Speaker #0Je pense que la naissance de mon devoir de mémoire, c'est la mort d'une résistante le 13 juillet 1944 dans mon village où j'ai grandi. Et je me souviens, j'habitais en face du cimetière et le 24 août 1964, son corps a été relevé pour être transféré au cimetière militaire de Pontardier. Et moi je pleurais parce que je trouvais qu'on n'avait pas le droit de l'emmener de là. Elle était morte ici, il fallait qu'elle reste dans mon petit village. Et puis j'ai toujours voué une dévotion pour cette personne. Quand j'étais petit, on allait au Monument aux Morts, il était en face de ma chambre, et chaque fois j'entendais mon grand-oncle qui disait, il égrenait les noms des morts pour la France qui était sur le monument, et j'ai ce mort pour la France qui résonnait par toute la population du village. Mon grand-père maternel a eu une main arrachée par un éclat d'obus en 1916 à Verdun. Donc ça, ça m'a marqué et j'ai dit, j'ai pas envie que le parrain, comme on l'appelait, meure une deuxième fois. Ça, ça a été mon but. C'est déjà un but familial et puis un but mémoriel. Ça, c'est deux choses qui sont très importantes. Je m'appelle Dominique Benoît, je suis président du comité de souvenirs français de l'île-sur-le-Doux, pays de Carval dans le Doubs. Et je suis délégué adjoint du souvenirs français dans le département du Doubs. Depuis tout... tout petit, je savais que j'irais dans une association mémorielle. Je ne connaissais pas le souvenir français. J'ai connu le souvenir français par l'intermédiaire de mes enfants. Ce qui peut paraître bizarre, mais dans le pays de Montbéliard, il y avait un président de comité qui s'appelait M. de Villers, qui allait dans les collèges et puis il leur disait « Bon, ben écoutez, vous habitez dans quel pays ? Toi, t'habites là ? Bon, ben écoute, t'iras devant la boulangerie et puis tu tiendras une caisse pour le souvenir français pendant deux heures. Toi, t'habites où ? Ben là-bas. Ben toi, tu feras une rue. » Et ils les ont fait comme ça. Et mes trois enfants qui sont passés au collège, les trois enfants ont participé à la quête du souvenir français. Et puis, je me suis retrouvé un jour avec une cousine et puis une amie. Et puis, elles me disent, « Oh, tu ne voudrais pas venir au souvenir français ? » « Allez-y, sur le dos ! » J'ai dit, « Attends, depuis le temps que je voudrais y venir, là, c'est le moment ! » Alors, on m'a proposé une place de vice-président. Je dis, je ne veux pas être vice-président comme ça. Je dis, tu ne peux pas être vice-président comme ça. Elle me dit, si, si, c'est comme ça que ça se fait. Bon, ben, ma foi, j'ai dit, bon, ben, j'accepte. Je suis resté vice-président pendant 15 mois. Au bout de 15 mois, la trésorière a démissionné, je me suis retrouvé trésorier. Puis au bout d'un an et demi, le président a démissionné. Donc, je me suis retrouvé sur proposition de notre délégué général. Il m'a demandé de prendre la présidence. Donc, j'ai été nommé président le 1er février 2019. Et puis le 1er juin 2021, j'ai été nommé DGA du groupe. Alors les missions, c'est le délégué général qui fait les principales missions, et puis quand le délégué général est empêché, c'est moi qui le représente. Donc quand il y a par exemple deux comités qui font leur assemblée générale en même temps, le délégué général va à une assemblée, et puis moi je vais à la deuxième. Voilà, dans les manifestations, dans les cérémonies, dans les choses comme ça. Je suis les ordres du délégué général. Depuis que je suis au sommet français, quand on me demande dans une école, je vais faire les symboles de la République. Quand j'arrive, je commence toujours par le drapeau. J'ai une salle de 25-30 élèves. Je ne sais pas à qui je vais m'adresser. Je leur dis, est-ce qu'il y en a qui aiment le foot ? Donc ils lèvent le doigt. Je dis, qui c'est qui aime l'OM ? Ben oui... Qui c'est qui aime le PSG ? Alors là, il y en a plus qui lèvent le doigt. Et puis j'ai dit, l'OM, vous savez en quelle couleur ils jouent ? Ben oui, ils jouent en blanc et bleu. Et puis le PSG, en bleu et rouge. Et vous savez pourquoi ils jouent en cette couleur ? Ben parce que c'est les couleurs du club. Non, je dis, c'est pas tout à fait les couleurs du club, c'est les couleurs de la ville qu'ils représentent. Et les couleurs, le bleu et le rouge, sont aussi les couleurs