- Speaker #0
Hello et bienvenue dans Passage, le podcast qui libère les filles et leur maman. Moi c'est Alexandra, maman de Rose, une petite tornade de presque deux ans et demi, à l'énergie débordante et au caractère bien trempé. Et tu sais quoi ? Même si ce n'est pas toujours de tout repos, savoir sortir si... ses épines, c'est vraiment tout ce que je lui souhaite. Alors j'ai créé ce podcast, pour moi et pour toutes les mamans qui veulent élever leur fille autrement. Pas sage, pas modèle, pas gentille à tout prix, mais confiante, libre d'être elle-même et bien dans leur basket. Des petites filles qui savent et sauront plus tard dire non. poser leurs limites, s'aimer telles qu'elles sont, qui n'auront pas peur d'essayer d'échouer et qui sauront se faire reconnaître à leur juste valeur. Alors ici, on va démonter les injonctions, les stéréotypes et tous ces vieux réflexes qu'on pensait normaux. Tu sais, les fameux « t'es pas belle quand tu fais la tête » . On va parler d'estime de soi, de confiance, de rapport au corps, aux émotions. On va parler de nos filles, mais aussi de nous. Parce qu'éduquer autrement, ça commence souvent par se libérer soi-même. Alors au fil des épisodes, je te partagerai des réflexions incarnées, des clés concrètes et des voix d'experts. et surtout, une nouvelle vidéo. une grande dose de soutien et de déculpabilisation. Parce que nous aussi, on mérite mieux qu'être sages. Alors, prête à bousculer les règles ? Hello Susanna !
- Speaker #1
Coucou !
- Speaker #0
Comment vas-tu ?
- Speaker #1
Très bien, merci et toi ?
- Speaker #0
Super, je suis trop contente de t'avoir aujourd'hui sur le podcast Passage. Merci de me recevoir Quand je t'ai contactée en fait donc moi je t'ai découverte, tu vas te présenter dans un instant mais moi je t'ai découverte à travers Instagram parce que tu as un compte sur lequel tu partages notamment ta vision de l'éducation comment tu élèves ta petite fille je t'ai découverte à travers une vidéo dont on va parler dans l'interview et quand je t'ai contactée je t'ai dit écoute ce serait super que tu viennes sur mon podcast passage parce que je te trouve justement que toi tu n'es pas une maman sage au sens où tu vas quand même pas mal à l'encontre d'idées reçues Et tu m'avais répondu, en effet, je ne suis pas ça. Je suis brillante et pleine d'opinions. Et les gens n'aiment pas ça.
- Speaker #1
C'est vrai.
- Speaker #0
Mais bon, moi, j'adore ça. Et les personnes qui me suivent aussi. Puis, tu as de nombreuses personnes qui te suivent aussi sur les réseaux. Je crois que sur Instagram, tu as plus de 40 000 abonnés. Donc, il y a quand même des gens qui aiment ça. Mais en tout cas, je suis ravie de t'avoir ici. Parce que, justement, je ne pense pas qu'on puisse élever une fille libre en reproduisant tout ce qu'on a Parce qu'il y a des choses avec lesquelles on a pu grandir qui sont chouettes, mais il y a des choses, je pense, qui sont quand même à questionner.
- Speaker #1
Bien sûr.
- Speaker #0
Donc, je suis ravie de t'avoir ici pour questionner un certain nombre de choses. Je te laisse te présenter. Et surtout, si tu peux nous dire aussi, qu'est-ce qui t'a amené à créer ce compte Instagram, ce compte TikTok ? Et qu'est-ce qui a fait qu'à un moment donné, tu t'es dit, tu as ressenti ce besoin de prendre la parole publiquement sur ta vision de l'éducation ?
- Speaker #1
Alors, du coup, je vais commencer par me présenter. Je m'appelle Susanna, j'ai 37 ans. Je suis la maman d'une petite Zoé de 4 ans et j'ai commencé sur les réseaux sociaux, je pense qu'elle devait avoir 9 mois, 9 ou 10 mois. Et en fait, je pense que je me suis lancée sur les réseaux sociaux parce qu'avant d'être maman, j'étais nounou à domicile pendant plusieurs années, je crois que j'ai fait 12 ans en tant que nounou. Et ensuite, j'ai passé mon diplôme d'auxiliaire de périculture avec l'objectif de travailler en crèche ou en maternité. Et finalement, les deux ne m'ont pas plu du tout. je me suis rendu compte que j'étais très bien à domicile juste avec les enfants que je garde sans adulte et que je vivais très bien comme ça mais encore une fois c'était une injonction sociale de me dire j'arrive à un certain âge ce serait bien que je signe un CDI que je sois dans une stabilité qui rentre bien dans la société et finalement ça ne me correspondait pas et ensuite j'ai eu ma fille et j'avais pour projet d'arrêter de travailler devenir mère au foyer une fois que j'aurai mon enfant parce que j'ai donné beaucoup d'années pour d'autres enfants et je voulais donner autant de temps pour ma fille que j'ai pu en donner pour d'autres enfants. Et donc, quand je l'ai eue, je me suis rendue compte que ça faisait des années que je travaillais avec des enfants, que j'avais beaucoup de choses à dire. Mais comme on le sait, tant que tu n'auras pas d'enfants, tu ne pourras pas parler. Donc, du coup, je ne considérais pas que j'avais le droit de parler de certains sujets n'étant pas encore parent. Et quand je suis devenue mère, je me suis rendue compte que j'étais en postpartum, je ne parlais pas beaucoup avec des adultes et en fait, j'avais beaucoup de choses à dire. Et je me suis dit, j'ai une amie qui m'a dit, lance-toi sur TikTok, ça va être sympa. Et je lui ai dit, je ne me vois pas trop qui ça va intéresser, mais je me suis lancée sur TikTok et ça a très bien marché. Et je suis arrivée sur Insta et depuis, j'ai une communauté avec presque 100 000 abonnés sur les deux plateformes.
- Speaker #0
Et quand même, tu dirais que le fait d'avoir ta fille, ce que j'entends, c'est que tu avais déjà pas mal d'opinions, de choses à dire, donc je pense d'opinions sur un certain nombre de sujets. Et le fait d'avoir ta fille... J'imagine que ça a confirmé un certain nombre de choses. Est-ce que ça t'a amené encore de nouvelles envies de déconseiller certaines choses ? Il y a des choses dont tu t'es rendu compte une fois que ta fille était là ?
- Speaker #1
Oui, parce qu'au début, je savais que j'allais avoir un enfant. Mais quand j'ai appris que c'était une fille, c'est autre chose d'avoir une fille dans cette société que d'avoir un garçon. Et quand on m'a annoncé que j'allais avoir une fille, bizarrement, la première chose qui me venait en tête, c'est tous les moments où j'ai eu des soucis dans les transports en commun avec des hommes, tous les moments où je me suis retrouvée en difficulté du fait d'être une femme dans cette société. Et je me suis dit, je vais devoir accompagner un autre être humain par rapport à ça. Et je dois faire en sorte qu'elle avance dans de bonnes conditions et que ça se passe bien pour elle. Et je me suis dit, waouh, il faut que je sois efficace en fait.
