- Speaker #0
Bienvenue dans Pavancast, le podcast de Pavanrode, marque de vêtements à eau d'or dédiée aux aventurières et aventuriers d'aujourd'hui, présentée par Coralie et moi-même, Paul Arthur, de Pavanrode. Et pour cet épisode, je serai seul car Coralie réalise la haute randonnée pyrénéenne en ce moment même, on pense donc à elle dans cette incroyable aventure. A travers ce format, on part à la rencontre de celles et ceux qui entretiennent un lien unique avec la montagne. Aujourd'hui, nous sommes honorés d'accueillir un artiste sonore et compositeur français qui repousse les frontières de la perception sensorielle, Aurélien Buron. Aurélien Buron explore les textures analogiques, les feed recordings immersifs et les vibrations du monde vivant dans ses créations musicales in situ. A travers ses œuvres, captées au cœur des glaciers, ou sous les paraboles de l'Observatoire de l'Iram, il capte l'invisible, le fragile, l'éphémère. Chaque pièce sonore devient un territoire sensible, un espace en suspens où se rencontrent science, mémoire et imaginaire. Plongeons ensemble dans son univers poétique et introspectif, comment sa musique reflète-t-elle son engagement envers l'environnement et les glaciers ? Quel est l'impact de ces créations sur notre manière d'écouter et de comprendre le monde ? Bonjour Aurélien.
- Speaker #1
Bonjour, merci de m'accueillir.
- Speaker #0
Comment est-ce que tu vas aujourd'hui ?
- Speaker #1
Ça va très bien, ouais, très très bien. Premier jour de vacances, ça va toujours très bien.
- Speaker #0
Très bien. On a pour tradition de poser comme première question à tous nos invités, de nous partager leurs premiers souvenirs en montagne.
- Speaker #1
Très bonne question. Je crois que mon premier souvenir vraiment marquant, c'était à l'âge de 8 ans. C'était à la mer de glace de Chamonix avec mes grands-parents, ma mère et mon père. Parce que c'est la première fois que je voyais un glacier en fait. J'ai peut-être déjà dû aller en montagne quand j'étais plus petit, mais je ne m'en souviens pas. Ou alors ça m'a moins marqué que cet événement-là. Je me souviens encore très bien du parapet où tu descends. Je me souviens du train de Mont-en-Vert. Ça m'avait marqué aussi, c'était très chouette. Et je me souviens très bien descendre du train et arriver devant un espèce de parapet avec une barrière en métal. Et d'avoir devant moi ces espèces de grands pics de glace avec les rochers coincés dedans, ça, ça m'avait marqué. Ça, je pense que c'est vraiment le premier souvenir que j'ai de la montagne, vraiment la grosse montagne, tu vois, dans toute sa splendeur, on va dire.
- Speaker #0
Oui, je vois très bien. Souvenant souvent de manière, la mer de glace, souvent, elle impressionne toujours. Et du coup, j'imagine que tu es aussi retourné depuis. Est-ce que tu as pu voir un petit peu ? Eh bien non,
- Speaker #1
même pas. En fait, c'était en 1998.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Été 98. Justement j'ai retrouvé une photo avec mes grands-parents et ma mère. On est devant, pris en photo justement devant ce parapet avec ces immenses pics de glace, c'était vraiment très impressionnant. J'ai pas eu l'occasion d'y retourner depuis mais j'ai regardé des photos sur internet et ouais c'est assez effrayant de voir à quel point tout a disparu en fait. C'est très très... ouais ça fait peur mais j'aimerais y retourner. Y retourner et puis bien sûr enregistrer la mer de glace.
- Speaker #0
On aura justement l'occasion de parler un peu plus de ça. Est-ce que du coup tu peux te présenter ? Qui es-tu ? Que fais-tu ?
- Speaker #1
Alors je m'appelle Aurélien Buron, mon nom de scène c'est Ghost in the Loop. Je suis un musicien, explorateur sonore, compositeur, sound designer, tous ces termes un peu techniques. Je fais de la musique depuis très longtemps, j'ai commencé à l'âge de 14 ans en tant que bassiste et guitariste dans des groupes de punk, de metal,
- Speaker #0
rock.
- Speaker #1
J'ai fait beaucoup de musique rock pendant très très longtemps. Aussi marrant que ça puisse paraître, j'ai très longtemps méprisé le milieu de la musique électronique.
- Speaker #0
Ok.
- Speaker #1
Ouais, je sais pas, tu sais, musicien, conservatoire, faut apprendre à jouer des instruments, tout ça.
- Speaker #0
Je comprends très bien.
- Speaker #1
Donc pour moi, les musiciens, enfin, ceux qui faisaient de la musique électronique, c'était un peu des arnaqueurs pour moi. Tu vas appuyer sur des boutons, c'était pas faire de la musique. Donc j'étais peut-être un peu imbuvable quand j'étais plus jeune, je pense. Voilà, et... Voilà, mon parcours musical n'est vraiment pas du tout en ligne droite, donc j'ai vraiment pris des chemins de traverse, on va dire. Et c'est pendant le confinement, Covid, tout ça, tu vois, le premier grand confinement, que j'ai commencé à expérimenter avec les synthétiseurs, les boîtes à rythme analogique, un petit peu les instruments de musique électronique, parce qu'avec mon groupe de l'époque, Alta Villa, on voulait faire un troisième album un peu plus électro-pop. Donc je m'étais dit, c'est le moment de commencer à regarder un petit peu ce qui se passe de ce côté-là. Et en fait, j'ai découvert petit à petit un monde fascinant, en fait, la musique électronique. J'ai découvert le monde de la musique électronique, vraiment, dans toute sa splendeur et sa richesse et sa profondeur, en fait. Ouais,
- Speaker #0
un champ des possibles.
- Speaker #1
Un champ des possibles vraiment fou. Et puis moi, en tant que musicien, c'était un challenge, tu vois, parce que bon, la guitare, la basse, je ne dis pas que je maîtrise tout, mais ça m'a permis de repartir à zéro, tu vois, de retrouver un petit peu les frissons quand tu commences à apprendre d'un instrument. de se sentir un peu dépassé et de voir qu'il y a vraiment tout plein de choses à faire. C'est un peu le sentiment que j'ai eu quand j'ai posé mes mains sur des synthétiseurs et des boîtes à rythme. Et ça m'a bizarrement reconnecté de manière assez puissante à la science et à la nature. J'ai toujours été un peu... J'ai toujours été fasciné par la science. Même gamin, tu vois la SVT, C'est pas sorcier, ce genre d'émission, tout ce genre de trucs. J'étais hypnotisé par ça. J'adorais les volcans, les séismes, l'espace. C'est quelque chose qui m'a toujours fasciné. Mais j'étais pas assez bon à l'école pour pouvoir continuer dans ce genre de voie. Et bizarrement, les synthétiseurs, les machines, on utilise beaucoup d'ondes sinusoïdales. Je sais pas. Ça m'a énormément reconnecté à la science, d'une manière assez inattendue. Et à force de travailler sur ce projet, au début, je n'avais pas vocation de me professionnaliser ou de porter des albums. C'était vraiment un petit peu un délire personnel.
- Speaker #0
Tu avais du temps.
- Speaker #1
J'avais du temps et je me suis dit, allez, je vais expérimenter avec ça, mais aussi avec des vieux appareils à bande des années 60, les cassettes, les vieux magnétophones. Ça m'a beaucoup intéressé. surtout la musique expérimentale j'ai vraiment commencé à m'intéresser à la musique électronique par ceux qui ont découvert on va dire un peu la musique électronique c'est à dire en fait c'était les scientifiques des personnes qui étaient vraiment dans le milieu de la science dans les années 50 60 qui faisait de la musique avec des appareils de tests nucléaires en fait et ça faisait du bruit et en fait ils sont libres à vas-y en fait on peut exploiter ces instruments pour faire de la musique un peu expérimentale. Et la musique électronique, ça a vraiment pris naissance dans les laboratoires des années 50-60, dans les radios expérimentales où ils expérimentaient avec des appareils de télécommunication. Donc déjà, en fait, la musique électronique, à sa source, a toujours été hyper connectée à la science, parce que ça vient de là, en fait. Les premiers, les pionniers, les pionnières de la musique électronique, c'était des scientifiques ou des personnes qui travaillaient dans les radios dans les années 50-60. Incroyable. Et donc j'ai découvert ça et voilà. Donc tu vois un petit peu le tableau qui s'est un petit peu dessiné dans ma tête, je me suis dit, mais en fait, la musique électronique, c'est vieux, en fait, ça remonte vraiment à très longtemps. Et voilà, c'est pour ça que j'ai expérimenté avec les appareils à bandes, parce qu'ils faisaient déjà ça. Et petit à petit, je me suis dit, il va falloir peut-être envisager de rattacher ça aujourd'hui à la nature, pour voir est-ce qu'on peut essayer de faire communiquer nature, technologie. science puisque de toute façon la musique électronique visiblement c'est vraiment interconnecté à la science depuis très longtemps et en fait ça a fait complètement sens pour moi dès cet instant là en fait.
