Speaker #0Pour moi, l'engagement, c'est une vision personnelle liée à mon passé professionnel. C'est le désintéressement, le don de soi et le don de son temps, qui est certainement une des choses les plus précieuses. Sans rien demander en retour, c'est également s'engager pour ceux qui s'engagent. Je m'appelle Hubert Stahl, je suis né en 1962. à Aubernais, dans le Barin, en Alsace. Je suis colonel de l'armée de terre à la retraite et je suis délégué général du souvenir français pour la Belgique depuis presque deux ans. Mon parcours personnel comme enfant puis comme adolescent a très fortement déterminé mon choix d'abord servir comme officier, puis de m'engager comme bénévole dans le domaine de la mémoire et plus précisément du souvenir français. Étant né et ayant grandi en Alsace, au Bernay en l'occurrence, j'ai grandi dans une sorte de bain patriotique et mémoriel. Ensuite, j'ai grandi avec les récits familiaux de l'occupation allemande, soit de mes oncles ou proches, dont l'un a été incorporé de force dans l'armée allemande et a été détenu dans le sinistre camp ruste de Tambov. La présence de nombreux lieux de mémoire a sans doute également joué dans ma vocation. Le camp de concentration du Stroutov. qui se trouve à quelques kilomètres à peine d'Aubernay, et que nos parents nous faisaient visiter très régulièrement. Mais il y a également le Mémorial National des Incorporés de Force, sur le Mont National, à quelques centaines de mètres à peine d'où nous habitions. Et une image qui est très connue en Alsace, peut-être moins connue ailleurs, qui est celle de la Halle Oblé, un des plus beaux bâtiments à colombage de la ville. qui a été recouvert le jour de la libération de la ville, le 26 novembre 1944, sur une de ses façades avec une énorme toile, avec en fond les couleurs de la France et des Alliés. Et cette magnifique inscription, « Il y a deux choses éternelles, la France et notre fidélité » . Par ailleurs, il y a un lien historique entre le souvenir français et l'Alsace. puisque le souvenir français est né de la guerre de 1870 et de la perte de l'Alsace-Lorraine. J'ai fait une carrière complète comme officier de l'armée de terre, de Saint-Cyr jusqu'au grade colonel. Et en fait, je n'ai jamais imaginé faire autre chose que d'être militaire. On peut donc sans doute parler d'une forme de vocation. J'ai fait beaucoup de séjours à l'étranger. Ce qui me distingue un peu, peut-être, du parcours d'autres de mes camarades de chez eux. J'ai passé en tout une quinzaine d'années hors de France, en Asie, au Proche-Orient, en Europe, en état-major international et deux fois en ambassade. Et précisément, finalement, j'ai terminé ma carrière d'officier comme attaché de défense à l'ambassade de France en Belgique, à Bruxelles. où là je suis définitivement tombé dans le mémoriel. Mon entrée au souvenir français s'est faite de manière, j'ai envie de dire, à la fois fortuite et naturelle, avec un double socle constitué par l'Alsace, donc région natale et où j'ai grandi, avec une partie mémorielle très importante et l'armée de terre. J'insiste sur armée de terre parce que dans armée de terre, il y a terre. Et la mémoire, pour moi, c'est un lien, comment dire, charnel, avec la terre que nous défendons, la terre où nous combattons, qui peut d'ailleurs être aussi une autre terre que la terre française, belge par exemple, souvent dans notre histoire, la terre où nous mourons et à laquelle nous retournons finalement. Et je pense évidemment au magnifique vers de Charles Péguy, « Heureux ceux qui sont morts pour la terre charnelle » . Et c'est donc dans mes fonctions comme attaché de défense et responsable des sites mémoriels français en Belgique, les 35 000 sépultures de soldats français morts pour la France en Belgique, que je me suis retrouvé en permanence au contact du monde mémoriel et donc du souvenir français. Et c'est là que je suis devenu d'abord adhérent du souvenir français en arrivant, ce qui me semblait naturel. Et la moindre des choses, que j'ai connu mon prédécesseur Claude Michel, malheureusement décédé aujourd'hui, et que j'ai été pressenti pour devenir délégué général après mon départ de Bruxelles et au moment de mon départ à la retraite. C'est vrai que le souvenir