- Speaker #0
Bonjour, je suis Stéphanie Barranco, et bienvenue dans Parole de Femme. Dans ce podcast, je donne la parole à des femmes au destin peu banal, pour qu'elles nous parlent d'elles, de leur parcours, de leurs espoirs et de leurs doutes, de leur vision de la femme d'aujourd'hui, l'avenir. Puissent ces femmes vous inspirer, nous inspirer, et inspirer nos générations futures. Elles se livrent sans tabou, avec le cœur. Je vous laisse avec elles, voici leurs histoires. Place à Parole de Femme, saison 3.
- Speaker #1
Alors aujourd'hui, bonjour Stéphanie,
- Speaker #0
merci d'avoir accepté mon invitation. Stéphanie Pilonca, je reçois la réalisatrice, je reçois la femme. Est-ce qu'on peut dissocier les deux ?
- Speaker #1
Non, parce qu'être une femme réalisatrice fait de nous une curiosité souvent, ou un... c'est particulier comme vocation, comme statut. Après oui, on peut toujours dissocier, parce que dans la femme, il y a la maman, il y a l'ami, il y a la fille, il y a la sœur, il y a l'amoureuse, il y a la... Voilà, la part... partenaire de route, il y a la camarade. Donc oui, c'est bien de faire un distinguo peut-être aussi entre la vocation professionnelle et puis qui on est dans l'intimité. Puisque je pense que pour la plupart d'entre nous, on n'est pas du tout les mêmes.
- Speaker #0
C'est certain. Alors, tu as écouté ce podcast.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Tu sais qu'on commence toujours Parole de femme de la même façon. Alors Stéphanie, si tu étais une saison, Un livre et une émotion, lesquelles serais-tu ?
- Speaker #1
Alors, si c'était une saison, le printemps, définitivement. Parce que le printemps est une renaissance, c'est la fin d'un hiver, c'est plein de promesses. Il n'y a pas encore la morsure des grandes chaleurs de l'été. Le printemps nous réconcilie un peu. On laisse une vieille peau, la peau de l'hiver, pour aller vers quelque chose de plus lumineux, de plus accueillant, de plus facile. Donc j'aime beaucoup les printemps parce que ce sont des renaissances.
- Speaker #0
Tu as besoin de renaître ?
- Speaker #1
Ah oui, on a besoin de renaître à soi-même tout le temps, je crois.
- Speaker #0
C'est fatigant, l'hiver te permet de reposer, le printemps de reprendre...
- Speaker #1
C'est symbolique, mais les hivers de nos vies, c'est surtout pour les femmes, on oscille tout le temps dans des périodes où on a besoin de faire nos preuves, on a besoin d'exister. on a besoin de ne plus être une fille mais de devenir une maman, de devenir une femme, d'avancer dans la vie où on est très jugé puisque les femmes sont invisibilisées aussitôt qu'elles dépassent les 30-35 ans. On les voit beaucoup moins. Alors dans l'espace public elles existent mais dans la représentation qu'on se fait de l'espace public on les voit quasiment plus. C'est ça qui est dommage. Les printemps nous invitent aussi à nous dire qu'on peut se renouveler.
- Speaker #0
Et à revenir finalement devant de la scène et dans le game.
- Speaker #1
Oui, d'être toujours là. On pourrait considérer chaque nouvelle journée comme un nouveau printemps.
- Speaker #0
On pourrait.
- Speaker #1
Parce que chaque jour est une chance. C'est une page blanche qui s'écrit. On a la possibilité de se... D'aller vers un ailleurs, de se réinventer, d'oser, de dire non, de dire oui, de recommencer.
- Speaker #0
Oui, de recommencer.
- Speaker #1
Et le printemps nous permet de recommencer, c'est vrai ?
- Speaker #0
Oui, c'est vrai, c'est une nouvelle... on rentre dans quelque chose de nouveau.
- Speaker #1
Une nouvelle ère.
- Speaker #0
Une nouvelle ère.
- Speaker #1
J'aime bien moi me dire, j'aime bien le printemps quand je regarde les souches complètement sèches, tu te dis mais rien ne va pousser là-dessus, tu vois ? Le rameau d'olivier ou un amandier, tu vois. L'écorce, elle est sèche, elle est rugueuse, il n'y a plus rien. Et puis, la fleur paraît. Tu te dis, mais comment est-ce possible ? Le miracle de la vie.
- Speaker #0
C'est presque une métaphore de la vie.
- Speaker #1
Complètement. On renaît de tout, je crois.
- Speaker #0
On renaît de tout,
- Speaker #1
oui. Oui, je crois.
- Speaker #0
C'est une belle phrase pour commencer ce podcast. On renaît de tout.
- Speaker #1
On renaît de tout,
- Speaker #0
oui. Un livre. Est-ce qu'il y en a un qui peut venir ? C'est très dur. Oui,
- Speaker #1
c'est dur.
- Speaker #0
un auteur peut-être oui hum un auteur Ou un livre qui t'a marqué, peut-être le premier livre que tu aies lu.
- Speaker #1
Moi, je suis une grande lectrice.
- Speaker #0
Ah oui, donc ça va.
- Speaker #1
Le plaisir, c'est se priver.
- Speaker #0
Qu'est-ce que tu aimes dans la lecture ?
- Speaker #1
Un ailleurs, encore une fois, évidemment, et puis des questionnements. Je lis beaucoup les femmes en ce moment. Ça fait plusieurs années que je lis beaucoup les femmes. femmes parce que je trouve que au-delà de leur esprit affûté, elles s'emparent de problématiques courageuses sur le parcours de vie d'une femme qui n'est quand même pas le parcours de vie d'un homme.
- Speaker #0
Et on a l'impression que la parole se délie beaucoup plus et qu'elle prenne vraiment une place dans le paysage de la littérature.
- Speaker #1
Il y a quelque chose qui se passe où elles ont des... Des choses à défendre, des choses non pas à revendiquer, mais en ouvrant les portes de leur intimité, on apprend beaucoup sur l'humanité. Comment elle se comporte avec les filles, avec les femmes, comment l'humanité assujettit les femmes, comment l'humanité condamne les femmes en nous cloisonnant, en nous maintenant dans un cadre.
- Speaker #0
Et aussi, on revient au printemps, mais c'est aussi l'espoir de dire que maintenant que les choses sont plus exposées, on a connaissance des problématiques il y a de ça 50 ans n'était pas une problématique c'était juste la vie c'était acquis, c'était comme ça ça ne représentait pas une contrainte finalement et parce qu'on a eu des luttes, des femmes qui ont eu des montées de conscience finalement, aujourd'hui on a un tableau qui est plus différent et on peut se permettre on va aller plus travailler les choses Je te libère de la question du livre. Non,
- Speaker #1
mais le dernier que je viens de lire, je viens de lire une adaptation d'une conférence de Christiane Saint-Gerre, qui s'appelle « Choisis la vie et tu vivras » . Et c'est une philosophe, autrice, philosophe, penseuse, que j'aime beaucoup. Et après l'avoir vue au théâtre, il y a quelques temps, j'ai voulu lire l'adaptation « Choisis la vie et tu vivras » de Christiane Saint-Gerre. Une femme extraordinaire. Je crois que la parole ou la lecture, quand elle nous apaise et nous fait grandir, elle est utile. Moi, je pense que le temps nous est compté et on doit laisser nos bagages les plus lourds. Et on doit vraiment s'emplir et se nourrir de choses qui sont susceptibles de nous éclairer, de nous réconcilier, de nous pacifier, de nous faire du bien, de nous réparer.
- Speaker #0
Oh oui, une émotion. J'ai l'impression que tu en es pleine d'émotions.
- Speaker #1
Ah oui, moi je n'aime que les émotions.
- Speaker #0
Toutes les émotions.
- Speaker #1
Il faut apprendre à souffrir aussi.
- Speaker #0
Tu les accueilles ?
- Speaker #1
C'est nouveau.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Accueillir la déception, le doute, la tristesse, les peurs, c'est nouveau.
- Speaker #0
C'est une forme de faiblesse ? Oui, peut-être.
- Speaker #1
Je voulais les évacuer, mais je me suis rendue compte qu'on maîtrisait plus facilement ces peurs. Quand on s'y plongeait. Voilà. Quand on était face à elles et qu'on les regardait.
- Speaker #0
Ça vient d'où cette prise de conscience ?
- Speaker #1
Je pense que les femmes, on a des gaps. Des gaps et des caps. franchir, il y a des passages et chaque décennie, je pense, pour être entourée de beaucoup de femmes, chaque décennie ou chaque état de vie, c'est-à-dire la jeune femme, l'amoureuse, l'épouse, la mère, celle qui avance dans la vie, peut-être en changeant de vie ou peut-être en devenant encore plus plus, c'est elle qui va s'occuper de tout le monde. On peut s'occuper de tout le monde en ayant changé de vie de toute façon, mais j'ai l'impression que la femme traverse des états de vie et des mus. Elle opère des mus. Donc oui, les peurs en avançant dans la vie, je pense que souvent on a peur de trucs qui ne vont pas se passer. C'est ce que j'ai appris. Moi, j'ai passé des nuits et des nuits sans sommeil à avoir peur de choses Merci. qui ne se sont pas passées.
- Speaker #0
Ça aurait été quoi ces peurs ?
- Speaker #1
Je crois que les filles, on est toutes à peu près dans les mêmes inquiétudes aussitôt qu'on a donné la vie, on a peur pour nos enfants. Et on ne dort plus, je crois. On m'avait dit...
- Speaker #0
On devait le savoir quand on a des enfants.
- Speaker #1
On m'avait dit... Moi j'étais malheureuse parce que mes enfants ne dormaient pas beaucoup et si quelqu'un m'avait dit mais c'est rien, tu sais, en fait aussitôt que tu donnes la vie, tu ne dormiras plus. Parce qu'il y a la peur, il y a l'inquiétude, la responsabilité, puis il y a quelque chose qui part de notre ventre vers quelqu'un qui doit se casser la figure, cheminer, et puis on ne pourra pas, on pourra le ramasser, mais on ne pourra pas l'empêcher de se casser la figure.
- Speaker #0
Au contraire.
- Speaker #1
Et voilà, donc c'est la parentalité, la maternité, c'est quelque chose de particulier.
- Speaker #0
Ah oui,
- Speaker #1
très bien.
- Speaker #0
Oui. Ça, ça change vraiment. Ça change vraiment une femme.
