Speaker #0Bonjour et bienvenue sur le podcast de Parentalité Intégrative. Je suis Nathalie Griez, thérapeute familiale et systémique, et dans ce podcast, je vous parle du développement psychologique et émotionnel de votre enfant. Nous explorons ses besoins fondamentaux, ce qui se passe quand ils ne sont pas rencontrés, et comment la qualité de votre lien influence son développement. Bonjour et bienvenue dans ce nouvel épisode de Parentalité intégrative. Dans l'épisode précédent, nous avons exploré comment se forment les structures d'adaptation de manière générale. Nous avons vu qu'elles émergent quand les besoins fondamentaux de l'enfant ne sont pas suffisamment satisfaits et qu'elles permettent à l'enfant de survivre psychiquement dans un environnement difficile. Aujourd'hui, avant que nous puissions entrer dans le détail de la première structure d'adaptation, Celle qui concerne le lien au corps et ce que l'on pourrait appeler incarnation, à mon avis la toute première tâche développementale de l'enfant, j'ai choisi pour cet épisode de prendre le temps d'explorer quelque chose de fondamental, quelque chose dont on parle beaucoup mais dont on explique rarement la véritable fonction. On parle souvent d'émotion, de régulation émotionnelle, de présence à soi. On encourage les parents à aider leurs enfants à être en contact avec leurs émotions. ou à écouter leur corps. Mais rarement on prend le temps d'expliquer pourquoi. Pourquoi est-ce si important d'être connecté à son corps ? À quoi servent vraiment les ressentis corporels et émotionnels ? Et surtout, que se passe-t-il quand on se coupe de ses ressentis ? Qu'est-ce qu'on perd exactement ? Et pourquoi cette coupure, cette dissociation, même si elle protège l'enfant à court terme, coûte si cher à plus long terme ? C'est ce que je vais tenter de vous transmettre aujourd'hui, parce que comprendre cela, c'est comprendre pourquoi la première structure d'adaptation, celle qui se forme autour de la déconnexion du corps, peut avoir des impacts profonds et durables sur la vie et sur les autres étapes du développement de l'enfant. Notre corps est un système d'information. Nous avons tendance à penser que nos décisions, nos choix, nos réactions viennent toutes de notre cerveau, de notre pensée rationnelle, que c'est notre tête qui analyse les situations et qui décide quoi faire. Mais ce n'est pas ainsi que nous fonctionnons réellement. Le cerveau ne décide pas seul, il décide à partir des informations qu'il reçoit du corps. A chaque instant, votre corps envoie des milliers de signaux à votre cerveau. Des signaux sur votre état interne, votre rythme cardiaque, votre respiration, la tension dans vos muscles, la température de votre peau, l'état de votre système digestif et bien d'autres choses encore. Ces signaux ne sont pas anodins, ils ne sont pas juste des indicateurs passifs de ce qui se passe dans votre organisme. Ils sont des informations actives que votre cerveau utilise pour évaluer chaque situation, pour décider comment réagir, pour orienter vos choix. Regardons dans un premier temps les travaux d'Antonio Damasio. C'est un neuroscientifique. Il a montré que les émotions et les informations corporelles jouent un rôle central dans la prise de décision. Ses recherches ont mis en évidence quelque chose qui va à l'encontre de ce que l'on nous a appris. Le raisonnement logique seul ne suffit pas pour décider. Damasio a étudié des patients qui présentaient des lésions dans des zones du cerveau qui sont impliquées dans l'intégration des informations émotionnelles et corporelles. notamment le cortex préfrontal ventromédian. Ces patients avaient conservé leur capacité intellectuelle. Ils raisonnaient correctement, analysaient les situations, comprenaient les conséquences de leurs choix. Et pourtant, dans leur vie quotidienne, ils prenaient des décisions inadaptées ou restaient incapables de choisir. Ce qui leur manquait, c'était l'accès aux signaux corporels. Ces variations physiologiques souvent perçues de manière implicite, qui orientent habituellement nos choix en signalant ce qui est pertinent ou risqué pour nous, Damasio a appelé ces signaux les marqueurs somatiques. Ils sont issus des expériences passées et se réactivent automatiquement dans des situations similaires. Ils ne remplacent pas la pensée rationnelle, ils la guident. Les travaux de Damasio montrent ainsi que le corps est un système d'orientation indispensable à la prise de décision. Quand la décision se prend uniquement sur la pensée qui résonne, sans pouvoir tenir compte des ressentis corporels, alors les décisions prises ne sont pas les plus pertinentes. Quand nous sommes coupés de nos ressentis