- Speaker #0
Surtout qu'en ce moment, la Russie est assez isolée sur la scène internationale, donc il y a des complications quand tu veux utiliser ta carte bancaire, quand tu veux réserver un hôtel, quand tu veux acheter une carte SIM, tout est beaucoup plus compliqué.
- Speaker #1
Bienvenue sur Partir, le podcast qui vous emmène vivre à l'étranger.
- Speaker #0
Tu sais, Saint-Pétersbourg, c'est une ville qui est finalement très européenne. C'était l'ambition du tsar Pierre le Grand, qui est un tsar assez connu, qui est celui qui a fondé Saint-Pétersbourg. Il voulait ouvrir une fenêtre sur l'Europe, c'est ça sa formule très célèbre. S'il y a ce cliché que les peuples de l'Est, c'est valable pour les Russes, les Ukrainiens, etc., sont froids, ce n'est pas complètement faux.
- Speaker #1
Aujourd'hui, direction la Russie, ce pays entouré de mystères qui intriguent et qui fascinent. Dans cet épisode, on part à Saint-Pétersbourg, son histoire, sa construction et surtout ce que ça fait d'y étudier quand on est Français. Comment les Français sont perçus ? Les Russes sont-ils vraiment froids ? Est-ce dangereux de vivre en Russie ? Avec Sébastien, mon invité du jour, on va aller... au-delà des idées reçues et parler de la vraie vie en Russie. Mais avant de découvrir ton histoire, je voulais vraiment vous remercier, celles et ceux qui soutiennent le podcast, qui likent, qui s'abonnent, vous faites partie de l'aventure, donc merci et pour suivre les coulisses, on se retrouve sur Instagram, sur Partir Podcast. Je vous laisse maintenant découvrir ce nouvel épisode et vous souhaite une bonne écoute. Sébastien, merci d'être sur le podcast pour nous parler de ton parcours en Russie. Il y a déjà une première question que je me pose. On entend beaucoup de personnes partir en Espagne, en Italie, au Canada. Toi, Nantes, tu as mis le cap sur Saint-Pétersbourg. Donc déjà, pourquoi tu as voulu partir en Russie ?
- Speaker #0
Déjà, merci Camille de ton invitation. Ça me fait super plaisir d'être là. Effectivement, ce n'est pas la destination numéro un, je pense, pour les voyageurs. Pourquoi j'ai déménagé là ? Alors, certainement pas pour le climat, ça c'est certain. On est là début novembre, on n'a pas vu le soleil depuis un mois, donc ce n'est pas pour cette raison-là. Je dirais un intérêt pour la culture. La culture russe est très riche. Et peut-être, tu sais, une envie de sortir un peu des sentiers battus, d'aller où la plupart des gens ne vont pas, et justement d'aller découvrir ce qu'il y avait de beau, ce qu'il y avait d'intéressant ici. Et je pense que c'est un pays qui est un peu entouré de mystères, et donc c'est aussi ça, je pense, d'une certaine façon qui m'a attiré. Et aussi, je pense que c'est important de dire que quand on est européen, c'est tellement simple de visiter l'Europe, aujourd'hui avec Schengen, etc. que j'avais un peu fait le tour aussi de l'Europe de l'Ouest au moins.
- Speaker #1
Ok, tu as été un peu intrigué, tu as voulu aller voir un petit peu plus loin quoi.
- Speaker #0
C'est ça, on peut dire ça comme ça.
- Speaker #1
Tu es parti du coup il y a quelques mois pour tes études, pour ton master. Tu étais déjà allé en Russie avant d'y aller pour tes études ?
- Speaker #0
Oui, bien sûr. Là, je suis venu en septembre pour commencer mes études en master effectivement ici. Mais j'avais déjà voyagé en Russie cinq fois. deux fois en 2021, donc juste quand les frontières se sont réouvertes après le Covid. Et ensuite, j'y étais allé deux fois en 2023 et une fois en 2024. Donc j'avais fait un peu le tour de la Russie, Saint-Pétersbourg, Moscou, je connais déjà pas mal. Et j'étais allé même jusqu'au lac Baïkal, donc un des plus grands lacs du monde, etc. Et puis j'avais fait un peu le tour de toutes les grandes villes, donc on aura l'occasion de reparler si tu veux.
- Speaker #1
Ok, du coup, tu allais arriver en terrain pas inconnu finalement. Comment c'est ton master ? Malgré ça, est-ce que tu t'es posé des questions avant de partir ? Est-ce que tu as eu des peurs, des doutes ?
- Speaker #0
Forcément. Quand on déménage, je pense, de façon générale, on a toujours un peu cette crainte. On se demande comment ça va être. Est-ce qu'on va se faire des amis ? Même si on connaît déjà du monde sur place, c'est toujours différent. Quand on voyage, il y a un côté très léger. On rencontre des gens à la volée. Il n'y a pas de responsabilité. On ne se pose pas de questions administratives. Juste, on profite. Donc, quand on déménage, il y a tout de suite un côté beaucoup plus sérieux, beaucoup plus réel. Donc, oui, j'avais forcément des petites interrogations, surtout qu'en ce moment, la Russie est assez isolée sur la scène internationale. Donc, il y a des complications quand tu veux utiliser ta carte bancaire, quand tu veux réserver un hôtel, quand tu veux acheter une carte SIM. Tout est beaucoup plus compliqué. Mais j'étais bien renseignée et je pense que c'est ça la clé. En fait, c'est bien renseignée. Et puis, je pense que j'avais aussi envie d'un peu d'aventure. Donc, moi, j'étais prêt à ce qu'on allait m'envoyer dans la figure. J'étais prêt.
- Speaker #1
T'étais prêt pour les galères potentielles et les chacals.
- Speaker #0
Exactement, oui.
- Speaker #1
quotidien. Bon, du coup, raconte-nous un petit peu comment tu t'y prends pour faire ce déménagement en Russie. Comme tu dis, c'est un petit peu à l'écart, on va dire, de la scène internationale, tout ça. Comment tu t'y prends pour trouver un appart, pour t'installer là-bas, globalement ?
- Speaker #0
Si tu veux, pour déménager de façon générale, ce qui m'a fait déménager, c'était que j'ai été pris dans une université en master, l'Université d'État de Saint-Pétersbourg. C'est comme ça que ça s'appelle, c'est... on va dire la deuxième meilleure du pays après celle de Moscou, donc une université assez prestigieuse. Et donc j'ai postulé sur un site... qui permettait d'obtenir des bourses en Russie. Au début, tu sais, c'était un peu un projet parmi tant d'autres. Je me suis dit, bon, c'est une bouteille à la mer, on verra si je suis pris super, sinon ce n'est pas la fin du monde. Et donc, de ce point de vue-là, du point de vue des démarches, pour obtenir le visa, etc., et pour savoir ce que j'allais faire là-bas, on va dire qu'il y avait une facilité dans la mesure où j'y allais dans un but précis, qui était celui d'étudier. Donc ça, d'une certaine façon, ça facilitait aussi les démarches, ça réduisait un peu les prises de tête. Et ensuite, tu sais, pour trouver un appart, j'ai envie de te dire, comme partout dans le monde. C'est-à-dire que tu vas sur les sites de location d'appartements, tu contactes les propriétaires, tu vas visiter les lieux, tu signes un contrat, tu envoies ton chèque de caution et ton premier mois de loyer. Et puis voilà, finalement, j'ai l'impression que ça marche un peu partout pareil.
- Speaker #1
Oui, tu n'as pas senti trop de galère de « ah non » et tout. Comment je m'y prends ? Tu as eu des informations de manière assez simple. Tu as su où aller chercher les informations, etc.
- Speaker #0
Oui, franchement, ça ressemble. Les démarches, en tout cas dans mon expérience, je n'ai pas l'expérience de plein de pays différents, mais en Russie et en France, l'administration fonctionne un peu pareil. C'est-à-dire que les choses simples sont simples, les choses galères sont galères. Mais quand il s'agit de trouver un appartement, on trouve toujours un moyen. Il suffit de regarder sur les sites d'annonce l'équivalent du Boncoin ou ce genre de choses. Et ensuite, de trouver un bon appartement, de le visiter, de vérifier que tout est en règle. Et voilà, ensuite, je n'ai pas eu de soucis particuliers.
- Speaker #1
Bon, trop bien. Nickel. Et c'est quel type de visa pour pouvoir étudier là-bas ?
