Speaker #0Je suis originaire d'une famille qui n'est pas du tout militaire. J'ai été éduqué, toujours dans le mythe je dirais, c'est le mot qui convient tout à fait, d'un aïeul qui est mort pendant la guerre 14-18. Il était capitaine et commandant d'une compagnie de tirailleurs algériens. Il est mort en septembre 14 et toute mon enfance a été bercée par le souvenir de cet officier dont il restait dans le grenier les vêtements, l'uniforme, les sabres. Et en plus, qui a été inscrit au tableau d'honneur de la guerre. C'est le cinquième nom sur le tableau d'honneur de la guerre 14-18. Donc tout ça, ça a un peu modulé ma décision de devenir militaire. Je m'appelle Laurent Demain. Je suis né en 1960 à Valenciennes dans le Nord. Aujourd'hui, à 65 ans, à la retraite, je me suis engagé dans l'action associative, notamment en priorité bien sûr avec le Souvenir français dans la Nièvre, qui est un département très rural. et dans lequel il y a un attachement à la mémoire de la France combattante. J'ai fait une carrière d'officier dans l'armée de terre pendant 32 ans. J'ai quitté l'armée avec le grade de colonel à 50 ans. Au cours de ma carrière, j'ai eu... malheureusement a déploré, notamment en Afghanistan, des soldats tués et blessés. Au cours de l'année où j'étais chef d'état-major en Afghanistan, il y a eu 10 soldats tués et il y a eu au moins 150 blessés, et dont 9 soldats durant la période où j'étais vraiment en poste, et un qui a été tué le jour de ses 20 ans. Donc, si vous voulez, ça m'a profondément marqué et je me suis dit, pour ces braves gars, lorsque j'aurai la possibilité, une fois sorti de mes obligations professionnelles, je vais consacrer du temps à leur mémoire. Et c'est tout à fait la mission du Sous-Denis Français. Voilà pourquoi j'ai rejoint l'association. Tout d'abord, directement, comme président d'un comité qui a été créé juste autour de mon village, dans la communauté de Comines, Bassoalou à Morvan. Deux années après, le délégué général étant arrivé au bout de son mandat m'a demandé si j'acceptais de prendre la succession en qualité de délégué général du souvenir français pour la Nièvre. Ce que j'ai accepté tout en cumulant avec des fonctions de président de comité parce que dans nos milieux ruraux avec une faible densité de population, il n'est pas toujours aisé de trouver des volontaires pour exercer les responsabilités au sein d'associations. C'est lorsque j'ai visité le cimetière de mon village, et que, bien entendu, comme dans tous les villages de France, les monuments aux morts sont particulièrement denses en nom. Celui-là, il était fortement bien dense parce que c'était une région d'agriculture. Et j'ai vu les tombes des soldats restitués dans le cimetière qui étaient ruinées ou en totale déshérence. Et là, si vous voulez, il y a un déclic qui s'est fait. J'ai immédiatement refait le lien avec... le stade de 20 ans qui était tombé en Afghanistan. Et je me suis dit, non, on ne peut pas laisser faire ça. Alors j'en veux pas du tout aux communes, puisque de toute façon ce sont des sépultures privées. Malheureusement, avec le temps, avec l'exode rural et l'éparpillement des familles, il n'y a plus personne pour entretenir ces tombes qui entrent en déshérence et qui disparaissent les unes après les autres. Et ça, je ne l'accepte pas. Donc, je me suis vraiment engagé pour la sauvegarde des sépultures, des soldats restitués dans les cimetières communes de la Nièvre. Mon travail consiste effectivement à organiser tout ça avec des bénévoles. Et d'ailleurs, de plus en plus de jeunes s'associent à l'entretien et la sauvegarde de ces tombes, à faire des inventaires cimetière par cimetière, prendre contact avec les municipalités, établir un partenariat, bien veiller bien entendu aux règles concernant les sépultures, et à les sauvegarder ou à les valoriser. Ça marche plutôt bien. Dans la Nièvre, j'ai lancé une opération Phénix pour faire en aide de leur cendre ces soldats. Et j'ai évalué à peu près qu'il y avait 3000 tombes de soldats morts pour la France restituées dans les cimetières communaux. Et que malheureusement, à cause du temps, il y en a déjà qui sont disparus de manière définitive, ont été relevés ou sont introuvables dans les cimetières. Et qu'il en reste à peu près 2500. Donc je me suis fixé comme quota. de faire 200 tombes de soldats par an, de manière en 10 ans, la durée d'un mandat d'un délégué général, de couvrir la totalité des cimetières de la Nièvre. On en est maintenant à 1044 tombes, donc quand on n'en fera que 1500, je pense qu'on aura fait la totalité. La sauvegarde des tombes est très importante parce que ce sont des témoins visuels. Les écrits, tout le monde ne lit pas. Les journaux, tout le monde