Speaker #0Bonjour et bienvenue sur le podcast Parentalité Intégrative. Je suis Nathalie Grillet, thérapeute familiale et systémique, et dans ce podcast je vous parle du développement psychologique et émotionnel de votre enfant. Nous explorons ses besoins fondamentaux, ce qui se passe quand ils ne sont pas rencontrés, et comment la qualité de votre lien influence son développement. Bonjour et bienvenue dans ce nouvel épisode de Parentalité intégrative. Dans l'épisode précédent, nous avons exploré comment se forme la première structure d'adaptation. Nous avons vu que pendant la période prénatale, jusqu'aux six premiers mois environ, certains bébés ne peuvent pas habiter pleinement leur corps car leur ressenti reste trop intense pour leur système. Cela peut arriver quand les personnes qui prennent soin du bébé ne peuvent pas lui offrir la co-régulation dont il a besoin. Parfois, à cause d'une hospitalisation, d'une maladie grave, d'un deuil, ou bien d'un contexte de violence ou de précarité. Ou alors, le parent lui-même a dû développer cette structure d'adaptation dans son enfance. Face à cette situation, le bébé développe ce que l'on appelle une stratégie de survie, ou une structure d'adaptation. Dans ce cas, réduire l'accès à ces sensations corporelles. Cette stratégie devient à la longue une façon habituelle de fonctionner, un réflexe automatique qui va se maintenir au fil du temps. Elle façonne la manière dont l'enfant habite son corps, sa façon d'être au monde et d'entrer en relation avec les autres. Aujourd'hui, nous allons voir comment cette structure se manifeste chez l'enfant qui grandit. Quels sont les signes qui peuvent vous alerter ? Comment cette déconnexion du corps s'exprime-t-elle concrètement dans le quotidien de l'enfant ? L'objectif est de vous aider à reconnaître les signes de cette structure quand elle est présente. Dans le prochain épisode, nous verrons comment aider un enfant à trouver progressivement le lien avec son corps. Chaque fois que l'intensité augmente, l'enfant s'éloigne de son expérience corporelle pour rester fonctionnel. L'enfant qui a dû s'adapter de cette façon ne ressent pas son corps comme un lieu sûr, il ne peut pas l'habiter pleinement. De l'extérieur, on peut avoir l'impression qu'il n'est pas vraiment là, un enfant dans la lune. Son regard est souvent ailleurs, perdu dans le vague, même quand on lui parle directement. Sa posture corporelle peut être molle, affaissée, sans tonus, ou bien à l'inverse, complètement rigide et tendue. Ce que l'on observe, c'est qu'il peut ne pas percevoir les signaux de son corps. Il peut ne pas sentir la faim avant d'être au bord de l'effondrement. Il peut ne pas percevoir la fatigue et continuer jusqu'à l'épuisement complet. Le besoin d'aller aux toilettes peut arriver tardivement, parfois trop tard. Il ne peut pas percevoir clairement la sensation de froid ou de chaud. Un enfant qui a développé cette structure peut avoir une relation particulière à la douleur. Souvent, il peut ne pas réagir normalement quand il se fait mal. Il peut se blesser sans s'en rendre compte, ou ne pas sembler gêné par une blessure importante. Mais paradoxalement, il peut avoir aussi des réactions très fortes à certaines choses. Certaines textures de vêtements, certains sons, la lumière trop vive, alors que d'autres sensations ne semblent pas l'atteindre du tout. Cette alternance déroute souvent son entourage. Il ne pleure pas quand il tombe du toboggan, mais il hurle si on lui touche les cheveux. On peut remarquer une certaine maladresse. Il se cogne, il trébuche, peut renverser les choses. Il a du mal à évaluer où son corps commence et où il se termine. La coordination est difficile. Les activités sportives et les jeux physiques peuvent le mettre mal à l'aise. Tous ces signes nous parlent de la même chose. L'enfant n'est pas présent avec son attention dans son corps. Son corps lui envoie des messages, mais il n'en a pas toujours conscience, ou bien il n'arrive