Speaker #0J'ai toujours été sensible à la mémoire. Je suis originaire d'une région au nord de la Meurthe-Moselle qui a été beaucoup marquée par les guerres. Mes grands-parents, ma grand-mère surtout, m'ont beaucoup raconté la Première Guerre mondiale. Ma maman, mes tantes, mes oncles, mon papa a participé à la Seconde Guerre mondiale. Donc j'ai été baignée dans l'histoire de la Première et de la Seconde Guerre mondiale. Donc pour moi, la mémoire... Les récits, j'ai toujours entendu parler de ça. Et puis on a visité beaucoup de lieux de mémoire quand j'étais jeune. Peut-être que c'est ce qui va donner le goût de l'histoire. Et puis ensuite, peut-être l'envie de s'engager au sein du souvenir français. Je m'appelle Marie Zimbert. Officiellement, mon vrai prénom, c'est Marie-Louise. Mais bon, personne ne m'appelle Marie-Louise. J'ai 78 ans. J'ai fait des études d'histoire et de géographie à la Faculté des Lettres de Nancy. J'ai une maîtrise de géographie. Pendant 33 ans, j'ai enseigné au lycée majoré La Toule. En 2019, j'ai été nommée déléguée générale adjointe de Mortemoiselle et je suis toujours présidente du comité de Toule. Je ne connaissais pas du tout le souvenir français jusque-là et on m'a demandé si j'acceptais de participer avec mes élèves à la commémoration du 80e anniversaire de la bataille de Verdun. Donc on a travaillé avec les élèves et puis j'ai trouvé que c'était intéressant. Et puis par la suite, je n'ai plus été sollicité par le comité de Toul, qui travaillait davantage avec les écoles primaires. Et puis, en 2009, après quelques mois de retraite, j'ai rencontré un ami qui venait de prendre la présidence du comité de Toul du souvenir français. Et qui m'a dit, si ça t'intéresse, viens avec moi, je te trouverai des occupations. Effectivement, j'ai trouvé beaucoup d'occupations. Le souvenir français est présent dans tout le département. Et nous, si vous connaissez notre département de la Meurthe-et-Moselle, il est très étendu du nord au sud. Donc on a 27 comités. On a, je dirais, la chance ou le malheur d'avoir beaucoup de sites mémoriels sur notre département. L'histoire locale, je dirais, elle est très présente dans notre département. Ce qui fait qu'on a les cérémonies nationales, mais on a aussi les commémorations locales. On a des faits qui se sont produits. sur notre territoire et on veille à ce qu'on ne les oublie pas aussi toutes ces grottes, ces batailles qui ont eu lieu sur notre territoire. Pour moi, c'est aussi le prolongement normal de ma carrière de professionnelle parce que l'histoire et le souvenir français, finalement, les liens sont plus qu'étroits. Et puis également, c'est beaucoup de travail parce qu'il y a les interventions dans les établissements scolaires pour préparer souvent les cérémonies patriotiques. J'interviens aussi au sein du 516e régiment du train à Toul, parce qu'on s'occupe de la journée mémoire pour les jeunes engagés. Et là, on les emmène découvrir les lieux où leurs frères d'armes d'autrefois ont combattu, et pour beaucoup ont trouvé la mort. On prépare aussi toutes les cérémonies patriotiques avec les municipalités. Il y a également le volet voyage mémoriel qui prend beaucoup de temps. Et puis, beaucoup de rendez-vous avec les élus. députés, maires, etc. Et puis aussi, beaucoup de rencontres avec d'autres présidents d'associations patriotiques ou mémorielles. C'est un emploi à temps plein. Mais moi, j'aime beaucoup ce que je fais aussi dans le français. Le Souvenir français a une mission, c'est de renforcer les liens intergénérationnels. Parce que dans un comité, on a des personnes très âgées qui ont connu les derniers conflits, les guerres coloniales par exemple, la guerre d'Algérie. Et puis surtout, on a des jeunes qui ont besoin de connaître. Et souvent, je pense que c'est important que les générations se mélangent et puissent échanger leurs ressentis. et les questions qui sont posées par exemple lors des visites mémorielles parce que bien sûr on participe à ces visites sur les sites mémoriels montrent que les jeunes sont très demandeurs de savoir ce qui