ne les regarde pas. Les monuments aux morts, ce sont des listes de noms qui, malheureusement, ne sont plus parcourus. Lors des commémorations, si jadis il y avait beaucoup de monde, la participation s'est un peu étiolée avec le temps. En revanche dans les cimetières, tout le monde continue à y aller. Et donc on retrouve, si les tombes sont sauvegardées et valorisées, c'est-à-dire marquées de la cocarde du souvenir français avec la mention « mort pour la France » , ça apporte un témoignage poignant des sacrifices consentis. Malheureusement, pour les corps qui ont été restitués aux familles, 400 000, ce n'est pas rien pour la Première Guerre mondiale, ils sont éparpillés dans les cimetières communaux et disparaissent les uns par les autres. Donc ce sont des sentinelles de pierres pour moi. Par le passé, ils ont combattu pour notre liberté. Et le fait de les voir nous rappelle que les conditions de vie que nous avons aujourd'hui ne sont pas le fruit du hasard. Elles sont le fruit de sacrifices d'hommes et de femmes au cours du temps pour nous permettre d'avoir la liberté que nous avons aujourd'hui. L'intérêt de ces tombes dans les cimetières, c'est que l'on y fait des commémorations spécifiques. Il y a notamment une mise à l'honneur particulière d'un combattant ou d'une combattante, d'un résistant ou d'une résistante. Je rappelle que d'ailleurs à cet effet, le souvenir français ne fait pas de distinction dans les conflits, n'a aucun lien avec un aspect politique quelconque. et ne considère absolument pas la religion des intéressés, couvrant dans son entièreté tous les morts pour la France de la même manière. Généralement il y a une cérémonie qui est faite où on passe sur chaque tombe, en présence d'élus, en présence de la population, en présence d'associations, en présence d'écoles, et sur chaque tombe on prononce... L'identité du soldat, son nom, son grade, son régiment, la date à laquelle il est mort pour la France en précisant bien « mort pour la France » . On dépose une fleur et on fait incliner les drapeaux chaque tombe les unes après les autres. Puis on termine par un hommage aux morts général pour tous les morts qui reposent dans le cimetière. Je suis toujours fortement impressionné par la grande émotion qui règne dans le cimetière. par la grande discipline de tous les participants, et par les yeux embués par les larmes. Pourtant, tous ces soldats sont tous inconnus pratiquement. Mais de voir des générations presque pleurant en faisant le geste sur les tombes dans les cimetières, c'est bien la preuve qu'on a atteint quelque chose d'intime et on touche quand même à l'histoire du pays, on touche à notre propre histoire par le fait même. Dans la Nièvre, nous avons été contactés il y a deux ans par une association de Choisir le Roi. Nous précisons qu'une jeune fille de 16 ans, une jeune résistante est morte dans la Nièvre, originaire de Choisir le Roi, et pour laquelle il n'y avait plus du tout de trace. Alors toutes les équipes se sont lancées dans la bataille historique de la recherche. Ça a été assez fastidieux parce qu'effectivement cette jeune fille était disparue. Puis il s'est avéré que finalement elle était agent de liaison au Damaki dans le Morvan. et qu'elle a été effectivement tuée par les Allemands. Nous avons pu reconstituer les faits. Et donc, cette jeune fille, nous avons pu retrouver sa tombe. faire un geste mémoriel sur sa tombe parce qu'elle était devenue totalement inconnue. Dans le village où elle a été tuée, le maire a décidé d'ériger une stèle à son nom et de baptiser la place centrale du village à son nom. Dans le village où elle habitait, son nom était inscrit au monument aux morts, il n'y était pas. Et ça s'est accompagné bien entendu de médiatisation. Et donc là vous voyez, à partir de la sauvegarde d'une tombe et toute une histoire, on a fait la boucle complète. Cette jeune fille, Huguette Geoffroy, est de nouveau parmi nous. C'est tout à fait conforme... La devise du souvenir français qui est « à nous le souvenir, à eux l'immortalité » . Donc à nous le souvenir et à vous, Juliette Geoffroy, l'immortalité, c'est ce que nous annonçons. Un bon matin ! J'ai reçu un courriel d'une certaine Anna France, qui je cite de mémoire. « Bonjour monsieur, je m'appelle Anna France, j'ai 11 ans. J'ai vu l'article dans le journal sur Huguette Geoffroy. C'est extraordinaire ce que cette jeune fille a fait. Je souhaiterais pouvoir prendre la parole si vous faites une cérémonie en son honneur. » Bon, moi très surpris. J'ai appelé la maman d'Anna France et elle m'a dit tout simplement non, non mais c'est Anna France, elle est comme ça. J'ai donc demandé à Anna France de me proposer un exemple de ce qu'elle pourrait prononcer à l'occasion du dévoilement d'une stèle au nom de Huguette Geoffroy et du baptême de la place Huguette Geoffroy dans le village de Saint-Malo-André-Zioua. Lorsque j'ai reçu la proposition de cette jeune fille, j'étais complètement désarçonné. C'était d'une maturité et d'une qualité, je dirais, de syntaxe extraordinaire. Le jour de la cérémonie, je lui ai laissé prendre la parole et bien entendu, elle a complètement scotché, comme on dit maintenant, tout le monde, les élus, les associations, par la pertinence de ses propos. 