- Speaker #0
Efficace.
- Speaker #1
Il faut vraiment que je sois efficace. Et je me suis dit vraiment que dès l'enfance, je lui évite le plus d'étiquettes possibles, qu'elle puisse naviguer sans culpabilité et juste être une petite fille libre et devenir une adulte libre, quoi. Sans trop de pression, quoi.
- Speaker #0
Yes. Trop bien. Une des premières injonctions contre lesquelles tu t'es positionnée, c'est cette injonction à être sage, qui m'a aussi amenée à créer le podcast Passage, évidemment, qui touche tous les enfants, mais qui pèse quand même un peu plus sur les petites filles, et qui se traduit concrètement par les attentes qu'on peut avoir envers les enfants, envers les filles, et des phrases qu'on peut dire presque automatiquement sans y penser, soit sage ou une petite fille bien élevée, ça fait pas ça, etc. Pourquoi toi tu crois pas en fait au mythe de l'enfant sage et pourquoi ça te pose problème cette idée ?
- Speaker #1
Alors déjà pour moi rien que le mot un enfant sage ça n'existe pas, pour moi ça n'existe pas. Déjà est-ce que tu connais la définition de sage ?
- Speaker #0
Alors oui parce que j'ai écouté ta vidéo.
- Speaker #1
Oui voilà, donc du coup j'expliquais justement dans cette vidéo que sage, je trouve que c'est un mot qui est intéressant parce que ça définit deux choses différentes pour les enfants et les adultes, c'est-à-dire que dans le dictionnaire le mot sage Il y a sa définition qui appartient aux adultes, c'est-à-dire une personne réfléchie et modérée. C'est très joli, c'est sympa. Voilà, une personne qui est sage. Mais il définit bien, et c'est écrit entre parenthèses, pour les enfants. Pour les enfants, c'est quelqu'un de calme et docile. Donc, quand j'ai vu ça, je me suis dit calme. Ok, un enfant, je ne disais pas trop le mot calme pour décrire un enfant, mais d'accord. Et docile. Et en fait, je n'avais pas la définition exacte du mot docile. Je suis partie voir dans le dictionnaire aussi. Et docile, ça veut dire... littéralement une personne qui obéit facilement. Quand j'ai vu ça, je me suis dit, est-ce que j'ai vraiment envie que ma fille soit une personne qui obéit facilement et qui soit absolument calme ? Non, ce n'est pas du tout comme ça que je la décrirais et ce n'est pas du tout comme ça que je décrirais tous les enfants du monde. Certes, les enfants sont capables d'être calmes par moment, de se poser, tout comme nous adultes, mais un enfant, ça n'a pas pour but d'être calme. et d'obéir facilement. Si on veut que quelque chose soit facile, on prend une télécommande. Il y a des boutons, ça marche très bien. Si on veut que ça s'arrête, on appuie sur pause. Ça, d'accord. Mais les enfants, non. Un enfant, sa vie, c'est bruyant, c'est vivant. Ce n'est pas sage.
- Speaker #0
C'est un non-sens, en fait, même du point de vue du développement de l'enfant, puisque ça fait partie de leur développement que d'avoir des émotions très fortes, plein de choses comme ça. Donc, oui, tout à fait d'accord avec toi. et du coup... Qu'est-ce que concrètement, tu vois, comment ça se traduit dans ton quotidien, dans ta relation avec ta fille, dans les choses que tu vas peut-être l'autoriser à faire, que d'autres ne l'autoriseraient pas parce qu'ils sont toujours soumis à cette injonction à avoir un enfant sage ? Tu vois, quand on commence à déconstruire ça, qu'est-ce que ça peut changer dans le quotidien avec nos enfants, avec nos filles en particulier ?
- Speaker #1
Je dirais que ça change déjà le fait de ne jamais dire à un enfant qu'il est sage. L'enfant n'est pas à la recherche de ce... de ça en fait, d'être sage, de correspondre à ce truc que ses parents veulent absolument. Et ça se traduit dans le quotidien, une petite fille qui est au parc et qui joue avec du sable par terre, qui fait un foot sans se préoccuper de savoir si son pantalon va se déchirer, qui se déguise en Spider-Man et juste la seconde d'après, met une robe Disney et dit « je suis Spider-Man mini » parce qu'elle veut combiner les deux. Elle ne se dit pas qu'elle doit rentrer dans une case parce qu'on ne l'a jamais mise dans une case. Et ça, ça rend des enfants, une petite fille qui va réussir à dire qu'elle a pété et elle s'en fout parce que pour elle, ce n'est pas une injonction. Et que personne ne lui a jamais dit, tu es une fille, il ne faut pas dire ça, les filles, ça ne pète pas. Non, elle n'a pas ce genre de choses en tête. Donc juste, elle profite, elle pète, elle dit caca, pipi, elle joue avec du sable, elle crie, elle parle fort, elle s'exprime.
- Speaker #0
C'est ce que j'allais dire aussi. Est-ce que ça peut arriver que ta fille crie fort dans un lieu public, par exemple ? Comment tu vas réagir dans ce cas-là ?
- Speaker #1
Elle crie, elle chante. Une fois, on était dans le bus et elle a un lecteur CD. Du coup, elle écoutait une comédie musicale sur Winnie l'Ourson et elle chantait la chanson très fort. avec le casque, elle ne se rendait pas compte. Je lui ai juste décalé le casque et je lui ai dit mon amour. tu chantes très très fort là on est dans les transports en commun est-ce que tu peux chanter un peu moins fort elle a chanté moins fort il y a des moments ça peut arriver d'être dehors et de parler trop fort mais comme les adultes aussi donc on demande juste, là on est avec beaucoup de monde si on parle tous fort on va pas s'entendre donc on peut baisser un peu le temps ou bien je vais lui dire je t'entends très bien tu es pas obligé de parler aussi fort il n'y a pas de soucis, je vais pas lui dire mais attends une fille ça parle pas comme ça faut parler d'une voix douce ou ce genre de choses, enfin je sais pas je... Je la laisse juste être, tout simplement.
