- Speaker #0
Bienvenue dans la saison 2 du podcast Passage, le podcast qui libère les filles. et leurs mamans. Moi c'est Alexandra, maman de Rose, une petite tornade à l'énergie débordante et au caractère bien trempé. Et tu sais quoi ? Savoir sortir ses épines dans une société qui attend encore trop d'elle qu'elle soit sage, c'est vraiment tout ce que je lui souhaite. Alors j'ai créé ce podcast pour moi et pour toutes les mamans qui veulent élire leur fille autrement. Pas sage, obéissante ou gentille à tout prix, mais confiante, libre d'être elle-même et bien dans leur basket. Des petites filles qui savent dire non, poser leurs limites, s'aimer telles qu'elles sont, qui n'ont pas peur d'essayer et d'échouer et qui plus tard sauront aussi se faire reconnaître à leur juste valeur. Alors ici, on démontre On démontre les injonctions, les stéréotypes et tous ces vieux réflexes qu'on pensait normaux. Tu sais les fameux « t'es pas belle quand tu fais la tête » . On parle de l'estime de soi, de confiance, de rapport au corps, aux émotions. Et on questionne aussi ce que notre société attend encore des petites filles, mais aussi de la place qu'elles laissent aux enfants. On parle de nos filles, mais aussi de nous. Parce qu'adduquer autrement, ça commence souvent par se libérer soi-même. Et parce que nous aussi, on mérite mieux que d'être sages. Alors, prête à bousculer les règles ? Oksana !
- Speaker #1
Bonjour !
- Speaker #0
Bienvenue sur le podcast Passage.
- Speaker #1
Merci.
- Speaker #0
J'ai une petite question là pour commencer, est-ce que tu es poilue aujourd'hui ?
- Speaker #1
Oui ! Les aisselles !
- Speaker #0
Les jambes plus ?
- Speaker #1
Ça devenait un peu long, j'avais envie d'épiler. C'est comme une coupe de cheveux finalement.
- Speaker #0
Tout le monde va se dire, mais pourquoi elle parle des poils dans les trois premières secondes de cette interview ? D'ailleurs un jour je pense que je ferai un épisode consacré sur les poils, parce qu'il y a beaucoup de choses à dire là-dessus. Tout à fait. Mais en fait c'est parce qu'on s'est rencontré très récemment sur Instagram, et qu'on avait envie de se rencontrer en vrai, et il se trouvait que je m'étais lancé un défi. de m'habiller de manière embarrassante dans les rues de Bruxelles, puisque je suis aussi élève et community manager d'une école de coaching et que cet été, j'ai montré les coulisses de cette école. Et donc, j'avais trois défis à relever. Et j'avais besoin de quelqu'un pour me filmer. Et il s'est trouvé que c'est tombé sur toi.
- Speaker #1
Oui,
- Speaker #0
très bien. Et je pense que tu es la bonne personne pour le faire. Parce qu'en plus, tu as travaillé dans une autre vie. Tu étais maquilleuse pour des stars. Oui,
- Speaker #1
pour les stars, en tout cas dans le milieu du cinéma et de la télé.
- Speaker #0
Éventuellement des stars. Et puis ce jour-là, il se trouve que toi, tu t'es lancé ce challenge de ne pas t'épiler pour montrer à ta fille qu'on peut aussi ne pas s'épiler. On va en reparler dans le podcast, donc je ne vais pas spoiler un peu plus. Mais voilà, c'est pour ça que je te posais cette question. Elle a un sens quand même. Et on va en reparler même. En tout cas, je te remercie beaucoup d'être là sur le podcast. Tu viens aujourd'hui en tant que maman d'une petite fille de 9 ans. Et il y a beaucoup de mamans de ma communauté qui ont des petites filles comme moi, 2, 3 ans, peut-être 5 ans. Je pense un peu moins sur ces âges-là de 9 ans, adolescence aussi. Mais du coup, c'est chouette d'avoir, après 9 ans de vie commune avec cette petite fille incroyable, on va en reparler, d'avoir ton retour sur ce que tu as mis en place et ce qui a l'air de fonctionner. Donc voilà, merci beaucoup d'être là aujourd'hui.
- Speaker #1
Avec plaisir.
- Speaker #0
Alors, tu m'as raconté que ta fille ne portait jamais de chaussettes. C'est pour ça que cet épisode s'appelle « Ma fille ne porte pas de chaussettes, et alors ? » Avec quelques conséquences olfactives, ça tu m'en as pas mal parlé aussi. On va revenir sur cette histoire parce que finalement, je trouve qu'elle raconte beaucoup de choses sur votre manière de fonctionner, la manière de fonctionner de ta fille, la tienne, la vôtre, Et puis aussi avec... avec son papa qui est très présent. Mais avant de parler de la petite fille qu'elle est devenue, je voulais qu'on revienne sur son histoire. Parce que finalement, son histoire, elle commence aussi pas mal en dehors des cases. Donc ta rencontre avec son père, votre décision très rapide d'avoir un enfant ensemble. Est-ce que tu peux nous en parler un petit peu plus ?
- Speaker #1
Eh bien du coup, Paul et moi, nous nous sommes rencontrés il y a 10 ans sur un plateau de tournage. Et en fait, au bout de deux mois de relation, on savait qu'on aurait une fille, qu'elle s'appellerait Dalia, et qu'on la commencerait sept mois plus tard, parce qu'il voulait qu'elle soit lion.
- Speaker #0
Vous vous êtes quand même mis en espèce d'entraînement intensif, à reprendre le sport, à manger végétarien.
- Speaker #1
Oui, en fait, tout ça s'est mis naturellement, parce qu'on s'est rendu compte qu'on n'avait plus envie de manger de viande, et puis on s'est dit, bon, ok, devenons végétariens officiellement. On a arrêté de fumer, on s'est mis au sport. Tout ça un peu dans l'idée de préparer nos corps pour la date de conception. Et en fait, c'est arrivé. Au bout de neuf mois de relation, Dalia était en route. Et donc, au bout de dix mois de relation, on avait un bébé qui est né à la maison aussi. Parce que là aussi, très rapidement, c'était une idée qui m'est venue d'accoucher à la maison. Alors que, je ne sais pas, peut-être un an encore avant, je me disais, si jamais un jour j'ai un enfant, moi, c'est d'office césarienne, je veux tout contrôler, je ne veux pas... Je ne veux pas aller m'abîmer là-dedans. Donc oui, on a déjà commencé à instaurer une espèce d'état un peu de rébellion, qui n'est pas un état de rébellion en fait, parce que c'était... Enfin, rébellion pour les autres, mais pour nous, c'était la juste route à avoir. Et oui, on a fait beaucoup de choses un peu hors des sentiers. On a interdit les visites après l'accouchement pendant une semaine. Et tout ça avant le Covid qui permet maintenant d'interdire les visites en maternité, etc. C'était hyper fluide pour nous de faire comme ça, mais pour l'entourage, ça allait un petit peu moins parce que ça sort complètement de ce qu'on a l'habitude d'avoir.
- Speaker #0
Comment ils ont réagi justement à ces choix de maternité ? Est-ce que toi, tu es déjà quelqu'un qui sortait des cases et du coup... Ils se sont dit, attention, on a l'habitude, où ils étaient quand même surpris. Et comment ils ont réagi ? Et comment toi, tu as géré ça après ?
- Speaker #1
Je pense que mes parents se disent, allez, avec quoi est-ce qu'elle vient encore, Shanna ? Mais il y a quand même ce truc aussi de, vu que c'était le premier petit enfant, je pense qu'ils se sont fait aussi tout un monde de comment eux allaient être grands-parents. Mais sans tenir compte de ce que moi, j'allais mettre en place aussi en tant qu'individu, en tant que nouvellement parent et de ce que moi, je comptais faire avec ce nouveau rôle aussi. Et donc, oui, au début, végétarienne, déjà, c'était un peu compliqué parce que moi, je viens d'une région où la viande, c'est quand même... Important, si on pouvait faire entrée plat et dessert en viande, ce serait merveilleux. Il y a le côté bon vivant de la viande. Et donc, je cassais déjà une convention sociale qui était un petit peu compliquée au début.
- Speaker #0
Toi, tu es belge, on ne peut pas préciser.
