- Speaker #0
Bonjour, je suis Stéphanie Baranco, bienvenue dans Parole de Femme. Dans ce podcast, je donne la parole à des femmes au destin peu banal, pour qu'elles nous parlent d'elles, de leur parcours, de leurs espoirs et de leurs doutes, de leur vision de la femme d'aujourd'hui, l'avenir. Puissent ces femmes vous inspirer, nous inspirer, et inspirer nos générations futures. Elles se livrent sans tabou, avec le cœur. Je vous laisse avec elles, voici leurs histoires, place à Parole de Femme, saison 3.
- Speaker #1
Aujourd'hui,
- Speaker #0
je reçois une voix, une voix qui ne ressemble à aucune autre, une femme, Yoon Sun-Na, bonjour.
- Speaker #1
Bonjour.
- Speaker #0
Chanteuse coréenne, citoyenne du monde, muse du jazz, vous incarnez. à la fois la délicatesse et la force, la retenue et la passion. Votre voie voyage traverse les langues et les silences. Ce qui va nous intéresser aujourd'hui, c'est vous en tant que femme. Bonjour, merci infiniment d'avoir répondu présente à mon invitation. C'est un véritable honneur. pour moi de vous recevoir dans ce podcast, vraiment. Et avant d'entrer dans la conversation, j'aimerais vous poser les trois petites questions traditionnelles de Parole de Femme. Si vous étiez, si vous aviez un mot pour décrire votre état d'esprit aujourd'hui, votre moment préféré de la journée et votre mantra, lesquels seraient-ils ? On commence par le premier.
- Speaker #1
Oui, d'abord, merci beaucoup de m'avoir invitée. Je suis tellement heureuse d'être ici avec vous et avec vous aussi, qui êtes nos auditrices et qui écoutent quelque part dans le monde. En fait, mon état d'esprit maintenant, c'est, je dirais, jet lag, parce que je viens d'arriver en France. Peut-être que j'ai un peu la tête ailleurs. Malheureusement, c'est quelque chose que je ne peux pas vraiment contrôler. Mais je commence à aimer cette sensation. Donc, je te lague.
- Speaker #0
Vous revenez de Corée ? Oui. Votre vie, c'est les voyages ?
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
Le corps doit s'y faire ? Le corps a du mal au début à prendre... Parce que vous êtes une chanteuse qui allait de partout dans le monde.
- Speaker #1
Oui. Un petit peu. Un petit peu.
- Speaker #0
Un petit peu beaucoup. Donc, votre corps doit toujours se réhabituer.
- Speaker #1
Oui, et je pense que j'ai beaucoup de chance quand même de m'adapter en toutes les situations.
- Speaker #0
Votre moment préféré de la journée ?
- Speaker #1
C'est la nuit, en fait. C'est là où je compose et je travaille plus créatif. Je deviens plus créative, je pense. Après chaque concert, je rentre dans la nuit et j'aime bien ce moment calme et être toute seule.
- Speaker #0
de réfléchir votre métier est comme ça vous êtes très entouré et porté par l'amour du public donc beaucoup de bruit beaucoup d'intensité et on survit à ça en étant au calme après,
- Speaker #1
il faut les deux Oui, je prends vraiment le plaisir d'être sur scène et de rencontrer le public. En fait, après chaque concert, je cours pour aller les rencontrer. Après, c'est vraiment intense. Je passe autant de temps que le concert, je viens de finir. Après, quand je rentre à l'hôtel, c'est complètement différent. Je suis toute seule. Après, on sent, on a… Adèle, Aline, qui est vraiment... Oui, après pour eux, oui, j'aime bien aussi pour ce moment de redescendre.
- Speaker #0
C'est l'équilibre qui permet de tenir,
- Speaker #1
je pense, sur la durée.
- Speaker #0
Même au niveau psychologique, de garder les pieds sur terre, c'est la redescente comme ça.
- Speaker #1
Oui, exactement.
- Speaker #0
Et votre mantra ? Est-ce que vous en avez un ? Est-ce que c'est quelque chose qui vous parle d'abord ?
- Speaker #1
Mon mantra, oui. Je pense que j'ai ce mantra depuis que je voyage. C'est vivre au jour le jour, où que je sois.
- Speaker #0
Vivre au jour le jour où que vous soyez. D'accord. On va revenir dessus parce que je pense que quand on a une vie comme la vôtre, à la fois pleine de rencontres, mais de fatigue aussi, de revenir à soi, c'est important de savoir où sont les choses simples de la vie pour ne pas se perdre dans la célébrité.
