Speaker #0Mon père, il aurait dû avoir 100 ans le 9 avril 2026. Et la dernière année de sa vie, tout au long de l'année dernière, il a écrit une brochure sur tous ces jeunes immigrés, pour une bonne partie clandestins, qu'on appelait les FTPMOI, les francs-tireurs et partisans de la main-d'oeuvre immigrée. Et lui, il a appartenu au bataillon de Lyon. Il y avait deux bataillons, Carmagnol à Lyon, Liberté à Grenoble. Et il a écrit sur ces jeunes engagés, sur leurs idéaux de paix et de justice sociale, sur les combats, sur les sacrifices qu'ils avaient consentis pour rendre la liberté à cette terre qu'ils chérissaient, la France qui les avait accueillis. Et il souhaitait que sa brochure paraisse le jour de ses cent ans. Je tâche de reprendre le flambeau derrière lui. Je m'appelle Gilda Landini-Guibert. J'étais professeure agrégée classe exceptionnelle d'histoire. J'ai voulu faire connaître l'histoire de ma famille, mais celle des francs-tireurs et partisans de la main-d'œuvre immigrée. Et voilà, je venais vous parler de mon père, Léon Landini. L'histoire ne commence pas avec mon père, mais avec mon grand-père Aristide Landini et ma grand-mère Violette, qui habitaient en Toscane. Mon grand-père était charbonnier dans les forêts toscanes, et au moment où la première guerre mondiale a éclaté en Italie en 1915, pas en 1914, son petit frère Bruno a été appelé tout de suite, et il est mort tout de suite, et on n'a jamais retrouvé son corps. Lorsque mon grand-père a été appelé à son tour, parce qu'au début, comme il était... chargé de famille, il n'avait pas été appelé, il a refusé de partir. Et il a dit, déserté, ce n'est pas un acte de lâcheté, c'est un acte politique. Et du coup, il l'a déserté dans la forêt, pas loin du village. Et puis un soir, malheureusement, il a vu débarquer 50 carabiniers pour l'arrêter, 50, quand son procès a eu lieu, avec tout un tas d'autres. Alors là, il a répondu au président du tribunal, si je dois donner ma vie, ce sera pour mon idéal de paix et de justice. Et pas pour une société d'inégalité et de misère. Il a fait tout le tour des prisons d'Italie et de Bagne. Et au bout de deux ans, il y a eu une amnistie générale. Il a eu, avec ma grand-mère, quatre enfants. Roger, Lina, Léon, mon père, et la petite dernière, Hermine. Mon grand-père, après la guerre, il est rentré dans son village et il est devenu conseiller municipal. La commune a très vite été, c'est ce qu'on appelait à l'époque le bien-heureux. Ce sont les deux années où il y a eu... pas mal de manifestations, etc. en Italie. Et sa commune a été surnommée Rocastrada la Rosa, ce qui signifie Rocastrada la Rouge. Et un matin, au mois de juillet 1921, c'était un dimanche matin, le village était encore trois quarts endormi, il y a deux camions de fascistes qui ont débarqué, personne n'avait rien fait là-dedans, et ils ont massacré onze personnes et ils en ont blessé gravement des dizaines d'autres, ils ont mis le feu Aux maisons, il ne pouvait plus rester là. Et donc, il a passé clandestinement la frontière française. Et il s'est réfugié, effectivement, sur le sol français. Parce que pour lui, la France était le pays de la grande révolution. On va dire, voilà, le seul pays au monde où il y avait ces trois mots, liberté, égalité, fraternité, au fronton des monuments publics. En 1922, l'Italie est tombée sous la... poignes de fer de Mussolini et ses chemises noires. Là, il a compris à son grand désespoir qu'il ne pourrait pas rentrer. Et il a donc fait venir, à ce moment-là, ma grand-mère et les deux enfants qui étaient nés en Italie, donc Roger et Lina. Ils ont fini par atterrir dans un petit village provençal entre, on va dire, Saint-Raphaël et Saint-Tropez. C'est là que sont nés avec 18 mois d'écart mon père, le 9 avril 1926, et sa petite soeur Mimi. Le 1er décembre 1927. Et ils ont vécu là pendant toutes les années 30. Voilà, tranquillement. En 1936, quand la guerre d'Espagne a éclaté, mon oncle... a voulu s'engager dans les brigades