés, et comment la qualité de votre lien influence son développement. Bonjour, aujourd'hui nous allons parler d'une émotion taboue. Une émotion dont on parle très peu, que les gens cachent, et que personne ne vient travailler volontairement en consultation. En 35 ans de pratique, pas une seule personne ne s'est assise en face de moi en me disant « je viens travailler cela » . Cette émotion, c'est la honte. La honte est avant tout une expérience relationnelle. Elle naît dans la rencontre avec l'autre, elle concerne le lien à l'autre, elle apparaît quand ce lien semble menacé. Que la menace soit d'ailleurs réelle ou seulement imaginée. Quand la honte est passagère, elle a une fonction qui est utile. Elle nous signale que quelque chose s'est brisé dans la relation suite à un mot, un geste, une attitude, et comme toute émotion, elle cherche à nous mettre en mouvement, ici vers la réparation du lien à l'autre. Mais il arrive chez un enfant que cette émotion se déclenche trop souvent, par exemple parce que le regard de l'adulte qui se pose sur lui le fait se sentir terriblement honteux, et cela se reproduit jour après jour. Alors quelque chose de profond s'installe. Cette expérience devient chronique et elle influence la manière dont l'enfant se perçoit. Il en vient à avoir en permanence la sensation de ne pas mériter la considération ni l'attention bienveillante de l'autre. Il se sent minable, indigne d'amour. Il se retrouve emprisonné dans cette sensation pénible qui l'empêche de se sentir libre d'être lui-même, puisque celui-même serait mauvais. Il se vit comme privé du droit d'appartenir. Que ce soit à la maison, à l'école, il se sentira toujours exclu, à cause de qui il pense être, ou plus exactement, à cause de cette conviction intime qu'il serait insuffisant. Exclu de la possibilité même de se relier aux autres, parce que quelque chose en lui ne va pas, parce qu'il ne serait pas assez bien lui-même. Alors, commençons par la honte passagère, celle qui traverse l'enfant et qui peut avoir une fonction utile. Imaginons un enfant qui pousse un autre enfant dans le bac à sable. Il croise le regard désapprobateur de sa maman qui est tout près. Pendant quelques instants, quelque chose se referme en lui. Son ventre se noue, ses épaules se baissent. Son regard est fuyant, peut-être qu'il rougit même. Il sent monter en lui une sensation très désagréable, celle d'avoir fait quelque chose qui déplait à sa maman, quelque chose qui met sa relation à elle en difficulté. Souvent, dans ces moments-là, l'enfant court vers sa mère et vient peut-être cacher sa tête dans sa jupe. La maman va alors le faire se redresser doucement et commencer à élaborer avec lui ce qui vient de se passer. Elle va lui demander ce que l'autre enfant a pu ressentir. Elle va attirer son attention sur le fait que cet enfant pleure. Elle va lui demander si cela lui semble juste et ce qu'on peut faire pour que les choses s'arrangent. Et peut-être qu'elle va l'inciter à aller s'excuser auprès de cet enfant. Si tout se passe bien, l'enfant va le faire, puis il va regarder vers sa maman qui va alors lui faire à nouveau un grand sourire. À ce moment-là, il se sentira mieux. Le lien avec sa maman est rétabli. La sensation de honte qui avait été déclenchée par le regard de sa mère s'est estompée. Le lien est rétabli, il est aimé, il est digne d'être aimé. La relation avec sa maman n'est plus en danger. Le jeu peut continuer, mais autrement. Il aura appris qu'il faut maintenant respecter l'autre enfant, par exemple. Dans une situation comme celle-là, la honte a bien rempli une fonction. Elle a signalé à l'enfant qu'il a dépassé une limite. La sensation de honte, tellement inconfortable. l'a poussé à rétablir le lien, d'abord avec sa maman et ensuite avec l'enfant qui l'a blessé. On pourrait dire qu'à ce moment-là, l'enfant comprend, avec son corps et avec son cœur, que son geste n'était pas approprié, qu'il a touché quelqu'un et qu'il y avait quelque chose à faire pour réparer cela. Cette émotion de honte a sa place dans le développement social de l'enfant. Elle participe avec d'autres émotions et avec l'accompagnement d'un adulte, à la construction du rapport à l'autre. Elle aide l'enfant à sentir peu à peu que ses gestes ont un impact, que pour que la vie en groupe soit agréable, il y a des limites à respecter, des règles, et qu'il y a des ajustements à faire quand on s'est écarté du bon chemin, on va dire. Quand cette sensation de honte reste passagère, qu'elle aboutit à une réparation du lien, et surtout que l'enfant retrouve le