- Speaker #0
C'est des visas d'études. C'est des visas d'études qui durent pour la durée de tes études, donc de ton master ou de ta licence. Ça dépend de ce que tu fais. Donc moi, j'ai un visa de deux ans. Le master, c'est deux ans ici, comme en France. donc là j'ai dû Il y avait quelques démarches, c'est-à-dire que quand tu arrives, on te donne d'abord un visa de 3 mois, et ensuite il faut que tu le prolonges une fois que tu es sur place. Donc là, je n'ai pas de passeport aujourd'hui, au moment où je te parle, je l'aurai demain, je vais rechercher mon passeport avec mon nouveau visa, cette fois c'est pour les 2 ans. Mais voilà, donc c'est tout simplement un visa d'études, il y a différents visas en Russie, tu as des visas de tourisme qui durent un mois, tu as des visas d'affaires qui durent, je pense que ça dépend du contrat de travail que tu as. Et des visas d'études, donc qui durent pour la durée de tes études. La licence, généralement, en Russie, c'est 4 ans. C'est pas 3 ans comme nous. Et le master, c'est 2 ans.
- Speaker #1
Ok. Bon, ça a l'air assez simple pour aller étudier, rentrer sur le territoire, etc. À quoi ?
- Speaker #0
Ouais, ben vraiment, tu sais, je me rappelle très bien la première fois que j'y suis venu. On a cette image de la Russie comme un pays très sérieux, très autoritaire. Donc, je me rappelle arriver à la frontière, voir les militaires, etc. Et tout de suite, tu... T'as plein d'images de la guerre froide, etc. Donc c'est assez marrant. Et en fait, tu te rends compte que les gens, c'est juste des gens de l'administration qui font leur taf. Il n'y a rien de particulier. Donc le mec, il te demande ton passeport, il vérifie la validité de ton visa, il te demande de le regarder. Il regarde la photo, il regarde ta tête, il regarde la photo, il regarde ta tête. Si t'as à peu près la même tête que sur ton passeport, il n'y a pas de souci. Donc en fait, c'est ça qui est intéressant. Les premières fois où j'y allais, j'avais tout cet imaginaire, tu sais, très inspiré du cinéma américain, de la Russie, etc. Et en fait, quand tu y vis, limite, c'est presque décevant à quel point la vie est normale, en fait, à quel point les gens sont normaux. Tu sais, les restaurants ressemblent à nos restaurants, les universités ressemblent à nos universités. Tout est un peu pareil, en fait.
- Speaker #1
On me disait avant de lancer du coup l'interview, etc., que je pense qu'il y a toute cette image et cette idée de la Russie qui, au final... et sûrement bien loin de la réalité. Donc, on aura le temps d'y revenir un petit peu après. Est-ce que, du coup, tu peux nous décrire la ville Saint-Pétersbourg dans laquelle tu arrives en août 2025 ? À quoi ça ressemble, les paysages autour de toi, l'ambiance de la ville, tout ça ?
- Speaker #0
Tu sais, Saint-Pétersbourg, c'est une ville qui change beaucoup selon les saisons. Ça, c'est quelque chose que... Je ne sais pas si je peux dire que je le regrette à Paris, mais je trouve que Paris, peu importe la saison, Paris, c'est toujours Paris. Mais ce qui n'est pas négatif, puisque Paris, c'est une ville magnifique. J'y ai passé 26 ans de ma vie, parce que du coup, je suis parisien. C'est une ville merveilleuse. Mais disons que quelqu'un qui voyagerait à Paris, je trouve, en mars ou en octobre, ça ne sera pas des expériences radicalement différentes. Alors que Saint-Pétersbourg, je trouve que c'est une ville qui évolue vraiment au fil du temps. Déjà parce que c'est une ville qui est très, très au nord sur la planète. Donc vraiment, la luminosité varie beaucoup selon les saisons. Il y a des, si tu visites Saint-Pétersbourg fin juin, il y a des nuits qui s'appellent les nuits blanches et qui sont des nuits où quasiment le soleil ne tombe jamais. C'est-à-dire que tu as un coucher de soleil puis un lever de soleil, mais tu n'as vraiment jamais la nuit noire et tu peux te promener à 2h du matin avec le coucher de soleil. Et si tu viens pour Noël, pour le Nouvel An, là par contre, le soleil se lève à 10h et il se couche à 14h. Et quand je dis qu'il est levé, le soleil, c'est un grand mot. C'est-à-dire que généralement, il y a une luminosité assez faible. Donc ça, c'est quand même une expérience intéressante. Mais pour te parler plus de la ville, la ville est... et finalement très européenne. C'était l'ambition du tsar Pierre le Grand, qui est un tsar assez connu, qui est celui qui a fondé Saint-Pétersbourg. Il voulait ouvrir une fenêtre sur l'Europe, c'est ça sa formule très célèbre. Et donc finalement, Saint-Pétersbourg, c'est une ville qui est très européenne. Quand tu te promènes à Saint-Pétersbourg, tu vois l'inspiration européenne à fond, c'est-à-dire que l'architecture ressemble beaucoup à ce qu'on pourrait avoir en Europe, en France, en Italie, etc. Et ce n'est pas du tout un hasard, parce que quand Pierre le Grand, avant de fonder Saint-Pétersbourg, Il est venu en France avec ses architectes, il leur a dit « faites des petits croquis de tout ce qui est joli ici » et d'une certaine façon la ville est très inspirée. Quand tu vois l'ermitage, je ne veux pas offenser mes amis russes, mais l'ermitage c'est une copie conforme de Versailles. Et c'est le cas de tous les grands châteaux de Saint-Pétersbourg. Il y a un autre château qui s'appelle Petergoff, c'est aussi une copie russifiée de Versailles. Donc l'inspiration européenne est très présente. Et donc après sinon je finis, mais c'est une ville très riche culturellement, avec beaucoup de musées. Et donc cette ambiance très européenne avec à la fois des canaux qui rappellent un peu à Venice, c'est peut-être un peu surfait, mais qui rappellent presque un peu Amsterdam dans certains côtés. Ok,
- Speaker #1
super intéressant. Et Moscou, tu as trouvé que c'était un peu pareil ou si tu devais comparer Saint-Pétersbourg avec Moscou ?
- Speaker #0
Moscou, tu sais, ça sera peu précis, mais on pourrait dire que Saint-Pétersbourg, c'est la ville de l'Empire russe et Moscou, c'est beaucoup la ville de l'Union soviétique. C'est-à-dire que quand tu es à Moscou, tu vas avoir beaucoup de bâtiments très massifs, en béton, tu sais, en grosses pierres de taille. Il y a un côté à Moscou qui est effectivement très impressionnant. Tu sens le poids des bâtiments, en fait. Quand on se promène dans le centre de Moscou, il y a ce côté... Pour le coup, voilà, il y a ce côté très dur, d'une certaine façon. Mais c'est une ville qui est magnifique, avec beaucoup de coins très sympas. Et c'est une ville qui, d'une certaine façon, est un peu plus organique que Saint-Pétersbourg. Je m'explique, c'est-à-dire que tu sais, à Paris, et dans beaucoup de villes européennes, l'urbanisme s'est fait au fur et à mesure des siècles, et donc les rues, tu sais, ne sont pas que des lignes droites comme on pourrait avoir aux États-Unis, c'est un peu un bazar, mais qui fait aussi le charme de la ville. Donc Moscou est une ville qui est plus ancienne, et donc quand tu la regardes sur un plan, tu vois aussi des petites rues, comme ça, qui vont un peu dans tous les sens, et donc tu as des petites rues qui ressemblent un peu à Paris, avec des petits cafés, etc. Alors que Saint-Pétersbourg, comme c'est une ville plus récente, et c'est une ville qui a été vraiment planifiée par ce tsar-là, dans des marécages, d'ailleurs, beaucoup de ses architectes lui ont dit « Vous êtes sûrs, tsar, que c'est une bonne idée de construire dans les marécages ? » Bon, évidemment, il n'a pas écouté ses architectes, il avait une idée très précise, donc il a construit sa ville ici. Et donc, Saint-Pétersbourg, tu vois, quand tu regardes sur une carte, a beaucoup de grandes avenues parallèles, etc. Donc, c'est un peu complexe, mais les deux villes sont très belles, et je recommande toujours aux gens qui viennent pour la première fois ... de visiter les deux villes. Le TGV, ça dure 3-4 heures et ça vaut vraiment le coup.
- Speaker #1
Oui, j'imagine que ça doit être deux ambiances différentes entre les deux et au moins, on peut voir deux faces de la Russie un petit peu différentes. Donc, super intéressant.
- Speaker #0
Tout à fait.
- Speaker #1
Et du coup, tu disais, selon les saisons, pas la même ambiance, pas la même vibe. Il fait froid, froid l'hiver.