- Speaker #1
Oui, mais je crois qu'en avançant dans la vie, on gagne en paix. Parce que moi, j'ai 54 ans et on sait qu'à partir... de 45-50 ans, on a à peu près mis les mains là où on voulait les mettre, on est à peu près sur son chemin normalement, on a commencé à construire un truc vers 45-50, vers 50, on a réussi à solidifier certaines choses. On n'a plus grand chose à... On a prouvé, on s'est beaucoup bagarré pour prouver. Moi j'ai passé ma vie à essayer de convaincre, à prouver que je pourrais faire, que je savais faire, que je voulais faire. C'est très fatigant.
- Speaker #0
C'est épuisant.
- Speaker #1
Épuisant.
- Speaker #0
Épuisant.
- Speaker #1
Mais je pense qu'on ne permet pas ça aux hommes, mais aux femmes oui.
- Speaker #0
T'as l'impression que quand on arrive à 50 ans finalement...
- Speaker #1
On s'est un peu réalisé.
- Speaker #0
On s'est réalisé.
- Speaker #1
Donc on lâche un peu.
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
Ça ne veut pas dire qu'on est inactif, parce que moi, je n'ai jamais été aussi active et aussi productive et dans l'énergie que depuis 4 ans, 5 ans, 6 ans, 7 ans.
- Speaker #0
C'est peut-être lié finalement. Tu as lâché certains contrats et les portes se sont ouvertes de l'autre côté. Oui,
- Speaker #1
je l'ai basculé. Je sens qu'avant, je faisais, j'étais très proactive, mais je voulais être adoubée. et être adoubé par les autres. quand on le désire, ça ne vient pas. Mais ça prend beaucoup de temps.
- Speaker #0
Ça prend beaucoup d'énergie. Finalement, il faut s'adouber soi-même.
- Speaker #1
Voilà, c'est ce que j'allais te dire. Alors, c'est très curieux parce que quand une femme s'adoube elle-même, quand elle est contente de ce qu'elle a fait, curieusement, elle laisse beaucoup de gens sur le carreau. qui, eux, ne vont pas être contents.
- Speaker #0
C'est surprenant.
- Speaker #1
Voilà. Des collaborateurs, etc. Moi, j'ai toujours voulu être appréciée dans mon travail. Et puis, dernièrement, je me suis dit, non, je vais faire. Et puis, si ça leur plaît, c'est bien. Si ça ne leur plaît pas, tant pis.
- Speaker #0
C'est la question de la cinquantaine.
- Speaker #1
La cinquantaine, elle est là. C'est fou.
- Speaker #0
Je crois qu'on lâche le regard de l'autre. En tout cas, on lâche ce besoin de se revoir. de l'approbation du regard de l'autre.
- Speaker #1
On n'a plus besoin de l'énergie de l'autre pour se renflouer, pour rester à flot, pour être forte. On se dit pas grave. S'ils suivent, ils suivent. C'est nouveau. Moi, je découvre ça.
- Speaker #0
Et puis,
- Speaker #1
il faut aussi se dire tant pis, ça ne leur plaît pas, tant pis, mais c'est comme ça.
- Speaker #0
On revient à s'aimer soi-même.
- Speaker #1
Oui, voilà.
- Speaker #0
On va tourner autour de ça. Oui, oui,
- Speaker #1
il y a du travail là.
- Speaker #0
Ah, il y a du travail. On est parti. Oui, oui. Stéphanie, si tu dois te décrire aujourd'hui en un mot, tu dis quoi ? Qui est Stéphanie aujourd'hui ? Aujourd'hui. Aujourd'hui, il y a deux jours, il y a trois jours, demain. Mais aujourd'hui ?
- Speaker #1
En fait, tu vois, quand on arrive vers 50 ans... les certitudes ou les masques tombent. Et autant avec beaucoup d'arrogance, de certitude, de forme d'orgueil à 30, 20, 30, 40 ans, tu peux dire « je suis comme ça, je suis comme ça, je suis comme ça » . Mais à 50 ans, je pense qu'on découvre qui on est. Alors c'est très curieux, parce que l'humilité et de faire tomber les masques et de se regarder sans phare est surprenante.
- Speaker #0
Ça fait partie du... Il faut maîtriser sa peur ?
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Ça fait peur de se regarder ?
- Speaker #1
Oui, ça fait peur parce que tu te dis mince, mais je vais essayer de se dire là, est-ce que c'est normal ? Est-ce qu'on va dire de moi que je suis trop ambitieuse, trop égoïste, trop comme ci, trop comme ça ? D'oser dire non, d'oser dire oui. Moi, c'est beaucoup venu vers 50 ans. D'oser dire non, d'oser dire oui, c'est nouveau pour moi.
- Speaker #0
Parce que tu as... commencé ta carrière très jeune. On va en parler maintenant, si tu veux bien. Toi, tu arrives dans ton métier. En tout cas, dans ton métier. Tu as eu plusieurs métiers. Tu rentres dans le métier de l'image, des médias. Tu as 20 ans, 22 ans ?
- Speaker #1
22 ans, oui.
- Speaker #0
C'est très jeune. C'est très jeune. Surtout à l'époque. J'arrive à Paris à 20 ans moi.
- Speaker #1
Donc j'arrive à Paris à 20 ans.
- Speaker #0
Et comment tu arrives à Paris à 20 ans ?
- Speaker #1
J'ai toujours su que j'allais faire quelque chose. J'ai toujours su, je ne savais pas quoi. Je m'étais dit journalisme, comédie, je me revois au collège, découvrir les textes et découvrir la scène et jouer. J'avais une prof de français qui s'appelait Madame Gaston qui nous avait... Je fais jouer des passages pagnolesques. Très beau, je crois que c'était Philippe Lisatier, Fanny, Marius, enfin tout ça. Et je découvre ça, je crois que je suis en cinquième, et je me dis « waouh, mais c'est fabuleux en fait » . Et le jeu, et puis je faisais beaucoup de danse, j'aimais beaucoup la scène. Et je crois que pour tous ceux qui ont été dans la lumière là, il y avait quelque chose qui me plaisait beaucoup, dans le partage, dans le don, dans l'exceptionnel, l'esprit de troupe, d'être ensemble, ça me plaisait vraiment beaucoup, mais je ne savais pas ce que j'allais faire de ça. J'ai eu mon bac très modestement, vraiment, et puis j'étais au conservatoire de Toulon, à côté de ça je travaillais en boîte de nuit, et puis je suis allée à Paris une fois, Et je me souviens au retour, je suis dans l'avion, je regarde par le hublot la ville qui s'éloigne et j'avais un petit copain à l'époque et je lui dis on va revenir et on va habiter ici.
- Speaker #0
Tu as été attirée par la lumière.
- Speaker #1
Oui, je voyais toutes les lumières dans le hublot, tu sais, je retournais chez moi donc sur la côte d'Azur dans un petit village et je me suis dit c'est là. Tu vois, je ne savais pas... Un appel ? Oui, j'ai eu un appel. Je ne savais pas ce que j'allais faire de ça. Après, je suis allée au cours Florent. J'ai passé la classe libre. J'ai été reçue en classe libre. J'ai tout de suite beaucoup joué. J'ai eu beaucoup de chance.
- Speaker #0
Tu es quand même au départ...
- Speaker #1
Comédienne.
- Speaker #0
Tu es comédienne. Oui,
- Speaker #1
oui.
- Speaker #0
Si tu dois définir le début de ta carrière...
- Speaker #1
Comédienne.
- Speaker #0
Comédienne. Oui.
- Speaker #1
Les théâtres, comédienne.
- Speaker #0
Théâtre. Comédienne de théâtre. Oui. Oui,
- Speaker #1
non. J'étais vraiment comédienne, c'était le théâtre et je n'ai jamais eu autant de plaisir. J'ai adoré l'enseignement que j'ai eu en classe libre au conservatoire. Le conservatoire, c'était une scène nationale, j'ai adoré l'enseignement que j'ai eu en classe libre. La liberté des textes, la fantaisie des textes, là où les textes nous accompagnaient, nous emmenaient devenir quelqu'un d'autre, se projeter dans d'autres sphères, dans d'autres problématiques, dans d'autres univers, être sur scène, les émotions, le jeu, tout ça m'avait vraiment fascinée.
- Speaker #0
C'était une manière pour toi d'être libre ? De sortir ?
- Speaker #1
J'aime fabriquer, moi.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
J'ai toujours eu ce truc d'aimer fabriquer.
- Speaker #0
Pourtant, quand on est dans un rôle au théâtre, on est tenu par un cadre. Donc, ta liberté de conception ou de création, elle est quand même assez contrainte par le texte, par les autres. par le lieu, et pourtant tu te sentais libre ?
- Speaker #1
Oui, parce que tu crées quelqu'un.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Tu as un outil, mais ton outil c'est à toi de le polir, de l'aiguiser, de le lustrer, de le rendre plus performant. plus compétitif, plus crédible, plus beau, plus puissant. Et j'aimais cette idée-là. J'aimais l'idée de créer une œuvre, créer une pièce. Ça me fascinait. Je me souviens, c'était quelque chose. Je me disais « Waouh, on a fait ça ! »
- Speaker #0
Le fait d'être ensemble, est-ce que ça, c'était important aussi, finalement, de la vie d'une troupe ?
- Speaker #1
Oui, j'aimais beaucoup parce que dans nos métiers, ce sont des métiers de solitude, d'isolement. où on est tous interdépendants, mais dépendants malgré tout, du désir de peu de gens qui décident, qui ont le pouvoir de nous rendre actifs ou de nous laisser dans l'ombre. Et ça, c'est terrible. Ce truc du désir, c'est terrible. D'être désiré, c'est terrible. Parce que c'est une alchimie qui est propre de l'alchimie amoureuse. Tu ne sais pas pourquoi. Il y a un truc de deux. d'énergie, de derme, de peau, de regard, de persuasion, où tu vas aller plutôt. Je le vois maintenant que je suis amenée à choisir des acteurs. Je ne sais pas pourquoi, il y a des trucs qui... Alors que j'ai été comédienne, que j'ai demandé du travail, que je vais écrire à des castings directeurs, je vais écrire à des producteurs, à des réalisateurs. Et maintenant, je suis depuis... une dizaine d'années dans cette position où je reçois des gens qui veulent travailler avec moi, qui m'écrivent, qui me... Je ne sais pas pourquoi le truc se fait à talent égal. Vous allez vers telle et telle personne, pourquoi ? Parce qu'elle vous rappelle une part de vous, une part de votre enfance, de votre monde, de qui vous êtes, parce qu'elle vous rassure, parce qu'elle vous fait rêver, parce que vous auriez maître à elle, parce qu'elle vous donne confiance, parce que vous la sentez solide, parce que... Vous la sentez fragile parce que vous voulez la protéger. On ne sait pas.