s'est passé comment c'était autrefois Je dois dire que nous sommes toujours très bien accueillis quand on va dans les établissements scolaires. Moi, j'ai peut-être un petit peu plus de facilité, étant donné que je suis une ancienne de la maison. Et également par les élus, on a toujours un accueil très très favorable. On a beaucoup de sollicitations, à la fois au niveau financier, puisqu'on nous demande notre aide. C'est vrai qu'un voyage scolaire, ça représente souvent une somme importante pour des établissements scolaires. et puis également on a aussi une partie pour aider les professeurs, les enseignants à visiter les sites mémoriels, parce qu'on les connaît peut-être un petit peu mieux qu'eux. Donc il est évident qu'on nous sollicite beaucoup. Mais c'est très important pour les enfants de tous âges, je dirais, que ce soit les écoliers, quand on les emmène dans les tranchées, les écoliers, c'est vraiment extraordinaire pour eux. Et puis également les plus grands, les collégiens, les lycéens, voire les jeunes engagés militaires. J'ai un souvenir vraiment qui est gravé dans ma mémoire d'une action qu'on a menée aussi bien au niveau local qu'au niveau départemental. C'est l'organisation, dans le cadre du 70e anniversaire de la mort d'une grande résistante lorraine fusillée par les Allemands à la frontière suisse qui s'appelle Suzanne Crick. Et là, on a décidé de faire quelque chose d'important, d'autant plus que sa fille Michèle est toujours vivante et qu'elle a 15 ans également. participer à la résistance. Elle a aidé sa maman. Elle a même été arrêtée par les Allemands pendant quelques semaines. Et on a décidé de faire une grande cérémonie. On a demandé à tous les scolaires, que ce soit les écoliers, les collégiens, les lycéens, de préparer quelque chose en hommage à cette grande résistante. Et la restitution, elle s'est faite dans une immense salle, la salle de l'Arsenal à Toul. On avait 1000 élèves qui étaient présents, qui ont restitué leurs travaux par petits groupes. en présence de M. le Premier ministre, de Mme la ministre de l'éducation nationale de l'époque. Il y avait également la présence d'un ancien résistant qui était toujours vivant. Et quand vous voyez mille enfants, adolescents, qui d'un seul bloc chantent la marseillaise à la fin, là vous ne pouvez que vous souvenir. Et on a renouvelé l'opération pour le 80e anniversaire de la libération, de la fin de la Seconde Guerre mondiale. Et là c'était... Madame la Présidente de l'Assemblée nationale qui était présente. Ça, ce sont des souvenirs inoubliables. En tant que membre du Souvenir français, on n'est pas perçu comme leur... professeurs. On leur apporte quelque chose de différent. C'est pas un cours. Moi, je suis plus le professeur d'histoire, en quelque sorte, quand je vais dans une classe. Je suis davantage la passeuse de mémoire, pour montrer un peu la différence entre l'histoire et la mémoire. Prenons l'exemple de la bataille de Verdun. Dans un cours d'histoire, la bataille de Verdun, c'est les causes, le déroulement, les conséquences de la bataille. Et à partir des archives, bien sûr, des documents officiels, Et on essaie d'être le plus objectif possible. Ça, c'est le but de l'histoire. Par contre, quand on parle de la bataille de Verdun, au niveau de la mémoire, c'est différent. La bataille de Verdun, au niveau mémoriel, ce sont les lettres des poilus. Ce sont les récits personnels de ceux qui ont connu cette période, en tant que soldats, mais aussi en tant que civils. Et là, il y a plus d'émotions. Il y a aussi, bien sûr, davantage de subjectivité. Mais ça, c'est normal. C'est aussi ce qu'on essaie de faire passer, c'est montrer que l'histoire, ce n'est pas seulement quelques grands généraux, une bataille qui mène une guerre, des soldats impersonnels, tant de milliers de soldats morts. Mais on dit, par exemple, c'est le caporal untel qui est mort là, à cet endroit-là. Et ça, c'est différent. C'est pour ça qu'on ne fait pas un travail inutile au Cédaillon français. On a encore aujourd'hui des élèves qu'on a emmenés dans des sites mémoriels