- Speaker #0
Hello et bienvenue dans Passage, le podcast qui libère les filles et leur maman. Moi c'est Alexandra, maman de Rose, une petite tornade de presque deux ans et demi, à l'énergie débordante et au caractère bien trempé. Et tu sais quoi ? Même si ce n'est pas toujours de tout repos, savoir sortir si... ses épines, c'est vraiment tout ce que je lui souhaite. Alors j'ai créé ce podcast, pour moi et pour toutes les mamans qui veulent élever leur fille autrement. Pas sage, pas modèle, pas gentille à tout prix, mais confiante, libre d'être elle-même et bien dans leur basket. Des petites filles qui savent et sauront plus tard dire non. poser leurs limites, s'aimer telles qu'elles sont, qui n'auront pas peur d'essayer d'échouer et qui sauront se faire reconnaître à leur juste valeur. Alors ici, on va démonter les injonctions, les stéréotypes et tous ces vieux réflexes qu'on pensait normaux. Tu sais, les fameux « t'es pas belle quand tu fais la tête » . On va parler d'estime de soi, de confiance, de rapport au corps, aux émotions. On va parler de nos filles, mais aussi de nous. Parce qu'éduquer autrement, ça commence souvent par se libérer soi-même. Alors au fil des épisodes, je te partagerai des réflexions incarnées, des clés concrètes et des voix d'experts. et surtout, une nouvelle vidéo. une grande dose de soutien et de déculpabilisation. Parce que nous aussi, on mérite mieux qu'être sages. Alors, prêtes à bousculer les règles ? Hello Anita !
- Speaker #1
Hello Alexandra !
- Speaker #0
Bienvenue sur le podcast Passage.
- Speaker #1
Merci.
- Speaker #0
Je suis hyper heureuse de t'avoir aujourd'hui parce qu'avec toi, on va inaugurer un peu un nouveau format puisqu'en fait, j'ai envie aussi sur le podcast de faire intervenir des mamans qui viennent tout simplement témoigner de leur expérience de maman d'une petite fille et des mamans qui évidemment ont envie d'élever des filles confiantes, bien dans leur basket, libres d'être elles-mêmes et qui vont pouvoir partager un peu... Leur questionnement et puis aussi les petites astuces qu'elles ont pu trouver aussi pour pouvoir aider leur fille dans ces conditions-là. Et il se trouve qu'il y a quelques mois, j'étais tombée sur un post sur Instagram. Pour le coup, c'était un papa qui disait qu'il vit une petite fille noire. C'était difficile aujourd'hui. Ça l'a toujours été, sans doute. Mais en tout cas, il soulignait que pour lui, c'était quand même difficile. Je ne sais plus s'il disait qu'il avait une petite fille noire. bien dans ses baskets libres d'être elle-même, mais c'était induit, j'imagine. Mais en tout cas, c'est vrai que sur le moment, moi, je m'étais dit, ah ouais, déjà que moi, je trouve ça difficile d'élever une fille aujourd'hui. Et encore une fois, élever une fille dans le sens où j'ai envie que ma fille, elle soit bien. Elle soit confiante,
- Speaker #1
elle a une assurance.
- Speaker #0
Donc déjà, ça, je trouve que ça me pose énormément de questions. Alors que je suis une maman blanche, cisgenre, valide, voilà, multiprivilégiée, en fait, à plein d'égards. Je m'étais dit, franchement, ça doit quand même être pas simple. Et j'avais mis un petit message pour dire, s'il y en a parmi vous qui veulent témoigner sur mon podcast, n'hésitez pas. Et donc, tu as été une de celles qui avait répondu à l'appel. Donc, c'est trop chouette de démarrer avec toi aujourd'hui.
- Speaker #1
Avec plaisir.
- Speaker #0
Est-ce que tu veux te présenter un petit peu en quelques mots avant qu'on ne parle ?