- Speaker #0
On ne sait pas.
- Speaker #1
C'est comme en amour.
- Speaker #0
C'est une question d'énergie.
- Speaker #1
Voilà, c'est comme en amour. Vous vous dites, tiens, pourquoi je suis allée vers cette personne ? Et pourquoi j'ai fait ça ? Pourquoi j'ai fait ça ? Vous ne savez pas ?
- Speaker #0
Non.
- Speaker #1
Il y a quelque chose d'imperceptible qui est plus grand que nous.
- Speaker #0
Par contre, oui. Mais je reviens juste avant qu'on aille plus loin, parce que tu as dit quelque chose d'assez intéressant. par rapport au désir, ça doit être compliqué de garder de l'estime de soi quand on n'est pas choisi. À 22 ans, comment ça se passe ? 22, 25, peut-être même 30, parce que je crois que plus on vieillit, plus c'est pire. Avant de passer à 50 ans où on s'en fiche, de 22 à 50, t'as qu'à découper des choses.
- Speaker #1
Un acteur s'en fout jamais. C'est ça qui est terrible. C'est pour ça que j'ai très vite voulu arrêter. Parce que je ne pouvais pas être dépendante du désir d'être.
- Speaker #0
Comment marche l'estime de soi à ce moment-là ?
- Speaker #1
Alors moi, je me souviens des premiers castings. Alors j'ai eu de la chance parce que j'ai très vite travaillé. Et puis après, j'ai eu beaucoup de noms. Et je me souviens d'un nom qui m'avait flinguée. Et alors c'est rigolo maintenant parce que ça m'avait fait beaucoup souffrir. C'était une compagnie qui s'appelait la compagnie de Roger Louray. Ils faisaient des trucs de très en vue à l'époque, genre les années Twist, les années Azou, les années Nani, les années Nana. C'était toute une troupe qu'on voyait partout à la télé, qui était sans arrêt. Et moi, mon rêve, c'était de faire partie de cette troupe. J'étais petite, tu vois, j'avais 22 ans. Et j'en rêvais et donc il y avait eu un casting pour les années Twist. Et j'avais travaillé une chanson de Petula Clark, une chanson de Sheila. J'avais trouvé tous les looks Twist et tout ça. Et j'arrive sur scène, je commence à chanter. Et je me souviens c'était Muriel Robin, Catherine Lara, Roger Louré dans la salle des Folies Bergères. Et on me laisse à peine chanter ma chanson, je crois qu'en milieu on me dit merci, merci. Et on me dit non. Et là, mon monde s'effondre. Et j'appelle, alors il n'y avait pas de portable à l'époque, j'appelle ma mère qui me dit, « Bon, ben écoute, j'étais en larmes. » Et elle me dit, « Si tu le prends comme ça, peut-être mieux que tu arrêtes. »
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Peut-être que ce n'est pas fait pour toi.
- Speaker #0
Ou tu n'es pas fait pour eux.
- Speaker #1
Oui, mais la façon dont elle l'a dit, alors qu'elle n'avait jamais été amenée à parler à des artistes qui venaient de se prendre des volets de bois vert comme ça, mais je me suis dit... Ça m'a beaucoup interrogée, j'ai beaucoup médité, j'ai dit à compter de ce jour, tous les castings que je vais faire, je vais immédiatement les oublier. Surtout s'ils se sont mal passés. Si la rencontre est belle, je garde, ce sera des tips dans mon cœur pour me permettre d'avancer. Mais je vais immédiatement les oublier et je vais m'en foutre parce que, en fait... Avant, on me disait, tu vois, tu ne vois pas le puzzle en entier. Dans nos vies, on ne voit qu'un tout petit bout du tableau. On n'a qu'un tout petit trou et on ne sait pas ce qui va se passer. Donc, on a peur. Et après, en prenant des années, ton champ de vision s'élargit. Puis, tu vois le tableau. Tu te dis, putain, je me suis cassé la gueule là pour aller là. C'est génial si j'avais su. Donc, merci mon Dieu d'avoir raté les années twist parce que je n'aurais jamais eu la vie que j'ai eue. et que j'adore et si j'avais réussi les années Twist et ce qui est fou c'est que les années Twist on ne connait plus personne des années Twist on n'en a plus jamais entendu parler ça a marqué une époque et moi malgré tout 30 ans plus tard je suis toujours là et je fais le même métier qu'eux alors qu'eux ne le font plus c'est pas de l'orgueil mais c'est juste pour dire c'est un témoignage pour dire voilà vous allez vous casser la gueule là mais ça va vous amener là et ça c'est énorme pour les acteurs ... Vous allez rater des tas de castings, mais il y a tellement d'autres choses qui vont arriver.
- Speaker #0
C'est violent ?
- Speaker #1
C'est violent, les noms. C'est violent parce que vous vous dites, qu'est-ce que c'est ? C'est moi, je suis trop, qu'est-ce que c'est ? Je suis trop grande, je suis trop petite, je suis trop mec, je suis trop grosse, je suis moche. J'ai les... J'ai trop de fesses, j'ai pas de seins, je parle mal, je joue mal. Qu'est-ce qu'il y a ? Je suis trop passionnée, pas assez passionnée. Il y a toujours quelque chose. Mais non, c'est juste que c'est pas pour vous. c'est pas là qu'on vous attend. Point.
- Speaker #0
Mais c'est le propre finalement. d'une personnalité qui a besoin, on en revient là, du regard de l'autre,
- Speaker #1
pour exister.
- Speaker #0
De dire, ça vient de tout prendre pour soi, alors que finalement, non.
- Speaker #1
C'est comme ça, c'est que ce n'est pas la personne. C'est que vous n'êtes pas attendu là. Mais c'est tellement dur. Moi, je suis entourée d'acteurs. Je suis entourée d'acteurs. J'étais mariée 25 ans à un acteur. Mon fils est acteur. J'ai des acteurs partout dans ma vie. Je sais que c'est dur. C'est tellement dur. Mais il faut se fabriquer, c'est oui. Moi, je pense qu'aussitôt que j'ai eu des noms, je me suis dit, ça ne va pas passer par là. Et je ne veux pas le devoir à quelqu'un. Je ne veux pas le devoir à quelqu'un. Donc, je vais fabriquer. Il faut que je fabrique. Donc, très vite, j'ai fabriqué des trucs. J'ai écrit des trucs. Après, je me suis inventé des trucs.
- Speaker #0
Donc, en fait, tu reprends le lead.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
C'est pour, encore une fois, tu vas vers la liberté ou en tout cas vers l'autre. Oui, oui, oui. Quelque chose. Oui,
- Speaker #1
oui.
- Speaker #0
Pour ne pas dépendre des autres.
- Speaker #1
Oui, c'est pour ça que je dis aux acteurs, les gars, écrivez vos histoires. Filmez-vous, inventez-vous vos narrations, créez votre famille de gens. Avancez avec votre famille. Un acteur ne doit pas être isolé. Vraiment, c'est un désert, il vaut mieux faire la route à plusieurs, pour se filer de l'eau quand l'autre en a plus. C'est hyper important.
- Speaker #0
C'est un monde qui est difficile, on le sait. Quand on est une femme de 22 ans, on vit comment ?
- Speaker #1
Très mal parce que moi j'avais l'innocence de... J'étais une fille de province donc je connaissais les saisons. Je me souviens arriver au cours Florent, tout le monde me disait tu manges des fruits ? Je mangeais pas de gâteau, moi je mangeais ce que je cueillais sur l'arbre. Ah oui, c'était le choc. C'était le choc. qu'à
- Speaker #0
22 ans, tu te... tu te retrouves confrontée.
- Speaker #1
C'était le choc. Mais j'ai très vite compris que ce serait dur, qu'il fallait que je m'invente des histoires dans ma tête, des histoires par ailleurs et que je trouve de la ressource. Et que même un tout petit truc à faire, une figuration, un clip, une virgule, n'importe quoi, même ça, c'est tellement dur d'être choisie. C'est-à-dire qu'il y a un chemin de malade pour arriver sur un plateau, quel qu'il soit.
- Speaker #0
Et ça m'amène à la question, forcément, où on va aller avec la libération de la parole, le Me Too et tout ce qui s'en est suivi, pour être choisi.
- Speaker #1
j'imagine qu'à un moment donné tu as dû être confrontée toi aussi à ces choix c'est horrible si tu le couches j'irais plus facilement mais ça a été horrible Moi, je l'ai vécu et puis, je l'ai vécu et le MeToo a été formidable pour ça. Donc, je salue les premières françaises, Emma Decaune et Florence Darrel, entre autres, qui ont été les premières à parler.
- Speaker #0
Deux premières à parler.
- Speaker #1
Ah oui, je me souviens d'un parisien où les premières à parler de Harvey, machin, ça m'écorche la bouche de dire son nom. Alors, ne le dis pas. Voilà. Ça a été des premières.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Et on se disait, oh mais alors, n'importe quoi. Mais non, en fait, je me souviens très bien de ces pages du Parisien. Non, moi, je me revois à 22 ans. Je fais un casting pour une série très en vue. Il n'y avait pas beaucoup de séries à l'époque, un truc d'un enquêteur à la con avec une vedette de l'époque. Je ne sais pas où j'avais vu la petite annonce. Peut-être chez Florent, parce qu'il y avait beaucoup d'annonces au cours Florent, sur les murs. Il venait chercher de... Les box. Voilà. Mais il n'y avait pas Internet. C'est ouf. Et donc, je rencontre un casting director qui est toujours en activité, qui est un vieux monsieur, complètement incompétent maintenant. Il était déjà incompétent, mais il travaillait beaucoup. Et ce vieux monsieur, qui n'était pas un vieux monsieur à l'époque, me caste dans les bureaux de la production. Alors je me souviens, j'avais un petit kilt, j'avais des collants au pack, des grosses chaussures, j'avais un béret. On cherchait l'assistante de cet enquêteur.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
qui avait un nom ridicule. Et je suis avec ce casting director, et il me dit, vous avez une chance, le producteur est là aujourd'hui.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Alors je dis, ah bon ? Il était derrière une vitre, il me regardait. Derrière un... Tu sais, un... C'était vitré.
- Speaker #0
Comme un peu une vitre... Ouais,
- Speaker #1
pas teinte, pas. Non, non, non, du tout. C'était... Les bureaux étaient comme des open space, mais isolés avec des parois de verre. Et il me dit, vous avez de la chance, il est là. J'ai joué à un monsieur très, très, très ingrat.