- Speaker #0
Alors, tu sais, ce que tu réalises quand tu voyages en Russie, et puis je pense que les gens qui ont dû voyager dans des pays comme le Canada, ils devraient dire la même chose. Mais la température affichée, c'est toujours un peu en trompe-l'œil parce que ça va vraiment beaucoup dépendre de l'humidité et du vent. C'est-à-dire qu'une journée, j'étais en Sibérie l'hiver il y a deux ans maintenant à peu près, et je me rappelle très bien qu'il y a eu des journées où je faisais moins 30, moins 35 degrés, donc des températures qui font un peu peur. Mais en fait, quand il y a du soleil, quand il n'y a pas de vent, tu te promènes et c'est confortable, étonnamment, si tu es bien couvert. Ça va sans dire, si t'es en t-shirt, je pense que tu finis pas la journée. Mais si t'es bien couvert, en fait, c'est pas si désagréable que ça. Alors que par contre, j'ai déjà connu des moins 15 à Saint-Pétersbourg, avec beaucoup de vent, et Saint-Pétersbourg est une ville très humide, où alors là, quand t'es sur les grandes avenues, le vent à fond, et seulement moins 15, moins 20, c'est horrible. C'est-à-dire que, et tu te rends compte, c'est ça que je trouvais toujours amusant. C'est que moi, en tant que Parisien, on n'est pas habitué à ce genre de température. Donc ça pouvait m'arriver en plein hiver de dire à des amis « Oh bah, on peut se retrouver quelque part dans la rue, puis on verra bien où on va. » Tu sais, on verra bien si on va dans un café ou je ne sais quoi. Les gens te disent « Non, non, non, on ne va pas faire ça. Si on se retrouve, c'est à une adresse précise, à l'intérieur. » Parce qu'effectivement, si tu dois attendre quelqu'un dans la rue pendant ne serait-ce que 10 minutes, sans bouger, par moins 25, avec beaucoup de vent, Mais tu sais, je me rappelle la première fois que j'ai expérimenté ça, j'essayais d'envoyer un message à une amie sur mon téléphone. Et je sentais mes doigts se paralyser. C'est-à-dire que je n'arrivais plus à taper sur les touches que je voulais. Tellement mes doigts étaient tellement congelés que je ne les sentais plus. Et surtout, je n'arrivais plus à être précis. Et même mon téléphone, il faisait tellement froid que je voyais la batterie de l'iPhone descendre. Tu le voyais, 26, 25, 24, à ce rythme-là. C'était impressionnant. Donc voilà quelques différences qu'on ressent.
- Speaker #1
Il faut le savoir, il faut faire quelques... Petites adaptations, j'imagine. Et du coup, toi, tu es là-bas pour les études. Raconte-nous, du coup, la fac et être étudiant en Russie, ça donne quoi ?
- Speaker #0
Écoute, le premier truc que je te dirais, c'est que c'est très semblable à l'Europe. Il n'y a pas vraiment de différence. La Russie est un pays qui est entre l'Asie et l'Europe. Et dans toute son histoire, elle a été tiraillée entre ces deux continents. Mais si on est honnête, même si c'est... Beaucoup même d'intellectuels russes se questionnent là-dessus, mais à mon sens, la Russie est un pays européen, et tu le ressens en tout cas quand tu es à Moscou, à Saint-Pétersbourg, et j'ai même envie de te dire dans à peu près n'importe quelle région de Russie. C'est-à-dire que les institutions fonctionnent à peu près comme en Europe, l'université fonctionne à peu près comme en Europe, les standards éducatifs sont calqués sur les nôtres en fait. Donc si tu veux, quand tu fais tes études à Saint-Pétersbourg, par exemple, il n'y a pas vraiment de différence. Tu as des cours en amphithéâtre, tu as des TD. Et voilà, tu vas dans l'université, tu as la petite cantine universitaire, tu as la bibliothèque, etc. Il y a quelques différences qui sont un petit peu amusantes. Moi, c'est vrai que j'ai la chance d'étudier dans un très ancien bâtiment. Donc là, moi, j'ai eu du bol parce que ça dépend des facultés dans lesquelles tu es. Mais moi, ma faculté est magnifique. C'est une des plus belles de Russie qui est dans un ancien monastère. Et donc, le bâtiment est absolument splendide. Honnêtement, c'est une des plus belles universités du monde, je pense, sans trop de débat. C'est un très vieux monastère, couleur un peu bleu-pastel, magnifique, avec dedans de très beaux couloirs, de très beaux lustres, etc. Donc vraiment, j'ai beaucoup de chance là-dessus. Mais sinon, petite différence amusante, quelque chose à laquelle on n'est pas du tout habitué en France, c'est que quand on rentre... dans beaucoup de bâtiments en Russie, donc c'est le cas de l'université, mais c'est le cas de musées, c'est le cas même de restaurants, la première étape, c'est d'aller dans quelque chose qu'ils appellent garde-robe. Donc en fait, le vestiaire, et d'enlever donc sa veste, d'enlever son chapeau, et donc quand tu rentres dans à peu près n'importe quel bâtiment qui accueille du public, la première étape, quelque chose qui t'est immédiatement présenté, donc c'est cette petite salle où tu vas enlever ta veste. et donc moi tu sais j'ai pas cette habitude là J'ai cette habitude de garder ma veste et de la poser sur la chaise, tu sais. Et donc, j'ai fini par m'habituer à ça. Et même dans les écoles, par exemple, et dans certains musées aussi, tu vas carrément enlever tes chaussures et récupérer des chaussures qui sont spéciales pour l'école ou pour le musée. Donc, quelque chose qu'on n'a pas du tout en France.
- Speaker #1
Ouais, carrément. Ouais, c'est marrant. C'est quoi ? C'est dû peut-être au climat peut-être rude l'hiver qui fait qu'on est très chargé et du coup, on se décharge pour ne pas en mettre partout.
- Speaker #0
Exactement, ouais, c'est ça. c'est que Nous en France, dans le pire des cas, on va avoir une doudoune en hiver. Mais eux, effectivement, ils vont toujours avoir la doudoune, le bonnet, l'écharpe, etc. Et donc, ils ont besoin de se décharger pour ne pas se trimballer le manteau toute la journée dessus. Mais d'une certaine façon, c'est très logique et à la fois c'est surprenant. Surtout que les gens ont cette habitude d'utiliser le vestiaire peu importe la saison. C'est-à-dire que même en septembre, ils vont aller déposer leur veste. Mais du coup, c'est très agréable parce que tu te promènes dans l'université ou dans le musée. Tu n'es jamais chargé par quoi que ce soit. Donc ça, c'est une différence effectivement, une différence amusante qu'on remarque. Mais sinon, je te dirais que ça ressemble beaucoup finalement à la France.
- Speaker #1
Même entre les rapports étudiants-profs ou la manière des profs de transmettre les cours, etc., tu trouves que c'est assez similaire ?
- Speaker #0
Oui, oui, oui. C'est vraiment... Ça ressemble beaucoup. C'est-à-dire que... En fait, tu sais, tu réalises que les rapports interpersonnels dépendent beaucoup plus des gens en eux-mêmes que d'une quelconque norme, en fait. C'est-à-dire que, bien sûr, dans chaque pays, il y a des normes culturelles, mais en fait, il y a tellement de diversité dans les gens que c'est quelque chose que moi, j'ai vraiment remarqué en voyageant. Et maintenant que des Russes, j'en connais vraiment des centaines, je réalise que oui, il y a quelques traits communs qui traversent d'une personne à l'autre, mais en fait, la plupart des gens sont très divers. Mais effectivement, à l'université, je me demandais... Moi, je ne peux pas parler de l'école, je ne peux pas non plus parler de... du niveau licence. On est en niveau master, donc peut-être que les profs ont aussi un rapport un peu différent parce qu'on a un certain âge déjà et on a aussi une certaine volonté d'être là, ce qui n'est pas forcément le cas quand on est à l'école. Mais effectivement, on a des profs qui sont très sympathiques. Moi, j'ai la chance d'avoir un professeur qui est spécialiste de la France. qui est donc mon directoire de mémoire par ailleurs, et donc avec qui me parle même en français, etc. Et qui est très, très sympathique avec moi. Le fait que je sois français, j'aurai l'occasion d'y revenir, mais t'apportes beaucoup de privilèges en Russie, qui est un pays très, très francophile.
- Speaker #1
Ok. Est-ce que tu peux nous en dire plus sur comment les Français sont perçus en Russie, du coup ?
