- Speaker #0
Hello et bienvenue dans Passage, le podcast qui libère les filles et leurs mamans. Moi c'est Alexandra, maman de Rose, une petite tornade de presque deux ans et demi, à l'énergie débordante et au caractère bien trempé. Et tu sais quoi ? Même si ce n'est pas toujours de tout repos, savoir sortir ses ses épines, c'est vraiment tout ce que je lui souhaite. Alors j'ai créé ce podcast pour moi et pour toutes les mamans qui veulent élever leur fille autrement. Pas sage, pas modèle, pas gentille à tout prix, mais confiante, libre d'être elle-même et bien dans leur basket. Des petites filles qui savent et sauront plus tard dire non. poser leurs limites, s'aimer telles qu'elles sont qui n'auront pas peur d'essayer d'échouer et qui sauront se faire reconnaître à leur juste valeur alors ici, on va démonter les injonctions les stéréotypes et tous ces vieux réflexes qu'on pensait normaux, tu sais les fameux t'es pas belle quand tu fais la tête on va parler d'estime de soi, de confiance de rapport au corps, aux émotions on va parler de nos filles, mais aussi de nous parce qu'éduquer autrement, ça commence souvent par se libérer soi-même alors au fil des épisodes, je te partagerai des réflexions incarnées des clés concrètes et des voix d'experts et surtout, une grande dose de soutien et de déculpabilisation. Parce que nous aussi, on mérite mieux qu'être sages. Alors, prêtes à bousculer les règles ?
- Speaker #1
Hello Alice !
- Speaker #2
Bonjour Alexandra !
- Speaker #1
Bienvenue sur le podcast Passage.
- Speaker #2
Merci.
- Speaker #1
Je suis ravie de t'avoir aujourd'hui sur un sujet qui me tient particulièrement à cœur. Donc on va parler avec toi de corps, d'intimité, de consentement et surtout comment on parlait à nos filles, donc aux enfants en général, mais là, en l'occurrence, sur ce podcast, on parle principalement aux mamans de petites filles. Et donc voilà, je te remercie beaucoup d'avoir accepté mon invitation. Je te laisse te présenter et puis après on enchaîne.
- Speaker #2
Je te remercie aussi de me donner la parole et d'aborder ces sujets qui sont tellement importants. Je m'appelle Alice Lamoureux, je suis formatrice EVARS, donc en éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle pour les enfants de 0 à 12 ans. Moi, j'aime bien dire que ma mission, c'est de donner aux enfants du pouvoir sur leur corps. Et pour ça, j'ai choisi de m'adresser avant tout aux adultes qui entourent les enfants. Donc, je fais équipe avec les familles, avec aussi les professionnels de la petite enfance, de l'éducation aussi, pour que ces personnes-là, qui sont au quotidien auprès des enfants, arrivent à leur transmettre justement les bases du corps, de l'intimité, du consentement. On parle aussi de relations saines et égalitaires. Et que tout ça se fasse dans la sérénité, sans tabou. et finalement, dès le plus jeune âge. avec les enfants.
- Speaker #1
Trop bien. J'avais quand même envie de commencer par le sujet petite fille, petit garçon, parce que ici, ça reste particulièrement au moment de petite fille, mais est-ce que toi, tu penses, est-ce que toi, tu fais même une différence entre les garçons et les petites filles quand tu abordes ces sujets-là ? Est-ce que tu penses qu'il y a des choses sur lesquelles on doit être en particulier, on doit être, pardon, particulièrement vigilante en tant que... Quand on s'adresse aux petites filles par rapport à quand on s'adresse aux petits garçons et vice versa, ou tu ne fais pas du tout la différence ? C'est quoi ton positionnement, ton point de vue sur ça ?
- Speaker #2
C'est vrai que dans mon approche, moi, je m'adresse à tous les enfants. Et je pense que l'égalité des genres passe aussi par là dans l'enfance, et de considérer un enfant comme un enfant, au-delà de son genre finalement. pour reconnaître le droit de chaque enfant à disposer de son corps, à exprimer ses limites. Pour moi, il n'y a pas de différence fondamentale dans le discours que je vais avoir et la façon dont je vais transmettre ça aux enfants. Mais je crois que cette question, en fait, qui m'est posée très souvent, d'ailleurs, c'est plutôt le reflet de nous, en tant qu'adultes, comment on se positionne sur ces sujets-là selon qu'on soit face à un petit garçon ou à une petite fille. on va en parler je pense tout au long de l'épisode mais on n'a pas les mêmes tabous, pas les mêmes biais avec une petite fille avec un petit garçon parce que c'est le reflet de la société des adultes en fait donc pour moi il faut pas tellement avoir une éducation qui est différente mais plutôt d'interroger nos biais d'adultes Est-ce que... Est-ce que j'aborde l'intimité de la même manière avec une fille et avec un garçon ? Est-ce que j'aborde de la même manière la pudeur et la nudité, que mon enfant soit une fille ou un garçon ? On peut le voir aussi dans les fratries. On n'a pas forcément les mêmes rapports, les mêmes peurs, les mêmes projections sur un petit garçon et sur une petite fille.
- Speaker #1
et on a souvent plus de difficultés à aborder ces sujets avec les petites filles donc ce que tu dis en fait c'est que vraisemblablement on le fait on n'aborde pas les choses de la même façon si on a une petite fille ou un petit garçon en face de nous mais c'est ça qu'il faut remettre en question justement oui
- Speaker #2
exactement, c'est vraiment là on est en train de transmettre les bases on est en train de transmettre de l'information et ce dont on parle c'est des droits de l'enfant des droits de l'enfant. Donc, en fait, que tu sois une fille ou un garçon, tu as les mêmes droits de disposer de ton corps, de découvrir ton corps, d'avoir des informations sur ton corps. Ce sont les mêmes règles, les mêmes touchers interdits, les mêmes limites personnelles, que tu sois une fille ou un garçon. Et même quand ça avance dans l'âge, même quand j'interviens dans les classes ou que je parle d'intervention Moi. que les enseignants et les enseignantes vont faire, je prône vraiment la mixité. Quand on va parler des parties intimes, des systèmes reproducteurs, de la puberté, pour moi, c'est extrêmement important que les filles et les garçons sachent ce qui se passe pour eux et pour l'autre aussi. On parle souvent des menstruations, c'est un sujet qui peut être assez tabou. On a un peu cette idée que ça se transmet de femme à femme, de mère en fille. Mais en fait, pourquoi est-ce qu'on n'explique pas aussi aux garçons, aux hommes, tout ce qui se passe pour nous à ce moment-là ? Ça permettrait vraiment de normaliser ce sujet. Et à l'inverse, pourquoi est-ce qu'on ne parle pas de plein d'autres sujets qui se passent aussi pour les garçons ? Je pense notamment aux érections qui sont complètement physiologiques, aux éjaculations nocturnes, qui sont tout un tas aussi de changements dans le corps qui sont importants d'avoir en tête, même quand on est une fille. Et puis, Et je trouve que plus on va séparer ça, plus on va empêcher les enfants de rentrer en empathie avec l'autre, en solidarité avec l'autre. Donc, il y a cette question du droit. Vous avez les mêmes droits. Donc, on doit vous transmettre les mêmes infos. Mais aussi, c'est important de se comprendre et de se connaître soi et de comprendre et de connaître l'autre.