- Speaker #1
Je pense que je ne peux pas me considérer comme une chanteuse célèbre. Je pense que je ne suis pas vraiment changée. Oui, bien sûr, au début, je chantais devant dix personnes et maintenant, je chante devant pas mal de personnes. Oui, si on appelle ça un peu. Une reconnue, oui, bien sûr, bien sûr, j'ai beaucoup de chance. Mais sinon, je ne sais pas si ça ne m'a pas changé mon mode de vie. Voilà, je suis toujours pareille.
- Speaker #0
La même que quand vous êtes arrivée et on va justement parler de cette aventure. Pardon. Qui prend l'homme.
- Speaker #1
J'ai touché le micro. Ah non, désolée.
- Speaker #0
Vous êtes rompu avec moi.
- Speaker #1
Non.
- Speaker #0
On va parler de votre... de comment vous arrivez à la musique. Donc, vous êtes née en Corée et vous avez grandi dans une famille où la musique était omniprésente. Tout le temps, tout le temps là. Est-ce que vous vous souvenez du premier moment où vous vous êtes dit... Je chanterai, c'est ça que je veux faire.
- Speaker #1
En fait, même si j'ai vécu dans la musique, grâce à mes parents, je n'ai jamais pensé devenir une chanteuse professionnelle. Donc j'ai fait autre chose. Quand j'étais en Corée, j'ai fait la littérature à l'université, après j'ai travaillé dans une entreprise de la mode. Après ça, j'ai eu l'occasion de chanter un peu devant le public, grâce à un ami qui m'a poussée à chanter un peu. Mais même en faisant ça, je me suis dit, non, non, en fait, c'est pas ça que je veux. Et je pense que c'est venu seulement après que j'ai décidé de faire mes études du jazz vocal. je pense. Et après pas mal d'expériences la scène, un jour, je me suis dit, peut-être c'est ça que je veux. Donc, c'est venu très tard.
- Speaker #0
Mais alors, comment vous passez de votre entreprise de la mode en Corée à je pars en France faire mes études de jazz ? Pourquoi ? Comment vous faites cette transition-là ?
- Speaker #1
J'ai travaillé dans cette entreprise à peu près d'un an. Et après, au bout d'un an, je me suis dit, je ne suis pas très douée de faire ce travail. Donc, j'ai décidé d'arrêter. Et après, je pense que j'étais un peu perdue. Je ne savais pas ce que j'allais vraiment faire. Donc, un jour, j'ai... J'ai rencontré un ami de l'université. En fait, je me rappelle, c'était toujours lui qui m'a... Il m'a poussé à chanter parce qu'il m'a entendu quelques fois quand on était à l'université ensemble. Il y a des fois où on demande de chanter, chacun chante après un dîner ou quelque chose comme ça. Il m'a entendu et il m'a dit « Waouh, ce serait bien que tu chantes » . En fait, il était musicien. Donc j'ai dit « Non, non, non, non » . Et après, je l'ai rencontré après que j'ai quitté. travail et il m'a encore dit la même chose il faut que tu chantes je sais pas comment quoi et lui il avait envoyé en fait aller à l'université en fait il y avait un bande de copains qui qui jouait un peu donc des fois on chante entre eux et En fait, on a enregistré un démo, comme ça, pour le fun, et il a envoyé ça à un metteur en scène en Corée. Un jour, j'ai eu un coup de fil de ce metteur en scène, qui est quelqu'un de très très connu, très respecté par les Coréens, et il m'a dit « j'ai reçu ta cassette, est-ce que tu peux venir me voir ? » Donc j'ai dit… Pardon ? Vous êtes qui ? Et là, oui, en fait, j'ai eu ta cassette. Et après, j'ai su que c'était lui, en fait. Et grâce à ça, j'ai fait ce comédie musicale. Mais je n'avais pas besoin de faire le théâtre ni danser. J'avais un rôle que j'étais vraiment... Je suis juste sur scène et je chantais. Et en faisant ça, je me suis dit, ouais, mais j'ai envie de bien faire. Peut-être qu'il faut d'abord que j'apprenne à chanter. Et je n'ai pas du tout pensé à ce qui allait se passer après. Donc c'est pour ça que j'avais juste une grande envie d'apprendre. C'est pour ça que je suis venue.
- Speaker #0
Donc en vrai, on peut dire... Finalement, c'est cet ami qui fait naître Yosonna, la chanteuse.
- Speaker #1
Exactement. Oui. Je suis de beaucoup.
- Speaker #0
Il le sait. Vous avez encore des contacts ? Oui, oui, bien sûr,
- Speaker #1
bien sûr. Donc, je lui dis sans arrêt.
- Speaker #0
Il le sait.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Quand vous allez prendre la décision de partir de Corée pour venir en France, vos parents...
- Speaker #1
Merci.