regard bienveillant et aimant de son parent, alors tout va bien. Les difficultés commencent quand l'enfant ne trouve jamais grâce dans les yeux de son parent, ou trop peu, quand malgré cette tentative de réparation, le parent reste froissé et semble refuser le pardon, quand l'enfant reste seul avec sa mauvaise sensation, sans jamais pouvoir retrouver un sentiment apaisé à l'intérieur de lui. Dans cet épisode, j'appellerai cette sensation de honte qui ne trouve pas d'apaisement la honte chronique. On ne parle alors plus d'une émotion qui vient puis qui s'en va après avoir rempli sa mission, on parle d'un ressenti qui perdure et qui détermine à la longue la perception que l'enfant a de lui-même. Cette sensation donne une direction à tout le développement psycho-émotionnel de cet enfant. Un enfant emprisonné dans cette sensation de honte chronique ne ressent plus seulement de la honte dans certaines situations, où il pourrait réparer, pour lui la réparation n'est plus possible. Il ne l'envisage même pas parce qu'il vit en permanence avec ce jugement sur lui-même. Je suis mauvais, je ne suis pas digne d'être aimé, je ne suis pas une bonne personne. Il se sent inadéquat, insuffisant, jamais le bienvenu. Il se sent être défaillant, et cela en pratiquement toutes circonstances. La sensation de honte peut être plus forte dans certains contextes et moins présente à d'autres moments. Mais elle reste là, enfant, et surtout elle façonne la manière dont l'enfant se vit et la manière dont il imagine le regard des autres sur sa personne. Quand la honte devient chronique, elle cesse d'être seulement une émotion qui demande à se mettre en mouvement pour réparer quelque chose. Elle devient une manière de se percevoir soi-même. Elle ne signale plus une difficulté ponctuelle dans le lien ou dans le comportement. Elle colore l'image que l'enfant a de lui-même. Il est en permanence dans l'expectative d'être jugé, dans la peur d'être rejeté, dans la certitude d'être trouvé sans intérêt, de trop ou pas comme il faut. Autrement dit, au lieu d'apprendre quelque chose à partir de ce qu'il vient de vivre, l'enfant tire une conclusion durable sur sa propre valeur. Un enfant qui éprouve de la honte de temps en temps, apprend à mieux vivre avec les autres, alors qu'un enfant, chez qui la honte devient un état constant, pense qu'il y a en lui quelque chose qui cloche. Dans un cas, l'émotion informe, dans l'autre, elle blesse durablement le sentiment d'être une personne digne d'être en relation, digne d'attention, digne d'amour. Alors comment passe-t-on de l'un à l'autre ? Comment une émotion qui devrait rester ponctuelle devient-elle chez certains enfants ? Une manière durable d'exister. Explorons ces différentes causes. La première, c'est la répétition. Un enfant qui éprouve de la honte une fois de temps en temps et qui est accompagné par son parent pour traverser ce moment peut ensuite retrouver sa liberté intérieure. En revanche, un enfant qui ressent de la honte trop souvent et sans être accompagné dans le processus de réparation va se développer autour de cette sensation. Son cerveau est encore en pleine construction. et son rapport à lui-même également. Tout ce qui se répète dans la vie prend donc beaucoup d'importance. Les expériences de honte, vécues jour après jour, deviennent pour lui une information centrale sur qui il est, sur la sécurité qu'il peut retrouver dans le lien, et sur la manière dont il est perçu par les autres. La deuxième cause, très perturbante aussi pour l'enfant, c'est l'absence de réparation. Quand l'enfant n'est pas accompagné dans une expérience de honte, quand le parent ne l'aide pas à mettre des mots, Sur ce qui s'est passé, et à élaborer avec lui la situation, quand le regard du parent ne s'adoucit jamais, alors la sensation ne se dissipe pas. L'enfant se retrouve seul avec ce qu'il ressent, et il doit faire avec, selon son âge et les compétences qu'il possède à ce moment-là, c'est-à-dire avec très peu de ressources. Il va alors essayer de se protéger comme il peut, en se cachant, en évitant les situations qui pourraient réveiller la honte, en se taisant. en se coupant de ce qu'il ressent, parfois même en attaquant l'autre, parfois en faisant comme si rien ne le touchait. Ces façons de se protéger vont devenir des automatismes. Troisièmement, dans la honte passagère, ce qui est touché, c'est un comportement, un geste, un moment précis. Dans la honte chronique, c'est plus profond, la cible, c'est la personne elle-même. Quand un enfant entend régulièrement qu'il est pénible, difficile, Trop