- Speaker #1
Je vais me présenter. Alors moi, je suis Anita. J'ai 41 ans. Je vis en région parisienne. Je suis avocate de formation et juriste en entreprise aujourd'hui. Je suis devenue maman en 2017. J'ai deux enfants, un petit garçon de 8 ans et une petite fille de 5 ans. Parallèlement à ma vie professionnelle, j'ai créé un blog en 2014 qui s'appelle Kijeworld où je parlais de mon quotidien. de femmes noires en tant qu'avocates. Et je voulais un petit peu parler du quotidien d'autres femmes noires dans leur univers professionnel. Je voulais parler un petit peu de leur goût, etc. Donc, en fait, tout ce qui est partage et témoignage de vie et de quotidien, ça me fait beaucoup... Ça résonne beaucoup en moi. Donc, c'est pour ça que j'ai voulu partager un petit peu. peu mon quotidien de maman d'une petite fille de 5 ans en France. Alors moi tout d'abord avant de commencer, moi je suis tombée sur un livre qui m'avait beaucoup aidée avant de tomber enceinte qui s'appelle « Maman noire et invisible » de Dariatu Kebe. Donc en fait c'était une blogueuse qui avait écrit un livre, donc à l'époque elle s'appelait Clumsy Mummy, c'était son nom sur les réseaux. Et en fait, elle partageait son expérience de maman. Voilà, donc elle était présente sur beaucoup de réseaux. On la voyait aussi sur la chaîne des maternelles. sur la 5. Et en fait, elle parlait un petit peu de tout ce qu'elle aurait aimé savoir avant d'être maman. Et c'est vrai que ce livre, ça a été un vrai guide pour moi avant de devenir maman. Et donc, j'ai d'abord eu, comme je te dis, un petit garçon qui a 8 ans aujourd'hui. Et quand j'ai eu une petite fille, j'étais super contente. Je me suis dit, trop bien, au moins j'aurais un garçon, une fille. Et moi, en fait, comme je suis l'aînée d'une fratrie de 3 enfants, J'ai deux petits frères, on a 5 ans et 11 ans d'écart. J'espérais avoir une fille, mais pas en premier. Parce que je trouvais qu'être l'aînée d'une famille, surtout dans une famille d'origine africaine, ça pouvait être un petit peu lourd parfois. Le côté petite maman de ses petits frères ou de ses petites sœurs, ça pouvait être un petit peu pesant quand moi j'étais enfant. Et c'était ça, en fait, que j'appréhendais avant d'avoir une petite fille.
- Speaker #0
Parce qu'effectivement, ce que j'allais te demander, c'est si tu avais eu, toi, des appréhensions avant de devenir maman. Ce qui, par exemple, n'est pas mon cas. En fait, quand je suis tombée enceinte de ma fille rouge, je n'ai pas du tout pensé à tout ce que... Tout ce que je pense aujourd'hui qui m'a fait créer ce podcast. Moi, c'est venu... C'est l'unique à la maternité. Pas longtemps après, je me suis tout pris en pleine face. Mais j'imagine, c'est pour ça que je pose cette question souvent, parce que je pense que ça peut être intéressant, mais que chez certains, ça vient avant, et donc chez toi. Et c'est hyper intéressant ce que tu dis, tu vois, d'aller jusqu'à un point où on se dit, est-ce qu'il vaut mieux avoir une fille ou un garçon en premier ? Oui. C'est cool d'avoir ce genre de...
- Speaker #1
Oui. Et en fait... Dieu a bien fait les choses. C'est-à-dire que j'ai eu un petit garçon en premier et j'étais contente d'avoir un garçon en premier né qui grandit bien, qui a confiance en lui, qui est curieux, qui pose des questions. Et en fait, j'ai l'impression que quand on a un deuxième, c'est plus facile entre guillemets à éduquer parce que le deuxième suit son aîné. Et c'est vrai que Iris, c'est le prénom de ma fille, elle est très vive elle est très vive donc moi c'est vrai que quand je la vois je repense un peu à ce que je ressentais quand j'étais enceinte d'elle c'est à dire que c'était un mélange d'excitation mais un mélange d'appréhension aussi est-ce que je vais être une bonne maman comment va se passer la rencontre quand je vais accoucher comment ça va se passer etc et comment je vais lui montrer que je l'aime sans trop l'étouffer rires
- Speaker #0
est-ce que je vais éviter aussi de lui transmettre en fait tous les complexes que j'ai eu quand j'étais ça c'est quelque chose que je partage avec toi par contre tu vois est-ce que moi quand j'avais
- Speaker #1
5, 6, 7 ans j'étais autant confiante qu'elle aujourd'hui et c'est vrai que toutes ces questions là je les avais avant qu'elles naissent et en fait les choses se sont mises en place je vais dire un petit peu spontanément et naturellement quand elle est arrivée. C'est-à-dire que j'essaye de leur dire à mes enfants tous les jours qu'ils sont beaux, qu'ils sont forts, qu'ils sont intelligents. En fait, j'essaye d'être la maman que j'aurais aimé être quand j'avais leur agent. Et c'est vrai que je fais toujours en sorte de faire partie de leur vie. Dès que je peux les déposer à l'école, je les dépose à l'école, que je vais les chercher. Comme ça, sur le trajet, école, activité, on peut vraiment partager un maximum de choses, de conversations, etc. C'est vraiment pour faire en sorte qu'ils ne se sentent pas seuls. Ils se sentent aimés, ils se sentent écoutés à tous les moments de la journée.