- Speaker #0
Qu'est-ce qu'ils en disent à ce moment-là ? Parce que c'est un saut dans le vide.
- Speaker #1
Oui, en fait, je pense que je leur ai dit simplement j'aimerais bien faire le jazz. Et en tout cas, ils ne m'ont jamais dit non, quoi que je leur dise. Et après, je me rappelle toujours, quand je lui ai annoncé, il est allé tout... de suite dans sa chambre il a il m'a donné un livre qui s'appelle c'était écrit jazz encore et un peu jazz voilà qui est publié en 1968 c'est un livre coréen et il m'a juste donné ça et je pense que C'était un peu sa façon de dire « vas-y » .
- Speaker #0
C'est beau.
- Speaker #1
Oui, c'était très fort. Oui, c'est très fort,
- Speaker #0
oui. Je sens encore l'émotion. C'est beaucoup de chance d'avoir des parents. On se remet quand même quelques années en arrière, parce qu'on parle de 1995, des parents qui, depuis la Corée, acceptent que leur fille qui ne parle pas français, qui ne connaît pas la France, s'en aille comme ça pour vivre un rêve. C'est très rare à l'époque, j'imagine, d'avoir des parents qui sont aussi ouverts. Vous le percevez à ce moment-là que c'est vraiment une grande chance.
- Speaker #1
Vous le comprenez ? Je le comprenais parce que eux, ils étaient un peu Je suis un peu pionnière de la musique occidentale en Corée. Mon père, c'est un fondateur de chœurs nationaux en Corée. Et ma mère, elle est la première génération de comédie musicale en Corée. Donc ils ont vraiment travaillé dur. Et je les ai vus travailler vraiment... Mon père, il ne se couchait jamais avant 3 heures. du matin. Donc, j'imagine qu'ils s'inquiétaient un peu pour moi parce que ce n'est pas un chemin facile. Ils le savaient, mais ils m'ont toujours encouragée. Alors, vous partez.
- Speaker #0
1995, donc vous quittez la Corée. Vous posez vos valises à Paris. Donc seule, dans une langue que vous ne maîtrisez plus. Qu'est-ce que vous quittez ? Qu'est-ce que vous laissez derrière vous en quittant Séoul ?
- Speaker #1
En fait, je n'ai pas vraiment eu l'impression de partir. Parce que je m'étais donnée juste trois ans. Voilà, tu vas apprendre le chant, le jazz en trois ans et après tu vas rentrer.
- Speaker #0
Comme un cursus universitaire, un diplôme.
- Speaker #1
Justement, c'est très coréen ça. Il faut faire vite. Après, c'est devenu presque 30 ans. Voilà, les trois ans. Mais en fait, je pensais que j'allais rentrer. Donc en trois ans, j'ai fait quatre écoles en même temps. Et donc c'est pour ça en fait, j'ai jamais vraiment pensé que je quitte vraiment, je pars vraiment. Et bon, les trois ans sont devenus quatre ans, cinq ans. Et après, je suis rentrée en Corée. Après, je suis revenue. En fait, j'ai fait aller-retour pendant 30 ans. Après, j'ai calculé un jour, si je calcule tous mes miles en fait, c'est comment le... combien de tours du monde ? En fait, j'ai fait presque 100 tours du monde. Donc, ça veut dire... Comme la Terre est ronde, je pars et je reviens sur le même point de départ.
- Speaker #0
Ça, c'est quand même exceptionnel.
- Speaker #1
Oui, en fait,
- Speaker #0
il faut bien qu'on comprenne qu'au final, vous n'êtes pas dit, vous ne vous êtes pas dit « je pars à Paris pour faire carrière » . Vous vous êtes dit... je pars à Paris faire comme une université mais après je rentre et voilà et alors du coup ça bascule comment ? Pourquoi vous restez ?
- Speaker #1
En fait au bout de cinquième année je m'étais dit il faut que je rentre et pour rentrer j'aimerais bien Ciao ! ramener quelque chose, un souvenir. Donc j'ai enregistré un album avec tous mes copains de l'école et je suis partie en Corée, je suis rentrée en Corée et à partir de ce moment-là, je commençais à avoir des concerts en France. Donc je suis revenue et après je suis repartie, je suis revenue. Donc c'est... J'ai pas vu le temps passer en fait. Je commençais à avoir... plus en plus de concerts. Et voilà, finalement, je continue ma vie.
- Speaker #0
Quand on s'est rencontrées, vous m'avez dit, en fait, j'ai l'impression que c'était hier.
- Speaker #1
Oui, exactement.