corporels, nous avons du mal à décider. Nous pouvons réfléchir longtemps, comparer, analyser, sans savoir quoi choisir. La pensée prend alors toute la place. Nous cherchons la meilleure solution sur le papier, mais sans sentir ce qui nous convient vraiment. Sans les informations du corps, nous perdons le sens de ce qui est bon pour nous. Nous nous appuyons davantage sur les avis extérieurs ou sur des règles Parce que nous ne savons plus nous orienter de l'intérieur. Le corps nous aide donc à savoir ce qui est bon pour nous et ce qui ne l'est pas. Il nous permet de nous orienter. Grâce aux informations que notre corps nous envoie, nous pouvons évaluer les situations, cela me semble sûr ou cela me semble dangereux, faire des choix, cette option me convient ou pas, ajuster nos actions, je continue ou je m'arrête. Reconnaître nos besoins, de quoi ai-je besoin maintenant ? Sans accès à ces informations corporelles, nous perdons une partie essentielle de notre capacité à naviguer dans la vie. Notre corps est équipé d'un système remarquable pour nous protéger du danger et de la surcharge. Par surcharge, j'entends des situations où il y a trop de stimulation, trop d'émotion. Trop de demande ou trop de stress, et cela pendant trop longtemps, au-delà de ce que le corps et le système nerveux peuvent supporter à ce moment-là. A chaque instant, il évalue le niveau de stress, de tension, d'activation dans notre organisme. Et quand ce niveau monte trop haut, il nous envoie des signaux d'alerte. Ces signaux nous disent « Attention, c'est trop, tu approches de tes limites. Il faut que tu te protèges, que tu te retires, que tu prennes soin de toi. » Cela peut être une sensation de tension qui monte dans la poitrine, un resserrement dans la gorge, une accélération du rythme cardiaque, une sensation d'oppression, une envie soudaine de fuir. Ces signaux ne sont pas là pour nous embêter, ils sont là pour nous protéger. Ils nous indiquent quand nous devons ralentir, faire une pause, dire non, mettre une limite, nous retirer d'une situation, demander de l'aide. Maintenant, je vais vous parler des travaux de Stephen Porges et de la théorie polyvagale. C'est un autre neuroscientifique qui, lui, a développé ce qu'on appelle la théorie polyvagale. Elle explique comment notre système nerveux évalue constamment le niveau de sécurité ou de danger dans lequel nous nous trouvons dans l'instant. Selon Porges, notre système nerveux fonctionne comme un système de détection automatique. Il scanne en permanence l'environnement et notre état interne pour évaluer suis-je en sécurité ou en danger. Cette évaluation ne se fait pas consciemment. Elle se fait en dessous du niveau de la conscience. Il appelle cela la neuroception. C'est notre système nerveux qui perçoit et qui décide justement si nous sommes en sécurité ou en danger. Et cela avant même que notre conscience soit informée. Cela sert notre survie. Cette évaluation se base en grande partie sur les signaux internes du corps. Quand notre système nerveux perçoit la sécurité, il active ce que Porges appelle le système d'engagement social. Nous nous sentons ouverts. disponible et capable d'entrer en relation. Quand il perçoit un danger modéré, il active le système sympathique, la mobilisation. Nous nous préparons à l'action, à nous défendre et à fuir si nécessaire. Et quand il perçoit un danger insurmontable, une menace vitale en quelque sorte, alors c'est le système vagal dorsal qui s'active. C'est alors l'immobilisation, le fichement et la dissociation. Sans accès aux signaux corporels, nous sommes dans une dérégulation chronique. Que se passe-t-il quand nous sommes coupés des signaux de notre corps, c'est-à-dire quand les ressentis ne sont pas perçus ? Nous perdons donc ce système d'alerte précoce. Nous ne percevons pas les premiers signes de surcharge. Nous continuons, nous poussons, nous ne ralentissons pas. Et soudain, nous nous effondrons. Nous nous trouvons en burn-out, en crise d'angoisse, complètement épuisés. Ou bien, à l'inverse, notre système nerveux reste bloqué en état d'alerte chronique. Nous sommes constamment tendus, vigilants, sur le qui-vive. Mais nous ne le sentons pas consciemment. Nous ne savons pas que nous sommes stressés jusqu'à ce que notre corps nous lâche maladies, épuisements, symptômes physiques. Dans tous les cas, cela traduit le fonctionnement d'un système nerveux privé de ces signaux de régulation. Les ressentis servent à prévenir la surcharge. Voilà la deuxième fonction fondamentale du lien au corps. Il nous permet de nous réguler. Grâce aux signaux que notre corps nous envoie, nous pouvons donc reconnaître quand nous approchons de nos limites, prendre soin de