- Speaker #0
Vraiment très positivement, en fait. Tu sais, limite par moment, ça te met presque mal à l'aise les privilèges que tu as simplement avec ton passeport. C'est-à-dire que... Je te parlais de mon professeur, qui est un amoureux de la France. Donc c'est vrai que non seulement ils sont très sympathiques avec moi, quand j'ai des difficultés, forcément tout le monde se plie en quatre pour m'aider, ce qui est à la fois très agréable et ce qui, je pense, est quelque chose qu'ont beaucoup de toutes façons les peuples de l'ex-Union soviétique. C'est vraiment ce sens du collectif qu'il y a peut-être beaucoup plus que chez nous. J'ai remarqué ça avec mes amis ukrainiens, j'ai remarqué ça avec mes amis russes, même avec mes amis... qui venaient d'Arménie, par exemple, il y a vraiment ce sens du service. Donc ça, c'est valable pour tout le monde, mais surtout pour les Français. Et tu sais, dès que tu as, je ne sais pas, une réunion qui impose de se présenter, quand tu dis, ah, je viens de Paris en France, tout de suite, les visages s'illuminent. Et les gens, waouh, incroyable, t'es Français, c'est génial, etc. Et je peux te donner un exemple très concret. Je me souviens, quand je suis arrivé, j'avais beaucoup de démarches administratives à faire, comme n'importe quel immigré. Et je me rappelle très bien aller Merci. dans un bâtiment administratif, l'équivalent de la CAF on va dire, et donc arriver, dire que je suis français à l'accueil, qu'on me dise « Ah, d'accord » , qu'on me donne un papier, qu'on me dise d'aller dans un bureau, et je me rends compte que je ne vais pas dans le même bureau que tout le monde, je vais dans le bureau du directeur. Donc je me dis « D'accord, bon, intéressant » . Et arrivé à la table de ce monsieur, je lui dis également que je suis français, que je suis venu faire mes études ici, et le gars s'arrête. me regarde avec un sourire pendant quelques secondes et me dit c'est bien. Vraiment, il était très heureux. Il m'a dit Timaradiet, ce qui en Russie veut dire tu es bravo. Ce serait ça la traduction, ce qui ne veut pas dire grand chose en français, mais ce qui veut dire bravo, félicitations, c'est super. Tu es un champion, ce serait peut-être ça la traduction. Et ensuite, une fois que j'avais fini avec ce monsieur, il est lui-même sorti de son bureau, m'a accompagné dans le bureau suivant où j'avais des démarches à faire et a dit aux gens qui attendaient, attendez, c'est lui qui va passer en premier. Puis il m'a serré la main.
- Speaker #1
Et je me suis dit,
- Speaker #0
donc tu sais, à la fois, moi, j'étais d'une certaine façon flatté, et à la fois, tu sais, presque j'étais gêné. Je me disais, attends, les pauvres gars qui sont en train d'attendre, moi, je passe devant eux. Il y a le directeur de la CAF de Saint-Pétersbourg qui me fait gruger la file. Et ça, c'est vraiment un privilège quand les Français. J'ai rencontré d'autres étudiants étrangers qui sont chinois, qui sont indiens. Il y en a beaucoup. Ou même des étudiants africains. Il y a beaucoup d'étudiants africains en Russie. qui viennent notamment faire les études de médecine, par exemple, en Russie, parce qu'il y a un bon niveau pour les études de santé, et qui me racontaient que, autant ils n'avaient pas subi de racisme particulier, mais autant ces privilèges que je racontais, eux, ils ne les avaient pas eus. Donc, tu sais, à la fois c'est très agréable quand tu es français, et à la fois ça te gêne un peu. Mais pour le contexte, c'est lié à l'histoire de la Russie. Peut-être que tu sais que la cour du tsar, tout le monde parlait français, ils ne parlaient pas russe. Et l'aristocratie russe a toujours parlé français. Donc, il y a toujours eu une sorte d'admiration pour la France en Russie. Et donc, ça fait... Je ne sais pas si ça explique directement ce phénomène-là, mais en tout cas, ça doit y contribuer un petit peu.
- Speaker #1
Je pense que ça doit influencer d'une certaine manière, même si c'était il y a quelques années. Ça doit rester un petit peu dans la transmission d'année en année. Mais c'est ouf que ce soit à ce point. Vraiment,
- Speaker #0
je n'aurais pas pensé. Je n'aurais pas pensé. J'étais... Comme je te disais, à la fois agréablement surpris et à la fois presque gêné.
- Speaker #1
Ouais, je comprends. Je comprends. En plus, tu dis, tu sais pourquoi ? Juste parce que je suis français, au final. Mais c'est intéressant, je trouve, quand tu voyages, de voir comment sont perçus les autres pays, etc. D'être un petit peu de l'autre côté. Et c'est vrai que tu te rends compte qu'en tant que français, vraiment, c'est hallucinant, quoi. Et toi, du coup, tu parles russe ? Tu parlais un petit peu tout à l'heure. Oui,
- Speaker #0
oui, oui. je... parle pas trop mal. Écoute, tu sais, je suis quelqu'un qui est beaucoup appris en voyageant. Donc, quand, tu sais, des gens me demandent souvent, on y reviendra, mais sur ma page Instagram, si je parle russe et comment j'ai fait, surtout pour apprendre le russe, je suis toujours un peu embêté pour leur donner des conseils parce qu'en fait, ma méthode, ça a été voyager, me retrouver dans des situations, dans des petites villes où il n'y a pas un mec qui parle français ou anglais. Et tu sais, ce moment où tu te dis, bon, Là, il va falloir se débrouiller, pour dire poliment. Et donc, c'est comme ça que j'ai appris, tu sais, en me mettant un peu en difficulté. Et après, bien sûr, par la suite, j'ai aussi appris... en prenant des cours à Paris, à la Maison Russe des Sciences et de la Culture. C'est comme ça que ça s'appelle. C'est le centre culturel à Paris, qui est très sympa pour ceux qui aiment bien cette culture-là. Il y a beaucoup d'événements culturels qui sont très sympas, des concerts, etc. Tout est gratuit, donc je recommande pour ceux que ça intéresse. Mais principalement, en tout cas au début, c'était vraiment en me faisant des amis et en essayant de sortir quelques phrases, et en écoutant les gens parler et en copiant un peu bêtement. Et c'est comme ça, finalement, que j'ai appris. Et aujourd'hui, pour te donner une idée, j'ai un diplôme de niveau B2, mais je pense qu'en expression orale, je suis plus proche d'un petit C1, on va dire. Et en expression écrite et en compréhension écrite, je suis plutôt B2, seulement B2.
- Speaker #1
C'est bien, tu as déjà un bon petit niveau de quoi te débrouiller et être à l'aise dans la vie quotidienne, je pense.
- Speaker #0
Tout à fait, oui.
- Speaker #1
Trop bien. Tu parlais, du coup, que tu as rencontré plein d'intudiants. plein d'étudiants internationaux, que tu connaissais beaucoup de Russes maintenant, etc. Tu as facilement rencontré des gens là-bas, rencontré des locaux, noué des liens, des amitiés. Comment ça se passe au niveau relationnel en Russie ?
- Speaker #0
Tu sais, en fait, ça va faire parfaitement suite à ce que je te disais précédemment. Mais si les gens dans l'administration te réservent un traitement de faveur, tu t'imagines que les gens dans la vie de tous les jours également. C'est-à-dire que quand tu... Quand tu es dans ta classe à l'université et que tu dis « moi je suis français » , le cours finit, il y a plusieurs personnes qui viennent te parler. Donc ça c'est un privilège, je plaisante, mais pour les gens qui sont un peu introvertis, si vous avez des difficultés à faire le premier pas, vous pouvez aller dans pas mal de pays d'Europe de l'Est, les gens le feront à votre place. Donc non, mais tu sais, j'ai même un exemple, je me rappellerai toujours de ça, c'était très très mignon, j'étais dans une ville qui s'appelle Krasnoyarsk, qui est une ville de Sibérie. C'était aussi il y a deux ans, et je me rappelle être dans un parc, et j'étais avec des amis, de mon âge plus ou moins, et ils me disent tous, ça dit nous quelque chose en français. Donc, puisque je leur raconte, c'est un truc tout bête, je m'appelle Sébastien, je viens de Paris, n'importe quoi. Et un petit garçon qui faisait de la trottinette électrique dans le parc, s'arrête, me regarde avec des grands yeux, et il me dit, ah t'es français ? Je lui dis, oui oui, je suis français. Et il m'a dit, tu veux faire un tour avec ma trottinette ? Et c'était adorable. Et il insiste, il m'a dit, non, s'il te plaît, tu ne veux pas faire un tour avec ma trottinette, tu vas voir, elle est super bien. Donc, je suis monté sur sa trottinette et j'ai fait un tour pour lui faire plaisir. Et il était ravi. Il était ravi comme pas possible. Et bon, c'est un exemple comme ça. C'est un gamin de, je ne sais pas, 12, 13 ans, tu sais. Mais ça m'avait touché, ce petit gosse. Et si tu veux, bon, là, c'est un cas un peu extrême. Ça a dû m'arriver quelque chose comme ça deux ou trois fois maximum. Mais je me suis dit, quand tu es français, je sais que c'est quelque chose qui est valable dans beaucoup de pays du monde. La France, on a la chance d'avoir une très bonne image dans beaucoup de pays, pas partout, mais dans beaucoup de pays. Mais en Russie, c'est vraiment... Je pense qu'il n'y a pas plus extrême, en tout cas, pour ressentir ça.