- Speaker #0
Comme si, de se retourner sur le passé, c'est comme si le temps était passé tellement vite. Quand on est une femme, dans un monde plutôt masculin comment on s'en sort ? Est-ce que ça vous a demandé de travailler sur vous de faire des concessions comment finalement vous avez réussi à exister et à être vous-même ?
- Speaker #1
Au départ, je n'avais pas eu le temps de réfléchir sur cette question. Parce que j'avais juste besoin des musiciens, peu importe le genre. J'avais juste besoin de bonnes personnes qui peuvent faire ce chemin ensemble. Après, ça pouvait être des musiciens ou des musiciennes.
- Speaker #0
Bien sûr, il y a beaucoup plus d'hommes que les femmes dans ce milieu, comme ailleurs. Et après, je vois le changement, lentement, mais sûrement. Et je ne pensais pas que je suis une chanteuse et pas chanteur, que j'ai un obstacle ou comme ça, en fait. Mais je n'avais pas le temps. de réfléchir et vraiment calculer. Et bon, après, j'ai eu beaucoup de chance d'avoir rencontré des musiciens, musiciennes, et professeurs, professeuses, et publics qui m'ont vraiment encouragée, qui me... On ne fait pas sentir comme une étrangère ou une femme.
- Speaker #1
Pire. Voilà,
- Speaker #0
une femme étrangère. Exactement. Et voilà, donc c'est…
- Speaker #1
Ce n'est pas une question que vous vous êtes vraiment posée. Pas plus que ça. Il n'y a pas d'éveil dans votre carrière où on vous a dit non, non, mais écoute. Fais pas cette chanson que t'as écrite, elle est pas bankable. Fais plutôt cette chanson-là, va pas dans ce jazz ultra-vocal. Non mais fais quelque chose de plus commercial, jamais on vous a dit ça. Il a jamais fallu que vous vous disiez non mais moi je suis telle que je suis, c'est ma musique, c'est moi, c'est ma voix et je veux pas changer.
- Speaker #0
J'ai eu beaucoup de chance de pouvoir rester moi-même. On ne m'a jamais imposé quoi que ce soit. C'est parce que... Et après, ils ont pensé, mais ils n'ont pas osé de me dire. Peut-être qu'ils venaient, il fallait qu'ils osent pour que je fasse des chansons plutôt bing comme eux, justement. Mais même le label, même les musiciens, même le... Les organisateurs du concert, non, en fait, ils m'ont... En fait, je ne sais pas si c'est pour tout le monde, mais en France, je pense que quand je suis arrivée, on ne m'a jamais demandé l'âge, mon âge.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
On ne m'a jamais demandé mon background.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
On ne m'a jamais demandé ce que j'aime. En fait, on m'a acceptée telle que je suis. Oui, j'ai eu beaucoup de chance. Justement, beaucoup de chance. Après, bien sûr, je lis et je vois qu'il y a beaucoup d'inéquilibre. Beaucoup d'injustice, bien sûr.
- Speaker #1
Mais on a le droit de ne pas l'avoir vécu aussi. Ce n'est pas une réalité universelle. Aujourd'hui, on est là pour écouter votre parcours à vous.
- Speaker #0
Après, la musique, c'est quelque chose de très subjectif. Je pense que ce n'est pas parce que je suis femme qu'ils n'aiment pas la musique. C'est parce que c'est... Juste pas leur goût, en fait.
- Speaker #1
Je voudrais qu'on revienne sur cette scène. Et je vous disais, quand je vous ai vu une des premières fois, donc c'était au Jazz à Vienne, sous une pluie diluvienne, et vous êtes là. Vous avez à la fois une force et une fragilité qui se mêlent vraiment l'une à l'autre pour rendre finalement au public quelque chose d'unique. On a un peu l'impression que vous êtes vraiment un personnage unique. Cet équilibre, oui, vous avez une douceur, presque une timidité, et comme si vous étiez multiples. finalement, et en même temps extrêmement aligné avec vous-même. Comment vous faites pour trouver cet équilibre ? toute cette vie, de ces voyages, quand même, des strass et des paillettes. Comment vous faites pour rester justement vous-même, Yun Sun, Yun ? Comment vous faites pour rester vous-même ?