- Speaker #0
Trop bien. Et tu viens d'en parler aussi sur la question un peu des stéréotypes de genre. Donc le fait que toi, ta fille... J'ai vu la vidéo, elle est super, où on voit ta fille effectivement changer du déguisement Spiderman à une princesse. Je ne sais pas laquelle, mais une princesse. En tout cas, une belle robe de princesse. Et c'est vrai que moi, tu vois, le fait que je ne veuille pas que ma fille soit sage, en fait, ce n'est pas vraiment ça. Si elle est de nature calme, même si, comme on l'a dit, jusqu'à un certain âge... Merci. C'est pas totalement... Mais admettons qu'en grandissant, je me rends compte qu'elle est de nature calme. Je vais pas la forcer à être plus intrépide qu'elle ne l'est, etc. Mais c'est plus dans le sens que je veux, et tu l'as dit aussi très bien, qu'elle se sente libre d'être soi, de pouvoir exprimer sa personnalité, ses goûts, ses envies. Et donc du coup, tu l'as déjà abordé, donc on a bien compris. Toi, tu la laisses aussi... Comment tu fais concrètement pour qu'elle soit pas soumise à tous les stéréotypes de genre ? auxquelles elles sont encore soumises, au niveau des vêtements, des jouets, etc.
- Speaker #1
Alors, je dirais qu'honnêtement, la première étape pour moi, puisqu'on le sait tous que les enfants apprennent par mimétisme, et même s'il y a des personnes qui ne vont pas s'en rendre compte, si nous-mêmes, en tant qu'adultes, on n'est pas déconstruits sur ces sujets-là et qu'on est le stéréotype même de tout ce qui est attendu d'une femme, comment nos enfants vont déconstruire ça ? Ça va être compliqué. C'est-à-dire, moi, j'incarne ce que j'essaie de lui enseigner. C'est-à-dire, je ne vais pas lui dire, les filles, ça doit être ça, ça, ça. Je vais l'incarner. C'est-à-dire, moi, je suis une femme, j'adore les robes à fleurs et j'adore les pulls One Piece, manga, tout ce que tu veux. J'aime passer du jogging à la robe de soirée. J'aime de temps en temps me maquiller, tout comme la plupart du temps, je suis sans maquillage à l'extérieur parce que je considère que ce n'est pas parce que je suis dehors que je dois forcément être maquillée. Je pense que nos enfants apprennent par mimétisme. Et c'est pour ça que les stéréotypes de genre, c'est très difficile à gérer parce que parfois, nous-mêmes, en tant qu'adultes, on va les incarner sans s'en rendre compte. C'est-à-dire, inconsciemment, on va faire passer ce message à notre enfant. On ne va pas lui dire, tu es une fille, tu dois être ça, Mais en tant que petite fille, nos filles vont nous regarder, elles vont voir ce qu'on dégage, ce qu'on représente. Elles vont essayer d'y coller. Donc, si nous-mêmes, en tant qu'adultes, on est clairement... dans ce genre de stéréotypes, c'est-à-dire qu'on se considère parce qu'on est une fille, on ne peut pas faire telle chose, on ne peut pas se salir, il faut toujours être élégante, il faut toujours être soignée parce que ceci, cela. Mais nos enfants vont aussi l'imprimer et le normaliser. Je dirais que la première étape, c'est que l'adulte, de toute façon, ça déverse toujours de l'adulte. L'adulte doit déconstruire les stéréotypes de genre, ne pas les intégrer complètement pour que l'enfant soit libre de pouvoir être qui il a envie d'être.
- Speaker #0
Et tu vois, par exemple, sur la question du maquillage, tu crois que... Je me pose plein de questions, les abonnés. C'est fou ! Tu vois, quand je me maquille, au début, quand j'ai commencé à maquiller, faire mes petits sangs visage et tout, ma skin care, j'étais là et quand elles me regardaient, j'étais en panique, je me disais mais qu'est-ce que je suis en train de lui apprendre ? Et du coup, en t'entendant, je suis en train de me dire peut-être que... Parce que souvent, je me dis ok, peut-être qu'il faut que j'ai un discours autour de ça, tu vois. Je me maquille parce que là, tout de suite, maintenant, j'ai envie d'être jolie pour moi, un truc comme ça. Mais en t'entendant, je me dis peut-être que c'est pas... nécessaire. Peut-être que si, il y a des fois, elle me voit me maquiller, des fois, elle ne me voit pas me maquiller, ça fait le job. Je ne sais pas, c'est quoi ton positionnement par rapport à ça ? Ça dépend aussi, évidemment, de tout un contexte, etc. Il n'y a pas de règle, je pense, universelle. Mais en tout cas, toi, ce serait quoi ton avis par rapport à ça ?
- Speaker #1
Alors déjà, tu vois, tu m'as dit que de temps en temps, tu te maquilles parce que tu as envie d'être jolie.
- Speaker #0
Oui.
- Speaker #1
Tu es déjà jolie au naturel ou pas ?
- Speaker #0
Je me trouve, si je vais être très sincère, je me trouve quand même plus jolie maquillée aujourd'hui. J'ai certainement encore un travail à faire sur moi, mais c'est vrai que moi, je me trouve plus jolie maquillée que pas maquillée. C'est sans doute pour ça que ta phrase est venue.
- Speaker #1
Voilà.
- Speaker #0
Est-ce que tu veux me coacher là-dessus ?
- Speaker #1
Alors, moi, je dirais que je pense qu'avec nos enfants, parfois, on parle comme ça très naturellement, ce qui est normal. Mais justement, quand on veut déconstruire ce genre de choses, c'est bien de savoir quels mots j'utilise et à la façon dont je le dis. Moi, je dirais plutôt que je suis magnifique tous les jours, mais là, j'ai envie d'embellir certains de mes traits que je trouve déjà magnifiques, en fait, tout simplement. Mettre en avant certaines parties de mon visage qui me plaisent. Là, je mets du eyeliner parce que j'ai des cils qui sont très beaux, mais j'ai envie de les amplifier, que ce soit encore plus joli. Mais pas dire, je veux me trouver plus jolie. En fait, c'est comme dire, ce que je suis n'est pas assez. Et je sais que ce n'est pas ce qu'on essaie de dire, mais les enfants sont très premier degré. Je les vois avec ma fille et avec beaucoup d'enfants. Ils sont très premier degré. Ma fille va me corriger si j'ai dit passe-moi la baguette et que c'est du pain de mie. Elle va me dire non, c'est du pain de mie, ce n'est pas une baguette. Et là, c'est la même chose. Les enfants vont imprégner et entendre exactement ce qu'on dit, même si ce n'est pas ce qu'on veut dire. Donc, je trouve que se questionner, il n'y a aucun souci à se maquiller ou ne pas se maquiller. Je pense que c'est savoir pourquoi est-ce qu'on le fait et est-ce que nos raisons de le faire nous conviennent. Est-ce que ça nous convient comme raison ?
- Speaker #0
D'où l'importance, encore une fois, de ce que tu disais, de déjà déconstruire des choses. Mais tu vois, par exemple, dans mon cas, peut-être ça va me prendre dix ans encore. Peut-être ça va me prendre encore dix ans de thérapie pour me trouver belle au naturel. Mais j'ai envie de croire que malgré ça, et donc ça va demander d'être hyper vigilante à ce que je dis, je peux quand même essayer de ne pas lui transmettre ça en faisant attention à mon comportement, mes attitudes et ma façon de dire les choses. Mais voilà.