- Speaker #0
Trop intéressant et pour le coup je savais pas du tout que du coup ça venait justement d'abord d'une démarche scientifique et qui a évolué maintenant vers aujourd'hui de la composition comme on peut en fait en écouter bien plus souvent qu'on n'en imagine.
- Speaker #1
Exactement ouais.
- Speaker #0
Là tu as commencé un petit peu à mentionner plein de termes analogiques des choses comme ça est ce que tu pourrais nous présenter un petit peu un champ lexical de manière un petit peu résumée, mais en tout cas des termes que toi, du coup, t'emploies régulièrement avec les outils que tu utilises pour que justement les auditeurs et auditrices puissent visualiser et mieux comprendre.
- Speaker #1
Alors, comment dire ? Quand on parle, par exemple, de synthétiseur analogique, c'est majoritairement les premières machines qui ont existé. Encore une fois, c'est inspiré des... des tables de mixage, des radios expérimentales, c'est des machines, c'est des lampes dedans, il y a des lampes pour amplifier le signal, il y a des oscillateurs analogiques, c'est pas numérique, c'est pas des zéros et des uns, c'est vraiment des composants électriques qui permettent de générer du son. Et c'est ce qui se rapproche le plus d'un élément naturel, parce que c'est pas du tout digital, c'est l'opposé du digital.
- Speaker #0
Oui, finalement c'est une réaction mécanique,
- Speaker #1
c'est une réaction électrique. d'un signal qui est transformé en sinusoïdale à des fréquences qui vont permettre d'être audibles et ça va créer du son. Ça s'appelle des oscillateurs. En fait, tu prends une flûte. On a tous fait de la flûte au collège. On se souvient très bien de cette torture, je pense. Non, je plaisante. La flûte, c'est chouette. C'est un super instrument. Mais de manière très simple, quand tu prends une flûte et que tu souffles dedans, ça fait une note, ça fait un son, ça fait un bruit. C'est un oscillateur. Ça fait osciller l'air et ça crée du son. Un oscillateur analogique, c'est un peu le même principe. Tu envoies un signal électrique dans un ensemble de condensateurs et de petits circuits électriques. Et ça crée une tonalité. De manière très simple, c'est ça. Et après, cette tonalité, elle va être envoyée dans des filtres, des enveloppes d'amplification qui vont permettre de sculpter le son. C'est-à-dire qu'on part d'une matière brute. C'est comme de la sculpture. On va avoir un gros bloc vraiment très basique. C'est un petit peu ce signal audio avec plein de fréquences, qui n'est pas hyper beau. Ça ressemble un petit peu à un pouet, en fait. D'accord. ça fait pouet comme ça, c'est pas très beau. Et après, tu vas venir sculpter ce signal en enlevant des fréquences, en créant de l'amplitude, et c'est à partir de là où tu vas créer un petit peu des mélodies, des rythmes, des sons soit plus percussifs qui vont s'apparenter à des boîtes à rythme, justement, à des percussions, ou à des sons qui vont ressembler plus à de la flûte ou à du violon parce que tu vas venir soustraire des fréquences à cette espèce de bloc de tonalité qui n'est pas hyper beau au départ, et c'est ce qui permet de créer du son. Donc ça, c'est un petit peu des synthétiseurs analogiques. C'est comme ça que ça fonctionne en fait.
- Speaker #0
L'intéressante image de un bloc que tu viens sculpter. Du coup, finalement, chaque sculpteur après en fait ce qu'il en veut selon sa sensibilité.
- Speaker #1
Exactement.
- Speaker #0
Très belle image. Donc aujourd'hui, tu es Ghost in the Loop. Ouais. Donc c'est un projet que tu as monté. C'est aujourd'hui le nom sous lequel du coup le compositeur et du coup l'artiste sonore que tu es est reconnu. D'où ça vient ce nom ?
- Speaker #1
Très bonne question. C'est le mélange de deux oeuvres qui m'ont beaucoup marqué quand j'étais soit ado ou un petit peu plus jeune adulte. C'est l'anime Ghost in the Shell.
- Speaker #0
D'accord, oui.
- Speaker #1
Qui n'est pas du tout un anime qui explore la science ou la nature. C'est plus les relations entre l'homme et la machine. A partir de quand commence l'intelligence dans une machine, les émotions, ce genre de choses. C'est une très belle oeuvre, Ghost in the Shell. Je la recommande à tout le monde. C'est un super beau manga et un bel anime. ceux des années 90, pas celui avec Scarlett Johansson non ? Scarlett ? je ne sais même pas comment elle s'appelle ok pas terrible, bref donc c'est un mélange de cette oeuvre là et de Tales from the Loop de Simon Stalenhag où il y a une très belle série Amazon qui a été faite fortement inspirée de ton univers qui est très bien d'ailleurs je recommande aussi, mais moi c'est plus le livre le roman graphique Tales from the Loop donc j'ai mélangé ces deux oeuvres que j'ai beaucoup aimé, j'ai trouvé ça vraiment formidable j'ai mélangé pour faire Ghost in the Loop en fait.
- Speaker #0
Et ça fonctionne très bien.
- Speaker #1
Et ça fonctionne assez bien, ouais.
- Speaker #0
Donc là, tu as commencé justement à nous parler un petit peu de comment ça fonctionnait dans la machine. Est-ce que tu peux nous expliquer du coup ton processus créatif pour justement capturer les sons en extérieur, sur les glaciers ? Et on en reviendra un peu plus après sur justement tout ce que tu as créé autour des glaciers. Mais voilà, comment aujourd'hui tu crées ce que tu fais ?
- Speaker #1
Alors, je pense que ça va être aussi important de dire que le chant de la glace, donc l'album qui a découlé de cette expérimentation, C'était vraiment ma première fois dans un glacier. C'est-à-dire que moi, je n'avais pas du tout d'expérience ou de connaissance à proprement parler sur les glaciers. Je les connaissais. Les glaciers ont toujours fait un peu partie de ma culture étant né aux portes des Alpes. J'ai toujours connu les glaciers. J'ai toujours vu la pointe du Mont Blanc depuis la fenêtre de la chambre quand j'étais enfant, les montagnes de la Savoie. Les glaciers, ça faisait partie un petit peu de ma culture, mais je ne m'y étais jamais vraiment intéressé. Et pour en revenir à mes expérimentations sonores, je me suis dit, il faudrait que j'arrive à incorporer des éléments de la nature directement de la musique, essayer de voir comment des enregistrements issus de la biophonie ou de la géophonie pourraient influencer ma musique en direct. Et je me suis dit, ok, les glaciers en fait, pourquoi pas ? Je ne sais pas pourquoi, ça m'est venu d'un coup comme ça. Peut-être une image que j'ai vue sur Instagram, je ne sais pas, tu vois, un espèce de déclencheur où je me suis dit... Je les connais, mais je ne les connais pas. Je ne sais pas ce que c'est qu'un glacier. Je sais que cela existe. Mes parents, mes grands-parents m'en ont toujours parlé. Pourquoi est-ce qu'il fonde ? Qu'est-ce qui se passe ? Est-ce que ça fait du bruit ? Est-ce que ça ne fait pas de bruit ? Tout ça s'est mis à bouillonner dans ma tête. Je me suis dit que je vais m'y intéresser. Je n'avais aucune connaissance comment enregistrer un glacier. Pour moi, c'était un mystère absolu. Donc je me suis un petit peu renseigné, j'ai regardé sur internet qu'est-ce qu'il faut comme micro, donc des micros d'ambiance bien évidemment pour enregistrer les ambiances d'une grotte de glace par exemple, des micros plutôt traditionnels en fait. Et je me suis dit qu'il faudrait que j'essaye aussi d'enregistrer les sons dans la matière, les sons dans l'eau, dans la glace, donc je me suis plutôt orienté sur des micros de contact, des hydrophones, des micros qui vont dans l'eau, des micros qui vont enregistrer les vibrations. Donc j'ai investi dans une... paire de micros qui font à la fois hydrophones et micros de contact. Et l'avantage, c'est que cela pouvait se brancher directement dans mon synthétiseur modulaire. Donc pour moi, c'était un bon moyen de ne pas trop dépenser d'argent d'un coup dans une panoplie de micros techniques que je n'avais peut-être pas savoir utiliser déjà. Parce que c'est quand même très compliqué, ce genre de micro. On est sur du matériel très pointu. Et au final, ça a très bien marché parce que pour moi, ça me permettait d'avoir pas trop de matériel, mais très polyvalent. Et... Euh... Donc en fait, je suis parti... J'ai choisi le glacier de Dinal parce qu'il était assez facile d'accès. Il n'y avait pas non plus 5 heures de marche à faire, pas non plus un dénivelé compliqué, parce que j'avais 20 kg de matériel dans le dos, les synthétiseurs, les batteries, les micros, c'était quand même assez lourd. Donc j'ai choisi ce glacier par son accès, et aussi parce que la grotte de glace est sublime. J'avais vu des images, j'ai fait, ouais, c'est un environnement qui avait l'air d'être époustouflant. Et je me suis dit, quitte à aller enregistrer un album dans un glacier, il faut le documenter. C'est-à-dire, j'ai demandé à mon ami Hugo Préveran de venir filmer, et à mon ami Fabrice Buffard de faire les photos, parce que je voulais documenter un peu cette expérience. Parce que moi, je ne savais pas si ça allait marcher, en fait. Je ne savais pas si j'allais réussir à enregistrer les sons d'un glacier, si la méthode que j'avais dessinée dans mon esprit allait être la bonne, en fait.