- Speaker #0
Est-ce que tu avais les mêmes appréhensions aussi ? Enfin, pas que tu avais les mêmes, mais avant d'avoir ton garçon, tu avais aussi ces appréhensions-là ? Oui,
- Speaker #1
je pense que j'avais des appréhensions par rapport au fait d'avoir des enfants noirs en France. Mais c'est vrai qu'avec une petite fille, il y a tout ce côté « je suis belle, je ne suis pas belle » par rapport à l'acceptation de sa couleur de peau, de son type de cheveux, comment elle va réagir par rapport à des réflexions qu'on va lui faire. sur sa couleur de peau, sur ses cheveux, etc. J'avais moins ces appréhensions-là par rapport à mon fils, mais c'est quand même des choses que lui, il peut vivre. Mais c'est vrai que par rapport à une petite fille, j'avais peut-être plus d'appréhension parce que je me voyais peut-être un peu plus en elle. Il y avait peut-être l'effet miroir. Mais finalement, je trouve que le fait d'avoir une petite fille juste après un garçon, comment dire... la fratrie en fait que j'ai créé avec mes à travers les enfants que nous avons c'est à dire qu'il ya deux ils ont deux ans et sept mois ils sont souvent ensemble en fait ils sont souvent connectés ils dorment dans la même chambre ils se lisent dès mon fils lui livre à ma ma fille j'ai fait en sorte que elle est des poupées qui lui ressemble depuis qu'elle est petite qu'elle est bébé elle est de toutes les couleurs des poupées asiatiques métis des poupées noires des poupées avec des cheveux afro avec des cheveux bouclés avec des cheveux blonds voilà pour qu'elle elle puissent comprendre que la beauté est diverse. Qu'il n'y a pas un seul type de beauté, il n'y a pas un seul type de cheveux. Parce que peut-être que moi, dans les années 80-90, j'avais une seule poupée corolle qui était noire. Je l'avais appelée Nelly, je l'adorais parce qu'elle me ressemblait. C'était la seule poupée qui me ressemblait dans les années 80. Et c'est vrai qu'à l'époque, c'était difficile de trouver des poupées noires, par exemple. Là, c'est beaucoup plus facile. Là, tu vois, pour Noël, elle a eu Serena Williams en poupée.
- Speaker #0
Génial. Donc,
- Speaker #1
tu vois... contente. Et puis, tu vois, le fait de se dire que t'es pas la seule. Voilà. Il y a d'autres filles comme toi. Alors, à l'école, il y a d'autres filles avec des origines étrangères. Voilà. Je trouve qu'aujourd'hui, donc, elle est en moyenne section, elle se pose beaucoup moins de questions que... Non, elle est en grande section, pardon. Mais elle se pose beaucoup moins de questions quand elle est en moyenne ou en petite section. Parce que, par exemple, l'année dernière, il y avait un espèce de petit groupe, elle était dans un espèce de petit groupe de copines, et il y en avait une qui lui disait souvent, « Ouais, mais toi, t'es pas belle. Moi, je suis plus belle que toi. »
- Speaker #0
Une petite fille blanche ?
- Speaker #1
Une petite fille, non, d'origine maïribine.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Ouais, enfin, à la peau blanche. Et c'est vrai qu'elle lui disait, « Non, mais moi, je suis plus belle que toi. Je suis plus grande que toi. » Et donc, en fait, ça avait créé des interrogations, voilà, chez Iris. mais moi je pense que la... Le plus dangereux, finalement, ce n'est pas tant les enfants qui vont se comparer entre eux, c'est le discours que tu tiens à la maison. Quand l'enfant, il va te dire, « Maman, on m'a dit que je n'étais pas belle. Maman, on m'a dit que je sentais mauvais. Maman, on m'a dit que je n'étais pas bien habillée. » C'est comment toi, tu vas réagir à la maison. Et finalement, moi, ce que je disais à ma fille, c'était que, écoute, Lilia, elle est belle, mais toi aussi. Lilia, elle a des cheveux bouclés, toi, tes cheveux crépus. Toi, avec tes cheveux, tu peux faire des vanilles, tu peux faire des nattes collées, tu peux faire des tresses. tu peux les attacher, tu peux faire des chignons regarde maman elle fait plein de coiffures différentes, regarde maman tu la trouves belle, ah oui c'est vrai t'es belle maman tu vois moi aussi je te trouve très très belle et en fait pendant toute l'année dernière on a dû quand même faire un travail avec elle pour qu'elle se sente valorisée se sente bien etc et là je trouve que ça a vraiment porté ses fruits, c'est ce que je disais à son institutrice à l'école quand on a fait le bilan en fin d'année dernière, elle me disait comment vous trouvez Iris, comment vous trouvez qu'elle s'épanouit etc, moi je trouve qu'elle a Merci. Elle a pris confiance en elle. Et elle me dit, oui, en fait, elle a trouvé sa place. Elle a trouvé sa place dans la classe, à l'école. Elle a son groupe de copines avec qui elle se sent bien. Elle apprend bien. Elle se développe bien, en fait. Et aujourd'hui, elle sait qu'on peut être une fille noire, réussir. Elle a des bons modèles autour d'elle, à travers des livres, à travers des expositions auxquelles on va pour enfants, des spectacles. C'est tous des petits mécanismes qui vont structurer un petit peu son imaginaire où elle a sa place.