- Speaker #1
Oui, c'est ça, je suis ardonnaise à la base et maintenant, je vis à Bruxelles. Et puis je pense aussi par rapport à la grossesse, de se dire, mais attends, pour Dalia, il y a quand même des conséquences peut-être, etc. Donc beaucoup d'a priori aussi à ce niveau-là. Puis l'accouchement à domicile, là ça a été, voilà, mais il y avait vraiment ce truc de pourquoi revenir en arrière quand on a toute la sécurité de l'hôpital ? Oui, justement, en fait, moi je n'ai pas envie de cette sur-sécurité-là, j'ai envie de pouvoir pousser quand j'ai envie de pousser, pas quand on me le dit, j'ai pas envie que... On me touche dans tous les sens. Je veux être chez moi, tranquille. Et juste avoir pleinement confiance en mon corps et en mon bébé, en fait. Et je me souviens de mon père qui... D'ailleurs, il dit qu'il n'a jamais dit ça maintenant. Mais il m'a dit, oui, j'aimerais bien voir ça à douillette comme tu es. J'étais, bon, OK. Mais ça en dit plus sur lui, sur la façon dont il me connaît que sur ma réelle compétence, finalement. Et puis, bon, excusez-moi, monsieur. Le jour où vous aurez accouché, on en parlera, tu vois. Donc oui, sur le coup, avec les hormones, tu es un peu là, tu prends ça quand même en pleine figure. Et puis bon, heureusement que Paul était là en me disant, oui, bon, allez, c'est bon, c'est pas grave, en soi, il a le droit de penser ça. Et puis toi, tu prends ta capacité, c'est tout ce qui compte. Et oui, et puis dire qu'il n'y aura pas de visite avant 7 jours, ça, ça a été vraiment compliqué, quoi. Là aussi, je pense que mes parents et particulièrement mon père, parce que c'est surtout lui qui en a parlé, dans ses projections du grand-parent, c'était normal que dans les premières heures, il monte à Bruxelles pour venir à la maison. Et en fait, j'ai dit non, non, non, tu peux venir si tu veux, mais nous, on ne t'ouvrira pas. Ça a été un peu difficile à accepter au début. Et puis en fait, Dalia a très bien fait ça. Elle est née une nuit de dimanche à lundi, donc d'office où on travaillait, donc ils n'ont pas pu venir de la semaine. Donc elle était déjà à fond dans notre équipe, Dalia, donc c'est super. que ça se soit passé comme ça parce que vraiment ça a complètement justifié les 7 jours de non-visite.
- Speaker #0
Jusqu'à finalement aussi leur apprendre que tu allais l'instruire à la maison alors que ta mère est instite, je crois, était instite.
- Speaker #1
Oui, oui, oui, c'est ça. Oui, oui, il y a eu ça. C'est vrai que ça, pendant la grossesse, en fait, on a décidé que Dalia serait instruite à la maison. Et donc, oui, là, en quelques mois, ça a été beaucoup de... Beaucoup de nouvelles choses pour eux. Et je pense profondément que tout ça, s'il enlève vraiment tous mes filtres sociétaux, éducatifs, etc., je pense que c'est quelque chose qui était là en moi. Et en fait, Paul est juste venu ouvrir les vannes d'un truc qui était si évident.
- Speaker #0
Il y avait des choses d'autres endroits dont tu avais questionné, mais il a fallu que le sujet arrive, donc la maternité, la naissance d'enfants, etc., les sujets arrivent pour... commencer à les questionner.
- Speaker #1
Ah oui, oui. Et pour ça, la maternité m'a révélée tellement en tant qu'individu et en tant que femme aussi. Je n'ai jamais été aussi bien dans mon corps et avec moi-même que depuis la maternité. Rien que par rapport à mon corps. Les jours où j'ai des doutes, où je ne suis pas bien avec moi-même, je me dis, mais attends, mais rappelle-toi un peu tout ce que ce corps a fait, porté. Porter un enfant, le mettre au monde, faire du lait pour la nourrir. J'ai fabriqué des os, les os de quelqu'un d'autre. Est-ce que ça, ce n'est pas un super pouvoir ? Franchement, des os, tu imagines la matière, la solidité du brol. De me dire ça, mais des os, quand tu as vraiment construit ce truc qui est hyper dur. Et ce, quelqu'un d'autre en plus. Donc, après, ça va mieux. Quand je me dis ça, ça va beaucoup mieux par rapport à mon rapport au corps.
- Speaker #0
Tu lui dis ça parfois à Dalia pour qu'elle se rende compte que le corps d'une femme, tu vois, c'est vraiment incroyable. Vous en parlez de ça ?
- Speaker #1
Alors, j'ai certainement dû dire ça comme ça. Mais par rapport au corps, de le rendre génial. Mais par exemple, l'autre jour... On était toutes les deux dans la salle de bain et je lève mes bras, je vois mes poils d'aisselle et je me dis « T'as vu, c'est génial ! » Je me dis « Mais vu mes poils aussi longs quoi ! » Il a fallu tout ce temps pour me rendre compte que mes poils pouvaient être longs comme ça, c'est formidable quand même de me dire qu'en fait ils sont comme ça naturellement. Et donc je ris un peu de ça, j'amène de la légèreté dans ce corps qui est tellement chargé d'injonctions. Et elle m'a regardée et m'a fait « Ah oui ! »
- Speaker #0
pour elle c'est devenu quelque chose qui existe justement vu que tu parles des poils donc quand on s'est rencontré tu as notamment fait ce choix de ne pas t'épiler les ailes et les jambes et tu m'avais expliqué c'était parce que toi même tu essayais d'incarner ce que tu voulais que Dalia intègre et là tu voulais qu'elle comprenne quoi en faisant ce choix visiblement elle a compris mais c'est quoi que tu cherchais à lui montrer ?
- Speaker #1
pour moi c'est elle a 9 ans Donc... l'adolescence va bientôt arriver, le rapport au corps va peut-être prendre plus de place et moi ce que je veux c'est qu'elle se sente libre, complètement libre avec son corps, c'est-à-dire que là l'idée c'est pas que je décide d'arrêter de m'épiler c'est de m'épiler si je le souhaite, si moi je le souhaite donc de ne pas m'épiler pour les autres ou parce que la société me dit de le faire donc la liberté c'est de pouvoir porter ou non des poils C'est pareil avec le soutien-gorge en fait. Là, je crois que ça fait 15 ans que je ne porte plus de soutien-gorge. Si elle veut en porter, elle en portera. Si elle ne veut pas, elle n'en porte pas. C'est la liberté de disposer pleinement de son corps comme elle, elle l'entend. Et ça m'a fait même réfléchir plus loin par rapport au consentement où on apprend tellement aux enfants que... ton corps t'appartient, personne n'a le droit de le toucher ou de le regarder, etc. Tous ces trucs autour du consentement. Mais en fait, ça, ça ne marche pour toute la vie que pour les garçons. C'est-à-dire que pour les petites filles, à partir de l'adolescence, on va leur dire, ah oui, le consentement, c'est important, mais attention, là, tu as des poils, il faut les enlever. Là, tu as des seins, il faut les cacher. En fait, pour les filles, ça s'arrête à l'adolescence, le consentement. Libre et éclairé du corps. Et parfois même avant, parce qu'on va dire aux petites filles de déjà cacher leur poitrine inexistante, etc. Et là, pareil, tu vois, par exemple à la plage, moi je fais du topless. Et des fois, je n'ai pas envie, je mets mon haut de bikini, et puis des fois, je n'en porte pas. Pour qu'elle ait cette liberté-là. Surtout en plus, quand je vois certains hommes qui ont des gougouttes qui sont plus grosses que les miennes, je me dis, bon, qui devrait les cacher en fait ?
- Speaker #0
Les gougouttes, c'est une expression belge ? C'est un truc que je ne connais pas, d'accord.
- Speaker #1
Oui, peut-être, je ne sais pas. Mais l'image est très claire.
- Speaker #0
Oui, très très claire.
- Speaker #1
Donc oui, c'est vraiment cette idée de pouvoir disposer de son corps et par rapport au consentement, que ça ne s'arrête pas à l'adolescence. Donc ce n'est pas par revendication que je laisse pousser mes poils, c'est par liberté. Et quand je porte mes poils avec un short, C'est pas pour montrer au monde, regardez, je sais porter mes poils, j'ai aucun problème avec ça. Non, c'est juste parce qu'il fait chaud, j'ai envie de porter un short, où je n'ai pas envie d'une sensation sur mes jambes, avec un pantalon ou une jupe. Et en plus, en fait, non, j'ai pas envie de ressentir la douleur de l'épilation ou de la repousse, en fait. Donc, voilà, j'ai envie de sortir avec mon short parce que j'ai chaud, et avec mes poils parce qu'ils sont là, en fait. et donc c'est absolument pas par... par revendication, par rébellion, mais vraiment par liberté de disposer de mon propre corps, comme je l'entends.
- Speaker #0
Et aujourd'hui, quand elle te voit avec des poils, du coup, elle, ça lui semble finalement normal, c'est ce que tu disais tout à l'heure.
- Speaker #1
Ah oui, je pense que... Déjà, j'ai jamais fait... Écoute, j'ai décidé de laisser pousser mes poils pour que toi, tu te sentes bien avec ton corps. J'ai jamais utilisé ces termes-là. Mais en fait, pour elle, ça existe et c'est tout, en fait.