- Speaker #1
Max, c'est clair, comme tu disais, pour les introvertis, allez-y, il n'y a pas de souci.
- Speaker #0
Ah ouais, là, ça va être génial pour un bout.
- Speaker #1
Merci. Trop bien. C'est vrai que c'est bien que tu en parles, mais parce qu'il y a un petit peu cette idée que c'est un pays froid, rigide, que les gens sont un peu froids, que c'est dangereux, etc. Comment toi, du coup, tu perçois la vie là-bas ? Ça a l'air d'être totalement opposé à cette idée reçue, en tout cas.
- Speaker #0
Je vais te dire, ce n'est pas complètement opposé à ça, parce que s'il y a ce cliché que les peuples de l'Est, c'est valable pour les Russes, les Ukrainiens, etc. Son froid, ce n'est pas complètement faux. En fait, je vais te dire d'où ça vient. C'est simplement qu'ils n'ont pas du tout un concept qui est très présent en France, et je pense encore plus aux États-Unis, même si je n'y suis pas allé, donc je dis ça avec prudence, mais ils n'ont pas le sourire de politesse. C'est-à-dire que quand tu rencontres quelqu'un que tu ne connais pas, tu ne vas pas sourire. Tu vas le regarder, tu vas être courtois, bien sûr, mais tu sais, j'ai travaillé, peut-être qu'on y reviendra, j'ai travaillé comme guide touristique et j'avais beaucoup de clients américains. Quand je rencontrais des clients américains, le moment où ils me voyaient et que je disais que je m'appelais Sébastien, que j'allais être leur guide pour la journée... il me disait toujours « Oh, it's so amazing to meet you, Sebastian ! » Tu vois, en en faisant des quêtes, en en faisant des tonnes. Et alors, à la fois, moi, au début, ça te met presque un peu mal à l'aise, et puis au bout d'un moment, tu comprends que ça fait partie de la culture américaine, et presque, ça te fait plaisir. Mais les Russes, c'est l'inverse. C'est-à-dire qu'effectivement, quand ils te connaissent, ils vont simplement te dire « Bonjour ! » Et ils ne vont pas sourire. Et donc, quand tu vas au magasin, moi, je me rappelle de cette anecdote-là, la première fois que je suis allé en Russie, Mes amis russes m'avaient dit, quand tu es dans un magasin, n'en fais pas des tonnes, c'est-à-dire que tu dis simplement bonjour avec un ton neutre, tu payes et tu dis au revoir. Et je me rappelle arriver à la caisse et dire bonjour avec un grand sourire à la dame, un peu par... sans en faire des tonnes, mais tu sais, un peu par habitude, parce qu'en France, on a ce côté, on va plutôt sourire aux gens dans l'espace public, en tout cas on essaye. Et donc, et la dame, je me rappelle, je lui fais un grand sourire en lui disant bonjour avec sans doute un russe très rouillé, et elle me regarde. et elle ne répond pas et elle scanne simplement mes articles. Et elle m'a mis un gros vent et je me suis dit, ok, bon, mes amis ne m'ont pas menti. Donc effectivement, il y a ce côté-là. Mais c'est simplement le sourire de politesse qu'ils n'ont pas. C'est-à-dire qu'une fois que tu es ami avec des Slaves, on va dire, j'ai beaucoup d'amis ukrainiens, c'est valable pour eux aussi. Une fois que tu es ami avec eux, en fait, tu réalises que ce sont des gens aussi amicaux que les autres, qui vont rigoler quand c'est marrant, qui vont te sourire, etc. Mais effectivement, ce cliché-là, il ne vient pas de nulle part. C'est quelque chose qui est basé sur une réalité. Et la deuxième partie de ta question ?
- Speaker #1
C'était... Attends, je ne sais même plus ce que c'était. La vie de façon générale ici. Comment toi tu l'aperçois ? Est-ce que du coup c'est froid, rigide, dangereux ? Un petit peu le côté froid, tu vois.
- Speaker #0
Ouais, donc sur du point de vue de la dangerosité, écoute, je dirais que c'est un pays très sûr. C'est-à-dire que... Je le disais tout à l'heure, mais c'est quelque chose qu'on remarque beaucoup quand on voyage dans l'ancien bloc de l'Est. C'est que les gens ont beaucoup de civisme et ont soin des autres. Je ne sais pas comment dire ça, mais je pense qu'à Paris, moi qui ai vécu à Paris pendant longtemps, on a une petite distance avec les inconnus, qui fait que moi, si quelqu'un me demande son chemin, bien sûr, je vais l'aider. Mais si ça commence à devenir compliqué, il ne comprend pas très bien ce que je lui dis, ou il commence à me poser une question et je vais comprendre que je vais devoir y passer 5-10 minutes, je vais sûrement dire « excusez-moi, je suis pressé, il faut que j'y aille » , etc. Et c'est vrai que les rues sont ce côté, si quelqu'un te demande son chemin et que ça va te prendre 5 minutes, on prend ces 5 minutes pour l'aider. Et ça, c'est quelque chose qui fait que les gens, personne ne va jeter ses déchets par terre, etc. En tout cas, pas dans les grandes villes. Après, la Russie, c'est un pays, pour être tout à fait honnête et pour être complet, pour ne pas être dans l'idéalisation, c'est un pays où il y a des grosses différences entre les grandes villes et les petites villes. Des grosses différences économiques, des grosses différences dans l'éducation, etc. Et donc, dans le niveau de développement. C'est-à-dire que quand tu es à Moscou et Saint-Pétersbourg, en termes de niveau de vie, en termes de qualité des infrastructures, on est clairement sur les standards européens. Et je te dirais même, honnêtement, qu'à Moscou, on est peut-être un cran au-dessus. On est peut-être dans... Ça peut peut-être se comparer à certaines villes chinoises extrêmement modernes, extrêmement propres. On est peut-être même à un niveau au-dessus. Saint-Pétersbourg est un peu plus à l'européenne, parfois c'est un peu le bazar, mais ça fait partie aussi du charme. Et c'est vrai que quand tu es dans des petites villes, tu remarques parfois les infrastructures. Il n'y a pas eu de travaux depuis 50 ans, les routes sont cabossées, les façades des immeubles mériteraient un petit coup d'enduit. Donc il y a des grosses différences. Mais en tout cas, dans les grandes villes, pour quelqu'un qui voudrait voyager, on peut y voyager vraiment en sécurité absolument. Les gens sont très courtois et il n'y a pas de risque particulier.
- Speaker #1
Tu fais bien de souligner qu'on parle aussi de Saint-Pétersbourg et qu'il ne faut pas généraliser. C'est sûr qu'il doit y avoir des différences entre les grosses villes et les petites villes. On a parlé de pas mal de sujets, de comment la Russie était perçue et comment elle l'est vraiment. Je te propose un petit cliché versus réalité pour aller encore plus loin.
- Speaker #0
Ça marche,
- Speaker #1
c'est vrai. Le premier, du coup, cliché numéro un, les hommes sont machos et les femmes sont traditionnelles.
- Speaker #0
Vrai et faux. Les hommes sont machos, oui, c'est vrai. C'est une société qui est très patriarcale, ça c'est évident. Et effectivement, c'est une société où il y a encore de façon très forte ce fait que les genres sont vraiment attribués à ça. Il y a vraiment, on sent beaucoup cette question du genre, donc les femmes doivent faire ceci, les hommes doivent faire ceci. Je te dis vrai et faux parce que ça évolue beaucoup. Et autant beaucoup d'hommes restent un peu machos, un peu à l'ancienne, etc. Autant beaucoup de femmes maintenant... On essaie de dépasser un peu ces rôles très prédéfinis. Et il y a beaucoup de femmes russes qui se sont féministes. Il y a beaucoup de femmes russes qui cherchent justement une relation basée sur le respect mutuel, etc. Et donc, je trouve que ce cliché de la tradwife d'Europe de l'Est, qui va te faire à manger des gamins, etc. C'est quelque chose qui est vraiment très dépassé en Russie. Il faut savoir que dans beaucoup de... Dans l'Union soviétique, il y avait beaucoup plus cette question de l'égalité hommes-femmes, en tout cas dans le monde du travail. Et donc, il y a beaucoup de femmes dans des positions de pouvoir en Russie. C'est-à-dire que, par exemple, la directrice, la présidente de la banque centrale russe, qui est donc une des positions les plus importantes dans l'appareil politique russe, c'est une femme, et c'est le cas dans beaucoup d'autres postes. Donc, on a beaucoup de directrices, d'entreprises, etc., qui sont des femmes en Russie. Peut-être même plus qu'en Europe, étonnamment. En tout cas, plus que dans beaucoup de pays d'Europe de l'Est, comme la Pologne ou la Hongrie, par exemple, qui sont des pays beaucoup plus finalement traditionnels, religieux, etc. Donc, c'est un peu compliqué de répondre à cette question de façon binaire. Mais en tout cas, il y a effectivement le patriarcat qui est encore très présent, mais c'est en train d'évoluer et ça évolue depuis déjà un moment.