internationales. Mais ses camarades lui ont dit « Non, non, non, on a besoin de chauffeurs. Toi, t'es chauffeur de car, donc tu vas convoyer les brigadistes parce que sinon on n'en a pas assez pour les transférer. » Mon grand-père, en tant que père de famille, a été requis à titre civil comme bûcheron pour produire le bois pour l'armée. Quand cette horrible guerre d'Espagne s'est achevée dans un bain de sang, évidemment, tous les malheureux Espagnols qui avaient voulu sauver leur vie, puis celle de leur famille aussi, et qui avaient entrepris ce qu'on appelle la retirade vers la France, ont été parqués dans des camps qu'on appelait camps de concentration. C'est le nom officiel. Il y avait des baraquements, il y avait plus de 800 personnes là-dedans. Et donc mon oncle, il a vu l'extrême misère des gens qui étaient là-dedans, des familles. Il a battu leur appel dans le village. Pouc ! que les gens qui n'étaient pas bien riches puissent donner des vêtements, du lait, tout ce qu'ils pouvaient. Il y est allé, il a remis ça aux gardiens qui lui ont dit, t'en fais pas mon gars, on va leur donner ça. Au bout de quelques jours, ils repassent, les gardiens, ils n'avaient rien remis du tout. Il est retourné au village, il a refait le rappel, il est revenu et cette fois-ci, au lieu de les donner aux gardiens à l'entrée, il a défoncé les barbelés à l'entrée, il est rentré dans le camp et il a remis lui-même tout ce qu'il y avait à remettre. Alors il a quand même fait 48 jours de prison. Ce qui ne l'a pas empêché, en septembre 1939, avec mon grand-père, de s'engager volontairement dans l'armée pour sauver cette France qui les avait accueillis. D'abord, avant de dire ce qui l'a poussé vraiment à s'engager, physiquement j'entends, il faut se souvenir que le Parti communiste a été interdit en septembre 1939, juste après le pacte germano-soviétique. Et là, la répression s'est immédiatement abattue, les municipalités ont été dissoutes, les députés communistes ont été écroués. à la santé d'abord, et puis après, déporté en Algérie. Il y a des milliers de militants qui ont été arrêtés. Alors évidemment, organiser la résistance, ce n'était vraiment pas facile. D'autant que dans la zone sud, c'était resté zone dite libre jusqu'en novembre 1942. Et pourtant, mon oncle, qui voyait passer les trains à destination de Francfort, etc., chargé de denrées à destination de l'Allemagne, et qu'il commençait déjà à bien serrer la ceinture, et ils voyaient toutes ces denrées partir en Allemagne. Un matin, à l'aube, avec un camarade, ils sont allés dans la gare de triage de Fréjus, et à l'aide de barres à mine, ils ont sorti des rails huit wagons de marchandises. Mon père, il avait 14 ans, en 1940, donc forcément, il n'était pas dans des actions comme ça. Mais il avait un copain, Jean Carrara, qui avait un an de plus que lui. À l'époque, tous les deux, c'était deux gamins de 14-15 ans. Alors, ils avaient des idées, mais alors lumineuses. Alors, ils allaient acheter des étiquettes autocollantes dans une papeterie de Saint-Raphaël. Ils apprendront plus tard que le mari de la commerçante, c'était un milicien. Voilà. Donc, ils allaient acheter des étiquettes autocollantes et puis ils écrivaient dessus « Moins de discours, plus de peine, pétaine, t'as trahi la France ! » Vive l'Union soviétique ! Et puis rajoutez, vive l'Angleterre, parce que comme ça, on ne peut pas deviner que c'était les communistes. Et pour rigoler, alors ils allaient en coller partout, pour rigoler, ils étaient allés les coller sur la porte du commissariat. Alors inutile de vous dire que là, mon oncle, qui avait 12 ans de plus que mon papa, il les a enguerlandés en disant, ne me sois pas la tête, vous vous rendez compte, et moi tout de suite, je sors que c'est nous. Arrêtez, maintenant on va travailler autrement, etc. Donc ils ont fait des tracts plus élaborés. De temps en temps, ils allaient barbouiller des fossiers, des marteaux. Et la croix de Lorraine, toujours. pour ne pas se faire