- Speaker #0
Ça me fait penser à une anecdote que tu m'avais partagée où en fait parfois tu lui demandes son avis sur ses propres vêtements parce que tu trouves ça... pardon, sur tes vêtements, sur la manière dont tu t'habilles, parce que tu trouves qu'elle a bon goût mais en fait, maintenant systématiquement ce qu'elle te répond c'est non mais maman, toi, ce qui est important c'est comment tu te sens, comment tu te sens dans ce vêtement
- Speaker #1
Oui mais c'est ça, ça c'est super, ça c'est super qu'elle se dise ça, alors que ma question C'est par exemple je vais m'habiller et puis j'ai un doute sur l'association, pas sur comment je me sens ou comment les autres vont me percevoir. C'est sur l'association et voilà comme je trouve qu'elle a un super style, je suis vraiment très très fan de ma fille, on va vite le découvrir. Mais donc comme je trouve qu'elle a un super style et qu'elle a vraiment bon goût, je lui demande son avis sur l'association. Et c'est vrai que spontanément elle me dit mais attends mais comment toi tu te sens là-dedans ? Moi je me sens bien, mais au niveau stylistique, de cette idée un petit peu de beauté aussi quelque part, je ne suis pas sûre de l'association. Et donc là elle va me donner son avis, elle va me dire peut-être tu aimais plutôt ces chaussures-là ou pas, c'est vrai que peut-être la couleur, est-ce que tu n'aurais pas un truc plus dans ce style-là ? Et donc voilà, c'est vraiment plus pour lui demander son avis en tant qu'individu, parce que moi j'estime qu'elle est mon égale. Il n'y a pas du tout ce rapport de dominance parce que je suis le parent. Et donc, je lui demande son avis parce que je trouve qu'elle a très bon goût et que c'est une de ses nombreuses qualités, évidemment. Mais c'est super que son premier réflexe, c'est de demander « Mais comment toi, tu te sens dans ton corps par rapport à ça, par rapport aux vêtements ? » Ça, c'est jackpot. Je suis hyper contente par rapport à ça.
- Speaker #0
Alors oui, on a bien compris que tu étais fan de ta fille. D'ailleurs, tu m'as dit « ma fille, c'est ma muse » .
- Speaker #1
Oui, tout à fait.
- Speaker #0
Et qu'est-ce que tu veux dire par là ? Parce que quelque part, c'est elle aussi qui te montre finalement comment l'élever, c'est ça ?
- Speaker #1
Complètement. Pour moi, elle est une source d'inspiration tellement puissante, en fait. Parce que oui, déjà, par rapport à l'éducation, j'ai l'impression que c'est elle qui me montre son mode d'emploi. C'est génial parce que comme je l'instruis à la maison, j'ai tout le loisir et le temps pour pouvoir l'observer aussi et être pleinement dans l'écoute de qui elle est. Et en fait, j'ai l'impression que chaque seconde, elle me montre comment elle fonctionne. Bon, après, ça ne veut pas dire que c'est un long fleuve tranquille. On a quand même... des fortes personnalités toutes les deux, c'est ça aussi qui est aussi drôle de voir aussi les petites choses qu'elle a de moi, qu'elle a de son père et de ce qu'elle est aussi pleinement elle-même en tant qu'individu et même pour la vie de tous les jours. J'ai envie de faire plein de trucs avec elle. Et je pense que le fait de l'instruire à la maison fait aussi qu'on a le loisir de pouvoir explorer plein de choses ensemble. Donc oui, on va créer des podcasts, on va créer un livre. C'est des super projets qu'on fait ensemble et donc ça, c'est super agréable aussi.
- Speaker #0
Je pense que quand tu dis « Elle me montre comment l'élever » , c'est aussi que toi, tu sais. tu sais être attentive à ça. Alors, comme tu le dis, tu la vois toute la journée parce que tu l'insures à la maison. Mais je pense que si, parfois, on ne lit pas nos enfants, c'est parce qu'on ne les lit pas, justement. C'est parce qu'on n'est pas attentif à ce qu'ils nous montrent. Et je trouve que ce qui... On peut peut-être rebondir sur l'épisode des chaussettes. Les fameuses chaussettes. Parce que Dalia ne porte jamais de chaussettes. Est-ce que tu peux nous expliquer pourquoi et comment toi tu as réagi au départ ?
- Speaker #1
Je pense que ça fait trois ou quatre ans que Dalia ne porte plus de chaussettes, ni en été, ni en hiver. Donc voilà, elle a des baskets où elle est pieds nus dedans. Et au début, quand ça a commencé, moi je pensais qu'elle était juste inconfortable, peut-être parce que la chaussette était mal mise, etc. Mais en fait, chaque sortie est devenue vraiment source de stress parce que, toujours à mettre ses chaussettes, c'était hyper compliqué, elle pleurait, il y avait une incompréhension aussi de ma part. Et puis, parce que moi je me disais, mais attends, là c'est l'hiver, il faut mettre des chaussettes, il fait froid, etc. Et donc, je pensais que le bon sens faisait que j'avais le droit. finalement d'imposer ces chaussettes parce que je ne voulais pas qu'elle ait froid. Et en fait, je me suis rendue compte que là où ça coinçait, venait de mon côté parce que j'avais peur qu'elle ait froid, j'avais peur qu'elle tombe malade et du coup elle souffre en étant malade. Et puis de me dire, je suis responsable de cet enfant, donc je sais mieux qu'elle, alors que j'avais déjà cette conscience de... Si elle ne met pas de manteau ou si je ne lui mets pas un pull en plus, c'est qu'elle sait qu'elle n'aura pas froid. Et il y avait vraiment une fixette avec ces chaussettes-là. Et puis voilà, je n'avais pas envie qu'elle pue les pieds, il faut le dire honnêtement aussi. Il y avait vraiment toutes ces espèces de croyances-là. Et en fait, un jour, je me dis mais attends, là on est toutes les deux en train de tirer sur une corde. Il faut qu'une de nous deux lâche l'affaire. Parce qu'on ne peut pas continuer à être systématiquement en conflit dès qu'on sort de la maison. Et en fait, elle me disait depuis le début qu'en fait, les chaussettes, ce n'était pas possible pour elle. Ce n'était pas juste parce que la chaussette était mal mise. C'était juste qu'il y avait un inconfort, que ça grattait, que la couture était désagréable, etc. Et elle me le disait, en fait. Elle me le disait complètement. et en fait le bon sens Le bon sens et la peur de l'avoir éventuellement souffrir à cause du froid ou d'une maladie faisait que moi je luttais en disant mais non c'est comme ça, il faut mettre des chaussettes, il fait froid dehors etc. Et en fait le bon sens n'avait finalement aucun sens. Et un jour j'ai décidé de lâcher l'affaire parce que ce qui compte c'est comment elle se sent et puis en fait qu'est-ce qu'on risque ? Et en fait depuis elle ne porte plus de chaussettes, on lui en a plus jamais acheté. Et donc, elle sort sans chaussettes.
- Speaker #0
Elle a plusieurs paires de chaussures pour faire aérer.
- Speaker #1
Du coup, ce qu'on a convenu, c'est que les baskets, c'est systématiquement sur la terrasse. Et puis, je les lave régulièrement dans la machine. Il y a une hypersensibilité sensorielle au niveau des matières, au niveau des textures et de tout ce qui peut toucher sa peau, etc. Donc, Bella, par exemple, il y a deux ans, elle a passé tout l'hiver avec une seule robe pull. Elle a eu que ça, elle ne voulait rien mettre d'autre, c'était vraiment obsessionnel là-dessus, ce n'était pas possible autrement pour elle alors qu'elle a d'autres vêtements. Bon, alors c'est super, du coup, elle n'a pas un dressing énorme, elles tournent toujours avec les mêmes choses. Mais voilà, par exemple, elle a un truc avec les culottes. Elle a des culottes depuis plusieurs années qui sont trouées, mais qu'elle adore porter. Et du coup, les culottes, elles sont toutes détendues. Maintenant, elles grandissent avec elle, finalement. Et vous les lavez ?
- Speaker #0
Ça vous arrive de laver une culotte le soir pour qu'elle puisse la remettre le lendemain ?
- Speaker #1
Exactement. Voilà, tout à fait. Donc oui, oui. Pour nous, ce n'est pas du tout un problème. Ça ne nous coûte rien de laver sa culotte pour qu'elle sèche la nuit, pour qu'elle puisse la remettre le lendemain. Si c'est plus confortable pour elle. Parce que j'ai essayé d'acheter des nouvelles culottes. Alors parfois, elle accepte. de changer, mais elle revient toujours à ces espèces de culottes doudou là, je ne sais pas.
- Speaker #0
Mais je pense qu'il y a quand même beaucoup de parents qui se disent, peut-être même parmi mes auditeurs, mes auditrices, qui vont se dire, mais quand même, tu vois, aller jusqu'à laver ses culottes le soir, on a peut-être d'autres choses à faire. Qu'est-ce que tu aurais envie de leur dire, toi ?