qui ont participé à ces hommages. qui nous en parlent encore aujourd'hui. Et puis, je pense qu'il y en a un certain nombre qu'on accroche finalement et qui reste à nos côtés. Moi, j'ai un jeune adhérent qui a 17 ans. Il est membre du comité Toul depuis l'âge de 9 ans. On a même fait une petite entorse au règlement. Il participe à toutes les cérémonies. Il nous aide. C'est devenu très important pour lui. La transmission, c'est quand même une des missions les plus importantes du souvenir français, la transmission du souvenir. Moi, je trouve que c'est... Quelque chose qui est devenu très très important aujourd'hui, c'est pas seulement partager des connaissances avec d'autres, parce que ça les enseignants le font aussi, mais c'est faire passer aussi ce que l'on a reçu de nos anciens vers les jeunes générations. Bon, moi il m'arrive par exemple de leur parler de ce que mes parents ont connu pendant la Seconde Guerre mondiale par exemple, ou ma grand-mère pendant la Première Guerre mondiale. Ce que je ne ferais pas dans un cours d'histoire normale, en quelque sorte. Et là, je pense que c'est différent pour les enfants et les écoliers. Le Souvenir français, c'est une association, certes, qui parle beaucoup du passé, mais qui prépare le présent. Et puis aussi, je pense, qui donne des points de repère pour préparer l'avenir. On essaie de transmettre des valeurs aussi, les valeurs républicaines, les grandes valeurs fondamentales de notre démocratie. On prépare les futurs citoyens aussi, je pense. Pour la mémoire, évidemment, il y a les grandes commémorations officielles. Le reproche qu'on peut faire aux grandes commémorations officielles, je pense 8 mai, 11 novembre. Certes, les enfants sont là, mais la plupart du temps, ils sont passifs. Ils ne participent pas à ces cérémonies. Et je pense que si on veut intéresser les jeunes, il faut leur faire faire quelque chose au cours de ces cérémonies. Il faut les rendre acteurs, pas seulement spectateurs. Assister à une cérémonie, c'est bien, patriotique, mais y participer, la construire, c'est encore mieux. D'où l'importance de préparer ces interventions des scolaires lors des cérémonies patriotiques. Et là, je pense que pour eux, finalement, c'est quelque chose qui est devenu leur cérémonie. Que ce soit déposer un petit bouquet de fleurs, par exemple, lire un texte qu'on a étudié auparavant. Ça peut être aussi interpréter un chant. On a fait en particulier, au 11 novembre dernier, une cérémonie très émouvante au Monument aux morts de Toul. On avait 70 enfants de deux écoles différentes. Il y a eu une participation, une préparation en amont très importante. Il y a une classe qui a lu une lettre d'un poilu, qui l'a étudiée auparavant, qui a recherché des renseignements sur le parcours de ce soldat. Ils ont déposé un petit bouquet de fleurs. Et puis surtout, après, à la fin, on a eu... l'autre école qui a interprété un chant qui avait été composé d'ailleurs par des enfants. Et là, ça a été quelque chose de magnifique. Je crois que tous les officiels avaient la larme à l'œil. Et là, finalement, c'est une cérémonie pour moi qui réussit. Parce qu'écouter un discours d'un maire, c'est bien, mais ce n'est pas suffisant. Puis les enfants, ils restent debout, ils attendent que ça se termine, puis c'est fini. Alors que là, ils ont fait la cérémonie aussi. Et ça, c'est important. Transmettre la mémoire aux jeunes, c'est aussi, bien sûr, les emmener sur les sites mémoriels. Ça, c'est très, très important. Parce que là, ils se rendent compte vraiment du vécu. de ceux dont on parle, que ce soit les soldats ou les déportés par exemple. Pour moi, ce qui est important aussi dans la transmission et l'action qu'on fait envers les jeunes, c'est par exemple dans le cadre de l'application Géomémoire du Souvenir français. On a une très belle application qui permet de transmettre la mémoire, pas seulement aux jeunes, mais à tous les publics. C'est une application qui a été créée par le Souvenir français et qui permet de géolocaliser dans les cimetières. communaux, les tombes familiales dans