repérer un petit peu partout. Et ce n'est qu'en octobre 1942, donc il avait 16 ans, qu'il a pris part à sa première action de résistance. Alors là, ils étaient tout un groupe et avec des camarades plus âgés, ils sont allés organiser un sabotage de la voie ferrée à Aguay, c'est-à-dire entre Saint-Raphaël et puis Cannes. Le train, forcément, a déraillé et il a bloqué la voie pendant plusieurs jours. Donc il n'y avait plus de communication. Voilà, possible, d'une part entre l'Italie et puis les troupes allemandes, et puis surtout pas de train qui pouvait passer pour ravitailler les troupes allemandes. Et c'est le 11 novembre que ça, c'est la première, on va dire, vraiment grande action. Les Jeunes Est communistes de Saint-Raphaël ont organisé une grande manif devant le monument aux morts de Saint-Raphaël. Ils avaient distribué des tracts partout pendant la nuit, et tout le monde a vu appel à venir manifester. Du coup, il y a eu 500 personnes. On est quand même, enfin en novembre, 42. et venir manifester un 11 novembre, c'était un acte de résistance fort. C'était d'autant plus un acte de résistance et risqué que les troupes italiennes de la convention d'armistice étaient positionnées à Fréjus, pas loin. Seulement, en voyant la foule qu'il y avait, elles n'ont pas trop osé bouger. Le lendemain, les troupes musulmaniennes qui venaient de rentrer en France sont arrivées à Saint-Raphaël. Là, dès lors, grande discussion familiale, la famille a fait le choix de la résistance armée. Ils savaient ce que c'était que le fascisme, ils savaient ce que c'était que la violence fasciste qui pouvait s'abattre comme ça, sans raison. sans motif, juste par haine. Et voilà, ils ont décidé de s'engager. Donc, mon père, lui, qui avait 16 ans, il coupait les câbles téléphoniques pour empêcher les communications des Italiens. Et puis, ils ont commencé des actions plus spectaculaires. En mars 1943, ils ont fait... Ils partaient en vélo, ils faisaient des kilomètres de vélo. Ils ont fait exploser la mine de bauxite de Brignoles, dont la production était essentiellement destinée aux Allemands pour la fabrication d'aluminium. Peu de temps après, ils ont fait sauter un entrepôt italien de munitions à Fréjus. Ça, ça semait la panique chez les Italiens qui étaient positionnés là. Et puis, quelques temps après, ils avaient tenté, parce qu'ils avaient appris qu'il y avait un banquet de quelques centaines de chemises noires à l'hôtel Bellevue à Saint-Raphaël. Et ils ont dit, on va les faire sauter. Tu vas voir que là, on va vraiment semer la panique. Donc, ils ont élaboré une espèce d'engin de fortune qui devait exploser. Pas de bol, ça n'a pas explosé. Évidemment, vous pensez bien que l'étau s'est rapidement resserré autour des principaux communistes de Saint-Raphaël, et en particulier, évidemment, autour de ma propre famille. Un matin, ils sont passés à la maison pour arrêter mon père et son copain Jeannot. On a compris que là, ça devenait vraiment chaud chaud. Donc, Jeannot, lui, il a été envoyé dans les FTP Moïse de Nice, où il mourra atrocement en 1944. et mon père qui avait encore que 15 ans, il a dû partir contre son gré, je tiens à vous le dire, avec toute la famille en creuse où il y avait des parents lointains. Il n'y a que mon oncle et mon grand-père qui sont restés, d'abord parce qu'il fallait continuer à travailler pour nourrir la famille et parce qu'ils voulaient continuer leurs actions. Bon, ben voilà, ils ont été arrêtés à la mi-mai 1943 par l'OVRA. L'OVRA, c'est la Gestapo italienne, tout aussi sympathique que la Gestapo allemande. Et de temps en temps, je tiens juste à dire que mon père était en Creuse. Lui, il avait trouvé des maquisards, FTP, avec qui il faisait régulièrement des déraillements de traînes de marchandises. Et en septembre 1943, donc, à Nice, les Italiens, comme le maréchal Badoglie, avaient signé l'armistice. Ils ont dit, bon, et nous, c'est fini, on rentre chez nous. Mon oncle s'est levé, il a dit, bon, ben, nous, on