Speaker #0Bonjour et bienvenue sur le podcast Parentalité Intégrative. Je suis Nathalie Griez, thérapeute familiale et systémique, et dans ce podcast je vous parle du développement psychologique et émotionnel de votre enfant. Nous explorons ses besoins fondamentaux, ce qui se passe quand ils ne sont pas rencontrés, et comment la qualité de votre lien influence son développement. Bonjour et bienvenue dans ce nouvel épisode de Parentalité Intégrative. Dans l'épisode précédent, nous avons exploré pourquoi le lien au corps est si fondamental. Il nous permet de nous orienter dans nos choix, de nous réguler face au stress, d'identifier nos besoins et d'être capable de relations équilibrées et nourrissantes. Le corps est le socle sur lequel tout le reste s'organise. Aujourd'hui, nous entrons dans le comment. Comment se forme la première structure d'adaptation quand précisément ce lien au corps ne peut pas se construire chez l'enfant ? Cette structure se forme souvent très tôt, dans les tout premiers mois de vie, parfois dès les premières semaines, parce qu'elle concerne la toute première tâche développementale de l'enfant, habiter son corps, s'incarner dans ce corps physique. Avant de pouvoir s'attacher, avant de pouvoir explorer, avant de pouvoir marcher, parler, se faire des amis, le bébé doit d'abord accomplir quelque chose de bien plus élémentaire. Il doit pouvoir être là, dans son corps, faire de ce corps son ami, son lieu de vie. Voilà quelques points importants à considérer avant de commencer. Ce que nous allons décrire existe à différents degrés. Certains enfants habitent leur corps facilement, pour d'autres c'est plus fragile, avec des moments où le contact se fait et d'autres où il se perd, et pour d'autres encore, c'est vraiment difficile. Et chez un même enfant, cela peut aussi évoluer au fil du temps. Ensuite, et il est important de le dire de suite, ce que nous allons décrire est une stratégie de survie. Quand un bébé se déconnecte de son corps, il ne fait pas quelque chose de mauvais pour lui. C'est la seule protection disponible à ce moment-là. Celle que son système nerveux a trouvé pour supporter ce qui serait autrement insupportable. Cette adaptation lui a permis de continuer à vivre dans un environnement qui ne lui offrait pas le soutien dont il avait besoin. Mais elle a un prix, et nous allons voir lequel. Et enfin, cette structure sera explorée sur plusieurs épisodes. Aujourd'hui, nous restons sur les origines, sur la manière dont elles se forment. Dans les épisodes suivants, nous verrons comment elle se manifeste chez l'enfant qui grandit, puis chez l'adulte, et enfin dans la parentalité. Alors, commençons par le commencement, ce que j'appelle la première tâche développementale du bébé. Quand on parle du développement de l'enfant, on pense souvent à l'attachement, à la relation avec les parents. au premier sourire, au premier mot, au premier pas. Mais avant tout cela, il y a une étape encore plus fondamentale. À la naissance, si le corps du bébé est formé, son système nerveux reste immature. La régulation interne et bien d'autres capacités vont devoir continuer à se développer bien après la naissance. Dans les premiers mois de sa vie, le bébé doit accomplir une tâche développementale essentielle. Cette tâche se poursuit ensuite dans le temps, mais les tout premiers mois sont particulièrement importants car le bébé ne dispose pas encore de capacités d'autorégulation et dépend entièrement de la co-régulation de l'adulte. Cette tâche c'est l'incarnation, apprendre à être présent dans son corps, à ressentir ce qui s'y passe, apprendre à tolérer les sensations et les émotions. C'est grâce à la présence et au soutien d'au moins un adulte qui prend soin de lui que le bébé va progressivement se familiariser avec ses ressentis, apprendre à les supporter, à demander de l'aide quand c'est nécessaire, puis plus tard à les comprendre et aussi au bout de quelques années à s'autoréguler. Il arrive donc au monde avec un système nerveux immature, encore en construction. Il n'a pas encore de pensée réflexive, ni de représentation consciente de lui-même, ni de différenciation claire entre ce qui est lui et ce qui ne l'est pas. Ce qu'il a, ce sont des sensations, des sensations corporelles brutes, immédiates, intenses des fois. La faim, le froid, la chaleur, la tension, la détente, l'inconfort, le bien-être, la douleur et le plaisir, et