- Speaker #0
Et est-ce que, par exemple, les spectacles, comment tu choisis les spectacles ?
- Speaker #1
Oui, écoute, moi je regarde un petit peu le calendrier de ce que propose ma ville. Parfois, ils ont un bon programme argenteux. Ils ont le figuier blanc. Le figuier blanc propose pas mal. pas mal de spectacles pour enfants. Et c'est vrai que parfois, ils font venir des artistes d'origine un petit peu divers et variés. Et donc, par rapport à ça, il y a un éveil musical, il y a des histoires qui sont racontées à des enfants en fonction de leur âge, etc. Donc ça, c'est plutôt bien. et puis c'est vrai que les livres moi à travers mon blog je lis en fait beaucoup et je partage des livres que j'apprécie bon c'est plus des romans c'est de la fiction mais pour adultes mais c'est vrai que je suis assez sensible à ce que pourrait aimer une jeune fille et comment en fait en termes d'image elle se représente et moi je sais par exemple que Iris elle aime bien feuilleter mes bouquins depuis qu'elle est petite Merci. Parce qu'elle voit beaucoup de bouquins avec des femmes noires en couverture, des jolies femmes noires à l'intérieur avec plein de bijoux, avec des habits colorés. Et puis elle se dit « Ah ouais, quand je serai grande, je vais m'appuyer comme ça » . Tu vois ? Donc voilà, ça suscite des envies positives. Et c'est des choses qu'on crée.
- Speaker #0
J'ai l'impression que tu as parlé de plein de choses que tu mets en place. tu as parlé du discours mais il n'y a pas que le discours je pense que si tu avais un discours tel que tu l'as déjà souligné mais sans tout ce que tu as créé autour sans les livres,
- Speaker #1
sans les expositions ce ne serait pas pareil mais c'est vraiment l'univers que tu as créé ce que tu lui racontes tu montres que ça existe aussi voilà tout à fait ce n'est pas juste à la maison et ce n'est pas juste à travers les paroles de maman c'est des choses qui existent et c'est vrai que Merci. Alors moi, mes enfants, ils ont été en Afrique plusieurs fois aussi, dans mon pays d'origine, pas encore, mais dans le pays d'origine de mon mari. Et c'est vrai que cette connexion avec leurs origines, ça crée aussi un terrain où ils ont plus d'assurance, ils ont plus de confiance parce qu'ils savent d'où ils viennent. Ils ont pris attache, ils ont pu passer des bons moments avec leurs cousins, avec leur famille paternelle. famille maternelle, moi mes parents sont en France donc les enfants peuvent les voir régulièrement mais voilà, le fait de créer en fait un univers un cocon familial où ils se sentent bien, ils se sentent protégés ils se sentent valorisés, je pense qu'au quotidien c'est important aussi et du coup,
- Speaker #0
donc tu avais des appréhensions avant qu'elle arrive, il y a eu toute l'année dernière mais aujourd'hui j'ai l'impression que tu as l'air en confiance et est-ce que euh... Est-ce que du coup, tu as confiance pour l'avenir, pour elle, ou tu as quand même encore quelques appréhensions ? Est-ce que tu es encore vigilante quand même sur certains points ?
- Speaker #1
Je reste quand même vigilante parce que... Alors, la chance que j'ai, c'est que moi, mes enfants, ils me parlent beaucoup. En fait, ils me racontent ce qui se passe dans leur quotidien, à l'école, à la cantine, pendant la cour de récréation, pendant le cours de danse. en salle de motricité, etc. Et puis, ce qui est bien, c'est que la maîtresse, elle est très active sur l'application toute mon année. Donc, en fait, toutes les semaines, elle partage un petit peu ce qui se passe avec les enfants et tout. Donc, ça, c'est vrai que ça permet de garder un bon regard sur ce qui se passe à l'école. Mais là où, moi, je me pose des questions, c'est par rapport à l'adolescence et par rapport au fait d'avoir des enfants qui sont hyper connectés aujourd'hui sur les réseaux, etc. Donc moi, toute la période où on parle de harcèlement, où tu as des enfants qui vont créer des groupes pour se moquer d'un autre enfant, etc., c'est des choses que j'appréhende. Mais comme ils sont encore petits, je vois les choses venir de très loin, en fait. Mais je me dis, punaise, quand ils auront un téléphone, quand ils vont aller à l'école tout seuls, d'ici le collège, etc., il va vraiment falloir mettre en place d'autres stratégies pour les protéger.