- Speaker #1
Eh bien, moi, j'aimerais qu'on transpose cette situation au monde des adultes. J'ai mes règles et je porte des culottes de règles parce que c'est beaucoup plus confortable pour moi, ça ne gratte pas, ça ne pue pas, moi je préfère vraiment ça. Et admettons qu'un jour j'ai des règles qui sont vachement plus abondantes que d'habitude et donc je dois me changer plus régulièrement que d'habitude. Et il se trouve qu'à un moment donné je vais arriver à court de culottes et le rush de la vie fait que je n'ai pas le temps de les laver. Et la facilité dirait, allez, c'est bon, achète-toi des serviettes et des tampons, ce n'est pas pour une fois. Et en fait, non, je ne peux plus. En fait, ça gratte, ça pue. Mon confort est plus important que la facilité à ce moment-là. Et admettons que Paul me dise, écoute, vu que tu n'as pas le temps, que tu es un peu dans le rush, moi, je vais te laver quelques culottes. Comme ça, tu vas pouvoir te faire un petit roulement. Eh bien, si Paul proposait ça, le monde se dirait « Mais c'est qui ce gars ? C'est le goat du green flag ? Ouais, je veux le même mec ! Ouais, super, il a fait qu'il a de la règle ! Oh là là, vraiment super ! » Et en fait, mais pourquoi est-ce qu'on n'accepterait pas ça pour Dalia, en fait ? C'est exactement la même chose. C'est une question de confort. Et en lui montrant ça, c'est une façon de lui dire « Voilà comment est-ce qu'on prend soin de toi. » voilà comment est-ce que tu peux prendre soin des autres et même prendre soin d'elle-même. Et je trouve que ça lui met des standards et elle apprend vraiment comment on prend soin d'elle. Et ça lui met vraiment un standard de se dire, ok, en fait, en dessous de ça, c'est presque pas digne de moi, tu vois. Alors que c'est la base de... dire c'est pas digne de moi, c'est un grand mot, ça fait très égocentrique, mais c'est... Moi, je préfère qu'elle soit gavée d'amour et qu'elle sache où est le curseur que de... que, en fait, d'accepter des miettes d'amour parce qu'elle a un semblant de sentiment d'être aimée, quoi.
- Speaker #0
Après, est-ce que t'as l'impression qu'elle va être... Elle va, du coup, exiger toujours, toujours, toujours plus ? Ou au contraire, le fait que vous preniez soin de... plein d'endroits chez elle, du coup, elle n'a pas besoin, forcément, d'essayer peut-être de vous tester, tester si vous l'aimez, en vous demandant des trucs impossibles, quoi.
- Speaker #1
J'ai l'impression qu'elle n'exige jamais rien, en fait. Et même au contraire, je vois à quel point elle est attentionnée. Là, je repense à il y a quelques jours... elle me trouvait un petit peu fatiguée et elle avait vu que j'avais mangé du chocolat et elle me dit est-ce que tu as tes règles en ce moment ? et je voyais que déjà ça faisait un mécanisme dans sa tête elle associait les trucs que je fais d'habitude et elle était elle aurait pu m'apporter ma petite bouillotte elle aurait pu m'apporter plein de petites choses comme ça pour prendre soin de moi et il se trouve que j'avais pas du tout mes règles mais je trouvais ça génial de De cette association-là, elle est un peu plus fatiguée, elle mange du chocolat. Peut-être qu'on est à ce moment du cycle. Parce que les règles, ça a toujours été un non-sujet à la maison. Ça existe, c'est tout. Ça arrive tous les mois, il n'y a pas de raison qu'on cache ça. Ça fait partie de la vie, en fait. Et là aussi, je lui montre que ça existe et comment est-ce qu'on peut être pendant cette période-là. Et Paul montre aussi comment est-ce qu'on prend soin des femmes pendant cette période-là.
- Speaker #0
Et donc, oui, je trouve ça très beau qu'elles soient en apprentissage aussi, de prendre soin de l'autre et prendre soin d'elle-même quand elle-même sera à ce stade et on sera toutes les deux sous la couette comme ça avec notre barre de chocolat et en regardant Paudane de Jacques Demy.
- Speaker #1
Mais après, je pense aussi que c'est parce que laver ses culottes le soir, ça vient pas Alors, comment dire ? Pour certains parents, si c'est trop, alors il ne faut pas le faire, peut-être. Tu vois ? Je pense que ça débranle aussi des limites de chacun. Et moi, ce que j'ai aimé aussi, c'est ce que tu m'avais dit. Toi, tu te dis souvent que plus tard, avec Paul, vous en rigolerez, de vous dire que je te rappelle à l'époque quand on lui lavait ses cuilles.
- Speaker #0
Oui, mais c'est clair. Et évidemment, la limite à ça, c'est notre propre capacité d'état de fatigue, de temps, etc. Et comme moi je suis autiste, j'ai besoin de plus de temps seul, de temps de repos, pas nécessairement de dormir mais de repos et vraiment de pouvoir me recharger tranquille. Et donc il y a des fois où je ne peux pas être là pour elle parce que je dois d'abord m'occuper de moi en fait. Et ça c'est quelque chose que je lui dis depuis tout lourd en fait. Elle ne parlait même pas que je lui disais déjà écoute attends là je vais te déposer un peu dans ton lit. Parce que là, j'ai besoin de juste quelques minutes pour moi, pour pouvoir être pleinement avec toi après.
- Speaker #1
Pas dans une espèce de posture sacrificielle, un peu dans laquelle certaines mamans peuvent tomber un peu en recherche d'approbation et d'amour de leur enfant, peut-être aussi, pour voir si c'est ça. Toi, ce n'est pas ça, en fait. Et c'est ça qui est important de montrer. C'est ce que je pense qu'il y en a qui pourraient juger le fait de la laisser s'habiller comme elle veut, etc. On n'a pas tout dit, hein. Mais comme un peu du laxisme, d'autres comme... Voilà, du sacrifice, mais j'espère qu'on arrive à montrer que ça n'a rien à voir avec ça, en fait, et que ça...
- Speaker #0
Non ! Non, non, parce qu'en fait, moi, je fais tout ça avec amour et générosité, mais je n'ai aucune attente derrière. Je ne lui donne pas tout ça pour qu'elle me donne quelque chose en retour. Je pars du principe que les enfants font ce qu'on fait et ne font pas ce qu'on dit. Et je pense que le principe éducatif que j'ai repose là-dessus. C'est... Vraiment, comment lui apporter des outils si moi-même, je ne me les applique pas ? Donc, si moi-même, je ne le fais pas, elle ne pourra jamais le faire. Et ce truc de culotte, c'est vraiment l'exemple. OK, c'est comme ça que j'ai envie de prendre soin de toi. Parce que si tu es plus confortable comme ça, je veux bien le faire. Mais ça peut arriver que... Déjà, c'est souvent Paul qui le fait d'ailleurs. Mais si une situation similaire était transposée à moi, c'est vraiment le truc de... Ok, non, en fait, là, écoute-moi, j'ai besoin d'aller me reposer. Ou là, je n'ai concrètement pas le temps. Donc, est-ce qu'on peut collaborer ensemble ? Est-ce qu'on peut se rejoindre à un endroit ? De se dire, ok, est-ce qu'on peut mettre une autre culotte qui serait peut-être une préférée aussi ? Et éventuellement, quand j'ai un peu plus de temps, je relave l'autre, tu vois ? Mais essayer à un moment donné de se rejoindre à un endroit. de voilà comment je me sens, voilà quel est mon besoin, quel est toi ton besoin et comment est-ce qu'on peut se rejoindre. C'est toujours cette idée-là parce que moi, je n'ai pas l'impression du tout de me sacrifier parce qu'en fait, ce que je fais, je le fais avec joie. Et d'ailleurs, c'est ce qu'on lui dit aussi globalement, si ça ne t'amuse plus, arrête de le faire. Voilà,
- Speaker #1
c'est...
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
Et là, du coup, ce qu'on comprend, c'est que vous réussissez à vous adapter à elle, mais qu'en miroir, ça lui montre aussi comment s'adapter à vous. Mais si on prend le monde extérieur, il y en a qui pourraient vous dire aussi, mais le monde ne va pas toujours s'adapter à elle. Est-ce que tu essaies de lui apprendre aussi quand même un peu à s'adapter au monde extérieur ? Est-ce qu'il y a des règles sur lesquelles tu ne te rends pas ? Est-ce que toi, tu n'as pas peur ? Parce que moi, parfois, c'est aussi une peur que je peux avoir. qu'un jour, en fait, elle va être confrontée au monde extérieur et ses limites et que ça va être vraiment brutal pour elle.