- Speaker #0
Mais dans le doute.
- Speaker #1
Mais dans le doute, je me suis dit, il fallait le documenter, que ça marche ou pas, en fait. parce que l'expérience était là, c'est-à-dire si j'y arrive... Trop bien ! Et si ça ne marche pas, pareil, dire pourquoi je n'ai pas réussi à enregistrer le glacier, parce que j'étais confronté à tel type de problème. Je voulais documenter cette expérience. La technique, ça a été d'utiliser ces micros qui vont capter les vibrations dans les plaques de glace, dans l'eau, et les faire passer directement dans mon synthétiseur, soit pour synthétiser les sons, c'est-à-dire enregistrer des fréquences que je ne serais pas capable d'écouter à l'oreille. et de les modifier avec mon synthétiseur modulaire pour aller chercher des fréquences un petit peu cachées ou pour faire ressortir des sons un petit peu inaudibles et ensuite resampler c'est à dire réenregistrer cette matière sonore pour créer des rythmes, des mélodies comme on l'a dit tout à l'heure, des tonalités c'est à dire extraire du bruit extraire du bruit ambiant du glacier, des fréquences qui vont un peu résonner et que je vais pouvoir exploiter pour pouvoir faire de la synthèse sonore en fait,
- Speaker #0
c'était ça la démarche ok donc là tu as commencé justement à nous parler de ce projet, le champ de glace. Est-ce que tu peux nous en parler un petit peu plus du projet au global, justement du glacier que tu as sélectionné ? Comment tu l'as sélectionné ? Tu nous as parlé que tu avais vu justement une grotte de glace qui t'avait un peu marqué. Comment est-ce que tu en es venu du coup à te dire, ok, c'est sur ce glacier que je vais aller, et nous expliquer un peu la genèse du projet ?
- Speaker #1
En fait, comme je l'ai expliqué, c'est parce que je crois que j'avais vu une photo sur Instagram du glacier de Zinal. Enfin, la... L'image m'avait frappé, c'était très beau, un bleu magnifique, des couleurs sublimes.
- Speaker #0
Comme on les connaît.
- Speaker #1
Ouais, voilà. Et je me suis dit, ok, il y a l'air d'avoir une belle grotte de glace assez grande. Pas trop d'eau, du moins, ça va l'air d'être assez propice à l'installation de matériel électronique. Donc j'ai commencé à faire des recherches sur Internet. J'ai vu que c'était pas si loin de chez moi, en fait. Globalement, en trois heures de route, tu y es. T'es directement aux pistes de ski pour ensuite faire ta randonnée. donc j'ai choisi ce glacier par sa proximité, son accès et sa forme, en fait. La grotte de glace naturelle, j'étais vraiment dans un environnement. C'était aussi un petit peu l'envie de recréer un espèce de studio d'enregistrement, être dans une grotte, être vraiment dans un environnement un petit peu fermé.
- Speaker #0
C'est vrai que quand on voit les photos, on a un peu cette sensation, ça fait un petit voûte au-dessus de toi.
- Speaker #1
Ouais, en fait, cette année-là, le glacier, parce qu'en fait, tous les ans, la grotte du glacier change complètement de forme. Parce qu'il y a une espèce de... la source du Zinal qui s'appelle ça s'appelle comme ça je crois et tous les étés avec la fonte le niveau de l'eau monte énormément et en fait ça resculpte complètement la grotte de glace donc quand tu y vas d'une année à l'autre t'as jamais la même grotte en fait je savais pas du tout quelle grotte j'allais avoir cette année là et en 2023, c'était le 6 mars 2023 ça faisait plutôt une espèce de très gros entonnoir il y avait une espèce de voûte effectivement au début une très grande voûte devant la langue du glacier ... Et qui se termine dans un entonnoir vraiment très petit et étroit, un espèce de boyau très très fin, tout au fond du glacier. Et c'est pour ça que je l'ai choisi en fait. La grotte de glace naturelle, l'environnement qui était très beau, et avoir l'espèce de sensation d'être dans un studio d'enregistrement en fait. C'était ça un petit peu l'idée tu vois.
- Speaker #0
Et est-ce que depuis, donc tu étais le 6 mars 2023 comme tu as dit, est-ce que depuis tu es retourné sur d'autres glaciers pour enregistrer d'autres sons ?
- Speaker #1
Alors je suis retourné au glacier de Zinal. le 10 mars 2024, pile un an après, pour réaliser un mini-documentaire avec Meet & Greet, un média de musique électronique français. Et j'en ai profité pour enregistrer de nouveaux sons, d'enregistrer de nouveaux morceaux. Et j'ai sorti un EP, peu de temps après, qui s'appelle Cryosphère, qui est toujours en partenariat avec une organisation anglaise qui s'appelle Earth Percent. Du coup, en fait, je reverse 50% des bénéfices des ventes de cet EP à cette organisation.
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
qui reverse l'intégralité des fonds qu'ils ont récoltés à des organisations environnementales. Donc je suis retourné pile un an à ce glacier pour ce projet, et j'ai constaté effectivement que la grotte avait été complètement métamorphosée par la fonte du glacier. Et c'était assez chouette de le... Enfin, assez chouette. Assez frappant de le constater presque un an jour pour jour. Oui. C'était vraiment très très chouette. Et je suis allé ensuite au glacier de Ferpecles et au glacier du Mont Minet. Pas très loin d'ailleurs, toujours dans... en Suisse, dans le canton du Valais. À la base, c'était un seul glacier qui a tellement fondu qu'il s'est divisé en deux,
- Speaker #0
justement.
- Speaker #1
Et j'en ai profité, encore une fois, pour enregistrer de nouveaux sons, des nouveaux craquements, des nouvelles ambiances. C'était très chouette.
- Speaker #0
Et est-ce que, du coup, tu y allais avec le même matériel ou tu adaptes aussi par rapport au glacier ? Comment est-ce qu'aujourd'hui, le matériel que tu prends avec toi, il a évolué ou pas du tout ?
- Speaker #1
Ouais, il a considérablement évolué. Ce qu'en fait, c'est... Je vais aussi souligner ce point-là, c'est qu'en fait, Le Chant de la Glace, c'est un album qui a été réalisé en fait avec très peu de moyens. Il y a un petit peu d'investissement financier, bien évidemment, des micros ça coûte un petit peu de sous, le synthésiseur modulaire, ce genre de choses. Mais globalement, j'ai pas investi des sommes faramineuses pour pouvoir faire ça. je vais pas dire que ça tient avec des bouts de ficelle mais c'est un petit peu de do it yourself et et ça a super bien fonctionné et ouais depuis bien évidemment mon setup a considérablement évolué j'ai des micros bien maintenant bien plus performant bien plus puissant précis les enregistreurs qui permettent d'avoir des amplitudes d'enregistrement bien petit beaucoup plus vaste d'or plus de matière au final on a plus de matière mais ce qui est paradoxal c'est pas paradoxal mais plus le matériel est pointu plus le travail derrière de mixage et de post-production est conséquent. Donc en fait, plus ton matériel va être pointu, plus ça va être compliqué derrière pour aller récupérer des sons, ou du moins de les faire entendre d'une manière vraiment très propre et agréable. Surtout parce que bien sûr, plus le micro est précis, plus tu vas capter un nombre de fréquences qui va être impressionnant. Et ensuite, pour filtrer ça et pour aller rechercher les choses intéressantes dedans, ça prend un temps assez considérable. Et il faut du coup des logiciels bien plus puissants pour traiter le son. En fait, c'est un terrier de lapin. Plus tu investis dans tel type de matériel, plus derrière, il va falloir investir dans du matériel pour traiter le son, etc. J'ai la chance, mon projet a attiré le regard de plusieurs marques. J'ai beaucoup de partenariats maintenant. des marques qui me font des très grosses remises sur leur matériel, soit qui m'envoient du matériel gratuitement. Donc j'ai la chance d'avoir un matériel assez pointu pour faire un petit peu la promotion de leurs équipements. Mais c'est du donnant-donnant, tu vois. C'est-à-dire que moi, ça me permet d'aller encore plus loin dans ma démarche à des coûts beaucoup moins importants. Et je vous les remercie d'ailleurs au passé. Merci à tous les gens de me suivre et de me soutenir, ça fait très plaisir.