sensible, trop lent, trop agité, maladroit, égoïste, insupportable. Il ne reçoit plus un retour sur ce qu'il a fait. Il reçoit des messages sur qui il est. Et à force, ces messages l'informent sur ce qu'il est au cœur même de son identité. Le quatrième élément, c'est l'obligation pour l'enfant de maintenir le lien d'attachement avec son parent. La honte chronique s'installe très souvent dans des contextes où l'adulte qui devrait offrir de la sécurité devient, par ses réactions répétées, une source de peur, d'humiliation, de rejet, d'incompréhension ou même d'insécurité pour l'enfant. Face à une situation difficile avec son parent, l'enfant a souvent tendance à retourner le problème contre lui-même plutôt qu'à mettre en cause l'adulte. Cela se passe inconsciemment. Parce que pour un tout petit enfant, le lien à son parent touche à la survie. Son parent est celui qui assure sa sécurité, celui qui prend soin de lui, celui qui lui sert de repère, celui qui le maintient en vie. Sentir que ce parent pourrait être injuste, dangereux ou imprévisible, n'est pas compatible avec la fonction de parent, cela menacerait son sentiment de sécurité dans le monde et donc mettrait en péril sa survie. Alors, très souvent, son monde intérieur trouve une autre solution. L'enfant pose la cause du problème en lui-même plutôt que chez le parent. Si papa crie, c'est que j'ai été pénible. Si maman est triste, c'est que je ne suis pas assez sage. Si on m'ignore, c'est que je ne mérite pas l'attention. Si l'adulte réagit durement, C'est qu'il y a quelque chose chez moi qui a provoqué cela. Tout cela reste inconscient chez l'enfant. Il ne se dit pas ces phrases clairement. C'est une opération qui se fait à son insu pour protéger quelque chose d'essentiel. Car si le problème vient de lui, alors peut-être qu'en changeant, en se faisant plus discret, plus sage, plus facile, il pourra maintenir le lien, ce lien d'attachement qui est vital pour lui. Il en est dépendant. Ainsi garde-t-il aussi l'espoir que les choses puissent s'améliorer. En posant la cause du problème en lui-même, l'enfant protège donc le lien avec son parent. Et il garde aussi un petit sentiment de maîtrise sur la situation. Parce que si c'est à cause de lui, alors il peut agir, il peut essayer d'être meilleur, plus sage, plus conforme. Il peut espérer changer les choses. Mais le prix à payer est immense. A force de se sentir être lui-même la source de ce qui ne va pas, L'enfant se persuade inconsciemment qu'il est mauvais, qu'il y a au fond de lui quelque chose qui ne va pas. Je voudrais maintenant regarder avec vous ce qui se joue dans le corps et dans le système nerveux de l'enfant. Quand la honte surgit, le corps réagit très vite. La honte engage le corps tout entier. L'enfant se met en retrait. Son élan est coupé, son regard se baisse, il a peut-être du mal à parler, il ressent comme une chaleur, une confusion, une gêne qui est intense, parfois une envie très forte de disparaître. Les enfants peuvent très bien l'exprimer si on leur laisse l'espace pour le faire. Ils diront alors peut-être qu'ils ont chaud, qu'ils voudraient partir, qu'ils voudraient qu'on arrête de les regarder, que leur ventre se noue, que leur gorge se serre, qu'ils n'arrivent plus à parler, que tout devient flou. La sensation de honte traverse donc le corps tout entier. Elle se vit de l'intérieur de façon très concrète, très physique. Dans la honte, l'enfant se sent en danger dans le regard de l'autre. Son corps répond à ce danger en se repliant, en se figeant, en se mettant à l'abri. C'est une réaction très ancienne qui touche directement son système nerveux. Un enfant qui vit un moment de honte passagère retrouve vite un état apaisé quand il est accompagné par un parent. qu'il aide à traverser ce moment. Il se détend, il retrouve son énergie et peut à nouveau aller jouer, explorer, entrer en relation avec les autres. Mais pour un enfant qui souffre de honte chronique parce qu'il s'attend sans cesse à être critiqué, repris, exposé, humilié ou trouvé insuffisant, ce qu'il ressent est très différent. Son système nerveux devient extrêmement sensible. Un regard en silence, un ton un peu sec, une remarque et très vite, La sensation de honte se réactive en lui. Il se replie facilement sur lui-même, il se ferme, il quitte la relation. Il reste sur le qui-vive. Il est dans l'hypervigilance, justement pour tenter d'éviter d'être jugé par l'autre comme étant quelqu'un de mauvais. Et cela a des conséquences sur son développement. Un enfant qui se sent souvent menacé dans