- Speaker #0
Au début de mes études, Quand on apprend le jazz, on essaie d'apprendre les standards du jazz d'abord, et chanter par des légendes comme Ella Fitzgerald, Billie Holiday, Sarah Vaughan. Moi je pensais que c'était ça le jazz, donc je voulais chanter comme elle.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
J'ai dû écouter « Honey Soccer Rose » de Ella Fitzgerald au moins mille fois. Je voulais respirer comme elle, finir la phrase comme elle et swinguer comme elle. Mais je n'arrivais pas du tout à faire sonner même une note pareille. J'étais désespérée. Donc au bout d'un an, je m'étais dit Peut-être que ce n'est pas ça que je peux faire. Je vais rentrer en Corée. J'ai demandé à mes professeurs si c'était vraiment ça le jazz. Ce ne serait pas mieux que je rentre en Corée et faire autre chose. Et ils ont ri. Ils ont dit non mais ça ne va pas. Le jazz ce n'est pas juste. couleur, c'est pas juste un goût, c'est pas juste c'est un esprit c'est multicolore oui, donc tu peux faire avec ta propre voix je lui dis, vous êtes sûre ? oui, et après ils m'ont fait découvrir plein de chanteurs, chanteuses de jazz qui n'ont pas la voix de ces divas Notamment Norma Winston, qui est une chanteuse anglaise, qui a une voix soprane, comme moi, et qui chantait des standards comme si c'était, comme si c'est elle qui avait composé. Voilà, donc, d'accord, on peut faire ça aussi. Ça aussi, comme ça. Ah d'accord. Donc là, à partir de ce moment-là, je me suis dit, je vais essayer de faire des choses que je peux faire en fait. Je veux vraiment être sincère, pas imiter, pas faire semblant, pas essayer de plaire à tout le monde. Et heureusement, c'est à partir de ce moment-là, les gens ont commencé à faire attention à moi. Je chantais en coréen des fois Sur scène Et après on a enregistré Et c'est une chanson que j'ai chantée en coréen Passée souvent à la radio Donc Ah ok Donc il faut rester Soi-même Bon après je suis Quand même quelqu'un assez timide Et j'ai beaucoup Beaucoup de trac Après, on est monté sur scène, je tremble presque. Et après, une fois sur scène, tout change. Et je sens vraiment l'énergie qui vient du public et des musiciens. Et c'est très sacré pour moi, la scène. Donc, c'est ça, en fait, qui m'a fait...
- Speaker #1
C'est ça l'équilibre. Trouver l'équilibre,
- Speaker #0
justement.
- Speaker #1
C'est ça l'équilibre. C'est un peu comme d'être sur scène, c'est de savoir qu'on est à sa place, à sa juste place. D'être alignée avec... complètement.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Quand... C'est drôle que vous disiez ça parce que justement, on vient à la scène. Et à cette scène... vous en faites vous, un espace intime aussi grande soit-elle on a l'impression finalement que vous arrivez à créer Vraiment un espace d'intimité et de communion et de dialogue même avec les gens qui viennent vous écouter et vos musiciens. On a l'impression que d'un coup, il y a une osmose. Il y a peu de mots, il y a beaucoup de regards, de sourires. Est-ce que vous pensez que chanter, c'est aimer ?
- Speaker #0
Absolument !
- Speaker #1
C'est ça l'amour ?
- Speaker #0
Oui, je pense que pour moi l'amour c'est donner en fait. Et chaque fois que je vois le public, j'ai envie de donner tout ce que j'ai en fait. Comme si je préparais un repas pour les gens que j'aime vraiment. Et peu importe. même si c'est pas bon, même si mon cadeau que j'ai préparé est pas beau mais au moins j'ai mis tout mon coeur là-dedans et voilà et après je sens la même chose qui vient du public ils sont venus me voir vous vous en étonnez encore ?
- Speaker #1
oui même encore aujourd'hui ça vous... Ça vous bouleverse encore aujourd'hui ?
- Speaker #0
Absolument. En fait, une fois qu'on m'a demandé la relation avec mon public et moi, je sais pourquoi Barbara a dit que mon plus belle histoire d'amour, c'est vous. Je les aime tellement. En fait, ça devient des fois très physique. J'ai l'impression qu'il faut que je les embrasse chaque moment. Donc, c'est long. Je pense que c'est l'amour.
- Speaker #1
C'est presque l'amour inconditionnel, finalement.
- Speaker #0
Absolument.
- Speaker #1
Il n'y a que les avantages et pas les inconvénients.
- Speaker #0
Non. Oui, absolument.
- Speaker #1
C'est l'amour qui vous apportait. Aussi dans votre vie, l'amour du public, la rencontre.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Se dire que vous n'attendiez pas à ça. Quand vous commencez vos études de jazz, vous ne pensiez pas que vous pourriez vivre de l'amour aussi intense ?
- Speaker #0
Oui, en fait, j'étais plutôt à leur place. J'étais plutôt dans le public. Et souvent... Je suis complètement émue et je pleure, je pleure beaucoup. Oui, mais pas...
- Speaker #1
Vous ne vous imaginez pas comme ça ?
- Speaker #0
Non, non, non.
- Speaker #1
Et c'est comme si, pour vous avoir vu plusieurs fois, c'est comme si à chaque fois, vous étiez surprise.