- Speaker #0
Justement là qu'on est encore un petit peu dans la question du matériel et toute la technologie qu'il y a derrière, est-ce qu'aujourd'hui tu estimes que ta méthode pour capturer ces différents sons, justement elle peut différer des approches un peu plus traditionnelles ? Par exemple, moi je viens du monde de l'audiovisuel initialement, la captation sonore en général en extérieur ça va être un micro branché à la caméra, un petit enregistreur pour le son d'ambiance, et on s'arrête là. Du coup est-ce qu'aujourd'hui toi tu estimes que justement ton approche elle est bien plus poussée ? Peut-être que justement, tu as des confrères ou confrères qui font exactement ce même type de captation. Donc comment est-ce que tu estimes que tu as construit ton setup et est-ce qu'il diffère de ce qu'il se fait aujourd'hui ?
- Speaker #1
Alors en fait, moi je ne suis pas un enregistreur de terrain, je ne suis pas un preneur de son. Ce n'est pas ce que je fais en premier. Moi c'est vraiment la composition musicale, les synthétiseurs, ce genre de choses. L'enregistrement sur le terrain, c'est un petit peu secondaire. Ma méthode diffère très probablement énormément des personnes qui sont spécialisées dans ce domaine, qui ne font que de l'enregistrement de terrain. Tu vois ce que je veux dire ? Je pense que ma méthode est juste un peu différente. J'ai juste expérimenté à ma manière certaines méthodes pour enregistrer le son des glaciers. Avec des micros sismiques, des hydrophones. Parce qu'en fait, soit j'enregistre de manière très brute, je modifie très peu les enregistrements pour les garder de la manière la plus naturelle possible. pour faire écouter justement aux publics, aux auditrices et aux auditeurs, ce que c'est que le son d'un glacier. Mais je m'amuse aussi à les modifier avec des synthétiseurs, faire passer le son du glacier dans un synthétiseur, ou utiliser le son du glacier pour faire de la musique, pour influencer la composition. Donc en fait, ma méthode de travail est assez hybride, en fait. Entre la prise de son et la composition, l'arrangement, l'expérimentation sonore.
- Speaker #0
Et justement là, en préparant cet épisode, je prenais le temps de regarder ce que tu faisais vraiment sur les réseaux aussi. Et j'ai vu quelques stories passer ces derniers temps, où on te voyait du coup, j'imagine, chez toi, avec une installation et plein d'enregistreurs, de machines, de branchements dans tous les sens. Et du coup, je voulais savoir un petit peu justement, tu as commencé à en parler, que justement le traitement des sons prenait énormément de temps, plus le matériel était pointu sur la captation. Mais du coup justement... Aujourd'hui, qu'est-ce que tu utilises comme matériel dans la post-production ? Et du coup, vraiment, quand tu es dans la partie composition, quand tu as terminé de récolter la matière brute ?
- Speaker #1
En fait, j'ai plusieurs méthodes. Je récupère les fichiers audio que je mets dans mon ordinateur, en fait, dans un logiciel de composition qui s'appelle Ableton, qui permet de composer, de traiter le signal audio. En fait, j'aime bien renvoyer ce signal dans le monde extérieur, comme je l'appelle, c'est-à-dire pas rester dans l'ordinateur, mais renvoyer le signal dans mon nouveau synthétiseur modulaire, qui est beaucoup plus gros, parce que j'ai un filtre analogique multiband, donc en fait, c'est... comment dire ? C'est un module qui permet de filtrer le son. En fait, tout simplement. L'écran est composé de plein de fréquences. Et lui, c'est un filtre multiband. Donc, il y a plusieurs bandes de fréquences sur lesquelles on va pouvoir agir avec des boutons, des potentiomètres qu'on va tourner. Et il est analogique. Donc, il a un son qui est très naturel, je trouve, qui est très transparent. Donc, j'aime bien faire ressortir ce son, le faire passer dans quelque chose de physique, dans une machine avec laquelle je peux toucher les boutons. J'ai l'impression d'avoir le son plus au bout de mes doigts, parce que je peux toucher l'appareil. plutôt que de rester dans un ordinateur et de faire du clic de souris où ça devient un peu plus immatériel je sais pas comment je peux ok non mais oui c'est assez clair j'aime bien voilà refaire passer ses enregistrements dans une machine qui est au format physique et de surplus analogique en plus ce qu'en fait l'analogie qui est un peu plus limité que le numérique bien sûr le numérique sur une puissance de calcul dans tes logiciels qui va être démentielle donc tu Tu peux aller vraiment... très loin dans le traitement du son, mais tu peux vite te perdre aussi. Que le fait de rester dans une machine qui va être beaucoup plus limitée, beaucoup plus simple, mais avec un son vraiment très... Moi, ça me permet de rester plus concentré sur la matière première, tu vois, et de pas non plus trop pervertir ou dénaturer le son, justement, d'origine. Et peut-être aussi parce que j'ai pas les compétences pour... J'ai pas de grandes compétences en tant qu'ingénieur du son pour pouvoir utiliser ces logiciels où mes connaissances sont, je dois l'avouer, sont quand même très limitées. Le fait de rester sur quelque chose de plutôt simple, c'est plus facile pour moi en fait.
- Speaker #0
D'accord, ok.
- Speaker #1
Donc voilà, j'aime bien repasser mon enregistrement qui est virtuel, du coup qui est devenu un enregistrement numérique, et de le renvoyer dans quelque chose d'analogique pour pouvoir un petit peu traiter ça en fait.
- Speaker #0
Donc aujourd'hui, tu pars de la matière brute et tu composes à partir de là ? Ouais. Ou alors, ça t'arrive aussi peut-être d'avoir une première idée de composition et d'intégrer des choses ? Oui. Comment est-ce qu'aujourd'hui tu... Tu réalises, tu composes simplement ?
- Speaker #1
Dans les deux sens. C'est-à-dire que, par exemple, il y a un exemple que j'aime bien prendre, c'est le morceau qui s'appelle L'imaginaire des glaciers, dans l'album Le chant de la glace. Je pense que c'est ma plus grande prouesse technique encore aujourd'hui. Parce qu'en fait, mon idée, c'était... Alors, il va falloir que j'emploie des termes assez simples pour que tout le monde puisse comprendre. Un glacier, ça fait du bruit. ça génère du son et j'ai pas mal enregistré les fluctuations sonores des eaux de fonte qui passent sous des plaques de glace donc ça va faire une espèce de clapotis, en fait l'eau va taper contre les plaques de glace et ça va générer des petits craquements ça va générer un petit peu des sons aquatiques et je me suis dit ok je vais exploiter donc ces espèces de fluctuations sonores pour, je vais m'en servir comme élément déclencheur dans le processus de composition c'est à dire que Dans mon synthétiseur modulaire qui était dans le glacier, j'avais branché directement mes micros de contact, mes hydrophones. Ils vont enregistrer un signal audio et j'ai programmé mon synthétiseur modulaire en disant « Ok, dès qu'un certain seuil d'amplification, tu vois, dès qu'un signal audio est suffisamment fort pour franchir ce seuil, tu vas envoyer une information à un autre module pour générer une note. »
- Speaker #0
D'accord.
- Speaker #1
Ok. Donc en fait, plus le signal est fort, plus la note est aiguë, plus le signal est faible, plus la note est grave. Et en fait, c'est donc le glacier qui joue la mélodie. Parce que les micros vont capter des fluctuations sonores, le synthétiseur modulaire, donc j'ai un peu programmé un truc derrière en disant « Voilà, dès que tu vas entendre un signal franchir cette certaine limite, tu vas envoyer tel type d'informations à tel type de module pour créer une mélodie. » Donc en fait, l'imaginaire des glaciers, toute la partie mélodie qu'on entend, ça ressemble un peu à un son de guitare, enfin c'est pas vraiment un son de guitare, mais ça ressemble à un espèce de son de corde un peu synthétique. c'est le glacier qui joue la mélodie à travers mon synthétiseur.
- Speaker #0
Incroyable.
- Speaker #1
Et le son qui est capté par les hydrophones passe aussi dans le synthétiseur. Donc en fait, le glacier joue la mélodie, mais le son du glacier est aussi modifié par les modules du synthétiseur modulaire. Et moi, en fait, je suis derrière à doser un petit peu tout ça avec les potentiomètres et les faders, et j'accompagne le glacier avec un autre synthétiseur. Donc en fait, là, le glacier est vraiment... partenaire d'improvisation dans ce morceau. Et ça s'entend bien parce qu'en fait, mon temps était très limité dans le glacier.