- Speaker #0
Mais donc rassurant, tu vois ? Mais très, très, très ingrat. Qui était donc le producteur de cette société. Il produisait beaucoup de séries, dont certaines qui font encore des chiffres incroyables.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Sur une grande chaîne française. Donc, je vois ce monsieur et le casting director me dit, « Allez-y, allez dans son bureau. » Donc, le gars me parle, très rassurant, solaire quelque part. avec quelque chose un peu du sud donc moi ça m'apaisait tu vois, enfin j'étais pas inquiète. Puis il me demande de me lever du bureau et de marcher dos à lui, de traverser un grand espace. Donc moi je fais pas attention, donc je me lève, je marche, je vais loin, il me regarde de dos, je reviens vers lui, il me dit mais repars. Mais moi je comprenais pas qu'il voulait regarder probablement mes fesses ou je sais pas. Donc je repars et je refais. Et puis il me dit, oui c'est bien, écoute, on te rappellera. Et on me laisse un message sur le répondeur. Moi j'habite en colocation. Sur le répondeur de la maison, le répondeur qu'on se partageait. Et je vais... message et on me dit voilà il y a une lecture pour déterminer si vous correspondez vraiment au personnage puisque le nouvel épisode est bientôt prévu donc il y a une lecture mais malheureusement c'est un dimanche est-ce que ça vous pose un problème ? Alors moi je dis pas du tout puis vous les travaillez quand vous êtes jeunes.
- Speaker #1
Ah oui.
- Speaker #0
jeune ou pas, de toute façon vous voulez travailler voilà, puis moi j'étais chez Florent beaucoup d'entre nous faisaient des castings tous, donc moi je voulais vraiment travailler et donc j'y vais ce dimanche là mon petit copain de l'époque me dépose dans les Halles où le monsieur avait un appartement spectaculaire et il me dit je reviens aller te chercher deux heures plus tard j'ai dit ouais ok pas de moyen de se téléphoner Je dis, écoute, je descendrai, si ce n'est pas fini, tu m'attendras dans la voiture. Et je monte, et là, un appartement avec un grand vestibule, un coin salon, et puis une grande salle de réception. Le monsieur m'accueille, il avait une chemise en soie rouge, et il sentait habillé rouge de Guerlain, il faut le faire, je ne le dirai jamais.
- Speaker #1
Ouais, il y a des choses comme ça. Je ne le dirai jamais,
- Speaker #0
il était affreux. Et il me parle, il me dit alors tu as regardé les textes ? Je dis bah oui bien sûr. Et il me dit tu veux qu'on regarde un épisode ? Et puis moi je cherchais, je t'ai persuadée qu'il y avait des gens. Puisqu'on avait parlé d'une lecture. Moi j'imaginais une grande table, tu sais comme ce dont on m'avait déjà parlé, ce que j'avais déjà vécu. Donc tout le monde assis à cette table en train de travailler. Et je dis bah oui en attendant les autres ? Il me dit oui oui c'est ça en attendant les autres. On s'assit sur un canapé, il met une VHS, il lance le dernier épisode de sa série. Et là, il m'attrape et il me dit, ben voilà, voilà comment ça va se passer. Moi, je ne te demande pas grand-chose, je mets des préservatifs. On fera ça une fois par semaine. Et puis voilà, puis tu as le rôle, mais complètement libre, en me pressant contre lui. Et moi, je lui dis, mais je ne peux pas faire ça parce que j'ai un petit copain. Il me dit, ben ce n'est pas grave, moi aussi je suis mariée, ne t'inquiète pas. Et je mets des préservatifs.
- Speaker #1
C'est fou ce que tu racontes quand même.
- Speaker #0
C'est dingue.
- Speaker #1
C'est dingue. On a l'impression que c'est...
- Speaker #0
Ah non mais c'est... Ah ouais non non. Alors autant je viens du sud et j'ai tendance à sublimer, mais là non non là je me souviens de tout. Alors je me suis... levé, j'ai dit je ne peux pas en fait et là il a été méprisant je vois qu'il avait une certaine haine j'essaie de partir il me retient en me disant on fait un petit bisou quand même et voilà donc il y a un espèce de corps à corps un peu musclé dans son entrée et je m'enfuis et j'attends caché dans le hall de son immeuble en ayant peur qu'il descende, il pleuvait à torrent j'attends que mon copain vienne me chercher et j'en ai parlé à personne
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
À personne, mais...
- Speaker #1
T'en parles à personne.
- Speaker #0
Ah, parce que c'est la honte.
- Speaker #1
Pourquoi c'est la honte ?
- Speaker #0
Je sais, dans ma tête de 22 ans, c'est la honte. Alors que maintenant, ça m'arriverait, mais je le colle au mur et je lui taque un procès dans la figure et j'appelle tous les médias et machin. Mais seulement quand vous avez 22 ans, vous êtes une petite fille. Et une petite fille connue ? Bah, vous n'êtes pas connue, vous êtes une petite fille. Oui. Et puis, vous vous dites... Tu t'en souviens ? Oui, mais ce qui m'a dégoûtée, c'est qu'en fait, après, j'ai fait un peu de bruit, je crois. chez Florent, je crois que j'en ai un peu parlé. Et deux jours après, le casting director m'appelait pour me donner le rôle.
- Speaker #1
Ah bon ?
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
C'est très surprenant en réalité. Ben oui,
- Speaker #0
parce qu'ils avaient peur.
- Speaker #1
Que tu fasses trop un scandale.
- Speaker #0
Un scandale. Et je n'ai pas pris le rôle. Alors, il y en a une autre qui l'a pris. Et après, quand je regardais ce truc à la télé, je me dis putain. Parce qu'elle a couché avec lui.
- Speaker #1
C'est une vraie question.
- Speaker #0
Et c'était atroce. Et j'ai revu ce producteur des années plus tard. J'étais devenue réalisatrice, j'avais fait plusieurs films. J'étais chez un producteur que j'aime beaucoup. Et la secrétaire arrive, elle dit « Monsieur machin est là » . Et je dis « What ? Tu le connais ? » Il me dit « Bah oui, bien sûr » . Je dis « Mais c'est un porc, il a essayé de m'agresser. Il m'a fait un chantage de fou, un chantage sexuel. Oh là là, encore vos histoires de comédienne ! » m'avait dit le producteur.
- Speaker #1
C'est intéressant ce que tu dis, tu m'emmènes directement là-dessus, on en a parlé un peu en préambule tout à l'heure, mais finalement, une femme, ça ne peut jamais être une femme. C'est soit une femme avec ses sauts d'humeur, moi je parle souvent du bal des folles, parce que ça me paraît tellement énorme. T'as des sauts d'humeur, t'es une princesse, ou alors, ben... Pour aller à l'inverse de ça, tu es un bonhomme.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Et finalement, tu te grimes.
- Speaker #0
Tu es une hystérique.
- Speaker #1
Voilà. Tu n'as jamais vraiment la possibilité d'être une femme.
- Speaker #0
Non.
- Speaker #1
Comment tu vas vivre ça, toi ? On a l'impression que tu as énormément de caractère. Oui. C'est ce qui va te sauver de ce milieu-là ?
- Speaker #0
Je crois que c'est ce qui va me sauver. Après, j'ai travaillé avec beaucoup d'ordures. Mais curieusement, les mecs qui avaient des réputations les plus folles... ont toujours été très smart avec moi. Aujourd'hui, c'est la mort d'Ardisson. Moi, j'ai débuté avec Ardisson. Ça a été mon premier producteur. Les premières chroniques que j'ai faites, c'est grâce à Thierry Ardisson. Si je suis devenue animatrice, dans un premier temps, c'est grâce à Thierry Ardisson. Moi, j'ai travaillé des tas de personnalités. Je n'ai jamais eu de problème.
- Speaker #1
Parce que c'est... Pourquoi ? Parce que j'allais dire une bêtise. Comment tu l'expliques ?
- Speaker #0
Parce que je ne sais pas. Peut-être que je ne sais pas. c'est... En fait, je pense que les prédateurs sentent la faille. Si vous avez déjà été abîmé, pénétré, propre comme on figurait, par un pourri du métier ou un pourri tout court qui a abusé de vous, enfant ou jeune fille, ils le sentent. Et la brèche, elle est là, elle rentre.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #0
Voilà. Je pense et après c'est un abus. Puis vous savez, vous ne parlez pas parce qu'on ne parle pas parce qu'on a peur de faire de la peine à ses parents. On ne parle pas parce qu'on a peur parce qu'on s'est laissé faire. On ne parle pas parce qu'on s'est laissé faire. On ne parle pas parce qu'on va être juvée. Parce qu'on se dit mais je suis une merde, pourquoi ça m'est arrivé ? Pourquoi je n'ai pas gueulé ? Pourquoi je n'ai pas foutu une tarte ? On a honte. Donc on ne parle pas. Et surtout on ne parle pas parce qu'on nous dit de libérer la parole. Mais une fois qu'on le dit, on ne fait rien.
- Speaker #1
Ou on passe pour une menteuse.
- Speaker #0
Voilà. C'est ça. Et on fait chier tout le monde, et on est ostracisés, on est pointés du doigt.
- Speaker #1
Et du coup, on ne travaille pas.
- Speaker #0
Et du coup, on ne travaille pas. Ça, c'est certain. Parce que toutes les filles qui parlent, c'est autant des vraies héroïnes. Parce que moi, je sais qu'elles ne vont plus bosser.
- Speaker #1
Non, elles ne bosseront plus.
- Speaker #0
Voilà. Et elles le font pour toutes les filles qui arrivent derrière, et pour toutes les filles qui n'ont pas eu les couilles de parler. Voilà. Moi, j'ai... J'ai pas parlé, mais j'ai souvent rencontré des gens qui travaillaient pour ce monsieur, qui a vendu sa boîte maintenant mais qui porte le même nom, et je dis souvent ce qui m'est arrivé. Parce que quand on récupère une enseigne, quand on récupère une signature, quand on récupère une production, il y a un historique. Quand vous travaillez dans une boîte, il y a un historique. Vous signez dans cette boîte, vous êtes un corps, une société de production. Vous êtes le petit doigt, vous êtes le bras, vous êtes la nuque, vous êtes les jambes. Vous êtes là. Il y a une âme, vous perdurez quelque chose. Ce sont des séries qui existent toujours. Je le dis. Je le dis et puis surtout je dis aux filles, je dis tu sais... Puis je viens de faire un film sur la pédocriminalité, là, pour Arte. Donc je sais pourquoi les jeunes n'y parlent pas. Ils ne parlent pas parce qu'ils ont mal, parce qu'ils ont honte, parce qu'ils ont peur de faire de la peine.