- Speaker #1
Je pense que c'est faisable. Je te donne un exemple pour moi. J'ai encore des soucis au niveau de l'alimentation. J'ai des troubles du comportement alimentaire. Mais je fais très attention auprès de ma fille à ce que je dis déjà par rapport à l'alimentation, à ce que je lui montre comme exemple aujourd'hui et à quelle éducation alimentaire je lui offre pour pas que ce soit un souci pour elle aussi quand elle sera plus grande. Et pourtant, moi, j'ai mes propres troubles. Mais elle, elle a une relation avec l'alimentation qui est pour l'instant superbe. donc l'un n'empêche pas l'autre c'est pas parce que toi tu as encore des choses sur lesquelles tu dois travailler que c'est à dire que tu ne peux pas transmettre mais en effet ça demande de faire attention à ce qu'on dit de faire attention au message qu'on renvoie ouais ouais clairement et après ce que je me dis souvent aussi c'est qu'on peut choisir ses batailles c'est à dire qu'on ne peut pas pouvoir tout mener de front et tout transformer chez soi pour être sûr qu'on est nos enfants quoi qu'il arrive même avec le meilleur travail du monde qu'on puisse faire ils auront des choses à déconstruire aussi ils auront des choses qui vont peut-être mal vivre ça va être des êtres humains, tout simplement, qui vivent, qui ressentent.
- Speaker #0
Il y a super appel, merci. Alors, un autre sujet important qu'on retrouve dans tes partages, c'est celui du consentement. C'est comme ça que je te découvre, parce que tu avais partagé une vidéo où on voyait ta fille, alors je ne sais pas quel âge elle avait, 7-8 mois, je crois, et on voyait profiter d'un moment de guilly, tu vois, pour lui apprendre le consentement, justement, c'est-à-dire que tu lui disais, est-ce que tu en veux encore ? ou, et tu l'apprenais avec le langage du signe, à dire stop si elle n'en voulait pas, tu vois. Et je sentais que tu étais juste là, en train de vivre ce moment et de respecter son consentement, et en même temps peut-être de l'utiliser pour lui apprendre ça. Et je trouvais ça hyper intéressant. Et du coup, comment toi déjà t'en es arrivé à accorder autant d'importance à la question du consentement et à l'aborder sitôt avec ta fille ? J'ai fait tout un podcast avec une experte, tu vois, sur ces sujets-là, qui disait que le plus tôt on commence, le mieux c'est. Et moi, j'ai commencé un peu plus tard quand même que 6-7 mois. Donc, ça fait que toi, tu as commencé si tôt, tu vois.
- Speaker #1
Alors, je dirais que je pense que j'ai commencé si tôt parce que, comme je l'ai dit, j'ai fait une très grande thérapie avant de devenir maman. J'ai eu de la chance de pouvoir me poser beaucoup de questions sur mon passé, tout ça. Et je me suis rendu compte, en fait, dans mon enfance, je n'ai jamais... eu de notion de consentement. C'est-à-dire, je n'ai jamais même pensé que mon corps m'appartenait, que les gens n'avaient pas le droit de me toucher les cheveux ou de me tenir la main, me toucher, me faire la bise, si je n'en avais pas envie, en fait. Je partais du principe, si mes parents me disent d'aller faire la bise à quelqu'un ou me disent de faire quelque chose, je le fais, même quand il s'agit de mon corps. Je n'avais aucune notion là-dessus et je pense que ça ne m'a pas aidée et ça m'a mis dans certaines situations qui ont laissé des traumas. Et du coup, je me suis dit avec ma fille, hors de question, je veux vraiment que ce soit clair pour elle. Je veux vraiment qu'on en parle le plus possible pendant tout son enfant. Je vais la gaver avec ça pour que ce soit le plus clair possible dans sa tête. Et on a commencé. À chaque fois, on me demande, mais quand est-ce que tu as commencé ? Et pour moi, c'est une notion qui est là dès la naissance. C'est-à-dire, c'est juste, c'est-à-dire, par exemple, quand on est soignant. Même si je m'occupe d'un patient qui est dans le coma, je vais quand même être respectueuse de son corps. Je ne vais pas me dire, la personne, de toute façon, elle est dans le coma, elle dort, elle ne comprend pas, tant pis. Je vais faire ce que je veux et tout. Je vais même pouvoir passer des coups de fil pendant que je fais ses soins parce que de toute façon, il ne comprend pas. Non, je respecte la personne, peu importe ce qu'il arrive. Et c'est pareil avec les bébés. Ce n'est pas parce que c'est un bébé que ça veut dire que je vais le traiter comme si c'était juste quelque chose qui est là, mais qui n'est pas vivant, qui n'est pas une personne. C'est-à-dire même bébé, si je devais lui faire les soins de cordon dès qu'elle était toute petite, je lui rappelais que le coton était froid, que j'allais passer dessus. Je lui dis « je suis désolée, c'est un peu froid, là il ne me reste encore qu'un peu à faire » . J'ai toujours été dans la communication avec elle dès le début parce que je voulais que ce soit une habitude qui reste de pouvoir communiquer avec elle et tout lui expliquer et tout lui raconter.
- Speaker #0
Et concrètement, qu'est-ce que tu… Donc, il y a cet épisode avec les guillis. J'imagine qu'en général, tu dois aussi ne pas l'imposer de faire des bisous. Est-ce qu'il y a des livres que tu lis ?
- Speaker #1
Alors oui, on a lu beaucoup les livres de Mélaine Chapiron qui parle de « Mon corps m'appartient et il est interdit de me faire mal » . Et on a lu… En fait, c'est-à-dire que dès le début, j'ai toujours… Déjà, je lui ai décrit les parties du corps, c'est-à-dire quand je lui fais les soins corporels, que ce soit la laver ou le corps, les oreilles, tout ça, je lui ai toujours expliqué, là c'est tes oreilles, là c'est tes pieds, tout ça. Et au fur et à mesure, je lui ai expliqué, ça c'est les parties intimes, personne n'a le droit de les toucher. Je lui ai dit, moi quand je te fais des soins, je suis obligée de te dire que je vais te faire des soins, de te prévenir, quand on fait quelque chose, on prévient la personne. Et pareil, je ne lui ai jamais imposé. de lui faire des bisous, des câlins, et pas juste avec les autres, avec nous aussi, ses parents. Parce que souvent, les gens vont dire, oui, moi, je ne force pas mon enfant à faire des bisous et câlins aux gens. Mais quand l'enfant dit, non, maman, je ne veux pas te faire un câlin, c'est, oh, ce n'est pas cool. Franchement, ça me fait de la peine. On rentre dans le chantage affectif. Oui, mais c'est parce que moi, je suis sa maman. Donc, non. Alors, ma fille m'a refusé, je pense, 10 000 bisous, 10 000 câlins. Elle est très claire quand elle ne veut pas. Et je l'ai toujours pris sans commentaire. Je ne lui ai jamais dit « Oh, j'aurais bien aimé, mais bon, tu fais comme tu veux. » Non, je lui ai toujours pris « Tu ne veux pas ? D'accord, très bien. » Parce qu'il faut que ce soit clair pour elle que quand elle dit non, c'est non. Et pareil, même si elle le faisait dans le jeu, par exemple les guillis, quand on a commencé à les faire, parfois elle le faisait dans le jeu en mode « Non, mais c'est un non qui veut dire oui, mais ça c'est non. » Je lui ai toujours dit, quand elle me disait non en rigolant « Non » , je lui ai dit « C'est non ou c'est oui ? » Parce que si c'est non, je ne le fais pas. Alors que souvent, les gens rentrent dans le jeu, l'enfant dit non, mais ils vont quand même le faire. Oui, mais il sait que c'est pour rigoler. Mais moi, je veux que cette notion soit claire. Donc, ce ne sera jamais pour rigoler. C'est-à-dire, même pour des guillis, si elle me dit non, j'entends non. Et si elle veut que je le fasse, il faut qu'elle dise oui. Donc, je lui disais, tu le veux ? Oui, il faut que tu le dises oui. Ce n'est pas non, en rigolant, c'est oui. Et elle a très bien compris. et c'est devenu très clair dans sa tête.