- Speaker #0
Alors moi, j'ai déjà du mal avec le mot « adapter » . Parce que j'estime que le fait de s'adapter, c'est perdre une part de soi pour correspondre à une norme. Et ce mot, je crois que je l'ai tellement entendu. tellement on me l'a dit, de rentrer dans le moule, de faire des efforts, etc., que du coup, je n'ai pas du tout envie que Dalia s'adapte à quoi que ce soit. En tout cas, pas dans le sens perdre une partie de toi pour correspondre à une norme. C'est vraiment dans ce sens-là. Et le monde extérieur, Dalia, elle est née dedans et elle vit toujours dedans. C'est-à-dire que, alors à titre personnel, c'est vraiment ça, c'est mon avis strictement personnel et je ne condamne absolument pas. Pour moi, en fait, les enfants naissent donc dans le monde extérieur. On les extrait en les mettant à l'école. Et l'école, pour moi, ne prépare pas au monde extérieur, mais au monde du travail. Et donc Dalia, et après du coup on les remet dans le monde extérieur sans avoir tous les outils du monde extérieur finalement. Ils ont les codes du monde du travail mais pas du monde extérieur. Et donc pour moi, et encore une fois, il n'y a pas de jugement, chacun fait bien comme il peut, comme il veut, etc. Voilà, c'est vraiment uniquement mon point de vue. Et donc Dalia en fait, elle est née dans le monde extérieur et elle continue à être dans le monde extérieur. Et elle ne côtoie pas que des gens de son âge, elle côtoie des gens de tous les âges, au quotidien. et confrontée, entre guillemets. Ce n'est pas une confrontation, parce que finalement, c'est juste la vie. Elle côtoie des gens, elle côtoie des situations, des comportements, la nature. Elle est déjà dans ce monde extérieur. Et donc, il n'y a pas ce... Et ça se passe bien ? Oui,
- Speaker #1
et ça se passe bien.
- Speaker #0
Évidemment qu'elle voit qu'il y a des choses qui lui paraissent incohérentes, qu'il y a des choses qui peuvent paraître compliquées. Mais oui, moi, je n'ai pas du tout de peur par rapport à ça, parce qu'en fait, elle est déjà pleinement dans le monde avec les confrontations que ça peut comporter.
- Speaker #1
Est-ce que tu trouves que justement, le monde extérieur, il a quand même plus d'attentes envers les petites filles et qu'on tolère peut-être moins facilement qu'une petite fille ne se conforme pas à certaines règles sociales ? Est-ce que tu as vécu des choses comme ça avec Dalia ? par rapport au fait que ce soit une fille ?
- Speaker #0
Alors, au tout début, je pense que c'était peut-être les deux, trois premières années. Les deux premières années, certainement. Par exemple, moi, j'avais interdit tout ce qui était rose. Parce que je voulais changer le regard autour de moi. J'avais rien en soi contre le rose. Mais je ne voulais pas que... On tombe dans ce cliché de la petite fille avec du rose. Il y avait des gens qui l'appelaient princesse et j'avais dit non, non, ce n'est pas une princesse. Ou alors qu'on lui faisait des compliments sur le fait qu'elle était jolie. C'était plutôt des compliments physiques. Et donc moi, j'allais, par exemple, oh, qu'est-ce que t'es jolie dans ta robe. Et du coup, moi, j'allais rajouter, c'est vrai que cette robe lui va bien. Tu vois, je retournais le truc ou oh, qu'est-ce qu'elle est belle. Et je rajoutais, ah oui, elle est curieuse, et qu'est-ce qu'elle est drôle. À chaque fois que quelqu'un donnait un compliment sur son physique, je rajoutais quelque chose de différent qui n'était pas lié à son physique. Et d'ailleurs, au niveau de ce que je veux lui transmettre aussi, c'est qu'elle n'est pas qu'un physique. C'est que je veux qu'elle soit un esprit, je veux qu'elle soit cultivée. Parce que moi on m'a beaucoup dit, on m'a beaucoup limité en fait à un physique et j'ai longtemps longtemps cru que oui c'est quelque chose qui allait m'ouvrir des portes et qui allait me faciliter la vie etc. Et alors ça a ouvert quelques portes mais en fait derrière il n'y a pas grand chose quoi. Et donc moi je lui ai dit ok c'est pas un problème d'être jolie, tu es physiquement ce que tu es. Mais par contre, le savoir, c'est le pouvoir. Et pour moi, c'est vraiment important parce que j'ai vu aussi par moi-même, quand j'ai commencé vraiment à me cultiver, à m'instruire plus profondément, j'ai vu aussi la différence au niveau social, la façon dont on pouvait me voir aussi, qui était beaucoup plus profonde qu'un simple physique.
- Speaker #1
Et ça, juste, tu n'as pas peur que ce soit quand même une exigence et qu'un jour, tu vois, elle soit au micro d'un podcast et elle dise, oui, je ne sais pas, ma maman, elle a quand même beaucoup insisté pour que je sois cultivée. Tu vois ce que je veux dire ou pas ?
- Speaker #0
Oui, oui, tout à fait. De toute façon, à un moment donné, elle aura certainement quelque chose à me reprocher. Ça fait partie de la vie. Moi, j'essaie de l'élever. Alors, il y a beaucoup de gens, j'ai l'impression, qui élèvent leurs enfants. en fonction de ce que leurs parents ont fait ou n'ont pas fait. Moi, j'essaie d'élever Dalia, et je ne dis pas que c'est la bonne méthode non plus, mais j'essaie d'élever Dalia en fonction de qui je suis et en fonction de qui elle est, sans comparaison. Sinon, je ne m'en sors pas. Entre ce que mes parents ont fait, pas fait, ils ont fait ce qu'ils ont fait. Et du coup... Je pense que Dalia aura de toute façon à un moment donné quelque chose à me reprocher, parce que peut-être que je n'aurais pas été assez à l'écoute, ou que j'aurais fait quelque chose peut-être d'imposé malgré moi. Parce que voilà, comme tu dis, c'est très très juste, je suis très très enthousiaste par rapport à ça. Donc peut-être que je déborde aussi sur elle à ce niveau-là. Et bien le jour où elle me dira « purée, ce jour-là, quand t'étais comme ça, t'étais insupportable » , bien qu'elle ne se gêne déjà pas pour me dire « écoute, ça, c'est pas OK pour moi, j'aimerais bien que tu dises ça autrement, etc. » , eh bien, j'accueillerais ça et je m'excuserais profondément parce qu'à ce moment-là, j'aurais pensé que c'était la juste chose à faire et simplement s'excuser, même 30 ans plus tard, en fait. Mais en tout cas, pour le moment, ça n'a pas l'air de vraiment être un problème pour elle parce que je vois à quel point elle se nourrit de tout ce qui… De tout ce qui passe pour elle. Là, en ce moment, elle a une obsession sur la mythologie. Elle écoute des podcasts à fond sur la mythologie. Tu vois, donc c'est pas nécessairement des sujets que tous les enfants peuvent avoir non plus.
- Speaker #1
T'as pas l'impression de forcer, quoi. T'as pas l'impression de forcer dans cette direction qu'elle soit instruite. Ça a l'air d'être aussi quelque chose vers laquelle elle veut aller, quoi.
- Speaker #0
Oui, oui, oui. Et puis, elle a aussi de nouveau avec l'instruction. Elle a tout le loisir et tout le temps aussi de... d'être obsessionnelle avec certains sujets. Donc voilà. Si elle a quelque chose à me reprocher, mais bien, il n'y a pas de souci. Je l'ai déjà préparée. Je l'accepte volontiers.
- Speaker #1
Et toi, du coup, tu as déjà commencé à nous dévoiler un peu sa personnalité, mais toi, tu dirais que c'est une petite fille qui est bien dans sa peau aujourd'hui, qui a des fixettes, on l'a compris, mais finalement, vous lui apprenez à vivre avec sans que ce soit problématique. Comment tu la décrirais aujourd'hui, Dalia ?