- Speaker #1
Ah ouais, c'est hyper intéressant ce que tu dis. Donc, ça me fait me dire qu'en plus, si tu veux, de duquer ma fille sur ces sujets-là, par rapport à elle, vraiment, l'idée, ce serait aussi peut-être un jour d'acheter un livre qui parle du corps des garçons, par exemple, très concrètement. Très concrètement. Super. Alors, tu disais qu'il faut commencer au plus tôt, dès le plus jeune âge. Mais à quel âge on commence, d'après toi, à éduquer sur le corps l'intimité, le consentement ? Et concrètement, par quoi commencer ? Et je te partageais en off que moi, j'avais été un peu surprise quand j'avais vu sur Instagram une maman expliquer comment elle apprenait... A son enfant, je crois qu'il avait 7-8 mois déjà. Enfin, à peine, pardon. Et elle lui enseignait le consentement. Elle commençait à l'éduquer autour du consentement à travers le sujet des guillis. Parce qu'elle lui avait pris le langage des signes. Elle lui apprenait à dire encore ou stop quand elle usait des guillis. Et moi, je me suis dit, oula ! Je suis à la bourre ! Je crois que je suis à la bourre. Parce que ma fille a 2 ans et demi. Alors, j'ai commencé depuis, je dirais bien 6-7 mois. Mais avant ça, je crois que j'avais... Je n'avais pas encore cette conscience de tout ça. Donc, selon toi, à quel âge, idéalement, on commence à éduquer ?
- Speaker #2
Dès la naissance, en réalité. Dès la naissance, le nourrisson, c'est une période extraordinaire aussi d'apprentissage, de transmission sur les sujets du corps, de l'intimité. du consentement, dans la matérialisation du consentement, ça va peut-être venir un petit peu plus tard pour interagir avec son enfant sur sa compréhension du consentement. Mais en fait, il y a plusieurs raisons sur le fait de commencer tôt, c'est que plus, en tant qu'adulte, on commence tôt à nommer les parties intimes, parler du corps de l'enfant, de ton corps t'appartient, etc. Plus c'est facile pour nous en tant qu'adulte, parce que pour peu qu'on ait grandi dans le tabou. commencer à nommer les parties intimes par leurs vrais termes, quand ça fait 30-35 ans qu'on a utilisé des noms mignons, commencer avec un bébé, c'est quand même bien plus facile que commencer avec un enfant qui va entrer dans la puberté. Donc, il y a cette facilité pour l'adulte. Et puis, pour l'enfant, en fait, tu l'as dit dans ta question, tout ça, c'est une éducation. Et donc, comme pour tout ce qu'on transmet aux enfants, il y a besoin de répétition. L'enfant ne peut pas intégrer en une seule conversation. tout ce qu'on va lui apprendre sur le corps, l'intimité et le consentement. Donc plus on commence tôt, plus on va finalement permettre à l'enfant d'intégrer par mimétisme et par répétition tout ce qu'on est en train de lui dire. Et puis aussi, si on en parle tôt avec les enfants, on devient un adulte ressource. C'est-à-dire que l'enfant va clairement nous identifier comme l'adulte auquel il peut poser des questions, puisque finalement, depuis tout petit, ces sujets-là font partie de l'éducation dans la famille. Et donc un enfant qui nous identifie en tant qu'adulte de ressources, il va moins aller chercher l'information ailleurs. Et quand je dis ailleurs, ça peut commencer dans les toilettes collectives. Si on ne nous a jamais montré comment les corps sont faits, on va aller, en tant qu'enfant, et c'est logique, aller voir comment les copains et les copines sont faits. C'est totalement... c'est de la curiosité. Mais si on en a parlé en amont, il n'y aura pas besoin d'avoir cette démarche-là. Après, comment ça se matérialise ? Il y a un moment vraiment clé. J'invite les familles, mais aussi les professionnels qui s'occupent des enfants à considérer comme un des moments les plus précieux. Là où on a le plus grand rôle à jouer, c'est le moment du change. Le change, surtout avec un nourrisson, ça peut être vu comme un moment qui n'est pas super agréable. On peut avoir un bébé qui pleure beaucoup, qui est dans l'inconfort, etc. Et donc, on peut avoir envie de faire ça très, très vite, de se débarrasser un petit peu de ce moment qui est difficile pour tout le monde. Et en réalité, ce que j'ai envie de transmettre, c'est que ce moment, il est immensément précieux. Prenez le temps, vraiment. Prenez le temps d'expliquer, même à un tout petit bébé, pourquoi on va changer sa couche, d'expliquer tous les gestes que vous êtes en train de faire, nommer les parties intimes par leur vrai nom. nommer tout ce que vous êtes en train de faire, de toujours garder ce contact visuel et verbal avec l'enfant, parce que là, on est quand même face à un bébé qui est nu sur une table à langer et qui est en état de vulnérabilité quand même quand on change un bébé. Donc, tous nos gestes, tous nos mots, toute notre posture, toute la tension qu'on va porter au corps du bébé, le fait de valider ses émotions et de ne pas essayer de le distraire, par exemple, quand on le change. Tout ça, ça vient poser des bases de ton corps, c'est un trésor. Et donc là, quand je te change, j'ai conscience que c'est un moment très important et je vais porter une très grande attention à ton corps, à ce que tu ressens pour te transmettre toutes ces bases.
- Speaker #1
Super. Je n'ai pas fait ça.
- Speaker #2
Mais c'est normal.