- Speaker #0
Et du coup, là, aujourd'hui, tu vois que ça porte ses fruits. Moi, je vois que ma fille, par exemple, j'ai à peu près fait tout ça au moment où j'ai eu le déclic, tu vois. Et aujourd'hui, elle me dit, elle est capable de me dire en effet que « Touche pas, c'est mon corps. » « Touche pas, maman, c'est mon corps. »
- Speaker #1
Des choses comme ça.
- Speaker #0
Est-ce que toi aussi, tu as des... Parce que je me dis, il y a peut-être des parents qui se disent « Est-ce que ça fonctionne vraiment ce que je suis en train de faire ? » Et à un certain âge, on commence à voir que ça porte ses fruits. Toi, comment tu le vois avec ta fille ?
- Speaker #1
Alors, je le vois avec une petite fille qui me remet clairement à ma place quand c'est nécessaire. Je donne un exemple. Une fois, elle avait son étiquette de son pantalon, de son legging qui dépassait un peu au-dessus de ses fesses, du coup. Et automatiquement, j'étais en train de l'habiller, donc je lui ai remis l'étiquette à l'intérieur du pantalon. Elle m'a dit, non, maman, c'est mes parties intimes, tu ne touches pas, on demande. Et je... Je n'ai plus pu lui dire, non mais j'étais juste en train de replacer ton étiquette, enfin n'importe quoi, ce n'est pas ça, je n'ai pas touché tes fesses. Non, je lui ai dit, ah oui, en effet, tu as raison, j'aurais dû demander. Je lui ai dit, est-ce que je peux remettre ton étiquette ? Elle me dit, oui, tu peux, mais il faut demander d'abord. Et donc voilà, c'est très clair dans sa tête, en fait, que quand il s'agit de son corps, on doit demander. Et en fait, je ne pense pas que vraiment ça l'a gêné que je remette son étiquette, mais c'est comme si par moment, elle voulait la confirmation, maman, est-ce que le message que tu m'as envoyé est toujours le même ? Parce que là, tu viens d'avoir un comportement qui ne colle pas avec le message que tu m'as envoyé. Et du coup, elle me relance sur le sujet. Et je lui rappelle, oui, en effet, c'est moi qui me suis trompée. Et tu as raison. Et ce jour-là, je me souviens, je lui avais dit, franchement, tu peux être fière de toi, de savoir que c'est ton corps et qu'il faut demander, même quand c'est papa ou maman. Et ça, elle le fait souvent.
- Speaker #0
J'imagine que tu la vois aussi, du coup, être respectueuse du consentement des autres.
- Speaker #1
Oui, ce n'est pas le genre d'enfant qui va aller prendre quelqu'un dans les bras comme ça, y aller frontalement. Elle va être plutôt du genre à demander, est-ce que je peux te tenir la main ? Est-ce que je peux te faire un câlin ? Et elle n'apprécie pas aussi non plus quand quelqu'un, même un enfant, quand un enfant vient et essaie de lui faire un câlin, la prenant dans ses bras, elle se dit, mais attends, on ne lui a pas appris la même chose que moi ou quoi ? Et elle n'aime pas du tout. Merci,
- Speaker #0
elle a eu sa même réaction. Ma fille, là, elle vient de rentrer en école. Premier jour, j'étais là, du coup, tu vois, et il y a deux garçons qui sont venus pour lui faire un bisou, mais sans demander son avis. Et là, j'ai compris qu'il n'y avait pas... Malheureusement, ils n'étaient pas initiés à tout ça dans cette école. Donc, il va falloir que... Je l'organise peut-être un petit atelier.
- Speaker #1
Voilà. Ça pourrait être bien. Et je te donne un autre exemple. Elle avait une amie à elle qui, elle, faisait des bisous à sa maman sur la bouche. Et du coup, elle était très copine avec Zoé. Et à un moment, en voulant lui dire au revoir, elle a essayé de lui faire un bisou sur la bouche aussi. Et donc, Zoé a reculé directement. Elle s'est reculée, elle s'est bloquée directement. Et sa copine a été vexée. Elle s'est dit, c'est ma copine, mais elle ne veut pas me faire de bisous. Elle n'a pas trop compris parce que je crois que le message à la maison n'était pas très clair là-dessus. Et Zoé m'a dit, c'est ma copine, mais la bouche fait une partie intime. parce que souvent les gens oublient de parler de la bouche quand on parle de l'intimité mais justement on lui a expliqué que la bouche fait partie de l'intimité et que personne n'a le droit de lui faire des bisous sur la bouche ou de la forcer à manger par exemple tout ce qui est au niveau de la bouche et elle m'a dit c'est mon amie mais c'est une partie intime, on ne fait pas des bisous sur la bouche et tout de suite j'étais impressionnée que tout de suite elle pose ses limites et que littéralement elle met presque sa main devant elle pour dire je ne veux pas d'accord ce qui est super c'est que ça va faire un effet boule de neige où la petite fille va quand même commencer à se questionner est-ce que la réponse de l'adulte en face va être suffisante mais bon plus on aura d'enfants qui se refairent oui la maman a expliqué à sa fille nous on se fait des bisous sur la bouche mais pas avec les autres enfants et tout d'un coup elle s'est rendu compte peut-être qu'il est temps d'arrêter parce que le message n'est pas clair pour elle et vu qu'elle a vu qu'elle essayait de faire des bisous à d'autres enfants elle s'est dit ok je vais arrêter on va faire différemment Merci.