- Speaker #0
Ok. Je pense que... Alors moi, je ne suis pas du tout une spécialiste, et d'ailleurs, ça me fait penser que je pourrais faire venir quelqu'un sur le podcast pour parler de ça. Mais par contre, je suis à peu près sûre que ça commence dès maintenant.
- Speaker #1
Malheureusement, oui.
- Speaker #0
Dès maintenant, tu peux commencer à agir pour que le moment où l'environnement va être beaucoup plus propice à ce long de situation, il soit mieux équipé. Et par exemple, j'ai l'impression que tu es déjà sur la bonne voie avec tout ce que tu lui transmets. Tu vois, si déjà... elle, quand on va lui dire « maintenant que t'es pas belle » , elle va savoir dire « ben en fait, si » .
- Speaker #1
Oui, exactement !
- Speaker #0
C'est si ! C'est si,
- Speaker #1
c'est belle ! C'est marrant parce qu'ils ont fait, ils ont organisé une journée de l'élégance à l'école, un vendredi. Donc les enfants avaient le droit de venir habillés comme ils le souhaitaient, avec un nœud papillon, avec une cravate, avec une robe, ou quelque chose comme ça. Et donc, Iris, elle a choisi une super belle robe rouge qu'elle aime bien, avec des espèces de petits papillons sur les manches et tout. Et c'est marrant parce que les enfants ont fait un petit défilé. Ils ont fait un petit défilé de mode, voilà, avec leur tenue et tout. Et Iris, elle a remporté le prix de, entre guillemets, le plus beau défilé. Et j'ai vu la vidéo où elle a défilé devant tous ses camarades. J'ai rigolé parce que je me suis dit, mais moi, à 5 ans, je n'aurais jamais eu autant d'assurance pour défiler comme ça. Et ça m'a fait rire. Et en même temps, j'étais contente de me dire que oui, elle est sûre d'elle. Elle renvoie en tout cas de l'assurance à son âge.
- Speaker #0
Super.
- Speaker #1
Voilà.
- Speaker #0
Très bien. Est-ce que du coup, maintenant, si on pense de manière... Tu vois, quand tu te dis, j'ai envie que ma fille, elle développe une image positive, solide d'elle-même. Est-ce qu'il y a des choses que tu mets en place qui ne sont pas forcément en réaction à ce qui est arrivé ? Peut-être que c'est en réaction. Tu l'as dit un petit peu.
- Speaker #1
C'est un peu par anticipation. Il y a des choses que j'ai faites par anticipation parce que comme moi, j'ai grandi en France, contrairement à mes parents qui ont grandi en Afrique centrale et quand ils sont arrivés, c'était déjà adultes, il y a des choses qui n'ont peut-être pas forcément pu anticiper parce qu'ils n'ont pas eu la même enfance que moi. Et moi, comme j'ai eu la même enfance, que mes enfants, c'est-à-dire où j'ai grandi en tant que fille noire en Occident, il y a des choses que j'ai pu anticiper pour mieux préparer le terrain, pour éviter certaines réflexions, un certain mal-être. Parce que moi, ce que je... ce que j'avais mal vécu quand j'étais enfant, c'est quand, par exemple, tu te prends des réflexions à la figure d'enfant de ton âge. « Anita, caca ! Tu pues comme le caca ! Tu te laves pas ! » voili Une petite réflexion d'enfant comme ça. Et en fait, quand tu rentres à la maison, parfois, il n'y a pas toujours... On ne te rassure pas suffisamment à la maison. Moi, c'est ça qui m'a manqué, en fait. C'est que parfois, tu racontes quelque chose qui t'a marqué, mais tes parents vont te rassurer, mais peut-être pas autant que tu le souhaitais. Voilà. Donc, en fait, il y a une espèce d'interrogation qui va perdurer dans ta tête, en te disant peut-être que je ne suis pas belle parce que je suis noire. Peut-être qu'il a raison, celui qui a dit ça. Tu vois, c'est des choses qui vont rester et qui vont « mûrir » avec le temps. Et moi, je voulais éviter ça à mes enfants.
- Speaker #0
Donc en fait, malheureusement, en France, en 2026, il y a des chances encore qu'elles puissent entendre des choses comme ça.
- Speaker #1
Oui.
- Speaker #0
Mais la grosse différence, ça va être comment toi, tu accueilles tout ça à la maison.
- Speaker #1
Oui, je pense que ça peut « les aider » . Même si malheureusement, comme tu le dis, en 2026, le racisme est toujours d'actualité en France. C'est triste à dire, mais c'est comme ça. Et en fait, finalement, la question, c'est comment on prépare ces enfants au racisme, finalement. Et là où moi, je vais vraiment être vigilante, c'est quand mes enfants vont pouvoir commencer à sortir un peu seuls. Comment tu les sensibilises, par exemple, aux violences policières ? à un policier qui vient me poser des questions. Quelle est la posture que tu vas avoir pour que ça ne dégénère pas ? Tu vois ? Ça, ce ne sont pas des questions que je vais aborder avec eux maintenant parce qu'ils sont petits. Mais à un moment donné, il va falloir qu'on en parle à la maison. Voilà. Ça, c'est des choses comme ça. Voilà.