le regard des autres, a moins de ressources disponibles pour explorer, pour essayer, pour apprendre. Pour envisager même de prendre des risques, il ne peut pas accepter de se tromper sans se sentir menacé dans son existence même. L'enfant se construit alors sur cette mauvaise sensation. La honte chronique devient le cadre à l'intérieur duquel il grandit, il pense et il entre en relation. Cette sensation marque profondément la manière dont il habite son corps, sa façon d'entrer en relation avec les autres et la manière dont il se perçoit. Elle détermine aussi ce qu'il se sent autorisé à faire ou à tenter dans le monde qui l'entoure. Sa posture reflète la sensation qu'il habite. Les épaules enroulées vers l'avant, la tête un peu baissée, le regard qui évite celui des autres, tout son corps semble chercher à se faire discret, à prendre. le moins de place possible, comme pour ne pas s'exposer. Il aura du mal à prendre la parole, par peur du jugement. Il aura du mal à apprendre sereinement, parce que chaque erreur ravive en lui la sensation d'être mauvais. Il aura du mal à se lier aux autres, parce que chaque relation devient une épreuve. Il aura du mal à s'autoriser à exister tel qu'il est. Je voudrais maintenant passer en revue avec vous quelques situations qui, quand elles se répètent dans la vie d'un enfant, peuvent installer durablement chez lui cette sensation de honte chronique. Mon but ici n'est pas de vous donner le sentiment que vous faites mal avec votre enfant. Il arrive à chaque parent de déclencher un moment de honte chez son enfant. Cela fait partie de la vie relationnelle. Et je le redis, une honte passagère a toute sa place dans le développement sain de l'enfant. Ce dont je parle ici... c'est de ce qui devient toxique pour l'enfant, c'est-à-dire ce qui se répète jour après jour, ce qui revient régulièrement dans la vie de l'enfant et pour lequel il ne trouve jamais de réparation. D'abord, la comparaison. Quand on répète régulièrement à un enfant qu'il est moins doué que son frère, moins travailleur que sa sœur, plus lent que son camarade, ou qu'à son âge, vous-même saviez déjà faire bien plus de choses que lui, Il encode ses jugements comme des traits de caractère qui le définissent. Il se dit « je suis moins doué, je suis lent, je suis moins bien que les autres » . Il se vit alors comme celui qui arrive toujours après, comme celui qui n'est jamais à la hauteur de ce que son parent attend. Ensuite, il y a la moquerie qui se répète. Quand les membres de la famille s'accordent souvent pour rire de l'un d'entre eux, quand les surnoms moqueurs s'installent et que l'enfant devient le petit empoté de la famille ou le gros maladroit, quand ses particularités deviennent un sujet de plaisanterie récurrent, par exemple sa façon de manger, sa timidité, sa manière de parler, alors il apprend à se définir à travers ce regard que les autres membres de la famille posent sur lui. Il devient celui qu'on montre, celui qu'on commente, celui dont on rit. Et il cesse de se sentir en sécurité dans sa propre famille, parce qu'à tout moment, ce qu'il fait ou ce qu'il est peut devenir une nouvelle source de moquerie. Il a ensuite le rejet quand il se répète. Dire à un enfant qu'on a besoin de calme peut être tout à fait approprié dans certaines situations. Le parent lui explique par exemple qu'il doit passer un coup de téléphone important et qu'il a besoin d'un petit moment de tranquillité. Mais lui faire sentir régulièrement que sa présence est un poids, qu'il dérange, qu'il est de trop, qu'on préférerait qu'il soit ailleurs, touche quelque chose de très profond en lui. Cela porte atteinte à nouveau à qui il est. Il vit alors avec la peur constante de trop perdre de place, de déranger, d'être de nouveau écarté. Et cela se transforme en une blessure qui reste ouverte et qui ne peut pas guérir. On pourrait parler aussi des besoins quand ils sont minimisés. Quand un enfant pleure et qu'on lui répond qu'il fait des histoires, quand il a peur et qu'on lui dit qu'il fait son bébé, quand il a mal et qu'on lui renvoie chaque fois que ce n'est rien, il peut finir par avoir honte de ses propres signaux intérieurs. Honte d'avoir peur, honte d'avoir besoin de réconfort, honte d'avoir faim, mal, d'avoir froid, d'avoir envie d'être pris dans les bras. Honte en somme d'être un enfant avec un corps qui ressent des choses et qui réclame. Des fois, ce sont les exigences des parents qui dépassent ses capacités. Quand on demande trop souvent à un enfant ce qu'il ne peut pas encore faire, quand on le met régulièrement