- Speaker #0
Jamais,
- Speaker #1
vous n'êtes pas surprise. Vous êtes dans le confort de l'amour. C'est une surprise tout le temps. C'est vrai. Oui,
- Speaker #0
c'est une surprise parce que chaque soir, c'est différent. Le public est différent. Nouveau visage, nouvelles sensations. Nouvelles sensations. Et comme si c'était pour la première fois. Toujours la première fois.
- Speaker #1
Là... Vous parlez de l'amour du public, mais est-ce qu'on peut parler aussi à d'autres formes d'amour ? Alors d'amour, d'abord il y a l'amour-amitié. C'est une question que je pose souvent aux femmes connues, parce que vous m'avez dit... Reconnues ! Reconnues ! Vous m'avez dit qu'on pouvait dire reconnues. Comment est-ce que vous faites pour... pour être sûre de la sincérité des gens qui vous entourent ? Ça, c'est vraiment une question que je me pose. Comment on arrive à savoir qui est là, les amis et les gens par intérêt, parce que vous êtes Yosonna ?
- Speaker #0
En fait, je ne me pose pas cette question du tout, en fait. Parce que je suis... en fait quand je vois des gens en fait je suis En fait, comme si...
- Speaker #1
Vous le sentiez ?
- Speaker #0
Comme si on se connaissait depuis longtemps, en fait. D'accord. C'est jamais... Et après, bien sûr, il y a... Des fois, on est déçus. Parce que les gens changent. Moi, voilà, peut-être, eux, ils pensent que j'ai changé. Mais... Mais je... Non, je pense pas du tout qu'ils... Mais après... on apprend à accepter, en fait. Donc, ce n'est pas...
- Speaker #1
Ça fait partie du travail.
- Speaker #0
Oui, oui.
- Speaker #1
Quand on devient connu, en tout cas, quand il y a des gens qui... Ça fait partie de l'apprentissage.
- Speaker #0
Oui, mais après, en tout cas, pour moi, je ne pense pas que... d'être... Je pense que je ne suis pas assez connue justement pour ça.
- Speaker #1
Mais je ne sais pas. Non,
- Speaker #0
je pense que ça fait partie de la vie.
- Speaker #1
Ce n'est pas la célébrité. C'est la vie que des fois, on est déçue par un des gens.
- Speaker #0
Après, pour les autres, des gens très connus, peut-être, ils ont vécu ça.
- Speaker #1
Oui, effectivement. Mais à votre mesure, à vous, ce n'est pas quelque chose qui a impacté votre environnement amical. Et l'amour dans tout ça ?
- Speaker #0
L'amour ?
- Speaker #1
L'amour, l'amour amoureux, l'amour de l'amour. Est-ce qu'on peut avoir une histoire d'amour quand on a une histoire d'amour ? tellement forte avec son public ? Il y a de la place ?
- Speaker #0
Oui, mais après, l'amour personnel, c'est... Oui, c'est cet amour. Quand on parle d'amour, c'est souvent l'amour personnel. C'est pour ça, en fait, le thème de l'amour est... c'est une majorité des chansons qui existent sur la planète sur l'amour bon après des fois ça fait très mal après ça fait grandir mais on peut être à la fois
- Speaker #1
Yosonna sur scène qui donne de l'amour et qui en reçoit et garder une part intime et d'avoir l'amour pour un homme et lui garder de la place aussi pour lui est-ce que quand on est quelqu'un sur scène la question elle est là on peut tout faire on peut avoir les deux est-ce que c'est le... Du coup, ce n'est pas exclusif l'amour du public.
- Speaker #0
Oui. Et moi, je pense que c'est possible. Mais après, l'amour, c'est toujours deux sens, en fait. Ce n'est jamais un sens unique. Donc, après, la personne que je partage l'amour, si l'autre ne ressent pas la même chose que je ressens, ça devient, voilà, sens unique. Oui, il y a toujours la place, bien sûr. Mais ce n'est pas facile. Non,
- Speaker #1
ce n'est pas facile de partager la femme qu'on aime avec des millions de fans.
- Speaker #0
Je pense, oui. Après, encore une fois, je ne suis pas assez connue, en fait, pour justement comparer ça. Mais oui, je pense que l'amour, c'est... Ce n'est pas toujours facile. L'amour personnel, voilà. Ça,
- Speaker #1
c'est un bon résumé. Il y a l'amour, on a parlé de l'amour amitié, l'amour du public, l'amour personnel. Les gens qui me connaissent savent que pour moi, le premier amour, c'est l'amour qu'on porte à soi-même. Et c'est ce qui m'amène sur la transition. Quand on est sur scène, le temps passe, peut-être même la voix change. L'âme, elle, continue de grandir. Comment vous vivez le temps qui passe en tant que femme et en tant que femme artiste, c'est-à-dire que vous êtes dans la lumière, malgré tout, connue à votre niveau, parce que voilà, mais malgré tout, vous êtes sur scène. On vous voit dans les magazines, on vous prend en photo, vous vous présentez à votre public. Comment on fait pour s'aimer ? D'abord, soi et avec le temps qui passe.