nous avant d'être en surcharge, doser notre énergie, notre engagement, alterner entre activation et repos, maintenir notre équilibre interne. Sans accès à ces signaux, nous perdons notre capacité d'autorégulation. Nous devenons dépendants de l'extérieur pour savoir quand nous arrêter, Ou nous ne nous arrêtons jamais. Chez l'enfant, le corps c'est sa boussole. Avant le langage, le corps est son seul guide. Au début de la vie, l'enfant fait l'expérience du monde à travers son corps, à travers ses sens. Un bébé qui a faim ne pense pas « j'ai faim, je devrais demander à manger » . Il ressent une sensation désagréable dans son ventre, une tension qui monte, un inconfort qui devient insupportable, et il pleure. Un enfant qui est fatigué ne décide pas rationnellement « je suis fatigué, je devrais me reposer » . Il ressent une lourdeur, une irritabilité, une difficulté croissante à rester présent, et il devient grognon, agité. Un enfant qui a besoin de proximité ne formule pas la demande intellectuellement. Il ressent un malaise, une anxiété, un besoin viscéral de contact. Et il s'accroche, il pleure quand vous vous éloignez. Les ressentis corporels sont des appels à l'autre. Pour un jeune enfant, les ressentis corporels ne servent pas seulement à l'informer sur son état interne, ils servent à mobiliser l'aide dont il a besoin. La faim, la fatigue, l'inconfort, la peur, toutes ces sensations désagréables poussent l'enfant à appeler à l'aide, à pleurer, à se manifester, à demander du soutien. Et quand un adulte répond, quand il nourrit le bébé qui a faim, berce l'enfant qui est fatigué, réconforte celui qui a peur, l'enfant fait une expérience fondamentale. Il apprend que ses ressentis sont fiables, ce qu'il ressent correspond à un besoin réel, ses besoins comptent, quelqu'un y répond, il peut demander de l'aide, ses appels sont entendus. Le soulagement est possible, l'inconfort ne dure pas éternellement. Cette expérience répétée aide l'enfant à développer de la confiance en son propre corps, de la confiance envers les autres et dans le monde. Sans accès à ces signaux, l'enfant ne sait pas quand demander. Mais que se passe-t-il alors quand un enfant se coupe de ses ressentis corporels parce qu'il n'arrive pas à les gérer par lui-même tout seul ? Quand l'enfant perd l'accès aux informations corporelles essentielles, les signaux internes deviennent difficiles à percevoir et à différencier. Il ne sait plus clairement quand il a faim, quand il est fatigué, quand il a besoin de réconfort. Les besoins existent toujours, mais ils ne sont plus suffisamment lisibles pour être exprimés. Dans ce contexte, l'enfant peut demander très peu. Il pleure peu, sollicite peu, semble s'adapter à tout. Il devient ce que l'on appelle souvent un bébé facile. Ce n'est pas qu'il n'a pas de besoin, mais il ne parvient plus à les identifier et à les signaler de façon claire. A l'inverse, chez certains enfants, l'absence de différenciation des signaux corporels conduit à une détresse globale. Comme les états internes ne sont pas distincts, tout devient urgent. La demande est fréquente, intense, sans nuance, parce que le corps ne fournit plus de repères précis. Dans les deux cas, l'enfant s'organise à partir de la même difficulté de départ, l'impossibilité de s'appuyer sur ses ressentis corporels pour s'orienter et entrer en relation. C'est grâce au corps que votre enfant peut reconnaître ses besoins et peut vous les communiquer. Grâce aux informations que son corps lui envoie, il peut donc identifier ses besoins, la fai, le sommeil, le contact, le réconfort. Les signaler aux adultes qui s'occupent de lui, recevoir une réponse adaptée, apprendre que ses besoins sont légitimes et peuvent être satisfaits, développer la confiance dans sa capacité à obtenir de l'aide. Sans accès à ses ressentis corporels, l'enfant perd ce que l'on pourrait nommer sa boussole intérieure. Regardons maintenant à quoi servent les émotions. Une émotion, à la base, c'est une information. Nous avons souvent une vision confuse des émotions. Elles sont vues comme des perturbations, quelque chose qu'il faudrait contrôler, retenir ou masquer. Or, une émotion est avant tout une information. Chaque émotion nous renseigne sur ce qui se passe pour nous dans une situation donnée, dans notre relation à l'environnement et aux autres. La peur signale un danger potentiel. Elle indique que quelque chose menace notre sécurité. La colère signale qu'une limite est dépassée, qu'une situation n'est pas acceptable pour nous. La tristesse signale une perte ou une séparation. Elle indique un besoin de temps pour intégrer ce qui a été vécu. La joie signale qu'une situation répond à nos besoins, qu'elle