- Speaker #0
Oui. Et ça va ?
- Speaker #1
quand même bah écoute quand tu vois un petit peu ce qui se passe parfois t'as peur tu vois les choses ne se sont tu vois l'histoire de Ziyead et Bouna qui sont décédés en 2015 je crois bah c'est toujours d'actualité en fait enfin tu vois c'est toujours des choses qui résonnent dans le cœur des gens dans l'esprit des gens donc oui c'est quand même des choses qui m'inquiètent ouais voilà et c'est vrai que hum
- Speaker #0
Moi, le challenge, j'ai élevé une petite fille. Une petite fille, ce qui est déjà un challenge en soi aujourd'hui.
- Speaker #1
C'est pas évident.
- Speaker #0
Mais quand on a une petite fille noire, comme tu l'as bien souligné tout au long de ton témoignage, on se pose encore plus des questions, on peut être encore plus inquiète. Mais du coup, toi, est-ce que tu dirais que tu es quand même malgré tout inquiète et que parfois ça te rend... presque pas l'envie de se résigner parce qu'on n'a pas envie de se résigner pour ses enfants. Ou au contraire, c'est peut-être les deux, peut-être les deux coexistent. Mais au contraire, ça te donne encore plus envie de faire avancer les choses, que peut-être même ça t'a permis de révéler des choses en toi, parce que tu as l'air de dire qu'on t'a pas forcément donné les clés à toi quand t'étais d'avoir confiance. Est-ce que peut-être... Parce que moi, j'ai l'impression que parfois, d'avoir ma fille, ça me pousse quand même à... à évoluer, à oser faire des choses que je n'osais pas. Oui,
- Speaker #1
les enfants nous aident à nous surpasser. Et pour répondre à ta question, moi, je dirais que c'est un mélange des deux. C'est un mélange des deux sentiments que j'avais quand j'étais enceinte. C'est-à-dire, c'est un mélange d'excitation et d'appréhension. Parce qu'en fait, personne ne nous prépare à être maman. Il n'y a pas de bouquin qui t'indique comment être la bonne maman, comment être une bonne maman cette année. Il n'y en a pas, ça n'existe pas, sinon on l'aurait tous acheté. Non, il n'y en a pas. On fait du mieux qu'on peut. Moi, je pense qu'en tant que parent, il faut montrer à nos enfants qu'on les aime. Qu'on les aime, quoi. Quoi qu'il arrive, qu'on est là avec eux, qu'on est là pour eux et qu'eux aussi nous apportent des choses. Parce que finalement, à travers nos enfants, on apprend aussi plein de choses. Moi, je sais que par exemple, là, en fin d'année, juste avant les vacances de Noël, ma fille, elle fait de la danse moderne cette année et ils font deux spectacles. Un en décembre et un autre en juin. Et quand je l'ai vu faire son spectacle sur les chansons du Roi Lion, avec son déguisement, avec sa preuve de danse et tout, qui dit... Fière d'elle qui a dit franchement, Iris, elle est à fond. Elle se donne à fond. Elle aime bien. Elle fait tous les gestes et tout. Tu vois ? Limite, ça m'a donné envie de reprendre des cours de danse. Une petite fille de 5 ans qui est pleine d'assurance, qui est pleine de vivacité, qui dit « Maman, tu viens voir mon spectacle pendant un mois. » Je dis « Oui, il faut que je sois coiffée comme ça. Il faut qu'on ait un chignon tiré vers le haut. » Elle était tellement motivée. Mais même moi, ça m'a donné envie de faire de la danse. Tu vois ? Et c'est ça la force aussi de nos enfants. C'est qu'on apprend à travers eux. Autant on est là pour les guider, les accompagner, etc. Mais à nous aussi, voilà, en tant qu'adultes, ils nous apprennent aussi des choses. Et voilà. C'est vrai que être une fille noire dans les années 80-90, c'est pas les mêmes enjeux qu'être une fille en 2026. Noire ou blanche, d'ailleurs. C'est pas les mêmes problématiques. Moi, je sais, par exemple, que... À l'époque, il y avait très peu de Noirs à la télé. Il y avait très, très peu. Il y a toujours ce sujet de représentation, mais ce n'est pas les mêmes problématiques que dans les années 80-90. Dans les années 80-90, quand il y avait l'une des premières Miss France qui était d'origine guadeloupéenne, j'étais contente. Je disais, ouais, c'est bien. Il y en a une qui a gagné, il y en a une qui a gagné, elle a la peau foncée comme moi et tout. À l'époque, quand on voyait... Je voyais Surya Bonali, j'étais contente. Tu vois, quand on voyait Marie-Josée Pérec, on était contentes aussi. En tant que femme noire, on voyait une femme qui gagnait des médailles, qui représentait quelque chose de fort, de positif. On n'en avait pas assez dans les années 80-90. Là, aujourd'hui, tu as des multiples exemples. Et c'est ça la chance que nos petites filles ont aujourd'hui. tu vois Donc, voilà. La représentation, pour moi, c'est fondamental. Avoir un discours positif aussi. Je pense que même si, effectivement, la violence existe, le racisme existe, le repli sur soi existe aujourd'hui. Et puis la violence aussi, aujourd'hui, elle est très virtuelle. Beaucoup de gens se cachent, en fait, sur les réseaux pour être extrêmement méchants. Mais je pense que l'affirmation que tu peux faire avec tes enfants, leur dire qu'ils sont beaux, qu'ils sont forts, qu'ils sont intelligents, etc., C'est un petit travail que tu fais tous les jours et tu fais pousser une graine de confiance.