- Speaker #1
C'est important, le fait aussi de... On n'en a pas encore parlé, mais on peut en parler maintenant. Avant que tu m'expliques justement cette bascule, finalement, d'être dirigée à diriger. C'est important. Je pense que ça se construit aussi, ce besoin-là, cette envie-là dans tout ce que tu vis. Tes parents, ils en pensent quoi, au départ, du fait que tu ailles à Paris, et puis que tu ailles dans un milieu quand même assez particulier, et puis justement après, tu le dis toi-même, tu ne vas pas en parler, pour ne pas faire de la peine à tes parents. Peut-être pas à mes parents,
- Speaker #0
mais aux gens qui étaient autour de moi, et puis être à eux pour ne pas qu'il se fasse de soucis, évidemment. Moi, j'ai été élevée avec des parents qui m'ont donné beaucoup de confiance. Et malheureusement, j'avais un très fort caractère quand j'étais jeune, donc on ne pouvait pas trop me donner des interdits.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Voilà. Donc malheureusement, avec l'âge, je me suis... davantage assujettis aux règles et j'ai été plus docile et moins borné, moins autoritaire, moins têtu. Mais non, ils m'ont donné beaucoup de confiance. Ils étaient heureux et puis je pense qu'ils me faisaient confiance, oui. Parce que j'ai surfé sur tout et je ne me suis jamais fait... J'ai eu, la chose qu'on m'a transmise, c'est un grand respect du corps humain. Moi, j'avais un papa très sportif, une maman très saine, j'ai eu des parents très sains. L'alimentation, l'alcool, les drogues, le machin, se respecter. Le corps, c'est vraiment, on est dépositaire de notre corps, il ne nous appartient pas, il appartient à la vie. Il faut être à la hauteur de la vie, l'honorer. Il y a eu un sens sacré de la santé, du corps, du bien-être. Donc, je n'ai jamais pu me mettre en vrac vraiment.
- Speaker #1
C'est ce que j'allais te dire. Du coup, ça aussi, ça aide finalement à perpétuer dans ce métier.
- Speaker #0
Voilà.
- Speaker #1
Et avoir une réputation. Peut-être une réputation de quelqu'un de sain ?
- Speaker #0
Alors les réputations dans nos métiers sont très bizarres. Parce qu'il suffit qu'il y ait un petit feu follé pour qu'une traînée de poudre vienne s'emparer d'un truc. Malheureusement, on ne diffuse pas que... On n'est pas dans une économie de paroles dans nos métiers. On est loin des quatre accords Toltec, on se mord rarement la langue. On ne diffuse pas que des paroles... de réconfort ou des paroles susceptibles de nous faire grandir. Alors, on dit un peu tout et n'importe quoi sur les gens, c'est dommage. Mais moi, je me dis que dans nos métiers, il faut qu'on parle de nous. Après tout, souvent on me dit « Ah, mais t'es comme ça, mais en fait, t'es hyper sympa. On croyait que t'étais un peu diva, un peu comme ça, un peu hystéro, un peu folle. » Je dis « Ah, non. » L'essentiel dans nos métiers, c'est... Parlez que lorsqu'on parle de vous, vous existez.
- Speaker #1
Du coup, ça veut dire que...
- Speaker #0
Faut s'en foutre,
- Speaker #1
en fait. Oui, c'est ce que j'allais dire. Finalement, tu acceptes une certaine partie des règles. Est-ce que c'est ta façon à toi de composer ?
- Speaker #0
Je compose.
- Speaker #1
Pour rester libre.
- Speaker #0
Oui, je compose. Je compose. Ce qu'on pense de moi, tant pis. Moi, là où j'en suis dans ma vie, on me confie des projets, on me demande de les mener à bien. Me n'airait bien un projet quand vous dirigez à peu près 100 personnes du début jusqu'à la fin. Évidemment, je ne vais pas faire que des heureux. Évidemment, avant, je n'aurais fait que des heureux. Parce que j'aurais dit « Oh, c'est très bien, donc, ça y est, très très bien. » J'étais une cul-de-maman, en fait, quand je dirigeais. Mais en fait, non, je suis obligée de dire « Ben non, je n'ai pas envie de travailler avec toi, en fait, parce que c'est naze ce que tu fais. » Ça ne me plaît pas et je ne travaillerai plus avec toi et c'est nouveau. C'est nouveau, j'essaie toujours, à chaque fois je dis à tout le monde, je mets tout le monde en garde, je dis voilà on va faire comme ça, on fera comme ça, on fera comme ça, on fera comme ça. Vous êtes tous bien au courant, comme ça on va travailler dans la paix, dans la joie, on va bien se passer et puis souvent on dit, elle ne nous avait pas dit, si je vous avais dit, ce serait comme ça. Donc maintenant j'apprends plus à défendre mes projets. Avant je ne défendais pas tant mes projets. J'avais beaucoup de chance, mes projets marchaient tous, mais je ne les défendais pas bien. Maintenant, je les défends mieux.
- Speaker #1
Parce que tu avais peur, pareil, de t'imposer ?
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
J'avais peur en tant que femme qu'on dise, voilà.
- Speaker #1
Ça, je veux dire, tu avais peur. Qu'on dise, oh là là. Pour celle-ci. Voilà.
- Speaker #0
Mais alors, en tant qu'homme, quand vous avez du tempérament, des convictions, une ligne, un projet, que vous avez un projet, que vous savez comment vous voulez le faire, on dit, oh, il est déterminé, mais vraiment, il laisse rien passer. Il est là, il est... Il est vraiment pertinent, il en veut, il lâche rien. Quand vous êtes une fille, vous êtes une chieuse, vous êtes hystéro, voilà. Donc c'est terrible. On va tout le temps trouver un truc aux filles. Ou elles ont les règles, avant les règles, ou après les règles. Ou alors, elles n'ont plus les règles. Alors quand elles n'ont plus les règles, c'est pire. C'est des vieilles connes et il ne faut pas avoir affaire à elles. Ou alors, elles ont envie de baiser, ou alors elles sont mal baisées, ou alors elles ne baissent plus. Alors c'est terrible qu'on soit... maintenues, confrontées, comment on dit, tout simplement maintenues dans ça, réduites, réduites à nos hormones et nos sexualités. Non mais c'est un truc dément ça !
- Speaker #1
C'est dément.
- Speaker #0
Est-ce qu'on dit ça à des mecs ?
- Speaker #1
Non, bien entendu.
- Speaker #0
On est réduites à nos oscillations menstruelles, hormonales et nos états de vie, ben non, parler de nos expériences. parler de nos capacités, de nos moyens, de nos attributs et de nos compétences.
- Speaker #1
J'ai l'impression, Stéphanie, on se connaît peu, que ça a été quand même extrêmement souffrant. Je vais même enlever le « quand même » . Quand tu parles, moi je vois ton visage, moi je te vois et je te ressens, il y a quand même une colère. Ah oui, moi je suis encore en colère à ce qu'on fait aux femmes.
- Speaker #0
Et pas moi en particulier, je suis très en colère de mes collègues, de ce que me racontent, je fais partie de pas mal de collectifs de filles, je suis très en colère aussitôt qu'on est une fille à responsabilité. On se fait torpiller par les femmes comme par les hommes, et c'est insoutenable.
- Speaker #1
Pourquoi ?
- Speaker #0
Parce que c'est compliqué, une femme au lit de quelque chose, forcément, vous voyez votre soeur, votre mère, votre femme, votre meuf, votre maîtresse, votre cousine, c'est très compliqué. Alors les jeunes générations sont beaucoup plus faciles à travailler, parce qu'ils sont éduqués différemment.
- Speaker #1
En tout cas, ça commence.
- Speaker #0
Et parce qu'il y a de plus en plus de filles, il y a des postes clés. Donc, ils vous entendent, ils vous écoutent, ils sont féministes, vraiment. Moi, j'ai beaucoup de jeunes féministes. Et puis après, c'est pour le petit égo, le petit orgueil. Après, c'est vrai que des fois, je me dis que c'est dur pour eux parce que quand ils rentrent à la maison, c'est pareil, j'imagine. C'est la femme qui tient un peu la baraque parce que même s'ils nous font croire. que, bah non. Donc voilà, parce que on fait beaucoup de choses quand même.
- Speaker #1
On fait beaucoup de choses.
- Speaker #0
Le partage des tâches, moi je trouve ça super. Quand j'ai des jeunes techniciens qui me disent, mais je ne peux pas parce que je dois garder, j'ai les enfants, le bain, machin, je dis waouh. Alors je ne dis rien, je dis bah oui, bien sûr, je comprends. Mais je trouve ça canon.
- Speaker #1
Oui, c'est canon. C'est canon, mais ça n'empêche pas que malgré tout... Encore aujourd'hui, il y a des gros écarts.
- Speaker #0
Il y a des gros écarts. Dans la confiance, dans tout. Moi, si j'avais été Stéphane, ça aurait été plus facile.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Aux mêmes compétences.
- Speaker #1
Aux mêmes compétences. C'est ce que j'allais te demander. Finalement, au final, dans tout ce que tu racontes, ce qui est intéressant, c'est l'énergie supplémentaire que tu as dû déployer pour convaincre.
- Speaker #0
Pour convaincre.
- Speaker #1
Et pour finalement... Alors, je n'aime pas ce mot, mais finalement, c'est quand même un peu... T'imposer et imposer tes compétences.
- Speaker #0
Exactement. Là, par exemple, je viens de faire une série. Les gens qui étaient à des postes phares, j'ai passé... Alors, ils ont commencé en me disant « Mais tu vas y arriver ? T'as jamais fait de série ? Mais tu vas y arriver ? Tu vas y arriver ? » Au bout d'un moment, je dis « Mais attendez, les gars, c'est quoi ? C'est à mon... C'est quoi ? Je suis une femme, c'est mon âge, c'est quoi ? » Et clairement, c'était un peu tout. Jamais ce mec n'aurait osé dire à un homme « Tu vas y arriver, tu vas y arriver ! » parce que le mec lui collait une droite et c'était réglé. Donc moi, j'ai laissé faire à tort et ça a été ça pendant six mois de tournage où ça a été « Ah mais c'est bizarre, elle fait comme ça ! » Mais normalement, il ne faut pas faire comme ça. C'est bizarre qu'elle fasse comme ça. Normalement, on ne fait pas comme ça. Si ça avait été un mec, jamais il ne se serait permis. Ils auraient dit, il a de l'audace, il a de la fantaisie. De la fantaisie. Voilà, il apporte quelque chose de différent. Il sait ce qu'il veut.
