Speaker #0La délégation de Polynésie n'est pas une délégation ordinaire et je me bats pour caler un statut particulier. Quand j'ai accepté de prendre la délégation du Souvenir français, je me suis engagé, c'est-à-dire que je voulais m'investir totalement et faire rayonner les valeurs du Souvenir français au travers de la Polynésie. Cet engagement n'est pas quelque chose de superficiel, c'est quelque chose de très profond et qui rejoint un peu la transmission. On ne peut transmettre que si l'on est... Personnellement, convaincu de ce que l'on a à transmettre. Il faut s'investir, il faut intéresser les jeunes, il faut convaincre, il faut être passionné. Je suis Denis Michel, je suis né le 15 février 1946 à Joinville, en Haute-Marne. J'ai été nommé délégué général de la Polynésie française en 2018. Je vis en Polynésie depuis les années 2000. Je suis un pur produit de promotion sociale de la République française. Et j'ai plaisir à le dire parce que je suis entré dans l'armée de l'air à Sainte comme apprenti mécanicien, on dit arpète, à l'âge de 16 ans et demi avec comme seul diplôme le BEPC. Et j'éternuis ma carrière avec le grade de général. Et je dois dire que je rends hommage à mon instituteur qui m'a encouragé à aller au collège. Je suis donc entré à l'école militaire de l'air en 1971 à Sainte-Provence. et j'ai fait mon pilotage de base sur Fouga Magistère à Salon de Provence. J'ai également été breveté parachutiste en 1971, comme tous les officiers ou aspirants officiers de l'armée de l'air. J'ai passé un brevet de pilote d'avion de transport à Vaud, puis un brevet de pilote d'hélicoptère au Bourget du Lac en 1974. Mes différentes affectations m'ont amené à Reims, Salon de Provence, Cazaux, Chambéry, Nouvelle-Calédonie. puis en région parisienne, à la direction des centres d'expérimentation nucléaire. Et c'est à ce moment-là que j'ai découvert la Polynésie. En 1995, à la reprise des essais nucléaires, j'ai eu la responsabilité de mener à bien le démantèlement du site de Mururoa. J'ai terminé ma carrière à Metz avant de revenir à Tahiti pour exercer les fonctions de directeur technique dans une entreprise privée. Alors pourquoi ? et comment je suis arrivé au souvenir français. En Polynésie, il n'y avait pas de correspondant. Puis un jour, à une cérémonie de Cameroun, au cimetière de l'Urani, à Papété, j'ai entendu un militaire qui s'adressait au directeur de l'Office national des anciens combattants et qui lui disait « Ah, c'est dommage qu'il n'y ait pas de représentant du souvenir français ici, car j'ai des crédits pour entretenir les tombes, mais je n'ai pas de correspondant local. » Je me suis approché et j'ai dit au directeur de l'ONAC que je voulais bien me porter volontaire pour représenter le souvenir français en Polynésie. C'est là que le déclic s'est produit et que l'aventure a commencé. La délégation de Polynésie n'est pas une délégation ordinaire, et je me bats pour qu'elle ait un statut particulier. Croire que la Polynésie, c'est la France, est une grave erreur. Ce n'est pas la même culture. La Polynésie française est un pomme-pays d'outre-mer qui dispose d'une large autonomie. Elle possède un gouvernement, un président, une assemblée de Polynésie. La France conserve les compétences régaliennes, défense, justice, monnaie, le franc pacifique qui est indexé sur l'euro. L'originalité, c'est que les lois françaises pour être appliquées en Polynésie doivent être votées par l'Assemblée de Polynésie. Pour ne donner qu'un exemple, la loi de 1905 sur la laïcité n'est pas appliquée en Polynésie. L'éducation relève à la fois du gouvernement local avec la DG2E Direction générale de l'éducation et des enseignements, qui gère l'enseignement primaire, une partie du secondaire, collège-lycée, en coordination avec l'État, qui valide les diplômes qui sont remis en Polynésie. Au plan géographique, la Polynésie française, répartie en cinq archipels, c'est un territoire de 118 îles dont certaines ne sont pas habitées et accessibles uniquement par la mer, répartie sur un territoire grand comme l'Europe, environ 4000 km². C'est 280 000 habitants, l'équivalent d'une ville comme Limoges, dont 160 000 sur l'île principale de Tahiti. Au plan culturel, la Polynésie française a une culture très vivante basée sur la famille élargie, le respect des anciens, le métois, et il existe un fort lien avec la nature et l'océan. Il y a des traditions fortes, les danses, le tatouage polynésien, chargé de sens héréditaire, la musique, les chants, l'artisanat. L'événement majeur est le Haïva à Itaïti, festival culturel annuel qui se passe au mois de juillet tous les ans. C'est une économie insulaire dépendant