bien d'autres bien sûr. Ces sensations constituent son premier langage, sa première manière d'entrer en contact avec le monde. Progressivement et à travers des milliers d'expériences répétées, il fait l'expérience de son corps de l'intérieur. Il commence à sentir ce corps comme quelque chose qui existe, qui est là, qui constitue un point de référence. Peu à peu, il fait l'expérience que ce corps est le lieu à partir duquel il perçoit, il ressent, il agit. C'est à partir de cette expérience que le reste du développement pourra s'organiser. Le corps devient familier, reconnaissable. Il peut progressivement devenir ce lieu dans lequel il fait bon vivre. Tout cela est un processus. Cela se construit dans le temps, au fil des premiers mois de vie, à travers une expérience répétée de sensations qui peuvent être ressenties, tolérées et apaisées. Comme nous l'avons vu dans l'épisode précédent, quand le bébé reçoit le soutien nécessaire, il peut ressentir ses sensations corporelles et apprendre peu à peu à s'y fier. Quand il a faim, il pleure. Quand il est fatigué, il s'agite. Quand il a mal, il appelle. Ces sensations deviennent les signaux fiables qui lui permettent de demander ce dont il a besoin. C'est à partir de cette base que tout le reste peut se construire, la relation, l'attachement, l'exploration du monde. Un bébé ne peut donc pas apprendre à habiter pleinement son corps sans le soutien d'au moins un adulte. Au début de la vie, cette capacité se construit dans la relation avec son parent ou avec la personne qui prend soin de lui. Un adulte présent, intérieurement stable, qui accompagne le bébé dans ce qu'il traverse, jour après jour, et aussi comme vous le savez, nuit après nuit bien sûr. C'est à travers cette présence que le bébé découvre que ce qu'il ressent peut être traversé, que les sensations montent puis redescendent. Il apprend à supporter des sensations désagréables comme la faim, l'inconfort ou la fatigue, du moins durant un temps. Et dans les moments de jeu et de plaisir, il apprend aussi à tolérer des sensations agréables, parfois très intenses celles-ci. Peu à peu, son corps devient un lieu dans lequel il peut rester présent. Et la manière dont l'adulte est présent lui-même compte beaucoup. Un parent qui est en contact avec ses propres sensations, qui respire, qui reste centré, offre à son bébé une base de stabilité. Quand le bébé s'agite, pleure, se tend, cette présence l'aide à traverser l'inconfort et à retrouver un état dans lequel son attention peut à nouveau se poser. Souvent cela passe par des gestes simples, prendre le bébé dans ses bras, le bercer, ajuster le rythme, parler, ralentir. Mais la régulation ne consiste pas seulement à calmer. Réguler un bébé, c'est l'idée de retrouver un niveau d'activation qui lui permet de rester attentif à ce qui se passe, sans être débordé ni se retirer. Pour certains bébés, cela passe par l'apaisement. Leur corps est très activé, les sensations sont trop fortes. La présence calme de l'adulte aide alors l'activation à diminuer. Pour d'autres bébés, la difficulté est inverse. Ils sont peu toniques, peu réactifs comme absents. Leur corps manque d'élan, de mouvement, de contact avec ce qui les entoure. Dans ces moments-là, la régulation passe par davantage de stimulation. Une voix plus engagée, du mouvement, du regard, du jeu. L'adulte aide alors le bébé à augmenter son niveau d'éveil, à se rassembler, à revenir dans l'expérience. Réguler c'est donc ajuster, observer l'état du bébé et y répondre de façon adaptée. Parfois soutenir pour ralentir, parfois soutenir pour relancer. À force de vivre ces expériences, le bébé apprend quelque chose de fondamental. Son corps peut passer d'un état à un autre et quelqu'un est là pour l'accompagner dans ses passages. La régularité joue aussi un rôle très important. Quand les réponses de l'adulte sont cohérentes dans le temps, quand les repères sont stables, le système nerveux du bébé peut s'organiser. Son corps commence alors à reconnaître ce qui est attendu, ce qui est familier. L'environnement participe à ce processus. Des temps plus calmes, moins de bruit, moins de sollicitations, permettent au bébé de percevoir plus clairement ses sensations et de rester plus facilement présent. Il y a enfin quelque chose de très simple dans la manière de porter un bébé. Quand un adulte tient un bébé avec une posture stable, avec des gestes assurés, rassurants, le