nous nourrit et nous soutient. Les émotions ne sont donc ni arbitraires ni excessives en elles-mêmes. Elles indiquent des besoins, des limites, des ruptures ou des fragilisations du lien, des élans, ce qui a du sens pour nous. Quand ces informations sont perçues et reconnues, elles permettent l'ajustement. Voici quelque chose de très important à comprendre. Même quand nous ne ressentons pas consciemment nos émotions, elles continuent à agir en nous. Les émotions ne disparaissent pas. Parce que nous nous en coupons, elle continue à influencer notre corps, nos pensées, nos comportements, mais sans que nous en ayons conscience. Par exemple, quelqu'un qui est coupé de sa colère peut développer des tensions musculaires chroniques, des maux de tête, des problèmes digestifs. Ou bien, sa colère peut s'exprimer de façon détournée, par de l'irritabilité constante, du sarcasme, de la passivité agressive. Quelqu'un qui est coupé de sa tristesse peut se sentir vide, engourdi, déprimé. sans comprendre pourquoi. Ou bien sa tristesse peut s'exprimer par une fatigue chronique, un manque de motivation, un sentiment que rien n'a de sens. Quelqu'un qui est coupé de sa peur peut prendre des risques inconsidérés, se mettre en danger sans s'en rendre compte. Ou bien sa peur peut se manifester par de l'anxiété diffuse, des comportements de contrôle, une vigilance constante. Les émotions servent aussi à ajuster la relation. Elles jouent un rôle central dans la régulation de nos relations. Elles nous permettent d'ajuster notre façon d'être en lien avec l'autre, moment après moment. Grâce à nos émotions, nous pouvons percevoir quand quelque chose ne va pas dans une relation. Sentir ce dont nous avons besoin pour que le lien reste possible. Exprimer nos besoins et nos limites. Ajuster notre proximité ou notre distance. Réparer après une tension ou une rupture, et approfondir le lien, quand les conditions le permettent. Mais les émotions ne nous informent pas seulement sur nous-mêmes, elles nous renseignent aussi sur ce que l'autre vit et sur l'état du lien entre nous. Nous percevons souvent de manière implicite les émotions de l'autre, son malaise, sa peur, sa colère, sa tristesse, son retrait. Ces signaux émotionnels nous permettent d'ajuster notre comportement pour préserver la relation. Certaines émotions jouent ici un rôle particulier, la honte par exemple. Elle apparaît souvent quand le lien est menacé, quand on sent que l'on a trop pris de place ou que l'on risque d'être rejeté. Elle pousse à se corriger, à se retenir, à se réajuster à l'autre pour maintenir le lien. Quand l'accès aux émotions est possible, ces ajustements se font de manière fine et souple. Sans accès à nos émotions, nous perdons cette capacité d'ajustement fin. Être capable d'entrer en relation de manière saine suppose de pouvoir ressentir ce qui se passe en soi. C'est à partir de ce lien à soi que se développe au fil du temps la capacité à percevoir l'autre, à ressentir ce qu'il vit, à lire ses réactions, à s'ajuster à lui et à développer de l'empathie. Cette capacité est centrale dans les relations humaines et elle est indispensable au développement relationnel de l'enfant. Tout ce que nous avons vu jusqu'ici conduit à une idée centrale. Le lien au corps et aux émotions ne sert pas seulement à se réguler individuellement. Il est nécessaire pour pouvoir construire des relations saines, équilibrées et nourrissantes. L'enfant a besoin de développer cette capacité pour se faire des amis, maintenir des liens et traverser les conflits sans se fermer ni être débordé. Être capable de relations de ce type suppose de pouvoir rester présent à soi tout en restant en lien avec l'autre. Cela implique d'être en contact avec ses propres ressentis, mais aussi d'être capable de percevoir ceux de l'autre. Lire l'autre si ajustée est une capacité humaine fondamentale et elle repose toujours sur le lien à ses propres ressentis. Concrètement, cela signifie pouvoir sentir ce qui se passe en soi pendant que l'on est en relation. Dans une interaction, les repères sont simples et très concrets. Est-ce que je me sens à l'aise ou tendu ? En sécurité ou mal à l'aise ? Ai-je envie de me rapprocher ou besoin de plus de distance ? Ces informations ne viennent pas que de la réflexion, elles viennent du corps et des émotions. Quand ces signaux sont accessibles, ils permettent d'ajuster la relation en continu, ajuster la proximité, poser une limite, réparer après une tension ou approfondir le lien quand c'est possible. Le psychiatre Daniel Siegel explique que pour rester véritablement en lien avec l'autre, le corps, les émotions et la pensée doivent pouvoir fonctionner ensemble. Quand