- Speaker #1
On est nombreux à ne pas l'avoir fait. Mais depuis quelques mois quand même, je pense que j'ai fait un petit peu mieux. Mais j'espère que tu vas nous dire que même si on commence un peu en retard, on peut rattraper le coup.
- Speaker #2
Bien sûr, bien sûr. Vraiment, il faut se rassurer. Ça n'est jamais trop tard. Et je pense que même à l'âge adulte, on fait un grand chemin sur ces sujets-là. Ça passe par nos enfants, mais ça vient aussi de nous.
- Speaker #1
Ah oui.
- Speaker #2
Je trouve que ça a souvent l'effet de halo d'ailleurs. Quand on prend conscience de tout ça, on va le faire pour notre enfant, mais finalement ça va cheminer en nous aussi et on va être peut-être de plus en plus capable de poser nos propres limites en les transmettant à notre enfant. Parce qu'il y a un autre pilier de l'apprentissage, c'est l'exemplarité. Si on veut transmettre à nos enfants la notion de consentement, Ça passe d'abord aussi par montrer qu'on fait respecter le nôtre, qu'on le fait respecter aux adultes qui nous entourent, mais aussi à notre enfant.
- Speaker #1
Ah oui,
- Speaker #2
tu as un exemple concret. J'ai un exemple, je sais que ce n'est pas simple, mais c'est notre rapport à nos limites personnelles. Si c'est vraiment très dérangeant pour vous en tant que parent d'aller aux toilettes avec un enfant à côté, il faut savoir poser ses limites, il faut savoir l'expliquer, même si derrière vous devez traverser quand même. une tempête émotionnelle pour votre enfant, parce que ce n'est pas facile de laisser un enfant derrière la porte, et dites-vous qu'en l'expliquant à votre enfant, là, c'est mon intimité. Là, pour aller aux toilettes, moi, j'ai besoin d'être seule. C'est un exemple qui est extraordinaire.
- Speaker #1
Donc peut-être pour trouver d'autres exemples, il faut se questionner sur soi. C'est là où... Où est votre limite ?
- Speaker #2
Les toilettes, la douche ? le fait de juste vous sauter dessus sans demander. Enfin, voilà, ce sont des choses. Est-ce que vous êtes OK avec ça ou pas ? Si vous ne l'êtes pas, expliquez-le calmement à votre enfant. Parce que vous lui montrez qu'on peut poser ses doutes.
- Speaker #1
Carrément. Et je voulais revenir aussi sur cette histoire de petits noms mignons pour parler des parties du corps. Moi, justement, j'ai eu beaucoup de mal. J'en ai fait un partage sur mon compte Instagram où, au départ, quand... Déjà, au départ, je disais Zézette. J'avais vraiment du mal à dire vulve. Et ça ne me venait pas naturellement. Et quand j'ai essayé de le mettre en place, j'avais un inconfort de dire ce mot. C'est vrai qu'au fur et à mesure, plus je le fais, plus ça devient naturel, plus à l'inverse, le mot ZZ, ça me paraît un peu absurde. Et tu as commencé à en parler, mais tu vois pourquoi déjà c'est si important de nommer les parties du corps avec des vrais noms. Et pourquoi c'est si difficile aussi, même si tu as commencé à en parler déjà ?
- Speaker #2
Je vais plutôt commencer par les noms mignons, parce qu'avant même d'expliquer pourquoi on devrait utiliser les vrais termes avec les enfants, C'est bien de se questionner sur pourquoi, pour ces parties-là, spécifiquement du corps, on utilise uniquement des noms mignons. C'est-à-dire à tel point que beaucoup de femmes, encore, et d'hommes, ne connaissent pas les vrais termes. Tu peux avoir une confusion entre la vue et les vagins, par exemple. C'est quelque chose d'assez classique. Et donc, vraiment, pourquoi ? C'est impossible pour vous d'utiliser les vrais termes ? Souvent, les réponses que j'ai, c'est des mots d'adultes. Vulve et pénis, c'est une connotation très sexuelle. C'est-à-dire qu'il y a un tel tabou autour de ce sujet, il y a une telle hyper-sexualisation des corps qu'on en vient à trouver ces termes-là presque pornographiques. Et puis la deuxième réponse que je peux avoir, c'est qu'ils sont moches. C'est bon. Non mais pénis, c'est vulve, c'est hyper moche. Est-ce que c'est vraiment plus moche que orteil, oreille, ventre ? Objectivement. non, c'est simplement que c'est tellement tabou que c'est devenu trop difficile à dire donc ce sont des mots qui ne sonnent pas bien dans notre esprit, donc on préfère se dire qu'ils sont moches et puis j'aimerais aussi demander, mais si t'as pas le choix tu dois en dire un, soit pénis soit vulve ben pénis à la limite, ok mais vulve, c'est impossible le mot vulve, il peut être extrêmement difficile à employer Et ça, pareil, c'est le reflet de l'hypersexualisation des corps féminins et du tabou qu'il y a autour de la sexualité des femmes, en tout cas, la projection qu'on en a à l'âge adulte. Une fois qu'on a compris que ces noms mignons, c'était le reflet avant tout du tabou et de l'hypersexualisation des corps, on peut peut-être passer à l'étape d'après de, OK, maintenant, on va se dire, pourquoi on doit utiliser les vrais termes avec les enfants ? Et généralement, je donne... Je donne trois à cinq raisons. La première, c'est que quand on emploie les vrais termes, ce qu'on dit à nos enfants, c'est que tes parties intimes, elles ne sont ni sales ni honteuses. Donc, elles ont juste le droit d'exister dans les termes qui leur ont été attribués, comme toutes les autres parties de ton corps, en fait. Comme le genou, comme le pied. Elles ne sont ni sales ni honteuses. Donc, elles ont le droit d'exister. La deuxième raison, c'est qu'avec les soignants, c'est quand même plus facile de parler le même langage. Quand un enfant va, on a besoin d'aller chez le médecin, il dit « j'ai mal en bas » , ce n'est pas très précis. Un enfant qui va dire « j'ai mal aux testicules » ou « j'ai mal entre les lèvres » , « ça me gratte ici » , c'est parler le même langage, ça facilite quand même les soins. Alors, ça peut paraître anodin pour les enfants, mais en fait... Quand on a une méconnaissance de son corps à ce niveau-là ou un tabou, ça donne des adultes qui ont beaucoup de mal à aller voir un gynéco ou à parler à un médecin, même pour les hommes, à les dire « je crois que j'ai un problème sur le pénis » . Ce n'est pas facile non plus. Donc en fait, ça peut parfois même nous empêcher de bien se soigner à l'âge adulte. Et puis, la dernière raison, je pense que c'est la plus marquante, c'est que nommer, c'est protéger. C'est-à-dire qu'un enfant qui déjà connaît le nom de ses parties intimes, généralement, on lui a appris aussi les touchers interdits, les règles de l'intimité, etc. Mais aussi, on est dans un pays qui porte très peu de crédit à la parole des enfants. Et donc, un enfant, je vous donnais deux phrases, je fais un petit trigger parce que ce sont des phrases pas faciles, mais dans le bain, Gabi a touché ma zézette. Ça n'a pas le même impact que dans le bain, Gabi a mis son doigt dans mon vagin. Vraiment pas. Et donc, en France, il n'y a que 3% de condamnations de violences sexuelles faites aux enfants. On ne croit pas les enfants. Donc, les mots ont une importance cruciale. Et puis aussi, il y a autant de termes que de familles. C'est-à-dire, OK, Zizi, Zizi, Zizi, c'est très employé, mais il y a plein d'autres termes, parfois complètement farfelus. Et pour un enfant, ça peut être insécurisant aussi de se dire, moi, j'ai une crevette et toi, tu as une nénette et l'autre, il a un pipi. Enfin, voilà, c'est comme si l'enfant n'était pas normal. Et donc, voilà, remettre les vrais termes, c'est aussi juste normaliser les parties intimes.