en échec par rapport à des attentes qui dépassent son niveau de développement, Il finit par se croire insuffisant par nature. Il interprète cet écart entre ce qu'on attend de lui et ce qu'il peut réellement faire comme une preuve qu'il n'est pas assez bien. Et puis, vous vous en doutez, il y a les humiliations. Exposer un enfant au regard des autres dans ses difficultés, dans ses peurs, dans ses maladresses, raconter ses bêtises devant la famille, le reprendre devant ses camarades, tout cela vient confirmer et donner encore plus de poids A ce qu'il ressent déjà à l'intérieur, le regard des autres intensifie son ressenti, et cela creuse la sensation de honte qu'il habite déjà. Et puis, il y a la perfection qu'un parent peut attendre, enfin que certains parents peuvent attendre. L'enfant qui sent dans le regard de ses parents que tout ce qui reste en dessous de l'excellence des soi apprend très tôt que sa valeur dépend de sa performance, que la moindre faille risque d'abîmer l'amour, l'estime ou la place qu'on lui accorde. Cela donne parfois des enfants très adaptés en apparence, très performants. parfois même brillants, mais à l'intérieur, ils vivent avec la certitude qu'ils ne seront jamais assez bien. Dans toutes ces situations, ce n'est pas l'événement isolé qui construit la honte chronique, c'est la répétition, encore une fois. C'est le fait que cela revient régulièrement, presque tous les jours dans la vie de l'enfant. C'est l'absence de réparation, c'est l'absence d'un regard bienveillant qui vient aider l'enfant à retrouver une bonne sensation en lui, la sensation d'être en sécurité. La joie d'être en lien avec son parent. Le sujet d'aujourd'hui est dense. Peut-être qu'en m'écoutant, vous avez reconnu certains de vos comportements. Être parent nous confronte à un grand sentiment d'impuissance. Face à un enfant qui réagit d'une manière qu'on ne comprend pas, face à des comportements qui déclenchent en nous des réactions fortes, Nous pouvons réagir vivement, et parfois avec dureté. Et c'est dans ces moments-là, et je le redis, s'ils se répètent sans qu'il n'y ait jamais de réparation, que peut s'installer chez l'enfant cette sensation de honte chronique. Mon intention aujourd'hui est de commencer à vous informer sur ce sujet si délicat qu'est la honte chronique. Dans le prochain épisode, nous allons explorer les stratégies d'adaptation que l'enfant met en place pour y faire face. Nous verrons aussi... Comment aborder la sensation de honte chez l'enfant pour qu'elle devienne constructive et moins fréquente ? Et surtout, comment éviter qu'elle devienne le pilier de la construction psychologique et émotionnelle de votre enfant ? La bonne nouvelle, c'est qu'un enfant reste en construction pendant de longues années. Son cerveau garde une grande capacité de réorganisation. Un parent peut au fil du temps offrir à son enfant des expériences de réparation, de sécurité, d'accueil et de compréhension. Tout ce dont un enfant a besoin pour bien grandir. Ce qui s'est construit dans la relation peut donc se réparer dans la relation. Quand vous posez un regard bienveillant sur votre enfant qui vient de faire une bêtise, quand vous l'accueillez dans ses parts d'ombre, quand vous reprenez son comportement sans jamais mettre en doute qui il est profondément et sans le menacer d'une rupture de lien, alors il pourra se développer en acquérant de vraies compétences sociales et il se construira sur une bonne estime de lui-même. Dans le prochain épisode, nous verrons comment la honte chronique peut pousser l'enfant à se replier, à se taire, à se cacher, ou bien à mentir, à rejeter la faute sur les autres, et même à exploser dans la colère, à se dévaloriser lui-même, et à se couper de ce qu'il ressent. Si vous avez aimé cet épisode, si vous souhaitez continuer à écouter Parentalité Intégrative, n'hésitez pas à laisser un commentaire. Cela aide beaucoup la diffusion de ce podcast. Et je vous en remercie. A bientôt. Merci d'avoir été là pour cet épisode. Merci pour votre engagement, votre présence et votre écoute. Merci d'avoir rejoint la communauté de la parentalité intégrative le temps de cet épisode. Une communauté de parents en chemin, sensibles au lien, à la croissance intérieure, au respect de l'enfant, dans la richesse et la sensibilité de son être. Avant de nous quitter, je vous laisse avec ces quelques mots, comme une invitation à explorer un autre chemin. Le parent intégratif ne façonne pas l'enfant, il s'emploie à protéger le lien dans lequel sa lumière peut rayonner librement. A bientôt !