va sortir. Et ils n'ont pas pu sortir parce qu'à ce moment-là, les Allemands sont arrivés et ils les ont déportés vers l'Allemagne en novembre 1943. C'est grâce aux cheminots. Quand le train de déportation est arrivé à Dijon, ils ont pu s'évader. Ils sont passés d'un train à l'autre et ils ont été toute leur vie reconnaissants aux cheminots de leur avoir permis comme ça, en plusieurs jours, de traverser, de partir de Dijon et de rejoindre leur famille en Creuse. Mon oncle et mon grand-père étaient dans un sale état, mais voilà, quand on est militant et engagé, on est militant et engagé. Et puis il a demandé à l'état-major FTP, est-ce qu'on peut avoir besoin de moi ? Enfin parce que bon, je suis un combattant, quoi, voilà. Et là l'état-major lui a dit, oui, mais pas ici. On a besoin de cadres expérimentés à Lyon. Et là franchement, honnêtement, je... Je continue à admirer infiniment mon oncle parce que malgré l'enfer qu'il venait de vivre, il acceptait de laisser sa famille et de partir là-bas. Alors c'est FTP et MOUI, c'est l'armée la moins chère du monde. Personne ne leur a jamais fourni d'armes, de costumes, de souliers de marche, de nourriture, d'argent. Il fallait se débrouiller. Tout seul, ces gens-là, c'était des bataillons qui étaient composés d'immigrés. Pour dire l'amour qu'ils avaient pour ce pays qui les avait accueillis, leurs bataillons portaient fièrement les noms de la grande révolution française. Carmagnol, Liberté, Le Champ du Départ, Marat, Saint-Just, Valmy. Et ils sont devenus, c'est le moins qu'on puisse dire, français. Non pas par le sang reçu, comme d'aucuns se plaisent à le dire, mais par le sang versé. Dès qu'il est arrivé à Lyon en janvier 1944, mon oncle a commencé les déraillements et les sabotages d'usines. J'en cite juste une, Bronzavia fabriquait des prototypes et réparait des moteurs d'avion de l'armée hitlérienne. Ils l'ont fait sauter et l'usine a été à l'arrêt pendant un bon moment. Au bout de quelques mois, il a écrit à mon père pour que celui-ci le rejoigne. Mon père venait tout juste de fêter ses 18 ans. en Creuse. Et il est arrivé au début du mois de mai en gare de Lyon-Pérache. Il y avait donc mon oncle qui l'attendait. Et puis il y avait un autre gars qui était là, Pierre. C'était le commissaire aux effectifs. Et le gars lui a dit tout de suite en descendant du train, « Bon, il faut que tu saches, ici, c'est pas le maquis. » L'espérance de vie, elle est de trois mois. Il a participé à toute une série d'opérations. Ils étaient résistants et se sont toujours engagés comme tels. Et tous se considéraient comme ça. Donc mon père, il a fait comme les autres, tout de suite. Déraillement, sabotage d'usines. Il y avait des garages où étaient parqués, réparés des véhicules de l'armée hitlérienne. Attaque de colonnes allemandes. Patrouille en ville, la récupération d'armes, c'était vraiment une opération extrêmement risquée. Il fallait sortir, d'ailleurs comme pour toutes les opérations, visage découvert. Alors évidemment ça permettait en sortant de se fondre dans la foule, mais ça permettait aussi surtout d'être reconnu et dénoncé. Alors il fallait pour ces patrouilles en ville, aller dans les rues, chercher, tourner pas trop longtemps pour ne pas se faire repérer parce qu'ils avaient des quartiers bien définis. Fallait trouver un soldat allemand, fallait qu'il soit armé, fallait le tuer avec une autre arme qu'on avait récupérée dans les mêmes circonstances dramatiques. Et surtout, fallait non seulement prendre l'arme quand on l'avait tuée, mais fallait absolument récupérer le chargeur. Sinon, l'arme ne sert strictement à rien. Et c'est comme ça qu'un jeune camarade qui avait le même âge que mon père, il avait à peine 18 ans, lui, il s'appelait Jacques Kipman, Bruno, on le surnommait. qui a été tué comme ça parce qu'il voulait absolument récupérer le chargeur d'un soldat allemand que ses camarades venaient d'abattre mais sur un pont qui était plus loin, il y avait d'autres soldats