- Speaker #1
Ok, super. Cliché numéro 2, tout se fait par corruption ou par piston ?
- Speaker #0
Encore une fois, un peu vrai. C'est-à-dire que c'est quand même une société qui est assez... où le piston marche beaucoup, c'est-à-dire que quand elle est bon contact, tout va être résolu. Peut-être plus que 112 même, de façon indéniable, plus qu'en France, mais pas non plus à 100%. C'est-à-dire que je connais des gens qui n'ont pas forcément un carnet d'adresses bien rempli, mais qui quand même réussissent à vivre leur vie normalement. Mais effectivement, il y a beaucoup plus ce côté en Russie de « t'inquiète, je connais quelqu'un, on va régler ça » .
- Speaker #1
Ça rejoint peut-être le côté un petit peu communautaire dont tu parlais avant. Totalement. Cliché numéro 3, vivre en Russie, c'est forcément approuver sa politique.
- Speaker #0
Pas du tout, en fait. C'est ça qui est intéressant, c'est que, comme dans tout pays, il y a des divergences d'opinion entre les gens. Et c'est toujours, en fait, pour moi, cette question, je ne sais jamais trop quoi y répondre parce que, tu sais, c'est comme quand des Russes me disent, qu'est-ce que pensent les Français de Macron ?
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Et je leur dis toujours, en fait, ça dépend à qui tu parles, ça dépend à qui tu parles, ça dépend, si tu fais une étude sociologique, ça dépend du domaine dans lequel les gens travaillent, ça peut dépendre de leur sexe, ça peut dépendre de leur âge, ça peut dépendre de plein de choses. Donc en Russie, il y a, je pense que de façon générale, et ça même les sondages d'opposition russes montrent qu'il y a quand même un soutien pour le gouvernement qui est... qui en tout cas est plus que la moitié, plus que 50%, mais j'ai des amis russes qui sont opposés au régime russe pour différentes raisons. Et dans mon université, j'ai des amis qui apprécient le régime russe actuel, j'ai des amis qui ne l'apprécient pas pour une raison A, d'autres pour une raison B, et donc en fait généraliser tout un peuple, c'est très compliqué.
- Speaker #1
Exactement, ça rejoint... ce que tu disais encore une fois tout à l'heure sur le fait que c'est des gens normaux c'est pas que des gens sous un régime politique un peu particulier et c'est ce que tu me disais avant de commencer l'interview aussi que l'image qu'il y avait un peu de la Russie et des Russes c'était tout autour de la politique et que toi ça te tenait à coeur justement de sortir un petit peu de ça donc c'est bien de le souligner.
- Speaker #0
Ouais ouais mais carrément tu sais que ce qui est aussi très intéressant c'est que je pense qu'en France on a cette culture de Merci. d'aimer parler politique. Tu sais, on a tous cette image du dîner de famille où on va s'engueuler avec le grand-père, l'oncle, etc. Mais on s'engueule, mais à la fois, on aime bien ça. On aime bien s'engueuler, on se tire la bourre et après, on se réconcilie. Et ça, c'est quelque chose qui est, je pense, très français et qu'on ne retrouve pas trop en Russie. C'est-à-dire que les gens en Russie n'aiment pas spécialement parler de politique. Encore une fois, c'est une généralité, il y a des gens très divers. Ce côté on se réunit en famille, on s'engueule autour de la politique, c'est pas vraiment un truc très russe. Donc les Russes peuvent parler de politique comme ça, un sujet parmi tant d'autres, mais c'est peut-être beaucoup moins central dans leur conversation. C'est vrai que quand moi je suis à Paris et que je vais au bar avec mes amis, des sujets de société vont vite arriver sur la table. En Russie, peut-être moins. Les gens vont plus parler de voyages, de culture, d'art, de cinéma, de musique, etc. Ou de leur relation amoureuse, ou de leur relation amicale, etc. parler comme ça pendant deux heures de politique où chacun crie plus fort que celui d'à côté, ce n'est pas du tout un truc russe. Mais je sais que ça dépend des pays. Je crois que même aux États-Unis, par exemple, parler politique est moins culturel qu'en France, par exemple.
- Speaker #1
C'est vrai qu'en France, ça fait partie des débats et des discussions autour d'un verre, généralement. Cliché numéro 4, la culture russe se résume à Tolstoy et au ballet.
- Speaker #0
Waouh ! C'est vrai qu'il y a une culture russe classique qui est très appréciée à raison d'Ostoyevski, Tolstoy, Pushkin, etc. Le ballet, l'opéra, qui est toujours très présente. Je pense que beaucoup de Russes, via l'école, etc., ont un attachement effectivement à cette culture russe classique. Mais en fait, un truc qu'on ne va pas soupçonner forcément, c'est qu'il y a une scène musicale russe qui est contemporaine, qui est super cool. Il y a plein d'art. de rappeurs russes qui sont géniaux. Il y a plein de groupes qui font de la musique un peu rock, indie, que j'adore, qui sont souvent russes ou ukrainiens ou biélorusses. Et donc, la scène artistique contemporaine russe est très riche, surtout musicalement. Moi, je suis un gros fan de musique russe et ukrainienne. J'adore. Ils ont souvent des sonorités super intéressantes et beaucoup de créativité, en fait. Et donc, il y a effectivement, en fait, un art contemporain russe. je dis art au sens général, qui n'arrive pas du tout en Occident. Et c'est très intéressant, je conseille aux gens de faire ça, d'aller regarder sur YouTube, de taper des noms comme Miyagi par exemple, et de regarder le nombre de vues que font les chansons de ce gars-là. En fait, il y a des clips sur YouTube qui sont à un milliard de vues. Et pourtant, je parie que très peu de nos auditeurs auront entendu ce nom-là. Parce qu'en fait, la culture contemporaine russe n'atteint pas du tout l'Occident. Ça reste vraiment quelque chose de très local. qu'eux consomment beaucoup, mais qui ne viennent pas du tout chez nous. Et nous, on va continuer à consommer le classique russe. Mais je conseille vraiment aux gens qui pourraient aimer ça d'écouter des groupes comme Pérémodka, Electroforez, Bouérac, etc., qui sont des groupes indie rock russes qui sont absolument géniaux, et c'est mes préférés.
- Speaker #1
C'est vrai que je crois que tu avais fait une vidéo là-dessus, justement, avec un chanteur russe, une musique connue, je ne sais plus le titre, et en fait, ils sont super connus aux États-Unis, et pas spécialement écoutés en Russie. et qu'en fait, on a énormément de vues. Donc, de toute façon, je mettrai dans la description le lien de ta page Instagram. C'est vrai que du coup, tu partages toutes ces informations-là et c'est intéressant de voir derrière tout ça. Cliché numéro 5, la vie est bon marché.
- Speaker #0
Globalement, vrai. C'est-à-dire que les hôtels ne coûtent rien, la nourriture ne coûte rien. C'est-à-dire que si tu veux, Un hôtel à Saint-Pétersbourg, je ne parle pas d'une petite ville, je parle de Saint-Pétersbourg, centre de Saint-Pétersbourg, un hôtel, disons, trois étoiles, même quatre étoiles, une nuit peut te coûter 30, 40 euros. Dans une chambre double, etc. À Paris, malheureusement, il faut un zéro de plus quasiment. Bien sûr, les gens disent souvent que les salaires sont plus faibles, ce qui est totalement vrai. Mais malgré tout, même pour un Russe, En fait, le coût de ces choses que je viens de mentionner, c'est-à-dire restaurant et hôtel, est très faible. C'est aussi le cas des taxis. Ça, c'est pour une raison différente. C'est juste que la Russie est producteur de carburant, de pétrole. Et donc, par conséquent, le plein d'essence en Russie ne coûte rien. Pour vous donner une idée, le litre de sans plomb 95, ça va coûter 60 centimes environ, le litre. Donc en France, on est plutôt entre 1,50 et 2 euros en fonction des stations. Donc c'est vraiment beaucoup moins cher. Et donc, comme le coût de l'essence est plus faible, le coût des taxis mécaniquement est plus faible. Parce que la principale dépense des taxis, c'est l'essence qu'ils utilisent pour avancer. Et donc, en fait, pour donner une idée, c'est tout à fait possible de faire 25-30 minutes de taxi au centre de Saint-Pétersbourg pour 2,50€, 3,50€. Donc, c'est vraiment très peu. Moi, c'est vrai qu'à Paris, je n'ai quasiment jamais pris le taxi dans ma vie, tout simplement parce que ce n'est vraiment pas donné. Et à moins de vraiment bien gagner sa vie, c'est compliqué d'utiliser le taxi fréquemment. Et en Russie, je l'utilise très souvent. Quand il fait très mauvais temps, je peux tout à fait me dire, bon allez, je me prends un taxi, ça va me coûter 3 euros. Donc c'est vrai que voilà. Et donc même pour les Russes, qui ont forcément peut-être un salaire plus faible, prendre un taxi à 3 euros est tout à fait envisageable. Ils le ressentent peut-être comme prendre un taxi à 5 ou 6. C'est-à-dire que ça reste un prix qui est tout à fait raisonnable. Et donc voilà. Après, il y a certains biens qui restent assez chers en Russie. C'est le cas des loyers. Les loyers sont vraiment assez élevés dans les grandes villes, notamment à Saint-Pétersbourg et Moscou. Quasiment, exclusivement à Saint-Pétersbourg et Moscou. Les loyers sont assez élevés. Évidemment, moins qu'à Paris, mais ils restent quand même assez élevés pour la Russie. Et également, tout ce qui est importé est assez cher. C'est-à-dire que ton iPhone, que tu vas payer 1000 euros à Paris, tu vas le payer 1000 euros à Saint-Pétersbourg. Tu ne vas pas le payer moins cher. Et si tu achètes ta veste de Lacoste, tu vas l'acheter au même prix qu'en France, dans un pays où tout est moins cher. Donc voilà.