- Speaker #0
C'est-à-dire qu'il y a deux vidéos qui ont été tournées live, donc le champ de la glace et l'imaginaire des glaciers. Et par exemple, je disais à Hugo, toi tu vas filmer, tu vas faire plein de plans de coupe, je te laisse faire, tu gères, tu es un pro, tu sais faire ça, il n'y a pas de problème. Et moi, pendant ce temps-là, je vais préparer un morceau et dès que je suis prêt, je te fais signe, un, deux, trois, on filme, c'est parti. Donc c'était vraiment du one-shot en fait. Et ça s'entend très bien parce qu'au début du morceau, on ne va pas dire que c'est chaotique, mais on voit qu'il y a beaucoup d'informations dans le son. C'est très... c'est très dense, il y a vraiment beaucoup d'activités au niveau du sound design et de la mélodie justement et plus le morceau avance, plus j'arrive à doser les fréquences, à régler un temps d'adaptation pour que vraiment je dise ok c'est bon il faut que je calme un petit peu le jeu de ce côté là, il faut que j'ajuste un petit peu les paramètres et plus le morceau avance et plus il prend vraiment une forme équilibrée et sur la vidéo et l'enregistrement ça s'entend je trouve très bien donc dans ce cas là Le glacier, c'est un partenaire, c'est-à-dire que j'accompagne ce qui va jouer à travers mes synthétiseurs, et moi je joue aussi un autre synthétiseur à côté pour créer des textures et des ambiances. Et après, il peut m'arriver d'enregistrer des sons sans du tout les modifier avec mon synthétiseur. Et dans un deuxième temps, je vais les rééchantillonner, je vais les découper, et je vais m'en servir comme échantillon sonore, comme le ferait un DJ dans les années 70 en train de sampler un groupe de hip-hop, un groupe de jazz. et réutiliser les enregistrements à sa façon, c'est un petit peu ce que je fais aussi. Ça peut vraiment se faire dans les deux sens, aussi bien sur place qu'en post-production, en studio, dans mon ordinateur en fait.
- Speaker #1
Et justement, quand on regarde par exemple sur ta chaîne YouTube, il y a quelques vidéos qui sont disponibles, et il y avait des vidéos live ambiant. Oui. Et est-ce que finalement ces vidéos-là, où tu te trouves sur des sommets, où tu composes à ces moments-là avec ce qui se trouve devant toi, ça a évolué un petit peu vers ces live sessions finalement où tu composes du coup directement avec la matière qui va y avoir c'est ça et a rajouté finalement c'est à plat c'est exactement ça en fait au début j'ai expérimenté en faisant des vidéos je jouais sur des tables d'orientation oui j'allais sur des tables d'orientation donc j'en ai fait plein j'ai fait le galibier j'ai
- Speaker #0
fait le galabier j'ai fait celle du mollard noir oui
- Speaker #1
Mon pic...
- Speaker #0
J'ai fait, oui, L'Aiguille du Midi.
- Speaker #1
L'Aiguille du Midi,
- Speaker #0
ça. C'était ma première, celle-là. Toute première que j'ai faite. C'était un de mes meilleurs morceaux, d'ailleurs. Enfin, de mes premières expérimentations en tant que compositeur de musique électronique. Parce que c'était vraiment mes tout débuts. Et au début, ouais, je m'étais dit, ok, je vais aller en montagne, je vais m'inspirer de la vue pour composer des morceaux. Et ça marchait soit bien, soit pas bien du tout. Parce que c'était vraiment les premières fois où je jouais en extérieur. Jouer en extérieur, c'est pas évident, les conditions, le froid, c'est pas toujours facile. Donc des fois tu peux être très inspiré et tout va s'aligner pour que ça marche, soit tous les éléments vont être contre toi et ça va être une cata pas possible. Mais ça a été vraiment très formateur, c'est-à-dire que les morceaux valent ce qu'ils valent, c'est-à-dire que des fois il y a des très bonnes choses, en tant que musicien, j'ai un regard très critique sur ce que je fais, il y a des choses qui ont soit très bien marché, soit pas du tout. Mais effectivement, c'est ce qui a donné naissance au projet Le Chant de la Glace, où après avoir fait ces séries d'expérimentations, où je m'inspirais juste de la vue, je m'étais dit maintenant, il va falloir que j'aille un petit peu plus loin et il va falloir que j'intègre les éléments qui sont autour de moi dans la musique. Donc ça, oui, c'était vraiment les prémices de ce que je fais maintenant, en fait. Et l'élément déclencheur, le gros élément déclencheur qui a donné naissance au Chant de la Glace, ça a été, comme tu le disais, Mon projet d'enregistrement à l'observatoire de l'Iram, au Dévoluie, où c'était vraiment un environnement... Pour ceux qui ne connaissent pas, c'est un observatoire millimétrique, donc c'est un... C'est la zone 51, en fait.
- Speaker #1
Ça ressemble un peu à Star Trek.
- Speaker #0
Il y a 12 grandes antennes, des radars, des gros radars métalliques qui observent l'espace froid, en fait. C'est hyper impressionnant, le site est époustouflant. Et en fait, mon grand regret avec cet album, c'est de ne pas avoir enregistré les antennes.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Parce que les antennes font du bruit en fait, il y a des moteurs dedans qui tournent, elles vont s'orienter pour aller observer des corps célestes. Ça fait du bruit et j'ai pas pensé à les enregistrer. Et c'est à partir de là où je me suis dit, purée mais c'est dommage, pourquoi j'ai pas fait ça ? C'est mon grand regret avec cet album, c'est juste que je suis là en train de jouer au milieu de cet environnement qui est incroyable. Mais ça m'a pas traversé l'esprit de les enregistrer en fait. Et c'est là où je me suis dit, ok, non mais pour le prochain projet, il faut impérativement que l'environnement autour de moi fasse partie intégrante de la musique.
- Speaker #1
Ok, c'est hyper intéressant du coup de voir justement comment t'as su jouer avec l'environnement, te l'approprier, le comprendre, et du coup maintenant qu'il fasse pleinement partie de tes projets. Et clairement, ça s'entend maintenant, enfin, et franchement moi dans tout ce que j'ai écouté... J'ai beaucoup écouté la partie Le Chant de la Glace et Melt aussi que j'ai beaucoup aimé. Oui, Melt ! Je vais te le dire, j'ai beaucoup aimé ce projet-là.
- Speaker #0
Pareil, c'est une drôle d'histoire Melt, parce que ce morceau a été enregistré pendant le mini-documentaire qui s'appelle Le Monde du Silence par Ghost in the Loop. Et en fait, au début, je devais juste montrer à l'équipe pendant une ou deux minutes comment j'ai un peu fait l'imaginaire des glaciers justement. On entend les hydrophones, le micro sismique, il va capter le son, ça crée de la mélodie. Et en fait, ça a tellement bien marché que j'ai joué pendant 4 minutes le truc. Et en fait, ça a fait cette espèce de symphonie aquatique hyper dense. Et c'est marrant parce que c'est la même méthode que l'imaginaire des glaciers. Quasiment le même setup, les mêmes micros, mais le résultat est complètement différent. Et au final, je l'ai mis dans l'EP Cryosphère, parce que Melt, ouais, il a hyper bien marché. Et c'était vraiment pas prévu. D'ailleurs, pendant l'interview, on le voit, à un moment, je parle, et je sais pas, je m'arrête, et je me mets à poursuivre le truc pendant 4 minutes, et puis l'équipe a continué de filmer, et ok, cool, ça a marché, ouais.
- Speaker #1
Je pense que c'est aussi ça, finalement, de laisser rentrer, du coup, une part de l'environnement, c'est aussi laisser place à l'imprévu. À l'imprévu.
- Speaker #0
À complet, je m'attendais pas à ce que ça marche comme ça.
- Speaker #1
cette année là en fait et oui j'ai beaucoup aimé Melt pour ça et aujourd'hui du coup donc on a beaucoup parlé de comment tu captes tout ça comment tu composes avec du coup tous ces éléments là l'environnement aujourd'hui du coup Ghost in the Loop il y a quand même une volonté derrière de faire passer un message c'est quand même engagé aussi comme choix de traiter sur le thème des glaciers aujourd'hui il y a beaucoup de choses on entend beaucoup parler des glaciers l'année 2025 en France donc aujourd'hui comment tu estimes que ton travail avec Ghost in the Loop sensibilise-t-il justement au public à la vulnérabilité des glaciers et les enjeux environnementaux auxquels sont liés justement les glaciers ?
- Speaker #0
Moi, le but de ce projet, tout ça, c'est un petit peu dessiner petit à petit au fur et à mesure que l'album Le Chant de la Glace a fait ses petites vagues, on va dire. Au départ, bien évidemment, je me dis si j'enregistre un album dans un glacier, il va bien évidemment falloir que je parle du réchauffement climatique, de pourquoi les glaciers fondent. Mais vu que j'y connaissais rien, j'avais pas du tout les connaissances là-dessus. En fait, je me suis tourné vers Heidi Sauvestre, je lui ai envoyé un email. Je lui ai dit, écoute, voilà, je vais enregistrer un album dans un glacier, sauf que j'ai pas du tout les connaissances là-dessus. Est-ce que tu pourrais m'envoyer de la documentation pour comprendre comment les glaciers subissent de plein fouet le réchauffement climatique et quels impacts ça va avoir sur tout l'environnement ? Elle a été super sympa, elle a trouvé le projet trop cool, elle m'a envoyé... C'était... C'était un rapport qui s'appelle The State of the Cryosphere, et c'était le 2022. D'accord. C'était un très gros rapport sur l'état de la cryosphère en 2022, bien évidemment. Et donc là, oui, j'ai appris plein de choses. Là, vraiment, j'ai pris conscience de l'ampleur du problème, en fait, la disparition des glaciers. Et là, je me suis dit, OK, oui, il va impérativement falloir que le message passe d'une manière ou d'une autre. Après, pour moi, ça a été un véritable défi parce que l'album est instrumentel. Donc, comment faire passer un message quand tu n'as pas de parole, tu vois ? Donc pour moi au début c'était assez nébuleux parce que déjà je savais pas si ça allait marcher et une fois que j'ai vu que l'album avait donc que mon expérimentation avait fonctionné que j'avais quand même enregistré des belles choses des jolis sons des jolis enregistrements pour moi je me suis dit ok il va peut-être falloir faire passer le message de manière un peu poétique et de manière immersive d'accord et peut-être laisser un petit peu les gens s'approprier l'album sans trop donner de pistes tu vas dire bien évidemment c'est le chant de la glace enregistré dans les glaciers on entend le glacier fondre etc Le but, c'était que les auditrices et les auditeurs s'approprient un petit peu ce message à leur manière.