pas à utiliser ces informations pour s'orienter et s'ajuster. Ce même mécanisme se retrouve dans le corps, les émotions, l'attention, la relation et aussi Dans des situations du quotidien, certaines approches cliniques du développement et du trauma précoce décrivent un mécanisme bien spécifique à cette structure. Lorsque l'enfant se trouve confronté à une expérience qu'il ne parvient pas à intégrer, son attention se retire de l'expérience corporelle. Il se met à distance de ce qu'il vit. Ce mouvement n'est pas une décision consciente. Il s'organise plutôt de façon automatique. Ce retrait lui permet de continuer à fonctionner. Ce processus peut être décrit comme un mécanisme d'adaptation, parfois aussi nommé stratégie de survie, au sens où il protège l'enfant d'une désorganisation plus profonde. Au quotidien, cela se manifeste par des moments d'absence attentionnelle. En pleine conversation, l'attention de l'enfant se retire. On peut dire l'enfant est dans la lune, par exemple. Son regard se fixe ailleurs, il devient vague. Il n'entend plus ce qu'on lui dit. C'est un réflexe de protection. Vous l'avez peut-être déjà vécu. Vous parlez à votre enfant et, soudain, vous sentez qu'il n'est plus là. Il s'agit d'une forme de dissociation. L'enfant est souvent dans sa bulle. Il peut avoir du mal à se souvenir de ce qui vient de se passer. Quand vous lui demandez ce qu'il vient de vivre, il va vous dire « je ne sais pas » . Beaucoup de ces enfants développent un monde intérieur très riche dans lequel ils se replient. L'imaginaire prend une place importante, avec des univers intérieurs élaborés. Plus tard, l'enfant peut vouloir passer beaucoup de temps devant les écrans ou plonger dans des livres, des activités qui l'éloignent de l'expérience immédiate. Chez certains enfants, le retrait ne passe pas par l'immobilité, mais au contraire par une agitation constante. Le mouvement devient une autre manière de limiter l'accès aux ressentis corporels. Rester en mouvement évite de se confronter à ce qui se passe à l'intérieur. L'enfant a du mal à rester assis, il bouge beaucoup. Pour un enfant, la relation aux parents est vitale. Il ne peut pas se détacher de son parent. Quand ce qu'il ressent devient trop difficile à supporter, il s'éloigne plutôt de ses ressentis que de la relation. C'est une façon instinctive de se protéger tout en gardant un minimum de lien. Quand l'accès au corps est limité, l'accès aux émotions l'est aussi. Les émotions prennent naissance dans le corps. Si l'expérience corporelle reste peu accessible, les émotions deviennent difficiles à identifier et à organiser. Ces enfants ont souvent du mal à reconnaître et à nommer ce qu'ils ressentent. Face à la question « qu'est-ce que tu ressens ? » , la réponse qui revient fréquemment est « je ne sais pas » . Cette réponse traduit une difficulté réelle d'accès à l'information émotionnelle. Les émotions peuvent alors être confondues. L'enfant dit qu'il est en colère alors qu'il est triste, ou inversement. L'intensité reste difficile à évaluer. Soit tout paraît neutre et peu différencié, soit l'émotion surgit de façon brutale et débordante, sans nuance intermédiaire. L'expression émotionnelle peut sembler décalée. Parfois, l'enfant réagit peu dans des situations habituellement chargées émotionnellement. À d'autres moments, un événement mineur déclenche une réaction très intense. Cette imprévisibilité déroute souvent son entourage. Ces enfants peuvent osciller entre deux états. À certains moments, les émotions envahissent tout et deviennent difficiles à réguler. À d'autres moments, l'accès émotionnel se réduit fortement, donnant une impression de détachement. Les émotions sont présentes, mais restent peu accessibles. L'enfant peut éviter les situations émotionnellement chargées. Il peut aussi s'appuyer davantage sur la pensée, l'analyse ou se réfugier dans l'imaginaire, tout ce qui lui permet de rester à distance de l'expérience émotionnelle directe. Ces