- Speaker #0
Aimer soi-même, c'est plutôt... Pour moi, c'est accepter en fait, soi-même, comment on est, qui je suis. Je pense que c'est un travail de tous les jours je pense. C'est pour ça que mon mantra c'est vivre au jour le jour et je pense qu'avec le temps j'ai l'impression que je connais un peu mieux moi-même. et accepter les défauts en même temps, essayer d'avancer en fait. Donc, oui, c'est un travail de tous les jours. Et bon, après, j'imagine que c'est le travail sans fin en fait. Je ne sais pas si la veille de mon départ de la planète, peut-être, je vais dire. Ah ! Si j'avais encore un jour de plus, j'aurais pu être meilleure.
- Speaker #1
C'est s'accepter le secret. Et c'est s'accepter pour être bien vis-à-vis des autres. Vous prenez soin de votre apparence physique. Parce que là, on parle, c'est très... c'est très intime finalement de prendre soin de soi, de s'accepter tel que l'on aime et sur le physique par exemple est-ce que vous portez une attention particulière à vos tenues de scène ? Vous aimez ?
- Speaker #0
C'est vraiment quelque chose de très difficile pour moi je ne suis pas très shopping je ne suis pas très ça, en fait j'étais garçon manqué du temps. depuis que je suis petite. Et ça ne m'intéressait pas trop de bien s'habiller, de bien maquiller. En fait, à un moment, je me suis dit, si je pouvais m'habiller, toujours la même chose, sur scène. Toujours ne pas changer. Et après, bon... Oui, et après... Je ne sais pas, en fait, Steve Jobs, il n'est pas un chanteur, mais il savait toujours la même chose. Et après, j'ai des amis qui m'ont dit, non, quand même, c'est pas bon. Il faut que tu te fasses belle un peu sur scène pour le public. Donc, ils veulent vraiment avoir, je ne sais pas comment dire, comme un diva. Donc ça fait partie du spectacle. Du spectacle, oui. Et après, comme ma mère était actrice de comédie musicale, comme elle connaît beaucoup mieux que moi, jusqu'à un certain moment, c'est elle qui choisissait tous mes mouvements. Après, comme j'avais beaucoup, beaucoup de concerts, je ne pouvais pas vraiment me changer. Et donc j'ai gardé 4 ou 5 tenues et j'ai fait la tournée pendant un an avec ça. Maintenant, ce qui est vraiment dommage, comme il y a Instagram, Facebook, les gens pensent « Ah, t'as fait le concert, c'était le même concert ? » Non, en fait, ça c'était en Finlande, ça c'était en France. Oui, mais c'est le même tenue.
- Speaker #1
Ça a changé beaucoup de choses. Ah, oui. Ah, oui. Quand... Quand tout se tait, on revient à ce qu'on s'est dit au début, on arrive à la fin du podcast tout doucement. Quand il n'y a plus la scène, quand il n'y a plus les applaudissements, qu'est-ce qui vous fait vibrer ?
- Speaker #0
En fait, c'est... C'est marrant, mais même s'il y a la silence, c'est la musique qui me fait vibrer. C'est bizarre, c'est la musique, même si elle n'est pas là, elle est à quelque part, au moins. Ouais, c'est la musique qui me fait vibrer.
- Speaker #1
Si vous regardez un peu dans le miroir... Qu'est-ce que vous diriez à cette petite Yom Solna qui arrive, qui met sa valise à Paris ? Le premier jour, quand vous descendez de l'avion, vous êtes à Roissy-Charles-de-Gaulle. Qu'est-ce que vous lui diriez ?
- Speaker #0
Je lui dirais, n'aie pas peur en fait. Fais confiance, en fait, à ton instinct. Parce qu'en tout cas, la vie passe vite. Et c'est la même chose pour tout le monde. Donc, ouais, n'aie pas peur.
- Speaker #1
Et à vos parents ?
- Speaker #0
À mes parents, ne vous inquiétez pas. Je suis une machartière. Ouais, je suis...
- Speaker #1
Je suis forte.
- Speaker #0
Je suis... Ouais, je peux exister, en fait. Je peux... Je peux continuer. Ouais.
- Speaker #1
Vous avez toujours ce petit livre ?