- Speaker #0
Comment je la décrirais ? Je trouve ça difficile de la décrire sans lui mettre des étiquettes. Je pense à ce que tu partageais sur le fait de ne pas dire « elle fait ça timide » , etc. C'est quelque chose que je peux avoir tendance à dire parce que de prime abord, elle est un peu introvertie, elle a toujours besoin d'un petit temps d'adaptation, etc. Donc par facilité, c'est vrai. Maintenant, depuis que j'ai lu ton truc, à chaque fois, je me dis « Non, non, je n'aurais pas dû dire ça comme ça ! » C'est un peu la facilité, malheureusement, parfois l'élan de justifier un peu son comportement, ce qui m'agace un peu par rapport à moi-même aussi, de me dire « Je n'ai pas à justifier son comportement auprès d'un adulte un peu impatient qui a des attentes de « il faut dire bonjour, il faut de machin, etc. » Donc, c'est assez difficile de la décrire comme ça. Moi, j'ai l'impression en tout cas que c'est quelqu'un qui est bien dans sa peau, qui connaît ses limites, mais qui a encore un petit peu du mal à les exprimer. Donc, on travaille un peu là-dessus. En tout cas, je vais dire ça comme ça. On travaille un peu là-dessus en ce moment, justement. On fait des jeux, quand elle a une demande, plutôt que de faire « est-ce que je pourrais… » Non, vas-y, dis-le avec aplomb, bien dans tes chaussures, en ayant la certitude qu'on va dire oui. Et tout en lui apprenant que ce n'est pas parce qu'on lui dit non maintenant que c'est non pour toujours. Donc elle n'a pas un état de... Alors elle peut être frustrée, mais ce n'est pas quelque chose qui dure longtemps. Parce qu'elle sait qu'un non n'est jamais définitif. Et qu'aujourd'hui c'est comme ça, et demain peut-être que dans d'autres circonstances, temps horaire, présence, etc. la réponse pourra être oui. En tout cas,
- Speaker #1
c'est une petite fille dans les faits. C'est une petite fille aussi qui s'habille comme elle veut. Tu m'envoies de temps en temps des photos de vos sorties. En ce moment, elle a un petit béret, je crois, qu'elle aime bien mettre. Donc, c'est une petite fille quand même qui s'habille, qui se sent libre de s'habiller comme elle veut. Qu'est-ce que tu m'as partagé d'autre ? Voilà, qui sait quand même... exprimer quelque part quand même ses besoins, puisque de ce qu'on a vu, vous savez en tout cas les prendre en considération. Donc c'est bien qu'à un moment donné, elle a su les exprimer. Est-ce qu'il y a d'autres choses comme ça, peut-être, que tu pourrais partager ?
- Speaker #0
Oui, des choses.
- Speaker #1
Pardon, ce n'était pas très clair.
- Speaker #0
Dalia, elle a une grande liberté au quotidien. Moi, dans les principes éducatifs qui sont vraiment importants pour moi, c'est respect et bienveillance. Ça, pour moi, c'est le cadre. Si elle se manque de respect, si elle se manque de bienveillance ou si elle manque de respect ou de bienveillance envers quelqu'un, là, on sort du cadre et là, ce n'est pas OK. Donc là, on discute. J'explique pourquoi, là, attention, là, elle peut avoir des petits moments d'insolence comme ça. Donc là, je vais lui mettre le curseur. Je dis attention, là, tu es en train de frôler quand même le manque de bienveillance dans ta façon de me parler. Et moi, je ne suis pas d'accord avec cette façon-là. Je pose ma limite où je n'accepte pas qu'on me parle comme ça. Mais pas parce que je suis l'adulte, parce que c'est ma limite propre en tant qu'individu qui parle à un autre individu comme si je parlais à un adulte, en fait. De dire écoute, là, moi, je n'accepte pas qu'on me parle comme ça. Donc ça, c'est vraiment le principe éducatif. Voilà, le cadre en tout cas, je vais dire ça, le cadre que je pose, c'est vraiment ça. Et là-dedans, elle a quand même une grande liberté. Et d'ailleurs, moi, je n'ai aucun problème avec le fait qu'elle vienne me montrer mes incohérences éducatives. C'est-à-dire que là, récemment, je me suis rendu compte que quand je posais une question, elle me répondait un, au lieu de dire, pardon, excusez-moi, que dites-vous ? Pourriez-vous répéter la question ? Ce truc comme ça. Donc, je lui dis, écoute, là, il y a d'autres façons de poser la question pour répéter. Donc, est-ce qu'on peut être vigilante un petit peu à ça ? Parce que c'est vrai que c'est une façon rapide de parler, mais en société, quand même, ce serait bien de le dire autrement. Et en fait... l'autre jour, on est en train de discuter et elle me pose une question et je fais un ? Et elle me fait, mais tu vois, toi aussi tu dis un. Et là, je me rends compte et je dis non, et je dis, mais mince, mince, ok, je le vois maintenant. Et elle persiste et signe parce qu'elle n'hésite pas. Elle me dit, comment veux-tu que j'apprenne à ne plus le dire si toi, tu continues à le dire ? Et elle a raison. Je ne la trouve pas insolente ou qu'elle me manque de respect quand elle dit ça, parce qu'elle a raison. C'est incohérent dans ce que je propose. Et elle sait qu'on part du principe qu'on lui dit pas quoi faire, qu'on fait ce qu'on veut qu'elle fasse. Et donc, voilà, elle me loupe pas. Et moi, je trouve ça super, parce que ça me permet de me remettre en question. Alors, évidemment, il y a aussi la manière de le dire. Si elle devient... Quel manque de bienveillance ou de respect, évidemment... Alors, OK, tu as raison sur le fond, mais sur la forme, on va essayer quand même un petit peu de rectifier ça. Donc, voilà, je n'ai aucun problème avec le fait qu'elles me disent quand je suis incohérente, quoi.
- Speaker #1
Trop bien. Et peut-être juste pour conclure, est-ce que... Tu vois, on a parlé de comment tu gérais le rapport avec tes proches, mais pareil, toi aussi, en tant que parent et donc là, en tant que maman. T'es confrontée peut-être aussi au regard extérieur ? Je ne sais pas si quand elle s'habille dans la rue comme ça, il y a des regards, peut-être pas. Tu m'as raconté qu'une fois, elle était sortie au supermarché déguisée, donc là, il y a peut-être eu des regards. Comment tu gères, toi ? Est-ce que tu vois une différence entre la manière dont le monde extérieur te regarde, toi, en tant que maman, et son père ?
- Speaker #0
Alors moi, déjà, peu importe comment elle est habillée, je m'en fiche complètement du regard des autres. Vraiment. limite, même je suis un peu fière quand même.
- Speaker #1
Là,
- Speaker #0
l'autre jour, je t'avais montré la photo, on est passés en friperie. Elle s'est trouvé un petit kimono, une petite casquette de papy. Elle a vraiment un petit style bien à elle. Et je voyais que les gens la regardaient. Et en fait, je trouvais ça génial. Je n'arrêtais pas de lui dire, mais je suis tellement fan de toi. J'adore en fait l'avoir si libre. C'est magnifique en fait. Moi, j'ai l'impression... de revivre mon enfance par procuration. En fait, ce qui est génial, ce qui est vraiment génial, c'est que Dalia, elle me rend heureuse juste parce qu'elle est. Elle n'a rien à faire. Elle n'est pas responsable de mon bonheur, ni maintenant, ni jamais. Et juste le fait d'être qui elle est, ça me remplit de bonheur. Quand je la vois libre comme ça, je trouve ça vraiment génial. Mais je sais que j'ai encore des petites choses comme ça qui viennent un peu coincer par rapport au regard des autres. Parce qu'évidemment, quand c'est facile comme ça, qu'elle est juste en train de se promener dans la rue et que tout va bien, ça va. Mais si à un moment donné, elle se met accroupie avec les mains sur les oreilles ou qu'elle se met à pleurer, etc., en public, là, ça devient plus compliqué. Parce qu'il y a une vulnérabilité chez elle qui, moi, me rend vulnérable. Et donc, je dois vraiment... redoubler d'efforts pour garder notre bulle autour de nous sans penser au regard des autres. Parce qu'en fait, je pense que la différence entre Paul et moi, c'est que Paul, quoi qu'il arrive, il s'en fout tout le temps. C'est ça qui est assez formidable et qui est aussi un vrai apprentissage pour moi. Parce que moi, j'ai vraiment été élevée dans le regard des autres, de ce que les gens vont penser. tes résultats scolaires, qu'est-ce qu'on va dire à nos proches. En fait, ce qui est fou avec le regard des autres, c'est que ça se passe uniquement dans notre tête. C'est que des histoires qu'on se raconte. Et alors, il y a des choses qui sont vraies, parce que les gens en font des remarques tours, mais la plupart du temps, quand on croit que les gens nous regardent, en fait, ils ne nous regardent pas vraiment. Et quand bien même ils auraient des jugements, ça leur appartient. Et par exemple, à cette histoire de course, donc c'est Paul qui fait les cours chez nous et la plupart du temps il va avec Dalia et de temps en temps moi je les accompagne et donc j'observe, je me mets un peu en retrait derrière eux et j'observe comment les gens les regardent et c'est vrai que je vois le regard des femmes sur Paul oh là là le mec avec sa fille c'est trop mignon je vois dans le regard des femmes qui sont peut-être même un peu un peu charmé par cette image de le père avec sa fille et donc moi je les vois des fois Dalia est dans le caddie Paul pousse le caddie il lève ses jambes en même temps il y a vraiment ce truc de on est des pirates dans le Deleuze ils peuvent être un petit peu bruyants et donc moi je suis là arrêtez de faire trop de bruit après moi j'ai un souci avec les endroits bruyants généralement Donc il y a plus ça qui va me déranger que plus par rapport au regard des autres. Mais il y a aussi ce respect de la tolérance sensorielle à chacun aussi, parce que ça me concerne.