- Speaker #1
Stéphanie.
- Speaker #0
Mais en tant que femme, tout de suite, on vous diabolise.
- Speaker #1
Pourquoi ? C'est une question difficile, mais si elle me vient, je te la pose. Pourquoi tu t'es infligée ça ? Pourquoi finalement, tu ne pars pas ? Pourquoi tu restes ? Pourquoi tu t'infliges ? Parce que c'est quand même très compliqué, je le vois, c'est très dur. Et où tu trouves la force finalement de te transformer ?
- Speaker #0
Alors, pourquoi tu restes ? Parce que tu as signé ? Parce que c'est un projet pharaonique ? C'est mon niveau.
- Speaker #1
Oui,
- Speaker #0
mais par exemple sur cette expérience. C'est une série, c'est six épisodes que je fais toute seule. Et il faut dépasser ça. Les gens qui vont toutes les fois où ça a été dur, je me dis, allez, mais qu'est-ce qu'ils vont faire ? Ils auront... fini le boulot, moi je serai déjà sur un autre projet. Il faut toujours mettre ton émotion dans le futur et te dire on avance, on avance, on avance. Alors, il faut enlever l'émotion qui est là à l'instant T pour pouvoir créer librement. Il faut avoir des soupapes à côté, dans un autre projet, pour reconstruire, recommencer, tu vois. Donc, moi, j'ai toujours, on me dit toujours, mais comment tu fais ? Tu as plein de projets en même temps, comment tu fais ? Mais je dis, mais c'est salvateur. Parce que comme ça, je ne souffre pas ici, avec vous. Si tant est qu'il y ait des perturbateurs. J'appelle ça des perturbateurs.
- Speaker #1
Parce que tu as aussi des belles expériences. Ah, évidemment. Mais moi,
- Speaker #0
je n'ai que des belles expériences. Même cette série-là, où toutes mes expériences sont belles. Mais tu as toujours un mec. perturbateur qui va venir te juger et t'expliquer que toi, femme, c'est pas comme ça. qu'il faut faire. Toi femme, écoute-moi, tu vas faire comme ça, ce sera mieux. Mais non en fait, j'ai décidé de faire comme ça.
- Speaker #1
Mais tu t'imposes.
- Speaker #0
Je m'impose, mais tu es obligée de rester parce que si tu renonces, t'imagines moi le témoignage que je suis pour toutes les filles qui travaillent avec moi ?
- Speaker #1
Bien sûr.
- Speaker #0
Les filles, elles vont se dire, bon bah si Stéphanie elle se casse,
- Speaker #1
ça veut dire que ça vaut pas la peine de se battre.
- Speaker #0
Bien sûr que ça vaut la peine de se battre, je vois cette série, comment la chaîne en est contente, comment elle est portée, comment tout le monde l'adore. Et là, c'est ma garde rapprochée et moi, c'est une revanche.
- Speaker #1
C'est une revanche.
- Speaker #0
Mais dans l'humilité. Moi, je me dis, au fond de mon cœur, je me dis, t'as bien fait ma grande. T'as bien fait cocotte de tenir. T'as bien fait cocotte de tenir.
- Speaker #1
T'as bien fait de t'accrocher.
- Speaker #0
T'as bien fait ma cocotte de tenir. Je me dis à moi-même, c'est bien ma grande. C'est bien. Et après j'apprends et je me dis, tiens, peut-être à l'avenir, je n'agirai pas comme ça. Écoute. Ta question me met mal à l'aise. Je sens que tu doutes de moi. Donc, je te demande expressément de ne plus le faire. Je te demande expressément, devant tes moins, devant tes supérieurs, de ne plus me mettre dans la balance parce que je n'arrive pas à créer avec toi. Et je t'en tiendrai responsable. C'est courageux.
- Speaker #1
Ça, c'est courageux.
- Speaker #0
Mais c'est très dur d'être transparent avec quelqu'un parce qu'ils ne le comprennent pas. Mais les parano, mais de quoi elle parle, mais n'importe quoi. Ce sont des métiers compliqués pour les femmes. Mais je pense que chaque fois qu'une femme est exposée ou lide, c'est compliqué parce qu'on a des natures humaines où... C'est compliqué. Et puis, c'est des métiers d'émotion. Donc, c'est des métiers où il faut râler, où il faut rire, où il faut pleurer, où il faut... Voilà, c'est des métiers de passion. Et ça génère beaucoup de choses.
- Speaker #1
Et tu as la sensation que parfois, tu as été obligée de te grimer pour arriver à tes fins, finalement.
- Speaker #0
Oui, toujours.
- Speaker #1
Mais en conscience.
- Speaker #0
En conscience. Je sais que des fois, je vais, je serre les fesses et je dis, allez, il faut que tu ailles. Il faut que tu ailles les rassurer, les aimer, les séduire, les conquérir, les apaiser, les féliciter, leur donner envie. Mais je le fais de moins en moins. Avant sur un plateau j'étais... Ça c'est les 50. Voilà, je le fais de moins en moins. Avant sur un plateau j'étais... Je n'arrêtais pas, j'allais voir les acteurs. Bravo, bravo, mais c'est formidable. Les techniciens pareil. Maintenant je dis super merci. Et alors souvent ils ont soif, ceux qui m'ont connue avant. Ça va, mais tu vas bien. Je dis je vais parfaitement bien. Je vais parfaitement bien, je te remercie pour ce que tu as fait, c'était formidable. Mais je ne fais plus des fusions parce que c'est trop d'énergie. Et je veux ménager ma monture pour aller plus loin. Et puis parce que c'est pas juste.
- Speaker #1
Pourquoi c'est pas juste ?
- Speaker #0
C'est pas juste. Il faut que les gens aient la maturité d'accueillir tes modes de communication tels que tu es. Et il faut arrêter de faire des you-you.
- Speaker #1
Le green,
- Speaker #0
oui. Il faut arrêter de faire des you-you, des danses de la joie. Tout ça pour que les gens se sentent bien. Parce que les gens doivent bien se sentir par eux-mêmes. Mais ça c'est dur, hein ?
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Voilà. Moi, je ne peux pas te faire semblant. Alors après, il y a l'élégance du cœur. Moi, quand je suis en famille, quand je suis avec mes amis, je suis toujours quelqu'un qui sourit, qui va porter tout le monde, qui va rire, qui va féliciter, parce que c'est l'élégance. Tu n'es pas là pour faire étalage de tes problèmes, etc. Mais ça, c'est ton cercle intime. T'es donné de l'amour, finalement.
- Speaker #1
Et justement, c'est drôle, tu me permets d'aller directement là-dessus, mais finalement, est-ce que ce n'est pas ça aussi ? la... Pas la clé du succès, mais en tout cas, le fait de rester soi-même. Oui. Est-ce que ce n'est pas justement de s'ancrer avec les vraies personnes ?
- Speaker #0
Oui, c'est ça.
- Speaker #1
Tu sors, tu redeviens toi.
- Speaker #0
Tu redeviens toi, tais-toi. Moi, c'est pour ça que le plateau, je ne le considère pas comme avant. Avant, j'étais…
- Speaker #1
Tu étais accro au plateau ?
- Speaker #0
Non. Alors là, j'ai un truc qui est génial, c'est que je ne mets jamais l'émotion dans le travail. Je mets les émotions de travail. mais après J'ai eu beaucoup d'émissions qui se sont arrêtées. Par exemple, à la télé, tu fais l'émission, bim, elle s'arrête. Tu vois ce que je veux dire ? Des castings qui s'arrêtent d'un seul coup, des trucs qui s'arrêtent. Mais du coup, j'ai toujours mis la place à ma famille.
- Speaker #1
C'est ton refuge ?
- Speaker #0
C'est mon ancrage. Et les seuls trucs qui peuvent me flinguer, ce n'est pas qu'une émission, qu'un film s'arrête, qu'on me tège ou que je rate. C'est que... C'est ma vie familiale. Enfin, c'est mes enfants, tu vois, en tant que mère, en tant que femme.
- Speaker #1
En tant que mère et en tant que femme. Mais quand on est une actrice réalisatrice, tu bascules rapidement.
- Speaker #0
Non, moi, je ne suis plus actrice. Je ne veux plus être actrice.
- Speaker #1
Tu as été actrice pour devenir réalisatrice. Tu as basculé au bout de combien de temps ?
- Speaker #0
En fait, tu vois, j'étais actrice, je ne travaillais pas suffisamment à mon goût, même si on me disait que je travaillais. Je suis devenue chroniqueuse à la télé.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Chroniqueuse, journaliste, présentatrice pour toutes les chaînes et puis de gros barnum à l'époque, encore une fois, il n'y avait pas Internet ou il n'y avait pas YouTube, donc voilà. Donc je me suis beaucoup vue, j'ai beaucoup vu ma tête.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Et puis, vers 30 ans, 35 ans, j'ai commencé à me regarder comme malheureusement beaucoup de filles se regardent, avec sévérité. Alors, tu regardes ta bouche, tu regardes tes yeux, tu regardes ton cou, tu regardes ton poids, tu regardes ci, tu regardes ça.
- Speaker #1
Vérité.
- Speaker #0
Voilà. Et je me suis dit, waouh, putain, ça pue, j'aime pas du tout ça, quoi. Tu vois ? Et très vite, j'ai compris.
- Speaker #1
Non, tu dis ça pue, j'aime pas du tout ça. Pas ce que tu voyais, mais le fait de te regarder.
- Speaker #0
Ouais, de me dire que je ressens.
- Speaker #1
Voilà.
- Speaker #0
Je ressentais un truc qui me plaisait pas.
- Speaker #1
Je me souviens,
- Speaker #0
dès que je faisais un direct, j'appelais ma mère. Je lui disais, j'étais comment ? J'étais belle. Et comment j'étais ? Et machin. Et ça allait. Waouh ! C'était atroce. Et je me suis dit, en fait, je veux pas passer la deuxième... Enfin, la deuxième et troisième mi-temps, comme ça. À quoi va ton image ? Non. Donc, je me suis dit, il faut que je fasse travailler ma tête, il faut que je trouve un truc à faire qui soit archi-excitant, mais je n'ai plus envie de me voir autant, quoi.
- Speaker #1
Parce que finalement,
- Speaker #0
dans ce métier-là,
- Speaker #1
que ce soit actrice ou présentatrice, ou journaliste...
- Speaker #0
C'est que l'image.
- Speaker #1
Pas de 30 ans.