- Speaker #1
Puis c'est aussi protégé parce qu'il me semble que les prédateurs sexuels jouent un peu sur le flou. Bien sûr,
- Speaker #2
jouent sur le flou. Et puis tout ce qui est mignon, finalement, un petit nom mignon, ça rend le geste mignon. On va parler de Billy, de Chatouille. Enfin, on reste dans cet univers-là qui décrédibilise un petit peu, qui minimise aussi ce qui est en train de se passer pour un enfant potentiellement victime de violences sexuelles. Donc, on doit... C'est du sérieux, en fait, tout ça. Notre corps, c'est du sérieux. Et toutes les parties de notre corps sont sérieuses. J'ai envie de dire encore plus, nos parties mentales.
- Speaker #1
Ok. Autre sujet hyper important pour moi. Pourquoi, selon toi, on ne devrait jamais insister pour qu'un enfant nous fasse un bisou ? Et encore une fois, à partir de quel âge ? Parce que moi, ce qui m'a toujours questionnée, c'est que moi, j'adore faire des bisous à ma fille, évidemment. J'avais même lu que les bisous pouvaient être une manière de partager les microbes pour renforcer l'immunité, de récupérer les microbes de nos enfants à travers nos bisous. Et surtout, c'est tellement naturel que je me dis, peut-être au début, on peut quand même leur faire des bisous. Moi, j'appelle ça des attaques de bisous en plus. Tu vas me dire que c'est peut-être pas bien. Et surtout, je me suis dit, à quel moment on est vraiment dans... Quelque chose d'instinctif et de sain, de l'ordre d'une tendresse saine. Et à quel moment on est peut-être dans une forme d'envahissement parce qu'on est en train de rechercher notre dose d'ocytocine ?
- Speaker #2
Cette question, quand on parle des tout-petits, elle n'est pas si tranchée dans l'esprit des adultes. Parce que, comme tu le dis très justement, le toucher. chez l'être humain et chez les bébés particulièrement, c'est un besoin vital. Les bisous, les câlins, les caresses, c'est être porté, être dans la proximité, ça fait partie de la construction du lien d'attachement, de la sécurité affective des bébés, et il ne faut surtout pas négliger ce point. Mais quand on a un tout petit, ce que j'invite vraiment les adultes à... observer les signaux, parce qu'un bébé est complètement capable d'exprimer les signaux de confort et d'inconfort. Ce n'est pas parce qu'un enfant ne parle pas, ne sait pas dire non, que son corps n'exprime pas le non. C'est-à-dire que c'est d'abord le corps qui s'exprime chez l'être humain. C'est juste qu'on nous a un peu appris à nous déconnecter de notre corps. C'est pour ça d'ailleurs que je conseille vraiment d'éviter les distractions pendant le change. Parce qu'en fait, c'est important que l'enfant soit connecté à ce que son corps est en train de lui dire et ne soit pas avec un jouet pour essayer de faire diversion. Pour revenir au sujet, à quel moment on observe vraiment ces signaux-là ? Est-ce que l'enfant, on sent qu'il est détendu, qu'il gazouille, qu'il maintient le regard avec nous ? qu'il n'est pas en train de s'étouffer quand on est en train de lui faire des guilis, parce que c'est souvent un peu un réflexe d'adulte de faire des guilis jusqu'à ce que l'enfant n'en puisse plus, parfois tout petit. Quand on franchit cette limite, il y a tous les signaux d'inconfort. Est-ce que l'enfant est en train de se rédire, en train d'être un peu dans l'évitement, ne plus être connecté à nous dans le regard, ou voire se fige totalement ? Il y a des bébés qui vont se figer totalement. Et donc, ça aussi, on doit arriver à l'interpréter. Vraiment, le message, ce n'est pas parce que c'est un bébé qu'il n'exprime pas les choses. Et après, plus largement, dans le fait de pourquoi est-ce qu'on ne doit pas insister pour qu'un enfant nous fasse un bisou ou un câlin ou tout autre contact physique, c'est parce que la notion de consentement et de limite corporelle, ce n'est pas une question d'âge, ce n'est pas une question d'intention. On sait que quand on veut faire un bisou à un enfant, la plupart du temps, c'est très bien d'intentionner. Mais le consentement, ce n'est pas une question d'intention, ce n'est pas une question de lien affectif entre l'adulte et l'enfant. Le consentement, c'est un droit fondamental qui est là pour protéger l'intégrité du corps. Et donc, on oublie souvent, surtout nous, parents, que le corps des enfants, ce n'est pas le prolongement de notre corps. Ce n'est pas parce qu'on a fait naître un enfant, qu'on lui a changé toutes ses couches, qu'on l'a vu nu pendant des années, qu'on lui a donné le bain, que son corps nous appartient. Non, l'enfant, il ne nous appartient pas. Il dépend de nous, en tant qu'adultes. Et ça, c'est une différence, une distinction vraiment très forte. C'est que nous, en tant qu'adultes, on a un rôle immense. à jouer dans la transmission et le respect des limites corporelles de l'enfant. Et puis, qu'est-ce qu'on apprend quand on force un enfant à avoir un contact physique ? Fais un bisou à mamie, mets mon bisou le matin devant l'école. Enfin, voilà, c'est pas moments comme ça qui ont l'air anodins, mais qui sont très répétitifs. On apprend à l'enfant que la bienféance et le plaisir de l'autre, ça passe avant son ressenti et ses limites. On apprend à l'enfant qu'en fait, son nom n'a pas tellement de valeur, que le chantage affectif, quelque part, c'est un peu