- Speaker #1
Laisser place à l'interprétation.
- Speaker #0
Laisser place à l'interprétation, complètement. Et voir un peu ce qui se passe. C'était aussi l'expérimentation de comment l'album va être accueilli et comment est-ce que les gens vont comprendre ce que j'ai voulu faire dans cet environnement-là. Et je trouve que ça a pas mal marché. Parce que ce qui m'a surpris, c'est que je l'ai sorti en édition limitée vinyle. Et il s'est sold out en un mois, ça a hyper bien marché. Et il y a des scientifiques qui ont écrit en disant, je t'en ai commandé deux, un pour moi et un pour ma femme, parce qu'on est tous les deux glaciologues. Et on a été époustouflés par le truc, donc il dit, je t'en ai commandé deux, un pour moi et un pour ma femme, parce que je veux interagir avec chacun d'entre exemplaires. Donc ça m'a vraiment, j'ai dit, ok, donc il y a des... Il y a des glaciologues.
- Speaker #1
Ça a été reconnu, ton travail pour le coup, la démarche a été soutenue par...
- Speaker #0
Voilà, donc déjà, Aidy Sauvest m'avait dit « Ah, super le projet, ben voilà, des informations pour t'aider. » Et dans un deuxième temps, ouais, voir des scientifiques m'écrire pour me dire « Ah, super cool, on a aimé ta démarche. » Et je me suis dit, peut-être que j'ai tapé juste dans l'interprétation du moins, et le message que j'ai voulu faire passer. Et après, je me suis inspiré aussi de ce que les auditrices et les auditeurs m'ont dit sur le projet, de ce qu'eux, ils ont ressenti quand ils ont écouté l'album. Et moi, ça m'a permis aussi de prendre du recul sur ce que j'ai fait, et d'analyser aussi avec le temps, ce que j'ai pu enregistrer, puis moi, de me renseigner aussi, de me tourner vers le milieu scientifique, d'aller voir des personnes compétentes, du coup. Et pour leur demander, ben voilà, j'ai fait ce projet-là, est-ce qu'on pourrait pas essayer de collaborer un petit peu, m'expliquer des choses ? Et c'est comme ça que mes connaissances sur le sujet ont aussi un peu évolué. C'est-à-dire que le champ de la glace, il continue d'évoluer, en fait, même aujourd'hui. Et j'ai de la chance, parce qu'en tant qu'artiste indépendant, tu vois, à l'époque, j'étais chez un tout petit label français qui s'appelle Mare Nostrum. Donc eux, comme moi, on avait... Enfin, tu vois, on avait pas de personnes qui s'occupaient vraiment de la com', tu vois, c'est-à-dire aller chercher des médias, on avait... Et l'album a fait son chemin tout seul en fait.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #0
Et c'est une chance inouïe.
- Speaker #1
Oui, c'est sûr qu'il pourrait être noyé dans une masse de créations qui...
- Speaker #0
Exactement. Et moi, c'est un petit peu ce que j'avais peur. C'est-à-dire que le projet fasse peut-être du bruit pendant un mois, deux mois, et qu'il tombe dans l'oubli. Mais tu vois, deux ans et demi après la sortie de l'album, on continue de venir me chercher là-dessus.
- Speaker #1
Mais en même temps, le projet est tellement unique.
- Speaker #0
Ouais, ouais. Il est si unique,
- Speaker #1
ouais. Pour le coup, c'est quand même assez novateur. Ce n'est pas quelque chose qu'on avait l'habitude de se prendre. Pas trop, non. Et en tout cas, dans ce milieu-là, avec tout ce qui s'est passé avec ces dernières années autour des glaciers aussi, en fait, c'est une approche en plus de tout ce qui se faisait qui est encore différente et qui vient compléter le tableau.
- Speaker #0
C'est une petite pièce du puzzle qui s'est ajoutée à cette grande carte.
- Speaker #1
Là où il fallait au bon moment.
- Speaker #0
Oui, je pense que je suis bien tombé. Parce que le projet est sorti avant 2020. en 2023, donc deux ans avant l'année internationale de la préservation des glaciers. Je pense que l'album a eu le temps de faire son petit chemin dans tout ce milieu-là, qu'il soit artistique, scientifique, et il a pris vraiment sa place cette année-là. Du coup, j'ai été invité pour donner une conférence lors du sommet des Nations Unies sur les océans, où j'ai parlé de mon projet au pavillon de la cryosphère. C'était assez fou, ça, tu vois. Quand Heidi m'a envoyé un message en disant « On aimerait bien que tu viennes quand même pour parler de ton projet » , j'ai fait « Ok » . Si on m'avait dit, tu vois, il y a deux ans, quand j'étais en train d'enregistrer dans le glacier, « Dans deux ans, tu vas parler de ton projet lors d'un événement des Nations Unies » , j'aurais fait « Non, mais c'est une blague » .
- Speaker #1
Mais du coup, il est super bel.
- Speaker #0
Oui, oui, c'est fou.
- Speaker #1
Je suis complètement fou, mais...
- Speaker #0
Je suis hyper content de tout ce qui se passe autour du projet. C'est génial.
- Speaker #1
Et justement, il n'y a pas longtemps, Il partageait sur les réseaux qu'aujourd'hui finalement il n'y a plus besoin d'être scientifique pour parler des glaciers. Il suffit juste finalement de rencontrer, de solliciter ces personnes qui souvent nous accueillent à bras ouverts et qui ont énormément de choses à nous partager. Donc les scientifiques, en l'occurrence, il dit que du coup là tu as sollicité, mais on pourrait penser à encore plein d'autres glaciologues qui sont super.
- Speaker #0
Guadagni, Dr Luc Moreau.
- Speaker #1
Pierre René, par exemple, qui est passé aussi sur l'épisode 2 du Pavancast. On a eu aussi Jacques Mouret, qui du coup est de Chambéry, d'ailleurs, aussi. Donc, ça, c'est aussi une chance de pouvoir accéder à ces personnes qui ont envie de partager tout ce savoir. Et en l'occurrence, là, dans ton projet, ça a matché direct. Oui.
- Speaker #0
Puis, la musique a toujours entretenu, comme je l'ai dit tout à l'heure, des liens étroits avec la science, avec la nature. et au final le glacier a vraiment pris sa place de manière très naturelle en fait dans dans la synthèse sonore dans le processus de composition et je sais pas je pense c'est une certitude les glaciologues les scientifiques ont aussi besoin du milieu artistique pour faire passer leur message d'une manière différente la raison c'est important enfin dire les faits les chiffres c'est important d'en parler et de que les scientifiques les montrent au grand public mais le problème c'est que les chiffres et les faits ça touche pas tout le monde Ça peut paraître abstrait pour beaucoup de gens, et réutiliser ces données, ces enregistrements et ces sons d'une manière plus artistique, ça peut toucher, ça touche directement au cœur, ça touche directement à l'émotion. Il faut se méfier parce que trop d'émotion ne peut pas vraiment mener au bon résultat. Ça peut maquiller le message de départ. Il faut vraiment trouver le bon équilibre entre proposer un projet comme par exemple le Chant de la Glace qui est poétique, immersif, mais où les faits sont là, en fait. Il ne faut pas masquer. Il ne faut pas que le projet artistique prenne le pas sur la démarche scientifique. Je pense que, moi, sur les nouveaux projets sur lesquels je travaille actuellement, les scientifiques ont la même importance. Enfin, comment dire ? Ils sont autant compositeurs que moi dans les projets. C'est-à-dire que leur place, elle est autant importante que la musique, que le message. Il faut que tout ça soit parfaitement équilibré pour que le projet soit le plus juste et le plus sincère possible, je pense.
- Speaker #1
C'est ça. Donc, il y a quand même une manière de continuer à éduquer sur ces questions-là, d'inspirer, tout en laissant place à l'interprétation de chacun, avec l'insensibilité que toi, tu composes. C'est sûr. Et effectivement, du coup, aujourd'hui, il y a un lien qui se crée, qui est assez noué. Il y a beaucoup d'ailleurs d'artistes qui s'engagent sur ces questions-là. Et aujourd'hui, comment toi, tu envisages justement un petit peu, alors peut-être pas l'avenir, mais en tout cas la direction que prend justement ce lien avec l'environnement, le fait qu'il y ait beaucoup de musiciens, artistes qui s'engagent, qui parlent de ces sujets-là. Quelle place aujourd'hui, toi, finalement, ça a aussi dans ton quotidien ?