allemands qui ont tiraillé et il a pris une balle et il est mort. Je peux vous dire que ça ça reste vraiment dans le cœur des camarades. C'est des choses qui restent un traumatisme pour tous ces gens-là, pour le restant de leur vie. Alors il faut savoir que parmi ces combattants FTP-MOI, il y avait beaucoup de jeunes d'Europe centrale, beaucoup de Polonais, d'Hongrois juifs. Et un jour ils ont attaqué un garage qui entretenait les camions de l'armée de Mille, le garage Eclair, c'était en juin 1944, peu de temps après le débarquement, et donc ces groupes de combats juifs sont venus leur prêter main forte. Et ce jour-là, il y a eu un des responsables des groupes de combat juifs qui était plus vieux, il avait 35 ans et qui s'appelait Alter Goldman, dit Albert. Mon père a été épaté parce qu'il avait vraiment une grande force de caractère et inversement, Albert a été épaté en voyant le courage de mon père dans ce type d'action. Ils se sont retrouvés à la fin de la guerre et ils sont devenus amis jusqu'à la fin de leur vie. Albert est mort il y a pas mal de temps. Albert, c'est le papa de Jean-Jacques Goldman. Donc effectivement, je vous ai dit tout à l'heure que quand il est arrivé, on lui a dit, hé, à Lyon ! Trois mois de survie. Effectivement, il est arrivé en mai. Il a été arrêté dans une NAS le 25 juillet. Une NAS, c'est un piège. On arrive à un carrefour. Il y a deux miliciens à chaque route du carrefour. C'est-à-dire que quand on s'avance, on est pris dans la NAS. Si on part dans une route ou dans une autre, les autres arrêtent. Et il a été arrêté par des Français qui se sont présentés comme police allemande. Il a été encerclé et il a été amené à la Gestapo. qui était sur la place belcourt à l'époque et là ça a été l'horreur c'était sous le contrôle de klaus barbie qui s'est pas privé de lui donner quand même quelques bons coups de pied ils y ont cassé le nez écraser les testicules défoncer la boîte crânienne il n'a pas lâché un seul mot un seul nom après la guerre il va faire des allers retours à l'hôpital parce qu'il était complètement dans un sale état avec des évanouissements comme ça jusqu'en février 46 ans Et pendant toute sa vie, il a été soigné pour des évanouissements, des vertiges qui étaient dus à cette boîte crânienne enfoncée. Comme il n'a pas lâché un seul mot, c'est comme les autres, il a été transféré à la prison du Fort Montluc, où étaient entassés là 950 personnes, dans des petites cellules vraiment microscopiques, où ils étaient à 9 par cellule. Ils ne pouvaient même pas rester couchés tous. Il fallait qu'il y en ait un qui était debout au bout d'un moment, et il donnait un coup à un autre, il disait à moi maintenant. L'autre se mettait debout, il se touchait à sa place, etc. Et il est resté là-dedans pendant un mois, dans des conditions vraiment inhumaines. Et c'est à ce moment-là qu'évidemment, les Allemands qui sentaient la débâcle, il y avait le débarquement en Provence au mois d'août, ils ont commencé à massacrer à tour de braille. Et à un moment donné, ils ont vidé les cellules, enfin vidé, ils ont tapé dans les cellules de Saint-Genis-Laval, et ils ont emmené 120 personnes qu'ils ont massacrées dans des conditions effroyables à Saint-Genis-Laval. C'était le 20 août. Et le 24 août, les Allemands ont quitté la prison. Et les hommes en ont profité évidemment pour défoncer leur cellulaire. Les Allemands avaient mené la prison, mais ils n'avaient pas eu le temps, fort heureusement, d'allumer les charges. Et là, il a rejoint ses camarades. Je ne vous raconte pas les effusions de joie, évidemment. La toute dernière anecdote, je voulais vous la raconter parce que c'est ce dont il parlait non-stop les dernières semaines de sa vie qui revenait non-stop. Au moment des combats pour la libération de Lyon, alors que d'autres fort intelligemment prenaient les lieux de pouvoir, la préfecture, etc. Les FTP-MOI, eux, ils avaient intelligemment installé leur QG dans une école. C'est alors qu'ils ont reçu... Un