- Speaker #0
On a l'impression que c'est un peu un acte isolé dans notre coin pour protéger nos enfants, mais j'ai aussi l'impression que plus on va être à le faire, plus ça va créer des déclics aussi chez les autres parents qui n'ont juste pas totalement eu ce... Enfin, chez les enfants, mais aussi chez les parents qui n'ont pas eu ce déclic, tu vois. Parce que moi, il n'y a encore pas longtemps, je... J'avais pas toute cette conscience-là, tu vois. Et donc, j'aurais pu être la maman. D'ailleurs, ça m'est encore arrivé il n'y a pas longtemps. Et tellement j'avais cet automatisme, tu sais, la maman qui caresse les cheveux d'autres enfants, tu vois. Le truc... Ok, t'as le raconte pas ça toi ?
- Speaker #1
C'est vrai qu'on réalise pas forcément.
- Speaker #0
Trop bien. Alors, si tu t'élèves contre toutes ces injonctions, et tu l'as déjà dit, c'est que comme moi, t'as envie d'élever une petite fille libre, confiante, dans ses baskets. Là où nos expériences diffèrent par contre, c'est que toi, tu as une petite fille métisse. Et donc, ça veut dire qu'il y a quand même une couche en plus, je pense, d'injonctions, de stéréotypes. qu'elle est confrontée à d'autres projections ou d'ailleurs où elle peut moins se projeter parce qu'elle a peut-être moins de représentation de petites filles noires, métisses, notamment dans la littérature jeunesse. Comment toi tu fais pour aider ta fille dans ce contexte-là, dans cette société-là, en 2026 à construire une image d'elle-même positive, solide alors que ce n'est pas ce qu'on lui renvoie tout le temps ? Je pense que dans la littérature jeunesse d'ailleurs, j'ai interviewé une experte sur le sujet. qui a écrit tout un bouquin où elle montrait très clairement que dans les dessins animés, dans la littérature jeunesse, les femmes noires, par exemple, sont des femmes qui sont toujours très en colère, tu vois, des stéréotypes comme ça. Comment tu fais ça, du coup ? Tu vois, comment tu t'y prends ?
- Speaker #1
Déjà, on en a parlé, mais moi, je t'ai dit, au niveau de ma fille, je ne lui mets pas l'étiquette de l'enfant métisse parce que pour moi, ça ne veut pas... pas dire, enfin ça veut tout et rien dire, c'est-à-dire un métissage, c'est un mélange entre deux origines différentes. C'est-à-dire que son père qui est blanc est métisse, puisqu'il est, sa mère est française, son père est libanais. Donc lui-même est métisse, mais pourtant, jamais de toute sa vie, on lui a dit que c'était un enfant métisse. C'est un homme blanc, c'est-à-dire quand on le voit dehors, les gens vont dire c'est un homme blanc. Ma fille, c'est une petite fille noire, elle a la peau noire. Noire, ça veut pas dire foncée de peau. parce qu'il y a des personnes noires qui ont différentes couleurs de peau et pourtant, ils sont tous noirs.
- Speaker #0
Plus tard, j'espère en tout cas, si j'ai bien fait mon travail, qu'elle s'identifiera comme étant une femme noire issue d'un métissage. C'est l'objectif. Après, je pars de principe qu'il n'y a pas une seule vérité et que c'est elle qui décidera ce qu'elle veut être et à quoi elle veut s'identifier. Mais en tout cas, au niveau de la société, jamais personne ne l'identifiera comme une femme blanche. Ça peut arriver pour certains enfants issus d'un métissage qui ont une peau... Moi, je connais des enfants issus d'un métissage qui sont clairement blancs de peau et qui ont pourtant un parent noir. Eux peuvent encore entrer dans la catégorie femme blanche, mais ma fille, ce ne sera pas possible. Donc, je pense que le plus important déjà, c'est de faire en sorte qu'à la maison, tu me parlais de représentation, c'est de faire en sorte qu'à la maison, elle soit en représentation maximum. C'est-à-dire, moi, dans notre bibliothèque, j'essaie vraiment d'avoir une diversité variée de représentations sur laquelle elle peut s'identifier. C'est-à-dire que, surtout qu'elle était avec moi les premières années, c'est-à-dire que pour Zoé, dans sa vie, les trois premières années, sa bibliothèque représentait tout le monde. C'est-à-dire que dans sa bibliothèque, il y avait des femmes noires, des femmes asiatiques, des femmes occidentales, il y avait des personnes handicapées, il y avait des personnes, comment dire, des familles différentes, compositions familiales. Tout ça a toujours été présent dans sa bibliothèque. C'est-à-dire que ma fille... Si en rentrant à l'école, quelqu'un lui dit « j'ai deux papas » , elle ne va pas se dire « qu'est-ce que c'est ça ? » . Elle est déjà au courant, il y en a dans ses livres. Si elle voit une personne qui a une couleur de peau noire, mais très très foncée, ça ne va pas la choquer non plus, parce qu'elle a toujours vu ça dans ses livres aussi. Tout comme ça ne va pas la choquer de voir des personnes noires avec une peau plus claire que la sienne, parce que pareil, ça a toujours été présent. La représentation qu'on apporte à nos enfants les premières années vaut construire leur ouverture sur le monde. Et le but, justement, c'est qu'à travers la lecture, à travers la bibliothèque qu'elle a, c'est de lui proposer une représentation très ouverte, diversifiée et variée du monde, en fait. Et c'est pour ça que, d'ailleurs, à la maison, on a très peu de livres. Avec des animusées que les gens adorent, les livres à tout ce qui est Petit Ours Brun, Franklin, tout ce genre de choses, avec des représentations... d'animaux on va dire de personnages avec des animaux mais moi je voulais qu'elle ait plus de représentation de diversité de personnes que d'animaux donc c'était important pour moi parce que déjà trouver des livres avec des personnes racisées en personnages principales c'est difficile si je la noie parmi toute cette information avec beaucoup plus de représentation de personnages avec des animaux ça va être problématique niveau représentation
- Speaker #1
Ah ouais, je suis en train de dire que ma fille, elle regarde le Petit Tour Sebrin.
- Speaker #0
Après, c'est pas un souci de regarder Petit Tour Sebrin. Non,
- Speaker #1
mais ça fait un petit moment que je me dis, j'avais essayé de lui montrer autre chose qui était avec une petite fille comme personnage principal et ça n'a pas marché. Et en fait, on limite quand même, on est encore dans la phase où on limite beaucoup les écrans. Et Petit Tour Sebrin, il me semblait que c'était pas le jour des animés qui va à fond la caisse et tout ça. Mais ouais, c'est hyper intéressant ce que tu dis. Et est-ce qu'il y a d'autres challenges auxquels tu... Tu fais face ou elle peut faire face ? Et comment tu l'accompagnes sur ces sujets-là ?
- Speaker #0
En tant que petite fille noire ?
- Speaker #1
Noire, ouais.
- Speaker #0
Je dirais que... Comment dire ?