- Speaker #0
Voilà. Trop bien. Et je dirais aussi de pourquoi. C'est vrai qu'aujourd'hui, ce que Montenay nous ressent, c'est d'expliquer aussi, les aider à mettre en lumière leur qualité. C'est-à-dire qu'en fait, tu es intelligent parce que tu as réussi à faire ci ou faire ça. Voilà. J'ai vu, tu as essayé deux fois. C'est persévérant. C'est-à-dire d'aller aussi... Ouvrir son vocabulaire et leur proposer plein de choses à se dire à eux-mêmes.
- Speaker #1
Exactement. Là, tu vois, pour Noël, mon fils avait demandé un dictionnaire. Parmi les cadeaux qu'il voulait. Il n'y avait pas que ça. Il y avait aussi les cartes Pokémon, les trucs des enfants. Mais il y avait un dictionnaire. Donc, moi, j'ai choisi un... un dictionnaire adapté pour les enfants de 7 à 11 ans, petit Robert, avec des images et tout. Et je te jure que depuis qu'il y a ce dictionnaire pour enfants à la maison, les enfants le regardent tous les jours.
- Speaker #0
Incroyable !
- Speaker #1
C'est marrant parce qu'à l'heure d'Internet, des réseaux, des tablettes, etc., le dictionnaire a le vent en poupe à la maison. Et ça, ça me fait plaisir. Tu vois, parce qu'en fait, il va poser des questions. Ça veut dire quoi, amphithéâtre ? Ça veut dire quoi, le temple ? Ça veut dire quoi ? Merci. et je lui dis regarde ton dictionnaire et il a le réflexe d'aller regarder et sa soeur fait la même chose sa soeur elle sait pas encore bien lire mais elle regarde les images ah j'ai vu un robot ah j'ai vu ci en fait ça suscite sa curiosité et je pense que c'est ça en fait c'est le fait de mettre des petits outils à leur disposition ça crée en fait une possibilité de faire de d'échanger avec eux sur divers sujets et je pense que c'est des choses qu'il faut faire tous les jours avec ses enfants Merci.
- Speaker #0
Trop bien. Alors, pour conclure, petite question comme ça. Si tu pouvais dire une chose à une maman qui vient apprendre qu'elle a une petite fille noire, enfin qu'elle va avoir une petite fille noire, ce serait quoi ? Moi, je lui dirais tout d'abord félicitations. Je lui dirais que tout va bien se passer. Je lui souhaite d'être bien entourée de personnes bienveillantes, aimantes, à son écoute. Et dès l'instant où elle aime son enfant, tout va bien se passer.
- Speaker #1
Trop bien.
- Speaker #0
Voilà, c'est ce que je lui dirais en fait.
- Speaker #1
C'est super, merci beaucoup.
- Speaker #0
Moi je t'en prie.
- Speaker #1
C'était trop bien et du coup, je l'ai appris en même temps que les auditeurs, enfin eux ils vont entendre le podcast après, mais je ne savais pas que tu avais donc ce blog, est-ce que tu peux nous en dire un tout petit peu plus ? Et comment on peut se retrouver ?