enfants, comme tous les enfants, ont besoin d'être en lien, et en même temps, le lien à l'autre les met rapidement en difficulté. Ce que l'on observe n'est pas une addition de difficulté, mais plutôt différentes expressions d'une même stratégie de protection. Pour un enfant, la relation avec son parent est indispensable. Il ne peut pas s'en passer, il en va de sa survie. Mais chez certains enfants, la relation active rapidement beaucoup de sensations et d'émotions dans leur corps. La voix, le regard, le contact deviennent vite trop intenses. Quand cela arrive, l'enfant n'arrive plus à rester en contact avec ce qu'il ressent. Pour continuer à être avec l'adulte, il s'éloigne alors de ses ressentis corporels, il reste présent extérieurement, mais moins engagé intérieurement. Ce mouvement apparaît très tôt et s'organise de façon automatique. Au quotidien, cela se voit dans de petits moments de retrait. Le regard se détourne, la tension décroche. L'enfant est là. mais il est moins disponible dans l'échange. Ce retrait lui permet de réduire l'intensité de ses ressentis. Le regard direct et le contact physique augmentent fortement cette intensité. Détourner le regard ou limiter la durée du contact aide l'enfant à rester plus régulé. Les environnements très stimulants, avec du bruit, des mouvements brusques ou beaucoup de personnes, deviennent rapidement fatigants pour lui. Il se retire alors davantage pour préserver son équilibre interne. Quand il est en relation avec d'autres enfants, le même fonctionnement apparaît. Il peut jouer et participer, puis se mettre en retrait dès que l'échange devient trop chargé émotionnellement. Dans les moments de détresse, l'enfant se protège en réduisant l'accès à ses ressentis. Cela lui permet de maintenir le lien. Sans se désorganiser. Dans le jeu, certaines préférences apparaissent. L'enfant s'oriente souvent vers des jeux solitaires, centrés sur l'imaginaire. Il crée des mondes intérieurs dans lesquels il se sent plus en sécurité. Les jeux corporels, physiques ou très engageants sur le plan sensoriel l'attirent peu. A l'inverse, les jeux de construction, de réflexion ou de stratégie qui mobilisent surtout le mental, lui conviennent davantage. Le jeu peut aussi manquer de continuité. L'enfant commence une activité puis en change rapidement. Le jeu devient alors une manière de s'éloigner de l'expérience corporelle. À l'école, la tension fluctue beaucoup. L'enfant décroche en classe son esprit vagabonde. Il regarde ailleurs, dessine, semble absent, dans la lune. Ce mouvement apparaît lorsque la situation devient trop stimulante. Mais chez d'autres enfants, on observe l'inverse. Une concentration très forte. L'enfant s'investit énormément dans le travail scolaire, parfois avec beaucoup de perfectionnisme. Cette hyperfocalisation lui permet de rester centré sur la pensée plutôt que sur le corps, au prix d'une tension intérieure importante. Les apprentissages reflètent cette variabilité. Certains enfants rencontrent des difficultés parce que rester suffisamment présent pour intégrer les informations demande beaucoup d'énergie. D'autres réussissent très bien scolairement, l'école devenant un espace structuré et prévisible, centré sur la pensée plutôt que sur le ressenti corporel. Les difficultés apparaissent surtout dans les activités qui sollicitent directement le corps, comme le sport, l'expression corporelle, le théâtre, la musique impliquant le mouvement. L'apprentissage de l'écriture peut aussi poser problème. Le geste n'est pas fluide et il peut être irrégulier. L'enfant se fatigue rapidement. Cela reflète une difficulté de coordination fine. Dans le quotidien, d'autres manifestations peuvent apparaître. L'alimentation peut également poser problème. L'enfant mange sans sentir clairement ses besoins ou refuse de manger faute de signal corporel identifiable. Une sélectivité alimentaire importante peut apparaître. souvent à un lien avec une sensibilité aux textures, aux goûts ou