de la ville de Paris, qui est à l'origine du drapeau français créé par Jacques-Louis David en 1793. Et puis après, j'enchaîne, et puis ça passe comme une lettre à la poste. Donc j'ai fait les six symboles de la République et en plus après je présente, je viens toujours avec un drapeau et là je suis venu avec le drapeau du souvenir français et j'explique ce que c'est que le souvenir français, pourquoi le souvenir français existe, quelles sont les missions du souvenir français et puis je leur fais porter le drapeau. Je leur fais porter par la base de la rampe et je leur demande à la fin, une fois que tous les élèves l'ont porté, je leur dis quel est votre sentiment. Alors ils me disent il est lourd. Et là je leur dis mais vous savez pourquoi il est lourd ? Alors ils ne savent pas, puis je leur dis, c'est parce que ça symbolise toute la souffrance des gens qui se sont battus, qui ont été blessés et qui sont morts pour que vous vous soyez libres aujourd'hui. Est-ce que ça serait important pour vous de porter un drapeau mémoriel en honneur de ces jours-là ? Et là, je leur dis, ceux qui seraient intéressés, vous pouvez lever la main, ils lèvent tous la main. Ils lèvent tous la main. Moi, je suis toujours ébahi de voir tous ces gosses qui lèvent la main parce qu'ils souhaitent porter un drapeau ce jour-là. Le plus difficile à faire, c'est de, je dirais, c'est de convaincre les parents. Parce que c'est les parents qui mettent des entraves à leurs enfants. J'étais à un forum du côté de Besançon. Il y a un jeune, un forum des associations, et il y a un jeune de 14-15 ans qui passe. Et puis je l'interpelle, je lui dis « Tiens, ça te dirait de porter un drapeau patriotique sur une cérémonie ? » Elle me dit « Oui, pourquoi pas ? » Sa mère dit « Mais ça va pas ! » Je dis « Pardon ? » Elle dit « Mais il ne va pas porter ça ! » Je lui dis « Attendez, je vais vous poser une question. Si votre enfant veut faire du tennis, vous l'avez dit ? » « Non, non, il ne faut pas faire de tennis ! » Vous allez y faire faire deux, trois fois du tennis et puis après, vous allez le mettre au tennis si ça y plaît. Oui, qu'elle me dit. Et j'ai dit, alors, parce que votre gosse, il a envie de faire un truc patriotique, parce que vous, ça ne vous plaît peut-être pas votre tripe, et bien vous allez refuser qu'il prenne du plaisir à faire ça. Laissez-le faire une fois, deux fois, trois fois le porte-drapeau. Si ça y plaît, vous continuez. Si ça y plaît pas, il arrête. On ne va pas forcer quelqu'un à qui ça ne plaît pas. Et là, elle le regarde et puis elle dit, ça te plairait de faire ça ? Et le gosse, il dit, ben oui. Et on a recruté un porte-drapeau comme ça. Les gens qui sont morts pour la France, si on les oublie, si à un moment donné, ils sortent de notre mémoire collective, ils meurent une deuxième fois. Si on supprime le 8 mai, comme c'était dit, c'est aussi supprimer tous ces gens qui sont morts pour rien. Le fait qu'on s'attaque au mémoriel, moi ça me touche, parce que je trouve que c'est un manque de respect par rapport à ces gens qui ont donné leur vie pour que nous, aujourd'hui, on soit dans un pays entre parenthèses libre. Et moi, je n'ai pas envie. Alors on fait des manifestations, on fait des expositions, on parle du Souvenirs français, on parle du mémoriel. On a l'exposition de 1871, on a l'exposition sur le souvenir français qu'on se permet de placer dans les écoles. Ça, ça marche bien. Et puis chaque fois qu'il y a une action mémorielle, on essaie d'investir un maximum les scolaires, les gens qui sont autour, qui gravitent autour. Et sachant que s'ils participent à cette manifestation, il leur en restera quelque chose dans 10, dans 15 ans, dans 30 ans. Moi, quand je fais des cérémonies, Sur le secteur, sur le comité, je donne toujours des petits drapeaux du souvenir français aux jeunes de 3 à 10 ans. Et puis je leur donne, et puis je leur dis, mais vous ne restez pas avec vos parents, vous venez avec les porte-drapeaux. Ils se mettent avec les porte-drapeaux, puis je leur dis, à un moment donné, je leur explique. Vous allez voir, les grands, ils vont baisser le drapeau. Votre drapeau, vous, vous allez le baisser. Ils le font. Ils ne bougent pas pendant la cérémonie. Et à la fin, quand je dis on salue les portes-drapeaux, je salue les portes-drapeaux et les gosses. Et