bébé ressent ce soutien. C'est à travers le corps de l'adulte qu'il fait l'expérience d'être soutenu. Il fait l'expérience de quelque chose qui tient bon. Peu à peu... Ces expériences s'inscrivent dans son système nerveux et son corps devient plus familier. Il devient un endroit où il fait bon être. Nous venons de voir ce qu'il y a d'un bébé à habiter son corps, mais dès le début de la vie, il arrive que ce processus d'incarnation ne puisse pas se déployer pleinement. Il arrive que les conditions nécessaires pour qu'un enfant se sente bien dans son corps ne soient pas réunies. Il grandit alors dans un contexte où le corps reste difficile à percevoir comme étant un lieu de sécurité. Il ne devient pas ce centre vers lequel l'enfant, le bébé peut revenir, ni un repère fiable pour l'orientation, ni une source d'informations utile pour faire des choix plus tard. Du côté du parent, Certaines situations rendent difficile l'accompagnement du bébé dans ce qu'il ressent, en particulier lorsque les sensations sont intenses. Un parent peut avoir lui-même une relation compliquée à son propre corps. Quand très tôt dans son histoire, il a appris à se couper de ses sensations, il lui devient difficile d'aider son bébé à développer cette tâche développementale précoce qu'est l'incarnation. On transmet rarement ce que l'on n'a pas pu construire soi-même. Le parent s'occupe de son enfant, répond à ses besoins concrets mais intérieurement, il n'est peut-être pas en lien avec ce que vit son bébé. Face à des ressentis intenses, l'enfant se sent alors débordé, il ne bénéficie pas d'une co-régulation suffisante qui l'aiderait à traverser ce qu'il ressent. Parfois, le parent peut traverser une période où il est très absorbé par sa propre souffrance. Une dépression postpartum, une anxiété intense. des traumatismes anciens qui sont réactivés par la naissance de l'enfant. Et alors une grande partie de son énergie sert à faire face à ce qu'il vit intérieurement et cela réduit sa capacité à accompagner les états émotionnels de son bébé. Il arrive aussi qu'un parent soit présent physiquement mais peu engagé sur le plan émotionnel. Alors les soins sont assurés, les gestes sont faits, mais le regard... La chaleur et la tension sont peut-être faibles. Le bébé ne trouve pas alors cette présence qui lui permettrait au fil du temps de développer de l'autorégulation, cette compétence qui se révèle beaucoup plus tard mais qui prend racine dans ses expériences précoces. Dans d'autres situations, les états du bébé déclenchent des réactions très intenses chez le parent. Les pleurs ou l'agitation provoquent chez le parent de la panique, des réactions excessives ou bien un retrait. À nouveau, au lieu que puisse s'installer un apaisement à travers la co-régulation, l'intensité émotionnelle augmente chez l'un comme chez l'autre, chez le parent comme chez l'enfant. Le contexte de vie du bébé joue également un rôle majeur. Un climat de stress intense pendant la grossesse, la présence de violences dans le quotidien familial ou social ou une instabilité affective importante chez les figures parentales affectent très tôt le système nerveux du bébé. Rappelons-le, le bébé naît avec un système nerveux immature. Il arrive alors au monde déjà très tendu, avec une faible capacité à se détendre. Les niveaux de cortisol peuvent être élevés dès le début de la vie, avec des effets possibles à long terme sur la régulation du stress. Un environnement pauvre en chaleur humaine où les besoins de l'enfant sont pris en charge sans engagement affectif réel entrave fortement le processus d'incarnation. Certains bébés passent leur première semaine ou leur premier mois dans des contextes médicaux lourds, hospitalisations, couveuses, séparations répétées, gestes douloureux. Dans ces conditions, le corps est rapidement associé à l'inconfort, à la contrainte, parfois à la douleur. Dans des situations de grande précarité ou d'insécurité, les parents vivent eux-mêmes dans un état de tension permanent. Cette tension se transmet au bébé. La vie s'organise alors autour du danger, dans une logique de survie. Il est essentiel de comprendre que ces situations peuvent exister dans des familles attentives et engagées autour du bébé. Elles reflètent des contextes de vie, des contraintes. et des histoires personnelles, bien plus que des mauvaises intentions parentales. Dans ces contextes, le bébé rencontre