- Speaker #0
Déjà, moi, je tiens à dire que c'est génial que... qu'il y ait autant d'artistes et de plus en plus d'artistes qui s'intéressent à ces sujets là et qui vont les incorporer dans leur musique c'est génial il faut il faut que ça continue il faut qu'il y en ait de plus en plus parce que c'est hyper important après comment est ce que moi je me place dans tout ça je me pose pas trop la question en fait je suis mon je suis le chemin qui se trace devant moi alors je me laisse pas non plus porté par le courant c'est à dire que je rame dans la bonne direction j'espère pour y arriver Mais j'essaye de me diversifier, c'est-à-dire qu'utiliser les sons de la nature, que ce soit les glaciers ou les oiseaux, peu importe, les sons de la nature pour en faire de la musique, ça existe depuis très longtemps. C'est pas quelque chose de nouveau, plein d'artistes l'ont déjà fait depuis très longtemps. Et en fait, moi je me suis beaucoup intéressé, il y a quelques mois, à la data, c'est-à-dire comment est-ce qu'on peut traduire les données des scientifiques qui vont être liées au réchauffement climatique et à leur impact sur la biodiversité. Comment traduire ces séquences de data en séquences de notes ? C'est-à-dire, comment est-ce que la data peut créer de la musique ?
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #0
Donc là, je travaille sur un tout nouveau projet qui s'appelle Datascapes. En fait, c'est un mélange de data et de soundscapes, donc en fait, des paysages sonores de data. C'est-à-dire, comment est-ce que je vais utiliser et les données que les scientifiques vont partager sur des sujets très précis, et comment je vais pouvoir traduire ces courbes, ces chiffres, qui peuvent paraître un petit peu soit effrayants, soit abstraits, en quelque chose de... pas dire concret, mais en musique, en fait.
- Speaker #1
Donc, pour être sûr de bien comprendre, imaginons, on a un graphique sur la durée avec l'augmentation des températures.
- Speaker #0
Exactement.
- Speaker #1
Donc, ça va nous donner une courbe qui, malheureusement, augmente. Et du coup, ça va être de le traduire en musique, en notes, du coup, composé derrière.
- Speaker #0
Exactement. Donc, ça, c'est le gros projet sur lequel je travaille, en collaboration avec d'autres artistes et, bien évidemment, avec le milieu scientifique.
- Speaker #1
Trop bien.
- Speaker #0
Parce que ce que je dis, enfin... Pour moi, le projet DataScapes, il y aura aussi de la data, mais il y aura aussi de l'enregistrement de terrain. C'est-à-dire que ça va m'intéresser, par exemple, reprenons l'exemple des glaciers, aller enregistrer le son d'un glacier, je ne sais pas lequel. Donc écouter le son du glacier, mais écouter la data de ce glacier simultanément. C'est-à-dire comment est-ce qu'on pourra mélanger le son du réel.
- Speaker #1
D'accord, d'ajouter un élément qui a déjà été mesuré avec l'instantané.
- Speaker #0
Voilà, c'est ça.
- Speaker #1
Et d'arriver à...
- Speaker #0
Oui, et ça, ça sera applicable à... à tout en fait, ça peut être n'importe quoi, tu vois, des oiseaux migrateurs, l'évolution de populations d'espèces menacées, sur les forêts, enfin le sujet est infini en fait.
- Speaker #1
Oui, là pour le coup, sur les écosystèmes en fait.
- Speaker #0
Sur les écosystèmes de manière globale, ouais.
- Speaker #1
Trop bien.
- Speaker #0
Donc ça c'est le gros projet sur lequel je travaille.
- Speaker #1
Parfait, t'anticipes du coup une des questions que j'ai. Ah ok. Donc aujourd'hui cette exploration, donc les glaciers ont évolué en se disant comment est-ce que finalement tous les écosystèmes... Oui. qui nous entourent, peuvent du coup devenir un outil un petit peu,
- Speaker #0
c'est pas un outil mais en tout cas devenir un partenaire aussi comme ont été les glaciers dans le projet précédent parce que c'est vrai que ce qui m'a marqué c'est que dans toute ma recherche et mes expérimentations autour des glaciers c'est à quel point les glaciers ont un impact sur tout sur toute la biodiversité sur les océans sur les mers, les océans, les cours d'eau Tout est lié, en fait. Il n'y a pas de mystère. Tout est lié. Donc, les glaciers m'ont naturellement amené à m'intéresser à tout ce qui va en découler, en fait. Et en fait, dans une vision vraiment beaucoup plus large, là, j'imagine aussi un projet qui pourrait s'étaler sur plusieurs décennies, tu vois, c'est-à-dire suivre, par exemple, tu vois, le cycle de l'eau, tu vois, c'est-à-dire des glaciers. à la fonte au ruisseau au cours d'eau aux océans aux profondeurs des océans puis remonter à l'atmosphère et puis revenir au glacier tu as fait créer vraiment une espèce de boucle et et sur ce long cheminement tu as qui est le Le cours de l'eau, en fait, de la glace aux océans, l'évaporation, qu'est-ce qu'on va rencontrer en fait sur ce chemin-là ? Tu vois, la biodiversité, les insectes, les oiseaux, les forêts, ce genre de choses. Projet de tendance. Oui, oui, un projet vraiment, bon là c'est vraiment un truc un peu nébuleux encore pour l'instant, mais j'y vais pas à pas et DataScape, c'est une nouvelle pierre à l'édifice en fait, sur ce grand voyage, on va dire en fait.
- Speaker #1
Aujourd'hui, donc, tu as été au contact plusieurs fois des glaciers, tu t'es rendu vraiment dans ces milieux-là. Moi je voulais savoir si tu avais un de ces moments qui aujourd'hui te reste en mémoire, probablement peut-être un moment un peu de partage, peut-être même de trance finalement, un peu dans ces moments-là où tu es là à composer, à entendre directement ce qui sort du glacier. Est-ce qu'aujourd'hui tu as quelque chose, une image, comme l'image de quand tu avais 8 ans sur la grotte de glace qui te reste ?
- Speaker #0
Oui, ça a été la première fois où déjà j'ai mis le pied dans la grotte de glace du glacier de Zinal, parce que c'était pour moi la première fois que je... J'étais dans un environnement qui n'était pas modifié par l'homme. Parce que la mer de glace de Chamonix, la grotte de glace, c'est un environnement qui est construit pour des activités touristiques. On en dira ce qu'on veut. C'est important parce que ça permet aussi de sensibiliser des personnes qui n'auront pas le réflexe d'aller faire des grandes randonnées pour aller à la rencontre des glaciers, par exemple. Mais là, c'était pour moi la rencontre avec la nature de la manière la plus brute possible. Déjà, quand on est arrivé avec Hugo, Fabrice et Paul devant ce glacier, on s'est dit « Ah ouais, ok, waouh, la claque quand même. » Toujours impressionnant. Déjà, la taille, la puissance du lieu, c'est-à-dire que tu te sens à la fois petit et un petit peu en danger quand même. Tu te dis « Ouais,
- Speaker #1
il y a un risque à tout moment. »
- Speaker #0
Il y a quand même un risque, on se sent vraiment un peu à la merci de l'environnement, mais tu sens en même temps la fragilité du lieu. Donc déjà, ça, ça nous a... Moi, et puis... mes camarades ça nous a bien frappé quand même et puis oui la première fois où j'ai posé mes synthétiseurs sur la glace où j'ai allumé le courant et j'ai plongé mes micros sur la glace ou dans l'eau et j'ai fait ok ouais il se passe un truc quoi on est dans le concrète tu t'avais imaginé c'est là ouais ça marche et puis il y a des moments tu regardes autour de toi tu te dis mais c'est quoi toutes ces bulles d'eau qui sont coincées dans la glace tu vois puis ça t'emmène mais il y a plein de trucs, tu te dis mais... Putain mais ces petites bulles d'air elles sont là depuis combien de temps tu vois ? Elles renferment l'oxygène de quelle époque tu vois ? Ça fait combien de temps que ces bulles d'air elles sont là en fait et peut-être qu'un jour elles vont fondre, enfin la glace va fondre et que cette air va être lâchée dans la nature tu vois ? Qu'est-ce que ça renferme ? Et ça c'est des espèces de petites bulles spatio-temporelles qui sont figées en fait. Moi ce qui m'a frappé aussi c'est un peu l'aspect voyage dans le temps. Je sais pas, à un moment il y avait une espèce de petite colonne de glace au fond du glacier vraiment très loin. il y avait une espèce d'insecte qui était figé dans la glace un petit hibernatus qui était là et pareil je m'étais dit ça ressemblait à un petit moustique un petit insecte volant et je me suis dit mais quand est-ce qu'il s'est fait prendre là ce petit gars est-ce que ça fait genre 400 ans qu'il est là le truc ou alors des milliers d'années il y a ça aussi qui m'a marqué c'est de se dire ok on est au contact d'un environnement qui est là depuis bien plus longtemps que moi qui souffre, qui disparaît, qui recule et qui va malheureusement j'espère me tromper mais disparaître un jour, si on fait rien si on continue à rien faire ou à ne pas faire suffisamment on va dire et ça ça a été frappant pour moi ça a été un peu entrer dans un endroit qui est hors du temps où t'es au contact d'un air ou d'éléments qui sont figés depuis des centaines, peut-être des milliers d'années ça j'ai trouvé ça trop cool vraiment trop trop cool
- Speaker #1
Oui, finalement, d'être au contact de ce lieu qui est un témoignage de ce qui s'est passé avant et de l'avoir devant nous, finalement.