français, à l'étranger, on fait un peu, j'ai envie de dire, de diplomatie mémorielle. Et on crée effectivement des ponts entre nous, la mémoire et les autres pays où nous sommes implantés. Nous avons en Belgique entre 350 et 400 membres. Ce qui est quand même une grosse délégation. Alors cette gestion d'une délégation générale à l'étranger a des vraies particularités. D'abord en Belgique, 95% des adhérents sont belges. Et nous demeurons invités dans un pays étranger, même si nous le sommes de manière très chaleureuse comme en Belgique. Le premier défi, je dirais, c'est un défi humain. Surtout à l'étranger, je pense qu'il faut du tact et de l'intelligence de situation. Comme je disais, quand on est délégué général des souvenirs français à l'étranger, on est invité dans un pays étranger qui a une autre histoire, une autre sensibilité, une autre culture. Et donc ça demande une... connaissance très fine de l'environnement et une compréhension de cet environnement local. Et le fait d'avoir une délégation générale qui est composée majoritairement de Belges, pour mon cas, c'est un avantage certain. Le contact avec les élus n'est pas le même. L'autorité de l'État, qui représente l'État, l'ambassadeur, ce n'est pas le même. pas, comme dans les départements métropoles, un préfet. C'est un peu différent. Il faut vraiment une articulation et une coordination de notre action avec l'ambassade. L'ambassade a la légitimité étatique. L'ambassadeur représente la France dans toutes ses dimensions. Le souvenir français, lui, a sa légitimité de Plus grande association mémorielle française, reconnue d'utilité publique, c'est important. Nos deux rôles sont vraiment complémentaires. Si on prend les trois grandes missions du souvenir français, la préservation des sites, les commémorations. Et enfin, la transmission, aux plus jeunes en particulier. Ces missions s'articulent de manière différente. Par exemple, nous ne faisons pas d'entretien des sites. L'entretien des sites, en Belgique, les sites mémoriels, c'est 99% de patrimonial. Donc c'est l'ambassade qui est précisément chargée de cette mission. La mission de défense. très précisément, qui est l'opérateur du ministère des Armées pour cette mission. Il n'y a pas par définition la question des restitués, puisque les restitués sont restitués à leur famille en France. Le plus similaire, si on peut dire, c'est sans doute la partie cérémonie, sachant que les événements historiques que nous commémorons en Belgique ne sont pas forcément les mêmes qu'en métropole. Par exemple, en Belgique, les cérémonies... concernant la bataille des frontières, donc le 22 août 1914, sont très importantes, des fois plus importantes que le 11 novembre. Les commémorations de la bataille de Jean Blou, donc le 13-14 mai 1940, sont certainement plus importantes que le 8 mai. Nous participons de manière très importante à la veille mémorielle, puisque nous veillons 2853... 33. tombe sur 67 sites. 67 sites, c'est plus de la moitié des sites mémoriels en Belgique. Les grands liens mémoriels entre la Belgique et la France, c'est surtout la Première Guerre mondiale, puisque parmi les 35 000 sépultures de soldats morts pour la France en Belgique, 90% concernent la Première Guerre mondiale. Donc la bataille des frontières que j'ai citée, 25 000 morts en une seule journée, c'est absolument considérable. C'est considéré comme la journée la plus sanglante de l'histoire militaire française. La bataille de l'Isère en Flandre. Il faut savoir qu'il y a un mémoriel entre la France et la Belgique qui concerne vraiment tout le territoire belge, que ce soit la partie francophone ou la partie néerlandophone, surtout, comme je viens de le dire, la Première Guerre mondiale, mais aussi le début. de la Deuxième Guerre mondiale, puisque le Deuxième Conflit mondial a commencé pour la France comme le premier en Belgique. Et pour venir donc à la troisième mission, la transmission de la mémoire aux générations les plus jeunes. Comme on le sait, la Belgique est considérée comme le champ de bataille de l'Europe et en particulier le champ de bataille de la France. Il y a un seul véritablement établissement scolaire en Belgique, le lycée français de Bruxelles à Hucle. Tous les autres établissements