des difficultés à investir pleinement son corps. Les sensations sont souvent fortes, envahissantes, difficiles à traverser. Il se retrouve fréquemment débordé par ce qu'il ressent, avec peu de soutien pour l'aider à revenir vers un état plus supportable. Les moments où un adulte l'aide à apaiser, soutenir ou relancer son état interne peuvent exister, mais de façon irrégulière. Ils ne deviennent pas une expérience suffisamment fiable pour servir de repère interne. Peu à peu, au niveau inconscient, le bébé fait l'expérience que rester en contact avec ses sensations est trop difficile. Certaines sensations durent trop longtemps, sont trop intenses, trop envahissantes. Le processus d'incarnation devient fragile, incomplet, parfois fortement entravé. Tout cela s'inscrit dans une dynamique progressive. Certains bébés peuvent parvenir malgré tout à développer un rapport relativement stable à leur corps, d'autres y accèdent de manière partielle avec une fragilité persistante. Pour d'autres encore, la solution trouvée est la dissociation des ressentis. A cet âge, il n'existe pas de fermeture sélective. Quand le bébé apprend à ne plus ressentir, il secoue autant de la douleur que des sensations agréables. C'est alors qu'une stratégie émerge, ne plus rester dans son corps. Nous sommes alors face à un bébé pour qui les conditions nécessaires à l'incarnation ne sont pas suffisamment réunies. Les sensations corporelles sont trop souvent intenses, envahissantes, prolongées. L'aide extérieure arrive peu, de façon irrégulière ou pas au moment où elle serait nécessaire. Dans ces conditions, le corps ne devient pas un endroit dans lequel le bébé peut se poser. Il n'est pas vécu comme un lieu de repos et de sécurité. Alors que peut faire un bébé dans cette situation ? Rappelons ici une chose essentielle. Dans les tout premiers mois de vie, il ne dispose que de très peu de ressources adaptatives. Il ne peut pas comprendre ce qu'il se passe, il ne peut pas se rassurer par la pensée, il ne peut pas modifier son environnement, il ne peut pas se protéger activement ni s'éloigner de ce qui est trop intense. Son expérience du monde passe presque exclusivement par le corps. Quand ce corps devient le lieu même de la surcharge, les possibilités d'adaptation sont extrêmement limitées. A ce stade du développement, une seule chose peut être modulée. La manière dont les sensations corporelles sont perçues est traitée par le système nerveux. Lorsque les sensations deviennent trop fortes et qu'il n'y a pas de soutien suffisant pour les traverser, le système nerveux du bébé cherche une solution pour éviter la submersion. Cette solution consiste à réduire l'accès à l'expérience corporelle. Il ne s'agit pas d'un départ volontaire, ni d'une fuite consciente. C'est une réponse physiologique automatique, dont la fonction est de diminuer l'intensité de ce qui est ressenti. Moins sentir, c'est moins souffrir. Moins être en contact avec le corps, c'est rendre l'expérience plus supportable. Dans un développement suffisamment soutenu, le corps devient peu à peu un lieu familier, un endroit où l'on peut revenir. Ici, ce processus ne peut pas s'installer. Le corps reste associé à la surcharge, à l'inconfort, parfois à la douleur. Il ne devient pas cette maison intérieure dans laquelle on peut rester. Le système nerveux apprend alors implicitement qu'il vaut mieux ne pas investir pleinement cet espace. Il maintient une forme de distance avec l'expérience corporelle pour préserver un minimum de stabilité. Au départ, cette réponse apparaît surtout dans les moments où l'intensité du ressenti devient trop difficile à supporter, quand les sensations sont donc trop fortes, quand elles durent trop longtemps, quand il n'y a pas d'aide suffisante pour les traverser. Dans ces moments-là, le système nerveux du bébé essaye donc de réduire l'accès aux sensations corporelles. Il essaye d'atténuer ce qui est perçu. Il diminue l'intensité de l'expérience vécue de l'intérieur. Cette réponse a un effet immédiat. La charge devient plus supportable. L'organisme retrouve un minimum de stabilité. Parce que cette réponse protège, le système nerveux la réactive chaque fois que la surcharge se reproduit. Ce n'est pas un choix, cela devient un automatisme. C'est un ajustement automatique face à un niveau d'intensité qui dépasse les capacités de régulation du moment. de l'enfant. Avec le temps, cette manière