- Speaker #0
Oui, complètement. Un livre ouvert sur des temps révolus, en fait. Moi, en tout cas, c'est vraiment le sentiment qui m'a frappé. Donc oui, moi, ça a été vraiment les premières minutes dans le glacier à installer mon matériel et à me plonger pour la première fois dans cet environnement, que ce soit visuellement, d'être impacté par le lieu, tu vois. Et d'écouter des sons en même temps, des petits craquements, des petites fluctuations avec le casque comme ça, dans la grotte de glace et de se dire « waouh, ouais, ok, putain, c'est là, c'est devant nous » . Et puis c'est marrant de se dire qu'en fait, c'est des sons que tu ne peux pas entendre avec tes oreilles parce que tes oreilles ne sont pas faites pour ça, en fait.
- Speaker #1
Oui,
- Speaker #0
c'est des fréquences qui sont dans la matière, donc tu n'y as pas accès et pourtant, elles sont là, elles sont vraiment au bout de tes doigts, en fait. C'est ça. Il y avait aussi cette fenêtre sur un monde qui est... complètement invisible et qui est là qui existe pourtant et ça te fait prendre conscience que c'est pas parce que tu le vois pas où tu l'entends pas que ça n'existe pas en fait et ça ouvre une vision encore plus vaste sur l'environnement de manière générale en fait.
- Speaker #1
Ah oui, bien sûr. Et ça rejoint souvent une phrase qu'on entend beaucoup, c'est que finalement, en fait, on protège ce qu'on connaît. Et finalement, là, comme on ne le voit pas et on ne l'entend pas, c'est encore plus difficile de le concevoir et donc de le protéger.
- Speaker #0
Exactement. Et c'est aussi ce qu'on m'a dit avec le champ de la glace, c'est que je ne pensais pas que les glaciers faisaient du bruit. Et en fait, d'entendre un glacier faire des craquements, entendre les eaux de fonte, etc., ça le personnalise un petit peu. Il devient quelque chose qui, du coup... n'est pas figé et... ben voilà, il y a de l'activité et ça peut paraître un peu vivant en fait, alors que pourtant c'est de la matière inorganique mais ça bouge, ça se déplace, ça fond, ça craque... c'est assez fascinant, comme un arbre mais... c'est pas un arbre quoi en fait !
- Speaker #1
Un petit peu plus tôt tu nous as parlé donc d'autres projets ou que tu faisais justement en collaboration avec d'autres artistes est-ce que justement il y a d'autres... projets que tu trouves inspirants et que tu aimerais par exemple partager ?
- Speaker #0
Il y en a plein. Il y en a plein, plein, plein.
- Speaker #1
Ou récemment, peut-être que t'en as. Oui,
- Speaker #0
bien sûr. Autour des glaciers, pour rester autour des glaciers, il y a tout le travail de Pali Marceau. Autour de lui aussi, il a énormément enregistré les glaciers. Il en a fait un live qui s'appelle Radio Glace, qu'il a enregistré et qu'il a sorti en vinyle aussi.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Qui s'appelle Melt, d'ailleurs.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #0
Écrit différemment, mais Melt. déjà son projet qui est assez époustouflant récemment aussi j'ai découvert un nouvel artiste qui a fait aussi un album qui s'appelle Crying Glacier de Ludwig Berger que j'ai commandé en vinyle j'espère qu'il va arriver bientôt donc déjà ces deux projets là, ouais, chouette très chouette, hyper inspirant et il faut aller écouter parce que c'est le son des glaciers aussi et d'autres projets Bonne question, j'ai pas anticipé celle-là. J'écoute tellement de trucs, j'écoute tellement de musiques en ce moment, je vais tellement piocher à droite à gauche des... Si, Madame Gandhi, que j'ai rencontrée à Nice, lors du sommet des océans, là, des Nations Unies, qui est une artiste américaine, elle chante, elle est batteuse de formation, je crois, et elle chante maintenant, elle fait un peu... C'est entre musique électronique, un peu... hip-hop, je dirais, très moderne. Elle est hyper talentueuse. Et elle, elle incorpore les éléments de la nature aussi dans sa musique. Puisque ses premiers projets, elle est allée en Antarctique. Elle a enregistré aussi les sons des glaciers en Antarctique. Elle a fait des voyages méditatifs autour de ça, donc des longs morceaux de 17 minutes. Super ambiant, hyper relaxant, donc des années-lumières du hip-hop aujourd'hui. Et où elle parle, elle raconte des poèmes dessus, elle raconte ses expériences autour de l'Antarctique, en fait. Donc ça, ça m'a assez impressionné. Et son dernier album est chouette aussi, il est très très beau. Et puis elle est en collaboration aussi avec Earth Percent.
- Speaker #1
D'accord.
- Speaker #0
Où elle reverse une partie de ses bénéfices à des œuvres environnementales, en fait. Donc ouais, je dirais Madame Gandhi, ouais, allez écouter Madame Gandhi, c'est chouette.
- Speaker #1
Super. Et t'as aussi pas mal cité de scientifiques... Il y a des personnes en tout cas du milieu des glaciers, de l'outdoor et de la montagne. Est-ce que du coup justement il y a aussi d'autres personnes dans ces sphères-là, ou des explorateurs ou exploratrices, ou même juste des montagnards, qui justement aujourd'hui t'inspirent et que parfois même tu peux tout simplement incorporer à des projets, que ce soit leur voix en tout cas,
- Speaker #0
ou des choses comme ça ? Eh bien déjà Aidy Savestre, puisque j'ai utilisé sa voix, enfin sa voix j'ai récupéré des interventions. d'elle lors d'un de ses voyages au Groenland, je crois, où elle racontait justement à quel point les glaciers avaient reculé. J'ai incorporé son témoignage dans un de mes morceaux qui s'appelle Firn, sur l'EP Cryosphère. Donc j'ai utilisé sa voix. Le travail d'Heidi sur la communication autour des glaciers est hyper... Elle est très forte là-dessus. Puis c'est une très bonne glaciologue, en plus très bonne scientifique. Donc Heidi Sevestre. Hugo Nanik, j'ai rencontré à Nice aussi, qui est un glaciologue. il a beaucoup travaillé au Svalbard et lui aussi il est en cours non attends il a tourné un documentaire sur pareil le son des glaciers lui c'est plus la sismologie par contre ah oui c'est vrai oui oui j'ai entendu parler ouais donc Hugo il m'a montré un petit peu son projet c'est hyper impressionnant il a fait un documentaire là dessus aussi qui va sortir faudra lui poser la question mais bientôt je pense en tout cas son projet c'est chouette ouais Hugo Nani aussi je conseille ok et récemment du coup qu'on a rencontré et comme ça qu'on s'est rencontré aussi du coup et là ?
- Speaker #1
qui potentiellement peut-être un jour interviendrait
- Speaker #0
Oui, j'ai des petits projets avec elle qui sont en train de se répéter.
- Speaker #1
Ok.
- Speaker #0
Il y a des choses qui se font.
- Speaker #1
C'est en cours. On verra. On va suivre sur tes réseaux, sur ton site.
- Speaker #0
Oui, tout à fait. Trop bien.
- Speaker #1
Et du coup, on en vient à la dernière question qu'on pose à tous nos invités. Est-ce qu'il y a un livre, un film, un récit de montagne, une musique que tu as envie de partager à nos auditeurs et auditrices ? Quelque chose que tu as pu écouter récemment ou alors quelque chose qui est là depuis très longtemps. peut-être même du coup quand t'avais des groupes avant Punk, Rock
- Speaker #0
Qu'est-ce qui récemment un livre qui est sorti quand on était à la conférence à Grenoble le livre Voices of the Glacier que j'ai acheté c'est un super ouvrage, incroyable t'as eu le temps de le lire du coup ? un petit peu, pas tout, j'ai commenté Il n'y a pas beaucoup de temps devant moi récemment entre la musique et le travail, mais j'ai commencé à le lire et super. L'objet est magnifique, les témoignages sont super beaux. Donc ouais, les voix des glaciers, super.
- Speaker #1
Trop bien.
- Speaker #0
Super. Récemment, c'est le dernier ouvrage qui m'a le plus marqué.
- Speaker #1
Écoute, merci Aurélien pour cette discussion inspirante et poétique.
- Speaker #0
Merci à toi pour l'invitation, ça fait très plaisir.
- Speaker #1
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- Speaker #0
A bientôt, merci.