à la fin, une fois que je leur dis, bon ben écoutez, vous avez été les portes-drapeaux aujourd'hui du Souvenez-Français pour la cérémonie du 8 mai, du 11 novembre, et tout, ben ce drapeau vous allez le garder en souvenir. Et vous savez où ils le mettent les drapeaux ? Dans leur chambre en face de l'île. Si c'est pas un signe... Comme je disais, la mission du Souvenez-Français, c'est de faire qu'aucune personne morte pour la France ne tombe dans l'oubli. Et là, le siège avait récupéré une plaque émaillée de Paul Roussel, soldat qui était mort en 1915 à Auxécorce. La mission, ça a été de la remettre Auxécorce. Donc c'est comme ça qu'on a commencé. Paul Roussel, c'était un simple soldat qui a été militaire. Il a fait l'Alsace et le Compiègne. Et puis, il a été renvoyé dans ses foyers pour raisons sanitaires. Il est décédé des suites de maladies contactées à la guerre. Et Paul Roussel, il est mort, il avait 37 ans. J'avais envie de retrouver des héritiers. Donc, une journée, on a passé à la mairie des Écorses pour retrouver éventuellement les descendants de Paul Roussel. Donc, on a su qu'il avait eu quatre enfants. Il y en a deux qui étaient décédés en bas âge. et puis... On était en train de chercher avec le président de comité. Et à trois heures et demie, il arrive un gars qui dit « Vous cherchez après Paul Roussel ? » « Mais attendez, moi je connais quelqu'un qui le connaît, qui connaît sa famille. » « Oh là là ! » Je dis « Bon, c'est impeccable. » Donc, j'ai contacté cette personne. Elle me dit « Je suis le gendre de la fille à Paul Roussel. » J'ai dit « Ça serait bien si vous pouviez venir à la cérémonie le 10 avril. » La première des choses, ils ignoraient totalement l'existence de cette plaque. Elle a vu la plaque qu'on avait mise ouverte. La belle-fille a dit « Il était beau ton arrière-grand-père » . Ça m'a un petit peu marqué. Et puis, ces deux arrière-petits-fils ont assisté à la cérémonie de remise de plaque. Tout le monde était très ému. Et en plus de ça, on avait la présence d'un sénateur du Doubs, de la présidente du conseil départemental. Il y avait cinq mères, il y avait la décretrice, il y avait la représentante de l'éducation nationale au niveau départemental, et puis il y avait le souvenir français qui était bien présent. Il y avait quand même douze drapeaux pour cette remise. Et les enfants ont chanté l'Arme d'Ivoire. C'est un chant qui est magnifique. Et puis après, ils ont fait la Marseillaise. Il y avait une quarantaine de gosses qui chantaient tous ensemble. Et ça a été une belle cérémonie. C'était vraiment émouvant. Ce qui est bien, c'est qu'on a un groupe, le comité de l'île sur le Doubs, on a un groupe qui est assez soudé. C'est-à-dire que je fais souvent des propositions, des fois qui peuvent être un petit peu extrêmes, mais ils me suivent toujours et puis on a toujours un bon résultat derrière. Il n'y a pas longtemps, ce printemps, il y avait une cavalcade à l'île sur le Doubs. Et ils disent, qui c'est qui veut faire un char ? J'ai dit, tiens, nous on va faire un char, le souvenir français. Ils me disent, un char ? J'ai dit, j'ai mon idée. On a fait l'arc de triomphe à l'échelle. L'arc de triomphe à l'échelle. On a mis l'arc de triomphe sur une voiture à pneus. Et on a décidé... Alors, c'était noté sur plusieurs critères, par rapport à l'association, par rapport à est-ce que c'était beau, est-ce que c'était truc comme ça. J'ai dit, on ne va pas lancer des confettus. Non, moi j'ai dit, on va donner des bonbons. On a passé 10 kilos de bonbons sur une heure et demie. Il y a un jour, je leur ai dit, tiens, allez hop, il faudrait qu'on récupère un petit peu d'argent, on va faire une friture. Une friture, ça ne va pas. J'ai dit, si, si, friture du souvenir français. Allez hop, on y va. On a fait une friture du souvenir français, on a récupéré plus qu'on ne récupérait à la quête. C'était une action, une réaction. Je vais voir les entreprises, je leur dis, bon, écoutez, souvenir français, ça vous dit quelque chose ? Non. Non, on ne connaît pas. Mais un souvenir français, c'est quoi ? Je leur explique ce que c'est que le souvenir français. J'ai dit, vous savez que vous pouvez aider le souvenir français. Ah bon, comment ? J'ai dit, en devenant partenaire du souvenir français. Vous versez une somme. En plus, si vous payez des