11 ans et demi, je ne sais pas si vous vous rendez compte. Donc maintenant régulièrement je lui laisse la parole parce que je trouve quand même plus pertinent de laisser parler une jeune fille de 12 ans maintenant à ma place, parce que l'écoute est quand même bien meilleure. Puis par la suite nous avons également mis à l'honneur trois justes parmi les nations. Et les enfants qui avaient été sauvés par ces justes étaient encore de ce monde, c'était deux femmes. J'ai proposé à Anna France de les contacter et de discuter avec elle ce qu'a fait Anna France. Elle a contacté ces deux personnes qui sont bien sûr maintenant très âgées. Et il en est ressorti une relation très forte entre ces deux personnes et Anna France. Et également la composition d'une prise de parole extraordinaire, qui d'ailleurs a été faite en présence du grand rabbin de France le jour de la cérémonie. Je n'ai même pas pris la parole. C'est un résultat plus qu'extraordinaire. D'arriver à avoir une enfant de cet âge qui, en voyant dans les journaux une histoire d'une résistante, en soit arrivé à vouloir devenir membre du Souvenir français et à participer aux cérémonies. C'est juste magnifique. Comme aboutissement, je dirais, j'ai proposé au président général du Souvenir français que Anna France ravive la flamme sous l'arc de triomphe. Ce 26 novembre, le 26 novembre 2025, qui est le jour dédié aux souvenirs français pour le ravisage de la flamme. Le président général a accepté parce qu'il connaissait son histoire. Et donc c'est cette jeune fille qui a ravivé la flamme sous l'arc de triomphe. Donc là on part d'une jeune fille qui a envoyé un mail et un an après elle ravive la flamme sous l'arc de triomphe. C'est magnifique, pour moi la mission est parfaitement réussie. Pour moi, la transmission mémorielle, c'est transmettre le souvenir d'événements passés pour qu'ils ne soient pas oubliés par les générations suivantes, afin qu'elles préparent un avenir meilleur. La participation de la jeunesse est importante. Ça fait partie de la transition avec un grand T. Pour accomplir la mission de la transmission vers les jeunes, je dirais que... Les défis majeurs sont d'une part d'avoir une adhésion complète de l'équipe enseignante, mais également un soutien des parents. Lors des commémorations, très peu d'enfants sont accompagnés par leurs parents, notamment leur zoom embrouillé, pour citer les deux principales qui sont quand même nationales et qui sont un jour férié. Et ça c'est un peu dommage parce que c'est également la mission des parents donc de contribuer à la transmission de la mémoire de ceux qui se sont sacrifiés pour... La liberté que nous avons ce jour. La dernière cérémonie que nous avons faite dans un cimetière, il n'y avait que trois classes. Ça fait au moins 80 enfants, c'est énorme. Quand les enseignants sont impliqués, il y a un très bon retour. On organise avec les enfants des recherches de sépultures de morts pour enfants dans le cimetière. Ça les passionne assez, ils sont très heureux. Ils font une photo de la tombe, et puis cette tombe est associée à un nom. Puis ils font les recherches avec leurs professeurs ou individuellement pour retrouver l'histoire de ce soldat, au moins son nom complet, la confirmation qu'il a le mentionnement pour la France et la date de sa mort. Et à partir de là, ça contribue de manière directe à la confection du dossier pour la sauvegarde des valorisations des tombes. J'ai un très bon souvenir d'une cérémonie qui a été effectuée à Clamcy. le 6 juin 2025, à la mémoire de 40 tirailleurs sénégalais qui avaient été exécutés par les Allemands le 18 juin 1940. Le lycée de cette école voulait en faire quelque chose de mémoriel, une classe de terminale, a organisé une cérémonie à la mémoire de ces tirailleurs d'un bout à l'autre. Il m'a demandé quelques conseils techniques. Et puis après, ils ont organisé toute la cérémonie. Elle a été conduite avec un maître de cérémonie qui était un élève de la classe, en présence d'élus, en présence d'associations et de nombreuses personnes. Et j'ai senti vraiment qu'ils avaient mis beaucoup de cœur à cette mission. J'ai senti comme un aboutissement pour eux. Ils voulaient