des importations dont les activités clés sont le tourisme, la perliculture, la pêche et l'artisanat. avec un coût de la vie élevé qui est lié à l'éloignement géographique. Au plan religieux, les missionnaires protestants sont arrivés les premiers, suivis par les catholiques. Leur rôle a été majeur et durable, surtout à partir de la fin du XVIIIe siècle. Leur action a profondément transformé la religion, la société, la culture et le pouvoir politique. Il y a eu une conversion progressive des Polynésiens au christianisme. avec la disparition ou marginalisation des religions traditionnelles polynésiennes, le culte des dieux, les Maraïs, etc. Il s'agissait donc pour moi de faire rayonner le souvenir français en Polynésie française. très belle association qui n'existait plus en Polynésie française depuis une dizaine d'années. Quand je parlais de cette association, on me rétorquait souvent « Pourquoi souvenir français ? » Ici, on est en Polynésie et pourquoi pas « souvenir thaïtien » ? Ça, on comprendrait. La Polynésie a payé un lourd tribut. En 1418, 1100 Polynésiens se sont engagés et 274 sont morts pour la France. En 39-45, 650 et 1 thaïciens sont partis et 109 ne sont pas revenus. Au cours des visites protocolaires, j'ai eu la chance de rencontrer au vice-rectorat un inspecteur, M. Olivier Apollon, le référent mémoire, qui m'a tout de suite ouvert les bonnes portes, qui s'est beaucoup investi et qui connaissait très bien le souvenir français pour avoir vécu auparavant dans l'Est de la France. Et avant même d'avoir formé une équipe, j'ai tout de suite participé aux différentes cérémonies avec ce jeune thaïsien porte-drapeau. J'ai eu la chance de trouver un jeune polynésien, qui était en seconde à l'époque, qui a bien voulu occuper cette fonction. Je préférais vraiment mettre un jeune porte-drapeau au milieu de tous les anciens, en transmission, en mélangeant les générations. Alors le drapeau a été confectionné. personnalisé avec un rappel des cinq archipels sur une face et financé par le siège du souvenir français. On a commencé par l'opération Rosier de la mémoire. Nous avons réussi à contacter les familles et aller dans les différents cimetières. Dans l'île de Loaïne, qui est à 30 minutes de vol de Tahiti, j'ai été reçu par une association d'anciens militaires. Le maire s'est déplacé et nous avons planté non pas un rosier, mais un hibiscus sur chacune des tombes. En particulier, l'une d'elles était implantée dans un jardin de la propriété de ses parents, ce qui se fait encore couramment en Polynésie. Un autre moment fort, c'est à Papette, au cimetière de l'Urani. Au moment de son intervention devant la pierre tombale, la sœur du défunt a éclaté en sanglots en parlant de son frère, mort pour tant depuis plus de 15 ans. Ça a été une grande émotion pour tous. Assister aux différentes cérémonies ne suffisait pas. Il a donc fallu créer une équipe. J'ai tenu à m'entourer de proches de différents milieux. Des anciens combattants, naturellement, des chefs d'entreprise, des enseignants, des médecins, des fonctionnaires, et impliqués, des Polynésiens. Mon credo est que nous sommes une association mémorielle et non pas une association d'anciens combattants. A Haïti, il n'y a qu'un seul endroit où existe un monument aux morts, où se déroulent les cérémonies, c'est à Papété. On y voit 4 à 8 drapeaux à chaque cérémonie, maximum, de différentes associations. Donc c'est très maigre. Après l'opération du rosé de la mémoire, ce qui a marqué les esprits... C'est la remise de drapeaux à deux établissements de Papété, les collèges de Tiperoui et Tahoné. Ce fut une très belle cérémonie qui s'est déroulée dans le hall de l'Assemblée de Polynésie, en présence des autorités civiles, le directeur de cabinet du haut-commissaire, le ministre de l'Éducation, le président de l'Assemblée, l'amiral, commandant supérieur des Forces armées, deux députés et un sénateur, et différents chefs. d'établissement. Les jeunes scolaires ont été mis en valeur et des élèves de chaque établissement sont intervenus pour donner leur ressenti et exprimer l'honneur qui leur a été fait d'avoir été choisi pour cet événement. Je dois dire que l'investissement des deux professeurs, M. Poutoua du Taoné et Mme Faure de Tiperoui, ont été remarquables. aidaient beaucoup avec leur chef d'établissement. Mais pour arriver à ce résultat, il a fallu convaincre les représentants du territoire et les représentants de l'État. L'honneur supplémentaire, c'est que c'était la première fois que cette manifestation se faisait dans un territoire ultramarin. Elle a été relayée naturellement par la télévision locale et dans la presse. Lorsque j'ai