- Speaker #0
Non, mais c'est moi qui... C'était toi. C'était moi. Et puis après, je voyais que... Je voyais les copines qui commençaient à se faire refaire des trucs. Moi-même, je me disais, je devrais faire ça, je devrais faire ça. Et puis après, tu es obsessionnelle de ton poids, obsessionnelle de tout. Et je me suis dit, ma liberté, mon salut viendra que si je reprends le lead de ma vie en tant que créatrice. Donc, j'ai voulu créer. J'ai voulu passer derrière.
- Speaker #1
Ce que tu as dit, tu as dit au tout début, quand tu es arrivé au cours Florent, je t'ai dit pourquoi tu aimais, tu m'as dit parce que je voulais créer. Donc finalement, tu reviens à toi.
- Speaker #0
Voilà, et j'ai basculé, je me suis dit je ne veux plus voir ma tête et me dire est-ce que ma bouche elle était assez bien, est-ce que mes pommettes étaient assez hautes, est-ce que mes bras ça allait horrible. Je ne voulais pas être ça quoi.
- Speaker #1
C'est une vraie maltraitance psychologique.
- Speaker #0
Ah ouais, je ne voulais pas être ça.
- Speaker #1
Non.
- Speaker #0
Je ne voulais pas être ça et faire attention quand tu... parle et tout ça. Je me dis non. Et donc, j'ai inventé des choses et j'ai commencé à écrire.
- Speaker #1
Et de là ?
- Speaker #0
J'ai écrit. Au début, comme je vivais avec un réalisateur, j'étais mariée à un réalisateur, j'avais peur peut-être d'aller sur un terrain qui ne m'appartenait pas. Donc, je m'étais dit je vais écrire pour les enfants. C'est drôle.
- Speaker #1
C'est drôle.
- Speaker #0
Oui. Alors, c'est très féminin. Parce que tu te dis si j'écris pour les enfants, c'est mineur. Tu vois ce que je veux dire ?
- Speaker #1
Il ne faudrait pas le surpasser.
- Speaker #0
Voilà, ça ne prendra pas de place. Je ne vais gêner personne, tu vois. Et du coup, j'ai commencé comme ça. Mais après, très vite, j'ai voulu écrire des petites histoires. J'ai écrit un court-métrage. Et puis après, j'ai eu une chance inouïe. C'est que j'ai toujours aimé les singularités, les différences, les plus fragiles, les gens qu'on ne voit pas. Et j'ai fait un doc qui s'appelait « Je marcherai jusqu'à la mer » pour Arte, qui a cartonné et qui m'a ouverte. toutes les portes.
- Speaker #1
Tu vois, encore une fois, on rebascule là-dessus. Il y a deux sujets qu'on n'a pas encore abordés mais qui me paraissent importants. C'est justement cette empathie que tu as à l'autre et aux personnes en situation de handicap. C'est des parcours de vie qui t'interpellent. C'est la force. Tu te retrouves aussi un peu là-dedans.
- Speaker #0
Oui, oui, oui. Tu me fais regarder. Tout à fait. Oui, c'est la forme.
- Speaker #1
C'est ton trait de conducteur.
- Speaker #0
Oui. Moi, je suis admirative de toutes ces familles qui sont impactées, fracassées, prises frontales, plein fouet par la vie. Je suis admirative de ceux qui traversent des déserts, qui souffrent, qui… Waouh ! Parce que j'ai beaucoup de pudeur avec les gens de mon entourage qui sont… Parce que forcément, il y a l'affect. Donc je ne peux pas, je ne suis pas, je suis quelqu'un de très pudique en vrai, de très... J'ai du mal à me livrer, mais dans mon travail, si je peux mettre en avant tous ceux qui connaissent la vraie pénibilité, parce que je les considère vraiment comme des ouvriers de transformation, et puis leur parcours exemplaire qui sont des modèles de chemin de vie.
- Speaker #1
Est-ce que ce n'est pas aussi finalement d'aller rechercher dans ces gens-là la... L'authenticité que parfois tu ne trouves pas.
- Speaker #0
Oui, la vraie vie.
- Speaker #1
La vraie vie.
- Speaker #0
Oui, la vraie vie. Oui, tout à fait.
- Speaker #1
Parce que finalement, eux ne sont pas dans ton milieu à toi.
- Speaker #0
Oui, la vraie vie. Et puis, j'aime les choses justes. J'aime les choses justes et j'ai plus de plaisir dans des rencontres avec des personnes qui ont des parcours. chaotiques ou qui au quotidien peinent que ceux pour lesquels tout est facile, qui finalement ont peu de choses à raconter.
- Speaker #1
Et puis il y a une certaine vérité.
- Speaker #0
Voilà, je cherche ça, une authenticité et puis je ne sais pas mais je sens que je vais là où on a besoin de moi. Donc tous les docs que j'ai faits, ce sont des gens qui sont venus me voir pour me dire Oh ! raconte notre histoire.
- Speaker #1
Pour les mettre en lumière.
- Speaker #0
Oui. Et là, je me suis dit, j'ai des facilités dans la communication, j'ai des facilités pour mener à bien des projets, j'ai des facilités pour me battre contre, pour faire bouger, changer les lignes, changer la donne, me battre contre, soulever des montagnes, me relever les manches, ça, ça ne me fait pas peur, j'ai une grande... Je n'ai pas peur du travail et je n'ai pas peur de l'impossible. Et j'aime rendre l'impossible possible. Donc, quand des gens viennent me voir et me disent « Est-ce que tu peux parler du handicap, de la trisomie 21, de l'adoption, des nez sous X, des violences sexuelles faites aux enfants, de la maladie de Charcot, de la mort, etc. » Je me dis « Ouais, ben écoute, ils ont besoin de moi. » Moi, j'ai certaines, je suis bourrée de défauts. J'ai des kilos et des kilos de manque. mais j'ai des qualités qui font que Je suis une bonne... Comment on dit ? C'est le cheval de trait ou le bélier qui défonce tout.
- Speaker #1
Le bélier,
- Speaker #0
oui. Moi, je défonce. Je défonce et j'aime bien planter aussi. Donc, j'arrive à ouvrir des voies et à rendre possible des projets qui n'étaient pas possibles. Mais quand on vient me voir pour me dire qu'on n'arrive pas à monter ce film sur le cancer du sein, on n'arrive pas à monter ce film sur des polyhandicapés, ce que tu viens nous aider, j'aime être là. Moi, on me dit « Pourquoi tu choisis ça ? » Non, non, non, non, non, je ne choisis rien. On vient me choisir. Et après, cette histoire devient la mienne, mais c'est souvent comme ça. Je mets mon énergie au service des causes qui me semblent nobles et justes.
- Speaker #1
C'est aussi une façon, finalement, tu ne crois pas, de légitimiser un milieu, de trouver une utilité dans un milieu comme de strass et de paillettes. qui parfois peut être léger, mais la légèreté n'est pas mal. Oui,
- Speaker #0
tout à fait.
- Speaker #1
Mais voilà, toi en tout cas, c'est peut-être ta façon de transformer. Tout à fait. Et peut-être aussi toutes ces épreuves en quelque chose de plus. Oui,
- Speaker #0
tous les moyens sont bons, je me dis, pour défendre une cause. Et puis voilà, ça apporte de la profondeur, comme beaucoup d'autres réalisateurs qui travaillent sur des sujets qui ont du sens. Mais on essaie de donner du sens, de donner de la visibilité à des choses qui sont tues, qui sont ignorées, qui sont qui sont gênantes, qui ne sont pas bankable. Et voilà, ça me plaît.
- Speaker #1
Et une réalisation, justement, sur toutes ces femmes dont la parole est encore tue dans ton milieu. Est-ce que c'est quelque chose, un jour, que tu pourrais envisager ?
- Speaker #0
Oui, pourquoi pas. Mais là, tu vois, je vais faire un film de cinéma sur une femme de 50 ans. Je ne sais plus trop où elle en est, en fait. D'accord. Il n'y a plus grand chose avec son mari, ses enfants sont partis, elle retrouve un amour de jeunesse. Qu'est-ce qui va se passer ? Alors, c'est un film qui a été écrit pour un homme, mais je me suis dit mais non, normalement les femmes aussi à 50 ans, elles peuvent tromper, elles peuvent partir, elles peuvent...
- Speaker #1
Bien sûr.
- Speaker #0
Et j'avais envie de raconter ça.
- Speaker #1
Ça va être super.
- Speaker #0
Ouais, et voilà, j'avais envie de parler, puis il y a... Le premier rôle de femme de plus de 50 ans, il n'y en a pas beaucoup. Donc j'avais envie, et j'avais envie aussi de montrer à quel point on est forte, courageuse, aimante, altruiste, généreuse, voilà, à quel point on donne tout à nos familles. et à quel point on a réussi quelquefois à se perdre, à ne plus savoir qui on était, à s'oublier.
- Speaker #1
Ça c'est une vraie revendication. Je veux dire, c'est aujourd'hui parce que tu es réalisatrice que tu peux porter cette voix-là. C'est aussi pour ça que maintenant tu fais ce métier finalement, porter cette parole de fin.
- Speaker #0
Oui, je pense que c'est important.
- Speaker #1
Parce que c'est vrai que les actrices d'un âge...
- Speaker #0
On les voit plus de toute façon, les femmes, on les voit plus. On fait jouer des rôles à des filles de 35 ans. C'est pas possible. Il faut qu'on accepte de voir un visage changer, un corps qui a changé. Il faut inviter les actrices à ne pas mentir, à ne pas changer l'ovale de leur visage parce que toutes les femmes ont besoin de se reconnaître et c'est comme ça. On peut être aimée. avec le temps qui passe. On peut être protégé, on peut être désiré, on peut être souhaité, on peut être souhaité avec des rides, admiré avec des rides. On peut rencontrer l'amour à 50 ans, on peut, voilà, on peut... On peut être profondément sécurisé par un homme dans un boulot. On peut faire une série à 54 ans toute seule, 6 épisodes. On peut refaire sa vie à 50 ans. On peut renoncer aussi à dire, je vais faire gonfler ma bouche, je vais combler avec du filler mon sillon. C'est un choix. Et moi, je le revendique. J'ai fait du Botox à un moment donné. J'ai fait, j'ai mis de l'acide dans ma bouche quand j'étais jeune, machin. J'ai fait tout ça, mais je ne me suis jamais sentie aussi bien que maintenant, avec la tête que j'ai, mais c'est la tête d'une maman, d'une femme qui a aimé, qui a beaucoup pleuré, qui a beaucoup beaucoup ri, et qui a beaucoup beaucoup rêvé, qui s'est beaucoup beaucoup bagarré, qui a donné beaucoup beaucoup beaucoup d'amour à beaucoup beaucoup beaucoup de monde. Et bien c'est cette tête-là. Et je suis contente de ça parce que mon corps me porte et me portera encore longtemps, j'espère. Et je veux inviter les filles à arrêter de vous chahuter la tête.