- Speaker #0
Avec plaisir. Alors moi, je suis sur les réseaux sociaux. Alors mon pseudo, c'est Kijib. Tu le connais parce qu'on échange déjà sur Instagram. Alors c'est un blog que j'ai créé en 2014 parce qu'en fait, quand j'ai embrassé la profession d'avocate, je ne savais pas qu'être avocate et avoir la peau noire en France, ça allait susciter autant de réactions. Moi, j'étais dans mes études de droit, je bachotais, j'allais à la fin, je préparais mes examens et tout. Et en fait, tu ne te poses pas la question de « oui, je fais des choses en tant que femme noire militante » , tu vois ce que je veux dire ? Je n'avais pas du tout ce truc-là. J'ai fait les choses parce que c'était une matière qui m'intéressait. Et puis voilà. Et c'est vrai qu'à l'époque, il n'y avait tellement pas de femmes noires dans cet univers professionnel que je me heurtais à des réflexions tout le temps. « Ah, mais comment ça se fait ? » « Ah ouais, mais comment t'as réussi à préparer l'examen ? Pourquoi t'as pensé à embrasser cette profession ? Mais tes parents ne sont pas avocats. Mais comment t'as fait ? » En fait, il y a eu tellement d'interrogations que je me suis dit, mais en fait, j'ai envie de coucher sur un papier tout ce que je vis pour pouvoir mettre en avant finalement d'autres femmes comme moi qui sont dans leur univers professionnel et qui peuvent peut-être vivre des moments où elles se sentent un peu seules en tant que femmes dans leur univers professionnel, etc. Donc voilà, à la base, c'était créer un petit blog qui me ressemble. Et le blog, il a évolué avec moi. Donc là, aujourd'hui, je ne parle plus trop de témoignages d'autres femmes. C'est plus des bouquins qui m'ont parlé, qui mettent en avant des personnages à la peau noire que j'aime bien présenter sur le blog et tout ça. Et là, le dernier post que j'ai fait, c'était en janvier. C'était en fait pour dire que, en tant que femme noire avocate, même si aujourd'hui je n'exerce plus, ça suscite encore aujourd'hui, alors que ça fait plus de 15 ans maintenant que j'exerce le métier, j'évolue dans l'univers du droit, puisque je n'ai plus exercé depuis 2016, mais je suis juriste aujourd'hui, ça suscite encore des commentaires. Et finalement, je me dis que le fait de parler de ses préjugés, de ton quotidien, etc., ça peut en fait donner envie à d'autres personnes de choisir ma voie, mais aussi de s'exprimer par rapport à ce que tu vis pour faire en sorte que les choses puissent changer. Voilà. Même si les choses changent très doucement, le fait de poser sur le papier, d'écrire sa propre histoire, de dire un petit peu ce que l'on vit, etc., Ça permet de prendre du recul par rapport à la situation.
- Speaker #1
Ok, super. Je mettrai tout ça en légende. Ok,
- Speaker #0
très bien.
- Speaker #1
Je suis ravie d'avoir découvert.
- Speaker #0
Moi aussi. Franchement, je vais partager un petit peu ce que tu as déjà fait sur ton podcast. Je vais aller écouter d'autres épisodes. Parce qu'en fait, je pense qu'il y a quelque chose aussi qui m'a sauvée en tant que maman, mais même en tant que femme du mien en général, c'est la sororité. C'est la solidarité entre femmes. Je trouve qu'entre femmes, entre mamans, on s'entraide. Ça peut vraiment nous sauver. Ça peut vraiment nous aider. Là, typiquement, mercredi, j'avais une grosse réunion au travail en Teams. Mercredi après-midi. Je ne pouvais pas aller chercher Iris à la danse. J'ai demandé à une maman, je lui ai proposé d'aller déposer sa fille à 14h45 et qu'elle vienne récupérer Iris et qu'elle la dépose à la maison. Parce que mon mari travaillait. Et elle m'a dit, OK, il n'y a pas de souci. Et si tu veux, pour d'autres mercredis, on peut s'arranger. Enfin, tu vois, je trouve que des petits moments comme ça, ça te libère en fait de ta charge mentale de maman. Oui,
- Speaker #1
tu vois.
- Speaker #0
Là, par exemple, toi, tu es podcasteuse, tu es maman, tu travailles. Tu vois, tu as plusieurs casquettes. Tu cours un petit peu partout comme nous toutes. Quand tu peux compter sur une autre personne pour ta fille, pour le travail ou peu importe, ça soulage un petit peu.
- Speaker #1
Oui, c'est clair. c'est une des raisons pour laquelle j'ai créé ce podcast et mon compte Insta Worship mon but c'est de créer une communauté tu vois il y a des partages d'experts mais comme je suis en coulisses on est aussi des expertes quelque part on n'en parle qu'on soit une expertise et on peut partager à
- Speaker #0
d'autres moments je suis tout à fait d'accord avec toi en tout cas merci pour cette interview c'est déjà la fin de cet épisode
- Speaker #1
J'espère qu'il t'a plu et surtout qu'il t'a donné envie de réveiller un petit grain de rébellion en toi et de révéler celui de ta fille. Si tu penses qu'il pourrait inspirer une autre maman autour de toi, partage-le lui. Et si tu veux me donner un coup de pouce pour faire grandir cette démarche, tu peux laisser 5 étoiles et un petit mot doux. Ça compte énormément. A très vite !