été nommé délégué général, le directeur de l'ONAC m'avait dit Si vous voulez faire connaître le souvenir français, il faut faire rapatrier deux poilus qui sont enterrés à Sydney depuis 1917. Cette affaire traînait depuis une dizaine d'années. Le cimetière de Sydney où étaient enterrés ces deux poilus risquait de disparaître. Autour de moi, j'ai eu la chance de trouver des descendants de ces poilus et le dossier a pu aller à son terme. Les dépouilles des deux poilus ont pu être rapatriées et réunimées à... Tahiti, le 25 juin 2022, des pouilles ont traversé la ville avec beaucoup de foules de chaque côté. C'était une grande fête. Ils ont reçu les honneurs militaires et une cérémonie a eu lieu au cimetière de l'Urani à Papété. Et là, le Souvenir français a eu l'honneur de la presse parce qu'il était un des principaux instigateurs de cette affaire. C'était un grand moment et donc le Souvenir français a vraiment pris son essor à ce moment-là. Comme nous avions remis un drapeau aux deux collèges de Tahiti, on a monté une opération pour remettre un drapeau aux marquises, à Iwaoa. Il y a une trentaine de scolaires des deux classes de drapeau qui sont venus en Casa, un avion militaire, avec trois heures de vol, assister à la remise de ce drapeau aux marquises. Tous les soirs, les gamins, à la sortie des classes, répétaient les différentes danses et interventions qu'ils allaient faire. Le jour de la cérémonie, on a formé une sorte de cortège avec... Les autorités d'abord, ensuite les différents établissements scolaires, les professeurs, tous avec une petite pancarte qui indiquait leur origine et leur établissement scolaire. Quand les autorités ont pénétré dans cette grande place, il y avait une haie d'honneur avec des jeunes qui avaient des drapeaux et qui ont tous chanté le chant des partisans. Il faut savoir qu'à Tahiti, c'était la première fois qu'ils voyaient un monument mort. Et certains n'étaient jamais sortis jusqu'à la ville. Ils vivent dans des vallées. Ils appellent ça des vallées. Il n'y a pas de télévision. Il n'y a pas de... Le téléphone, ils sont de milieux relativement défavorisés. Et malgré ça, ils rayonnent au travers de leur sortie avec le Souvenir français. C'était très, très émouvant. Avec tous ces jeunes, là, maintenant, le Souvenir français est bien connu en Polynésie. Les jeunes, le 8 mai, le 14 juillet, le 11 novembre, chantent la marseillaise a cappella. Et ils sont demandés en fait par les autorités qui organisent ces cérémonies pour que les jeunes chantent cette marseillaise. Le président de la République s'est déplacé en Polynésie, le ministre de la Mer est venu et les jeunes ont pu approcher ces hautes autorités avec une très grande fierté. Depuis trois ans environ, il y a deux classes de primaires qui s'investissent beaucoup et ont eux aussi reçu un drapeau dont ils sont très fiers. L'une de Pueu, Pour information, ils se lèvent à 4h30 du matin pour venir aux cérémonies de Papété. Ils ont tous un polo aux couleurs du souvenir français. Ils ont des petits drapeaux du souvenir français qu'ils ont à la main. Et à la fin de chaque cérémonie, c'est traditionnel, on crie la devise du souvenir français. Moi, je leur dis « à nous le souvenir » et eux répondent… très fort ensemble. À eux, l'immortalité. Ça impressionne beaucoup les gens qui assistent à ces cérémonies. L'autre école, qui est aussi une classe primaire, elle est à Papenau, elle est un peu plus près, elle est à 20 km. Et eux, ils font une cérémonie mémorielle sur la tombe d'un compagnon de la Libération qui s'appelle Teriero A. Teriero Iterei. C'est un Polynésien qui a donné son nom à un patrouilleur de la Marine Nationale. Voilà, il a... La tombe est à une centaine de mètres à peine de leur école. Donc tous les ans, avec les marins du bateau, il y a une cérémonie avec les autorités locales, les militaires, les chefs d'établissement qui rassemblent 100 à 200 personnes. Les jeunes s'investissent là aussi beaucoup, chantent et dansent autour de ce cimetière. La tombe. de cet ancien compagnon de la Libération, était dans un cimetière abandonné. Personne ne savait où était la tombe. Et on l'a redécouvert. Le souvenir français l'a remise en valeur. L'a entretenue, a mis une stèle avec une plaque du souvenir français au cours d'une de ses cérémonies. Aux différentes cérémonies auxquelles assistaient les jeunes tahitiens. Je leur remettais des drapeaux du souvenir français et aussi, pour ne pas choquer les Polynésiens, je leur donnais un drapeau de la Polynésie française. C'était à peu près moitié souvenir français, moitié drapeau de la Polynésie française. Désormais, depuis ça fait un an que je ne pense même