- Speaker #1
Ouais, tout dépend des produits et ce que ça concerne finalement. Dernier cliché. Les Russes boivent de la vodka à tous les repas.
- Speaker #0
Ça, c'est un vrai cliché, par contre. C'est-à-dire qu'étonnamment, en fait, on a cette vision des Russes qui boivent énormément. Ça vient surtout des années 90, où quand il y a eu l'effondrement de l'Union soviétique, que la vie était très dure et que les gens picolaient énormément, même les enfants. C'était une période très, très compliquée dont les Russes gardent un souvenir très douloureux. Mais depuis, il y a eu vraiment beaucoup de campagnes sur l'alcoolisme. Il y a encore beaucoup d'alcoolisme en Russie. Mais j'avais vu une statistique, alors que apparemment, les Russes, en moyenne, consomment moins d'alcool que les Français, par exemple. Mais c'est vrai que nous, en France, on va avoir cet alcool culturel, le petit verre de vin avec un plat le dimanche, etc. Mais donc, les Russes, oui, consomment de l'alcool, mais peut-être moins qu'on pourrait le penser. Et surtout, ne consomment pas que de la vodka, je précise. En fait, ils vont consommer un peu comme nous, en France, c'est-à-dire de la bière, du cidre. Du vin, beaucoup de vin, notamment du champagne. Les Russes sont des gros amateurs de champagne. Et ça m'a toujours fait rire de réaliser que nous, en France, quand on a 16, 17 ans, ou même plus jeunes pour certains, et qu'on fait nos premières soirées, on va souvent mélanger de la vodka avec des sodas, etc. Eh bien, les Russes, paradoxalement, ne font pas ça. Les premières soirées en Russie, c'est toujours au champagne. Parce que le champagne n'est pas très cher en Russie, parce qu'ils en fabriquent leur propre champagne. Donc, ce n'est pas vraiment du champagne si on est puriste, mais on va dire des vins mousseux. Et donc, ils ont cette tradition pour les jeunes de commencer toujours avec leur champagne. Ce qui est assez marrant.
- Speaker #1
Ça change un petit peu. Ça fait très fancy pour une première.
- Speaker #0
Ah ben oui, carrément.
- Speaker #1
Trop bien. C'est bien que tu nous aies donné ton avis sur ces clichés versus réalité. Globalement, de toute façon, dans les différences culturelles, il y a des choses aussi parfois qui peuvent surprendre et être un petit peu plus challengeante. Est-ce que toi, il y a des choses qui t'ont mis en difficulté ou avec lesquelles t'as plus de mal et où tu dis bon là, c'est un peu compliqué pour moi, je sens de la différence et ça peut être plus difficile au quotidien ?
- Speaker #0
Écoute, pas vraiment. Les difficultés que j'ai eues, c'était je pense des difficultés qui sont inhérentes au fait d'être un immigré en fait. C'est-à-dire que quand on est immigré et je pense que c'est intéressant justement une fois dans sa vie d'aller vivre à l'étranger, pour réaliser que quand on n'est pas chez soi, tout est plus compliqué. L'administratif, ça devient plus compliqué. Et tu sais, j'avais fait une vidéo sur ma page où je racontais justement mes galères administratives en Russie. Et beaucoup de Russes qui habitent en France me disaient « Mais qu'est-ce que tu racontes ? Chez nous, c'est très pratique, alors que c'est chez vous en France que c'est galère. » Et je réalisais à ce moment-là qu'en fait, ce qui est galère, c'est d'être immigré. Ce qui est galère, c'est quand la langue, tu ne la parles pas parfaitement. que tu as plein de démarches à faire pour être en règle, et c'est ça qui est difficile. Mais sinon, au-delà de ces galères administratives, parfois au quotidien, devoir parler une langue étrangère, c'est fatigant. Donc moi, je réalise parfois, tu sais, peut-être tu as eu cette expérience quand tu étais à l'étranger, que quand tu te retrouves à devoir discuter deux, trois heures avec des gens, ou quand tu es en cours et que tu entends des gens parler pendant plusieurs heures, il y a un moment où ton cerveau, il déconnecte un peu. Et tu écoutes seulement à 10% de tes capacités. Et en fait, quand les gens t'interpellent, limite, ça te fait revenir dans la réalité. Tu dis, oh, ah oui, pardon, excuse-moi, j'écoutais plus ce que tu disais, en fait. Donc, il y a eu cette difficulté-là. Mais sinon, pour vraiment des difficultés qui seraient propres à la vie en Russie, honnêtement, pas vraiment. Pas vraiment.
- Speaker #1
Bon, tant mieux. Mais du coup, tu as devancé ma question qui était, le fait que quand on part à l'étranger, en effet, il y a des petites galères, des moments un peu plus compliqués. Est-ce que, bon, ça ne fait pas... très longtemps que tu habites exclusivement là, que tu as déménagé en Russie. Mais du coup, est-ce que tu as eu des moments un peu plus down ou des moments où tu dis, ah bah, qu'est-ce que je fais là ? Je regrette un peu mon choix ou je serais peut-être mieux en France.
- Speaker #0
Mais tu sais, moi, ma démarche, quand j'ai voulu déménager, c'était aussi un peu ça, si tu veux. C'était aussi un peu repousser mes limites et essayer quelque chose de différent, justement. Comme je te le disais avant le début de notre entretien, mais j'avais une situation qui était plutôt confortable en France et justement, Ce que je me suis dit, c'est que j'ai encore des trucs à apprendre. Et donc en fait, je suis d'un naturel assez calme, c'est-à-dire que quand j'ai des difficultés, j'arrive à garder mon calme, à me dire, OK, bon, on a un problème, quelle solution on peut essayer d'employer ? Ça ne fonctionne pas ? OK. Quelle deuxième solution on peut employer ? Etc. Donc, je me faisais assez confiance sur ma capacité à gérer ça. Et là, effectivement, ça fait un peu moins de deux mois que je suis ici, donc ça me manque parfois de voir mes parents, ça me manque de voir mon chien, ça me manque de voir mes amis. Mais je suis content de cette expérience. En deux mois, j'ai l'impression déjà d'avoir appris tellement de choses sur moi-même et sur ce pays où j'habite maintenant. Mais tu sais, j'ai ressenti quand même une... un gain de maturité en 40 jours. Donc vraiment, moi, je le recommande à tous d'essayer d'un jour aller à l'étranger parce que vous allez apprendre tellement de choses sur vous. Non seulement sur le pays dans lequel vous allez être, et ça sera une expérience que vous pourrez raconter, mais vis-à-vis de vous-même. Moi, je me suis découvert. J'ai découvert des aspects de moi que je ne soupçonnais même pas. Et ça, je disais en moins de deux mois, un peu plus de deux mois, mais pas beaucoup plus.
- Speaker #1
Ça va super vite. De toute façon, dès qu'on part comme ça, c'est super enrichissant. Tu disais que tu as découvert plusieurs aspects de toi que tu ne connaissais pas. Il y a quoi, par exemple, que tu as découvert ?