- Speaker #0
Ouais, je l'ai toujours. Je l'ai toujours. Et... Ouais. Il y a même son écriture là-dedans. C'est 1968. Je pense qu'en Corée, je ne savais pas. J'imagine qu'il y a quelques musiciens de jazz. En fait, lui, il est musicien classique. Il était chanteur de lyrique. Après, il est devenu chef de chœur, chef d'orchestre. Pourquoi il était intéressé ? Pourquoi il avait acheté un livre qui s'appelle Jazz ? Pourquoi ?
- Speaker #1
Vous ne lui avez jamais demandé ?
- Speaker #0
Non, malheureusement, il n'est plus avec moi, donc j'aurais dû lui demander. Après, il s'intéressait à tout. Et comme dans les années 70, quand il a fondé le Chœur National, il n'y avait pas de partition. En fait, il n'y avait pas de... Par exemple, Messi de Handel, il n'y avait pas de traduction. Donc, c'est lui. Il ne parlait pas allemand, ni français, ni anglais. ni latin, mais il avait juste des dictionnaires.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Il a tout traduit. Et même maintenant, en Corée, ils utilisent sa traduction. Donc ça, c'est quelque chose d'énorme. C'est énorme. Oui, parce que quand on chante en coréen, c'est pas du tout, par exemple... Une chanson, en coréen, c'est Nore. Ça n'a rien à voir. Ah oui. Comment il a pu faire ça, en fait ? C'est quelqu'un qui était très curieux et qui... Ouais, qui...
- Speaker #1
On sent beaucoup d'admiration. Ouais,
- Speaker #0
c'est quelqu'un que j'admire plus tant. Ouais.
- Speaker #1
Vous... Si vous deviez vous adresser à une jeune femme... qui pourrait être pour un jeune homme, mais peut-être quand même encore différemment, mais à une jeune femme qui aujourd'hui arrive à l'âge où vous êtes arrivée, à Paris, et qui voudrait faire des études, aller, être chanteuse de jazz, qu'est-ce que vous pourriez donner comme conseil, ou peut-être comme prudence, avec le recul, parce que vous en avez maintenant du recul. Vous avez vu pas mal de choses.
- Speaker #0
Oui. Mais c'est juste ça en fait. Reste toi-même. N'essaie pas de ressembler à quelqu'un d'autre.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
C'est toi en fait.
- Speaker #1
Mais alors c'est toi sans compromis ? C'est quoi être...
- Speaker #0
En fait, c'est d'être sincère de soi-même. Tout vient du cœur. On ne peut pas sortir du cœur. C'est horrible ce que je dis. Ça vient de l'intérieur de soi-même. Tout est là. Se faire confiance,
- Speaker #1
s'écouter et rester alignée encore une fois.
- Speaker #0
Exact.
- Speaker #1
La dernière question traditionnelle de Parole de Femme. Pour vous, alors Qu'est-ce que ça signifie être une femme en 2026 ? De nos jours, c'est quoi être une femme pour vous ?
- Speaker #0
En 2026, on est en 2025.
- Speaker #1
Mais ça va être diffusé en 2026, c'est pour ça ?
- Speaker #0
Oui, en fait c'est...
- Speaker #1
Voilà, c'est la coulisse du tournage de Parole de femme.
- Speaker #0
Je dirais que c'est une femme d'un an de plus. Peut-être avec un peu plus de rides, un peu plus fatiguée, mais... plus en paix, peut-être moins d'illusions, mais avec la même curiosité en fait. Donc, oui, est-ce que ça change vraiment ? de moi aujourd'hui et de moi demain et dans un an. Et je pense que avec l'âge, on apprend à vraiment accepter soi-même. Donc je pense que ce n'est pas si mal de vieillir.
- Speaker #1
C'est une belle façon de terminer ce podcast. Merci. Merci beaucoup pour ce bon moment. J'ai l'impression que ça fait cinq minutes qu'on se parle. C'est comme si le temps s'était suspendu. Je regarde l'heure et je me dis, mais déjà, ce n'est pas possible. Je suis ravie d'avoir passé ce moment délicat. Je vous imaginais comme ça et c'est comme ça que vous êtes. Vraiment.
- Speaker #0
Merci beaucoup. merci beaucoup d'avoir donné cette chance de repenser à mon parcours ce qu'ils m'ont construit et j'ai l'impression d'être avec une copine que je connais depuis très longtemps et je ne sais pas même si on se voit tous les jours On a encore dix choses à raconter.
- Speaker #1
On se reverra.
- Speaker #0
Oui. Merci beaucoup.
- Speaker #1
Merci à vous et puis je vous dis à très bientôt.
- Speaker #0
À très bientôt. Merci.