scolaires sont belges et donc la manière de les aborder, qui est souvent prise en compte par les présidents de comités, se déroule de manière un peu différente. Les jeunes belges sont très attentifs à ce type de démarche. Notre défi, c'est l'implication de la communauté française. Parce qu'en fait, on pourrait me dire comment ça se fait que dans un pays où il y a une des plus grosses communautés françaises, il y ait 95% de Belges qui soient adhérents du souvenir français. Alors ça vient, comment dire, d'une raison relativement simple, c'est que les lieux mémoriels en Belgique se trouvent dans les zones rurales. Et d'un autre côté, la communauté française est surtout établie dans la capitale, Bruxelles. Donc en fait, il y a cette dichotomie entre les lieux de mémoire où s'établissent les communautés et la communauté française. Il y a la notion à laquelle on est le plus habitué, c'est la transmission au jeune. Ça, je trouve que ça marche relativement bien. On arrive avec tous les outils qu'on connaît à vraiment transmettre. Alors évidemment, chaque tranche d'âge doit évidemment être abordée de manière différente. Une autre transmission. dont on parle peut-être moins, mais qui, pour ma part, est aussi importante, c'est la transmission de nos responsabilités. De délégué général, de président de comité, mon prédécesseur a vraiment anticipé la transmission de sa responsabilité et il n'y a eu pratiquement pas de perte en ligne. C'est extrêmement important pour une association comme la nôtre. pour que notre travail puisse se perpétuer. On fait quand même des rencontres qui sortent du commun de temps à autre. L'ASB, c'est la bataille de Hanu, vous savez, la première bataille de char de l'histoire. Le premier engagement de char, puisque ça a eu lieu pendant la première guerre mondiale, mais vraiment la première bataille de char contre char. Et donc nous avons un comité là-bas, qui organise chaque année un pèlerinage des tombes, puisque c'est une bataille de mouvements, donc les tombes sont relativement dispersées, donc ça dure une grosse demi-journée. Et sur une des stations, j'ai rencontré un monsieur pratiquement centenaire ou centenaire. qui a connu, qui a été le témoin direct des combats qui ont lieu entre le 11 et le 13 mai 1940 et qui ont vu s'affronter l'armée française, le corps de cavalerie du général Piriou, les deux divisions légères mécaniques aux avants de l'armée allemande. Et donc ce monsieur... 80 ans plus tard, il m'a décrit vraiment en détail les combats. Et en fait, il m'a décrit une armée française telle qu'en fait, on ne la voit pas habituellement. On a l'image d'une armée défaite, d'une armée qui recule, d'une armée un peu en déroute. Et là, en fait, il m'a décrit une armée complètement différente, une armée dynamique. avec plein d'allants, avec des soldats bien encadrés, bien armés, et qui provoquaient des pertes importantes aux Allemands. Et donc je me suis dit qu'en fait la mémoire, non seulement elle n'accompagne pas seulement l'histoire, mais des fois elle est aussi là pour rétablir des choses qu'on ignore, ou des fois rectifier un peu, une vision un peu fausse. qu'on a des événements historiques. Pour moi, l'histoire, c'est vraiment une démarche scientifique, d'observation, d'étude et d'analyse des faits historiques. La mémoire, c'est tout à fait autre chose. La mémoire, on commémore, on célèbre, on met en valeur, mais on exergue des moments précis de notre histoire. C'est le choix de moments forts, de gloire et de souffrance communes, comme le décrit Renan. Et donc cette mémoire a vraiment un rôle dans la vie de la nation, un rôle d'unité. Par rapport à l'histoire, il y a quelque chose, j'ai envie de dire, d'affectif. de charnel même, de spirituel qui n'existe pas du tout dans l'histoire. Souvent dans notre association, ou les associations de même nature, les initiatives viennent de la base des adhérents, des délégués locaux. Or, toutes ces bonnes volontés n'ont pas forcément les moyens, ou n'ont pas forcément les contacts, ou les codes. pour concrétiser leurs idées, leurs initiatives. Et c'est là que nous, cadre de Souvenirs français, entrons en compte. C'est là qu'apparaît effectivement cette notion d'engagement pour ceux qui s'engagent.