OK. « Je suis trop triste que tu ne me fasses pas un bisou, tu ne m'aimes plus. » Ça, c'est du chantage affectif. Même si ce n'est pas l'intention de faire du mal à l'enfant, le comportement s'est assimilé à du chantage affectif. Et ça, en fait, à long terme, quand c'est répété, ça peut avoir des conséquences assez importantes. ses futurs adultes aussi, dans le fait de faire passer le plaisir de l'autre avant ses propres limites personnelles. Il y a une vidéo d'ailleurs, j'y pense, que j'aime beaucoup au Canada, au Québec, il y a une fondation qui s'appelle la Fondation Marie-Vincent, qui a beaucoup d'avance, le Canada a beaucoup d'avance sur la France sur ces sujets-là, qui a fait une petite vidéo où elle transpose un peu. Quand l'adulte se met un peu à la place de l'enfant, c'est là où ça devient un peu plus limpide. Et donc, c'est une petite fille qui reçoit un cadeau de sa tante qui dit merci, merci, Tati. Et sa mère lui demande, ce n'est pas suffisant, merci, tu pourrais quand même lui faire un bisou. Et sa tante lui répond, non, tu aimerais ça que ton patron te demande un bisou s'il t'offre une promotion ? Et clac, ça nous remet un peu à, en effet, ce n'est pas parce que c'est un enfant tout mignon qu'on peut tout se permettre. Et si on nous faisait ça à nous, ce serait vraiment difficile. Donc voilà, c'est vraiment se dire, en plus, quel plaisir obtenir un bisou d'un enfant qui n'a pas envie de nous en faire. Ça va répondre, tu l'as dit, à notre besoin, à nous, affectifs, ou de bienférences. Et tu vois,
- Speaker #1
tu disais, quand ils sont bébés, on sait observer leur réaction corporelle. À un moment donné, ils ont un âge où ils pourraient nous dire non mais peut-être qu'ils sont déjà sous le conditionnement du fait plaisir donc là c'est important de leur demander est-ce que du coup tu vois ma fille qui a 2 ans et demi quand je lui fais un bisou systématiquement je dois lui demander ou est-ce que je peux quand même avoir parfois des réactions spontanées de bisous et puis voilà je vois que ça se passe bien mais est-ce que je suis un peu perdue tu vois concrètement à ma fille de 2 ans et demi est-ce que je dois systématiquement maintenant lui demander si de Ce qu'on fait déjà, c'est que... Si, quand même, avec son papa, là, maintenant, on a introduit vraiment le... C'est OK, est-ce que tu veux encore d'autres bisous ? Est-ce qu'on continue les châteaux ? Donc ça, on le fait. Mais ça m'arrive tous les jours de lui faire des bisous sans lui avoir demandé, tu vois.
- Speaker #2
Je crois que l'idée, c'est pas non plus de rentrer dans quelque chose où on perd toute spontanéité affective. Je pense qu'il y a de la nuance à avoir là-dedans. Et tout ne passe pas par le verbal. C'est-à-dire, à la question est-ce qu'un enfant peut réellement consentir ? La réponse est non. Évidemment que non. Un enfant qui dit oui peut penser non, par peur des conséquences, par envie de faire plaisir, par loyauté. Un enfant qui dit non, il n'a peut-être pas toutes les informations pour pouvoir dire oui. Donc voilà, l'enfant est vulnérable, il ne peut pas donner son consentement libre et éclairé Merci. Je pense qu'il ne faut pas non plus rentrer dans quelque chose de trop robotisé, mais toujours dans l'observation. C'est-à-dire que si à un moment donné, tu as fait un bisou à ta fille parce que là, tu as eu envie de lui faire un bisou et que tu sens qu'elle a eu un geste de retrait ou qu'elle t'a exprimé un non, c'est revenir, oui, tu as raison, j'aurais dû te demander, excuse-moi, c'est ton corps, tu as entièrement raison. Après, pour l'apprentissage, C'est pas mal de faire des jeux où on grossit le trait. Donc de dire, est-ce que je peux te faire un câlin ? Non. Ok. Et l'enfant va souvent vous dire, attends, redemande-moi. Est-ce que je peux te faire un câlin ? Là, oui. Ok.
- Speaker #0
Et jouer le jeu inverse aussi. C'est comme le jeu des guilis dont tu parlais tout à l'heure. Plutôt que de faire les guilis à l'enfant jusqu'à ce qu'ils soient en train de s'étouffer, ce qui est quand même vraiment quelque chose de typique chez les adultes, on va plutôt dire qu'on va jouer à un jeu. C'est que si tu es d'accord, je te fais des guilis. Quand tu dis stop, j'arrête. Quand tu dis encore, je recommence. Ça, ça peut se faire verbalement, mais ça peut se faire avec la langue des signes comme tu en as parlé. Donc encore, on peut taper sur la main ou stop. Et donc, on fait des guillis. Stop, les mains en l'air. Encore, je refais des guillis. Et on peut faire le rôle inverse aussi. Il y a plein de choses à faire. Il y a des petits jeux de rôle entre des peluches. Tu peux dire, imagine ta peluche pamba, elle a envie de faire un bisou à ta peluche cochon. Qu'est-ce qu'elle doit faire avant, tu penses ? Demander. Et donc, si la peluche cochon, elle dit non, eh bien, on respecte. Parce qu'en fait, quand l'autre te dit non, ou quand toi, tu dis non, ce n'est pas un rejet personnel. Tu ne rejettes pas l'autre. C'est juste que là, t'exprimes ta limite, ton besoin. Là, maintenant, tout de suite, j'ai pas envie d'un câlin. Et peut-être que plus tard, j'aurai envie. Je suis pas en train de te rejeter personnellement. Et ça, c'est un gros point. On va en parler après pour les grands-parents. C'est aussi leur faire voir ce sujet-là sous cet angle-là.