- Speaker #1
Il y a peut-être aussi cette conscience que tu peux aussi, toi, être peut-être plus facilement jugée en tant que mère. Parce que j'ai l'impression que Paul, c'est dans sa nature quand même de... En tout cas, il a fait un gros travail sur lui, qu'aujourd'hui il est libéré de se regarder les autres, mais il a quand même cette chance d'être un homme. Et comme tu viens de le montrer, certains comportements qu'il peut avoir. avec sa fille, les gens vont porter un regard sur lui qui ne sera pas le même si c'est une femme, en fait.
- Speaker #0
Oui, oui, c'est ça. C'est là où je voulais en venir. C'est que si, par exemple, à contexte similaire, moi, je vais plus souvent dans les musées avec Dalia, je pense que si je me mets à courir ou à faire un coach-pied avec elle, en fait, c'est 50-50. Soit les gens sont attendris et me sourient, soit je vais avoir des roulements dieux. Alors, je pense... que les gens ont encore des a priori sur la responsabilité maternelle. Mais ma responsabilité à moi, c'est de savoir ce que j'en fais vraiment. Est-ce que je me retiens d'être moi-même parce que j'ai peur du regard des autres et même de l'histoire que je me raconte ? Ah là là, attends, les gens me regardent, alors ça veut dire que si et ça. Et ils vont me juger en tant que mère, ils vont penser que je suis une mauvaise mère. En fait, là, on parle de trois secondes sur une vie, en fait. Ma responsabilité, c'est de me dire, est-ce que je me laisse polluer par toutes ces pensées ? Alors que tout cet espace mental pourrait être juste retourné sur Dalia et bien on s'amuse. Est-ce que toi, tu es bien ? Moi, je suis bien. Est-ce qu'on est en train de s'amuser ? On passe un bon moment ? En fait, l'espace mental devrait servir juste à ça. Mais c'est un état de déconstruction. Je vois que ça me touche de moins en moins et qu'évidemment, c'est plus facile quand tout se passe bien, qu'il n'y a pas de stimuli, de surcharge, etc. mais je vois quand même que de plus en plus et je pense que mon diagnostic de l'autisme m'a apporté ça aussi, c'est que si elle est en surcharge et bien tant pis on s'assied en plein milieu du musée ou on se met dans un coin et on attend que ça passe en fait, on attend que ça passe on fait nos petits rituels de recentrage ce qui serait très très bien vu dans certaines cultures comme par exemple je pense en Suède c'est normal c'est
- Speaker #1
C'est complètement normal de voir un adulte qui se met à hauteur et à l'écoute d'un enfant en pleine crise émotionnelle plutôt que de lui dire « si tu continues comme ça, je te laisse et tu te débrouilles » .
- Speaker #0
Moi, je pense vraiment que les crises n'existent pas. Je pense qu'il n'y a que des enfants en détresse à qui il manque des informations et qu'on n'écoute pas. Les enfants ne font pas de crise. S'ils se mettent dans un état pareil, et je pense qu'on ferait tout ça en tant qu'adulte, si on se mettait à hurler comme ça, c'est parce qu'en fait il y a un trop-plein, parce qu'on ne se sent pas entendu ni écouté. J'essaie souvent d'ailleurs de faire ça, de me dire est-ce qu'on dirait ça à un adulte ? Est-ce qu'on se comporterait comme ça avec un adulte ? Je trouve qu'il y a beaucoup de choses qu'on se permet de faire avec les enfants qu'on ne se permettrait jamais de faire avec un adulte.
- Speaker #1
Ça, c'est clair.
- Speaker #0
Et donc, par rapport à cette différence homme-femme, mère-père, je pense que ça existe, je pense que c'est réel, mais notre responsabilité en tant qu'individu et en tant que parent et en tant que mère, c'est d'en avoir rien à foutre, quoi. Alors, c'est un travail. C'est vraiment dur. Ce n'est vraiment pas facile au quotidien. Mais je pense que vraiment, toute cette énergie, tout cet espace mental qu'on met pour le regard d'inconnu ou de proche, mais quelle perte pour tout ce qu'on peut mettre avec l'enfant. C'est un travail. C'est un travail. Mais en fait, oui, il faut prendre conscience qu'il y a beaucoup d'histoires qu'on se raconte tout seul dans la tête.
- Speaker #1
J'ai l'impression que c'est un travail. Le fait d'avoir un enfant nous y entraîne. Et qu'on peut passer par des phases où ça va être vraiment très dur. Je pense aux personnes qui ont très peur du regard des autres. Déjà de base, quand tu as un enfant, ça peut être difficile. Mais il y a deux chemins. Soit du coup, on va tout faire pour ne pas avoir à subir ce regard des autres. Et toutes les histoires qu'on se raconte. quitte à être violent finalement avec notre enfant parce que parfois lui dire que si tu continues à pleurer moi je te laisse dans le magasin, c'est violent, c'est de la violence ou alors il y a le chemin d'apprendre à comme tu dis à s'en foutre et du coup pour pouvoir construire une relation plus saine avec notre enfant et lui permettre de se développer aussi plus sainement quoi
- Speaker #0
Ah oui, parce que là, on sacrifie complètement notre enfant. Nos peurs sacrifient nos enfants, en fait. Et ça casse le lien. Parce que l'enfant sent qu'on n'est pas prêt à tout, entre guillemets, pour le défendre. Et ça montre en plus qu'on n'est pas... Comme si on ne l'assumait pas, comme si on n'était pas fier de ce qu'il est, tu vois ? Qu'on n'aimait pas ce qu'il est. Alors que ce sont nos propres peurs qui viennent casser, gâcher le lien avec l'enfant. Mais... Et enfin... Oui, j'ai vraiment eu des moments, et surtout quand Alia se met à pleurer très fort ou des choses comme ça quand elle était plus petite, de me dire « Oh là là, les gens me regardent, qu'est-ce que je vais faire ? » Et en fait, mais oui, ne réfléchis pas comme ça en fait. Reviens à qui vous êtes tous les deux, là, dans le moment présent, de se dire « Ok, là, qu'est-ce qui se passe ? » Elle pleure. Moi, ça me surcharge. Alors c'est un travail, vraiment, encore une fois, ça ne se fait pas du jour au lendemain. C'est plusieurs étapes à mettre en place, d'analyser rationnellement et factuellement ce qui se passe. C'est vraiment se dire, ok, elle pleure. Moi, je ne me sens pas bien parce qu'elle pleure, parce que ça m'active, parce que j'ai peur de regarder les autres. Ok, regarder les autres, en fait, non, c'est derrière moi. Qu'est-ce qui se passe là concrètement ? Pourquoi est-ce qu'elle pleure ? Qu'est-ce qui est incompris ? Est-ce que je n'ai pas donné assez d'explications ? Ok, moi, j'ai une peur aussi. Mettons-la un petit peu de côté pour le moment, pour essayer de comprendre. Mais c'est plein de petites, micro-étapes. Mais oui, alors... Peut-être que moi, c'est mon autisme qui fait que j'ai besoin d'étapes comme ça aussi. Voilà, je ne veux pas parler au nom de tout le monde. Mais en tout cas, c'est la technique que moi, j'ai mise en place pour moi. Parce que le temps que moi, je mette ma petite échelle comme ça, ça permet en fait de revenir à quelque chose de très factuel et de revenir du coup plus dans mon corps que dans ma tête. Et donc à partir de là, être pleinement avec l'enfant et la vraie situation qui se passe. Mais c'est, voilà, alors ça c'est mon état.
- Speaker #1
J'ai bien aimé le côté. Alors, non, ça, mettons ça de côté. Oui, ben oui.
- Speaker #0
Mais c'est ça, c'est faire le tri dans ses pensées, en fait. C'est vraiment classifier, C'est vraiment juste remettre les choses dans leur juste place.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Mais là, tu vois, tu parles donc de la différence entre mère et père. Mais je pense que les petits garçons subissent autant les exigences que les petites filles.
- Speaker #1
Bien sûr.
- Speaker #0
Parce que c'est vrai qu'on exige certains comportements des petites filles, mais je pense que les petits garçons sont autant victimes de ça. Parce que les filles, on va les juger la plupart du temps sur leur physique, sur leur attitude physique, ce qu'elles peuvent dégager, ce qu'elles peuvent être, ce qu'elles peuvent porter, etc. Mais les garçons, on va les juger sur leur état émotionnel, quoi. Avec tous ces clichés de « Ah, tu pleures comme une fille » , « Oh là là, on dirait une tapette » , enfin, tu vois, des trucs vraiment d'un autre temps. Moi, je ne comprends même pas que ça existe encore, en dehors des codes genrés, quoi, tu vois.