ce lien interne se fragilise, maintenir la relation devient plus difficile. Deux réactions opposées peuvent alors apparaître. Soit nous nous fermons pour nous protéger, nous gardons nos distances, nous parlons peu, nous nous coupons. Soit, à l'inverse, les émotions prennent toute la place, nous débordons, nous nous emportons, la relation devient instable. Mais entre ces deux extrêmes, il existe une autre possibilité, pouvoir rester en relation sans se fermer. sans être submergé. C'est là que le lien au corps devient déterminant. Quand nous pouvons sentir ce qui se passe en nous pendant que nous sommes en relation, nous pouvons ajuster notre façon d'être avec l'autre, nous rapprocher, prendre un peu de distance, poser une limite ou simplement rester présent. Le corps nous donne ces repères qui permettent de rester en lien sans nous perdre. La dissociation est une stratégie de protection. Elle apparaît lorsque les ressentis corporels et émotionnels deviennent trop intenses pour être traversés sans aide. Quand un enfant ou un adulte est confronté à des sensations trop fortes, trop rapides, trop envahissantes, et qu'il n'y a pas de présence suffisante pour co-réguler, son système nerveux cherche une solution. Cette solution consiste à réduire le contact avec ce qui est ressenti. Se couper partiellement des sensations et des émotions permet de diminuer l'intensité de l'expérience et de la rendre plus supportable. La dissociation n'est donc pas un dysfonctionnement, mais plutôt une réponse adaptative à une situation où rester pleinement présent n'est pas possible. Chez le bébé et le jeune enfant, lorsque la détresse est intense, répétée et qu'elle n'est pas suffisamment apaisée par son environnement, Son système nerveux peut progressivement apprendre à ressentir moins. Ce n'est pas un choix conscient, mais un ajustement automatique face à une surcharge qui ne peut pas être régulée autrement. À court terme, cette adaptation permet de continuer à fonctionner malgré des conditions difficiles. Elle réduit la douleur immédiate et rend la situation supportable quand les ressources de régulation sont insuffisantes. Dans ce sens, la dissociation constitue une protection nécessaire dans un environnement qui ne permettait pas autre chose. Avec le temps, la dissociation limite l'accès aux fonctions que le lien au corps rend possible. Elle rend la régulation plus difficile. Les signaux corporels deviennent peu lisibles, ce qui complique la capacité à sentir ses limites et à prendre soin de soi au bon moment. Elle altère l'orientation intérieure, ce qui convient, ce qui soutient. Ce qui a du sens devient moins clair. Les choix reposent davantage sur l'adaptation. Elle appauvrit l'expérience relationnelle. La relation peut se maintenir sur un plan fonctionnel, mais sans véritable sentiment de présence partagée. Elle réduit la vitalité. L'élan, l'intérêt et le plaisir diminuent. La vie continue, mais avec peu d'engagement. La dissociation a été une réponse nécessaire dans un contexte où n'existait pas d'autre solution. Elle a permis de traverser ce qui ne pouvait pas être régulé autrement. Mais ce qui a protégé à un moment donné devient limitant quand cette organisation persiste. Le lien au corps peut cependant se retisser. Cela demande des conditions de sécurité, du soutien, et c'est progressif. Comprendre comment cette coupure s'est installée est une première étape. Nous arrivons au terme de cet épisode. Dans la suite de cette série, nous allons explorer la première structure, celle qui se met donc en place quand le lien au corps ne peut pas se faire correctement. Nous commencerons par l'enfant, comprendre ses besoins et ce qui soutient son développement, ce qui va lui permettre de se sentir présent dans son corps, de tolérer ses ressentis et aussi d'apprendre à les interpréter correctement. Puis, nous aborderons cette même structure chez l'adulte, la façon dont elle se manifeste dans la vie quotidienne et dans la parentalité, et bien sûr, ce qui peut aider à retrouver un accès plus stable au ressenti corporel quand cela est nécessaire. Merci d'avoir été là pour cet épisode. Merci pour votre engagement, votre présence et votre écoute. Merci d'avoir rejoint la communauté de la parentalité intégrative le temps de cet épisode. Une communauté de parents en chemin, sensibles au lien, à la croissance intérieure, au respect de l'enfant, dans la richesse et la sensibilité de son être. Avant de nous quitter, je vous laisse avec ces quelques mots, comme une invitation à explorer un autre chemin. Le parent intégratif ne façonne pas l'enfant, il s'emploie à protéger le lien dans lequel sa lumière peut rayonner librement. A bientôt !