- Speaker #1
Oui, parce que je te disais que j'avais très envie d'aborder ce sujet-là parce que nous ne sommes pas les seules, maman et papa, à vouloir faire plein de bisous à nos enfants. Il y a aussi... Un inconnu, pour moi, ce serait évidemment beaucoup plus facile de lui dire non, tu vois. Mais c'est vrai que les grands-parents, ce n'est pas évident. Donc, comment on fait pour poser un peu les limites sans les froisser ? Est-ce qu'il y a des petites phrases ? Tu as des astuces comme ça ? Et comment on aide aussi notre enfant à se sentir soutenu quand il dit non ?
- Speaker #0
Déjà, je voudrais revenir sur le fait qu'on dit souvent qu'on trouve ça plus facile quand c'est un inconnu. et en fait c'est pas toujours le cas alors oui parce qu'un inconnu a priori il va pas faire un bisou ou un câlin mais je te donne un exemple, t'es avec ton enfant je sais pas dans un parc, un musée tu fais les courses et quelqu'un va lui mettre la main sur la tête en disant ah t'es mignon toi mais c'est hyper difficile de réagir à ce moment là et en fait ça c'est tout le temps, je tape sur ton casque en fait on touche énormément les enfants parce qu'on a l'impression qu'ils appartiennent Voilà. à la société. C'est un peu comme toucher le ventre des femmes enceintes. C'est pas un espèce de truc où il n'y a plus la même barrière. Ça ne me donnerait pas l'idée d'aller toucher la tête d'un adulte que je ne connais pas. Alors qu'un enfant, il n'y a pas ce même rapport. Ensuite, avec la famille, clairement, je pense qu'il se joue en nous, c'est qu'on a peur de faire de la peine. à ces personnes-là où on n'a pas les mêmes attentes en termes de bienséance, de politesse, par exemple. Il y a certains adultes à la politesse, ça passe par faire un bisou. C'est comme ça. Et donc, il faut essayer d'amener les choses. En tout cas, pour moi, il vaut mieux avoir d'abord la discussion entre adultes que d'attendre que la situation se présente et de juste dire non, tu as le droit de dire non ou d'avoir cette espèce de... de dialogue où finalement l'adulte en question, on va parler des grands-parents par exemple, ne va pas comprendre ce qu'on est en train de faire, ni pourquoi. Parce qu'en fait, nos grands-parents, c'est des décennies à déconstruire quand même. C'est pas évident. Il y a tout un travail pédagogique à faire avec eux, qu'on a fait nous en s'informant par nous-mêmes, mais voilà, eux qui ont respecté leur consentement, franchement. Pas grand monde. Donc, j'aime bien conseiller, de dire, j'ai assisté à une conférence et on a parlé du consentement. Et c'est vrai qu'ils disaient que c'est hyper important et que même avec nous, les enfants sentent que leur corps leur appartient et que du coup, c'est bien de leur demander avant de faire des bisous et des câlins ou j'ai écouté un podcast.
- Speaker #1
Ce podcast, vous allez pouvoir dire maintenant.
- Speaker #0
Exactement. Exactement. Ou dire, à l'école, on a une réunion sur le consentement parce que c'est vrai que pour faire en sorte que les enfants respectent Le consentement des autres enfants, il faut d'abord que nous, adultes, on respecte le leur. Tu vois, c'est des petites choses à amener comme ça et de ne pas les pointer du doigt. Et de ne pas laisser penser qu'on a des doutes sur eux ou qu'on suspecte quelque chose. Parce que c'est souvent la façon dont c'est interprété finalement par l'entourage. C'est quoi ? Tu as peur de quoi ? En fait, je n'ai pas peur. Je suis en train plutôt de te dire que parce que tu es un adulte proche de mon enfant, qu'il a pleine confiance en toi, qu'il t'aime et qu'il t'observe énormément, tu as un rôle immense à jouer. C'est-à-dire que quand toi, grand-mère, toi, grand-père, tonton, tata, peu importe, tu respectes le consentement de notre enfant. Ce n'est pas une graine que tu sèmes, c'est un arbre. En fait, si mes adultes de confiance me posent la question, c'est que c'est important, mon corps est important, mon corps m'appartient. Ça a une valeur immense. Puis je crois qu'il faut aussi les rassurer, en fait. Il y a ce sentiment que si l'enfant ne veut pas nous faire un câlin ou un bisou, il nous aime moins. Ils nous rejettent un peu personnellement, alors qu'en fait, c'est juste l'expression d'un besoin. Et puis, en fait, ils vous montrent de plein d'autres manières qu'ils vous aiment. C'est juste qu'on est resté bloqué sur... On montre son affection, le langage de l'amour dans la famille. Ça doit passer par un contact.
- Speaker #1
C'est hyper important ce que tu dis là, je pense.
- Speaker #0
Et il y a une chanson que j'adore, je recommande vivement, de Laurel Bang, qui s'appelle « Consentement » . et qui est une chanson que je fais écouter aux enfants mais presque plus aux adultes. Franchement, il n'y a pas une formation ou un atelier par an où je ne fais pas écouter les paroles de cette chanson parce que c'est comme si c'est un enfant qui parlait et qui disait « toi, tu n'as pas le droit de me faire un bisou si je ne veux pas » . Et la fin, la dernière phrase est hyper marquante. Elle dit « et regarde, mon sourire en dit beaucoup, il vaut bien plus qu'un bisou » . Et ça, c'est hyper important. le câlin du sourire, le câlin du regard. Il y a plein d'autres manières de montrer son amour,
- Speaker #1
en fait. Je pense que c'est fondamental. C'est un peu aussi ce que je pense sur la politesse. Parfois, on veut apprendre à nos enfants à être polis et donc on les force à répéter mécaniquement « merci, merci, merci » , alors que là aussi, il y a d'autres manières. Rien que leur joie, leurs yeux qui brillent, c'est déjà une forme de gratitude, je pense. Mais donc, hyper intéressant de peut-être ouvrir ça sur le... la multiplicité ou les multiples façons de montrer son amour en tant qu'enfant, en tant qu'adulte aussi, mais là, en tant qu'enfant.