de faire ne reste pas ponctuelle. Elle devient le mode privilégié de réponse au stress et à l'inconfort, ce qui au départ permettait de faire face à une situation précise s'inscrit progressivement dans son fonctionnement global. On ne parle plus alors d'une réaction isolée mais d'une organisation stable du système nerveux. Une façon habituelle de limiter l'impact des sensations internes en maintenant une distance avec l'expérience corporelle. C'est ainsi que se met en place la première structure d'adaptation, une organisation défensive précoce mise en place instinctivement pour réduire la surcharge interne quand les conditions nécessaires à la régulation ne sont pas réunies. Alors cette stratégie protège à court terme. mais elle empêche une chose essentielle, la présence de l'attention dans le corps. Le corps ne devient pas un lieu de sécurité. Il n'est pas vécu comme un lieu où l'on peut revenir quand c'est difficile. Il reste un espace avec lequel la relation est distante, incertaine, fragile. Cette tâche de l'incarnation reste alors inachevée et tout ce qui devait s'appuyer sur cette base, la régulation, la relation, la capacité à s'orienter, pas se développer de façon optimale. Dans certaines situations, lorsque l'intensité est extrême, comme cela peut être le cas quand il y a des douleurs massives, des ruptures de liens brutales sans aucune réparation ou dans le vécu de traumatismes précoces, le système nerveux peut être débordé au point de perdre toute cohérence minimale. Il ne s'agit plus seulement de réduire l'accès aux sensations, mais d'une désorganisation profonde de l'expérience interne. Il n'y a plus de continuité. Rien sur lequel prendre appui serait possible. Parfois une expérience de vide, d'effacement, d'absence de soi. Même sans mémoire consciente, ces vécus laissent une trace durable dans le fonctionnement du système nerveux. Une trace implicite qui dit « être présent est dangereux » . Nous voilà au terme de cet épisode. Nous avons vu aujourd'hui comment se met en place la première structure d'adaptation, celle qui apparaît lorsque le processus d'incarnation ne peut pas s'organiser. Cette structure se forme souvent très tôt, dans les tout premiers mois de vie, parce qu'elle touche à ce que je considère comme la toute première tâche développementale, pouvoir être présente dans son corps. Nous avons vu que l'incarnation nécessite des conditions précises, une présence adulte engagée, une co-régulation régulière, un rythme suffisamment prévisible, un environnement qui ne soit pas constamment saturé de stimulation. Lorsque ces conditions ne sont pas réunies, pour des raisons multiples, parfois même au sein de familles très aimantes, le bébé ne parvient pas à s'installer dans son corps. Face à cette impossibilité, Son système nerveux trouve une solution, une solution automatique et inconsciente. Réduire le contact avec des sensations devenues trop intenses. Cette stratégie permet au bébé de survivre. Elle diminue la souffrance immédiate. Elle mérite d'être reconnue pour ce qu'elle est, une réponse intelligente et protectrice à un moment où aucune autre option n'était disponible. Et cette organisation peut se prolonger au fil des mois et des années et refaire l'expérience que ces sensations et ces émotions peuvent à nouveau être ressenties, contenues et modulées. Dans le prochain épisode, nous verrons comment cette structure se manifeste concrètement chez l'enfant qui grandit. Quels signes peuvent nous alerter ? Comment cette déconnexion du corps s'exprime dans son comportement, dans son développement et dans sa manière d'entrer en relation ? Et bien entendu... Nous verrons comment accompagner l'enfant pour qu'il puisse progressivement retrouver un accès plus sûr à ses ressentis corporels et reconstruire pas à pas un lien avec son corps. Merci d'avoir été là pour cet épisode. Merci pour votre engagement, votre présence et votre écoute. Merci d'avoir rejoint la communauté de la parentalité intégrative le temps de cet épisode. Une communauté de parents en chemin, sensibles au lien à la croissance intérieure, au respect de l'enfant, dans la richesse et la sensibilité de son être. Avant de nous quitter je vous laisse avec ces quelques mots comme une invitation à explorer un autre chemin. Le parent intégratif ne façonne pas l'enfant, il s'emploie à protéger le lien dans lequel sa lumière peut rayonner librement. A bientôt !