- Speaker #1
Être dans l'acceptation. Oui. Avec votre vrai visage.
- Speaker #0
Tu vois ?
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Et c'est important parce que c'est important pour les petites qui arrivent derrière, qui se laissent souvent pousser le poil aux pattes. Et c'est vachement bien parce que nous, qu'est-ce que ça nous a fait chier tout ça. Donc, c'est bien de... D'être vraie et de ne pas forcément être conforme. Surtout qu'il y a un truc qui est fou, c'est qu'on ne vous aimera pas plus avec tant de millilitres de filler dans la figure ou de Botox sur la rite du lion. On ne vous aimera pas plus, ce n'est pas vrai. Et puis pire, vous-même, vous n'aimerez pas mieux.
- Speaker #1
C'est ça le plus important finalement. On le dit souvent, on enfonce une porte ouverte. Il faut s'aimer soi.
- Speaker #0
Voilà.
- Speaker #1
Il faut arriver, même si le chemin est compliqué, à se détacher, on revient à ce qu'on disait en préambule, du regard de l'autre, pour s'aimer.
- Speaker #0
Voilà, juste s'aimer, avoir de la bienveillance, de l'empathie, de remercier. Remerciez-vous le matin. Merci, t'es courageuse, ma grande. Merci de m'avoir emmenée jusque-là. Merci d'avoir donné la vie. Merci d'avoir protégé. Merci d'avoir compris. merci c'est tellement important et puis je me souviens d'avoir un jour je faisais un film où toutes les copines au hmc puis les comédiennes il y avait beaucoup de comédiennes elles étaient faits alors il y avait pour le front le machin le truc la bouche et je m'étais dit putain elles ont raison et puis j'étais à deux doigts de le faire et je m'étais dit tiens si je fais des injections là là là ça va coûter combien donc ça faisait une certaine somme Et puis en parallèle, je donnais du temps à une association qui s'occupe des mamans qui sont à la rue avec des jeunes enfants. Et je m'étais dit, mais ces sous-là qui vont venir gonfler tes pommettes, rebondir ton sourire, c'est pour qui, c'est pour quoi ? Est-ce qu'on t'aimera plus ? Est-ce que tu t'aimeras plus ? Non. Mais avec la même somme, c'est débile ce que je vais dire, mais pour moi c'est important, avec la même somme. Je mettais à l'abri une petite nana avec son bébé pendant deux mois. Et je me suis dit, mais c'est ça qui va me rendre plus belle. Parce que le soir, je vais me coucher, je vais penser à cette petite qui ne va pas se faire cracher dessus cette nuit avec son nouveau-né. Qui ne va pas risquer sa vie, qui ne va pas risquer de vivre des abus sexuels, etc. Qui sera protégée pendant deux mois, c'est rien. Mais je me suis dit... Je pense que d'essayer d'être une meilleure personne tous les jours te donne davantage d'espérance de vie, très égoïstement, et puis fait de toi quelqu'un qui sera peut-être plus lumineux de l'intérieur. Je pense que la répartition des richesses, elle passe aussi par nos propres besoins et que tout se trafiquer, ça ne sert à rien. Je pense qu'il vaut mieux donner aux autres et d'aller dans le sens de la vie, c'est plus intéressant. C'est juste un détail, mais... Et j'avais dit ça à une copine qui m'avait fait un texto, qui me disait, tu as deux doigts de refaire de l'acide, mais les 300 balles, tu sais quoi ? Je dis, je sais, ne me le dis pas. Je dis, tu as bien fait, meuf.
- Speaker #1
C'est beau.
- Speaker #0
Voilà, tu as bien fait, meuf. Je crois qu'il faut... Et puis, le vrai amour, c'est quoi ? Je pense que c'est juste un mec qui va vous dire, moi, j'aime tout de toi. Tu as de la cellulite, ta densité osseuse n'est pas la même. ta qualité de peau n'est pas la même parce que t'as plus de 50 ans mais je t'aime je t'aime je crois que c'est important c'est ce qu'on recherche vous ne trouverez pas l'amour avec du plastique dans la figure non
- Speaker #1
On arrive bientôt. J'avais cent mille autres choses à discuter avec toi. Peut-être on fera un épisode 2.
- Speaker #0
Avec plaisir.
- Speaker #1
Mais là, j'aurais voulu qu'on se retourne un tout petit peu, que tu te retournes un tout petit peu sur toi. Reviens au tout début du cours Florent. au tout début du cours Florent ou même tu dirais quoi ? tu te dirais quoi ?
- Speaker #0
n'aie pas peur ça va tellement être chouette ça va être surprenant tu t'attends pas forcément à ça mais ça va être surprenant et c'est ce que je dis à tous les jeunes vous avez tellement de ressources vous êtes au début de vos vies ça va être tellement génial. Quelle aventure que l'existence ! Quelle folle aventure !
- Speaker #1
Tu as des regrets ?
- Speaker #0
J'ai des regrets en tant que femme, oui, d'avoir fait souffrir mes enfants. Dans nos choix de vie, de femmes, voilà, moi j'ai vécu un divorce dur. Le choix, c'est de compter les larmes qu'ont pu verser mes enfants souvent. C'est le seul regret que j'ai.
- Speaker #1
C'est par rapport à ton travail.
- Speaker #0
Non, mon travail, jamais. Ça a toujours été mes enfants d'abord. Les regrets qu'on a après, en avançant dans la vie, c'est toutes les fois où tu as fait pleurer ta maman, tu vois ? Et toutes les fois où tu as déçu tes enfants. C'est les seuls regrets. Après, je crois que pour être entourée de beaucoup de filles plus âgées que moi aussi, les vrais regrets sont là. Tu n'as pas des regrets de carrière parce qu'on est malines, nous, les filles. On rebondit cent fois, mille fois. On s'est créé, on s'est inventé. Je crois que les regrets, c'est chaque fois où tu as…
- Speaker #1
Tu as fait mal ?
- Speaker #0
Oui, tu as fait mal. Moi, j'ai des regrets là où je me dis, ah putain, telle personne, tel amoureux. telle personne, les parents, les enfants, les manquements d'amour, les manquements d'amour. Tu vois, d'ailleurs il y a un pape qui disait que l'enfer n'existait pas, ce qui est vrai, toute religion confondue, il faut dire la vérité, l'enfer n'existe pas. On parle de l'enfer pour nous tenir droit, mais l'enfer n'existe pas. Mais le vrai enfer, c'est quand tu arrives à la fin de ta vie, et que tu vois les manquements d'amour. Toutes les fois où tu n'as pas été sympa, où tu n'as pas été une bonne personne. Voilà. Moi, zéro regret sur ma carrière, mais chaque fois que je n'ai pas été une belle, bonne personne, oui, tu as mal.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Tu payes.
- Speaker #1
Tu le payes. Avec ta conscience. Avec ta conscience.
- Speaker #0
Et ça, c'est terrible.
- Speaker #1
C'est terrible. C'est la pire de mes moments.
- Speaker #0
C'est un enfermement de ta conscience et ton cœur. alors on est pêcheur, on est petit on est imparfait, le passage sur terre c'est un passage d'apprentissage de découverte parce que tu ne penses pas en conscience aussi voilà, j'ai pas décidé de faire du mal on est d'accord mais toutes les fois où j'ai pas été du côté de la vie tu vois, tu te dis ah, c'est dommage mais c'est un parcours,
- Speaker #1
alors on se rattrape comme on peut est-ce qu'il faut savoir se pardonner aussi ?
- Speaker #0
oui, il faut savoir se pardonner Oui. Parce que c'est très court. On ne nous dit pas la vérité sur la vie.
- Speaker #1
Elle est très courte.
- Speaker #0
Très très court. A peine commencé, c'est déjà quasiment fini. Donc il faut être, comment dirais-je, pas permissif envers soi-même, mais bien s'accorder du pardon à soi-même. C'est important, mais ça je crois qu'il faut une vie pour se pardonner à soi-même. Pardonner aux autres est majeur.
- Speaker #1
On peut en revivre combien des vies ? Une fois qu'on a compris,
- Speaker #0
on peut commencer. Je préfère qu'on se dise, il n'y en a qu'une, appliquons-nous. Mais il faut le dire très jeune, il faut le dire aux plus jeunes. Moi j'aurais aimé qu'on me dise, putain, c'est raide, tu vas voir, tu vas rien comprendre. Chaque jour, 1000%. Hier c'est fini, demain ça n'existe possiblement pas. Donc c'est aujourd'hui, ici. Maintenant.
- Speaker #1
C'est un peu vie, ta vie comme si c'était vie ce jour. Et voilà,
- Speaker #0
quart d'édiem, mais vraiment. Puis d'avoir filmé la maladie beaucoup et la mort, ils me l'ont tous dit. Maintenant. Ici et maintenant. Ce n'est pas quand je serai grand ou plus tard ou un jour. Non.
- Speaker #1
On passe à côté de tellement de choses. Voilà, ça n'existe pas. On termine avec cette dernière question, la question traditionnelle de Parole de Femme. Stéphanie, c'est quoi pour toi être une femme d'aujourd'hui ?
- Speaker #0
Une femme d'aujourd'hui, c'est une femme qui est capable, sur un coup de tête, d'aller le plus loin possible, ou le plus près possible. C'est une femme qui ne demandera pas la permission. Voilà.
- Speaker #1
C'est une belle définition.
- Speaker #0
Voilà. Une femme d'aujourd'hui, c'est une femme qui peut ne plus demander la permission. Parce que... La permission de signer un chèque, la permission de voter, la permission de prendre une voiture, de se barrer. La permission de vivre sans être consigné, maintenu, en étant affranchi du regard de l'autre. Mais c'est très dur parce qu'on est des épouses, on est des amoureuses, on est des mamans, on est des filles et il y a toujours un regard qui va nous dire tu peux ou pas. Donc j'aimerais qu'on arrive et je souhaite à toutes les filles de dire Je m'autorise.
- Speaker #1
C'est une bonne façon de conclure.
- Speaker #0
Merci. Merci beaucoup à toi, c'est super. Merci beaucoup.
- Speaker #1
On se dit à très bientôt.
- Speaker #0
À très vite.
- Speaker #1
Au revoir.