impôts, vous pouvez en déduire une partie. C'est tout à fait légal. Puis j'ai dit, nous, ça nous permet d'entretenir les tombes des soldats morts pour la France. Alors, entretenir les tombes dans les cimetières, c'est bien. Personne ne les voit, à part Alatoussaint. Par contre, si vous entretenez une tombe... On a refait une tombe à côté de l'entrée de l'autoroute à l'île-sur-le-Doux, qui avait été faite en 1947. Et puis, elle avait été un petit peu restaurée grossièrement. Et là, au lieu de la laisser dans son jus, on l'a repeint en blanc. On y a mis un drapeau français derrière. Et les gens, au début, je disais, mais c'est pas possible. Personne ne la voit, personne ne la voit. Et puis, je peux vous dire qu'elle est en place depuis la mi-septembre. Et puis que maintenant, on en parle. Les gens disent, ah mais c'est bien ce que vous avez fait. C'est super. Pourquoi ? Parce que c'est visible. Le moment le plus touchant, je pense que ça a été le premier ravivage à la flamme, le 26 novembre, il y a 5-6 ans. Parce que j'avais mon grand-père à côté de moi. Toute la cérémonie, j'étais sous l'arc de triomphe devant la somme de soldats inconnus. Et mon grand-père était là. Il était là. Je le voyais, je l'entendais, je le sentais. C'était émouvant, c'est d'ailleurs comme ça que j'ai commencé à faire des voyages au Souvenirs français pour le ravivage. J'ai dit cette émotion, il faut que je la partage avec les autres. Et à partir de là, j'ai dit tiens, on va venir à plusieurs. Ça fait cinq, six ans qu'on fait un bus pour venir au ravivage le 26 novembre. Alors on se lève tôt, on part à 4h du doubs et puis on rentre à 3h le lendemain matin. matin, mais ce n'est que des émotions. Et tous ceux avec qui je discute après, ils disent c'est vrai que sous l'arc de triomphe, en tant que porte-drapeau, parce que c'est quand même pour récompenser les porte-drapeaux que j'avais fait ça, c'est-à-dire que je dis les porte-drapeaux, on leur demande tout. d'être là, présent, à tel jour, telle heure. Ils disent toujours oui quand ils peuvent. Qui vante, qui neige, que ça soit gelé, qu'il fasse 30 degrés, ils sont toujours présents, ils ne demandent jamais rien. Je dis, porter le drapeau sous l'arc de triomphe au ravivage de la flamme, c'est une récompense sublime. On a eu de la chance, puisqu'il y a deux ou trois ans, on a un porte-drapeau du Doubs, de notre comité, qui a porté le drapeau de la flamme. Il a compris la portée de ce... de ce port de drapeau, de la flamme du souvenir, sous l'arc de triomphe, surtout en première position. C'est vrai que ce sont des moments qui sont toujours intenses. Pour nous, c'est important de rendre hommage à ceux qui se sont battus pour que nous, aujourd'hui, on ait des libertés. Nous sommes là, on est des bénévoles, on est des passionnés. L'engagement, c'est un plaisir. Pour moi, l'engagement, c'est un plaisir. Être au Souvenez-Français, c'est un plaisir. On prend des coups en tant que président, en tant que DGA. Il y a des gens qui sont contre nous. C'est pas grave, on est là pour une mission. Moi, je dis toujours, la mission principale, c'est le Souvenez-Français. Nous, on est des transmetteurs. Et nous, on doit perpétuer ces commémorations. Et ça, c'est important. Toute graine semée... ne va pas donner un fruit l'année d'après, mais elle peut donner des fruits des dizaines d'années plus tard. Ça reviendra peut-être à 35 ans, à 40 ans, à 50 ans. J'ai l'exemple de mes neveux, qui ont fait la quête pour leur comité en Haute-Saône. Et puis quand j'ai demandé à ma nièce, à ses enfants, de faire la quête, elle a dit oui tout de suite. Elle avait 35 ans, elle a dit oui tout de suite avec les gosses. Pour eux, c'était naturel. Et ça, c'est une transmission. Je suis le seul, on est 17 petits-enfants, je suis le seul à partager, à travailler pour la mémoire de mon grand-père. Je vois mes cousins et cousines constamment, mes frangins et frangines constamment, ils me disent « mais pourquoi t'as ça dans... » J'ai dit « j'en sais rien ! » J'ai dit « j'en sais rien, c'est comme ça, c'est une fibre et puis... » Et ils sont admiratifs, ils me le disent. Je ne cherche pas des compliments, je n'ai pas besoin de compliments. Ce n'est pas ça qui est le plus important. Le plus important, c'est la transmission d'un mémoire. Et ça, c'est quelque chose de grand.