Speaker #0Bienvenue dans Parole de Manager, le podcast qui aborde les véritables défis du management et de la communication professionnelle. A chaque épisode, je vous partage des conseils pratiques et des astuces concrètes pour améliorer vos compétences comportementales et faire face aux situations du quotidien. Alors, prêt à manager ? C'est parti ! Quand les mots managent mal Vous vous êtes déjà entendu dire « je voulais gérer ce point » Mon rôle, c'est de faire grandir mes équipes, ou encore, favoriser le bien-être au travail. Sur le papier, c'est top, bienveillant, inspirant. Mais si l'on creusait un peu ? Et si ce langage-là, pourtant plein de bonnes intentions, cachait une autre réalité, celle d'un pouvoir qu'on exerce sans s'en rendre compte ? Aujourd'hui, nous parlons d'un sujet qui pique un peu, le langage abusif en management. Pas celui qui crie, qui humilie, non. Celui qui est subtil, enveloppé de douceur, mais qui installe une posture dominante déguisée. Quand les mots créent un déséquilibre. Vous voyez, le langage, c'est comme l'interface d'un logiciel. Ce n'est pas juste une forme, c'est ce qui révèle comment ça fonctionne en dessous. Et en management, certains mots révèlent bien plus qu'ils ne décrivent. Prenons un classique, faire grandir ses collaborateurs. Ça part d'une bonne intention, mais dites-moi, si je vous fais grandir ? C'est que je suis plus grand que vous, non ? Comme si le manager était une sorte de guide spirituel chargé d'éveiller les autres à leur potentiel. Et les autres ? Ils sont en attente ? En déficit ? C'est peut-être un peu fort, mais cela pose question. Alors si l'on disait plutôt « Créez les conditions pour que chacun évolue » , là, vous n'êtes plus le gourou de développement personnel, mais un facilitateur. Un autre exemple. Je veux favoriser leur bien-être. Très noble. Mais là encore, cela suppose que le bien-être est un levier que vous activez ou non. Et que c'est votre rôle de le donner. Comme si vous pouviez mettre du bien-être comme on mettrait une option dans un package RH. Alors qu'en réalité, le bien-être, c'est une co-responsabilité. Un climat à créer ensemble, pas une promesse à garantir. Et si l'on parlait plutôt de co-construire un cadre sain, respectueux, ajusté aux besoins de l'équipe ? Pour finir ce fameux « personnellement ça m'agace, je vous laisse appeler ce client » . Oui, ça a l'air cool, détendu. Mais si l'on y pense, pourquoi je vous laisse ? Cela donne l'impression que vous détenez le pouvoir de l'autorisation, même pour une mission qui est déjà dans le périmètre de la personne. C'est un petit mot, mais il installe subtilement une relation d'autorisation permanente. Pourquoi pas un simple « prenez le relais, vous avez la charge de ce point » . Voilà, ça c'est plus clair, plus adulte. Ces petits mots du quotidien installent parfois une dynamique de contrôle, même quand vous pensez encourager l'autonomie. Alors vous allez me dire, mais pourquoi parle-t-on ainsi ? Eh bien parce que l'on baigne dans un bain culturel, celui du management bienveillant, saupoudré de développement personnel. On nous dit « soyez inspirant, accompagnant, porteur de sens » . Mais à force, certains mots deviennent des slogans. Et quand un mot devient un slogan, il perd sa justesse. On finit par parler pour bien paraître. Pas pour clarifier. Et parfois, sans s'en rendre compte, on infantilise, on surplombe, on contrôle tout en douceur. Comme un parent qui donne de la liberté sous condition. Changer son langage, c'est changer sa posture. Alors comment faire ? Eh bien on commence par écouter. Écouter ses propres tournures, sans culpabilité et sans se juger. Juste se surprendre à dire « je vous laisse » ou « je veux que vous soyez épanouis » . ou encore « je vais vous aider à grandir » . Ensuite, on reformule. Plutôt que « je vous laisse faire » , on dit « vous pouvez vous en charger » ou « vous le prenez en main » . Un vocabulaire clair, direct et responsabilisant. On parle de collaboration, pas d'élévation. On partage une intention, pas une mission sacrée. On remet la relation sur un plan adulte-adulte. Et pourquoi pas en discuter avec votre équipe. Quels mots utilisons-nous au quotidien ? Et que disent-ils de notre façon de travailler ensemble ? En conclusion, les mots ne sont jamais neutres. Et puis en fait, tout cela me fait penser à l'un des accords Toltec. Que votre parole soit impeccable. Alors non, ça ne veut pas dire parler poliment ou faites attention à votre grammaire. Cela veut dire choisissez des mots clairs, justes, respectueux, sans masque ni domination cachée. Une parole impeccable, c'est une parole alignée avec votre intention managériale. Celle de travailler ensemble. pas au-dessus. Alors cette semaine, je vous propose un petit exercice. Demandez-vous, est-ce que mes mots encouragent l'autonomie ou est-ce qu'ils installent un rapport de pouvoir inconscient ? Amis managers, faites évoluer votre langage pour qu'il reflète vraiment le manager que vous voulez être. Ce que je viens de vous partager sur les expressions toutes faites, sur ces petits mots qui sonnent bien mais peuvent avoir un double fond, eh bien cela nous amène à une question encore plus large. Et si ce n'était pas juste une question de langage, mais de posture ? Je vous donne rendez-vous dans le prochain épisode. Je vous proposerai ainsi de creuser les paradoxes du manager bienveillant, ou comment nos intentions, aider, protéger, accompagner, peuvent parfois se transformer en contrôle masqué. Merci d'avoir écouté Parole de Manager. J'espère que cet épisode vous a apporté des idées concrètes pour affronter les défis du management et améliorer votre communication professionnelle. Pensez que chaque situation est une occasion de progresser. Alors, à bientôt pour un nouveau sujet. Et d'ici là, mettez en pratique ce que vous avez appris et compris. C'était Laurent Gajac pour Parole de Manager.