- Speaker #0
Tu ne sais rien que la capacité à se débrouiller seul. Je pense, surtout quand on est jeune et qu'on a la chance d'habiter près de chez ses parents, même si moi, j'habitais déjà seul à Paris, mais je n'étais pas chez mes parents, quand même Tu sais, quand tu as un souci, tu peux toujours compter sur quelqu'un. Et quand tu te mets un peu en difficulté, que tu te retrouves dans une situation où tu ne peux compter que sur toi-même, il faut que tu te débrouilles, j'ai réussi à réaliser que je suis compétent d'une certaine façon pour régler n'importe quel souci qui m'arrive. Et que faire de l'administratif dans un pays étranger, c'est pénible, mais on y arrive. Trouver un appart dans un pays étranger, ce n'est pas facile, mais on y arrive. et gérer sa vie en fait de A à Z, on y arrive en fait aussi. Et ça je pense que tant qu'on n'a pas essayé, justement tant qu'on n'est pas sorti un peu de sa zone de confort, on n'en a pas la preuve et on peut en douter. Et aujourd'hui si tu veux, je pense que plus rien ne me fait peur dans la mesure où je sais comment je peux gérer ça. J'ai déjà un exemple de moi qui ai réussi à surpasser ces difficultés-là. Donc ça c'est un premier aspect. Et puis, de façon générale, tu sais, même des choses comme rencontrer des gens. Rencontrer des gens, ça peut demander un effort. Alors, comme je te disais, on a une facilité ici déconcertante. On est bien aidé par les gens qui sont très curieux de nous connaître. Mais voilà, aussi sortir de sa zone de confort, aller rencontrer des gens inconnus, s'ouvrir à des gens qui semblent très différents et qui, en fait, ne le sont pas tant que ça. Donc, plein de choses de cet ordre-là. Mais donc, voilà, découvrir ma capacité à régler plein de choses par moi-même. et découvrir ma capacité à m'ouvrir aussi à plein de gens très différents.
- Speaker #1
Trop bien. C'est important, je trouve. Ça met en confiance, en tout cas, pour sa vie, surtout quand on a dans nos âges, tu vois, un peu avant 30 ans et tout. Tu dis, ah bah ouais, en fait, je suis capable de faire ça et je trouve que ça t'ouvre le champ des possibles de, ok, j'ai réussi à faire ça, maintenant, c'est bon, je fais un peu...
- Speaker #0
Carrément.
- Speaker #1
J'ai réussi à faire ce qui me fait envie, en tout cas, trop bien. Pour terminer, si tu devais résumer ton expérience russe, pour le moment, en une phrase, ce serait quoi ?
- Speaker #0
Wow, attends, la super question. La question quoi ?
- Speaker #1
Une phrase wow.
- Speaker #0
Je pense que je ne peux pas... Je pense que ça serait entre surprise et hospitalité. Je pense que ça serait ça. Si je devais choisir un mot, et pour un peu décrire mon choix, je pense que mon rapport à la Russie, mon expérience, ma relation avec la Russie, elle a commencé il y a quelques années. mais... Je ne soupçonnais pas l'hospitalité des gens. Je ne soupçonnais pas à quel point on était bien accueillis. Et à quel point, tu sais, comme c'est des gens qui, pour des raisons politiques, avec lesquelles on peut être d'accord ou pas d'accord, peu importe, mais des gens qui sont un petit peu ostracisés, et bien en fait, quand tu leur dis, tu sais quoi, moi je te considère juste comme une personne. Moi, ce que fait ton gouvernement, dans notre relation entre toi et moi, ça ne m'intéresse pas. Moi, je m'ouvre à toi et je vais te traiter comme la personne que tu es. Si t'es sympa avec moi, je serai sympa avec toi. Quand tu traites les gens comme ça, ils en sont vraiment reconnaissants. Et en fait, ça fait que moi, je le remarque sur mes pages sur les réseaux sociaux, où justement, tu vois, j'essaye de ne pas trop parler de tes sujets politiques, mais simplement de m'intéresser à la vie des gens, à leur culture, à qui ils sont en fait. Et bien, les gens sont vraiment reconnaissants de ça. Et plus que je pense n'importe où ailleurs. Parce que justement, ils sont tellement habitués à qu'on les considère que par le prisme politique, que quand tu leur dis « ben non, en fait, moi, te connaître toi, la personne qui est en face de moi, ça m'intéresse » , les gens sont vraiment touchés de cet acte-là. Et donc, c'est ça. Donc en fait, c'est l'hospitalité par laquelle ils vont te répondre, en fait. En étant vraiment toujours prêt à t'aider, toujours curieux de te connaître, toujours ravi, touché, ému par le fait de pouvoir partager avec toi ce qui leur plaît, ce qui est important pour eux. Et ça, c'est quelque chose que j'ai trouvé nulle part ailleurs et qui allait complètement à l'encontre de l'image que j'avais moi-même de ce pays avant d'y aller. D'où ma surprise, qui était le premier mot que j'ai choisi.
- Speaker #1
Ok, plutôt bonne surprise du coup.
- Speaker #0
Du coup, plutôt bonne surprise. Mais je pense que tu sais, la Russie, on en a une vision qui est tellement négative que la surprise, elle ne peut être que positive. Si surprise, il y a, oui.
- Speaker #1
C'est ça. Je ne sais plus si on en parlait avant de commencer ou pendant l'enregistrement, mais comme tu disais, au final, on est juste tous humains. Je pense que les gens, ils ont juste envie d'être considérés pour ce qu'ils sont et pas le pays. Tu dis, c'est comme s'il y a des personnes qui viennent en France et qui te parlent que vous êtes sous Macron, etc. Je suis d'abord Camille, je suis d'abord Sébastien avant d'être sous Macron au final.
- Speaker #0
C'est ça, et c'est pour ça que ça me fait toujours rire. Parfois, les gens, comme je te disais, sont considérés que par le prisme politique. Et puis même moi, je me souviens très bien de cet exemple-là. Je faisais une vidéo où je parlais justement des artistes, des musiciens russes que je mentionnais un peu plus tôt. Et je reçois des commentaires qui me disent « oui, mais Poutine » . Et je me disais mais ça n'a quand même aucun sens. C'est comme si quelqu'un faisait une vidéo et il montrait les paysages de France et qu'on lui disait non mais quand même Macron, la réforme des retraites, moi je ne suis quand même pas trop favorable. Oui mais ça n'a aucun rapport en fait. C'est-à-dire qu'en fait entre Dostoevsky, le borsh qui est un plat russo-ukrainien, Poutine et les paysages du lac Baïkal, c'est des choses qui existent indépendamment les unes des autres en fait. Et tu peux très bien apprécier Dostoevsky, ne pas aimer le Borch, avoir tel ou tel rapport avec le régime russe, etc. Et c'est des choses qui... Tu n'as pas besoin d'aimer tout comme un bloc. Et justement, moi, ce que j'essaye au maximum de transmettre comme idée aussi par mes contenus, c'est éviter d'essentialiser tout, en fait. Éviter de tout le temps réunir les choses comme des blocs et apprécier les gens indépendamment de vos convictions politiques, apprécier la littérature indépendamment de vos convictions politiques. Et moi, je trouve que c'est très bien que les gens aient des opinions sur plein de sujets. Je trouve ça génial. Mais essayer de traiter les choses en les différenciant les unes des autres et pas seulement par des espèces de confrontations comme ça, de blocs. C'est la France. Si tu aimes la France, t'es contre la Russie. Si t'aimes la Russie, t'es contre la France. Tout ça, c'est absurde. Et quand tu rencontres des gens qui sont humains et qui ont leur goût, leur histoire, etc. toutes ces considérations très globales, soudainement, elles te semblent un peu absurdes, en fait.
- Speaker #1
C'est clair. C'est un très bon message que tu nous fais passer, je pense, pour terminer cet épisode. Je pourrais parler encore super longtemps avec toi de la réunion. Ça ferait un épisode de 3h, 4h. Donc, on va s'arrêter là. Mais du coup, tu partages plein d'informations sur ta page Instagram. Est-ce que tu peux nous donner le nom de ta page Insta ?
- Speaker #0
Oui, ma page Insta, c'est Sébastien-Piriu. P-I-R-I-O-U, donc mon nom de famille. Et donc voilà, je partage ma vie en Russie. Je montre des choses surprenantes ici, des choses intéressantes. Et voilà, j'essaye au maximum de travailler à la bonne entente entre nos deux pays et à l'ouverture entre nos deux cultures qui sont toutes les deux géniales et qui méritent d'être connues par nos deux peuples.
- Speaker #1
Bon, bah trop bien. Et bah merci en tout cas de nous avoir partagé tout ça.
- Speaker #0
Merci beaucoup de m'avoir invité, c'était un plaisir.
- Speaker #1
Voilà pour cet épisode, j'espère qu'il vous a permis de voir la Russie autrement, au-delà des titres, des clichés et des idées toutes faites. Si cette histoire vous a parlé, prenez une seconde pour liker, partager ou vous abonner au podcast. C'est grâce à vous qu'il continue d'exister et de voyager. Merci sincèrement à celles et ceux qui font déjà partie de l'aventure. Et pour les coulisses, les prochains départs et les histoires à venir, on se retrouve sur Instagram sur Partir Podcast. A bientôt !