- Speaker #0
Tu fais bien de le préciser. En tant qu'adulte aussi. On n'a pas tous la même bulle, parce que je la prends comme ça aux enfants, mais c'est comme si on avait une bulle autour de nous. Il y a des gens, leur bulle est toute fine, ils sont très tactiles, ils se mettent toujours très proches, et d'autres, leur bulle est plus grande. Ils ne sont pas tactiles, mais ce n'est pas pour ça qu'ils aiment moins. Ils ont d'autres langages de l'amour. Et donc, c'est là où on doit communiquer sur quels sont les langages de l'amour différents entre êtres humains, en fait. Et les enfants, c'est pareil. Ils n'ont pas tous les mêmes limites corporelles.
- Speaker #1
Ouais, j'adore. Et pour peut-être résumer, parce qu'on en a déjà beaucoup parlé, ou compléter sur cette notion de consentement, est-ce que tu as d'autres conseils sur comment enseigner la notion de consentement ? Moi, je sais que je lis un livre à ma fille. dans lequel ça lui apprend à dire que son corps lui appartient, mon corps est à moi, j'aime mon corps. Et donc, il y a des personnages où on voit qu'ils ne vont pas avoir le droit de la toucher. Et donc, tu vois, elle le répète, elle fait les gestes avec moi, mais j'ai toujours un doute si... Encore une fois, elle a presque deux ans et demi, si c'est un jeu ou si vraiment elle est en train d'intégrer tout ça. Comment on voit aussi, comment est-ce qu'on peut le voir ? si le message part, si ça marche, ou il faut juste se faire confiance, faire confiance au processus ?
- Speaker #0
Déjà, ce dont on parlait au début, c'est qu'il va falloir un temps d'intégration. En plus, on va le répéter dans le quotidien, que ce soit par le jeu, par des livres, mais avant tout, avant tout, par l'exemplarité. Vraiment, je pense qu'il n'y a pas de moyen plus puissant que de dire que les enfants ne font pas ce qu'on dit, ils font ce qu'on fait. Et ils vont probablement se comporter avec les autres comme nous, on se comporte avec eux. Et c'est vrai pour plein de sujets. Je veux dire, on parle de la façon d'éduquer les enfants, mais c'est pareil. Si on apprend à un enfant, si on crie sur un enfant pour l'éduquer, probablement qu'il va comprendre qu'il faut crier pour se faire entendre quand il y a un conflit. Là, c'est pareil, en fait. Le consentement, c'est est-ce que je respecte le consentement de mon enfant ? Est-ce que je fais respecter le consentement de mon enfant autour ? parce que j'ai cette posture-là de... En fait, ce n'est pas négociable et ce n'est pas facile d'avoir cette posture de peu importe à qui on s'adresse, le consentement de mon enfant passera toujours avant la bienséance ou la pression sociale et familiale. Et est-ce que je montre à mon enfant que moi aussi, j'ai des limites corporelles ? Si déjà, on fait ça... C'est immense. Et après, il y a toujours le jeu et la répétition. Les enfants apprennent par le jeu. Quand tu dis que ma fille répète les gestes, on sent qu'elle joue, etc., c'est comme ça que les enfants apprennent. Ce n'est que par le jeu. Ce n'est pas que tu vas apprendre par cœur les règles. Non, c'est vraiment... On a dit les chatouilles revisitées, les jeux de rôle avec des peluches, des signes pour dire non, apprendre à dire non. Ça, on l'apprend beaucoup aux enfants maintenant. Vous vous mettez droit, vous plantez vos pieds dans le sol, vous croisez vos mains. Non ! ou distance, portez votre voix. On fait en sorte que les enfants s'entraînent. On leur fait écouter des chansons. Mes deux chansons préférées, c'est « Mon corps, c'est mon corps » . Finalement, c'est une chanson qui est très ancienne. Mais il y a une version sur YouTube hyper entraînante. Il y a même des kermesses. Pendant les kermesses, les écoles vont utiliser cette chanson. Elle est vraiment géniale. Il y a « Consentement » de Laurel Beng. Des petits jeux de rôle entre les peluches. Voilà, des livres, poser des questions à notre enfant. Et si t'as envie de faire un câlin à ton cousin, ta cousine, qu'est-ce que tu dois faire avant ? Ok, tu dois te demander. Ok, et ensuite, je dois écouter la réponse. Et ensuite, je dois respecter. Si c'est oui, ok. Si c'est non, c'est non. C'est avoir toutes ces petites discussions aussi avec nos enfants. Et comment on sait que ça marche ? Généralement, il y a un moment où notre enfant va vraiment oser dire non, va savoir qu'il a le droit de dire non et qu'il va poser ses limites et s'exprimer avec nous. Un enfant qui va vous dire, tu m'as touché les cheveux, sans demander, c'est mon consentement. Ou non, je ne veux pas me laver, c'est mon corps. Alors, il va y avoir un travail, parce qu'il y a une question d'équilibre à trouver quand on parle de consentement de santé et de sécurité, bien sûr. Mais en fait, c'est gagné si votre enfant vous dit ça. C'est qu'il a intégré, c'est bon, quoi.
- Speaker #1
Ok, trop bien. Allez, dernière question. À quel âge les petites filles, alors je pense que c'est les enfants en général, mais à quel âge ils commencent à avoir des sensations corporelles, à se toucher ? Est-ce qu'on peut même parler de vie sexuelle à cet âge-là ? Et comment on peut les accompagner ? J'ai le souvenir, en fait, d'une maman, d'une petite fille qui disait que... sa fille avait commencé à se toucher. Elle lui avait dit un jour, « Maman, tu sais, quand je me touche là, ensuite, je passe une bonne journée. » Et j'avais trouvé sa réaction top. Mais en même temps, moi, je me questionne sur comment je réagirais et quels seraient tes conseils. Mais elle lui avait dit, il me semble, « Écoute, c'est super. » Mais elle lui avait fait comprendre que ça, c'était à faire dans sa chambre, avec elle-même, quoi, et pas en public. Du coup, c'est... des choses à nous partager sur ça aussi.