lesquelles il y a un soldat qui est inhumé et qui est mort pour la France. Également, on géolocalise les tombes des soldats qui sont enterrés dans les carrés communaux. Nous, ce sont les tombes familiales essentiellement des cimetières communaux. Donc on fait des recherches sur le soldat qui est inhumé. Ensuite, sur l'application qui est consultable sur les téléphones portables, les tablettes. On peut retrouver l'emplacement exact de la tombe dans le cimetière. Il y a une petite cocarde tricolore qui apparaît. Et puis ensuite, il y a la photo du soldat. Il y a le récit écrit de sa vie. Et puis, les écoliers ou les lycéens enregistrent un petit texte, très court, de quelques minutes, qui résume le destin de son soldat. Ce sont eux qui font les fiches chez nous. Ce ne sont pas des généalogistes qui font les fiches. Ce sont eux qui vont dans les familles chercher des documents. Et là, il s'approprie le destin du soldat. On y ajoute, si on en dispose bien sûr, les photos du soldat, le lieu où il a vécu, le site où il est mort par exemple. Puis ensuite, de monter une petite exposition pour présenter le destin de cet homme. Et puis également, ce qui est parfois émouvant, c'est que les enfants nous disent « Oh mais, on a l'impression que c'est notre grand-père » . Alors ils l'appellent leur grand-père patriotique. Et ça, c'est vrai que c'est une bonne récompense pour nous, pour le travail qu'on fait. On insiste beaucoup sur cette application, parce que ça intéresse d'ailleurs les communes. Puis on est sûr que ces tombes ne disparaîtront pas, puisque ça, aucune tombe de soldats morts pour la France ne doit disparaître. C'est la devise du souvenir français. Et on a eu l'honneur de géolocaliser le deuxième cimetière de France, à Jarny. Il y avait un cimetière parisien qui avait été géolocalisé en premier, et le second, ça a été le cimetière de Jarny. Et là, on a plein de projets, parce que les communes commencent à connaître cette application. Et on nous demande, faudrait-je géolocaliser notre cimetière ? C'est un petit coup pour la commune, mais en général, ça ne pose pas trop de problèmes. L'engagement peut prendre tellement de formes différentes qu'il est toujours présent. Il est essentiel aujourd'hui, dans le monde troublé et difficile dans lequel nous vivons, faire mémoire permet à une nation de vivre, de se rassembler et de partager une histoire commune. L'engagement mémoriel, pour moi, il est vraiment très important, parce que c'est être utile aux autres, à la société. Et quand on s'engage dans une association mémorielle, c'est dans le but, je dirais, de... de renforcer les liens, les liens mémoriels qui existent. C'est en transmettant la mémoire du passé, on prépare le présent, mais aussi on donne des clés pour construire son avenir. Personnellement, j'en retire énormément de satisfaction. Ça donne un sens à ma vie de retraitée. Je ne me vois pas rester dans mon fauteuil toute la journée. même si on peut trouver des occupations. Mais là, moi, j'ai des contacts avec les jeunes en particulier. Bon, ça, je dois dire que ça me manquait beaucoup quand je suis partie en retraite. J'ai rencontré vraiment de belles personnes au cours de mes années passées au Souvenir français. Et puis, ce n'est pas encore tout à fait fini. Et puis, également, j'ai connu des milieux différents. Quand on est enseignant, on vit un petit peu dans son milieu enseignant. Alors que là, j'ai découvert le monde de l'armée, que je ne connaissais pas. J'ai découvert aussi l'école primaire. Et là, avec les petits, c'est un vrai bonheur parce que là, ils écoutent tout. Puis alors, les questions qu'ils posent parfois, on m'a déjà demandé plusieurs fois alors que j'avais dit qu'il n'y avait plus un soldat de la Première Guerre mondiale vivant. On m'a dit, vous avez fait la Première Guerre mondiale, madame ? Les jeunes qui s'engagent au niveau du souvenir français ou dans les associations patriotiques, les porte-drapeaux par exemple, pour eux ça représente quelque chose au sein de la cohésion de la nation et ça, ça les intéresse beaucoup je pense.