message leur demandant de se préparer à être parachutés derrière les lignes allemandes pour couper la retraite des troupes nazies. Je vous rappelle quand même qu'aucun d'entre eux n'était jamais monté dans un avion. Bon, on leur donne l'ordre, on leur donne l'ordre. Ils ne négociaient pas les ordres. Mais c'est le commandant des FTP de la zone sud, leur chef en quelque sorte, qui était un communiste allemand, un ancien des brigades internationales, Norbert Kugler, qui est arrivé et qui s'était exurgé en disant « Non, mais ça ne va pas, non ! » Parachuter des gamins qui n'ont jamais mis les pieds dans un avion, et puis de nuit, de surcroît, entre les ligneuses allemandes. Mais enfin, il y a là une volonté de les envoyer à la mort. Donc ça, ça l'a traumatisé, je dirais, pratiquement jusqu'à sa dernière semaine de vie où il en parlait encore dans une interview. Dans les derniers jours de la libération, il avait à peine 18 ans, il a été promu sous-lieutenant d'une compagnie de 180 bonhommes. Il y avait des Italiens, des Espagnols, etc. Il lui a dit « mais il faut que tu le rappelles à marcher au pas » . « Marcher au pas ? Je veux marcher au pas, moi ! Non, non, non, non, moi je veux bien leur apprendre à se battre, à faire dérailler des trains, à faire des abattages. » Donc il avait une méthode très particulière, on va dire. Il s'est battu avec l'appui de ses camarades pour obtenir la reconnaissance non seulement de ses propres combats, mais aussi et surtout des combats de ses camarades. Il a donc obtenu la médaille de la résistance en 1947. puis alors la croix du combattant volontaire de la guerre, celle du combattant volontaire de la résistance. Et il a reçu la Légion d'honneur des mènes de François Mitterrand, donc au début des années 80, et il est devenu officier de la Légion d'honneur en 1998. Il a beaucoup lutté, j'ai retrouvé là dans ses archives, des dizaines et des dizaines de demandes de médailles pour ses camarades. Ce n'est pas juste pour faire joli la médaille, c'est une reconnaissance officielle de l'État. pour ces étrangers qui se sont battus, et ils l'ont tous dit, pour la France des droits de l'homme. Jusqu'au bout, il est resté militant jusqu'au bout. Ce que j'aimerais qu'on retienne, moi, de toute cette histoire, ce sont précisément ces nobles idéaux qui leur ont permis de se surpasser et d'accepter tous les sacrifices. Je voudrais qu'on se souvienne, justement, de ces idéaux de paix et de justice qui sont l'antithèse de la haine, de la xénophobie, du racisme, qui sont l'essence même du fascisme. Nous avions créé une amicale des parents et amis. des bataillons FTP-MOI, Carmagnole, Liberté. Mon père en était le président. Il avait écrit plusieurs courriers à la présidence de la République en disant qu'il voulait venir présenter le drapeau des FTP-MOI, c'était le seul drapeau qui reste en France, parce qu'il était le dernier grand résistant FTP-MOI. Et donc il a voulu effectivement qu'à travers son drapeau, soit reconnu, puisse entrer dans le Panthéon. Il a reçu cette invitation. à la panthéonisation. Et donc, quand il est arrivé là, on a envoyé une voiture de la présidence de la République, et il a dit, bon, je rentre avec mon drapeau. Il y a une des organisatrices qui a dit, ah non, non, non, il n'y a que les drapeaux officiels. Eh bien, si le drapeau des FTP ne rentre pas, moi je m'en vais. Panique à bas bord, évidemment, chez les officiels, qui avaient commencé à l'annoncer. Donc ils se sont revenus, bon, ben monsieur, d'accord, parce que c'est un drapeau, voilà, j'en reviens à ce que je disais tout à l'heure, tricolore. Et donc, il a pu rentrer avec son drapeau. au premier rang dans le panthéon et il était tellement ému je vais vous utiliser une phrase d'une chanson de jean ferrat au nom de l'idéal qu'il avait fait combattre et pour lequel ben nous nous battons encore aujourd'hui voilà et mon père disait toujours la mémoire ne vaut pas que pour le souvenir elle vaut aussi et surtout pour le devenir