- Speaker #1
Tu en as parlé un petit peu, mais par rapport à l'image de soi, tout est en lien avec la représentation, tu vois ?
- Speaker #0
Bien sûr.
- Speaker #1
Justement... Alors,
- Speaker #0
par exemple, il y a ce qui s'agit d'apprendre à aimer ses cheveux. par exemple ça, le fait d'être une petite fille avec les cheveux crépus c'est pas la représentation qu'elle aura à l'extérieur et du coup c'est très important pour moi qu'elle apprenne déjà à aimer ses cheveux à ne pas normaliser que parce qu'elle a des cheveux crépus elle doit souffrir pour s'en occuper c'est à dire depuis qu'elle est petite on fait en sorte de prendre soin de ses cheveux sans que ce soit un moment qui est douloureux qui est difficile pour elle sachant que pour moi quand j'étais enfant j'avais très tôt normalisé que quand on a des cheveux crépus ça fait mal On a forcément mal quand on nous fait des tresses, quand on nous coiffe, quand on nous brosse les cheveux, quand on nous démêle les cheveux, alors qu'en réalité, c'est faux. En réalité, une fois qu'on s'occupe correctement des cheveux d'un enfant, bien sûr, la sensibilité capillaire va varier d'un enfant à un autre, mais ça, chez tous les enfants du monde. Mais à partir du moment où l'enfant dit qu'il a mal, que ça tire un peu trop, on s'adapte, on change, on change de peigne. On fait plus lentement, on propose à l'enfant de le faire lui-même, parce que parfois, quand c'est nous qui le faisons, ça fait moins mal que quand c'est quelqu'un d'autre. Et vraiment faire attention à ne pas invalider son ressenti par rapport à ses cheveux, par rapport à qui elle est. Lui apprendre très tôt à avoir confiance en elle. Ne pas passer son temps non plus à lui faire des commentaires sur le physique seulement. Je ne passe pas mon temps à lui dire « Waouh, t'es magnifique, tu es tellement belle, mais tu es la plus belle du monde. » Je sais que les gens, parfois, quand ils font ça, c'est pour justement apporter de l'estime de soi à son enfant. Mais déjà, je ne vais pas mentir à ma fille et lui dire « Tu es la plus belle personne du monde. » Parce que même si ça l'est à mes yeux, Qu'est-ce que ça veut dire pour les autres ? Ça ne veut rien dire. Je me souviens d'une petite fille que je gardais. Sa mère lui répétait tous les jours qu'elle était la plus belle petite fille du monde. Et à l'époque, je trouvais ça trop mignon. Jusqu'à ce que cette petite fille rentre à l'école et qu'elle arrive en classe et qu'elle dit qu'elle était la plus belle petite fille du monde. Bizarrement, auprès des autres enfants, ça ne s'est pas passé de la même façon qu'à la maison. D'autres enfants, quand on s'est dit, non, ce n'est pas vrai, tu n'es pas la plus belle. De toute façon, déjà, tu n'es pas belle. Et je pense que ça lui a fait un coup parce qu'on part du principe que la parole de nos parents, c'est la vérité. C'est la vérité absolue. Les parents sont vus comme étant cette source de vérité et de savoir. Et du coup, elle est rentrée à la maison. Elle a dit, mais maman, pourquoi tu ne m'as pas dit que je n'étais pas la plus belle fille du monde ? Et c'est parti dans tout un... Une discussion qu'elle a dû avoir avec sa mère pour déconstruire qu'elle parlait de elle-même, parce que comme je te l'ai dit tout à l'heure, les enfants sont très premier degré. Et je trouve que beaucoup d'adultes ne réalisent pas que les enfants sont très premier degré. Et ils vont avoir des mots comme ça qui sont là pour encourager, qui sont là pour aider. Et en fait, ça va avoir l'effet inverse.
- Speaker #1
Je pense aussi des parents qui parfois se soignent eux-mêmes à travers ça. Est-ce qu'on leur a pas dit ça ? Et donc, ça part vraiment pas de nouvelles intentions, mais effectivement, si tu te construis en estime de toi sur le fait que t'es la plus belle personne au monde, à un moment donné, ça va pas le faire.
- Speaker #0
Ça va pas le faire du tout, oui.
- Speaker #1
Tu vas pas comprendre pourquoi tu n'es pas élue Miss France.
- Speaker #0
Et le pire, moi, à l'époque, je venais de commencer à travailler avec des enfants et je trouvais ça génial que cette maman lui répète tous les jours qu'elle était la plus belle, même si je comprenais pas pourquoi elle insistait sur le « la plus belle » . Moi, je considérais que juste lui dire qu'elle est belle, c'était suffisant. Mais pareil je pense qu'il y a les cicatrices et les blessures de la mère qui ont fait qu'elle en est arrivée là je pense que c'est toujours dur de naviguer pour avoir les bons mots savoir quoi dire c'est tout un travail mais je pense que l'important c'est de comprendre et je vais rajouter ça pour les personnes qui vont se dire moi j'ai pas fait comme ça on peut toujours tout adapter on peut toujours changer son discours réajuster à chaque fois cette maman elle a réajusté avec son enfant moi je considère que Merci. Tu es la plus belle petite fille du monde parce que tu es ma fille et que je t'aime d'un amour infini. Voilà, elle a corrigé avec elle et ça s'est bien passé. Et il ne faut pas se dire, oh zut, je n'ai pas fait ça, je n'ai pas dit ça, donc l'enfance de mon enfant est gâchée. Non, ce n'est pas le projet. Mais de se dire, c'est bien de se poser des questions, c'est bien de réadapter son discours si on n'est pas d'accord avec quelque chose qu'on a dit à son enfant. On peut retourner, il n'y a aucun souci à retourner voir son enfant et lui dire, un fois je t'ai dit ça, mais en effet, ce que je voulais dire, c'est plutôt ça,
- Speaker #1
C'est vrai qu'il y a aussi euh je vais Des fois, il y a tellement de choses à déconstruire qu'on peut se sentir un peu submergé. Mais moi, j'ai l'impression que c'est aussi... Au début, c'est beaucoup. Mais en fait, c'est un entraînement. Et là, cette question de la plus belle, en fait, quand tu as ce déclic-là, tu vas comprendre qu'il y a d'autres choses qui relèvent un peu de cette même approche que tu vas faire différemment. Donc, tu vas peut-être éviter tous les superlatifs. on va pas le suivre maintenant c'est ça tu vas comprendre qu'il faut peut-être éviter qu'elle construise son estime de soi sur son apparence et tu vas diversifier ta manière de lui parler enrichir ton vocabulaire c'est un peu de travail quand même on va pas se mentir au départ suivant
- Speaker #0
le point de départ de chacun moi je dirais que c'est beaucoup de travail pour nous j'ai l'impression que notre génération on est un peu la génération maudite parce qu'on est celle qui est coincée entre une génération qui ne veut pas du tout déconstruire et une qui veut énormément déconstruire et du coup on a beaucoup de combats on a beaucoup de choses à déconstruire des choses qu'on ne veut pas transmettre à nos enfants mais il faut se dire que le travail qu'on est en train de faire là actuellement c'est du travail que nos enfants n'auront pas à faire à l'âge adulte et donc certes ils auront des choses aussi à déconstruire mais beaucoup moins que nous Moi, je suis des années 80, je suis dans 88. C'était vraiment la génération où j'étais devant la télé à rigoler à des blagues hyper racistes me concernant, mais parce que je l'avais normalisé et que c'était comme ça. Et elle, elle n'aura pas tout ça. Des petites, elle saura que ça, ça ne va pas du tout, ça, ce n'est pas normal, ça, ça ne convient pas. Et du coup, elle aura moins de choses à déconstruire et moins de choses sur lesquelles travailler. Donc si, parfois, on peut se dire, ça fait beaucoup. Mais on se dit, ça fait beaucoup de choses à porter pour que nos enfants aient moins à porter.