aux odeurs. L'enfant sent parfois trop tard qu'il a besoin d'aller aux toilettes, cela peut retarder l'acquisition de la continence et entraîner des accidents répétés. Enfin, certains enfants développent des rituels et des habitudes très rigides. La répétition crée un cadre extérieur stable auquel ils peuvent se fier, surtout lorsque les sensations corporelles font défaut et ne leur permettent pas de se repérer. Avant de conclure, je voudrais insister sur un point essentiel. Les signes que nous venons de décrire racontent une manière de s'être adapté très tôt. Ils montrent comment l'enfant a trouvé une solution pour faire face à ce qui était trop difficile à vivre à un moment donné de son développement. Lorsque l'environnement n'a pas pu soutenir suffisamment le bébé, le petit enfant, dans son incarnation, dans le fait de se sentir en sécurité dans son corps, une réponse s'est mise en place. Le bébé a alors appris à réduire le contact avec ses ressentis corporels afin de traverser les situations du quotidien. Cette réponse a permis de continuer à grandir dans un contexte qui demandait cet ajustement. Cette adaptation ne repose pas sur une compréhension consciente. Elle s'organise automatiquement à partir du fonctionnement du système nerveux immature du bébé. Être pleinement présent dans son corps a alors représenté une expérience trop intense. Le retrait partiel de l'expérience corporelle a constitué une solution efficace à ce moment-là. Avec le temps, cette manière de fonctionner se stabilise, elle s'inscrit dans le développement de l'enfant, se répète dans différentes situations et devient une façon habituelle de réagir face à l'intensité. Le système nerveux conserve ce mode de réponse parce qu'il a permis, un jour, de rester organisé. C'est pour cela que ce fonctionnement se retrouve tout au long de l'enfance et peut encore être présent à l'âge adulte. Dans cet épisode, nous avons exploré comment la première structure d'adaptation se manifeste chez l'enfant qui grandit. Nous avons vu comment cette adaptation touche le corps, l'attention, les émotions, la relation et le quotidien. Nous avons surtout mis en évidence une même logique à l'œuvre partout. Lorsque l'intensité devient trop forte, l'enfant réduit le contact avec ses ressentis corporels pour pouvoir continuer à fonctionner. Ces manifestations peuvent prendre des formes très différentes d'un enfant à l'autre. Certaines sont visibles, d'autres beaucoup plus discrètes. mais elle renvoie tout à une même réalité intérieure, un corps qui n'a pas encore pu devenir un repère sûr et un système nerveux qui s'organise autour de la réduction de l'intensité. Comprendre cela change profondément le regard que l'on porte sur l'enfant. On ne voit plus une accumulation de difficultés, mais une adaptation cohérente mise en place très tôt et qui continue de s'exprimer au fil du développement de l'enfant. Dans le prochain épisode, nous irons un peu plus loin. Nous verrons comment accompagner un enfant porteur de cette structure. Comment créer au quotidien des conditions qui soutiennent progressivement la reconnexion au corps. Comment favoriser une expérience plus sécurisée des sensations, des émotions et de la relation. Autrement dit, comment aider l'enfant à tisser peu à peu un lien plus fiable entre son corps, ses pensées, son vécu intérieur, ses ressentis et sa présence au monde ? Merci d'avoir été là pour cet épisode. Merci pour votre engagement, votre présence et votre écoute. Merci d'avoir rejoint la communauté de la parentalité intégrative le temps de cet épisode. Une communauté de parents en chemin, sensibles au lien, à la croissance intérieure, au respect de l'enfant, dans la richesse et la sensibilité de son être. Avant de nous quitter, je vous laisse avec ces quelques mots, comme une invitation à explorer un autre chemin. Le parent intégratif ne façonne pas l'enfant, il s'emploie à protéger le lien dans lequel sa lumière peut rayonner librement. A bientôt !