plus à leur donner de drapeau de la Polynésie française. Ils ont tous un petit drapeau du souvenir français. Et les jeunes étaient très fiers. Au cours du 11 novembre, on a créé ce drapeau bleu, blanc, rouge, à l'aide des autorités d'abord, qui ont mis une fleur chacun, des visiteurs et des jeunes. Et je me suis rendu compte que les fleurs qu'on avait choisies en bleu, blanc et rouge, il en manquait une dizaine. Et quand je levais la tête, je voyais les jeunes filles qui avaient la fleur sur leur oreille. Là-bas, la tradition, c'est de mettre la fleur sur l'oreille, donc je pense que les jeunes avaient trouvé ça très joli. Là, dans la foule, il y avait plein de personnes qui avaient la petite fleur sur l'oreille. Cette opération d'une seconde vie pour les drapeaux a été un franc succès. Il s'agissait d'impliquer les jeunes, de leur donner un moyen, un support pédagogique qui sorte un peu... de leurs cours magistraux ou non d'histoire qu'ils avaient avec leurs professeurs, d'avoir une intervention extérieure. Quand on remet un drapeau dans ces collèges, dans ces écoles primaires, on se déplace, on leur explique ce que c'est qu'un drapeau, ce qu'il représente, quelles sont les valeurs de la République, quelles sont les valeurs que représente et que transmet ce drapeau. En plus, on remet ce drapeau un peu à la façon des militaires, c'est-à-dire qu'il y a six jeunes, dont un qui est porte-drapeau et les cinq autres font partie de la garde au drapeau. Donc il y a une remise officielle au porte-drapeau, qui se déplace avec son drapeau, qui rejoint sa garde. Et ensuite, tous les élèves se déplacent en marchant au pas derrière leur drapeau et leur porte-drapeau. Et ça, c'est un franc succès pour leur... inculquer, je pense, les valeurs de la République d'une façon non indigeste. De la même façon, Dans le cadre de cette transmission, des intervenants qui ont été choisis par nous sont venus dans les collèges, en particulier. C'est un lycée qui a fait un chemin de la mémoire avec des noms de gens qui ont marqué la Polynésie. Ils ont donné des noms de compagnons de la Libération. John Martin, par exemple, Teri Ruiterei, Bernard Hinault. Bernard Dinault qui est compagnon de la Libération, n'est pas mort au combat, il est mort en Polynésie, mais sa fille l'a bien connue. Sa fille vient dans les écoles d'Olorès avec des photos de l'Ancien, avec ses décorations, avec des messages qui lui ont été transmis. Pour John Martin, qui est aussi le nom d'une autre personnalité polynésienne, qui a été... combattant avec l'état mari volontaire. Les deux sœurs ont recueilli les paroles de John Martin, du papa. Il a même créé, je crois, l'académie thaïcienne. Et une des anecdotes marquantes, c'est qu'à Bir Hakem, les troupes françaises devaient traverser les rangs allemands. Ils savaient qu'ils étaient écoutés. Et pour tromper les nuits, ils passaient les messages en thaïsien. Donc il n'y avait qu'eux qui pouvaient comprendre, quand ils étaient sûrs de ne pas être écoutés. Et au travers de cet engagement, évidemment, j'avais des personnes en face de moi, des jeunes, des scolaires, j'avais des professeurs. Il y avait une telle récompense dans la luminosité, dans l'éclair joyeux des yeux, et des adultes, et des... et des jeunes qui sont une récompense qu'on ne peut pas mesurer. C'est assez extraordinaire à vivre. En conclusion, je voudrais dire que cette année, il va y avoir beaucoup de commémorations. En Polynésie en particulier, on va faire le 80e anniversaire du retour des Tamaris volontaires. Ce qui va marquer énormément les esprits des Tahitiens jeunes et moins jeunes. L'histoire enseignée à l'école ennuie parfois. La jeunesse polynésienne est de plus en plus tournée vers l'histoire locale. Arrivés des Polynésiens, coutumes locales ou bien de plus en plus tournées vers les réseaux sociaux. Mais dès qu'ils se rendent compte que leurs parents ou grands-parents ont participé à des conflits majeurs, loin de leurs îles, ils sont très intéressés. Donc pour moi, l'histoire au travers de notre association, c'est de montrer le rôle des Thaïsiens Polynésiens dans ces guerres, avec des anecdotes. et donc d'aborder l'histoire du souvenir français depuis la guerre de 1870. La notion de mémoire est une notion fort complexe. On sait parfaitement que la mémoire jouera un rôle parfois très ambigu et a toujours des objectifs. Mais ici, avec le souvenir français, c'est montrer aux jeunes l'engagement extraordinaire de leurs ancêtres, leur courage pour défendre une patrie qui n'est pas toujours... tous considérés comme la leur. Mais c'est toujours extraordinaire de voir briller leurs yeux devant les photos de leurs anciens.