- Speaker #1
Oui. J'ai presque envie de finir là-dessus, parce que je trouve que c'est un beau message. Mais est-ce que toi, il y avait d'autres choses, peut-être, que tu voulais partager ?
- Speaker #0
Non, je pense que c'est... Je dirais que le plus important pour moi, si on ne veut pas... Comment dire que notre enfant colle à cette image d'enfant sage, déjà, c'est de retirer les étiquettes. Éviter de dire à nos enfants qui sont ceci ou qui sont cela. et juste les laisser être, et pas forcément leur coller les étiquettes. Je sais que nous, on nous a collé des étiquettes pendant toute notre enfance. « T'es trop timide, t'es trop ceci, tu n'es pas assez cela. » Mais je trouve que parfois, ne rien dire à nos enfants et juste les laisser être sans les dire, même quand notre enfant a réussi à faire quatre heures d'avion sans pleurer. On ne va pas lui dire « T'as été super sage. » Moi, par contre, je me souviens d'une fois où ma fille Et... C'était un peu compliqué pour elle dans l'avion, mais je trouve qu'elle s'en est très bien sortie. Je lui ai dit, tu te rends compte que tu as réussi, alors que tu étais dans un avion où tu ne pouvais pas marcher, pas courir, donc pas dans des très bonnes conditions, tu as quand même réussi à gérer tes émotions. Tu peux être fière de toi. Et je ne lui ai pas dit, franchement, on a été super fiers de toi que tu aies réussi à rester comme ça, assise, sans bouger, sans rien dire, parce que ce n'est pas naturel. Mais on lui a dit que malgré que les conditions n'aient pas été réunies, tu as quand même travaillé sur tes émotions et tu as réussi à les affronter vraiment d'une façon dans laquelle tu peux être fière. Et encore une fois, on ne centre pas le truc sur nous. Ce n'est pas je suis fière de ce que tu as fait, c'est tu peux être fière. Parce que gérer ses émotions, surtout à ton âge, c'est très difficile.
- Speaker #1
J'adore, il n'y a pas longtemps, pendant les vacances de Noël, ma fille... a été très sage. Ce n'est pas évidemment le cas souvent. Il y a un repas, une espèce de repas de famille, etc. Et la première chose que m'ont dit des membres de la famille, c'est... Enfin, et qu'ils lui ont dit, tu vois, c'est... Oh, tu as vraiment été hyper sage. Elle a vraiment été très sage. C'est vrai qu'ils n'ont pas l'habitude de le voir toujours comme ça.
- Speaker #0
Ouais.
- Speaker #1
Pour leur défense. Mais moi, ça m'a... Je n'ai rien dit sur le coup parce que je n'ai pas toujours l'énergie, voilà. Mais c'est vrai que sur le coup, je me suis dit... Enfin... Je ne sais pas. À l'intérieur de moi, c'était tendu parce que je n'ai pas forcément aussi le message que j'ai envie de lui envoyer. Et c'est vrai que tu donnes l'exemple concret qu'on peut quand même dire quelque chose, mais qui est un peu plus riche que juste tu as été sage.
- Speaker #0
Alors moi, je te dirais que si tu n'as pas été à l'aise avec cette situation, on n'a pas toujours l'énergie de corriger les personnes à l'instant T et tout. Et par contre, on peut toujours avoir une discussion avec nos enfants après, à la maison, et reprendre les choses. Je te donne un dernier exemple. Je me souviens d'une fois où on était à une sorte de foire et pour rentrer, il fallait passer un checkpoint de sécurité où ils vérifiaient les sacs. Et Zoé était en poussette et il y a une dame qui lui dit « Bah alors, tu souris pas ma petite ? » Et Zoé ne parlait pas encore beaucoup à ce moment-là, mais dans son regard, elle était déjà gavée en fait. Ma fille a un fort caractère et je lui dis « C'est obligé de sourire ? » à la dame et elle me dit ah bah non en effet je sais pas pourquoi j'ai dit ça parce qu'en fait les gens c'est inconsciemment c'est à dire qu'il faut pas forcément les choses en se rendant compte que leur comportement peut être problématique mais j'ai dit elle est obligée de sourire et elle me dit ah mais non en effet t'es pas obligée de sourire en effet et pourquoi elle devrait sourire d'ailleurs bah oui on ne demande pas ça au petit garçon elle me dit la dame et du coup elle dit bah vas-y avance ma chérie parce que je pense qu'elle même elle s'est rendue compte pourquoi je lui ai dit ça la petite elle est dans la poussette elle vit sa vie pourquoi elle devrait me sourire ça n'a aucun sens et j'ai adoré que cette dame ait déconstruit d'elle-même en fait mais c'est juste moi qui lui ai juste dit la phrase et pourquoi elle devrait sourire mais pas en mode et ouais et pourquoi tu veux qu'elle sourie non juste avec un grand sourire en lui disant et pourquoi faudrait qu'elle sourie et ça a suffi à faire son travail trop bien j'adore voilà on s'en va on s'en va
- Speaker #1
bah merci énormément c'était vraiment super super riche avec plaisir on peut te retrouver donc sur ton compte insta tu veux peut-être le préciser parce que je le connais pas par coeur c'est nana nana-du-bas abd75 donc voilà le même nom sur tiktok ok trop bien bah écoute merci encore énormément et puis merci pour l'accueil et puis longue vie à nos filles pas sales on finit avec ça Merci. Merci beaucoup. C'est déjà la fin de cet épisode. J'espère qu'il t'a plu et surtout qu'il t'a donné envie de réveiller un petit grain de rébellion en toi et de révéler celui de ta fille. Si tu penses qu'il pourrait inspirer une autre maman autour de toi, partage-le lui. Et si tu veux me donner un coup de pouce pour faire grandir cette démarche, tu peux laisser 5 étoiles et un petit mot doux. Ça compte énormément. A très vite.