faire quelque chose de concret. Ils l'ont fait, ils l'ont particulièrement bien réussi. Ça a pu être médiatisé. Et le souvenir français à cette occasion-là leur a confié la garde d'un drapeau d'une association dissoute. Ils sont très fiers d'avoir ce drapeau dans leur établissement. Et j'ai appris que pour les commémorations, il y a une forte rivalité pour savoir qui va porter le drapeau parce qu'ils veulent absolument porter le drapeau lors des commémorations, notamment la dernière du 11 novembre. Et donc je pense que pour lui-même, ce sera pareil. Il n'est pas rare que les enseignants... envisagent un voyage mémoriel pour leurs élèves. Et dans ces conditions, ça fait partie des missions du Souvenir français de les appuyer à la réalisation de ce voyage. Il y a une présentation, un appui à l'équipe pédagogique, je dirais, pour présenter les sites mémoriels sur lesquels le voyage va se dérouler. C'est un apport extérieur, surtout fait par des anciens qui ont connu ou qui ont une bonne expérience et une bonne culture militaire. C'est intéressant, donc les élèves aiment beaucoup. Et là, on s'aperçoit de toute la valeur du message, de toute la force de cette transmission et de sa réalisation avec efficacité, à condition que tous les acteurs fédèrent leur énergie autour. Les enseignants, les familles, puis également les élus. C'est vraiment l'œuvre de tous. Et en étant unis, là, on arrive à avoir un résultat tout à fait tangible. qui peut se mesurer avec des participations accrues et surtout une connaissance de l'histoire de la France. Le Souvenir Français, c'est une association formidable, ça transcende les générations. En ce moment, nous avons encore des anciens combattants qui commencent à être très âgés. Ce sont par exemple les anciens de la guerre d'Indochine, de la guerre d'Algérie ou de la Corée. J'estime que c'est un devoir de les pousser à témoigner, par des conférences ou des exposés s'ils en ont la force, mais également par la réalisation d'ouvrages qui pourront porter la lumière sur ce qu'ils ont vécu avant, pendant et après leur engagement, de manière à servir de témoignage pour les jeunes générations. Il y a un conflit dont on parle assez peu, qui est assez compliqué, même très compliqué, c'est celui de la guerre d'Algérie. Et bientôt, les anciens combattants d'Algérie auront tous disparu. Ces anciens combattants n'ont pas eu la possibilité de s'exprimer, et ni la volonté d'ailleurs, de crainte d'être incompris. Il est important de les faire témoigner et c'est la raison pour laquelle le souvenir français a édité un ouvrage qui s'appelle « Georges saisit l'itinéraire d'un appelé en Algérie » . Et il explique que ce n'est pas un livre de guerre, c'est vraiment un livre de mémoire. C'est l'histoire d'un appelé qui, en l'occurrence, était instituteur, qui a fait la guerre d'Algérie en qualité de chef de section de tireurs algériens et qui ensuite, après la guerre, est redevenu instituteur. Il est important d'apporter des ouvrages écrits pédagogiques, c'est dans l'œuvre de la transmission, puisque transmettre c'est également transmettre des écrits, pour que ces écrits puissent garder leur histoire tant qu'ils sont capables de témoigner. Le souvenir français a cette particularité d'être une association qui n'est pas au service de ses membres. Elle est au service d'une cause qui est bien au-delà, qui transcende les individualités, puisqu'elle est au service de la mémoire. Je pense sincèrement que, et ça se constate de plus en plus, que de nos jours il y a un besoin de retour aux racines. La France est une nation et ses racines sont des repères. Moi je constate maintenant depuis deux ou trois ans, depuis que je suis délégué général de l'enseignement français, qu'il y a un réel besoin de bien comprendre d'où on vient pour savoir d'où on va. Un engagement dans une association comme le Souvenir français, c'est pour un aboutissement personnel et collectif. En ce sens que l'aboutissement personnel, c'est pouvoir se dire « je contribue, je suis un acteur » . de la mémoire nationale. Je contribue en étant membre, je continue en aidant les bénévoles du souvenir français. Je suis partie de l'histoire. Ça c'est une réalisation personnelle. Et l'engagement est complété par un but collectif. C'est-à-dire que j'apporte comme une cathédrale ma pierre à l'édifice de la mémoire, modestement, mais chaque pierre compte, chaque pierre est utile. Et donc c'est un aboutissement collectif. Donc c'est ce sentiment de contribuer de manière désintéressée à la transmission de notre histoire nationale, de nos valeurs par le biais de la mémoire faite aux morts pour la France, aux cérémonies et à la mission de transmission vers les jeunes générations.