- Speaker #0
Déjà, ce dont tu parles, le fait qu'un enfant touche ses parties intimes avec ses mains ou avec un objet extérieur, un doudou, ou se frotte, etc., on appelle ça l'autostimulation. Et l'autostimulation, en fait, ça démarre très tôt, finalement. Vers 8-9 mois, on observe déjà des enfants qui s'autostimulent et Et d'ailleurs, particulièrement les enfants qui sont en HNI, donc c'est l'hygiène naturelle infantile, ce sont des enfants qui ne vont pas porter de couche, par exemple, et qui vont donc avoir accès à leurs parties intimes plus facilement. Ce qu'il faut savoir, c'est qu'avant la puberté, l'autostimulation, c'est de l'exploration qui est 100% sensorielle. Voilà, l'enfant va ressentir... des sensations d'apaisement, voire même d'endormissement. Donc, il n'y a pas d'intention de satisfaction sexuelle comme on l'entend pour les adolescents ou des adultes. Donc déjà, ça peut venir un peu atténuer notre malaise. Mais il y a cette sensation d'apaisement et d'endormissement. D'ailleurs, ce n'est pas rare que des enfants s'endorment en s'autostimulant. Tu vois, quand je forme des crèches et des écoles, ça, ce sont des situations auxquels les pros sont confrontés quotidiennement. Et donc, l'idée, c'est vraiment de normaliser l'autosimulation, mais en effet, d'y poser un cadre, un cadre sécurisant. C'est-à-dire à l'enfant, je vois que tu touches tes parties intimes. D'abord, on va clarifier. Est-ce que ça te gêne ? Il y a quelque chose qui te fait mal ou c'est OK ? Parce qu'on peut peut-être passer à côté d'un... quelque chose à soigner. OK, si c'est OK. C'est super que tu touches tes parties intimes, tu découvres ton corps, simplement. c'est privé et donc un lieu privé c'est quoi ? c'est un endroit où tu es seul et en sécurité et là on peut faire un petit jeu donc soit à l'oral soit on découpe des petites vignettes par exemple le salon c'est un endroit privé ou pas ? bah non parce qu'il y a toute la famille dans le salon et ta chambre ? Là, c'est privé. Mais s'il y a ton frère ou ta sœur dans la chambre, ou papa ou maman, là, c'est plus privé. C'est d'expliquer. Et à l'école ? L'école, c'est toujours public. Donc la sieste collective, on ne peut pas toucher ses parties intimes parce que c'est que pour soi, les parties intimes. Mais il ne faut surtout pas oublier de se dire qu'on va devoir quand même proposer à l'enfant une alternative pour répondre à ce besoin d'apaisement ou d'endormissement. Donc, on va proposer un doudou, une tétine, une balle sensorielle, quelque chose qui va permettre quand même à l'enfant de répondre à ce besoin d'apaisement. On ne va pas le laisser comme ça en disant « non, t'arrêtes » . Et pour les tout-petits, les enfants qui ne parlent pas encore, avec lesquels on ne va pas avoir toute cette discussion-là, on va juste verbaliser, accueillir sans honte et rediriger. Donc, on va dire à l'enfant… On va essayer de faire un autre jeu. Parce qu'un tout petit de 8-9 mois qui est dans la salle principale d'une crèche, ça va être complexe de comprendre cette notion de savoir privé, savoir public. Donc le tout, c'est de vraiment réagir de manière positive et calme, sans faire honte et de rediriger.
- Speaker #1
Mais juste pour bien comprendre, pour les moins petits qui ne l'utiliseraient pas pour une question d'endormissement ou d'apaisement, mais juste parce qu'ils découvrent des sensations, est-ce que là, on doit aussi proposer une alternative où on peut les laisser faire ? En posant le cadre comme tu veux.
- Speaker #0
En fait, les sensations dont tu parles, ce ne sont pas des sensations de plaisir sexuel telles qu'on l'entend à la puberté ou à l'âge adulte.
- Speaker #1
Donc, c'est toujours une question...
- Speaker #0
C'est finalement toujours un plaisir de détente, en fait.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Et donc ça... On peut y répondre avec d'autres moyens, si le lieu n'est pas propice. Si, par exemple, l'enfant est dans sa chambre et commence à toucher ses parties d'un psy, nous, en tant qu'adultes, on va dire, là, je te laisse. Parce que tu as complètement le droit de toucher tes parties d'un psy. C'est plutôt moi qui vais sortir de la pièce. C'est pareil dans le bain. Je te laisse un peu tranquille, je suis juste derrière la porte. Tu peux m'appeler. L'idée, ce n'est pas d'empêcher, jamais, mais de faire en sorte que ça se fasse dans un cadre privé et sécuritaire.
- Speaker #1
Oui, trop bien. Super. Écoute, merci énormément. C'était passionnant, hyper concret. Est-ce que tu peux nous parler un petit peu de ton actualité ? Où est-ce qu'on peut te retrouver ? Tu as un compte Instagram, que je n'ai pas encore mentionné d'ailleurs, mais qui est super. Je vous invite vraiment à le suivre.
- Speaker #0
Merci. Oui, c'est Petit Corps Super Pouvoir, mon compte Instagram. Je partage assez régulièrement, j'essaye euh euh toutes ces petites informations et ces idées pour les adultes. Mon actualité, c'est que là, je forme énormément d'écoles et de crèches vraiment axées sur les professionnels de l'enfance. Et puis, j'ai quelques ateliers parents aussi, ou des webinaires que j'anime pour les parents. Mais généralement, je forme d'abord les pros et après, je propose à la structure de faire un atelier avec les parents. pour que les parents aient un langage commun et trouvent des outils applicables à la maison. Parce que la collectivité ne rencontre pas les mêmes situations que la maison. Et c'est important que chacun ait son rôle à jouer dans cette éducation-là.
- Speaker #1
Et on peut te retrouver sur LinkedIn aussi,
- Speaker #0
je crois. Oui, LinkedIn aussi, c'est un réseau que j'affectionne particulièrement.
- Speaker #1
OK. super, merci beaucoup, je mettrai tout ça en description du podcast et puis encore une fois c'était vraiment hyper chouette de t'avoir et hyper important de parler de tout ça et moi je ressors avec vraiment beaucoup plus de clarté parce que, on en peut parler mais quand t'es dans le flou en tant que parent c'est là où tu sais pas par où, par quel bout prendre les choses, ou parfois tu n'avances pas en fait, tu mets le sujet sous le tapis presque donc voilà, je pense qu'on ressort tous avec des pistes concrètes et donc encore merci pour ça Merci. merci beaucoup Alexandre encore une fois c'est déjà la fin de cet épisode j'espère qu'il t'a plu et surtout qu'il t'a donné envie de réveiller un petit grain de rébellion en toi et de révéler celui de ta fille si tu penses qu'il pourrait inspirer une autre maman autour de toi, partage-le lui et si tu veux me donner un coup de pouce pour faire grandir cette démarche, tu peux laisser 5 étoiles et un petit mot doux, ça compte énormément à très vite