- Speaker #1
je pense que les de manière générale je pense que le patriarcat en fait est violent pour les hommes comme pour les femmes et je trouve que les enfants le subissent particulièrement j'en profite pour dire que je n'ai pas dédié ce podcast aux petites filles parce que je pense que les petits garçons ne subissent pas d'injonction etc c'est simplement parce que j'ai une petite fille et que déjà rien que de penser à ça c'est suffisamment de charge mentale mais j'invite Merci. Maman, papa, deux petites filles et des petits garçons à prendre la parole aussi, à lancer leur podcast et à parler de tous ces sujets-là. Et promis, un jour, si j'ai un garçon, ne vous inquiétez pas, c'est sûr, j'en parlerai. Je pense que de toute façon, peut-être qu'on peut même résumer un peu le message que tu as porté à travers cette interview. J'ai l'impression aussi, c'est vraiment de respecter l'individualité de l'enfant que tu as en face de toi, que ce soit une fille ou un garçon. Et donc, je comprends que tu aies envie de... de reparler de tout ça. Est-ce que peut-être pour conclure, il y a quelque chose que tu voudrais partager, que tu n'as pas encore partagé ? Est-ce que tu aurais un message pour les mamans qui nous écoutent, peut-être même les papas qui faisaient des filles ou des garçons, du coup ?
- Speaker #0
Moi, je dirais, à partir du moment où les gens vous donnent des conseils, qu'ils disent, nous, on faisait comme ça, ou c'est comme ça qu'il faut faire avec les enfants, arrêtez d'écouter. à partir de là arrêtez d'écouter c'est ce que tu disais faire des grands sacs ça ne fait que diviser ça enlève l'individualité de l'enfant il y a autant de méthodes éducatives que d'enfants soyez à l'écoute le plus possible de vos enfants parce qu'ils vous donnent les clés je pense que les enfants nous parlent de qui ils sont bien plus que ce qu'on veut croire et euh... Et oui, il faut arrêter de se comporter comme si tous les enfants étaient pareils, en fait.
- Speaker #1
Donc, il ne faut plus écouter son enfant que ce qu'on peut dire autour de nous sur notre enfant.
- Speaker #0
Ah, d'office ! Déjà, les conseils non sollicités, en fait, c'est non. En fait, c'est à boucher vous les oreilles, faites blablabla, parce que ça n'a aucun intérêt. Ce sont des gens qui ne vivent pas avec vos enfants, qui ne les ont pas faits. Vous seuls connaissez vraiment bien vos enfants. et en plus si vous les écoutez sincèrement, ils vous montrent comment ils fonctionnent. Non, et oui, les conseils déjà des autres parents, c'est déjà très fatigant, mais alors les conseils des gens qui n'ont pas d'enfants, non, mais là, vraiment, eux, désolé, mais ce n'est pas parce que tu as des neveux et nièces ou que tu as été éducateur dans ta vie que tu sais comment il faut se comporter avec des enfants. Non, ce ne sont pas des enfants que tu as au quotidien, tu ne sais pas de quoi tu parles, donc c'est très gentil, mais non, merci, en fait. Et je pense vraiment que c'est important de lâcher son égo par rapport aux enfants et de croire que l'adulte a systématiquement raison. Parce que bien souvent, les enfants ont raison. Et en fait, ils sont vraiment en miroir avec nous et avec ce qu'on est profondément. Même ceux qu'on cherche à cacher au plus grand nombre. Les enfants observent tout. Ils voient tous les détails.
- Speaker #1
Ça me fait penser à cette phrase qui dit... Ça me fait penser à cette phrase qui dit « est-ce que vous voulez avoir raison ou être heureux ? » Et là, on pourrait dire « est-ce que vous voulez avoir raison ou que votre enfant soit heureux ? »
- Speaker #0
Mais c'est ça. En fait, si l'enfant n'est pas en danger, s'il ne se met pas en danger, s'il ne nuit pas aux autres, en fait, tout va bien. Je repense à Dalia qui sort avec son déguisement de léopard pour aller aux courses. En fait, elle ne se met pas en danger, elle ne fait de tort à personne. Donc, en fait, c'est quoi le problème ? Si elle est bien dedans ? Si elle ne se met pas en danger, si elle ne nuit pas aux autres, c'est probablement que le problème vient de nous, parents, en fait. Ce sont nos propres peurs, etc.
- Speaker #1
On va finir sur cette tenue léopard, parce que je pense que notre épisode sera sorti après que cette soirée ait eu eu. Mais à Bruxelles, il y a les soirées Boomer Club, je ne sais pas si tu connais, où c'est une sorte de discothèque pour femmes, uniquement pour femmes, entre 7h et 11h du soir, pour pouvoir rentrer et pour pouvoir être fraîche quand même le lendemain matin pour aller au travail si son semaine, etc. Et la prochaine, c'est en septembre. C'est au Jeu d'hiver et la... La tenue, enfin la thématique c'est léopard, tenue de léopard. Donc tu vas avoir un millier de femmes déguisées en léopard, mais mon point c'est de dire, on a besoin aujourd'hui en tant qu'adulte de se recréer, c'est compréhensif, on va peut-être pas tous se déguiser en léopard dans la vie quotidienne et au travail, mais tu vois ce que je veux dire ? On a besoin de se recréer ces espaces-là de liberté, parce qu'on nous les a ôtés en fait, en plus tard, et là, on voudrait déjà les ôter aux enfants en fait, dès qu'ils sont petits.
- Speaker #0
C'est ça. Moi, Dalia m'a ré-ouverte à ça. Là, on parle de ce truc léopard. Elle avait son costume léopard. Elle a aussi une petite veste léopard. Et moi, j'ai une amie qui m'a dit, écoute, probablement par hasard, elle ne savait pas. Elle avait une veste léopard dont elle se débarrassait. Et je me suis dit, mais jamais j'oserais porter ça. Et puis, je me suis dit, ça, c'est une très bonne raison pour la prendre. Et bien, du coup, on sort maintenant toutes les deux nos vestes léopard. Et il n'y a aucun problème. Alors, on a l'air déguisé, mais qu'est-ce que ça peut faire ? Tu vois, c'est... en fait, il ne se passe vraiment pas grand-chose. Pareil avec les poils. Oui, c'est des poils aux jambes. Il y a eu deux ou trois personnes qui ont regardé. Et puis, c'était fini, en fait. Là aussi, c'est toutes les petites histoires qu'on se raconte. Quelqu'un qui regarde mes jambes poilues, qui dit... Moi, je pourrais commencer à faire... Oh là là, elle va me trouver sale. Cette femme, elle me juge, c'est sûr. Alors que peut-être que non. Peut-être qu'en fait, la femme, elle me regarde avec envie parce qu'elle aimerait faire ça aussi. On peut se raconter toutes les histoires qu'on veut, se mettre du point de vue qu'on veut. Mais en fait, on n'est jamais dans la tête des gens. Et ça se trouve, justement, quand on s'est vu, il y avait un homme qui avait regardé un peu intensément mes jambes. Et je te disais aussi que peut-être qu'il regarde mes jambes parce qu'il est intrigué ou peut-être parce que c'est cool qu'une femme fasse ça, etc. Et toi, tu m'as dit, et si ça se trouve, il regardait juste tes jambes. C'est vrai. Peut-être qu'il ne regardait même pas mes poils. En fait, les peurs viennent de toutes les histoires qu'on se raconte dans la tête. C'est une espèce de brouhaha constant comme ça. Yes.
- Speaker #1
Bon. On est arrêtés là ?
- Speaker #0
Oui, intérêt spécifique, je peux en parler déjà.
- Speaker #1
Mais peut-être que tu reviendras avec Dalia. Un jour, on s'est dit que si je faisais une série maman-fille, vous seriez les bienvenus en tout cas. Je pense que je ne suis pas la seule à vouloir vous entendre, toutes les deux. En tout cas, merci beaucoup, c'était passionnant. Et je pense que tu vas vraiment donner beaucoup de permission, j'ai envie de dire. Toi, c'est le mot qui me vient. à toutes les mamans et puis peut-être les papas aussi qui nous écoutent moi c'est ce que je retiens de ça tu vois je sens en moi l'envie d'oser encore plus pour moi, pour Rose donc merci beaucoup c'était vraiment super et peut-être à très vite de nouveau dans le podcast bah ouais grand plaisir libérez-vous pour vos filles soyez inspirées par elles qu'elles deviennent vos muses comme moi Et puis, on partagera sur Instagram quelques recommandations de livres que tu as aussi dans ta bibliothèque. On avait dit complément. Voilà. Retrouvez-nous sur Instagram aussi pour ça.
- Speaker #0
Super.
- Speaker #1
Merci beaucoup, Chana.
- Speaker #0
À très vite. Merci à toi. À bientôt.
- Speaker #1
C'est déjà la fin de cet épisode du podcast Passage, un podcast animé par moi-même. Alexandra Lacroix fondatrice du compte Instagram et de la communauté de mamans WeAreChippy J'espère que cet épisode t'a plu et surtout qu'il t'a donné envie de révéler un petit grain de réveil en toi et de révéler celui de ta fille Si tu penses qu'il pourrait inspirer une autre maman autour de toi ou un papa aussi partage-le lui et si tu veux me donner un coup de pouce tu peux laisser 5 étoiles et un petit mot doux ça compte énormément A très vite